Je loue donc je vis - Alain Dumont - E-Book

Je loue donc je vis E-Book

Alain Dumont

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Beschreibung

Mais qu'est-ce que la louange ? Pourquoi et comment louer Dieu ? A travers de nombreux témoignages, revus à la lumière de la Bible et des écrits des saints, le père Alain Dumont nous aide à transformer la louange en un réflexe spirituel quotidien, enraciné dans une amitié profonde avec Jésus. Il ne faut pas être joyeux pour louer, il faut louer pour être joyeux.

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Seitenzahl: 255

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Alain Dumont

Je loue donc je vis

Quand la louange devient vertu

Nihil obstat,Paris, le 9 mai 2015

P. SICARD, Cens. Dep.

 

Imprimatur,Paris, le 9 mai 2015

M. VIDAL, Vic. Ep.

 

 

Conception couverture : © Christophe Roger

Photo couverture : © Shutterstock/Maridav

Compostion : Soft Office (38)

 

© Éditions de l’Emmanuel, 2015

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

 

© AELF (pour les extraits bibliques)

 

ISBN : 978-2-35389-465-9

« La vie ne vaut d’être vécueque si elle est une louange à DIEU »

Philippe BOUCOMON

 

 

Chrétien fervent de l’Église réformée de Mâcon, ma ville natale, Philippe Boucomon († 2013) fut le médecin qui me mit au monde.

Cette phrase, inscrite en tête de ses dernières volontés, fut lue à l’assemblée le jour de ses funérailles.

J’ai été touché d’apprendre ainsi que, dès les premières secondes de mon existence, la louange était au rendez-vous comme un appel que me lançait le Seigneur à travers cet homme de foi qui m’accueillait dans la vie.

Gloire à DIEU !

Avant-propos

ÉCRIRE un livre sur la louange n’est pas chose facile. Tous ceux de ma génération restent marqués par la Puissance de la louange, du pasteur Merlin Carothers, qui, depuis 1975 et jusqu’aujourd’hui, est l’ouvrage le plus exaltant sur la question. Reconnaissons qu’avec lui, les paroles de saint Paul se sont mises à résonner de façon nouvelle pour nombre de chrétiens :

Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus [1 Th 5, 16-18].

Et de fait, la louange a changé nos vies, et elle a été à l’origine de ce qu’on a appelé le « Renouveau charismatique ». Elle a transformé notre foi, nos assemblées ; elle a transfiguré nos visages au point que les gens sérieux nous traitaient à cette époque d’« illuminés », et ils avaient raison car nous l’étions, et j’espère sincèrement que nous le sommes toujours, au sens le plus fort du terme !

Pourquoi, dès lors, écrire un nouveau livre sur ce sujet ? Peut-être parce que depuis quarante ans, l’expérience de la louange a mûri et la conviction qu’elle seule permet de s’abandonner dans la foi au dessein de Salut de DIEU s’est trouvée renforcée. Seule la louange donne de grandir dans l’intelligence du « plan d’amour » que DIEU a sur chacun de nous :

C’est la base de la louange. DIEU veut que nous comprenions qu’Il nous aime et qu’Il a un plan pour nous.

« Et nous savons que tout ce qui nous arrive est pour notre bien, si nous aimons DIEU et si nous sommes dans ses plans » (Rm 8, 28).

Vous vous trouvez maintenant dans une situation difficile… Vous vous êtes torturé les méninges afin de pouvoir comprendre pourquoi tout cela vous arrivait. Essayez donc d’accepter avec votre intelligence que DIEU vous aime vraiment, et qu’Il a permis ces circonstances parce qu’Il sait qu’elles serviront à votre bien. Louez-Le pour ce qu’Il a permis dans votre vie : faites-le délibérément et avec la participation de votre raison 1.

