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Etude sur l'univers de J.H. Chase, romancier policier anglais, ayant écrit des années 40 aux années 80. Une analyse exhaustive des personnages, des livres, des thèmes chers à hase.
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Seitenzahl: 236
Veröffentlichungsjahr: 2015
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A Jean-Claude,
En me confiant, “Une manche et la belle” (The Sucker Punch), Jean-Claude, mon frère, ne devait pas fondamentalement changer ma vie, mais il me permettait, après cette première lecture et ce premier déclic, sous forme de coup de foudre, de découvrir ensuite l’œuvre complète de Chase, que j’ai lue et relue, et que je relis encore toujours avec le même plaisir.
Si ses romans me sont désormais familiers et que je n’en cherche plus l’intrigue, je redécouvre toujours l’extraordinaire plume de cet auteur du roman noir qu’il a été, avec ses multiples facettes, son souci de la précision dans la description des personnages souvent hors du commun qu’il a mis en scène, avec la patte d’un véritable criminologue, et surtout l’atmosphère, le style et ce rythme qui lui sont si spécifiques.
Avec ce travail, j’ai voulu, ou tout au moins essayé, de rendre hommage à ce très grand écrivain anglais, phénoménal faiseur d’intrigues, à la mécanique de précision d’horlogerie suisse, et à la place tout à fait particulière qu’il occupe dans le roman policier du XXe siècle.
Je regarde toujours avec la même émotion tous les romans de Chase que j’ai accumulé au fil du temps et qui sont au premier rang de ma bibliothèque des romans policiers.
20 Avril 2015
Au départ, j’ai posé les jalons de ce livre uniquement à partir de la lecture des quatre-vingt-neuf romans de J. H. Chase, sans aucune autre source extérieure, ni recherche sur ce qui avait pu déjà être réalisé par ailleurs. Ceci au seul but de conserver une certaine authenticité et ne pas risquer de tomber sous l’influence de tel ou tel ouvrage sur le sujet.
Une fois que cela fût fait, je me suis posé la question suivante : Pourquoi cette tentative, alors qu’étant donné l’importance de cet auteur incontournable du Roman Noir, bien d’autres avant moi avaient dû se livrer à des essais, analyses ou études sur ce phénomène de l’écriture policière ?
J’ai donc effectué quelques recherches et découvert, en premier lieu, que Robert Deleuse* avait écrit en 1992 “A la poursuite de James Hadley Chase”, publié aux Presses de la Renaissance, livre que je me suis procuré auprès d’un libraire spécialisé.
Puis à la Bilipo, j’ai pu consulter le dossier spécifique réalisé par Marie-Thérèse Langer “Des Orchidées pour Monsieur Chase” (Les Amis du crime n° 16/1990).
Ce sont à ma connaissance, les deux seuls ouvrages de référence qui analysent en profondeur l’œuvre de Chase.
La première réflexion qui me venait à l’esprit était de me dire que c’était bien peu par rapport à la place de Chase dans le polar noir. La seconde était que ces deux ouvrages, particulièrement travaillés et pertinents avaient dû dissuader “bien d’autres” de vouloir s’y atteler.
En prenant connaissance de ces deux ouvrages, je découvrais et comprenais combien mon propre travail était inachevé. Mais ma passion pour Chase était la plus forte et je décidais de poursuivre, même si Chase déclare dans une interview à Crime and Mystery Writers, de John M. Reilly :
“Une étude de mon œuvre serait certainement inutile à la plus grande partie de mes lecteurs. Rien ne pourrait moins les intéresser. Ils ne demandent qu’une chose : un bon livre. C’est ce que je m’efforce de leur donner”.
Robert Deleuse à qui j’ai adressé ma première mouture a bien voulu la regarder et m’a encouragé à poursuivre en me suggérant quelques pistes pertinentes. Je le remercie très profondément pour son appui et ses encouragements.
Et puis, ce qui m’a conforté dans mon travail, c’est que lorsque j’ai posé la question suivante à un panel assez large de personnes de mon entourage. :
Connaissez-vous J.H.Chase ?
