#JTEHAISMOINONPLUS - Sonia Buckley - E-Book

#JTEHAISMOINONPLUS E-Book

Sonia Buckley

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Beschreibung

Dans ce jeu interminable du chat et de la souris, Ayden Cooper est déterminé : il veut faire plier Anjali, coûte que coûte. De son côté, l'étudiante ambitieuse est tiraillée entre son attirance pour l'influenceur et son désir de bâtir une relation solide avec Brett. Comment nos deux héros se sortiront-ils de cette infernale ?

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Seitenzahl: 448

Veröffentlichungsjahr: 2020

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« Je suis devenue barge quand j’étais avec toi.

L’amour est pas censé avoir cet effet-là, je peux

pas recommencer.

C’est toi qui es en train de me rendre barge,

Effy, et c’est précisément l’effet que l’amour est

censé avoir. »

SKINS – Effy et Freddie.

LET THE MUSIC PLAY !

Comme pour le premier tome de ce roman, voici une playlist qui vous permettra de vivre certaines scènes comme si vous regardiez un film ou une série !

Un petit casque en début de paragraphe vous indiquera qu’il est temps d’appuyer sur play

Chapitre 7, Nothing else matters – Metallica.

Chapitre 9, In my mind – Dinoro, Sweet dreams – Eurythmics, Maniac - Michael Sembello, Flashdance.

Chapitre 10, The way you make me feel – Michael Jackson et Drunk in love – Beyoncé.

Chapitre 15, I don’t wanna live forever – Zayn.

Chapitre 16, I love rock’n roll – Joan Jett and the Blackhearts et Stay – Rihanna.

Chapitre 19, She drives me crazy – Fine young cannibals.

Chapitre 20, Another one bites the dust – Queen.

Chapitre 23, Bohemian Rhapsody – Queen.

Chapitre 25, Another love – Tom Odell et True love – Coldplay.

Sommaire

#CHAPITRE 1 : Coup de massue

#Chapitre 2 : Dilemme

#Chapitre 3 : Folie

#CHAPITRE 4 : Jeux dangereux

#Chapitre 5 : A demi-mots

#CHAPITRE 6 : Et merde !

#Chapitre 7 : Confidences

#Chapitre 8 : Un seul être vous manque…

#Chapitre 9 : Relève-toi

#Chapitre 10 : Mauvais chemin

#Chapitre 11 : Adrien

#Chapitre 12 : Juste toi

#Chapitre 13 : Vous avez un message

#Chapitre 14 : Jalousie

#Chapitre 15 : Comme un lion en cage

#Chapitre 16 : Quand les masques tombent

#Chapitre 17 : Bonnes résolutions

#Chapitre 18 : Attraction

#Chapitre 19 : Restons amis

#Chapitre 20 : Raison, quand tu nous tiens.

#Chapitre 21 : Au jour le jour

#Chapitre 22 : C’est mieux comme ça

#Chapitre 23 : Joyeux Noël et bonne année

#Chapitre 24 : Plus fort que toi

#Chapitre 25 : Happy Valentine’s day

#Chapitre 26 : Fiasco total

#Chapitre 27 : Dernier acte

#Épilogue

#CHAPITRE 1 Coup de massue

Anjali

Mais quelle imbécile ! Quelle conne je fais, merde ! Ce salaud va m'envoyer en hôpital psychiatrique si ça continue comme ça ! Comment je fais pour retrouver Brett, moi, maintenant ? Je vais faire comme si de rien n'était ? C'est ça ? Il a réussi son coup, il est entré dans ma vie, dans ma tête avec son sourire, ses yeux bleus et tout ce qu’il m’inspire. Il me rend complètement dingue, et il est parvenu à me pourrir la journée. Je devrais peut-être l’en informer, qui sait, il serait encore plus content de sa prestation ? Je vais penser à ce qui vient de se passer durant des heures, des jours, des semaines. Je ne parviens pas à me débarrasser de lui, de ses frasques et le pire, c'est qu'à chaque fois, je cède, je plonge dans cette histoire la tête la première. Je me sens coupable et si faible...

Après une course effrénée pour lui échapper le plus vite possible et pour fuir cet instant d’oubli, je m'arrête sur un banc non loin du mémorial des deux tours et lui écris un message bien senti sur Instagram :

Moi : Je te hais et je ne veux plus

JAMAIS, JAMAIS que tu m'approches.

Trouve une fille qui sera à ta merci

mais moi, je ne le serai JAMAIS ! JE

SUIS EN COUPLE AVEC BRETT. Je suis

bien avec lui, et toi, je ne te

supporte pas, je n'accepte pas que tu

débarques dans ma vie, comme ça, juste

parce que tu as quitté ta copine. Je

ne suis pas un pansement ou un bouche-trou alors DEGAGE DE MA VIE !!!

DEFINITIVEMENT !!!

Je mets mon téléphone dans mon sac et allume une cigarette que je fume en vitesse. Des bribes de cet instant me reviennent et je frissonne. Ayden est une drogue nocive, destructrice, interdite, alors il va falloir que je sois forte pour me défaire complètement de son emprise et de mon attirance pour lui. Je dois en parler à ma psy, elle saura peut-être quoi faire, en tout cas je mise tout sur elle, car, présentement, je ne vois pas d’issue, si ce n’est quitter le pays et m’exiler très loin d’ici.

Quelques minutes plus tard, je reçois sa réponse. J'ai des palpitations et je sens mes joues se réchauffer jusqu'à mes tympans.

Ayden : Alors c'est ça qui t'emmerde ?

Être un simple pansement ? Ne te

méprends pas, chérie, je n'ai pas

besoin de pansements, j'ai juste envie

de jouer, et toi, t'es une camarade de

jeu idéale, c'est tout. Je sais que tu

t'amuses bien plus avec moi qu'avec

lui, sinon, JAMAIS tu n'aurais cédé,

je me trompe ? Alors à bientôt...

Saches que la prochaine fois, je

t'enlèverai ta jupe.

Je bous en lisant ce ramassis de conneries et s'il était devant moi je crois bien que je le giflerais. Il ne dit pas tant de conneries que ça, la preuve …

Sans prendre la peine de lui envoyer une réponse qui ne servirait à rien, je décide de quitter ce banc et d’aller rejoindre mon petit ami qui doit m’attendre bien sagement sans se douter une seconde de la trahison que je viens de commettre.

Il veut que l'on visite un local qu’il pourrait transformer en restaurant et tient absolument à ce que je sois là. Ce rendez-vous me met une pression incroyable. J'ai le sentiment qu'il m'implique beaucoup trop dans sa vie, alors que moi… je suis incapable de refuser les avances d’un abruti. Je suis assaillie par les regrets, pourtant, avant d’arriver à son niveau, je me façonne un sourire de petite-amie parfaite et fourre le souvenir d’Ayden m’embrassant dans un coin de ma tête. La journée que je passe avec Brett me coûte et malgré ses baisers, sa tendresse, ses mots doux et ses sourires, un seul visage envahit mon esprit. Je suis accro à un être méprisable et manipulateur. Il faut que je me sorte tout ça de l'esprit, et surtout du corps et du cœur. Je repense à sa déclaration d'amour avant son accident, tout ça n'était qu'un tour machiavélique pour m'enchaîner. Il le dit lui-même, il s'amuse. Et dire que j’ai regretté de l'avoir foutu dehors comme un paria, j’aurais dû faire pire, oui.

