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John est viril, carriériste, baroudeur et misanthrope. Il exerce dans le futur. Il sévit dans l'espace. Trop coriace pour les xénomorphes. Expert en matière de poudre. Sa spécialité ? Entrer dans le poulailler technocrate. Ses faites d'armes ? Noyautage du Directoire de Parie, puis parasitage du Supervisat colonial de Canopée, une lointaine planète hostile. Il renaît des gravats de la civilisation. Suivez du regard l'ascension de cette sangsue des bureaux. Gare à la chute qui éclabousse !
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Seitenzahl: 150
Veröffentlichungsjahr: 2022
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À mes parents. À Charles et Alex.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
TRIBUNAL ÉCOLOGIQUE DES NATIONS UNIES
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
ÉPILOGUE
La banlieue nappée de brume défilait à travers les vitres du coupé à hydrogène, dont l’intérieur python trahissait un véhicule d’entrée de gamme. Facilement échauffé, John avait besoin de brûler l’asphalte pour se défouler. Bureaucrates en pyramide, masses résignées et racailles en perdition du Paris d’après l’Infestation : tous se relayaient pour lui taper sur le système. À tel point qu’il aurait presque préféré la compagnie des xénomorphes anthropophages, les nouveaux maîtres des cieux depuis dix-sept ans. Absorbé par sa conduite, John ne vit pas le xénoptère, dont les pattes pendantes et recourbées se rapprochaient du toit. La créature faisait pourtant la taille et le bruit d’une tondeuse à gazon autoportée. Dans un couinement de métal froissé, l’habitacle fléchit sous son poids. John en cracha son cigarillo bon marché. Un coup de dard bien senti morcela le pare-brise. Sans paniquer, l’homme écrasa l’accélérateur et fit des embardées. Le prédateur ailé ne lâcha pas prise pour autant. « Foutue bestiole, tu vas voir ta gueule ! », maugréa-t-il en farfouillant dans le cabinet de curiosités qui lui servait de boîte à gants. Il finit par mettre la main sur la crosse rembourrée de son automatique noir et chrome. Sans lâcher la route des yeux, il vida un demi-chargeur de balles vrillées en direction du toit. Dans la concavité crasseuse du rétroviseur gauche retenu par du scotch, il vit l’insecte géant heurter le sol, puis disparaître dans la brume. John pila, ralluma son cigarillo, avant de faire marche arrière en inspirant la fumée.
Recroquevillée et stridulante, la créature, bien amochée, était parcourue de spasmes. Elle projetait du sang noir sur la chaussée. Elle avait fait preuve de courage. Parvenu à proximité, John l’acheva d’une balle. Son pare-brise était en miettes, mais le verre était à moitié plein : il pourrait tirer quelques crédits de cette guêpe crevée. En trois coups de couteau, la glande à venin fut extraite. John la soupesa, puis la déposa dans la glacière avec les bières. Les chimistes de l’hôpital en tireraient un bon anesthésique. Il n’en détournerait qu’une larme. On pouvait le distiller en un puissant hallucinogène qui s’écoulait facilement au marché noir. De quoi oublier durant quelques heures ce qu’était devenu le quotidien depuis l’Infestation. La drogue n’était certainement pas pour John, qui préférait améliorer l’ordinaire avec l’argent des drogués. Carriériste, il n’avait pas de temps à perdre avec des visions colorées qui ramollissaient la cervelle.
Quoique voraces et innombrables, les xénoptères n’avaient pas détruit la civilisation humaine. Ils avaient enrayé sa course. Survivre, c’était être discret. Les insectes n’attaquaient que les sources de bruit et de mouvement. Figez-vous, taisez-vous, et le tour est joué. L’activité économique mondiale en avait évidemment pâti. Les coûts de production s’étaient envolés lorsqu’il avait fallu insonoriser et enterrer les usines pour produire des équipements silencieux. Le produit intérieur brut n’était plus mesuré depuis l’échec de la Grande Campagne. Les armées du monde entier s’étaient fait humilier par des insectes venus de nulle part. Les partisans de la xénodiversité déchantèrent lorsque leur université d’été servit de buffet campagnard. L’État profond dut reprendre la main. Question de survie.