Au cours de soirées entre amis, dans la vie professionnelle, avec des collègues de bureau ou encore lors de rencontres inopinées, on est souvent amené à parler de tout, c'est-à-dire de Rien… Du temps qu’il fera le week-end, de cinéma, de la bourse, d’épreuves sportives, ou encore de politique. (À éviter !) et quelques fois de lectures ;
A une question que me posait un ami et voisin (il sait que je lis beaucoup) : Que lis- tu en ce moment ?, j’avais répondu : je relis un Chase. Perplexe, il me répondit : un Quoi ? Ma réponse montait d’un dièse, et je m’efforçais d’articuler en détachant du mieux possible la syllabique un : Ja-mes Had ley Cha-se … Jamais entendu parler, qui est ce ? Un historien ? Un biographe ?
Mon ton montait cette fois d’un arpège, et je lui répondis : c’est l’un des plus grands auteurs de romans policiers, de romans noirs. Un Anglais
Devant sa mine perplexe, je n’insistais pas. A la réflexion, j’aurais dû lui proposer de venir dans ma bibliothèque, dans laquelle j’aurais pu puiser l’un de ses meilleurs moments.
Cette scène s’est reproduite à de nombreuses reprises.
Une relation féminine, un peu snobinarde, et bling bling me dira : je suis en train de lire le dernier Goncourt, sans que j’en sois réellement convaincu. Ce dont je suis certain c’est qu’elle a acheté le livre qui trônera probablement sur sa grande table de salon, au milieu de revues de style Vogue ou Closers.
Ces anecdotes étant données, il n’en demeure pas moins vrai, que les plus jeunes ne connaissent pas le nom de Chase. Encore moins ses romans.
Pour quelques plus âgés “ Ce nom me dit quelque chose ”
Pour certains seniors : “ j’ai dû lire quelques-uns de ses ouvrages”, sans qu’ils puissent en décliner un seul titre.
Un sexagénaire me dira : “ j’ai lu Pas D’orchidées, Eva, un Tueur Passe, plus quelques autres titres. C’est très bon. ”
Enfin, un papy, qui était responsable d’imprimerie, m’avouera, les yeux pétillants (à la D’Ormesson) “J’ai lu presque tous ses bouquins, que j’ai presque tous adorés ”: Quel artiste ! Quel talent ! Quel faiseur d’intrigues !
Force est de constater que si le roman policier a conquis ses lettres de noblesse depuis déjà un long moment, Chase, qui a compté des millions de lecteurs en son temps, n’est plus beaucoup lu. Voila qu’il n’a rien produit depuis 1985. Et pour cause ! : C’est l’année de son décès.
Et puis comme toujours, et fort heureusement, la relève est arrivée, avec de très grands faiseurs, tels que Connelly, Ellroy, M.H.Clark, T.Harris et bien d’autres…
Alors, si je réussissais à contribuer à faire découvrir cet auteur de légende à ceux qui ne l’ont pas encore lu, ou inciter à relire ses romans, avec peut être une nouvelle approche, à ceux qui l’ont déjà découvert, j’aurais atteint le seul but que je me suis fixé.
Parce qu’en définitive, de par le foisonnement de son œuvre magistrale, Chase peut être considéré comme le maitre du roman noir de son époque ; en Europe.
Je comprends seulement maintenant, que l’envie d’écrire cet ouvrage en forme d’hommage, était en fait sous -jacente depuis très longtemps dans mon esprit.
*Robert Deleuse est, nouvelliste, essayiste, romancier, adaptateur théâtral, traducteur, et expert de la littérature policière.
Il a été conseillé artistique des journées sur le Roman Noir, organisées en 1991 par le conseil général de seine Saint-Denis ;
En 1991, il publie chez Bordas, dans la collection les « Compacts », « les Maitres du roman policier », dictionnaire ou plutôt véritable petite bible des grands noms mondiaux du polar.
(Un livre extrêmement bien documenté).
En 1995, il publie Le Polar Français, qui demeure une référence historique et pédagogique de la littérature policière française, des origines à nos jours.
En 1992, il part « A la Poursuite de James Hadley Chase », publié aux Presses de la Renaissance, et tente de découvrir l’ombre et la lumière de cet auteur particulièrement secret.
En 1993, parait « Cartouche, Prince des voleurs », ce qui lui confère une capacité de création qui dépasse celle du polar stricto-sensu.
Une série de quatre romans noirs seront mis en musique entre 1991 et 1997 aux Editions Denoël.
