Je drague sur le net - Chantal Bauwens - E-Book

Je drague sur le net E-Book

Chantal Bauwens

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Beschreibung

"Quand on est quinqua on n'est pas raplapla !"

C'est toujours ce qu'à pensé Chantal Bauwens. Ses grands enfants sont autonomes. Elle se sent pleine d'énergie et de vie. Elle a un job, des copines, une foule d'activités. Elle est bien décidée à trouver l'amour avec un grand A et serait ravie si des plans sexe fripons et bienfaisants pour le moral venaient à s'offrir. Elle décide donc de passer à l'action et s'inscrit sur des sites de rencontre. A elle de vivre toutes les belles pubs que l'on voit à la télé !

Voilà Chantal embarquée dans le monde virtuel et celui beaucoup plus réel des rencontres sur Internet. C'est avec une plume drôlissime, ironique et souvent cruelle qu'elle relate ses aventures et ses rencontres. De l'étalon qu'elle pensait fougueux, à l'admirateur transi, du sportif au bon père de famille.
Au gré de ses portraits, l'auteur dévoile ce que personne n'a jamais osé écrire.

A PROPOS DE L'AUTEUR :

Chantal Bauwens est écrivain, essayiste. 
Observatrice drôle et ironique de notre société, elle partage efficacement ses expériences joyeuses ou douloureuses avec ses lecteurs.
Pour en savoir plus sur l'auteur, rendez-vous sur son site personnel :  http://www.chantalbauwens.com/
EXTRAIT :
La ménagère de cinquante ans et plus

Le cap de la cinquantaine franchi, nouvelle divorcée, je m’étais retrouvée seule, isolée, délaissée même par mes amis en couple et carrément abandonnée par ceux qui préféraient « l’autre camp » par intérêt professionnel ou réel attrait. Je n’avais pas les moyens de mener une vie sociale riche en sorties qui m’auraient permis de rencontrer des personnes du sexe opposé. En outre, je ne tenais plus la forme pour sortir en boîte (à 23 heures je m’écroule déjà de sommeil !) et je ne me situais pas encore dans la tranche d’âge qui me ferait fréquenter les « thés dansants » le dimanche après-midi.

Comment rencontrer de nouveaux amis et de futurs petits amis (ou amants) dans ces conditions ? Je savais que la pyramide des âges, célébrée par les économistes, se rétrécissait petit à petit à chaque nouvel anniversaire fêté et qu’elle laissait singulièrement plus de femmes que d’hommes sur le pas de la solitude. C’était inévitable et mathématique : après une troisième séparation de couple à des poussières du demi-siècle, j’étais plus démunie que jamais sur le marché du célibat. Comment trouver une nouvelle histoire d’amour (avec petit a ou grand A) avec cette fichue date de péremption inscrite sur ma carte d’identité qui me faisait ressembler à un produit de consommation marqué d’un à consommer avant X sous peine de… ?

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Seitenzahl: 380

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Il n’y a pas d’âge pour aimer, tout âge porte ses fruits, il faut savoir les cueillir

Edmond Radiquet

Toute femme devrait savoir ce qu’elle est prête à faire ou non… pour l’amour ou autre chose…

Maya Angelou

Merci à Danièle & Christian Stéphane & Christine Marie & Jean Philippe & Martine France & Dominique Etc.

Qui vivent dans le bonheur

INTRODUCTION

Ce matin-là, comme tous les jours, je débutai ma journée par le survol des fraîches informations quotidiennes. C’est, paraît-il, une spécialité masculine. Seulement, j’ai troqué la version papier du journal (qui n’est jamais livrée avec les croissants) par la version électronique fournie, elle, par Internet. Lire les nouvelles en dégustant mon premier café de la matinée est un moment que je refuse de zapper : c’est seulement ainsi que j’arrive à me réveiller. Après les grands titres, les infos locales, politiques, mondiales, les conflits dans le monde, les calamités naturelles, les grèves diverses et la page people (je zappe d’office celle des sports), j’arrivai à la rubrique « société » : là, plusieurs articles s’articulaient autour du célibat et surtout : du divorce.

– Ok, me dis-je, l’horoscope ce sera pour plus tard : l’Amour, conjugué sous toutes ses formes, est prioritaire.

Très intéressée par le sujet (j’étais séparée de mon futur ex-époux depuis plusieurs mois), je cliquai sur le corps du sujet. En général, quelle que soit l’enquête ayant pour thème les êtres humains et leur mode de fonctionnement, elle débute toujours par des statistiques, comme si les hommes se géraient pareils à des sujets d’économie et que les chiffres avaient un pouvoir de persuasion plus fort que les mots. Ici aussi, l’exception ne confirmait pas la règle et je lus :

Toutes les treize secondes, un couple divorce… les divorcées ont plus de mal à débuter une nouvelle relation que leurs anciens conjoints… Par conséquent, une famille sur quatre est monoparentale et le divorce appauvrit la femme (merci, je l’avais personnellement remarqué !)

Donc, si, un couple sur trois se séparait (un sur deux dans les grandes villes) cela signifiait – logiquement – que la plupart des nouveaux célibataires se trouveraient, un jour, sur le marché du célibat à la recherche d’une nouvelle histoire d’amour. Ou de sexe, s’il fallait rester cruellement réaliste : les hommes affichant davantage de besoins sexuels que les femmes. Bref, entre les nombreux divorcés qui se remettaient sur le marché du cœur à prendre, et la « jeunesse » qui profitait de la vie de célibataire sans trop se poser de questions, « être seul » n’était plus une fatalité, mais simplement une période de no man’s (woman’s) land qu’il convenait d’occuper de la meilleure façon possible : sortir, s’éclater, s’amuser, communiquer sur des sites de rencontres, se faire des amis via Facebook1 (que je pratiquais depuis un certain temps), s’inscrire à des activités ludiques ou sportives, etc. À bas l’inaction, il faut se bouger afin de ne pas sombrer dans la déprime et la solitude frustrante.