Le soir, dans le métro pour rentrer chez moi, je prends une décision radicale : le bloquer d’Instagram. Étant donné que c'est le seul moyen que nous avons de communiquer, je coupe court d'un clic sur "bloquer l'utilisateur ". Je ne le fais pas sans pincement au cœur, mais, c'est mieux pour ma santé mentale et pour ma relation avec Brett. Ma raison l'emportera toujours. Il est essentiel, indispensable et vital qu'elle l'emporte.

***

Nous sommes mardi matin et, dans une heure, soit à dix heures trente, je vais devoir ouvrir la pizzeria. J'attends toujours des réponses de mes candidatures et l'espoir de jeter définitivement le tablier orange et noir s'amenuise de jours en jours. Je serai bientôt officiellement diplômée et c'est une certitude puisque j'ai reçu mon relevé de notes qui est – sans prétention – brillant.

Avant que je ne pose mes affaires dans mon casier, je reçois un appel de ma mère. Elle est en pleurs, je ne comprends rien à ce qu'elle raconte. La panique commence à m'envahir peu à peu et mes mains se mettent à trembler. Je comprends les mots "père " "agressé" "sang". Une goutte de sueur descend le long de ma nuque et atterrit dans mon dos. Elle se reprend et respire, je lui demande d'être plus claire, je lui dis que je ne saisis rien et elle répète difficilement "ton père, il, il s'est fait agresser, en prison... Il, il est gravement blessé, il va peut-être mourir, il a été transféré à l'hôpital... Il faut que tu viennes Anjali, s'il meurt et que tu ne lui dis pas au revoir, tu devras vivre avec..."

Je pose mon sac et ma bouteille d'eau pratiquement vide dans le casier puis le referme machinalement à clé. J'enfile mon tablier puis descends pour ouvrir et commencer la mise en place des tables et chaises. Les commandes de livraisons vont démarrer dans trente minutes et les premiers clients qui voudront manger ici arriveront dans une heure. Je ne pense plus, mais agis tel un mort-vivant, un robot, qui aurait des instructions bien précises, sans se poser de questions sur le sens de quoi que ce soit. Cet état second ne me quitte pas de la matinée. Les clients vont et viennent, je les reçois avec le sourire et les remercie quand ils quittent les lieux. Tout se passe comme si rien d'autre n'avait d'importance. Je dois faire mon boulot : accueillir, sourire, installer, prendre les commandes, les transmettre en cuisine, les apporter, sourire, remercier, saluer et ainsi de suite. Je dois faire tout ce que je peux pour éviter de penser. A quinze heures, moment de mon départ de la pizzeria, Brett m'interpelle avant que je ne passe la porte battante. Je le rejoins en cuisine, comme si tout allait bien, un sourire figé, visiblement factice sur le visage. Il est inquiet et ne semble pas du tout croire à mon jeu d’actrice.

— Je te trouve étrange depuis ce matin, tout va bien ? demande-t-il en posant sa main sur mon épaule.

J'apprécie ce genre de gestes venant de lui habituellement mais, là, je sens qu'un regard trop attendri pourrait me faire sombrer dans le chaos.

— Oui, tout va bien, je t'assure ! dis-je d'un ton faussement enjoué.

— Ok, alors... on se voit tout à l'heure ?

— Oui c'est ça, à tout à l'heure ! réponds-je en maintenant mon sourire feint.

Rassuré, il m'embrasse sur la joue et me laisse partir. Je me sens enfermée dans un corps qui n'est pas le mien, comme si, à l'intérieur, une autre Anjali hurlait de désespoir, criait au secours pour que n'importe quelle âme charitable la sorte de là. A l'extérieur, je suis morte. Je souris, mais, je meurs à petit feu.

Ça fait si longtemps que je lui souhaite le pire, si longtemps que j’imagine un sort aussi impitoyable et froid que celui qu’il m’a infligé que là, je ne sais plus où j’en suis. Maintenant que sa fin est proche, les émotions s'entremêlent, se court-circuitent, m'attristent, m'apeurent, me soulagent. Je me sens seule parmi la foule New-Yorkaise, et, malgré la chaleur indéniable de cette fin de mois d'août, j'ai froid. Je n'arrive pas à rappeler ma mère, je ne peux pas me confronter à ça. Je veux qu'elle ait tort, qu'elle se trompe en disant que si je ne lui dis pas au revoir, je l'aurai sur la conscience. Je me persuade qu'elle dit n'importe quoi, mais, dès que cette pensée me traverse l'esprit, les instants passés avec lui quand j'étais enfant ressurgissent. Avant que j’apprenne ses activités criminelles et avant qu’il ne m’arrache mon premier amour je l’avais toujours considéré comme étant un bon père, et malgré tout le mal qu'il a semé, je ne garde que ça en tête. J'ai un mal de chien et, lorsque je pousse la porte de mon appartement vide, la pression que je relâche est si forte que je tombe dans les pommes et perds connaissance.

Ayden

Steve a beau me raconter sa vie, me proposer des contrats, donner son avis sur les futurs partenaires qui s'inscriront dans nos agendas respectifs, je ne pense qu'à ma rencontre avec Anjali. Malgré cette attirance incontrôlable que j'ai pour elle, une part de colère se réveille chaque fois que je la vois ou que je l'imagine. Elle m'a blessé, meurtri et a piétiné mon ego comme aucune n'avait osé le faire auparavant. Elle m'a utilisé, et, alors que je lui avais fait une déclaration, la première de ma vie, elle m'a salement remercié. Je me suis senti trahi et tellement mal après ça. Ce besoin de me venger est au moins aussi grand que celui d'être près d'elle. Mon cœur et ma fierté se font une guerre sans nom et un des deux l'emportera ou bien, les deux perdront...

Son dernier message met clairement fin à ce que nous n’avons jamais commencé, enfin, c'est comme ça que je décide de le prendre. Je vais lui prouver qu'elle n'a rien à faire de ce type qui ne lui correspond pas. Elle est dangereuse, je le vois dans ses yeux, elle a plusieurs squelettes dans son placard, j'en suis convaincu. Elle croit qu’elle a le droit de me traiter comme elle veut, mais je vais la faire plier. Ça lui apprendra à se croire assez supérieure pour me traiter comme un chien, un sujet de sa cour. Si Brett est à ses pieds, je ne le suis pas mais, elle, elle sera aux miens, dépendante de moi comme d'une droguée à son sachet de pilules. Je la déteste mais cette attraction et mon envie d'elle grandit de jours en jours. Elle a gâché ma relation avec Estelle, alors que j'aurais voulu construire une histoire solide. Appelez ça comme vous voulez, vengeance, folie, attraction, haine, obsession, peu importe, mais j'irais au bout de mon but.