Un air de musique en tête, John remontait un boulevard parisien qui aurait mérité d’être ravalé. Le baroudeur était plutôt bel homme, pour qui n’était pas effarouché par les trognes façonnées par la testostérone : mandibule prognathe, mais sans exagération, visage de trentenaire anguleux adouci par une barbe naissante et régulière dans son implantation, yeux d’un bleu profond. Son véhicule sans moteur à explosion filait presque en silence sur l’asphalte modifié. Les zones habitées étaient devenues d’immenses galeries couvertes. John pouvait deviner la position du soleil à travers la bâche de furtivité. Cette dernière reliait les toits d’ardoise de part et d’autre de l’avenue, mais elle laissait filtrer la lumière du jour. Distrait, l’homme faillit percuter une ambulance à air comprimé près de l’hôpital. Peu après, d’un pas assuré, il se fraya un chemin à travers les brancards des derniers blessés secourus. Probablement des ouvriers agricoles qui n’avaient pas appliqué à temps les techniques de dissimulation.
John ressortit furieux car l’administrateur médical n’avait crédité son compte citoyen que de vingt-cinq points de mérite. À peine de quoi débloquer l’accès aux alcools forts ! « On n’est pas une agence de braconnage », avait ânonné le cadre de santé. John s’engouffra dans une station de métro. Plus on s’enfonçait sous terre, moins la menace des xénoptères pesait sur les épaules et plus les activités humaines devenaient bruyantes. Des cols bleus gouailleurs se rendaient vers les complexes industriels semi-enterrés de banlieue, d’autres choyaient les équipements des souterrains. Certains avaient ouvert leur propre affaire et proposaient des services d’impression 3D de proximité dans d’anciennes échoppes recyclées. Cent mètres sous la surface, en lieu et place d’un ancien hangar de métro, se tenait, loin du regard des autorités, le plus grand marché du Paris « d’après ».
John prit une profonde inspiration avant de se mêler de mauvaise grâce à la foule grouillante. Il déambula entre les étals. Armes, dérivés récréatifs de venin et instruments de musique étaient présentés à la vente en toute illégalité. La clameur aurait valu mort immédiate à la surface. Le baroudeur écarta le rideau de perles d’une arrière-boutique de fioles colorées. Un chimiste à la réputation sulfureuse jaugea le butin : « Quatre cents crédits ». John fit un rapide calcul : de quoi s’acheter un silencieux, un pare-brise de rechange et couvrir deux semaines de dépenses. Il accepta sans négocier et fila sans remercier.
La plupart des lignes de métro étaient hors service. Les galeries avaient été ouvertes aux piétons. John grimpa sur un quai aux effluves d’ammoniac. Il prêtait à peine attention aux écrans à la gloire du Régime. Chaque respiration viciait davantage l’air de sa rame bondée. Il en émergea lorsque les portes s’ouvrirent à la station « La Défense ». Pas question de sortir sur le parvis. Il emprunta les galeries fraîchement creusées. Elles débouchaient dans le sous-sol des tours de l’ancien quartier d’affaires. Les donjons du capitalisme à la française étaient devenus des fermes verticales.
John détestait les travaux agricoles par-dessus tout. Comme tous les citoyens de second rang, il devait quarante-deux heures de travail à l’État, dont un tiers de mobilisation pour la Défense, un tiers de travaux industriels et un tiers de travaux agricoles. Dans ces serres en hauteur, les plantations se la coulaient douce. Le verre absorbait la chaleur du soleil, tandis que la brumisation automatique chargeait l’air d’humidité. Les plantes étaient aux anges, pas John. Trois crédits de l’heure, un véritable servage, heureusement compensé par l’abri offert par les immeubles.