J’étais tout à fait d’accord avec cette première conclusion. Quinqua peut-être, housewive sûrement, mais certainement pas à côté de mes pompes ni dépassée par le numérique. Presque divorcée, mère en congé, négligée par la publicité visant la ménagère de moins de cinquante ans (sauf pour les soins anti-rides, les yaourts visant le transit intestinal et le café Grand-Mère), je n’étais pas prête à enfiler la robe de bure d’un couvent et parler de moi au passé. Bien au contraire !

Sur une autre page, je lus que de plus en plus d’hommes et de femmes de tous âges cherchaient l’âme sœur (version romantique) ou, tout du moins, une personne sympathique et avenante (version plus triviale) pour passer un bon moment (version pragmatique) ou éventuellement sa vie (version délire), le plus longtemps possible (version optimiste) voire quelques mois (version réaliste) ou quelques semaines (version pessimiste) via les sites de rencontre.

Cela m’interpella. Oui, ces dernières années, les différents concepteurs de sites de « convivialité et de rencontre » avaient compris que le marché de la solitude et de la recherche de l’Amour sous toutes ses forces était un domaine juteux. Depuis, ils surfent allègrement sur la voie du succès mais aussi de la misère affective inhérente et corollaire au statut de solitaire. Profiter des besoins des femmes et des hommes quels qu’ils soient, leur créer des envies, des désirs auxquels ils n’ont pas songé tout seuls est le propre du « progrès »… et de la société de consommation. Mais la solitude peut être un choix de vie qu’il ne faut pas confondre avec « isolement » et « pas d’amis ». Célibat bien vécu oui, claustration et retraite involontaire, non. Pourquoi se forcer à chercher l’Amour si le besoin ne se fait pas sentir ?

À quoi reconnaît-on une femme seule ? Elle possède un chat.

À quoi reconnaît-on une femme qui s’est retranchée de la vie affective ? Elle possède plusieurs chats.

Néanmoins, je trouvai ces articles perturbants. Cela faisait déjà un trimestre que j’essayais de me convaincre que célibataire et heureuse, c’est possible ! (Autre enquête réalisée, mais par un magazine féminin cette fois), qu’il vaut mieux vivre seule que mal accompagnée (tout le monde le prétend, mais peu mettent l’adage en pratique) et qu’il ne faut pas compter sur un autre pour faire son bonheur, il faut le construire soi-même (version new age). Je rajoutai aisément à la liste : Mieux vaut rater un baiser que baiser avec un raté (conseil de ma grand-mère veuve joyeuse). Et voilà que le fond de l’article tentait de convaincre les futurs lecteurs que l’étape du célibat n’est qu’une fatalité dont on peut se débarrasser comme la grippe H1N1, que l’inscription sur un site de rencontre est LE remède obligatoire, le must pour les cœurs solitaires, le vaccin en un mot et qu’il ne faut pas s’en priver (même s’il n’est pas remboursé par la Sécu).

Une injection de Meetic et le monde nous paraîtrait plus sympathique ?

Bon, je supposai que draguer (enfin, faire des rencontres) n’était pas une activité aussi pénible que d’avaler une cuillère d’huile de ricin ou subir une mammographie seulement, comme pour toute nouvelle action, il fallait trouver le courage de se lancer, se dé-ci-der !

J’approfondis davantage.

D’après l’article, qui se basait sur une enquête du New York Times, (tout le monde sait que les Américains ont une avance sur nous dans un grand nombre de domaines surtout les pires) les sites de rencontre (en général sans S à la fin du mot, ce qui ne signifie pas qu’on trouvera l’Amour du premier coup !), représentent une industrie approchant le milliard de dollars annuel. Un rapide calcul me ramena ce milliard à 700 000 millions d’euros (environ) et là je sifflai d’admiration. Bill Gates avait-il quelque chose à voir là dedans ? Percevait-il un pourcentage ?

Comment réaliser un si gros chiffre sans vendre des t-shirts, des tasses de café, des posters et des objets dérivés ? Rien que de la pub et des inscriptions ? J’étais pantoise.

Plus loin, je lus encore : Les sites attirent des cohortes de gens désireux de réduire les rencontres en ligne, afin de récupérer le plus d’informations possibles à propos de partenaires potentiels (et d’éliminer les indésirables) avant de passer à l’étape de la rencontre réelle explique le NYT. Pour environ 50 dollars (30 euros) par mois, ce qui ne représente même pas le prix d’un resto. (Il est certain qu’après la crise mondiale, on ne peut plus faire un bon repas style apéro, entrée, plat, dessert plus vin dans la moindre brasserie confortable pour trente euros.)

En petit, sous l’article je lus : De nos jours, on ne compte plus sur le hasard pour rencontrer l’âme soeur. La recherche de l’amour parfait est devenue une quête utilisant tous les moyens mis à notre disposition. Les célibataires ne misent plus sur une rencontre fortuite au détour d’une rue, au bar d’un café ou lors de soirées entre amis. Grâce à Internet et aux sites de rencontre, ces cœurs solitaires sélectionnent parmi un fichier la personne la plus susceptible de leur convenir. Mais ces recherches de cœur ont provoqué d’autres besoins et d’autres attentes concernant ces sites. Les sites de rencontre en ligne ont depuis nombre d’années détrôné les agences matrimoniales. La vogue actuelle va vers des sites moins généralistes et plus éclectiques, où les visiteurs peuvent sélectionner leurs rencontres sur des critères préalables d’affinités et de goûts partagés. Les valeurs écologiques peuvent bien évidemment y figurer ainsi que les affinités entre métiers, sexualité, spécialités, les handicaps, les religions, etc2.

Décidément, le journal avait bien préparé son dossier et souhaitait enfoncer le clou, persuader les lecteurs, me persuader que j’étais dans l’erreur la plus totale en prônant le célibat après des années de bons et loyaux services à deux maris et plusieurs enfants pas tous à moi ! Ensuite, je déroulai un troisième long article sur « le plus grand site de France » tout juste âgé de dix ans, si populaire qu’il était depuis peu coté en bourse. 30 % d’augmentation d’inscriptions en un an, sifflait presque d’admiration le journaliste qui relatait l’info. Combien de femmes pour combien d’hommes ? 60 % d’hommes contre 40 % de femmes ? Là, l’article ne le précisait pas.