Je constate, trois bonnes heures après mon dernier message, qu'elle ne m'a pas répondu et surtout, que je n'ai plus accès à son compte. Je pince la bouche d'agacement et tente de trouver une solution. Il est tard, je vais faire un tour à son appartement.

Le trajet en moto est agréable et je fais un détour pour ne pas passer par la rue où j'ai eu mon accident. Vingt minutes plus tard, je m'arrête devant chez elle et, comme dans les films, lance une pierre sur la fenêtre fermée. Après plusieurs tentatives, j'entends avec joie la fenêtre s'ouvrir et là, une jeune femme apparaît, en colère. Quand elle me reconnait, elle ouvre grand la bouche en hurlant à sa copine de venir voir qui est posté dans la rue "Viens vite, Ayden Cooper est devant chez nous ! " Sa copine la rejoint en trombe et je suis tenté de remettre mon casque et de remonter sur mon engin le plus vite possible, mais le choc de ne pas trouver Anjali me pousse à leur demander si elles savent où les anciennes locataires ont déménagé. Elles répondent qu'elles ne savent pas et me réclament une photo. Je refuse et déguerpis en vitesse. Mon cœur s'emballe et je panique à l'idée de voir mon plan échouer lamentablement. Elle a déménagé, elle a supprimé son compte Instagram, comment vais-je pouvoir la retrouver et lui rendre la monnaie de sa pièce ? Je me sens impuissant et stupide d'être allé jusqu'à son ancien appartement, juste pour la narguer. Quel con ! Je rentre et fais les cent pas. Je ne sais plus quoi faire pour la contacter et soudain, j'ai une illumination : Stella.

J'attends le lendemain matin pour lui demander le numéro d'Anjali en prétextant qu'il s'agit de travail. Elle ne semble pas vraiment croire à mon histoire mais me le transmet tout de même. Je jubile de me dire que le jeu infernal n'est pas fini et reprends le cours de mes occupations. Vers treize heures, je risque un message et attends sagement sa réponse. Je choisis de patienter et rejoins des amis pour prendre un verre, seulement, aux alentours de quinze heures, mon impatience prend le dessus mais je résiste à la tentation de l’appeler pour savoir où elle est. Vers vingt et une heure, mon impatience a laissé la place à l’inquiétude. Ne la trouvant plus sur les réseaux sociaux, je me mets à la recherche de sa copine blonde qui est toujours avec elle et sollicite ma mémoire. Bingo ! Sienna, c’est son prénom, ne reste plus qu’à la trouver, maintenant. Après de longues minutes de recherches, je trouve enfin son profil et par chance, il est accessible à tous. Voilà, maintenant, j'ai le moyen de savoir ce qu'elle fait et où elle se trouve sans problème puisque cette Sienna est une influenceuse en herbe, apparemment. Elle poste des photos et des stories très régulièrement, ce qui ne pourra que me servir dans les prochains jours. Cependant, je n’ai aucune information sur Anjali et la tentation est trop forte, j’ai envie de l’appeler, de l’entendre, j’accepterais même qu’elle me raccroche au nez…

Oui, je sais ce que vous vous dites, que je vire à la folie et que dans peu de temps, je vais me retrouver en hôpital psychiatrique, tout ça à cause d'une putain de serveuse... Eh bien, je vous rassure, je pense exactement la même chose.

#Chapitre 2 Dilemme

Anjali

Ma tête est dans un étau invisible, prêt à la faire exploser en mille morceaux. Mes yeux me brûlent, je réussis difficilement à les ouvrir et une lumière blanche m'éblouit si intensément que je les referme aussitôt. Suis-je morte ? Comme ça, à vingt-cinq ans ? Si la lumière est blanche, suis-je au paradis ? Mais bien-sûr, avec tout ce que tu as fait ces derniers temps, tu y crois encore ? Saleté de conscience, tu vas la fermer, oui ? ! Ces réflexions défilent dans mon esprit comme si je les voyais écrites noir sur blanc en gras et en italique, façon gros titres de journaux. Après quelques minutes interminables, je parviens à affronter cette lumière qui se dissipe doucement pour laisser apparaître un faux plafond gris clair. J'écarquille les yeux afin de distinguer l'endroit. Je suis allongée et la pièce tourne un peu autour de moi. Je me redresse et une douleur subite attaque mon crâne avec violence. Je m'entends crier que j'ai mal et là, je sens une main me toucher le dos pour m'aider à m'asseoir. Soudain, une voix se fait entendre :

— Doucement Mademoiselle, allez-y doucement, il n'y a pas le feu, je vais vous donner un calmant pour la tête, vous avez l'air de souffrir.

Je comprends très vite en entendant le bruit de fond que je suis à l'hôpital. J'ouvre cette fois les yeux pour de bon. Sienna est là, sur la chaise à côté de la fenêtre. L'infirmière revient et me fait une prise de sang.

— Salut chérie, tu m'as fait tellement peur ! Comment tu te sens ? me demande-t-elle avec émotion.

Elle attend que l'infirmière quitte la pièce pour se lever et s'assoit sur le bord de mon lit. Elle me serre le bras en guise de réconfort.

— Je... je ne sais pas... j'ai perdu connaissance en rentrant à la maison. Je dois être fatiguée, c'est tout, expliqué-je sans entrer dans les détails.

— On en parlera plus tard, mais ta mère t'a appelée et je lui ai répondu. Elle arrive dans moins de vingt minutes, annonce-telle fermement.

Je ne réponds pas. Je n'ai pas envie de voir ma mère après ce qu'elle m'a appris par téléphone. J'anticipe ses propos et cela me retourne l'estomac.

L'infirmière revient pour me donner un cachet de paracétamol et me demande de me reposer. Elle me pose quelques questions et souhaite savoir si j'ai eu un choc ou autre chose qui aurait provoqué mon évanouissement, je lui réponds que oui. J'évite volontairement le regard de mon amie.

Plus tard, ma mère arrive à l'hôpital. Elle salue Sienna et celle-ci prétexte avoir un coup de fil important à passer. Ma mère tombe dans mes bras et je retiens difficilement mes larmes. Elle me répète que mon père m'aime, que peu importe ses mauvaises actions, il a le droit d'être pardonné et que seul le Tout Puissant le jugera. Elle me demande de lui rendre visite avec elle, me précise qu'il est dans le coma et que depuis quelques heures, son état s'est aggravé. Elle fond en larmes. Je ne retiens plus les miennes.