En 1999, il se consacre à un diptyque marseillais :
« L’Epervier de Belsunce », suivi de « La Mante des Grands-Carmes », qui seront les deux premiers épisodes d’une série : « Mémoires d’une Métropole », consacrés aux divers arrondissements de Marseille, évoquant ainsi, à travers chaque enquête le passé historique de la ville.
Il a également signé plusieurs scenarii radiophoniques pour France-Inter.
En 2012, L’éditeur, Le Cherche-Midi, publie « Un Dernier Coup De Théâtre » roman policier à multiples facettes avec de très très nombreux personnages, un véritable travail de fond littéraire, un roman qui appelle de nombreuses interrogations sur les arcanes de la politique et du monde artistique.
(Bibliographie non exhaustive.)
Le roman noir
L’évolution du roman policier « Version » G. Orwell
J. H. Chase
Un climat délétère de plagiat
Chase chez Gallimard
Le style et l’écriture de Chase
Le périmètre géographique de Chase
La réalité sociétale américaine
Le monde de Chase
Les personnages incontournables de Chase
Les thèmes principaux de Chase
Les femmes de Chase
Pornographie ou Erotisme ?
Du cruel à l’abominable
Contraste
Les traducteurs de Chase
Chase à l’écran
G. Greene et Chase
Et après Chase
Les 89 romans de Chase
Pas d’orchidées pour Miss Blandish
Les bouchées doubles
Qu’est-ce qu’on déguste !
Douze chinetoques et une souris
Le corbillard de Madame
Méfiez vous fillettes !
Miss Shumway jette un sort
En trois coups de cuiller à pot
Eva
Douze balles dans la peau
Le Requiem des blondes
Elles attigent
Faites danser le cadavre
N’y mettez pas votre nez
Traquenards
La chair de l’orchidée
Tu seras tout seul dans ton cercueil
Garces de femmes
La main dans le sac
Lâchez les chiens !
Couche-la dans le muguet
C’est le bouquet !
La petite vertu
L’abominable pardessus
Dans le cirage !
Il fait ce qu’il peut
Vipère au sein
Du gâteau !
La Culbute
Un tueur passe...
Ca n’arrive qu’aux vivants
Rien ne sert de mourir
Alerte aux croquemorts
Une manche et la belle
Partie fine
Voir Venise... et crever
En crevant le plafond
Signé La Tortue
Fais-moi confiance
Retour de manivelle
Pochette surprise
Délit de fuite
A tenir au frais (Le démoniaque)
Pas de mentalité
Traitement de choc
Au son des fifrelins
Tirez la Chevillette
Mise en caisse
Un Lotus pour Miss Chaung
L’héroïne d’Hong-Kong
Tueur de charme
Cause à l’autre !
Un beau matin d’été
Chantons en chœur !
Trop petit mon ami
Officiel!
Chambre noire
La blonde de Pékin
C’est ma tournée
Eh bien, ma jolie...
L’homme à l’affût
Présumé dangereux
Une bouffée d’or pur
Le vautour attend toujours
A vous le plaisir !
Un hippie sur la route
Le Denier du Colt
Un atout dans la manche
Pas de vie sans fric
Simple question de temps
En galère !
Et toc !
Le zinc en or
Les poissons rouges n’ont pas de secret
A pieds joints
Le Joker en main
Fais-moi plaisir... crève !
Qui vivra, rira
On repique au jeu
Planque-toi à la morgue
Meurtres au pinceau
Question de flair
La grande fauche
Tu crois pas si bien dire
File-moi une couverture
Tu me suivras dans la tombe
Passez une bonne nuit
C’est pas dans mes cordes
Ça ira mieux demain
Ils sont tous là
Epilogue
Remerciements
Livres consultés
Annexes
Né aux Etats-Unis dans les années 1920, il tente de dépeindre et de révéler la réalité sociétale d’un pays donné, dans une époque donnée : la puissance financière, le gangstérisme à grande échelle, la corruption à tous niveaux, les systèmes mafieux, la police et la justice corrompue, le racisme, ...bref, “La ville pourrie” comme l’écrit si bien Marie-Thérèse Langer. En bref, le culte de l’individualisme et de la réussite quasi immédiate.