Au deuxième café (du décaféiné, meilleur pour mon cœur de demi-centenaire), je continuai ma lecture et parcourus la suite du reportage concernant le célèbre site français : À présent, ce site annonce 42 millions de membres (dans toute l’Europe) et affirme avoir reçu plus de onze milles témoignages de couples s’étant rencontrés grâce à ce Cupidon des Temps modernes… Aux fêtes de fin d’année et à la Saint Valentin, les sites de rencontre (quels qu’ils soient) observent chaque année un pic d’inscriptions.

Quand le curseur de ma souris rose arriva en fin de page, je n’avais même plus le courage de lire les bénéfices de ce site mythique et me trouvai à moitié déprimée. Je survolai encore : L’idée de trouver l’amour en ligne séduit de plus en plus de célibataires3. Enfin, légèrement interpellée malgré moi (le bourrage de crâne ou le lavage de cerveau fonctionnera toujours), j’en vins aux conclusions suivantes :

1) Une femme peut vivre heureuse sans homme, mais pour ce faire, elle doit se montrer forte psychologiquement et physiquement (devenir aussi une pro du bricolage).

2) Elle doit être indépendante financièrement et c’est surtout ce détail qui bloque la plus grande partie de la population féminine célibataire. Trimer seule et éduquer quelques mômes dévoreurs et dépensiers, même en partage avec l’autre parent 24h/24, n’a jamais enrichi personne. Cette mère modèle et seule, adoptera tous les matins la théorie de Pavlov et se convaincra telle une marque de cosmétique : Je suis une femme libre et heureuse. Parce que je le vaux bien !, ce qui n’est pas évident, car il y a des jours… et surtout des soirs, où elle aimerait se reposer sur une épaule masculine, mettre ses pieds au chaud contre ceux d’un mâle en se faisant câliner (version romantique, quand on a oublié tous les inconvénients liés à la vie à deux et qui feront partie de la version réaliste).

3) Oui, au-delà d’un amant de passage et de relations virtuelles et non satisfaisantes, je ne partage mon corps, mon cœur, ma soirée, ma couette et mon petit déjeuner avec personne et ça commence à bien faire. Une cure sans homme ne devrait jamais devenir une quarantaine éternelle sans homme, même si je venais de lire dans un autre article : Le célibat, un secret de longévité pour une femme de 105 ans : Je n’ai simplement jamais été intéressée par le sexe et les hommes qui apportent surtout beaucoup d’embêtements, avait expliqué cette Écossaise (agence Belga) et je trouvais ses paroles fort sages.

4) Oui, je déprime parfois et j’aimerais réutiliser les mots : « nous, on, couple, mon, ma » avec bonheur, dire fièrement « mon mari » (ou mon chéri, mon jules, mon mec… mais toujours précédé de l’article possessif). Même si le mariage n’est pas un but en soi, quand une femme tombe amoureuse, son principal désir est de trouver le bonheur à deux (et après le mariage, n’est-ce pas ? Cette étape cruciale censée concrétiser l’amour entre deux êtres).

5) Oui, la solitude des dimanches sans fin quand les enfants ne sont plus là pour animer la maison, me plombe le moral et les discussions animées de couple me manquent aussi… parfois, je l’avoue, mais pas les disputes usantes inévitables pour quelque raison valable ou non. Sans aller jusqu’à la recherche d’un troisième mari, je ne serais pas contre l’idée de trouver un amoureux à consommer à doses homéopathiques.

6) Oui, au fond de moi, de temps en temps, pas très souvent je le reconnais, j’ai envie de re-re-revivre une relation profonde avec un homme qui ferait battre mon cœur chaque jour (surtout au début, quand tout est beau et quasi parfait), tout partager (enfin plus non-stop, car il faut garder une part d’indépendance !). Faire « un » avec lui, surtout au lit et pour les tâches ménagères, pas dans salle de bains ! Redécouvrir la complicité, l’amour, la joie de vivre, l’espérance, enfin tout ce qui rend une nouvelle histoire d’amour merveilleuse. Surtout qu’à mon âge, la fin « disneyenne » : Et ils eurent beaucoup d’enfants est un chapitre que je n’écrirai plus et c’est tant mieux.

Pour terminer ces réflexions matinales, je conclus avec humour que cet article était loin d’être objectif : il ne tenait pas compte des membres qui s’inscrivaient, puis abandonnaient leur profil en cours de route, contents ou déçus. 42 millions d’heureux ? Aucun dépité s’enfuyant avant d’avoir rencontré qui que ce soit ? Et si les tenanciers de ce gros bordel (vu qu’il faut payer pour rencontrer un homme ou une femme, j’estime que cela s’apparente à une forme de proxénétisme déguisé) mettaient le compte en mode à rebours chaque fois qu’un membre effaçait son profil ou ne l’utilisait plus pendant quelques mois ? Quid de leurs 42 millions ? Ils feraient moins les fiers !

Une petite voix féministe et de vagues souvenirs me soufflèrent également, comme pour abonder dans mon sens :

– Hé ! L’article ne s’étale pas davantage sur le côté fast sexe ou fast love que les sites symbolisent aussi : les milliers d’aventures sans lendemain, les histoires décevantes, ou avortées, les illusions perdues (sans parler du temps !), les échecs (petits et grands) n’insiste pas davantage sur les personnes désappointées et effrayées par les tarifs pratiqués par certains sites et qui renoncent à finaliser une inscription. Évidemment, c’est facile de prétendre que chaque jour XXX belles histoires commencent sur leurs pages, tout en passant à la trappe les centaines qui échouent ou sont sources de rencontres purement sexuelles et gratuites et qui verront les déçu(e)s se retrouver à l’Hôpital virtuel des cœurs blessés4.

Au tout début de la genèse des sites de rencontres, à l’aube des années 2000, je m’étais un rien égarée sur un site gratuit et sans résultats probants, à part quelques rencontres décevantes ou ahurissantes. Pas d’histoires d’amour et peu d’histoires de fesses. C’était bien avant mon second mariage, mais il m’en restait de vagues souvenirs. En près de dix années, le monde de l’amour virtuel avait-il évolué de manière positive et sainement ou restait-il la représentation réduite du monde de l’humain dans toute sa splendeur ? Un microcosme de la vie en général avec ses éclaircies et ses coins d’ombres ? Le « marché » s’était-il assaini ?