Brett débarque dans ma chambre. Je ne me force pas à sourire, cette fois. Il reste à mes côtés et me serre dans ses bras. Je lui suis reconnaissante d'être là mais lui demande de me laisser un peu seule car je ne suis pas en mesure de parler avec qui que ce soit. Je fais de même avec Sienna et ma mère qui le suivent de près. J'ai besoin de réfléchir, de me pencher sur la situation, de penser à la façon dont les choses vont se dérouler si j'entre dans cette chambre où il sera étendu et maintenu en vie de manière artificielle suite à une agression fatale. Il a certainement dû la mériter.

Moins d'une heure après, l'infirmière entre avec le médecin, une jeune femme de moins de quarante ans. Elle m'ausculte, m'interroge, puis vingt minutes plus tard, je repars avec un diagnostic assez clair : malaise causé par une fatigue exacerbée. Mes prises de sang ne montrent rien d'anormal. Si elles savaient ce que je venais d'apprendre, elles auraient compris pourquoi j'ai préféré m'endormir subitement et perdre connaissance. C'était bien plus facile que de faire face à la réalité.

Sienna m'attend dans le couloir et me raccompagne à la maison, nous prenons un taxi. Elle est aux petits soins pour moi, prépare du thé, et pose des petits gâteaux dans une assiette. Il est dix-neuf heures et nous prenons un goûter de princesses. Ce moment me relaxe et j'aborde avec mon amie le dilemme qui a engendré l'incident survenu plus tôt. Elle me conseille, tout comme ma mère, de le faire pour moi, pour que je vive bien son départ, puisque selon les médecins, il est imminent. Je décide de changer de sujet lorsqu'on sonne à la porte. Ma meilleure amie se lève en m'ordonnant de ne pas bouger puis se dirige vers l’entrée.

— Ah ! Salut Brett ! Je vais prendre une douche, me dit-elle avec un sourire légèrement embarrassé, puis s'éclipse dans la salle de bain.

— Brett, tu n'aurais pas dû venir, tu sais, lui dis-je assez froidement.

— Pourquoi, tu es ma copine que je sache ? Non ? Qu'est-ce qu'il se passe, là ? Pourquoi es-tu tombée dans les pommes ? Tu es malade ? me questionne-t-il en prenant place sur la table en face du canapé.

Son regard est soucieux et l'incompréhension se lit sur son visage.

— Mon père est en train de mourir, Brett. Voilà pourquoi j'ai... je suis tombée, j'ai dû avoir un choc si grand que ...

— Tu le sais depuis quand ?

— Depuis ce matin, dis-je en baissant les yeux, honteuse de ne lui avoir rien dit.

— Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Je t'ai demandé ce que tu avais, je t'ai trouvée bizarre, tu m'as dit que tout allait bien. Tu souriais et tu m'as assuré que tout était normal. Pourquoi as-tu...

— Parce que. Pas de reproche s'il te plaît. Je dois gérer tout ça seule, ok, réponds-je fermement.

— Oui, seule. Sauf que tu ne l'es plus. A moins que tu veuilles que nous... dit-il laissant la colère se voir dans ses yeux.

— Je ne sais pas ce que je veux. J'ai d'autres choses à penser, actuellement, tu vois... déclaré-je froidement.

— Oui, bien-sûr, j'ai tout supporté, toutes tes histoires de père mafieux, ton passé louche et là maintenant, toi, tu me jettes c'est ça ? demande-t-il en se levant d'un bond le regard noir.

— Je t'emmerde et tu sais quoi, tu n'as plus rien à accepter, c'est terminé !

— Ça n'a jamais commencé de toute façon... dit-il avec un sourire cynique.

Il contourne le canapé et avance vers la porte d'entrée puis s'arrête un instant, se retourne et me fixe avec dégoût.

— Je sais, depuis quelques temps, que notre histoire se finirait comme ça. Tu es trop complexe, trop torturée, et, je pense que jamais tu ne sauras entretenir une relation durable, Anjali. C'est moi qui mets un terme à tout ça. J'y ai un peu cru quand même, je l'avoue, mais, ton attitude de ces derniers jours laissait planer un doute gigantesque sur tes sentiments pour moi...

— Je suis désolée…

— Tu vois, tu ne fais rien pour me retenir... Tu n'as jamais rien ressenti pour moi, je me trompe ? m’interroge-t-il, le regard bien plus triste cette fois.

— Si, et, crois-moi ou non, j'ai tout fait pour que mes sentiments évoluent. Je suis, comme tu dis, incapable d'entretenir une relation. Mon passé « louche » me poursuit, et toi, tu mérites mieux, lui dis-je, impassible.

Je lui tourne le dos, signe que je veux qu'il s'en aille. Malgré cette altercation qui me donne les larmes aux yeux, je ressens un soulagement qui s'évapore assez vite à la pensée de ce qui doit se produire dans les heures qui suivent.

Ayden

— Non Jane, fous moi la paix ! Je ne viens pas à ta soirée, je n'ai pas la tête à ça... Je dois te laisser maintenant.

— Tu ne refuses jamais rien d'habitude, en tout cas pas ce genre de soirées... Qu'est ce qui se passe ? C'est ta rupture avec Estelle, c'est ça ? demande-t-elle agacée.

— Oui, c'est ça, tu peux dire à tout le monde que je suis profondément attristé par tout ça, que je suis au bord du gouffre, même. Ce que tu ne diras pas, c'est que tu te réjouis de tout ça et surtout, que tu espères secrètement qu'on reprenne nos activités, mais je vais tout de suite fracasser tes espoirs en mille morceaux : Jamais !

— Connard !

Je raccroche puis me mets à rire nerveusement. Ce pot de colle ne me lâchera jamais, je sais qu'elle reviendra à la charge, encore et encore, jusqu'à ce qu'un autre homme s'intéresse à elle. Mais elle fait si désespérée, qu'elle génère de l'énervement plutôt que de l'envie. Elle est pourtant très belle, ça prouve que la beauté extérieure ne suffit pas, hein ?

En parlant d'énervement, je n'ai eu aucune réponse de la copine d'Anjali et cela commence à me taper sur les nerfs. Je lui ai demandé des nouvelles d'elle, mais rien. J'ai appelé Anjali une fois, elle n'a pas répondu ni rappelé... Si ça se trouve elle file le parfait amour avec son Brett tandis que je la cherche partout comme un idiot. Merde !

Depuis hier, je n’essaye plus de comprendre l'obsession que j'ai pour elle. Elle m'a rendu cinglé, j'en suis conscient, mais une fois que je me serais vengé, je pourrai passer à autre chose. Je sais pertinemment que jamais on ne pourra être ensemble, comme un couple normal, pour la simple et bonne raison que cette fille est folle, méchante, froide, colérique et que seul un professeur en psychiatrie pourrait mettre des mots sur son comportement. Je me demande parfois si elle a un cœur. Je ne suis pas un homme fait pour elle mais mon attirance est trop forte, trop grande, démesurée... Jamais je n'ai ressenti ça pour une fille, et, j'avoue avoir du mal à l'accepter.