Le soir venu, John s’effondra chez lui. Le jour déclinait sur le 5e arrondissement, labellisé « îlot de silence urbain ». John ne braverait pas le couvre-feu. Grâce à son terminal de communication, il se décervela d’un peu de propagande. Paris testait une arme à énergie dirigée qui tuait les xénoptères en silence ; Marseille déployait des bâches de furtivité changeant de couleur pour réguler la température. L’écran souple diffusa ensuite un film en noir et blanc. Les voix des acteurs finirent par s’évanouir.
John se rendit au centre de Paris après s’être rasé de près. Un rendez-vous important l’attendait. L’ancien hôtel de ville abritait le Directoire de Salut public, qui faisait régner l’ordre sur Paris et les infrastructures essentielles de banlieue. Plus on s’enfonçait au coeur du bâtiment, plus l’allure des gestionnaires était soignée et leurs responsabilités importantes. John gravit l’escalier qui menait au Bureau de sécurisation du commerce. À la mondialisation des échanges s’était substitué un commerce entre cités-États par convois blindés. Trop bruyants, les avions étaient cloués au sol depuis l’Infestation. Quant aux trains, ils ne pouvaient pas s’arrêter assez vite en cas d’attaque. Restait le transport routier qui avait réussi à s’adapter. Des expéditions de camions cuirassés surmontés de tourelles armées assuraient le transport feutré de marchandises grâce à de puissants moteurs à hydrogène. Ils s’immobilisaient à la moindre signature radar. L’une de ces caravanes allait bientôt partir pour Orléans et John voulait en être. Un déplacement à haut risque, mais grassement rémunéré : mille deux cents crédits pour deux semaines de travail et surtout quatre mille points de mérite, sésame pour le premier rang de citoyenneté.
L’entretien fut éprouvant. Capable de faire illusion vingt minutes d’affilée, John s’en sortit bien mieux que le soudard moyen. C’était dans la poche. Pour faire retomber la tension, il flâna dans les rues voisines en tirant de temps à autre des bouffées de son cigarillo. La détente fut de courte durée. Un bourdonnement suspect, d’abord léger, devint de plus en plus intense. Simultanément, les bornes vertes qui balisaient la zone sécurisée passèrent au rouge. Véhicules et passants s’immobilisèrent. Depuis la Grande Campagne, le Directoire avait adapté sa doctrine. Dorénavant, le premier rideau de défense était de se rendre invisible par le silence et l’immobilité. En cas d’échec, le deuxième rideau était la diversion. À l’écart de la ville, des leurres bruyants devaient s’activer à tour de rôle pour attirer l’essaim. Le troisième rideau était constitué de tourelles antiaériennes, qui devaient couvrir la fuite des populations jusqu’aux souterrains. Tout le monde craignait d’en arriver là. Cela signifiait que la ville allait tomber. Selon une rumeur, il existerait un quatrième rideau qui sacrifierait la surface. Cependant, l’existence d’ogives nucléaires ciblant le coeur de l’essaim était régulièrement démentie.
Dans les profondeurs du siège du Directoire, les responsables du Salut public observaient sans un mot la modélisation de l’essaim en temps réel.
— Celui-ci est un peu différent, lança Numéro deux, en faisant tinter les glaçons de son verre de porto.
— Il n’est pas complètement aléatoire. Il a une trajectoire, un noyau, et ses fluctuations sont rythmées, ajouta Numéro cinq en essuyant ses lunettes avec le bout de sa cravate.
— Peut-être est-ce une parade, un convoi, une armée en campagne ou une migration… En tout cas nous sommes sur leur chemin.
— De plus en plus d’éléments atterrissent à proximité ! Je suggère l’activation du second rideau, proposa Numéro sept avec nervosité.
Pour la majorité des directeurs, il était encore trop tôt.
— Cela risquerait de rendre l’essaim agressif et d’en attirer d’autres. Attendons encore, trancha Numéro un de sa voix traînante, sans lâcher l’hologramme du regard.