Hélas, le chiffre de 42 millions d’inscrits me faisait plus d’effet que l’incroyable cagnotte du Loto prévue pour le samedi suivant. À ce moment, après quatre articles entiers et ce matraquage visuel, je planais un peu sur les cumulus aux noms d’Espoir et d’Illusion. Et si c’était possible ? Des couples devaient trouver l’amour sur les sites de rencontre, deux de mes amis ne venaient-il pas de se marier après leur rencontre sur l’un de ces sites ?

Anesthésiée par mes lectures matinales, je n’étais plus capable de me souvenir de tous les mauvais aspects de ma vie de couple tellement je supputais sur les bons moments que je pourrais retrouver dans un avenir proche, si moi aussi je m’inscrivais sur un site.

À la poubelle, le passif et le négatif ? Sus au futur et au positif ?

Après trois mois de célibat pourtant bien vécu, oui, je devais aller de l’avant et songer à nouveau à l’amour et aux plaisirs de la vie en mode duo. Avant la fin de la journée, je serais assurément la 42 000 001e personne inscrite sur ce site.

En soupirant sur le repas du soir que je ne préparerais pour personne (merci les portions mono du supermarché), je changeai de lien et j’arrivai sur celui d’un magazine féminin qui annonçait sans ambages : Oui, la vie commence à 50 ans nanti de quatre pages de photos de stars splendides aux bras d’hommes plus jeunes qu’elles. Évidemment, cette information me plaisait davantage.

Les heures suivantes, ces lectures matinales au sujet des sites de rencontre me trottèrent dans la tête. Autour de moi, après une vague de divorces aussi commune qu’une vague de gastroentérite au mois de janvier, mes relations, entre 40 et 60 ans se remariaient les unes après les autres. Pour certaines d’entre elles, c’était la deuxième, voire la troisième union. Excès d’optimisme ou manque de mémoire ? Un Alzheimer précoce ou un antidépresseur trop efficace ? Une autre façon d’envisager la pension ? Bref, si ces amoureux s’unissaient et redéfinissaient l’amour version cheveux gris, c’est qu’ils s’étaient précédemment rencontrés quelque part. Sur la toile sans doute ? Sur un site de rencontre ? Dans un club de bridge ? Il fallait que je sache. Si cette méthode avait fonctionné pour eux, pourquoi ne fonctionnerait-elle pas pour moi ?

Bien plus tard, je me sentis toute guillerette et j’en arrivai à la conclusion :

– Et pourquoi n’essaierais-je pas ? Après tout, qu’ai-je à perdre ?

Juste mon temps, la seule chose que je possédais en suffisance.

Au soir, après quelques témoignages récoltés ici et là, j’étais convaincue : aujourd’hui, chercher l’âme sœur (rêve ou utopie) sur Internet n’est plus un sujet tabou : c’est une attitude naturelle, une « clé » de plus pour tous ceux qui désirent rencontrer un/une partenaire (et plus si affinités), sortir de leur isolement. Je me demandai aussi pourquoi, dans ce monde consumériste dominé par les technologies de pointe permettant tous les échanges, connaissait-on autant la solitude et le manque de dialogue ? Je devais arrêter d’être méfiante, me lancer dans l’aventure, me prendre en mains et me donner une énième chance. Aide-toi toi-même et le ciel t’aidera dit le proverbe : n’étais-je pas maître de mon destin avec ou sans aide extérieure ?

1. En mars 2009, Facebook a annoncé que 9 millions de Français sont présents sur le site plaçant la France dans la liste des premiers pays utilisateurs du site. Soit un taux de pénétration de 14 %. Je ne connais pas le nombre de personnes inscrites sur ce site et aussi titulaire d’un profil sur un site de rencontres (voire deux ou trois différents) mais je pense que beaucoup d’entre eux sont les mêmes. Facebook n’est pas un site de drague, non, mais « de convivialité » (c’est ainsi que se décrivaient les sites de rencontres à leurs débuts). L’avantage de Facebook ? C’est (encore) gratuit. Pour combien de temps ?

2. Sources : Best-rencontre.fr

3. Visiblement la recherche de l’amour séduit les Belges aussi. D’après une enquête de Microsoft sur les habitudes de rencontre et de flirt en ligne, 34 % des Belges aimeraient les rencontres sur Internet. En 2008, ils n’étaient que 16 % à considérer Internet comme le moyen idéal pour les rencontres, ils sont 34 % en 2009, projetant Internet au rang deux des méthodes les plus populaires pour rencontrer un partenaire, après les amis (52 %). En outre, 56 % des Européens et 50 % des Belges, ont déjà testé le flirt par messagerie instantanée. Un tiers des Européens et 38 % des Belges, enfin, tenteraient une relation amoureuse après une rencontre sur Internet. Les Belges sont 31 % à avoir vécu une relation durable après une rencontre sur Messenger, 9 % se sont mariés via ce canal et 32 % ont connu une amitié.

4. L’Hôpital virtuel des cœurs blessés regroupe des femmes qui se soutiennent pour réussir leur rencontre amoureuse et donne des trucs et des astuces pour ne pas se faire rouler dans la farine. C’est le guide de la relation en ligne : comment choisir son site, remplir son profil, communiquer avant le premier rendez-vous et après ?