Je suis au restaurant avec Evan et malgré moi, je surveille mon téléphone sans arrêt. Il me surprend sans rien dire puis enchaîne avec une conversation sur une de ses élèves âgée de trente-sept ans et qui lui plaît beaucoup.

— Elle a presque dix ans de plus que toi, ça ne te gêne pas ? lui demandé-je en avalant une gorgée de bière.

— Eh bien, au début, je ne connaissais pas son âge, elle m'a plu et c'est tout. Elle est jolie et fait bien plus jeune, mais elle est marrante, intelligente... à mon sens, ça compte plus qu'une série de chiffres sur une carte d'identité.

— Tu as raison... je suis plutôt d'accord, dis-je, distrait.

— Que t'arrive-t-il ? Je te trouve perturbé depuis qu'on est arrivé. Je peux savoir ce qui ne va pas ? me questionne-t-il en posant son verre devant lui.

— Rien, de quoi tu parles ? réponds-je en levant un sourcil en signe d'incompréhension.

— Je te connais depuis plus de quinze ans, tu ne me la fais pas à moi. Alors vas-y, parle !

— Je n'ai rien à dire, Evan... Bon, nos commandes arrivent quand ? J'ai la dalle... dis-je en basculant la tête en arrière à l’affût de nos plats.

— C'est ta rupture avec Estelle ? Je te connais assez pour savoir que tu n'avais pas l'ombre d'un sentiment pour elle, donc, je mets de côté cette option. C'est soit une autre fille, soit... une autre fille... Et tu sais pourquoi ? Parce que je ne t'ai pas vu perturbé de la sorte depuis Clara Anderson... déclare-t-il avant de me couler un regard satisfait.

Surpris par mon ami, je bégaye puis capitule et lui parle brièvement de ma rencontre avec la serveuse. Il semble étonné et content de ce que je lui raconte. Face à son enthousiasme, je préfère évincer ses espoirs de voir un Ayden changé, et lui lance :

— Je veux juste jouer un peu, ne t'emballe pas, ok, assuré-je avec conviction en fronçant les sourcils pour le persuader de ma sincérité.

— Oui, oui, tu as les yeux qui brillent depuis que tu as commencé à me parler d'elle. Je te l'ai dit, tu ne me la fais pas à moi, mon pote. Nous avons donc affaire à une nouvelle Clara Anderson. Une petite blonde, je parie ? demande-t-il en riant pendant qu'on nous apporte nos commandes.

— Non. Une brune, dis-je, irrité de sa clairvoyance.

— Montre-moi à quoi elle ressemble.

Il se saisit de mon téléphone en vitesse et clique sur l’icône d’Instagram.

— Non, je n'ai plus accès à son compte, elle l'a supprimé.

— Ah... eh bien, j'espère pouvoir la rencontrer un jour...

— N'y compte pas.

J’enfourne la fourchette pleine de raviolis aux truffes blanches dans ma bouche, espérant silencieusement qu’il cesse de me parler d’elle.

— Oui, oui, on verra bien, hein, dit-il en faisant de même.

Frustré de n'avoir aucune de ses nouvelles, je propose à mon ami de sortir faire un tour à Times Square pour boire un verre et draguer quelques filles qui seraient assez mignonnes pour nous faire passer le temps. Il accepte. Evan est un dragueur, tout comme moi. Alors nous nous rendons dans un club qui vient d'ouvrir, derrière la place principale où se trouvent tous les magasins. J'essaye de m'amuser comme je peux, je prends quelques photos avec des filles qui me reconnaissent... encore. Je drague, danse, bois, et malgré le temps qui passe, je me demande pourquoi elle ne donne pas signe de vie. Je sors mon téléphone de la poche arrière de mon jean et aperçois plusieurs appels datant d'il y a juste une demi-heure. Deux messages apparaissent dans ma boîte de réception. Mon cœur s’emballe. C'est elle.

Anjali : Qui est-ce ?

Le second, envoyé cinq minutes après le premier :

Anjali : Si vous êtes son avocat, je

vous interdis de me contacter de

nouveau. Je réfléchis encore et si je

vais le voir à l'hôpital vous le

saurez en temps voulu. Merci d'effacer

mon numéro.

Ce deuxième message m'interpelle. De qui parle-t-elle ? D'un ancien petit-ami criminel ? Ça ne m'étonnerait pas vu l'endroit où elle a grandi. Ma curiosité est attisée mais, je pense que ce sujet-là est tabou sachant à quel point elle est secrète. Je repense alors à ses menaces, lorsqu'elle me pointait du doigt en me disant à quel point nous étions différents. On pouvait lire le danger dans ses yeux. Je me fais peut-être des idées, mais, en dépit du temps qui passe et du nombre de fois où l'on s'est vus, le mystère Anjali reste entier.

Je renvoie un message pour dissiper ses soupçons quant à un éventuel avocat indésirable et me lance dans une intrigue, histoire de détendre l'atmosphère. Après tout, j'ai juste envie de jouer, moi !

Moi : Je ne vois pas de qui tu parles,

mais je ne suis pas avocat.

Anjali : Qui es-tu, et surtout, qui

t'a donné mon numéro ?

Moi : Un admirateur secret... Tu ne me

connais pas encore, mais, moi, je te

connais...

Anjali : Vas admirer quelqu'un

d'autre, si tu veux un bon conseil. Je

ne suis pas d'humeur.

Moi : Désolé, personne n'est aussi

intéressant que toi, en ce moment

même.

Alors elle ne sait vraiment pas qui je suis, elle a effacé mon numéro… Parfait, on va bien s’amuser dans ce cas…

Anjali : Je n'ai pas envie de jouer à

ça. Et puis, qu'est-ce que j'y gagne

moi, dans tout ça ?

Moi : Tu gagnes à me connaître.

Anjali : Ok. Super lot.

Moi : Tu ne sais même pas de quel jeu

il s'agit...

Je sens que je me lance dans un manège que je ne vais pas maîtriser longtemps, mais je poursuis car ça m'excite de voir qu'elle ne sait pas qui je suis.

Anjali : Dis.

Moi : On va se poser des questions

personnelles, et si je suis satisfait

des réponses, je te donnerai des

indices sur moi.

Anjali : Qui me dit que tu n'es pas un

tueur en série ?

Moi : Je te le dis, et, quel tueur en

série donnerait son numéro de

téléphone à sa victime avant d'aller

l'assassiner ? D'ailleurs, j'ai

toujours détesté le sang, alors...

Anjali : Ok. Je m'ennuie, alors on y

va. Tu me feras passer un peu le

temps.

Moi : Alors c'est parti.

#Chapitre 3 Folie

Anjali

Cette nuit fut très agitée, les rêves et les cauchemars se sont mélangés et je suis bien contente d'être de repos durant quelques jours. John m'a formellement interdit de mettre les pieds à la pizzeria pendant une semaine et m'a intimé l'ordre de revenir en forme. Je dois admettre que cela me rassure de ne pas avoir à croiser Brett tout de suite après notre rupture. J'ai bien le temps d'aviser comment ça se passera d'ici là, mais pour l'heure, je dois prendre une décision.