Que ce soit dans ma mission de curé de campagne ou de prédicateur, je ne me lasse pas de voir combien la louange porte des fruits formidables. Elle renouvelle des communautés paroissiales entières ; elle permet de traverser ensemble toutes les situations de vie, des plus joyeuses aux plus douloureuses ; elle féconde nos liturgies du dimanche et permet de partager une communion fraternelle qui rassemble toutes les générations de chrétiens en une famille joyeuse et rayonnante. Combien de fois, mes paroissiens et moi, nous sommes-nous témoigné du courage de la foi portée dans la louange ? Combien a-t-elle impulsé de soutiens fraternels résolus, de pardons, de partages spontanés des merveilles qu’opère le Seigneur dans nos vies ?

Je ne voudrais pas oublier ici mes frères et sœurs de la Communauté de l’Emmanuel. La louange est pour ainsi dire notre expérience originelle. C’est par elle que sont nés les premiers groupes de prière et les premières missions. Depuis, pas une rencontre, pas un rassemblement d’évangélisation, pas même une réunion de travail sans que nous commencions par une louange au Seigneur pour nous mettre à l’écoute de sa Parole. La louange, en effet, renforce notre vie fraternelle et notre amour de l’Église ; elle nous permet de traverser des combats de tous ordres et nous donne mille et une occasions de nous témoigner les uns aux autres combien DIEU, par le Christ, illumine et agit dans nos humbles vies.

Des centaines de chants sont nés de cette louange communautaire, inspirés pour beaucoup des cantiques bibliques et des psaumes qui font de la Parole de DIEU une fontaine de louange intarissable 2. Certains sont rentrés dans le patrimoine chrétien, non qu’ils soient d’une qualité musicale sans faille – on nous l’a suffisamment reproché –, mais parce qu’ils témoignent d’un formidable élan de foi que nous avons le bonheur de partager avec tous ceux qu’anime le désir de louer. Car dans le fond, l’essentiel est là : il s’agit de se soutenir fraternellement les uns les autres dans la louange, ici et maintenant. Que ces chants aient disparu dans cent ans n’a strictement aucune importance.

Quoi qu’il en soit, nous sommes les témoins que tout cela procède de la Nouvelle Pentecôte invoquée par saint Jean XXIII sur toute l’Église à l’occasion du concile de Vatican II. Plus de cinquante ans plus tard, il est magnifique de voir combien l’espérance que le Concile a portée ne cesse de se réaliser. Vraiment, la Parole du Seigneur s’accomplit dans son Église toujours vivante, selon la promesse faite par Jésus à Pierre :

Moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle [Mt 16, 18].

Tous les témoignages et les réflexions qui suivent ne visent qu’à rendre compte de cette espérance. Et si quelques lecteurs, ne serait-ce même qu’un seul, pouvaient y trouver le chemin d’une louange qui illumine leur vie, ces lignes n’auront pas été écrites en vain.

Gloire à DIEU !

Trois remarques pour aider la lecture

D’une part, j’ai l’habitude d’écrire DIEU en majuscules pour ne pas abandonner ce Nom à la banalité : prononcer ou écrire le Nom de DIEU n’est jamais anodin. Nos frères juifs écrivent à peine « D. », par respect, et ajoutent toujours au moins « Béni-soit-Il », afin de se préserver de toute tentation de le profaner. Sans aller jusque-là, je prends l’option de marquer la spécificité unique de ce saint Nom en l’écrivant entièrement en majuscules.

D’autre part, vous verrez que les citations sont nombreuses, et parfois longues. En effet, j’ai constaté que rares sont les lecteurs qui ont le courage d’aller consulter les références bibliques ou les auteurs chrétiens cités. Certes, on ne peut pas demander à tous les chrétiens de se ruiner en livres ; néanmoins la foi est aussi affaire de culture. C’est la raison pour laquelle vous trouverez le plus souvent possible ces citations in extenso. Les extraits de la Bible sont tirés de la nouvelle traduction liturgique (AELF), avec parfois quelques aménagements quand le propos l’exige.

Enfin, les prénoms des personnes qui ont bien voulu, au Nom du Seigneur, que soient rapportés dans ces pages les ressorts intimes de leur vie, ont été modifiés. Qu’elles soient chaleureusement remerciées pour leur témoignage !