Le genre est né dans les pages d’un pulp magazine (périodique bon marché, imprimé sur du papier grossier)
On voit arriver le Détective Privé, pur et dur.
Son précurseur américain, reconnu par tous les spécialistes, est D. Hammett. Puis viendront J. M. Cain, Mc Coy et R. Chandler qui lui immortalisera le Privé avec son Philip Marlowe.
En Europe, ce sera J. H. Chase, qui, s’il est profondément marqué par ses compatriotes P. Cheyney et surtout G. Greene, sera véritablement fasciné par J. M. Cain, D. Hammett, R. Chandler ou Mc Coy, les grands de la Hard Boiled School, les “durs-à-cuire”...
Si le roman policier noir connaît un tel succès dès son départ, d’abord aux Etats-Unis (la revue Black Mask, paraît en 1920) et parce que c’est son berceau, et un peu plus tard en Europe (et là, Marcel Duhamel y aura apporté une phénoménale contribution avec la Série Noire), c’est parce que les lecteurs veulent du neuf, quelque chose qui les fassent frémir et les changent de l’ordinaire.
Le roman d’énigme BCBG qui aura perduré des décennies entières ne leur suffit plus. Il faut du réel et du concret. Ils veulent du changement radical, du mouvement, de l’action, du sortant de la norme, de la violence, du sang, du sexe aussi. L’action doit primer désormais sur la réflexion, le raisonnement et la déduction.
On ne veut plus se gratter le crâne pour découvrir l’assassin ou le meurtrier dans des labyrinthes d’interrogations. Exit l’atmosphère feutrée des petites villes de province, finies les maisons bourgeoises et les vieux châteaux où l’on sert le thé et les petits gâteaux, terminée la loupe du détective habillé de tweed et portant montre -gousset.
Tout cela est devenu pesant pour ne pas dire empesé .Tout Cela est devenu dépassé. (Je suis désolé : H.Poirot m’ennuie, Miss Marple m’agace), même si la créatrice de ces deux personnages demeure la très grande Dame du polar whodunit.
Le lecteur ne veut plus de notables, mais des chefs de gangs notoires. On s’est lassé des “vieilles dentelles” et des poisons mortels.
Les lecteurs attendent de voir vivre des grandes mégapoles où la pègre sévit et où les flics armés tuent s’ils doivent tuer. L’eau parfumée des lotions de toilettes agace.
Il faut des odeurs de sueur... et de poudre...
On ne veut plus percevoir un seul coup de révolver, mais entendre le crépitement des mitraillettes. Un petit crime presque propret n’intéresse plus personne, de même qu’un seul Jack l’Eventreur ne suffit plus, il en faut davantage.
Le rêve de l’ordre bien établi doit céder la place au profit d’une peinture de la société qu’ils vivent au jour le jour et qui n’est somme toute pas très reluisante. Le monde de l’Angleterre Elisabéthaine puritaine ne fait plus recette.
Et c’est ce qu’ont déjà bien compris P. Cheyney et G. Greene en Angleterre, avant que Chase ne reprenne le flambeau de façon magistrale. Lui qui a passé des années dans le monde de la librairie, avait assimilé d’emblée une chose fondamentale : le besoin des lecteurs.
Il est nécessaire de lever ici, donc dès le départ, ce qui pourrait s’apparenter à un grave malentendu.
Chase, contrairement à ce que certains ont pu penser, sans doute par une lecture trop superficielle, ne fait pas, ne fait jamais l’apologie du Crime.
Il dépeint simplement des tueurs au travail, avec il est vrai une plume trempée dans le vitriol. Mais sans voyeurisme. Et la morale sera sauve. “S’ils croient” s’en tirer, la force restera presque toujours à la Loi.
Le roman noir….C’est à quoi va s’atteler Chase pendant plus d’une quarantaine d’années et d’une façon magistrale.
« La science-fiction m’a entrainé vers le polar, les intrigues étant souvent les mêmes : enquêtes, poursuites, quêtes d’identité, rédemptions…. Remplacez les combinaisons spatiales par des imperméables gris et le soma de Huxley par le Jack Daniel’s : vous venez de transformer la S-F en roman noir. J’avais une préférence pour James Hadley Chase, même si les couvertures de SAS m’intéressaient pour d’autres raisons ! »
(F.Beigbeder) Un roman français 2009
Le cas « Pas d’orchidées pour miss Blandish.»