Ma mère et Sienna sont du même avis toutes les deux : il faut que j'aille dire au revoir à mon père. Ce qu'elles ne savent pas, c'est que j'ai peur de le voir dans un sale état et d'avoir tant de chagrin que je ne serai pas capable de le surmonter. Malgré tout ce qu'il a été, durant mes premières années, il a été là. Je ne pourrai jamais lui enlever ça. Je me laisse la matinée pour faire mon choix.

En attendant, je consulte ma messagerie car, depuis hier soir, un admirateur secret a commencé à m'envoyer des messages et souhaite, apparemment, jouer à un jeu. Je me doute bien de son identité, mais, je n'ai pas envie de le lui avouer tout de suite. Je préfère jouer à l'imbécile et le laisser s'amuser en pensant que je ne sais pas. L'arroseur arrosé, vous connaissez ?

Je consulte ma boîte mail comme tous les jours et m'aperçois avec étonnement que j'ai eu un retour de mes candidatures. Il s'agit d'une maison d'édition située non loin du quartier des affaires. Ils me proposent un rendez-vous pour un entretien dans trois jours. Je ne me suis pas préparée à me vendre à un futur employeur et, je dois avouer que cela m'effraie légèrement. Une montée d'angoisse se fait sentir entre mon estomac et ma gorge. Bon, je dois le prendre avec positivité car, même si ça foire, ça me fera un entraînement pour les prochains entretiens. Voilà Anjali, tu commences à devenir optimiste ! Le sourire me revient et s'efface aussitôt quand je repense à mon père. J'allume une cigarette pour accompagner mon café et m'installe au bord de ma fenêtre pour minimiser les odeurs de tabac.

Tout à coup, l'écran de mon téléphone s'éclaire et un bip retentit. C'est un message de l'admirateur.

Admirateur secret (A.S) : Coucou,

toi !

Moi : Coucou :)

A.S : Comment tu vas ce matin ?

Moi : Ça va bien et toi ?

A.S : Bien. Tu es au boulot, là ?

Moi : Non, je suis arrêtée pour

quelques jours.

A.S : Ah, et, je peux savoir

pourquoi ?

Moi : J'ai fait un petit malaise et me

suis retrouvée à l'hôpital, rien de

grave, mais, besoin de repos.

A.S : Ah, je suis désolé de

l'apprendre. Peut-être que si tu

trouves mon identité, je pourrais

venir pour prendre soin de toi...

Moi : Ne t'en fais pas, je sais

prendre soin de moi toute seule.

A.S : Tu ne veux pas trouver qui je

suis ?

Moi : Si, je suis curieuse, mais,

d'abord, j'aimerais savoir pourquoi tu

m'as choisie pour ce jeu.

A.S : En fait, j'ai envie de faire

connaissance avec toi depuis un petit

bout de temps, et je me suis dit que

ce petit jeu serait plus intéressant

qu'une rencontre banale.

Moi : Où est-ce que tu m'as vue la

première fois ?

A.S : Tu commences à poser des

questions, ça y est... Alors, je t'ai

vue en boîte de nuit.

Moi : Laquelle ?

A.S. : Au Steven's.

Je me rends compte qu'il ment à moitié et ça me fait beaucoup rire. Il parvient à me changer les idées et rien que pour ça, j'ai envie de le remercier.

Moi : Ah, alors c'était il y a un

petit moment, car, je n'y suis allée

qu'une fois, et très franchement, je

n'ai pas apprécié cette soirée.

A.S. : Ah bon, et pourquoi ça ?

Moi : Les groupies et les stars des

réseaux, ce n'est pas trop mon truc, à

vrai dire.

A.S. : Alors, tu n'étais pas venue

pour rencontrer des personnes que tu

suis sur tes réseaux ?

Moi : Non. J'y suis allée contrainte

et forcée par ma meilleure amie.

D'ailleurs, je ne suis personne sur

les réseaux, à part mes amis.

A.S. : Ok. En tout cas, tu étais très

belle. J'ai profité de la vue.

Moi : Ravie de l'apprendre. Où étais-tu installé ?

A.S. : Au comptoir. Je buvais un

verre.

Moi : Tu étais seul ?

A.S. : Ça t'inquièterait si j'y avais

été avec une fille ?

Moi : Non, pas du tout, on ne se

connaît pas, tu n'as pas de compte à

me rendre. C'est pour savoir si je

peux me souvenir de toi.

A.S. : Je te confirme que tu ne m'as

jamais vu.

Moi : Ok.

A.S. : Tu as un petit copain ?

Moi : Plus maintenant, non.

A.S. : Ah, tu l'as quitté récemment ?

Moi : Oui, hier soir, pour être

précise.

A.S. : Pourquoi ? Si ce n'est pas

indiscret...

Moi : Je ne suis pas faite pour être

en couple... Tu t'attaques à du béton

armé si tu veux mon avis.

A.S : Qui t'a dit que je voulais

former un couple avec toi ?

Moi : Personne, c'est vrai. Mais quel

est ton but alors ?

A.S : Je te l'ai dit, j'ai envie de

jouer. Pas plus, pas moins.

Moi : Oui, c'est plus marrant de ne

pas se prendre au sérieux. La vie est

déjà bien trop sérieuse pour se

prendre la tête avec des conneries

pareilles.

A.S. : Ce que tu penses de la vie,

est- ce que ça a un rapport avec le

fait que tu croyais parler à un avocat

? Sans indiscrétion, bien entendu.

Moi : Peut-être bien, mais si tu

commences à parler des choses qui

fâchent, je ne vois plus d'intérêt à

ce jeu. Le jeu, c'est fait pour

s'amuser, pas pour aborder ce genre de

sujets.

A.S. : J'ai aussi envie de te

connaître mieux.

Moi : Tu n'as pas besoin de ce genre

de détails pour me connaître.

A.S. : Je pense que si, au contraire.

Je commence à douter tout à coup. Et si ce n’était pas celui à qui je pense mais réellement un inconnu. Il insiste trop sur des informations qui n'ont rien à voir avec notre pseudo relation, et si je m'étais plantée depuis le début, et qu'en réalité, je ne connais pas du tout ce type ? En dépit de mes doutes, ce genre de discussions me plaît car, j'ai l'impression que je peux me livrer un peu plus et lâcher prise. Un peu comme avec ma psy, sauf que là, c’est par message et ça me semble encore plus facile de discuter.

Les heures défilent et la pression reprend tout doucement, malgré cette parenthèse divertissante. Je sais que je vais donner ma réponse à ma mère et cela m'angoisse beaucoup trop. Alors que cette pensée me traverse l'esprit, je vois son numéro s'afficher.

— Bonjour, Maman.

— Ma chérie, ton père souffre et... ils vont le débrancher ce soir. J'ai donné mon accord aux médecins. Je suis désolée, mais j'insiste, il faut que tu viennes, m'apprend-elle avec émotion.