1. Merlin CAROTHERS, Puissance de la louange, Lillebonne, Foi et Victoire, 1995, p. 7-8.

2. L’Église en sait quelque chose, elle qui les reprend sans cesse quotidiennement dans sa prière officielle, comme les laudes et les vêpres.

1

Un réflexe spirituel

Gloire à DIEU !

C’ÉTAIT en 1989 – ça ne date pas d’hier ! J’étais alors jeune séminariste à l’Institut d’Études Théologiques des pères jésuites, à Bruxelles. Je devais faire mon premier exposé devant une soixantaine d’étudiants et quatre professeurs sur ce verset de l’évangile selon saint Luc : « Là où sera le corps se rassembleront les vautours » (Lc 17, 37). La pression était forte ! Mais loin de m’effaroucher, cela provoqua au contraire chez moi la volonté de prouver que j’y arriverais. Je relevai le défi et me mis au travail avec rage : « Vous allez voir ce que vous allez voir ! » Ah ! vous auriez vu comment je compulsais les articles, recherchais dans les livres, fier de construire peu à peu cet exposé qui allait être la révélation du siècle – quand on est jeune, on ne doute de rien !

Arrive la veille de l’exposé. Tout est prêt. Voici plusieurs jours que je rédige sur une machine à traitement de texte – il n’y avait pas encore d’ordinateur à l’époque – les quelques pages qu’il faudra lire devant la docte assemblée. N’en voyant plus l’utilité, j’ai jeté mes brouillons au fur et à mesure. Tard dans la nuit, je décide d’imprimer ce qui doit être l’exposé du siècle. J’appuie sur la touche d’impression. Mais Argh ! au moment précis où le bouton s’enfonce, je réalise que je viens d’appuyer sur la touche d’effacement général (à l’époque, la sauvegarde n’existait pas)… En une fraction de seconde, tout ce qui faisait ma fierté – ou plutôt mon orgueil – a disparu. Il est 2 heures du matin. L’exposé est à 8 heures ce même jour. Aucun délai de grâce.

Normalement, vu mon tempérament, j’aurais dû prendre la machine et la jeter par la fenêtre ! Au lieu de cela, voilà qu’un frisson me parcourt des pieds à la tête et je m’entends crier : « Gloire à DIEU ! » Comme un juron… mais sans jurer ! Monte alors en moi une paix invraisemblable. C’était comme si m’était rappelé tout à coup qu’il y avait des choses bien plus graves dans l’existence et que cette épreuve était une occasion de grandir dans l’abandon à l’Esprit Saint. Il ne s’agissait pas de dire « Merci Seigneur », mais plutôt : « Tout cela T’appartient ! Je remets cette épreuve entre Tes mains. » C’était confesser que le Seigneur était réellement présent, ici et maintenant, au moment même où il m’était donné de traverser cette épreuve et que, d’une manière ou d’une autre, il était capable de tirer un bien de ce mal.

Après quelques instants de silence, je me mets à genoux, confessant ma prétention au Seigneur et L’appelant au secours. Je me relève. Mon texte est toujours perdu et rien n’est revenu par miracle. Je récupère quelques bribes de brouillons qui restaient dans la corbeille et je commence à écrire « d’abondance de cœur » une dizaine de pages à la main. Le travail de ces derniers mois porte malgré tout son fruit, mais sans prétention cette fois, avec quand même la peur de ne plus pouvoir présenter un véritable travail « scientifique » et de prêter le flanc à la critique incisive de mes congénères (rien de pire que des séminaristes réunis en position de jurés !).

Je n’eus cette nuit-là que deux maigres heures de sommeil, mais paisibles, à mon grand étonnement. Et voilà qu’en allant à la faculté avec mes frères de la Communauté de l’Emmanuel, ceux-ci entonnèrent des chants de louange dans la voiture… Je ne vous dirai pas que le cœur y était, mais j’ai suivi le mouvement et j’ai donné de la voix ! Puisqu’il fallait aller au massacre – tel était du moins mon ressenti –, à quoi bon renâcler ?