LA MÉNAGÈRE DE CINQUANTE ANS ET PLUS

Le cap de la cinquantaine franchi, nouvelle divorcée, je m’étais retrouvée seule, isolée, délaissée même par mes amis en couple et carrément abandonnée par ceux qui préféraient « l’autre camp » par intérêt professionnel ou réel attrait. Je n’avais pas les moyens de mener une vie sociale riche en sorties qui m’auraient permis de rencontrer des personnes du sexe opposé. En outre, je ne tenais plus la forme pour sortir en boîte (à 23 heures je m’écroule déjà de sommeil !) et je ne me situais pas encore dans la tranche d’âge qui me ferait fréquenter les « thés dansants » le dimanche après-midi. Comment rencontrer de nouveaux amis et de futurs petits amis (ou amants) dans ces conditions ? Je savais que la pyramide des âges, célébrée par les économistes, se rétrécissait petit à petit à chaque nouvel anniversaire fêté et qu’elle laissait singulièrement plus de femmes que d’hommes sur le pas de la solitude. C’était inévitable et mathématique : après une troisième séparation de couple à des poussières du demi-siècle, j’étais plus démunie que jamais sur le marché du célibat. Comment trouver une nouvelle histoire d’amour (avec petit a ou grand A) avec cette fichue date de péremption inscrite sur ma carte d’identité qui me faisait ressembler à un produit de consommation marqué d’un à consommer avant X sous peine de… ?

Les hommes ont toujours eu plus de chances que les femmes au jeu du choix : même pensionnés, ils peuvent encore enfanter : enfin, s’ils arrivent toujours à bander avec ou sans apport chimique. Ce qui n’est pas le cas des femmes : le plus souvent, désir et maternité s’envolent avec la ménopause. Les hommes ne se privent donc pas de chasser des nymphettes qui pourraient être leurs filles et l’âge de leurs conquêtes ne leur pose aucune angoisse métaphysique. Certaines jeunes femmes, en proie à un Œdipe mal réglé, adorent les hommes qui pourraient être leur père, surtout s’ils ont des moyens financiers intéressants. C’est la partie « bonus » : leur pouvoir d’achat leur permet de glaner frais. Par contre, la plupart des femmes sont freinées côté finances et ont des soucis de « génitrices » si un homme jeune les drague : Tu pourrais être mon fils ! ce à quoi ceux-ci répondent généralement : Mais justement, je ne le suis pas. Alors, certaines acceptent l’aventure, d’autres pas1. Personnellement, j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à fréquenter de manière assidue un homme d’une autre génération. Autant en dessous qu’au-dessus de la mienne. Et même si un bon nombre de sexagénaires et de septuagénaires éprouvaient encore des désirs sexuels et l’envie de faire l’amour avec des hommes de leur génération, il est fort probable que ceux-ci refuseraient, préférant se tourner vers la jeunesse.

Enfin, les tendances commencent à s’inverser : les modes débutent souvent de l’autre côté de l’Atlantique et les stars américaines montrent l’exemple en s’affichant sans honte aucune avec de jeunes compagnons. Autour de moi, je connais quelques femmes qui ne sont pas des vedettes mais qui vivent sans complexe avec des hommes de dix à vingt ans leur cadet. Je ne critique pas, puisque rien ne m’empêcherait de les suivre sur ce terrain si j’en éprouvais l’envie.

La fin officielle de mon union matrimoniale approchant à grands pas, je songeai à « fêter mon divorce ». Je savais qu’il existait un salon du divorce et que les divorce planner recueillaient de plus en plus d’adeptes. Je n’en étais pas encore là, mais célébrer mon célibat retrouvé toute vêtue de rouge en compagnie de « sœurs » de calvaire en bavant sur les hommes me tentait assez. Dans un premier temps, celui de « tourner la page » me suffisait.

Donc, jusqu’à ce matin, j’abordais sereinement le côté pratique et agréable de la liberté retrouvée style, « je fais ce que je veux quand je le veux » à un âge où la carrosserie entretenue fait encore illusion, même si la mécanique rouille et que le moteur est d’époque. Seulement, ces articles amenaient la pagaille dans mes belles résolutions et je remettais mon choix de vie en question. Non, je n’étais pas bonne à jeter, j’avais de beaux restes qui pouvaient encore tenter un mâle et je tenais à me le prouver. Mon code-barre perso ne m’envoyait pas d’office vers le recyclage : je servirais telle quelle ou comme produit de récupération. Je me faisais fort de trouver un quinqua qui n’avait pas de compte à régler avec son andropause et sa crise de la cinquantaine au point de ne chasser que de la chair fraîche. Un homme qui laisserait sa chance à une « sœur » affichant le même millésime que lui sans que ce soit un choix intéressé : les jeunes ne voulant plus de lui pour cent et une raisons (trop vieux, trop moche, trop pauvre).

Dans un dernier sursaut, j’en parlai autour de moi. Je découvris avec étonnement que de nombreuses copines pratiquaient les sites avec bonheur ou déceptions, c’est selon (mais en secret, visiblement, vu que je n’étais pas dans la confidence !) et couchaient facilement avec des hommes plus jeunes sans aucune gêne. Avant que je ne lance ce sujet de discussion, personne ne s’en vantait. Après, je ne pouvais plus arrêter les récits. Toutes souhaitaient me convaincre d’en faire autant : m’inscrire sur un site et profiter de la vie, quitte à frayer avec une autre génération que la mienne. Profite et amuse-toi, me conseillaient-elles.

Ce fut comme pour une grossesse : mes connaissances féminines désiraient me donner leur avis, me livrer leurs expériences et envisageaient le négatif. Après l’enthousiasme encourageant, j’eus droit aux déconvenues restrictives ! Merci bien. Elles terminaient soit par : laisse tomber, tout compte fait cela ne vaut pas le coup ou vas-y, c’est super, tu vas te marrer. À ce stade, je n’étais pas plus avancée et je restais sceptique. Alors, je décidai de tenter mes propres expériences comme tout ado qui se lance dans l’apprentissage de la vie. J’allais me lâcher sans tenir compte des conseils des « anciennes » (ou plus avancées dans la course à l’amour).

Bref, les sites de rencontre ne promettent pas la lune ni la bombe atomique version amour, mais donnent l’accès à quelques voyages parfois extraordinaires, pour un jour ou pour toujours. Au pire, ils apportent des « expériences de vie » dont on se passerait bien.

Les sites de rencontre, quels qu’ils soient, un petit pas pour l’humanité, mais un grand pas pour la femme et l’homme à la recherche de l’amour ?

Faire le premier pas : se décider

M’inscrire sur un site à l’instar de 15 millions de célibataires français, me plongea dans une certaine morosité mêlée d’excitation.