— A quelle heure, doivent-ils... le débrancher ?

Je ferme les yeux, imaginant la main du médecin se diriger vers cet unique tuyau qui maintient mon père en vie et l’arracher. Mon cœur se met à battre contre ma cage thoracique et sentant une goutte se faufiler doucement vers ma joue. Je l’écrase en route, refusant de craquer au téléphone.

— A dix-neuf heures, viens avant s'il te plaît. Fais ce pas et tu seras soulagée de l'avoir vu, de lui avoir dit au revoir, me supplie-t-elle avec une voix chevrotante.

— Je viendrai. Je dois te laisser maintenant, j'ai un rendez-vous, dis-je froidement.

Voilà. J'ai pris ma décision. Je lui dirai adieu, ce soir. Je dois sortir prendre l'air avant de devenir folle, je dois me changer les idées. Tout le monde travaille, je n'ai personne à qui parler. Enfin, pas tout à fait...

Je décide de débloquer Ayden d’Instagram. Je sais que si je poste une story, il la consultera et me contactera. J'en suis persuadée. Je prends donc le ciel en photo en souhaitant une bonne journée à mes amis, chose que je ne fais jamais, puis attend de voir s'il réagit, ou, au moins, s'il prend le temps de la regarder. Quelques minutes suffisent pour que son nom apparaisse parmi ceux ayant vu ma photo. Je souris car je commence à le connaître. Il ne tarde pas à m'envoyer un message privé et je jubile intérieurement avant de le lire. Même s'il est une des personnes les plus agaçantes que je connaisse, je me sens attirée par lui comme un aimant.

Ayden : Te revoilà beauté.

Moi : Je n'étais jamais partie.

Ayden : Alors, si je comprends bien,

tu m'avais bloqué, c'est ça ?

Moi : C'est ça.

Ayden : Et pourquoi as-tu changé

d'avis ?

Moi : Comme ça.

Ayden : Je te manque, avoue.

Moi : Non, je m'ennuie, c'est tout.

Ayden : Pourquoi, ton petit ami n'est

pas intéressant ?

Moi : Si, très, mais il n'a pas de

compte ici.

Ayden : Ça se passe bien avec lui ? Tu

lui as raconté ce qui s'est passé

entre nous ?

Moi : Ça se passe très bien et non, ça

n'a aucune importance, il n'a pas

besoin de savoir.

Je rigole seule sur mon canapé en imaginant son incompréhension. Il veut me piéger, mais, en la matière, il est tombé sur un cinquième dan.

Ayden

Je comprends pourquoi je ne parvenais pas à l'appeler hier matin, elle était à l'hôpital. Je me sens étrangement rassuré de savoir que ce n'était pas grave.

Elle m'avait donc bloqué de son réseau, en même temps, je l'ai mise en rogne et, ayant un peu cerné le personnage, sa réaction n'est pas surprenante. L'essentiel, c'est qu'elle ait changé d'avis. Ainsi, me voilà à lui parler sur deux conversations différentes et la confusion est entière. En parlant à l'anonyme, elle dit avoir quitté son copain et là, elle me dit tout l'inverse. C'est à n'y rien comprendre, mais je saurai la vérité, tôt ou tard. J'espère secrètement que la première information est la bonne. De toute manière, si son couple allait bien, elle ne serait pas là à discuter avec moi, pas vrai ? Elle est si mystérieuse qu'elle me pousse à faire des choses insensées. J'ai demandé son numéro, ajouté son amie sur Insta, je suis même allée chez elle alors qu'elle n'y habite plus et suis passé un fou furieux. Je ne sais pas ce qu'elle m'a fait, mais, je m'en veux d'agir comme un cinglé. En même temps, je ne parviens pas à m'éloigner d'elle. C'est une sorcière.

Je poursuis la conversation en tant qu'anonyme pour la découvrir autrement, comme si on se parlait pour la première fois. J'ai envie qu'elle sache que c'est moi, mais pour l'instant, je continue de jouer, ça m'amuse bien trop. Si elle met du temps à comprendre qui est derrière ces messages, je saurais comment le lui annoncer.

Moi : Es-tu restée longtemps avec ton

petit ami ?

Anjali : Quelques semaines, mais, nous

avions déjà eu un rapprochement, enfin

deux.

Moi : Rapprochements ?

Anjali : Oui, là tu deviens

indiscret...

Moi : Tu es grande, tu fais ce que tu

veux.

Anjali : Voilà, c'est mieux.

Moi : Tu es triste de l'avoir quitté ?

Anjali : Non. A vrai dire, je suis

soulagée.

Moi : Pourquoi ça ?

Anjali : Car il était amoureux depuis

longtemps mais pas moi.

Moi : Ce ne sont pas des choses qui se

maîtrisent...

Anjali : Et toi, tu as une copine ? Je

suppose que non, puisque tu discutes

avec moi, sinon, tu es un bel enfoiré

si tu veux mon avis.

Elle est gonflée celle-là !

Moi : Idem. Je l'ai quittée récemment.

Anjali : Pourquoi ?

Moi : Malheureusement, je n'ai pas

réussi à m'attacher plus que ça...

Anjali : Ça nous fait un point commun.

Je sens qu'elle s'ouvre un peu plus, et j'ai envie de continuer ce jeu plus longtemps que prévu, bien que je sache qu'un jour, il faudra que je lui révèle qui je suis. Comment réagira-t-elle ? Cette question me trotte dans la tête depuis le début...

Soudain, je vois qu'un nouveau message sur Insta vient de me parvenir. Encore elle.

Anjali : Que fais-tu ?

Moi : Rien de spécial, sponsoring,

comme d'habitude, rien d'exceptionnel.

Et toi ?

Anjali : Rien non plus. Je suis de

repos cette semaine.

Moi : Tu es donc disponible pour voir

ton copain.

Anjali : Oui, ou pas.

Moi : Tu préfèrerais me voir moi ?

Anjali : Je n'en sais rien, tu

m'exaspères à vrai dire.

Moi : Pourtant, je te plais... C'est

peut-être ça qui t'exaspère, non ?

Pas de réponse... J'attends quelques minutes et, rien. Je m'impatiente et finis par reprendre mes activités de placements de produits afin d'être dans les délais imposés par les marques. Je n'ai pas envie que Steve me rappelle à l'ordre comme il fait depuis un petit moment. Depuis que je la connais…

Sale sorcière…

Anjali

Dix-huit heures. Je sors de chez moi avec la peur au ventre. La peur de revoir ce visage que je cherche à oublier depuis plus de sept ans, la peur de lui dire adieu, de lui parler, la peur qu'il m'entende ou, qu’à l'inverse, il ne m'entende pas. Je sais que je dois le laisser partir en paix et pour cela, je me dois de lui pardonner même si ce n'est pas aisé pour moi.