Arrive le moment de l’exposé et tout se passe pour le mieux – j’ai malgré tout une petite voix ! –, tant et si bien qu’à la fin des questions-réponses, un des professeurs se fend même d’un compliment à mon égard… Inutile de vous dire que je suis surpris, mais pas seulement : je suis en train de comprendre quelque chose d’important, et qui dépasse largement le seul cadre de cet exposé.

En sortant de la salle, je dis intérieurement au Seigneur : « Si Tu veux me montrer quelque chose, c’est le moment ! » Or, au bout du couloir, j’aperçois un étudiant jésuite que je ne pouvais pas supporter… et qui me le rendait bien ! Sans réfléchir, je m’entends dire : « Gloire à DIEU ! » et, comme poussé dans le dos, je m’avance vers lui et je l’invite à aller boire une bière – à 10 heures du matin, en Belgique, c’est normal ! Nouvelle surprise : il accepte ! Et voilà que nous commençons à parler, à nous découvrir et à nous apprécier. À partir de ce jour, plus jamais nous ne nous sommes affrontés, au point qu’aujourd’hui encore il ne se passe pas une année sans que nous nous téléphonions pour prendre des nouvelles l’un de l’autre, alors que nos missions respectives nous ont envoyés à l’un et à l’autre bout du monde, moi en France, lui en Chine.

L’histoire ne s’arrête pas là. En tant que séminaristes de la Communauté de l’Emmanuel, nous vivions, à l’époque, en « maisonnées » de huit garçons, chacun chargé de différentes tâches domestiques. Combien de fois, jusqu’alors, m’étais-je mise en colère en voyant les troupeaux de moutons dans l’escalier et avais-je reproché sa nonchalance au frère chargé du balayage ? Et que dire des bols du petit-déjeuner qui restaient sur la table pour ne rejoindre l’évier que le soir, au moment de mettre le couvert pour le souper ? Or, le soir même de l’exposé, je rentre seul dans la maison. Comme à l’accoutumée, les moutons étaient sagement répartis dans tout l’escalier – sur quatre étages ! Et là, je m’entends dire : « Gloire à DIEU ! » et me vois paisiblement prendre le balai, rassembler le troupeau et le mener à la poubelle… Le lendemain, les bols du petit-déjeuner gisaient vides sur la table avec du chocolat et du café un peu partout. À nouveau, je me surprends à lancer un « Gloire à DIEU ! », à prendre les bols et à les laver en chantant…

C’est alors que j’ai compris le secret de la louange. Il ne s’agissait pas seulement de chanter des chants à la suite les uns des autres. Il ne s’agissait même pas d’attendre le soir du groupe de prière. Je découvrais la louange comme un réflexe spirituel à acquérir pour rester ancré en DIEU, pour vaincre par Lui toutes les épreuves du quotidien, des plus petites aux plus grandes – comme la disparition soudaine d’un exposé, ce qui, d’ailleurs, n’est pas si grave. Je me suis alors mis à louer pour tout : une gomme qui tombait à terre, un papier que je ne retrouvais plus, un frère qui me faisait une réflexion désobligeante, un rendez-vous manqué, une éraflure, une honte, les moutons à balayer, une timidité paralysante, un service à rendre qui ne me plaisait pas, un contretemps… Je disais entre cent et deux cents « Gloire à DIEU ! » par jour ! De quoi rapidement énerver ceux qui vivaient avec moi, raison pour laquelle je suis passé en mode « silencieux » la plupart du temps !