Voici ce que l’écrivain britannique G. Orwell* exprime dans “Essais, Articles, Lettres”, Volume III (1943/1945).
Il tente une comparaison entre Raffles, joueur de cricket et Gentleman cambrioleur de l’écrivain Anglais E. W. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle, et le personnage principal de “Pas d’Orchidées pour Miss Blandish”, l’abominable Slim Grisson. Il s’agit du paragraphe 64, écrit en Octobre 1944.
“Pas d’orchidées est la version 1939 du crime idéalisé, Raffles, la version 1900.
Ce qui m’intéresse ici c’est l’extraordinaire différence d’atmosphère psychologique qui existe entre les deux œuvres, et l’évolution du goût populaire dont elle semble témoigner...
“Il est important de remarquer que, rapportés à ce que l’on voit de nos jours, les méfaits de Raffles ne sont que des peccadilles...
Fort peu de cadavres, presque pas de sang, pas de crimes sexuels, pas de sadisme, nulle ne trace de perversion de quelque espèce que ce soit...
Mais depuis 1918, un roman policier où il n’y a pas de meurtre fait figure d’exception et la règle est au contraire de s’étendre sur les détails les plus répugnants ! Démembrement, exhumation, etc...”
“La formule qui les résume, c’est : “Cela ne se fait pas”.
“Plongeons à présent dans la Fosse à Purin... (G. Orwell fait un résumé de Pas d’orchidées)..... Deuxièmement, ce n’est pas comme on pourrait être tenté de le croire, la besogne d’un tâcheron illettré, mais un brillant exemple de virtuosité littéraire, où il est difficile de trouver un mot de trop ou une note discordante ».
« Le livre suppose chez le lecteur une bonne dose de dépravation sexuelle...... En fin de compte, un seul mobile est à l’œuvre tout au long du livre : la lutte pour le pouvoir.
Il est à remarquer que le livre n’est pas pornographique au sens commun du terme....., l’accent est mis sur la cruauté et non sur le plaisir..... »
(Il cite un autre roman de Chase “Qu’est ce qu’on déguste” et poursuit)..... « L’atmosphère psychologique de ces livres est identique. Ils ont toujours pour thème la lutte pour le pouvoir et le triomphe du fort sur le faible...”
“Le fait est que Pas d’orchidées pour Miss Blandish n’asuscité aucune protestation populaire...mais le succès de Pas d’orchidées et des livres et magazines américains auxquels ce roman s’apparente, montre bien avec quelle rapidité la doctrine du “réalisme” gagne du terrain...
Et Orwell conclu ainsi : “Il y a trente ans (donc dans les années 1910), les héros de la littérature populaire n’avaient rien de commun avec les gangsters et les détectives de Mr Chase, et comparativement, les idoles de l’intelligentsia libérale anglaise étaient aussi des personnages plutôt sympathiques.
Entre d’un côté Holmes et Fenner et de l’autre Abraham Lincoln et Staline, il existe un gouffre comparable.
...Dans les livres de M. Chase (comparé au personnage de Raffles), il n’y a ni gentleman ni tabous
L’émancipation est totale, Freud et Machiavel sont aux portes de la ville.
Si l’on compare l’ambiance plutôt potache de l’un à la sauvagerie et à la corruption de l’autre, on est conduit à se dire que le snobisme, comme l’hypocrisie, exerce sur les comportements une action modératrice dont la valeur, d’un point de vue social, a été sous-estimée”.
Cette analyse extrêmement critique de Orwell, pour ne pas dire hostile envers Chase, avec néanmoins en sous-jacence un coup de chapeau certain pour l’écrivain, a été écrite en 1944.
Le héros d’E. W. Hornung démarre ses aventures dans les années 1900.
Pas d’orchidées est publié, lui, en 1939 en Angleterre.
Quarante ans presque les séparent. C’est dire si les époques ont changé, le contexte politico-économique et social et les mœurs totalement incomparables... Autres temps, autres mœurs !