Je prends le métro en direction du New York Presbyterian Hospital. Ma mère y est déjà. En arrivant à l'accueil, je me dirige vers la banque où une dame renseigne un homme âgé. J'attends mon tour. Mes mains tremblent et j'ai la sensation que mes jambes vont me lâcher.

— Bonsoir Mademoiselle, puis-je vous renseigner ?

— Bonsoir, oui, je souhaite rendre visite à Mr MANCINI. Il est hospitalisé ici depuis peu.

— Son prénom s'il vous plaît.

— Adamo.

— Vous êtes de la famille ?

— Je suis sa fille.

— Il est dans la chambre 415. Les visites se terminent à vingt heures.

— Oui, je n'en ai pas pour longtemps de toute façon.

Je marche rapidement vers l’ascenseur pour ne pas laisser l'occasion à mes membres de flancher. Je souhaite faire ça vite et me tirer d'ici. Chambre 415. C'est là. Deux policiers sont postés devant la porte. Ils me demandent mon identité et je leur montre mes papiers. Sans aucun sourire ou forme de compassion, ils m'ouvrent la porte puis la referment aussitôt. Mon cœur va imploser, littéralement.

Ma mère se jette dans mes bras et sanglote comme une enfant. Je retiens mes larmes et lui caresse la tête, puis l'embrasse sur le front. Elle prend mon visage dans ses mains, me sourit et me remercie.

Elle s'éloigne pour me laisser passer et je le vois, allongé, branché d'un peu partout. Je reste stoïque en apparence, mais à l'intérieur, je n'arrive pas à croire que ce que je vis soit réel.

— Tu veux que je te laisse seule avec lui, ma chérie ? me demande-t-elle d'une voix douce.

— O... Oui, oui merci, je lui dis au revoir et je m'en vais, je ne peux pas rester trop longtemps Maman, j'espère que tu comprends.

— Je comprends. A tout à l'heure, ma fille.

Elle sort de la chambre et me laisse en tête à tête avec celui que j'ai considéré comme mon ennemi durant des années. Étrangement, je me mets à avoir des regrets de ne pas être allée le voir en prison, de ne pas l'avoir écouté me dire tout ce qu'il avait besoin de me dire. Mon cœur se brise et des larmes se mettent à couler sur mes joues. Je le regarde pendant quelques minutes sans parler. Je me tiens debout, droite comme un poteau, à un mètre de distance de son lit, incapable de m'approcher plus, puis lance :

— Je te pardonne. Repose en paix, si tu peux la trouver. Je te le souhaite, vraiment. Adieu... Ada… Papa.

Les émotions me submergent et je sors en vitesse de cette chambre insupportable. J'embrasse ma mère et la serre fort dans mes bras, je lui promets de venir à l'enterrement et déguerpis de ce lieu atroce.

Lorsque je sors de l'hôpital, le ciel est gris et une pluie fine se fait sentir. Il doit faire vingt-cinq degrés mais je tremble de froid. Je ne parviens plus à retenir mes sanglots et m'arrête dans le coin d'une rue pour allumer une cigarette. J'ai un besoin viscéral de fumer et de me changer les idées. Alors voilà, tout s'arrête comme ça, il va mourir. Dans moins d'une heure, il aura disparu de cette terre, et je me demande si le paradis lui sera accordé avec tout le mal qu'il a répandu autour de lui. Quand j'éteins ma cigarette, la pluie se transforme en grosse averse, je cours pour rejoindre une bouche de métro. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Je sais que Sienna n'y est pas et me retrouver seule maintenant va me rendre malade. Une idée me vient à l'esprit et, comme si un vent de folie venait de me traverser, je décide de quitter le métro et de prendre un taxi pour l'Upper East Side.

#CHAPITRE 4 Jeux dangereux

Anjali

Mes jambes tremblent dans le taxi, je suis complètement perdue et j'ai besoin d'échapper à ma peine, ma douleur et ma culpabilité qui vont pourrir le reste de mon existence. Je suis incapable de me retrouver seule ce soir, je dois fuir mes émotions comme j'ai toujours fait. Le seul moyen que j'ai trouvé c'est de me rendre chez lui. Le taxi s'arrête, je règle ma course et descends. La pluie tombe sur moi à grosses gouttes, je suis trempée mais je ne sens plus le froid. Je sonne et il demande qui est là.

— C'est moi, Anjali.

Le bip qui signale l'ouverture de la porte retentit et je la pousse. Je me dirige tout droit vers l'ascenseur. Je jette un regard à mon reflet et ne suis pas surprise en constatant que je ressemble à un chien qui se serait noyé. Mes cheveux tombent comme si je sortais d'une piscine. Je les pousse vers l’extérieur de mon visage et n’en fais pas plus. Peu importe, je me fous de mon apparence, là tout de suite, il faut que je m'abandonne à du plaisir, que je plonge aveuglément dans un moment où ma peine n’a pas sa place.

Dixième étage. Je suis essoufflée, je tremble, je n'ai pas envie de parler, juste d'agir.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent, et il se trouve devant moi. Il semble surpris et déstabilisé de mon initiative. Il est adossé de profil, contre le mur. J'avance lentement dans sa direction et arrive à une trentaine de centimètres de lui. Il porte un t-shirt moulant et un short en jean. Les muscles de ses bras sont tracés et je meurs d'envie de les toucher. Il me fixe intensément, me détaille. Ses yeux s'attardent sur ma bouche, mon corps tout entier. Son regard brûlant me procure des picotements entre les jambes.

J'enlève lentement mon sac à bandoulière et le pose au sol. Il ne bouge pas, il est figé, je sens qu'il est perturbé de ma venue mais le désir se lit aisément dans ses yeux. Les miens sont rivés sur lui, et machinalement, je me mordille la lèvre inférieure. Je suis nerveuse, si nerveuse.

Avant qu'il ne décide de s'approcher, nos regards deviennent impatients et soudain, je me rue sur sa bouche. J'attrape son visage entre mes mains, il me tient fermement par la taille et me soulève avec une aisance déconcertante. J'enroule mes jambes autour de sa taille et notre baiser continue. Il se dirige vers la salle à manger tout en continuant de m'embrasser avec fougue. Il me pose violemment sur la table. Je me tiens sur les bords de celle-ci pour ne pas tomber. Il cesse de m'embrasser et me dévore des yeux, le bleu acier a disparu pour laisser la place à un bleu foncé, presque noir.

Nous passons le moment le plus intense que je n’ai jamais vécu. Pour lui et pour moi, c’est un instant trop fort pour que ne puisse l’oublier un jour. Je sais ce que je vois dans ses yeux, et, en plus du désir, je perçois autre chose. Cette chose me fait peur… atrocement peur. Essoufflée, je me défais de son emprise et le repousse.

Je prends la liberté d'aller dans sa salle de bain pour prendre une douche. Il me suit de près et met un pied sur le sol de sa douche italienne mais je l'arrête. Il me regarde confus et je lui lance :

— Laisse-moi seule, s'il te plaît.