D’aucuns trouveront peut-être présomptueux, voire égocentrique, de commencer un livre par cette expérience personnelle. En réalité, ce témoignage placé au fronton de l’ouvrage ne vise qu’un seul but : montrer que mon propos découle non pas de considérations moralo-intellectuelles, mais d’une révélation aussi intense qu’inattendue, une illumination intérieure qui a imposé un nouveau sens à ma vie spirituelle et m’a permis d’éprouver « charnellement » – c’est-à-dire viscéralement, enracinée dans toutes les fibres de mon être –, la richesse de la sagesse de l’Église, sagesse à l’écoute de laquelle nous allons nous mettre à présent pour tenter de discerner comment l’Esprit Saint travaille en chacun de nous.

Offrir le moindre petit sacrifice

Je louais donc pour chaque petit désagrément de la vie quotidienne, sans oublier de louer aussi pour les multiples événements positifs qui ne manquaient pas de survenir chaque jour. J’offrais tout cela comme autant de petits « sacrifices », comme les appelait Thérèse de Lisieux. C’est elle qui m’a le plus aidé à cette période. Elle m’a permis de comprendre que la louange était un moyen tout simple, celui des enfants, pour prendre le joyeux chemin de l’offrande de soi :

Ce ne sont pas les richesses et la Gloire (même la Gloire du Ciel) que réclame le cœur du petit enfant… La gloire, il comprend qu’elle appartient de droit à ses Frères, les Anges et les Saints… […] Comment témoignera-t-il son Amour, puisque l’Amour se prouve par les œuvres ? Eh bien, le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône royal, il chantera de sa voix argentine le cantique de l’Amour…

Oui mon Bien-Aimé, voilà comment se consumera ma vie… Je n’ai d’autre moyen de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c’est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour 3… Je veux souffrir par amour et même jouir par amour, ainsi je jetterai des fleurs devant ton trône ; je n’en rencontrerai pas une sans l’effeuiller pour toi… puis en jetant mes fleurs, je chanterai, je chanterai, même lorsqu’il me faudra cueillir mes fleurs au milieu des épines et mon chant sera d’autant plus mélodieux que les épines seront longues et piquantes.

Jésus, à quoi te serviront mes fleurs et mes chants ?… Ah ! je le sais bien, cette pluie embaumée, ces pétales fragiles et sans aucune valeur, ces chants d’amour du plus petit des cœurs te charmeront, oui, ces riens te feront plaisir, ils feront sourire l’Église Triomphante, elle recueillera mes fleurs effeuillées par amour et les faisant passer par tes Divines Mains, ô Jésus, cette Église du Ciel, voulant jouer avec son petit enfant, jettera, elle aussi, ces fleurs ayant acquis par ton attouchement divin une valeur infinie, elle les jettera sur l’Église souffrante afin d’en éteindre les flammes, elle les jettera sur l’Église combattante afin de lui faire remporter la victoire 4 !…

Lire ces lignes avait été insupportable pour moi quelques mois plus tôt. Je les trouvais mièvres. Mais en les entendant à la lumière de la louange, elles devenaient prodigieuses ! Ces propos étaient la trace d’un courage et d’une audace de tous les instants. Ils permettaient de franchir autant d’épreuves que nécessaire, jusqu’aux plus minimes, comme de goûter mille et une petites joies à travers de simples exercices de louange multipliés au quotidien.

Ces petits sacrifices entretenaient le feu de l’amour et donnaient à la charité fraternelle une force extraordinaire qui, je le voyais bien, ne venait pas de moi. La petite Thérèse avait compris cela depuis bien longtemps !

J’ai eu une lumière. Sainte Thérèse [d’Avila] dit qu’il faut entretenir l’amour. Le bois ne se trouve pas à notre portée quand nous sommes dans les ténèbres, dans les sécheresses, mais du moins ne sommes-nous pas obligées d’y jeter de petites pailles ? Jésus est bien assez puissant pour entretenir seul le feu, cependant il est content de nous y voir mettre un peu d’aliment, c’est une délicatesse qui lui fait plaisir et alors Il jette dans le feu beaucoup de bois, nous ne le voyons pas mais nous sentons la force de la chaleur de l’amour. J’en ai fait l’expérience quand je ne sens rien, que je suis incapable de prier, de pratiquer la vertu, c’est alors le moment de chercher de petites occasions, des riens qui font plaisir, plus de plaisir à Jésus que l’empire du monde ou même que le martyre souffert généreusement, par exemple un sourire, une parole aimable, alors que j’aurais envie de ne rien dire ou d’avoir l’air ennuyé, etc., etc. 5.