Avant l’avènement d’Internet, au cours de ma vie amoureuse débutée à quatorze ans, je m’étais trouvé des chéris sans l’aide des « sites de socialisation ». Le lycée, le collège, la fac, les copains des copains, les collègues de travail, les hommes rencontrés lors de sorties, les frères des amis, le voisin d’en bas ou celui d’en face,… Bref, avant Internet, j’avais une vie amoureuse active. Certes, mon second mariage m’avait déconnectée du monde des célibataires et des amusements. Seulement, ce n’était pas une raison pour rester sur une désillusion et deviser dans un monastère sur les multiples usages des cierges. Chercher un homme (pas un « compagnon », expression qui fait penser à une vieille dame permanentée qui promène un caniche frisé) n’est plus l’apanage de la ménagère de moins de cinquante ans, comme le pensent toujours les agences de marketing qui ont bien dix ans de clichés en retard. (Évidemment, dans les boîtes à pubs où la moyenne d’âge des employés tourne autour de vingt-cinq ans, à trente-cinq ans on est un has-been, alors cinquante ans c’est l’âge de Lucy !).

L’espérance de vie me promettant trente ans de rab pour être heureuse sans craindre de devenir mère, pourquoi ne pas en profiter et reconsidérer la « vieillesse » autrement ? Si je n’oublie pas d’avaler mes capsules d’oméga 3, de magnésium et de calcium, enrichi à la vitamine D évidemment, ainsi qu’un antidépresseur si on continue à me filer du « troisième » âge et du « femme mûre » à tout bout de champ ! Quinquagénaire est un terme qui me fait froid dans le dos. Par contre, avoir 50 ans, cela me fait penser à Sharon Stone, Madonna, Isabelle Adjani ou Carole Bouquet, que des modèles de beauté et de réussite… et d’accommodement avec les soins esthétiques.

Trouver un mari ou un amant et profiter de mes trente dernières belles années, oui : me casser le col du fémur dans une saine partie de jambes en l’air, non. Je devais rester réaliste et me préparer : me motiver également.

Le lundi suivant, je devais déjeuner avec ma fille. J’avais encore un léger doute. N’allais-je pas commettre une bêtise ? Après tout, n’étais-je pas mieux seule, à faire ce que je voulais quand je le désirais ? La liberté n’avait-elle pas toujours un prix, celui de la solitude ? En couple, on envie parfois les célibataires et dès qu’on se retrouve dans cet état, on convoite le sort des femmes casées qui ont un mari. Enfin, personnellement, je ne désirais plus connaître le sort des working woman courant dans tous les sens pour assumer le boulot, la vie de famille, leurs gosses et leur mari en se tapant des doubles journées de servage. L’usure, merci, j’avais payé mon tribut.

Il fallait que je m’en ouvre à ma fille, la seule femelle qui me connaissait depuis vingt-huit ans, sous toutes mes coutures, physiques et mentales, et qui ne me jalousait pas. Qui est la plus à même de décourager (ou encourager) une mère dans sa tentative de remise sur les rails de la vie amoureuse qu’une fille adulte ?

Je ne sais pourquoi (je n’ai pas lu tout Florence Pernout), mais les enfants, qu’ils soient jeunes ou matures, mariés ou célibataires, ont souvent du mal à concevoir que leurs parents aient une vie sexuelle active. Non, ce n’est pas la cigogne ni le légumier avec ses roses et ses choux qui apportent les bébés. Évidemment, imaginer papa et maman dans un lit en train de rouler sur le matelas comme une bête à deux dos et en haletant les rebute sans exception. Les adultes ont aussi un souvenir marquant lié à cette découverte via le trou d’une serrure : papa et maman nus qui s’envoyaient en l’air en faisant des bruits dégoûtants. Brrrr.

Quand les enfants sont petits, ils imaginent leur père et mère comme des êtres asexués juste bons à combler leurs besoins égoïstes sans penser aux leurs, mais, à l’aube de la trentaine, ils devraient pourtant admettre que maman n’est pas systématiquement obligée de s’abonner à Marmiton.com et Tricoter.fr ni de se dévouer corps et âme (de gré ou de force, oui !) à ses futurs petits-enfants parce que « c’est comme ça ». Et puis quoi encore, papa à la pêche et les agapes de Noël toujours pour les mêmes vieux cons qui se décarcassent comme Ducros ?

À peine débarrassée de mes « Tanguy » je devrais être prête à plonger dans le « grand maternage », ne plus me teindre les cheveux ni porter des Santiags ? Pas question.

Dès sa majorité, j’avais prévenu ma fille :

– « Plus tard », quand tu auras des enfants, je t’assisterai, te dépannerai, tiendrai le rôle de garde-malade si besoin est, mais je ne jouerai pas les assistantes maternelles pour tes moutards en période de congés scolaires : tu te débrouilleras ! Les sorties d’écoles, les fancy-fairs, les goûters de gosses, non merci, j’ai déjà donné et cela ne m’a pas laissé de souvenirs impérissables.

Et en disant cela, j’eus une pensée émue pour la grand-mère de Sophie Marceau dans le film La Boum (et pour la mienne qui m’a bien aidé les premières années de ma fille, mais à qui je ne tiens pas à ressembler !)

Donc, un lundi midi, entre la salade et le potage « fait maison » (tellement compliqué que je ne risque pas de demander la recette !) de ce nouvel établissement up to date, mais froid et bruyant style cantine de luxe, je lui annonçai :

– Tiens, j’ai l’intention de m’inscrire sur un site de rencontre, tu en penses quoi ?

Alors, à mon grand étonnement, la chair de ma chair s’enthousiasma : elle répondit :

– Super, maman, enfin tu te décides ! Tu as raison, tu es encore jeune (merciiiiii !), fais-le ! Tu n’es pas encore trop vieille (re-merci !) tu peux encore (re-re) te trouver quelqu’un. (Un chien, ça tient aussi compagnie et chaud aux pieds et on peut le shooter hors du lit s’il ronfle !) Tu comptes t’inscrire sur quel site ? À ta place, j’en ferais trois à la fois, c’est mieux de varier. Si tu veux, je t’offre un mois d’abonnement pour la fête des Mères.

