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Les histoires de familles sont souvent les plus belles et les plus passionnantes...
Julienne est née en 1912 à Sarlat, en Périgord, dans une modeste famille. Elle va grandir à la campagne, au milieu des siens. C'est une petite fille chaleureuse et dévouée, qui aime la nature. Elle s'épanouira au rythme des saisons, participera aux vendanges, à la récolte des châtaignes et à la cueillette des champignons. Elle ira à l'école de Temniac où elle obtiendra son Certificat d'Études Primaire.
Julienne vivra aussi les contraintes de la guerre qu'elle verra avec ses yeux d'enfant innocent. Tout le long de sa vie, elle connaîtra des joies, mais aussi des peines, et à la l'âge adulte, une fois mariée, elle restera habiter au domaine familial où elle devra s'occuper de sa mère frappée par la maladie...
Un ouvrage hommage à sa grand-mère, l'auteure parviendra à vous toucher !
À PROPOS DE L'AUTEURE
Corinne Bouyssou est née en 1968. Elle a étudié dans une école privée de sténodactylographie à Sarlat (Dordogne). Après avoir travaillé comme secrétaire pendant quatre ans, elle s’est mariée et a eu deux enfants. Elle décide alors de devenir assistante maternelle à son domicile.
Elle est l’auteur de deux romans, un policier sentimental « Jessica » sorti en juillet 2012 et un roman hommage à sa grand-mère « Le Périgord de Julienne » sorti en été 2013.
Le "Vieux Tilleul" sera son troisième roman.
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Seitenzahl: 154
Veröffentlichungsjahr: 2022
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CorinneBouyssou
JulienneenPérigord
Julienne vit le jour un 15 août 1912. Après d'intermi-nables souffrances qui durèrent une bonne partie de la nuit,Marguerite mis au monde, cette adorable poupée de 2 kg 800 àsix heures du matin. Anna, la voisine était là depuis minuit,pour assister la parturiente. Elle lava le bébé dans une bassined'eau tiède, le langea dans une bande de tissu prévue à cet effet,etle plia dansunchâle blanc,tricoté par lamémé de sonvivant.Ensuite,elleledéposadansunecorbeilleenosier,confectionnéeparMarguerite,quitiendralieude couffin.
Julien,lemarideMarguerite,venaitdeterminerlatraite des vaches, lorsqu'il entendit sur le pas de la grange lesvagissements du bébé. Il était exténué par la nuit blanche qu'ilvenait de passer. Anna l'avait exclu de la chambre de sa femme,car ce n'était pas la place d'un homme ! Il avait donc déambulédans la grande cuisine, la pièce principale de la maison, où setenaient la cheminée en pierre, avec la grosse marmite en fonte,tenueparunecrémaillère,dansl'âtre.Unegrandetabledechêne trônait au centre, avec ses deux bancs. Dans le coin, aufond, la maie où les tourtes étaient déposées. Au fond, à droite,pendu aux poutres du plafond, un jambon attendait sa maturité.Julien but café sur café, jusqu'à cinq heures du matin, heure delatraite.Ilsedépêchaalorsd'enfilersessabotspoursortirde
cette maison où il ne supportait plus les cris de douleur de safemme.
Lecoqchanta enmême tempsquelescris dubébé.Cela le fit sourire et son visage reprit quelques couleurs. Enfin,son enfant était né. Il courut jusqu'à la maison et entra si vitequ'ilenoubliadeposersessabots,surlesacdejute,prévuàceteffet, àcôté delaported'entrée.
Anna sortit de la chambre, un grand sourire se dessinaitsurseslèvres,sonchignonlégèrementdéfaitlaissaitcroirequ'elle se levait du lit, alors qu'elle avait encouragé Margueritetoutela nuit, pour mettrele bébéau monde.
Julien se dandinait d'un pied sur l'autre, ne sachant plus quelleattitudeadoptée.
Juliens'exécutaaussitôtetpénétradanslachambre.Margueriteavaitlestraitsduvisagetirés,unpâlesourireaccueilliJulienquis'approchad'elle etl'embrassatendrement.
JuliensetournaetregardaJulienne,lovéedanssonchâle. Elle dormait apaisée, ses petits poings serrés. Un peu deduvet brun auréolé son visage.Lorsqu'il regarda sa femme, ilvit qu'elle s'était assoupie. Il déposa un baiser sur son front,caressalajouedesonenfant,etsortitàpasfeutrépourlaisserlamèreetlebébése reposer, aprèscettenuit agitée.
