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C’est un soir de printemps à Paris.
Isabelle, jeune femme diagnostiquée « attardée mentale » s’est réfugié, après une fugue, dans un square. Elle y est rejointe par la chatte Mine-de-Rien dont la mission est de surveiller l’Ordre du Monde. Survient un ancien clown, Victor, qui a abandonné son métier pour mener une vie ordinaire dans laquelle il s’ennuie.
Isabelle veut partir pour voir la mer, sans savoir où la trouver. Victor aimerait l’aider en la protégeant des dangers dont elle n’a pas conscience. Mine-de-Rien, dans sa profonde sagesse, les observe et commente leurs échanges. La chatte est préoccupée : Wilfried, le chat de l’hôtel-restaurant voisin, semble lui faire la cour ; elle est intéressée par la bonne situation du chat qui veut l’inviter.
Peu à peu, sous l’œil attentif et critique de Mine-de-Rien, se tisse entre les deux humains un lien dont un des fils constitutifs est la sincérité, l’autre le respect mutuel…
5 acteurs plus un accordéoniste
Décor : un square parisien, deux bancs.
Un seul acte
Durée : 1h 20.
À PROPOS DE L'AUTEUR
André AGARD est psychanalyste et écrivain. Il a publié un roman et plusieurs essais ( Albin-Michel). Il est, depuis 2013, l’auteur de pièces de théâtre montées par la compagnie Naphralytep à Fontainebleau, au festival d’Avignon et à Paris (Folie Théâtre). « Jacques a dit » est sa septième pièce.
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Seitenzahl: 53
Veröffentlichungsjahr: 2023
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André Agard
Drame
ISBN : 979-10-388-0564-4
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : février 2023
© couverture Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
VICTOR : sans âge précis, fatigué
ISABELLE : 23 ans
MINE-DE-RIEN : chatte de gouttière
Une accordéoniste
(Un jardin public. Deux bancs, une chaise. Un abri pour la pluie. Fin d’après-midi de printemps. Isabelle est allongée sur un des bancs. Par terre un sac de voyage. Elle a une belle chevelure abondante. Elle fredonne doucement une comptine. Elle est vêtue d’un imperméable beige sous lequel elle porte un pull et un pantalon. Aux pieds, des chaussures de marche. Autour du cou, un cache-nez en laine multicolore comme en portent les petites filles. Une chatte entre. Elle surveille les entours, regarde longuement Isabelle endormie, et s’installe discrètement. Victor entre. Victor appartient visiblement à la classe moyenne. Il porte aussi un imperméable et en dessous un complet, chemise blanche, cravate ; chaussures bien cirées. Il tient un sac de sport usé. Manifestement, il n’est pas à l’aise dans son costume. Son téléphone sonne, il décroche, sans voir Isabelle allongée. Dès qu’il apparaît, elle se redresse et regarde ailleurs, cherchant à se faire discrète. Victor écoute d’abord son interlocutrice, écartant le téléphone de son oreille par moments parce qu’elle élève le ton.)
VOIX OFF D’UNE FEMME.
(Ton agacé, et vite péremptoire.)
Mais enfin, à quelle heure vas-tu rentrer ? Mes parents viennent dîner, je te rappelle… Comme d’habitude, tu avais oublié ! Maman a fait une tarte aux pommes comme tu les aimes. Et papa veut te parler…
VICTOR
Ah ? Je redoute le pire. Il va encore me faire une proposition raisonnable, je parie, il…
VOIX OFF
(Le coupe.)
Il essaie de t’aider… C’est de la gentillesse, Victor. Mais comment faut-il t’expliquer pour que tu le comprennes ? Tu peux me le dire ?
VICTOR
Moi, je ne veux pas comprendre cette gentillesse-là. Elle m’oppresse ta gentillesse.
VOIX OFF
C’est ridicule. Tu es complètement infantile. C’est vrai, on dirait un gamin, quoi… Mais quand vas-tu prendre tes responsabilités ? Déjà qu’il a fallu te faire la guerre pour que tu cesses de perdre ton temps à faire le clown dans ce cabaret… maintenant que tu as un vrai métier, il faut programmer ta carrière et papa est de bon conseil.
VICTOR
Mais moi…
VOIX OFF
(Le coupe.)
