Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
L’ambition donne du panache, mais point trop n’en faut lorsque l’on est une femme en Afrique…
« L’ambition est un sentiment extrêmement noble. Ce qui la pervertit, c’est l’obsession » disait à juste titre le sage. Ainsi, dans ce recueil aux histoires cocasses, teintées de bonne humeur et parfois de drame, l’auteur met en scène des femmes africaines de tous rangs et couches sociales ayant en commun une ambition qui malheureusement, jamais ne s’assouvira. Divertissantes, toutes les histoires sont quand même un reflet de la société africaine et regorgent de plusieurs moralités à ne pas négliger…
Un recueil de récits saisissants dont on ne peut se détacher avant d’avoir lu les derniers mots
EXTRAIT
La pluie battait encore les toits des maisons et il n’y avait plus personne dehors. Tout était si calme et si reposant. Je fermai les yeux. Deux grosses gouttes de larmes vinrent s’écraser sur mes joues. Je les essuyai à l’aide de mon mouchoir un peu trop humide. Enfin, l’homme de police m’ouvrit la porte de son bureau. Il me désigna un siège, s’assit en face de moi et croisa les bras.
- Alors, Monsieur, j’espère que vous avez une bonne raison de venir ici si tard sous cette pluie battante. Que me vaut l’honneur de vous voir ici ?
J’épongeai une nouvelle fois mes larmes et sortit de mon sac le couteau imbibé de sang que j’avais soigneusement emballé dans un tissu.
- Monsieur le commissaire, j’ai tué Sylvie Nanou.
A PROPOS DE L’AUTEUR
Regina Goueu est ivoirienne, l’auteur est née le 22 janvier 1987 à Yopougon, une commune située au sud d’Abidjan. Sa perpétuelle impression de solitude et de lassitude forge en elle depuis l’enfance cette envie d’escapades, de récits imaginaires, d’irréel et même de fantastique.
Adolescente, elle rédige son premier manuscrit et participe à différents concours. A 18 ans, étudiante en deuxième année à l’Institut des Langues Étrangères Appliquées de Dakar, elle publie plusieurs de ses nouvelles dans différents magasines. Une année plus tard, elle devient chef rédactrice-scénariste pour le magazine
Cœurs d’Afrique. Aujourd’hui mariée et mère de deux enfants, elle poursuit une carrière de journaliste web, tout en poursuivant sa passion, particulièrement inspirée des faits de nos sociétés africaines.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 112
Veröffentlichungsjahr: 2016
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Je serai présidente
Nouvelles
Edité par:
Éditions DIASPORAS NOIRES
www.diasporas-noires.com
©Regina Goueu 2012
ISBN version numérique : 9791091999083
Date de publication numérique : 7 janvier 2012
Cette version numérique n’est pas autorisée pour l’impression
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'Auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par le Code de la propriété intellectuelle.
L'éditeur accorde à l'acquéreur de ce livre numérique une licence d'utilisation sur ses propres ordinateurs et équipements mobiles jusqu’à un maximum de trois (3) appareils.
Toute cession à un tiers d'une copie de ce fichier, à titre onéreux ou gratuit, toute reproduction intégrale de ce texte, ou toute copie partielle sauf pour usage personnel, par quelque procédé que ce soit, sont interdites, et constituent une contrefaçon, passible des sanctions prévues par les lois de la propriété intellectuelle. L’utilisation d’une copie non autorisée altère la qualité de lecture de l’œuvre.
Le soleil se levait doucement à l’horizon quand une masse grouillante de personnes arpentait déjà les rues du plateau. Il y avait des vas et viens incessants, des taxis qui klaxonnaient bruyamment aux feux tricolores, des vendeuses de pains et de galettes qui appelaient les clients du matin. Puis, il y avait ceux-là, qui marchaient rapidement, la mine froncée, jurant, méprisant ce lundi qui les obligeait à s’asseoir une fois de plus dans ces bureaux où on les « exploitait » à longueur de journée sans leur laisser le moindre répit, tout cela pour des salaires misérables qui ne suffiraient même pas à entretenir femmes, enfants, neveux, nièces, cousins et maîtresses.
