Japoneries d'automne - Pierre Loti - E-Book

Japoneries d'automne E-Book

Pierre Loti

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Beschreibung

Dans 'Japoneries d'automne', Pierre Loti nous transporte au Japon à travers ses impressions sensorielles et ses réflexions poétiques. L'ouvrage, qui mêle récit de voyage et contemplation esthétique, dépeint la beauté des paysages nippons et la richesse de la culture japonaise. Le style littéraire de Loti se distingue par sa prose lyrique, sa vivacité descriptive et ses observations fines, témoignant d'un profond respect et d'une admiration sincère pour le pays qu'il scrute. Dans le contexte littéraire de la fin du XIXe siècle, où l'Orient fascine les écrivains occidentaux, ce livre s'inscrit dans une quête d'authenticité et d'exotisme marquée par un regard européen sur des traditions millénaires. Pierre Loti, né en 1850, était un voyageur inflexible et un écrivain prolifique dont les explorations l'ont mené dans plusieurs contrées, du Maroc au Japon. Sa sensibilité romantique, accompagnée de son désir de comprendre les cultures autres que la sienne, l'a conduit à ressentir profondément l'âme des pays qu'il rencontrait. C'est à travers ses souvenirs de ses séjours au Japon que Loti a voulu partager un monde dont il était épris, tout en se confrontant aux tensions entre tradition et modernité. Recommandé aux amateurs de voyages littéraires et à ceux qui recherchent une immersion poétique dans une culture fascinante, 'Japoneries d'automne' est une œuvre incontournable. Ce texte offre non seulement une expérience visuelle et émotionnelle unique, mais aussi une réflexion sur l'identité et la perception d'autres cultures. Loti parvient ainsi à capturer l'essence du Japon tout en révélant les luttes internes d'un écrivain partagé entre la nostalgie et l'émerveillement. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Pierre Loti

Japoneries d'automne

Édition enrichie.
Introduction, études et commentaires par Enzo Durand
EAN 8596547429791
Édité et publié par DigiCat, 2022

Table des matières

Introduction
Contexte historique
Synopsis (Sélection)
Japoneries d'automne
Analyse
Réflexion
Citations mémorables

Introduction

Table des matières

Japoneries d’automne rassemble, sous la plume de Pierre Loti, un cycle d’écrits japonais conçu comme un itinéraire sensible et discret, depuis le « Départ de Kobé » jusqu’aux haltes de Yeddo et aux sanctuaires de Nikko. Loin d’un roman continu, cet ensemble propose des tableaux successifs, notations de voyage et scènes observées à la fin du XIXe siècle, durant l’ère Meiji. Sa finalité est claire : offrir, en un volume, les pièces essentielles d’un séjour transfiguré par l’art de la prose, où l’auteur, marin et voyageur, consigne la surprise, la mélancolie et l’émerveillement que lui inspire un pays en mutation.

Les textes réunis appartiennent à plusieurs régimes d’écriture : chroniques de déplacement, saynètes de société, esquisses descriptives, notations quasi diaristiques, mais aussi récits brefs à tonalité légendaire. Des suites numérotées (I, II, III, etc.) scandent certains ensembles, tandis que des pièces isolées, telles « Un bal à Yeddo », « Extraordinaire cuisine », « Toilette d’Impératrice » ou « Au tombeau des Samouraïs », constituent des focales autonomes. Loin d’installer un suspense romanesque, l’ouvrage privilégie l’instant, la vue, l’odeur, la rumeur, et l’art de cadrer une scène pour la livrer comme une miniature fidèle à l’impression première.

L’unité de la collection tient d’abord à une saison, l’automne, et à ce qu’elle insuffle de lumière oblique, de nostalgie et d’acuité. La phrase de Loti, ample, musicale, vouée au coloris, saisit les rites, les costumes, les maisons de thé, la géographie des jardins et des rues, l’ondulation des foules. L’orthographe ancienne de « Yeddo » rappelle l’histoire des noms, tandis qu’un lexique subtil épouse les nuances des matières et des parfums. Le regard demeure impressionniste, préférant l’esquisse à l’inventaire, la suggestion au catalogue, afin de faire affleurer cette part d’inaccessible qui, pour l’auteur, fonde le charme du lointain.