Tu ne vas pas recommencer ? Clown n’est pas un vrai métier ! Mais quand vas-tu enfin l’admettre une bonne fois pour toutes ! Je ne devais pas t’en parler, mais… Papa veut t’offrir un poste important dans son entreprise… et Môssieur Victor, je le sens, va encore tergiverser ? Papa va se lasser et tu le regretteras !
VICTOR
(Voix douce.)
Je ne crois pas.
VOIX OFF
Bon. Victor, tu te dépêches de rentrer il faut qu’on se parle avant que mes parents arrivent.
VICTOR
Quand tu dis qu’il faut qu’on se parle, ça signifie que je vais devoir t’écouter en silence.
VOIX OFF
Ça suffit, Victor ! C’est sérieux, cette fois !
VICTOR
Avec toi, c’est toujours sérieux. Tout est sérieux. Tu es sérieuse tous les jours de l’année. Et H24. Même la nuit : tu dors « sérieusement ».
VOIX OFF
(Forte.)
Victor, j’ai le résultat de mon test.
VICTOR
Un test ? Quel test ? Tu as passé un test ?
VOIX OFF
Sur quelle planète vis-tu ? Mon test de grossesse, imbécile !
VICTOR
(Un temps.)
Et ?... (Il comprend. La main qui tient le téléphone lui tombe le long du corps.)
(Silence.)
VOIX OFF
(Cette fois tendre et douce.)
C’est maman qui va être contente. J’ai hâte de voir sa tête quand je vais lui annoncer. Elle attend ça depuis… Dépêche-toi de rentrer…
(Elle raccroche. Victor reste debout, catastrophé, immobile ; puis il va s’asseoir sur l’autre banc. Isabelle se remet à fredonner. Entre une accordéoniste qui joue un air mélancolique ; entre un couple qui danse au son de l’accordéon et ressort lentement. On entend les cris d’oiseaux migrateurs. La chatte, dans un coin, a les yeux fixés sur les oiseaux dans le ciel. Personne ne s’aperçoit de sa présence. Isabelle regarde aussi le ciel. Suit des yeux les oiseaux.)
ISABELLE
Ce sont des oies sauvages…
(Victor, la tête dans les mains, ne répond pas.)
ISABELLE
Elles volent très haut, on dirait… Ça veut dire, le printemps est là… les feuilles des arbres vont repousser… Ça sera très beau et l’air sentira bon…
(Elle regarde Victor.)
ISABELLE
Je dis : ce sont des oies sauvages…
VICTOR
(Lève la tête.)
Pardon ?
ISABELLE
Là-haut, dans le ciel, ce sont des oies sauvages. Mon papa dit qu’elles viennent du Sud. (Victor se reprend la tête dans les mains.) Donc le Sud, c’est par là. (Elle montre à jardin, se lève et regarde comme si elle pouvait voir le Sud, se rassoit, regarde Victor.) Ça ne va pas, monsieur ? (Il ne répond pas.) Vous êtes triste ? Vous avez envie de pleurer, on dirait. (Silence.) Mon père dit que l’homme est fait à plus de… de… 80… pour… sang, je ne comprends pas comment on peut mesurer le sang, je ne sais plus, mais on a beaucoup de… de l’eau ? C’est de l’eau pas du sang dans le corps, alors si on pleure trop longtemps, peut-être qu’on se transformera en flaque et qu’on s’évaporera ensuite au soleil. (Très sérieuse.) Faut pas être trop triste, en somme. (Untemps.) Moi, ça me plaît bien d’être de l’eau, comme si je pouvais me couler partout. Et vous ?
VICTOR
Comment ?
ISABELLE
Être de l’eau, ça vous plaît ?
VICTOR
Je… je ne sais pas.
(Silence. Isabelle fredonne l’air d’accordéon.)
ISABELLE
J’ai une idée. On va jouer, comme ça vous serez plus gai. Vous connaissez « Jacques a dit » ?
VICTOR
Euh… Oui. Je connais « Jacques a dit », tout le monde connaît. Je ne suis pas fan de ce jeu.
ISABELLE
(Elle quitte son banc, alerte, et vient à deux mètres de Victor.)
Jacques a dit : debout !