John se risqua à passer la tête en dehors de la boutique désaffectée. Des xénoptères s’étaient posés sur la bâche et se déplaçaient nerveusement dans toutes les directions. L’un d’entre eux incisa le voile translucide, puis il se glissa à travers la fente en stridulant. Le militaire qui gardait la rue réprima un tremblement pour ajuster son fusil silencieux. Trois sons se succédèrent en un rien de temps : le sifflement ténu de la balle ; le croustillant de la perforation de la carapace ; le bruit mat de la chute de la bête sur le sol. Par bonheur, tous trois furent absorbés par le vacarme de l’essaim. Celui-ci ne remarqua rien. John en soupira de soulagement.
D’abord hésitant, Numéro un signa finalement l’ordre d’activation du deuxième rideau de l’empreinte de son index droit. Une fraction de seconde plus tard, l’air le plus connu de Wagner, amplifié à des niveaux rarement atteints, retentit depuis l’avant-poste d’Aulnay-sous-Bois.
John comprit le niveau d’alerte lorsque les cuivres de La Chevauchée des Walkyries commencèrent à résonner depuis la proche banlieue. Faisant fi des consignes, les habitants, paniqués, se mirent à courir vers les bouches de métro dans un parfait désordre.
Sur les écrans radars surveillés par les directeurs, une nuée de points rouges hostiles fondit sur la reconstitution de la commune abandonnée d’Aulnay-sous-Bois.
— L’essaim s’est scindé en deux... Seulement quatre-vingts pour cent de la masse s’est ruée sur l’appât, résuma froidement Numéro six.
John courut vers l’embouchure du métro à cent mètres de lui. Un abdomen cabré embrocha un fuyard à ses côtés. Le xénoptère s’envola avec le cadavre. Un autre insecte arracha la tête du malheureux d’un puissant coup de mâchoire. Au loin, l’avant-poste s’était tu, probablement détruit par l’essaim en furie. Le collège des directeurs activa alors le second leurre installé sur le tarmac de l’ancien aéroport Charles-de-Gaulle et les tourelles antiaériennes des zones habitées. Ces dernières allaient mettre un certain temps à s’initialiser.
John poursuivait sa course. À cinquante mètres du salut souterrain, il glissa sur une flaque de sang et se vautra à terre, ce qui lui sauva la vie. La bête qui l’attaquait en rase-mottes par derrière le manqua, fit volte-face et se posa quelques mètres devant lui. Elle arborait un énigmatique sourire figé. Ses yeux dégageaient une intelligence malsaine. Désemparé et incapable de bouger, John fixa à son tour l’insecte qui lui barrait la route. À l’affût d’un détail qui lui sauverait la vie, John embrassa l’anatomie de son ennemi d’un seul coup d’oeil. Des crocs épais en rangs serrés s’agençaient à la perfection le long de sa mâchoire imposante. De part et d’autre de son thorax jaillissaient trois puissantes paires de pattes articulées. Ses deux paires d’ailes rabattues en arrière lui donnaient un air élancé. Le long de sa carapace, d’élégants motifs noirs et jaunes n’avaient rien à envier aux tatouages tribaux les plus réussis et l’apparentaient à une guêpe des plus redoutables. Son anatomie de prédateur se concluait par un dard dentelé. Rien à voir avec le spécimen que John avait abattu quelques jours plus tôt. Bien plus sophistiquée, la créature semblait conçue pour tuer de manière autonome. L’insecte se dressa en stridulant comme s’il allait attaquer John, mais son attention fut détournée par les batteries antiaériennes. Guidées par radar, les couronnes de cylindres métalliques en rotation tiraient sur ses congénères, les fauchant en plein vol. Plusieurs xénoptères tombaient déjà lourdement sur les toitures.