De Kobé à Nikko, le fil thématique associe voyage, seuils et passages : départs maritimes, arrivées en ville, ascensions vers la « sainte montagne », détours près des tombes, visites au palais, instants de fête et de danse. La modernité de l’ère Meiji affleure par touches, en contraste avec les persistances d’un Japon des rites. La cuisine, les intérieurs, les saisons, l’étiquette et la politesse composent une anthropologie sensible. Loti, officier de marine, écrit en observateur attentif, conscient de sa position d’étranger, et cherche moins à conclure qu’à noter des images vraies, brèves, ouvertes, qui laissent vibrer le silence autour d’elles.

Dans l’œuvre de Pierre Loti, ces Japoneries prolongent et nuancent l’attention portée au Japon déjà présente ailleurs, notamment dans « Madame Chrysanthème ». Ici, l’écrivain privilégie la dispersion en fragments plutôt que l’architecture romanesque, ce qui donne au volume la souplesse d’un carnet et la densité d’un album. Les « Trois légendes rustiques » témoignent d’un intérêt pour la transmission orale et le folklore, tandis que des passages consacrés à l’étiquette impériale ou aux mémoires des samouraïs déplacent le regard vers l’histoire et le cérémonial. Le tout compose une cartographie affective et culturelle, simultanément intime et publique, réductible à aucune thèse.

Lire cette collection, c’est accepter une progression en mosaïque : suites numérotées, reprises de motifs, variations de point de vue. Le livre se prête aussi bien à une lecture suivie qu’à une flânerie, pièce après pièce. Les termes anciens et les translittérations ont été conservés lorsqu’ils éclairent la manière dont l’Occident nommait alors ce qu’il découvrait. La perspective demeure celle d’un écrivain européen de la fin du XIXe siècle ; elle porte ses angles et ses biais, mais elle préserve surtout la singularité d’expériences situées, dont la précision de détail donne à voir des gestes, des lumières et des atmosphères aujourd’hui irréversibles.

Durablement, Japoneries d’automne s’impose comme un jalon de la littérature de voyage en langue française et un repère de l’imaginaire européen du Japon. L’ouvrage vaut autant par la beauté de sa prose que par son pouvoir documentaire sur un moment de transition. Son héritage tient à la capacité de Loti d’ordonner le discontinu, de tirer du fugitif une forme, et d’ouvrir le lecteur à une écoute du monde par la nuance. Cette édition, réunissant les pièces indiquées, offre un accès cohérent à l’ensemble, et invite à une lecture lente, où chaque fragment révèle, à sa mesure, un pays, une saison et une voix.

Contexte historique

Table des matières

Lorsque Pierre Loti aborde le Japon à l’automne des années 1880, le pays sort à peine du séisme politique de la Restauration de Meiji (1868) qui a renversé le shogunat Tokugawa et recentré le pouvoir autour de l’empereur à Tokyo, nouvelle appellation d’Edo. L’ouverture forcée des ports depuis 1854 puis les traités inégaux de 1858 ont fait de Kobe (ouvert en 1868) et de Yokohama des foyers d’échanges et de frictions. Ce cadre éclaire les déplacements de “Départ de Kobé” et les scènes de “Yeddo”, où le regard de l’officier de marine saisit un pays à la fois disponible et vulnérable à l’influence occidentale.

Dans la haute société, les années 1883–1887 voient triompher la diplomatie du Rokumeikan, salon de réception voulu par Inoue Kaoru où l’aristocratie apprend la valse et le cotillon devant les diplomates. La cour impériale accompagne ce mouvement: l’empereur Meiji impose uniformes et protocole à l’européenne, tandis que l’impératrice Shōken adopte en 1886 une tenue occidentale pour les cérémonies. Ces gestes résonnent dans “Un bal à Yeddo” et “Toilette d’Impératrice”, où Loti observe la politique d’«enchantement» occidental et ses ambiguïtés. Sa prose, admirative et inquiète, traduit l’idée d’un théâtre diplomatique fragile, destiné à corriger les traités inégaux mais risquant de désancrer les élites de leurs codes.

Parallèlement, la capitale se transforme. Rebaptisée Tokyo en 1868, elle se dote d’un axe ferroviaire dès 1872 entre Shimbashi et Yokohama, puis d’un quartier de briques à Ginza après l’incendie de 1872, sur plans de l’architecte britannique Thomas Waters. L’éclairage au gaz (1874) et les jinrikisha, apparus vers 1869, modifient la circulation et les sociabilités. Ces évolutions irriguent plusieurs scènes de “Yeddo”, où cohabitent maisons de bois, vitrines de style européen et gares bruissantes. La perception de Loti, oscillant entre charme de l’ancien et attrait du moderne, reflète la manière dont Tokyo cherchait une vitrine sans renoncer aux pratiques de quartier.