Cela répondait à ce que nous disait sans cesse Pierre Goursat 6, qui s’inspirait beaucoup de la petite Thérèse :

Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui est bien prophète pour notre époque, disait : « Seigneur, j’ai mes désirs qui sont grands et moi je n’ai pas la force […] de faire des sacrifices. Eh bien ! je fais des tout petits sacrifices ; mais alors ce sont de tout petits sacrifices : je ramasse une épingle, je ramasse un papier qui traîne, j’arrange une nappe qui est de travers… Si on fait ça par amour, c’est de l’amour. C’est l’intention qui compte. » D’autre part, ce sont des petits sacrifices qui nous remettent en présence de Dieu. On dit : « Tiens, Jésus pour toi, je vais faire ça, puis je vais faire ceci. »

Si on s’y met, c’est le premier pas qui coûte. C’est une question d’habitude ! Quand on commence à faire des sacrifices, on continue à faire des sacrifices ; surtout si on les fait par amour. Ce ne sont pas des sacrifices pour faire des sacrifices, parce que je suis un type bien, parce que je veux être volontariste, je fais tout à la force du poignet… Thérèse, elle, pouvait toujours faire des petits sacrifices minuscules. Alors elle les faisait. C’est ça l’esprit d’enfance. Ce n’est pas bêtifier mais se simplifier, et le faire par amour.

On peut tout offrir à Jésus, tout ce qui nous arrive, les choses agréables ou désagréables. Et spécialement les bonnes choses parce que c’est avec les bonnes choses en général qu’on se trouble et qu’on se retire du Seigneur. Des petites choses comme ça tout le temps, eh bien ! ça vous met en présence du Seigneur. Ça nous met dans un état d’amour et dans un état d’attention au Seigneur.

Vous me direz : « C’est enfantin ! Eh bien, si c’est enfantin, si c’est simple, alors faisons-le 7 ! »

Je sais bien qu’aujourd’hui, parler de « sacrifice » paraît ringard. Mais Pierre Goursat m’avait déjà bien éclairé sur ce point, à l’époque :

On dit que faire des sacrifices, « ça ne sert à rien », « c’est ridicule », « ça ressemble aux B.A. que faisaient les scouts avant ». Un « truc » pour les enfants. Mais justement, ce sont des enfants, mais nous, on doit redevenir petit enfant, le Seigneur nous le dit toujours 8. Il faut prendre tout à fait au sérieux les sacrifices que font les enfants, et, souvent, ça les conduit à la sainteté. Alors nous devons nous mettre à cette école de simplicité et de prière, et de ces petits sacrifices 9.

Toujours à propos de Thérèse de Lisieux, il disait encore :

Thérèse transformait tout en amour, c’est ça qui est magnifique ! Eh bien ! nous devons tout transformer, dans la vie de famille, dans la vie de bureau… dans le métro, partout. Si on fait ça (c’est une question d’habitude), ces petits sacrifices engendrent en nous une présence du Seigneur, et petit à petit on arrive à la prière continuelle.

C’est une prière concrète, ce n’est plus une prière faite de sentiments, d’impressions, de sensations, ou de nombrilisme et tous ces trucs-là ; c’est simplement de l’Amour. Et plus on en fera, plus on brûlera. Ça va être fantastique ! Ça va se communiquer. Merci Seigneur 10 !

En définitive, tout cela rendait lumineux l’exhortation de saint Paul :

Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait [Rm 12, 1-2].