Et là, sidérée, je l’entendis m’établir la liste des avantages et inconvénients de tel ou tel site, leurs modalités de fonctionnement, leurs différences : tout était possible. Sur le coup, je commandai un verre de vin blanc et une part de gâteau au chocolat hors prix, car fait maison, alors qu’un fondant au chocolat c’est facile à faire et cela coûte moins cher que du foie gras.

Elle ajouta :

– J’en ai assez de tes plaintes permanentes sur la solitude, ton manque de vie sociale, et tes week-ends sinistres (qui l’étaient aussi quand j’étais en couple !), bouge-toi le cul et arrête de bouffer du chocolat, tu exagères ! Bonjour la compensation ! (J’avais pourtant perdu dix kilos en divorçant !)

Quoi, je me plaignais, moi, alors que je n’arrêtais pas de m’étaler sur le plaisir de vivre seule, de n’avoir quasi plus de corvées (le repassage étant réduit des trois quarts), quasi plus de vaisselle (deux fois par semaine) et le plaisir extrême de dormir dans un pyjama en pilou et avec des chaussettes multicolores en hiver ? La télé pour moi seule, mais aussi le portable qui ne résonne plus jamais. S’il vibre, c’est parce que ma fille a besoin d’un service ou qu’une amie veut me raconter ses soucis avec ses gosses ou son conjoint. Rien de passionnant, mais la paix. Plus de foot à la télé, plus de courses automobiles, plus d’odeurs de cigarettes, plus de cris d’enfants (ceux de l’autre en visite), plus de tickets à rallonge au supermarché ni de lourds caddies et plus de « cantine » trois fois par jour ! Le bon-heur.

En la quittant, munie de son aval filial, j’étais décidée à rechercher tous les sites de rencontre existants et m’inscrire sur l’un d’entre eux une bonne fois pour toutes. Et pourquoi pas sur plusieurs, comme elle me le conseillait, de quoi multiplier mes chances ?

Au soir, en tapant « sites de rencontre » sur le moteur de recherche je pensai néanmoins :

– Tout ça pour ça ! À quoi suis-je réduite ? À un produit de consommation, une occasion qui cherche à se remettre sur le marché de la dernière chance à l’âge où je ferais mieux de m’occuper de la troisième génération en leur confectionnant des tartes aux pommes comme toute grand-mère qui se respecte ?

Surtout quand je voyais mes amies s’extasier sur leur progéniture et barder leur Facebook de photos d’enfants en se faisant appeler mamy et papy. Cela me fila des frissons et je cherchai de plus belle.

Enfin, du côté grand maternage, j’avais encore quelques années de liberté devant moi vu que mon aînée, privilégiant sa carrière, n’était pas prête à se reproduire de sitôt. Et cela me convenait très bien.

Mes débuts dans la connaissance

Je fus vite effarée par le nombre de sites existants et leur diversité2. Chaque page d’accueil des sites s’avérait accueillante, tentante, prometteuse de beaux jours et de magnifiques rencontres. Bel emballage, logos marquants, rien à redire. Je remarquai que chacun tentait d’appâter les futurs membres en utilisant des « tags » (mots clés) tels que convivialité – âme sœur – rencontres – dialogue – amour – simplement – toute sécurité (à voir !) – réussite (?) – couples – ludique, et la liste pouvait s’allonger.

Entre les effets d’annonces : Autant de millions d’inscrits sur X (et les numéros d’affiliation des derniers arrivés avec des photos dignes de top models ou de golden boy), j’avais le tournis. Donc, des millions de célibataires se trouvaient dans le même état de recherche et « multipliaient leurs chances » de rencontrer l’âme sœur en s’inscrivant sur un site, Le Site ! Le nombre de membres se connectant régulièrement dans le but d’utiliser les services de X (enfin, X prêtant à confusion, disons plutôt : ABC afin de ne pas faire de publicité gratuite) et le nombre de « clients » (c’est le mot) évidemment inscrits, il y avait une sérieuse marge. Je m’en doutais concrètement. Il était évident que tout le monde ne se connectait pas en même temps. Une amie m’avait prévenue :

– Même en étant branché 24 heures d’affilée sur la page Internet de l’un ou l’autre site de « convivialité », après la sélection en fonction de certains critères, tu auras l’impression d’y croiser toujours les cinquante mêmes têtes. Les autres ? Ils seront invisibles.

– Alors où se trouvent les millions d’autres membres ?

– Ils sont inscrits, c’est tout. Mais ils comptent dans les statistiques pour la promo. Pour en trouver davantage, tu devras élargir les critères de sélection.

Et moi mon vocabulaire !

Je remarquai, au fur et à mesure de mes recherches, que des magazines célèbres (grands groupes de presse) possédaient leur propre site perso. Les uns et les autres tentaient d’être les plus opérationnels et efficaces possibles d’après des tests d’affinités particuliers mais pas inintéressants. Ici, c’est en fonction des goûts en matière de sport ou de culture, d’opinion politique, de couleur de peau, de religions, de sexualité et j’en passe. Un peu comme si un pratiquant mettait son annonce sans les pages « H ch. F » de son quotidien catholique préféré ou d’un journal sportif ou dans le Gay Luron national.

Ces « affinités » éventuelles ne signifiaient pas que j’échapperais aux pervers adeptes de la pêche au thon, aux vilains dragueurs fans de littérature Sade-ique tout en écoutant Brahms, aux gros lourds déprimants, aux infaisables même sur une île déserte après six mois d’abstinence, ni aux hommes vénaux et bi et ceux à la recherche de papiers en provenance des quatre coins de la planète. Néanmoins, je fus admirative : visiblement, les sites avaient bien pris leur rythme de croisière ces dix dernières années ! Je remarquai aussi que, dans l’idée de se dédouaner sans doute, certains déclaraient la couleur dès la page d’accueil et tentaient quelques conseils de « bon père de famille » : Comment utiliser X, Y, Z sans se faire jeter en dix leçons, par exemple. Cela me fit rire, mais ne me découragea pas. J’ai toujours su tenir un homme à distance si je n’en voulais pas, je n’avais plus besoin de conseils de ce type, surtout pas à mon vénérable âge, mais ce n’était sûrement pas inutile pour certaines qui sortaient de trente ans de mariage avec le même homme. Expérience que je pouvais encore connaître si je me dépêchais quelque peu.