Il y avait aussi ceux-là, qui marchaient, souriants, fiers, confiants pour l’avenir. Curriculum Vitae, lettres de motivations soigneusement rangées dans des enveloppes kaki, ils s’imaginaient déjà dans ces bureaux froids, bien meublés, richement décorés. Ils s’imaginaient encore avec des titres aussi pompeux que leurs fonctions, voyageant à travers le monde pour des missions au compte de l’Etat. Oui, ceux-là souriaient, et souriraient jusqu’à ce que matin après matin, leurs motivations ne s’usent autant que leurs souliers.
Victoire Sadia marchait sereinement parmi ce monde. Elle n’appartenait à aucune de ces catégories et s’en réjouissait. D’ailleurs, elle n’avait aucune qualification pour prétendre à tout cela. Cependant son ambition n’en était pas moins.
Victoire Sadia visait au-dessus de la masse. Beaucoup plus haut.
A vingt-trois ans, Victoire était l’ainée d’une famille de dix enfants dont les seuls rescapés étaient elle-même Victoire et sa petite sœur Emma. Les autres enfants, tous des garçons avaient trouvé la mort pour des raisons qu’on disait mystiques. Madame Sadia, sa mère, avait été indexée au village. Une voyante l’aurait vu en train de cuisiner nuitamment la veille de chaque mort. On racontait donc que Madame Sadia aurait eu une aversion particulière pour les enfants de sexe masculin. Elle les aurait donc dégustés après quelques jours suivant la naissance. Au tribunal villageois, Madame Sadia avait été condamnée. On l’avait enfermé dans une case pendant douze jours sans manger, ni boire. Madame Sadia rendit l’âme le treizième jour au matin. Monsieur Sadia se remaria quelques jours ensuite avec une très jeune fille qui ne put jamais concevoir.
Victoire avait quitté le village sans regret. Elle détestait toutes ces coutumes, ces traditions, cette sauvagerie. De plus, la vie entre le champ, le marigot et les soirées au clair de lune ne l’intéressait guère. Pas plus que ces villageois qui ne connaissaient même pas la valeur de la femme. Qui te séduisaient en t’offrant du gibier, qui t’épousaient pour quelques bouteilles de liqueur offertes à tes parents et qui te faisaient pondre une douzaine d’enfants jusqu’à ce que trop vieille ou trop fanée, tu ne t’opposes à l’arrivée d’une énième épouse.
Victoire, elle se savait grande dame. Femme de la ville, des soirées mondaines… Femme de riche. Elle était prête à tout pour assouvir ses ambitions et arriver jusqu’à la dernière marche du sommet.
Sans être une déesse de la beauté, Victoire savait séduire. Elle avait un visage avec des traits réguliers qui plaisait aux hommes. En plus, son atout favori restait ses seins, qu’elle voulait toujours bien gonflés dans ses décolletés. Elle suivait amusée le regard des bureaucrates à qui elle vendait des cravates, dans les ministères.
Bien sur, ce commerce n’était que pur subterfuge. Victoire pensait croiser parmi ces hommes, son crésus à elle. Celui qui la couvrirait d’or et d’argent. Elle avait déjà fait la connaissance de plusieurs hommes, depuis qu’elle était en ville. Mais c’était pour subvenir à ses besoins mineurs. Le menu fretin, c’était juste pour tester.
Ce matin, Victoire marchait heureuse. Elle avait réussi à obtenir un rendez-vous avec Marc Zanzan, conseiller à la présidence. La belle occasion ! Obtenir ce rendez-vous qu’elle cherchait depuis tout ce temps n’avait pas été simple. Après tant de courbettes auprès de la secrétaire acariâtre, elle avait fini par offrir six complets de pagnes à celle-ci. La dame l’avait retenue pour lundi matin, dix minutes pour proposer ses cravates, pas plus. Ce jour-là, Victoire avait couru là bas, dans la brousse qui avoisinait la ville, pour revoir Doti, cette vieille dame aux dents cassées qui avait prédit sa richesse prochaine. Il était minuit et le ciel était sans lune.
- Doti ! Avait crié Victoire, je pense que j’y suis presque.