Le Seigneur m’avait donc montré qu’on pouvait « faire le premier pas » – celui « qui coûte » – grâce au réflexe du « Gloire à DIEU ! 11 ». C’était formidable ! Et ça l’est toujours ! Je peux témoigner que cela me met « en présence du Seigneur » quasi continuellement. Non que je Le « sente » à côté de moi, mais Il est véritablement présent dans la force que procure ce réflexe spirituel. Nous verrons plus loin comment cette force et, disons-le, ce courage, sont le sceau de l’amitié vécue avec Jésus. Pour l’heure, j’étais entré dans ce mouvement proprement libérateur qui faisait que je demandais même au Seigneur de ne pas écarter de moi les humiliations afin de pouvoir les vaincre par un « Gloire à DIEU ! ». Et croyez-moi, il est impressionnant de voir à quelle vitesse Il répond à ce genre de prière !

Disposer son cœur à l’humilité par la louange

À propos d’humilité, un autre passage de la petite Thérèse fut, à cette époque, très important pour moi :

« Il faudrait surtout, me disait-elle, être humble de cœur et vous ne l’êtes point, tant que vous ne voulez pas que tout le monde vous commande. Vous êtes de bonne humeur tant que les choses vous réussissent, mais aussitôt qu’elles ne vont plus à votre idée, votre figure se rembrunit. En cela n’est pas la vertu. La vertu, “c’est de se soumettre humblement sous la main de tous 12”, c’est de vous réjouir de ce que l’on vous blâme.

Au commencement de vos efforts, la même contrariété paraîtra à l’extérieur et [les autres] vous jugeront ainsi imparfaite, mais c’est là le plus beau de l’affaire, car vous pratiquerez l’humilité qui consiste non pas à penser et à dire que vous êtes remplie de défauts, mais à être heureuse que les autres le pensent et même le disent.

Nous devrions être très contentes que le prochain nous dénigre quelquefois car si personne ne faisait ce métier-là, que deviendrions-nous ? C’est notre petit profit 13… »

 

Et un peu plus loin, cette réponse si pleine de bon sens :

« Je veux bien accepter les remarques quand elles sont justes, lui disais-je ; dès que j’ai tort, j’en conviens, mais je ne puis supporter les réprimandes si je ne suis pas en faute !

– Pour moi c’est tout le contraire, reprit-elle. Je préfère être accusée injustement parce que je n’ai rien à me reprocher et j’offre cela au bon Dieu avec joie ; ensuite, je m’humilie à la pensée que je serais bien capable de faire ce dont on m’accuse 14. »

Cela rejoignait cette réflexion d’une jeune sœur visitandine :

J’ai compris la différence entre être vexée et être humiliée. Quand on me fait une réflexion, je me bloque et je me plains d’avoir été humiliée, mais ce n’est pas vrai. J’ai été vexée, et c’est très différent parce que je n’avance plus. Je reste fixée sur moi et je rumine. Alors que, si j’avais vraiment été humiliée, j’aurais saisi la réflexion comme un exercice d’humiliation et j’aurais pu la traverser en la vivant en union avec Jésus sur la Croix. Depuis que j’ai compris ça, je transforme toutes les réflexions désobligeantes en humiliation et c’est devenu un vrai bonheur parce que je ne rumine plus et je ne suis plus bloquée sur moi !

Gloire à DIEU ! Grâce à la louange, tout cela ne posait plus pour moi de difficulté insurmontable. Plus tard, quelques années après mon ordination, j’ai eu à subir six longues années de harcèlement moral de la part d’un supérieur. Elles ont été traversées grâce aux « Gloire à DIEU ! » qui me permettaient de transformer les vexations incessantes en autant d’humiliations, dans l’assurance que chacune d’elles m’enracinait dans l’humilité, et donc me faisait grandir. Sans ce « cri de guerre », je n’aurais jamais traversé cette période où l’on est constamment porté à douter de soi. Et le paradoxe, c’est que grâce à ce supérieur – à qui le Seigneur m’a donné la grâce de tout pardonner –, la louange s’est encore plus ancrée en moi comme une formidable expérience de Salut à vivre au jour le jour. Plus encore : la louange m’a gardé de m’enfermer sur moi-même. Elle m’a permis d’accueillir la consolation du Seigneur à travers mes frères et sœurs laïcs qui, eux, croyaient en moi. Je m’appuyais sur eux comme sur des anges que le Seigneur mettait sur ma route et je vivais cette situation de harcèlement, certes difficilement, mais avec un courage qui ne venait pas de moi-même : Jésus était mon Ami. Je le sentais à cette confiance en Lui qui ne cessait de se renforcer chaque fois que je lançais mon « cri de guerre » : « Gloire à DIEU ! »