Nous ne sommes pas un site de sexe, avais-je lu sur la page d’accueil de l’un d’eux. Quantité d’autres sites vous proposent cela, mais pas ABC. Ah non ! Pas eux ! On aurait dit une publicité comparative pour des poudres à lessiver. Certains lavaient plus blanc que blanc ! Avant blanc, c’était gris même quand ce devait déjà être blanc ! Bref, je crus subir une hallucination. Étais-je arrivée sur une page interdite aux moins de dix-huit ans sur laquelle je devais jurer que j’étais majeur ? Non. Alors, je ris sans retenue. Tout cela commençait à m’amuser.

Je ne suis pas ignorante ni bégueule et je sais pertinemment bien (ceci sans vouloir offusquer tel ou tel groupe existant) que les sites sont surtout utilisés pour faire… des rencontres sans lendemain « quoi qu’ils disent ». Et ceci, depuis le début. Sous le couvert de chercher « l’amour », la « complicité », « l’échange intellectuel », la plupart des hommes souvent mariés (mais pas que eux) et de plus en plus de femmes (seules ou en couple, je n’ose pas dire « accouplées » terme pourtant plus approprié), attendent peut-être une bonne surprise en « dialoguant » en « toute convivialité » sur leur site (payant), mais surtout, ils espèrent passer un bon moment pour pas un rond ou presque rien. Certains l’avoueront, d’autres pas. Nier l’évidence est une grosse galéjade de petit comique qui regarderait dans le trou d’une serrure pour voir s’il y a de la poussière !

Sympa, ils annoncent : Vous pourrez vous y faire des amis, voire y trouver l’âme sœur, mais si vous êtes trop direct avec un seul but en tête, vous risquez d’aller au-devant de bien des déceptions et refus. Donc, sachez messieurs, qu’on demande toujours pour commencer : Comment allez-vous ? et non Combien tu baises ? C’est une mauvaise entrée en matière, ce n’est pas poli et la dame risque de le prendre fort mal.

Cela me paraissait évident, mais si la subtilité ne semblait visiblement pas le fort de certains sur les sites, dans la vie réelle non plus : les balourds se rencontrent partout et la majorité des hommes mariés utilisent à présent des trucs et astuces bien rodés pour arriver malgré tout à leurs fins. Trouver une nana pour coucher via un site de rencontre étant sûrement plus distrayant et moins onéreux que de se payer une péripatéticienne ou d’investir dans une sortie et un resto pour rentrer tel un perdant né et se contenter d’une douche froide. Et comme disait un comédien célèbre dans un film tout aussi réputé : Sur un malentendu cela peut marcher. Visiblement, les gamelles ne se rencontraient pas qu’au cinéma.

Au contraire, voyez ce site comme une source d’amusement et de distraction dans le respect des autres et vous en aurez beaucoup de plaisir comme des centaines de milliers de personnes en ont eu avant vous. (Milliers, pas millions, je notai la différence !)

Les sites ont leur utilité, sans aucun doute, ce sont des plus qui s’ajoutent à tous les autres moyens existants pour se faire des amis, mais je ne crois pas qu’il faille les considérer comme des solutions miraculeuses et tout en attendre.

On peut y trouver l’amour, pour un jour ou pour plus longtemps.

Pour toujours ? Je ne savais pas, je n’avais pas encore enterré un couple d’amis s’étant trouvé sur Internet et il me tardait de réaliser mes propres expériences.

Premiers pas, premier profil

Le lendemain de toutes ces réflexions pertinentes et de mes enquêtes personnelles, je m’inscrivis sur un premier site de rencontre. Le plus connu, celui aux 42 millions d’inscrits. (15 millions de Français déjà, donc au minimum 7,5 millions d’hommes, moins les jeunes, les vieux, bref, un seul me suffisait.) J’avais donc de la marge dans ma recherche, moins si j’établissais des « critères de sélections » drastiques comme l’origine, l’âge, le physique, les goûts, les couleurs, etc.

Je reconnus que le marketing du site était efficace. J’avais envie de faire partie des « membres » de cette grande confrérie, de me lancer dans l’aventure avec lui, qui me promettait des merveilles de plaisir et de réussite. Je sentais l’excitation poindre. Évidemment, les différents abonnements suivant les besoins, les modes de paiement annoncés (au mois, au trimestre, au semestre et à l’année) me rendirent assez perplexe.

– Me faudra-t-il un an pour trouver un amoureux valable ? Et si je le dénichais tout de suite, comme mon amie Danielle, serais-je remboursée ?

Les prix pratiqués me firent tiquer, mais, après quelques réflexions, je décidai d’attendre les premiers contacts avant de dégainer ma carte bleue. Je verrais si cela valait la peine en fonction des messages reçus. Pas question de payer pour discuter avec de gros nuls que je croisais déjà assez dans la vie réelle et pour pas un rond. Je pressentais également que le prix élevé de l’abonnement ne garantissait pas un résultat optimal ni une meilleure fréquentation de ces sites. C’eut été illusoire que de le croire.

Plus avant dans mon investigation, le maniement du site me parut aussi compliqué que le manuel de mon nouvel ordinateur, la version chinoise en moins. À croire que je devais « mériter » mon futur bonheur par une compréhension et un apprentissage ardu. Visiblement, s’inscrire n’était pas aussi aisé qu’un « simple clic » et je tiquais déjà.

Pour commencer, on me réclama un « pseudo » et un mot de passe, ce qui en soi n’était pas hors de mes capacités intellectuelles seulement, chaque fois que j’insérais le nom choisi, une phrase en rouge déclarait que ce pseudo était déjà pris. Après dix minutes de réflexion passées sur des pseudos plus incroyables les uns que les autres allant d’Ectoplasme à Mouette du Nord en passant par un mix de tous mes prénoms et en évitant poupée pétillante, belle de jour et autre sobriquet tendancieux, on souhaitait m’imposer un chiffre ou deux derrière mon pseudo, mais je n’avais pas envie d’être machinetruc23