Ce que G. Orwell ne savait pas à cette époque, c’est que Chase n’écrirait pas que des abominations, et connaîtrait plus tard des époques beaucoup plus apaisées, loin des Grisson, des Dillon ou des Raven de la première heure, avec même un gentleman américain résident à Londres, partant au secours de la veuve et de l’orphelin, ou encore un patriote anglais exemplaire, même s’il demeure un aventurier à la réputation sulfureuse.
Preuve s’il en faut que Chase ne pratique pas que la violence de l’action et le matraquage des mots en pouvant conserver un certain romantisme.
Ce qui somme toute est extrêmement rassurant et aurait dû conduire à un indispensable discernement sur le jugement que certains ont pu porter sur les écrits de Monsieur Chase.
Denis Fernandez Recatala, dans son “Polar” écrit en 1986, note : “l’œuvre de Chase a représenté, des années durant, un véritable cas de conscience pour les amateurs de polars : ils aimaient ça, et n’auraient pas dû...”.
*G. Orwell est un écrivain britannique (1903 - 1950). Ses romans d’anticipation : (“1984”)… (Big Brothers) dénoncent les dangers du totalitarisme.
Un Chase, ça se lit d’une traite, presque fiévreusement, même si certains personnages sont à la limite du soutenable et c’est peut-être pour cette raison, que l’on ne peut plus lâcher le livre.
Mais ce n’est qu’en deuxième, voire troisième lecture, quand l’esprit a retrouvé un certain apaisement, que l’on est en mesure d’en apprécier pleinement la perfection de l’écriture, la qualité de l’intrigue et le déroulement inexorable de l’action.
Prendre un Chase, c’est la certitude de recevoir une décharge d’adrénaline mais surtout de s’assurer quelques heures de plaisir intense.
Relire un Chase, ce n’est plus courir à la conclusion, c’est savourer une écriture simple, nette rapide ‘ puissante.
“J. Hadley Chase, en effet, s’est emparé sans coup férir de nos nuits et de nos rêves. Lire un de ses livres, c’est prendre un billet sans retour pour un pays ou les hommes agissent plus qu’ils ne pensent, ou les femmes séduisent plus qu’elles n’aiment. Bref, un pays tout de bruit et de fureur. Chaque livre de Chase est tellement chargé de meurtres et de tortures que lorsqu’il en tombe un exemplaire à nos pieds on est tout étonné de ne pas avoir les chaussures éclaboussées de sang”
Serge Lentz et à Pascal Bergues LUI, numéro 38 de février 1967
James Hadley Chase, de son vrai nom René Lodge Brabazon Raymond, est né à Londres, le 24 / 12 / 1906. Il est le fils d’un Colonel de l’Armée des Indes qui le destine à une carrière scientifique. Elève de la Rochester King’s School dans le Kent, il prépare un diplôme de bactériologie, puis se rend à Calcutta pour étudier les effets de la rage. A 18 ans, il est courtier en librairie et restera dans cet environnement littéraire pendant 15 ans, c’est-à-dire jusqu’en 1939. En 1933, il épouse Sylvia Ray qui lui donne un fils.
En 1938, juste avant le deuxième conflit mondial, il écrit à 32 ans son premier roman en six week-end (certains disent six semaines), qu’importe le tour de force est là.; “Pas d’orchidées pour Miss Blandish”, publié en 1939, qui résonnera comme un véritable coup de tonnerre dans la littérature policière. Roman noir, mythique par excellence, il connaîtra un succès foudroyant, tiré à plusieurs millions d’exemplaires.
Inspiré de la nouvelle de W. Faulkner, “Sanctuaire”, “Pas d’orchidées pour Miss Blandish” sera critiqué pour sa cruauté et par la dégénérescence de Slim Grisson, le fils sadique et impuissant de M’man Grisson.
Il faut noter au passage que le gang Barker a bel et bien existé aux Etats-Unis et que c’est à partir de ce fait de société que W. Faulkner a écrit son “Sanctuaire”.
“Douze balles dans la peau”, écrit en 1946 sera également vivement critiqué pour sa violence, mais c’est surtout “Méfiezvous fillettes” écrit plus tôt en 1941.qui déclenchera les foudres de la critique.
Pendant la guerre, il sert dans la Royal Air Force comme chef d’escadron et sera attaché militaire au ministère de l’Air.
Il éditera The Royal Air Force Journal.