Voilà ! Des plus petites jusqu’aux plus grandes, le chemin de la louange permet de traverser toutes les épreuves. Tous les saints dont l’Église fait mémoire pourraient nous le témoigner, à commencer par le « professionnel » de la louange, saint François d’Assise. On retient souvent qu’il chantait constamment la Gloire de DIEU. Il ne faudrait pas oublier pour autant la vie d’ascèse qu’il s’est imposée, ni les lourdes épreuves qu’il a dû « passer » pour comprendre comment la louange était pour lui, non pas le fruit d’une bienheureuse naïveté, mais bien l’arme la plus efficace, puisée dans une prière incessante, contre les harcèlements du démon ! Nous sommes ici au cœur de ce que la tradition chrétienne nomme le « combat spirituel » où s’expérimente, par Jésus, la joie de la victoire.

De ce point de vue, la Bible est la source de tout. Pensons simplement ici à l’épisode du frêle David contre le géant philistin Goliath qui défiait les fils d’Israël :

David dit à Saül : « Que personne ne perde courage à cause de ce Philistin. Moi, ton serviteur, j’irai me battre avec lui. » Saül répondit à David : « Tu ne peux pas marcher contre ce Philistin pour lutter avec lui, car tu n’es qu’un enfant, et lui, c’est un homme de guerre depuis sa jeunesse. » […]

David insista : « Le Seigneur, qui m’a délivré des griffes du lion et de l’ours, me délivrera des mains de ce Philistin. » Alors Saül lui dit : « Va, et que le Seigneur soit avec toi ! » Saül revêtit David de ses propres vêtements. Il lui mit sur la tête un casque de bronze et le revêtit d’une cuirasse. David se mit à la ceinture l’épée de Saül par-dessus ses vêtements. Il fut incapable de marcher car il n’était pas entraîné. Et David dit à Saül : « Je ne peux pas marcher avec tout cela car je ne suis pas entraîné. » Et il s’en débarrassa. David prit en main son bâton, il se choisit dans le torrent cinq cailloux bien lisses et les mit dans son sac de berger, dans une poche ; puis, la fronde à la main, il s’avança vers le Philistin (1 S 17, 32-33.37-40).

On connaît la suite. Eh bien, la louange est comme la fronde de David : elle paraît dérisoire, mais c’est elle qui est la mieux appropriée pour vaincre les assauts de l’ennemi ! Il n’est peut-être pas étonnant, au demeurant, que ce soit justement David qui ait écrit la plupart des psaumes au cœur desquels on ne trouve rien d’autre que la louange vécue au milieu de toutes les situations de l’existence, des plus précaires jusqu’aux plus exaltantes.

Et si nous regardons le « nouveau David », le Christ Jésus, qu’est-ce que la Croix pour vaincre le péché du monde, sinon un moyen bien dérisoire au regard de la raison ? À voir les fruits qu’elle a portés et qu’elle porte encore, capables de relever les plus faibles pour en faire des hommes humbles et joyeux ; comparés aux fruits de la raison qui refuse de se laisser éclairer par le Christ et qui, on le voit bien, répond à la loi du plus fort, de sorte que le monde s’enlise de plus en plus dans des guerres infernales – à commencer par les guerres économiques –, comment hésiter encore à choisir l’arme de la Croix ? Elle est comme une torche de lumière éternelle plantée résolument là même où les ténèbres sont les plus redoutables. Là où la Croix est fichée, les ténèbres ne peuvent que reculer face à sa clarté : elles ont déjà perdu 15.