La mutation sociale la plus sensible demeure la disparition de l’ordre samouraï. L’abolition des fiefs en 1871, la commutation des pensions et l’interdiction du port du sabre (haitōrei, 1876) accélèrent la marginalisation guerrière, culminant avec l’insurrection de Satsuma menée par Saigō Takamori en 1877. Dans ce contexte, la ferveur populaire pour les héros d’hier se cristallise autour de lieux de mémoire comme Sengaku-ji, tombeau des quarante-sept rōnin (1703). “Au tombeau des Samouraïs” et certaines pages de “Trois légendes rustiques” mobilisent ce passé pour penser la loyauté, la perte d’honneur et la recomposition d’une éthique sous un État modernisateur.

Les politiques religieuses de l’ère Meiji reconfigurent également les paysages sacrés. La séparation du bouddhisme et du shintō (shinbutsu bunri) décrétée en 1868 et les violences anticléricales du haibutsu kishaku entraînent destructions, transferts d’objets et nouvelles hiérarchies cultuelles. À Nikkō, le sanctuaire Tōshō-gū, dédié à Tokugawa Ieyasu, et le complexe bouddhique de Rinnō-ji témoignent de cette recomposition, tandis que le mont Nantai demeure un pôle de pèlerinage. “La sainte montagne de Nikko” puise là son atmosphère de seuils, où rites, paysages et politiques convergent. Loti y mesure combien l’État-nation encadre désormais le sacré, sans éteindre la ferveur locale.

Les ports ouverts, surtout Kobe et Yokohama, restent à la fin des années 1880 des enclaves régies par l’extraterritorialité instaurée par les traités de 1858, avec tribunaux consulaires, clubs et journaux étrangers. Cette configuration favorise une sociabilité hybride, où marins, commerçants et interprètes négocient usages et goûts. Elle innerve “Départ de Kobé” et l’anecdote culinaire d’“Extraordinaire cuisine de deux vieux”, révélant une modernité par le bas, faite d’apprentissages mutuels, de malentendus et d’inventions gastronomiques. Loti, officier français, écrit depuis ce seuil cosmopolite, sensible autant aux hiérarchies coloniales qu’aux tactiques japonaises d’appropriation des codes occidentaux.

Au plan intérieur, les réformes administratives et juridiques aboutissent à la Constitution de 1889, rédigée sous l’égide d’Itō Hirobumi, qui institue une Diète et consolide l’autorité impériale. Parallèlement, l’essor des soieries, du thé et des manufactures appuyées par les chemins de fer alimente une économie d’exportation. Vu d’Europe, ce dynamisme se superpose à la vogue du japonisme, théorisé par Philippe Burty et relayé, à partir de 1888, par la revue de Siegfried Bing. La réception de Japoneries d’automne s’inscrit dans ce double horizon: curiosité esthétique et intérêt stratégique, que Loti décline entre délicatesses saisonnières de “L’Impératrice printemps” et notations sur l’ordre nouveau.

Enfin, l’horizon asiatique infléchit la plume de l’officier-écrivain. La guerre franco-chinoise de 1884–1885, l’expédition japonaise à Taïwan en 1874 et le traité de Tianjin de 1885 sur la Corée signalent le repositionnement régional. Aux yeux de Loti, le Japon apparaît comme une puissance en devenir, dotée d’une flotte moderne et d’une ambition mesurée, à la veille de la guerre sino-japonaise de 1894–1895. Cette conscience géopolitique traverse les épisodes urbains et cérémoniels du recueil, que la critique française lit alors comme de séduisants tableaux exotiques, mais aussi comme des indices d’un basculement asiatique susceptible de reconfigurer les routes et les imaginaires européens.

Synopsis (Sélection)

Table des matières

DÉPART DE KOBÉ (I, II, IV, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI)

Suite de vignettes de départ et de premières traversées, où le narrateur détaille quais, navires et seuils du voyage à travers un Japon entrevu par éclats.

Tonalité impressionniste et mélancolique, motifs de l’adieu, des lumières changeantes et des rencontres fugitives, avec une écriture fragmentaire picturale.