John en profita pour se ressaisir. Il repéra un véhicule à trois mètres de lui, portière conducteur ouverte, moteur encore allumé. C’était sa chance. Une fois au volant, John mit le pied au plancher et fonça sur la créature. Surprise, elle n’eut pas le temps de réagir. Il l’emporta dans sa course en direction de la bouche de métro. Dans son élan, le véhicule dévala l’escalier qui menait aux souterrains, avant d’écraser l’insecte contre un mur carrelé. Le contenu de l’abdomen du xénoptère gicla sur le pare-brise. John claqua la portière et courut se réfugier dans les galeries.
La plupart des cent mille habitants de Paris étaient maintenant sous terre. Quelques centaines d’insectes n’avaient pas été éloignés par les leurres ou abattus par les tourelles. Il en restait bien assez pour anéantir la population. Numéro un déclara l’état de siège et activa les mesures de sécurité sans se soucier du sort des retardataires. Une à une, les portes d’accès au métro se fermèrent dans un fracas métallique.
— Nous n’avons que deux semaines de provisions. S’ils ne partent pas d’ici là, nous devrons réinvestir la surface par la force, résuma Numéro deux en posant son verre vide, conscient que le maintien de l’ordre dans les souterrains surpeuplés risquait de causer davantage de morts.
Quinze ans plus tôt, le Forum des Halles avait été aménagé en quartier résidentiel pour méritants. Entièrement métamorphosé, l’ancien centre commercial était devenu une cité-jardin souterraine qui pouvait fonctionner longtemps en autarcie. Au centre de la place Carrée, la fille de Numéro trois, entourée de quelques amies, se laissait emporter par le deuxième mouvement de la Suite pour orchestre n°3 en ré majeur BWV 1068 de Bach. Transportée, Blanche remonta du regard le cours de la cascade artificielle qui s’écoulait le long de la paroi végétalisée. Elle se perdit dans la contemplation du plafond, vingt mètres plus haut : un écran en haute définition diffusait un ciel bleu parsemé de nuages blancs plus vrais que nature. La cellule de crise, les combats, l’exode souterrain, rien de tout cela ne parvenait encore jusqu’à elle. La bien née n’entendait rien du tumulte de la foule qui, malgré le cordon militaire, voulait pénétrer dans le Forum. Sa quiétude ne fut pas troublée par les coups de feu tirés pour la préservation de son habitat.
À quatre cents mètres de là, John joua des coudes dans la cohue de réfugiés qui franchissaient au compte-gouttes le barrage installé sur les voies de la station « Hôtel de Ville ». Après ce passage en force, il fonça à travers les tunnels jusqu’à la station « Auber », la plus glauque du métro parisien, pour récupérer la lampe-torche qu’il avait cachée dans un local technique. Partout, des incidents éclataient, souvent réprimés à balles réelles. Le baroudeur emprunta des couloirs de maintenance mal éclairés pour accéder au réseau parallèle. Même le Directoire n’avait pas une cartographie exhaustive de ce dédale. John pataugea à contre-courant dans un égout circulaire étroit, dont les briques marron paraissaient moulées à partir du cloaque. Par une brèche, il rampa dans de vieilles caves affaissées aux parois répandues sur le sol. Imbibé d’eau usée, couvert d’une fine poussière blanche, il plongea dans la pureté du lac souterrain turquoise, sous l’opéra Garnier, et nagea entre les piliers de pierre carrée qui émergeaient de l’eau pour soutenir les voûtes sur croisée d’ogives. Ces dernières étaient colonisées par des boursouflures de calcaire ornées de stalactites. Un ossuaire à la maçonnerie faite des crânes des victimes de l’épidémie de peste de 1669 parachevait le pittoresque de cet itinéraire connu de lui seul. Il finit par accéder à une partie abandonnée du réseau ferré. Il déboucha dans une cavité qu’il balaya du faisceau de sa Maglite. Une antique rame de métro gisait là, couverte de graffitis multicolores, sur des rails toujours électrifiés. Son éclairage et son chauffage étaient encore en état de marche. Dans cette tanière isolée du reste du réseau par un éboulis, John, prévoyant, avait rassemblé de quoi tenir deux mois.