La vieille sortit de sa case, toussa et cracha. Elle dévisagea Victoire. Son regard était d’un rouge vif incroyable.
- Il faut faire le sacrifice dont je t‘avais parlé… chuchota-t-elle avant de rentrer ?
Victoire la suivit dans sa case et y resta la moitié de la nuit. Vers cinq heures du matin, elle ressortit imbibée de poudre blanche, de kaolin, d’œuf et de sang.
- Tu ne salueras que lui après avoir récité tout ce que je t’ai demandé. Cet homme sera le tien.
Victoire marcha nue cette nuit-là pour rentrer chez elle comme lui exigeait la vieille. Elle ne voyait rien d’autre, que son bonheur prochain.
Marc Zanzan n’avait rien à faire la plupart du temps dans son bureau. Entre les galipettes avec Lili sa secrétaire, les discussions chaudes par Messenger avec des inconnues et ses émissions préférées à la radio, il s’offrait la liberté d’accepter quelques rendez-vous de gens qui venaient lui demander n’importe quoi simplement parce qu’ils pensaient qu’il était toujours en contact avec son excellence Monsieur le président. Marc dans ces cas-là prenait son air sérieux et promettait de faire monts et merveilles. Il ne leur avouait jamais qu’il ne voyait presque jamais le chef de l’Etat, qu’il n’avait juste qu’un titre et un salaire obtenus parce que son père était le mari de la tante maternelle du président. Il mentait et oubliait ses promesses aussitôt la porte du bureau refermée. Ce jour là, quand Victoire entra dans son bureau et le salua, Marc sentit comme un magnétisme. Il se frotta encore les yeux pour mieux voir cette divine créature. Elle avait un visage d’ange et était d’une sensualité jamais rencontrée. Ils discutèrent de tout sauf de cravate. Marc invita Victoire à déjeuner dans un de ces restaurants classes qui pullulaient dans le centre-ville. Elle l’y accompagna non sans voir le regard haineux que Lili lui lança quand ils sortirent. Le déjeuner se passa bien. Lili fut renvoyée le lendemain matin.
A compter de ce jour, Marc ne vivait que pour satisfaire tous les désirs de sa chère bien-aimée. Victoire vivait sur un petit nuage. En deux mois seulement, elle était devenue la femme du célibataire le plus courtisé de tout le milieu politique du pays. Victoire Zanzan avait perdu sa sœur cadette Emma. Désolée et éplorée, elle était quand même partie pour les iles Fidji en Océanie pour sa lune de miel.
Victoire s’installa dans la somptueuse villa de Monsieur Zanzan. Elle organisait des soirées mondaines entre femmes de politiciens, dépensait énormément pour ses tapis et rideaux qui devaient venir de Turquie et surtout pour ses vêtements couteux cousus par les plus grands stylistes italiens. Ses journées étaient paisibles et de son balcon, elle pouvait s’asseoir et apercevoir toute cette masse misérable, en quête d’avenir.
Un matin, tandis que Victoire se faisait faire ses soins du visage à domicile, on la fit appeler. Elle sortit du salon et constata que le gardien était en train de battre une vieille dame qui criait inlassablement son nom. La vieille crasseuse refusait de quitter la maison. Victoire s‘approcha et reconnut la vieille Doti. Elle donna ordre au vigile de s’éloigner.
- Qu’est-ce que tu fais ici ? S’énerva Victoire. Tu es censée rester là-bas dans ta brousse. C’est à moi de passer te voir et non le contraire. Je t’enverrai ce que tu voudras.
- Petite sotte riposta la vieille piquée au vif. Crois-tu que je me sois déplacée pour de l’argent ? Le bien matériel appartient aux humains. Dans le monde des esprits, tout cela n’existe pas.
- Epargne-moi ton blabla Doti et parle vite. Mon mari arrive de mission d’Espagne dans une heure et je dois me faire belle et plus désirable.
- Tu pourrais être aussi laide qu’une guenon, ton mari ne verrait en toi qu’une déesse aux charmes infinis tant que le sacrifice agira…
- Que me veux-tu Doti ?