UN BAL A YEDDO

Chronique d’un bal dans la capitale, où étiquette européenne et décor japonais se frôlent dans un théâtre social étudié de près.

Tonalité mondaine et légèrement ironique, thèmes de la mise en scène, des masques et de la modernité qui recompose les codes.

EXTRAORDINAIRE CUISINE

Exploration d’un repas et de ses rituels, attentive aux objets, aux gestes et à la chorégraphie du service.

Tonalité sensorielle et curieuse, motifs de l’étrangeté apprivoisée, de la traduction des goûts et du regard ethnographique tenu à distance.

DE DEUX VIEUX

Deux portraits brefs d’aînés saisis dans leur quotidien, peints avec tendresse et sobriété.

Tonalité compatissante et discrète, thèmes de la dignité, du temps et des traces que la vie laisse sur les visages.

TOILETTE D’IMPÉRATRICE

Évocation des apprêts d’une souveraine et du cérémonial textile qui ordonne la cour.

Tonalité cérémonielle et picturale, motifs du pouvoir mis en étoffes, de la beauté codifiée et du secret derrière l’apparat.

TROIS LÉGENDES RUSTIQUES (I–III)

Trois récits campagnards où affleurent croyances, paysages et murmures du surnaturel.

Tonalité bucolique et légèrement inquiétante, thèmes de la tradition orale, du destin et d’une nature animée, dans une prose brève et atmosphérique.

LA SAINTE MONTAGNE DE NIKKO (I–III)

Montée vers les sanctuaires de Nikko, entre allées de cèdres, temples et mausolées qui imposent le recueillement.

Tonalité contemplative et révérencieuse, motifs de la spiritualité syncrétique, de la pierre contre la brume, et du voyageur rapetissé par le sacré.

AU TOMBEAU DES SAMOURAÏS

Visite d’un tombeau guerrier qui déclenche une méditation sur l’honneur et l’effacement d’un ordre ancien.

Tonalité élégiaque, thèmes des reliques, de la mémoire et de la tension entre chevalerie rêvée et présent prosaïque.

YEDDO

Panorama de la capitale, de ses faubourgs trépidants à ses poches de quiétude, cartographié par touches rapides.

Tonalité vive et observatrice, motifs de la métamorphose urbaine, des foules et des contrastes, dans une écriture en plans-séquences picturaux.

L’IMPÉRATRICE PRINTEMPS

Hommage allégorique au renouveau saisonnier qui trouble la mélancolie d’automne et la réenchante.

Tonalité lyrique et légère, motifs de l’éphémère, des couleurs et parfums comme récit, réaffirmant l’esthétique de la beauté passagère.

Japoneries d'automne

Table des Matières Principale
DÉPART DE KOBÉ
I
II
IV
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
UN BAL A YEDDO
EXTRAORDINAIRE CUISINE
DE DEUX VIEUX
TOILETTE D’IMPÉRATRICE
TROIS LÉGENDES RUSTIQUES
I
II
III
LA SAINTE MONTAGNE DE NIKKO
I
II
III
AU TOMBEAU DES SAMOURAÏS
YEDDO
L’IMPÉRATRICE PRINTEMPS

DÉPART DE KOBÉ

I

Table des matières

Départ du bord un peu avant le jour, car la frégate qui m’a amené est mouillée bien loin de terre. Sur rade, un ciel clair et froid avec de dernières étoiles. Beaucoup de brise debout, et mon canot avance péniblement, tout aspergé d’eau salée.

A cette heure, le quai de Kobé est encore un peu obscur, désert, avec seulement quelques rôdeurs en quête d’imprévu. Pour aller au chemin de fer, il faut traverser le quartier cosmopolite des cabarets et des tavernes; c’est au tout petit jour, frais et pur. Les bouges s’ouvrent; on voit, au fond, des lampes qui brûlent; on y entend chanter la Marseillaise, le God save, l’air national américain. Tous les matelots «permissionnaires» sont là, s’éveillant pour rentrer à bord. En route, j’en croise des nôtres qui reviennent, leur nuit finie, se carrant comme des seigneurs dans leur djin-richi-cha. Incertains de me reconnaître dans la demi-obscurité, ils m’ôtent leur bonnet au passage.

Au bout de ces rues joyeuses, c’est la gare. Le jour se lève. Un drôle de petit chemin de fer, qui n’a pas l’air sérieux, qui fait l’effet d’une chose pour rire, comme toutes les choses japonaises.