A la suite du phénoménal succès de son premier roman, il se consacrera uniquement à l’écriture. Il s’ensuivra une œuvre de 89 romans au rythme moyen de deux par année jusqu’en 1983.
Si l’essentiel de ses romans sont publiés sous le nom de J. H. Chase, l’écrivain publiera également sous les noms de Raymond Marshall (près de 20 titres), de James L. Docherty (1 roman) et d’Ambrose Grant (1 roman).
L’auteur justifie ces pseudonymes pour la raison simple suivante : le contingentement du papier. En effet pendant cette période troublée, le papier est rare, et chaque auteur ne disposait que d’une quantité de papier limitée pour ses livres.
En prenant des noms différents, il bénéficiait ainsi du supplément de papier nécessaire à sa production. Un de ses éditeurs lui avait conseillé cet artifice.
A travers l’œuvre prolifique de Chase se dégagent des temps très forts et de véritables perles, romans mythiques ou romans d’exception, tels que Pas d’orchidées, bien sûr, mais également :
Eva
Une manche et la belle
Chambre noire
Les bouchées doubles
Présumé dangereux
Eh bien ma jolie !
La chair de l’orchidée
Un beau matin d’été...
Traquenards
Lâchez les chiens
Si la majeure partie de l’œuvre de l’écrivain Anglais se déroule aux Etats-Unis, Floride et Californie notamment, mais aussi dans beaucoup d’autres états US, l’ensemble des continents est présent dans ses romans :
L’Europe bien entendu avec le Royaume-Uni, mais aussi l’Italie, la France, la Suisse et l’Allemagne, la République Tchèque (maintenant) puis le continent Africain (Sénégal et Afrique du Sud), sans oublier le continent Asiatique (Viet Nam, Hong Kong).
Un point important est à noter de suite. A travers l’univers de Chase, la femme “fatale”, souvent très belle mais perverse et cupide sera un thème récurrent chez l’écrivain. Certains pourraient dire que c’est son marqueur. En effet, beaucoup de ses personnages masculins seront manipulés par ces véritables mantes religieuses, qui les conduiront bien souvent au crime inexorable ou à une totale déchéance physique et morale.
Certaines ligues féministes ont protesté en soulignant le côté particulièrement misogyne de Chase. Certains critiques ne s’en sont pas privés non plus, C’est à mon avis un mauvais procès tant (on le verra plus loin), certaines femmes, qui ne sont pas forcément toujours les véritables héroïnes de ses romans, apparaissent comme tout à fait exemplaires
Il n’en demeure pas moins vrai que cette image lui collera à la peau comme le scotch du capitaine Haddock.
“Dans l’œuvre de Chase, l’homme est avant tout sa propre victime et celle du destin. Ce destin semble se sceller dès la rencontre avec la Femme“ (Le Polar - Larousse)
Chase ne déteste pas, ni ne méprise la femme, il en analyse simplement, dans un contexte donné, la démarche complexe.
“Je suis merveilleusement marié …Je suis convaincu que les femmes sont nettement supérieures aux hommes en bien, en mal, en force de caractère et en esprit de décision. Elles résistent mieux à la douleur, elles ont plus d’énergie, bref... Auprès d’elles les hommes sont généralement des lavettes...“
On pourrait croire que J. H. Chase, avec son véritable culte du roman noir américain a vécu longtemps aux USA. En fait, il n’y a effectué que deux courts séjours en 1965, l’un à Miami, l’autre à New Orleans.
Mais sa fascination vis à vis des gunners ou autres serial killers est omniprésente dans ses romans, surtout ceux de sa première époque, tout comme les personnages richissimes et impitoyables du monde du business américain. C’est dire la formidable documentation qu’il a accumulé en encyclopédies, Atlas, plans de villes, cartes routières, dictionnaires d’argot ou autres anthologies des célèbres gangsters américains de l’époque de la prohibition, tant le souci de précision dans la description des lieux et des personnages sont minutieux.
Dans certains de ses romans, des personnages tout à fait atypiques apparaissent dans un monde effrayant peuplé de tueurs sanguinaires, de fous furieux, de camés, ou autres virtuoses de la corde à piano ou du vitriol (marque de la Mafia), le tout dans un climat d’angoisse, de terreur, voire d’épouvante. En somme une véritable fresque de la Cour des Miracles, une effrayante polka macabre.