- Je venais te dire qu’il faut un autre sacrifice. Voilà un an aujourd’hui que ta sœur n’est plus et que tu es riche. Il te faut retourner au village dès demain. Je veux une touffe de cheveux qui soit fabriquée de la même fibre que les tiens. Quand tu l’auras, tu la mettras dans ton entrejambe pendant trois jours sans faire une toilette intime. Ensuite, tu reviendras me voir. Tu es toujours prête à tout ?
Victoire regarda la vieille avec un large sourire.
- Regarde ma maison Doti, je suis une reine. Il n’y a pas une seule femme qui ne m’envie pas dans cette ville. Quelle est celle qui ne serait pas prête à tout pour avoir ma place ?
- Je t’attends avant une semaine, et tu diras à ton gardien qu’on ne cogne pas une vieille dame.
Doti s’éloigna. Victoire retourna à ses soins.
Lorsque Marc Zanzan rentra chez lui, il fut d’office déçu par l’insalubrité des rues, l’oisiveté des jeunes et la vétusté des routes. Mais dès que ses pas effleurèrent sa maison, il fut subjugué par la beauté de sa femme. Encore une fois, il se demanda comment sa vie avait pu se dérouler sans cette femme pour qui il donnerait tout. Victoire accueillit son mari dans une salle qu’elle avait emménagé et qu’elle surnommait ironiquement « Jéricho ». En fait, cette salle n’avait rien de la ville sainte. Victoire prenait un malin plaisir à se moquer du peu de croyances que son mari avait acquis à la catéchèse et durant l’époque où il était un enfant de cœur. « Jéricho » était pour Victoire, un lieu où elle se donnait à cœur joie, avec son mari, à tous les jeux d’amour qu’elle voyait à la télé ou dans les revues pour adultes. Pour l’arrivée de son mari, elle avait préparé un bain parfumé et moussant. Après un repas copieux, elle lui avait donné beaucoup de vin et avait fait l‘amour à son homme de façon qu‘elle voulait inoubliable. Marc dormit à même le sol ce soir-là. Quand il se réveilla le matin pour s’apprêter, il vit sa femme faire sa valise.
- Où vas-tu mon amour ? On a parlé d’aucun voyage hier soir.
Victoire sourit et lui donna une bise.
- Je reviens dans quatre jours. Mon père est malade.
- Pourvu que ça s’arrange.
- J’espère. Mais ne t’inquiète pas, mon père est quand même très âgé.
- Il a de la chance alors. Hier nuit, quand je rentrais on m’a informé du décès du gardien. Hémorragie cérébrale. Le pauvre, il était si jeune !
Victoire partit et revint quelques jours aprés. Elle rassura son mari quant à l’état de santé de son père. Malheureusement, la mauvaise nouvelle les rattrapa le lendemain. Monsieur Sadia s’était éteint. Marc Zanzan voulait organiser les meilleures funérailles qui soient. Mais Victoire lui demanda de rester très loin des mauvais regards, jaloux et envieux du village. Elle partit seule, mais n’arriva jamais au village. Doti l’attendait toujours. Avec le même regard rouge sang.
Elle pénétra dans la case, silencieuse, et ressortit imbibée une nouvelle fois de poudre blanche, de kaolin, d’œuf et de sang.
Marc Zanzan ne comprenait rien. La vie ne lui avait jamais souri autant. Le président s’était rapproché de lui et l’avait nommé premier conseiller à ses côtés. En plus, les sociétés dans lesquelles il avait des actions prospéraient de façon vertigineuse. Chaque fois qu’il investissait dans une affaire, ce n’était que plein succès. Il était un homme riche et très heureux en ménage. Jamais personne, ne lui avait procuré un plaisir aussi immense que sa femme Victoire. Et pourtant ! Combien de femmes essayaient chaque jour de le séduire, de l’arracher à sa dulcinée ? Lui qui avait été un homme si volage, désormais s’excusait et esquivait ces propositions indécentes. Parfois, il demandait à sa femme, pourquoi il l’aimait autant alors que personne ne semblait comprendre son amour démesuré pour elle. Celle-ci lui répondait toujours en souriant.
- L’amour a ses raisons que même la raison ignore.