Ça existe cependant, cela part et cela marche.

Au guichet, on examine avec soin mon passeport, qui serait presque un bibelot tant il y a dessus de petits griffonnages drôles. Il est en règle et on me délivre mon billet. Très peu de monde; c’est surtout le public des troisièmes qui donne, et dans ma voiture me voilà installé seul.

Cela s’ébranle à tous ces bruits connus de sifflets, de cloches, de vapeur, qui se font au Japon comme en France, et nous sommes en route.

II

Table des matières

Des campagnes fraîches et fertiles traversées au soleil du matin, d’un beau matin d’automne. Tout est extrêmement cultivé et encore vert: champs de maïs, champs de riz, champs d’ignames avec ces grandes feuilles ornementales très connues sur nos squares. Dans ces champs, beaucoup de monde qui travaille. C’est en plaine toujours, seulement on longe des chaînes de hautes montagnes boisées; en fermant un peu les yeux, on dirait l’Europe, le Dauphiné, par exemple, avec les Alpes à l’horizon.

Il y a dans le vert des prairies une profusion de fleurs rouges, espèce de liliacées de marais aux pétales minces et frisés ressemblant à des panaches d’autruches. Dans toutes les petites rigoles qui entourent en carré les champs de riz, ces fleurs abondent, formant partout, comme d’élégantes bordures de plumes.

Petites stations à noms bizarres; à côté des bâtisses du chemin de fer, à côté des tuyaux et des machines apparaissent, très surprenants, des vieux temples à toit courbe, avec leurs arbres sacrés, leurs pylônes de granit, leurs monstres.

Il est disparate, hétérogène, invraisemblable, ce Japon, avec son immobilité de quinze ou vingt siècles et, tout à coup, son engouement pour les choses modernes qui l’a pris comme un vertige.

La première grande ville sur la route, c’est Oasaka, où l’on s’arrête. Ville marchande; peu de temples, des milliers de petites rues tracées d’équerre, des canaux comme a Venise, des bazars de bronze et de porcelaine; une fourmilière en mouvement.

D’Oasaka à Kioto, mêmes campagnes vertes, mêmes cultures plantureuses, mêmes chaînes de montagnes boisées. C’est monotone et le sommeil me vient.

A l’avant-dernière des stations, monte dans mon compartiment, avec de gracieuses révérences, une vieille dame du monde comme il faut, qui semble échappée d’un écran à personnages. Dents laquées de noir, sourcils rasés soigneusement; robe de soie brune avec des cigognes brochées; grandes épingles d’écaillé piquées dans les cheveux rares. Quelques mots aimables s’échangent entre nous en langue japonaise, et puis je m’endors.

IV

Table des matières

Kioto! C’est la vieille dame qui me réveille, très souriante, en me frappant sur les genoux.

Okini arigato, okami-san! (Grand merci, madame!) et je saute à terre, un peu ahuri au sortir de ce sommeil.

Alors me voilà assailli par la pléiade des djinrichi-san. Étant le seul en costume européen parmi cette foule qui débarque, je deviens leur point de mire à tous. (A bord, nous avons coutume de dire simplement des djin; c’est plus bref et cela va bien à ces hommes coureurs, toujours en mouvement rapide comme des diablotins.)

C’est à qui m’emportera, on se dispute et on se pousse. Mon Dieu, cela m’est égal à moi, je n’ai aucune préférence, et je me jette dans la première voiture venue. Mais ils sont cinq qui se précipitent, pour s’atteler devant, s’atteler en côté, pousser par derrière... Ah! non, c’est beaucoup trop, et deux me suffisent. Il faut parlementer longtemps en ayant l’air de se fâcher, pour se débarrasser des autres. A la fin c’est compris: un djin, entre les brancards, un djin attelé en flèche par une longue bande d’étoffe blanche, et nous partons comme le vent.

Quelle immense ville, ce Kioto, occupant avec ses parcs, ses palais, ses pagodes, presque l’emplacement de Paris. Bâtie tout en plaine, mais entourée de hautes montagnes comme pour plus de mystère.

Nous courons, nous courons, au milieu d’un dédale de petites rues à maisonnettes de bois, basses et noirâtres. Un air de ville abandonnée. C’est bien du vrai Japon par exemple, et rien ne détonne nulle part. Moi seul je fais tache, car on se retourne pour me voir.

Ha! ha! ho! hu! Les djin poussent des cris de bête pour s’exciter et écarter les passants. Assez dangereuse, cette manière de circuler dans un tout petit char d’une légèreté excessive, emporté par des gens qui courent, qui courent à toutes jambes. Cela bondit sur les pierres, cela s’incline dans les tournants brusques, cela accroche ou renverse des gens ou des choses. Dans certaine avenue très large, il y a un torrent qui roule, encaissé entre deux talus à pic, et tout au ras du bord nous passons ventre à terre. A toute minute, je me vois tomber là dedans.

Une demi-heure de course folle pour arriver à l’hôtel Yaâmi dont j’ai donné l’adresse à mes djin. C’est, paraît-il, un vrai hôtel, tout neuf, qu’un Japonais vient de monter à la manière anglaise, pour loger les aimables voyageurs venus d’Occident. Et il faut bien aller là pour trouver quelque chose à manger, la cuisine japonaise pouvant servir d’amusement tout au plus.

Il est situé d’une façon charmante, à cinquante mètres de haut dans les montagnes qui entourent la ville, parmi les jardins et les bois. On y monte par des escaliers fort mignons, par des pentes sablées avec bordure de rocailles et de fleurs, tout cela trop joli, trop arrangé, trop paysage de potiche, mais très riant, très frais.

L’hôte, en longue robe bleue, me reçoit au perron avec des révérences infinies. A l’intérieur, tout est neuf, aéré, soigné, élégant: des boiseries blanches et légères, d’un travail parfait. Dans ma chambre on m’apporte tant d’eau claire que j’en puisse désirer pour mes ablutions; mais cela se passe sans le moindre mystère; porte ouverte, l’hôte, les garçons, les servantes, entrent pour m’aider et pour me voir; de plus, les fenêtres donnent sur le jardin d’une maison voisine, et là, deux dames nippones qui se promenaient dans des allées en miniature s’arrêtent pour regarder aussi.

Un premier repas léger, servi tout à fait à l’anglaise, avec accompagnement de thé et de tartines beurrées, et puis je fais comparaître deux djin que je loue au prix fixé de soixante-quinze sous par tête et par jour; pour cette somme-là ils courront du matin au soir à ma fantaisie, sans s’essouffler ni gémir, en m’entrainant avec eux.

Ces courses en djin sont un des souvenirs qui restent, de ces journées de Kioto où l’on se dépêche pour voir et faire tant de choses. Emporté deux fois vite comme par un cheval au trot, on sautille d’ornière en ornière, on bouscule des foules, on franchit des petits ponts croulants, on se trouve voyageant seul à travers des quartiers déserts. Même on monte des escaliers et on en descend; alors, à chaque marche, pouf, pouf, pouf, on tressaute sur son siège, on fait la paume. A la fin, le soir, un ahurissement vous vient, et on voit défiler les choses comme dans un kaléidoscope remué trop vite, dont les changements fatigueraient la vue.

Comme c’est inégal, changeant, bizarre, ce Kioto! Des rues encore bruyantes, encombrées de djin, de piétons, de vendeurs, d’affiches bariolées, d’oriflammes extravagantes qui flottent au vent. Tantôt on court au milieu du bruit et des cris; tantôt c’est dans le silence des choses abandonnées, parmi les débris d’un grand passé mort. On est au milieu des étalages miroitants, des étoffes et des porcelaines; ou bien on approche des grands temples, et les marchands d’idoles ouvrent seuls leurs boutiques pleines d’inimaginables figures; ou bien encore on a la surprise d’entrer brusquement sous un bois de bambous, aux tiges prodigieusement hautes, serrées, frêles, donnant l’impression d’être devenu un infime insecte qui circulerait sous les graminées fines de nos champs au mois de juin.

Et quel immense capharnaüm religieux, quel gigantesque sanctuaire d’adoration que ce Kioto des anciens empereurs! Trois mille temples où dorment d’incalculables richesses, consacrées à toutes sortes de dieux, de déesses ou de bêtes. Des palais vides et silencieux, où l’on traverse pieds nus des séries de salles tout en laque d’or, décorées avec une étrangeté rare et exquise. Des bois sacrés aux arbres centenaires, dont les avenues sont bordées d’une légion de monstres, en granit, en marbre ou en bronze.