Anna n'était déjà plus là. Elle était rentrée chez elle, surle haut de la colline tremper la soupe pour son mari, qui devaitlui aussi avoir fini la traite de ses deux vaches. A 70 ans, cecouplecontinuaitletravaildelaferme.Ilsavaientvenduquelques vaches mais ne se décidaient pas à vendre les deuxautres.Iln'yapasd'âgepourprendresaretraitepourles
paysans,seulslespapiersadministratifsvousdictentvotredépart à la retraite ; ensuite, vous décidez par vous-mêmes sivous voulez continuer le travail ou pas. Mais les anciens, eux,nes'arrêtentdetravaillerquelorsquelamortvientleschercher!
Mais, Julien savait qu'Anna repasserait ce soir, voir sitoutaller bien.
DeuxannéespassèrentavantqueMargueriteneretombe enceinte. Julienne profitait bien, elle marchait à un an,etàdeuxans,elleparlaitdéjàcommeunlivre.Aussi,questionnait-elle sa mère sur son gros ventre et ne comprenaitpas pourquoi celle-ci s'occupait un peu moins d'elle, et était silasse le soir, après ses corvées. On lui avait expliqué qu'un bébéallait arriver dans la maison, et tous les jours, elle posait lamêmequestion.
Marguerite souriait à ce visage poupin, qui reflétait lajoie de vivre et l'insouciance. Malheureusement, cette grossessese compliquait et Marguerite dut s'aliter le dernier mois. Annatoujourslàpourrendreservice,s'occupaitàlafoisdestâchesde Marguerite à la ferme et de Julienne qui la prenait pour saMémé. A la fin de la journée, vers seize heures, elle préparait legoûter de Julienne et faisait infuser de la tisane de tilleul pourMarguerite et elle. Devant leur bol fumant, Anna racontait lesdernièresnouvellesde la ville. La guerre avaitdébuté le 1eraoût et les gens inquiets ne parlaient que de cela. Plusieurshommesdelacampagneenvironnante(voisins,amis,connaissances…) avaient été mobilisés ; mais tous pensait quecette guerrenedurerait quequelquesmois.
Lorsquelejourdeladélivrancearriva,MargueritesouffritbeaucoupplusquepourJulienne.Lorsquelebébénaquit, il était bleu violacé, et non tout rose comme Julienne.Annaréussittantbienquemalàlefairecrier,maisdéjàle
poidsminimen'annonçaitriendebon.Margueriteépuisées'endormit aussitôt et Anna avec l'accord de Julien, fit venir leprêtrepourAurélie.
Juliennenecomprenaitpascettetensionquis'étaitinstaurée dans la petite maison. Qu'était venu faire le curé ?Pourquoi Anna et son père pleuraient ? Et sa maman, pourquoine pouvait-elle pas la voir maintenant que sa petite sœur étaitnée ? Tout le monde semblait l'avoir oubliée dans la cuisine,avec Manuel, le mari d'Anna qui fumait une Gitane dans l'âtredela cheminée,la mine sombreet leregard dans levague.
Leprêtresortitdelachambreconjugaleets'approchadeJulienne.
Julienne esquissa un sourire et acquiesça à cet hommed'église, sans connaître du haut de ses deux ans la gravité de lasituation. Manuel regarda le prêtre avec une lueur d'espoir danslesyeux,maiscelui-cilevisagegrave,hochalatêteenunsignededénégation et sortit.
Manuel prit la main de Julienne et l'entraîna dehors oùl'airfraisleurfitdubien.«Laplacedecettepetiten'estpasici»sedit-il pourlui-même.
Ce nouveau-né ne vécut que deux jours. Julien s'occupade toutes les formalités nécessaires, la gorge nouée et le cœurtriste. Marguerite restait alitée et ne voulait voir personne. Ellepleurait toute la journée et réclamait son bébé que l'on avaitplacé dans la cuisine pour les visites mortuaires. Julienne, elle,avait été confiée aux vieux couples, Anna et Manuel, et celaréconfortait Julien de la savoir là-bas, loin du chagrin de samèreet du sien.
Annaluisourittristement,seretenantdeverserleslarmesqui lui montaient auxyeux.
JuliennesautillaitdejoiecarellesavaitbienqueManuel la laisserait faire. Elle le racontera à maman dès qu'ellerentrera chez elle, car celle-ci lui manquait un petit peu, c'étaitlapremièrefois qu'ellesétaientséparéesaussilongtemps.
La mort de sa petite sœur était un lointain souvenir. Pluspersonne n'en parlait, mais le chagrin restait dans le cœur desadultes,alorsquepourJuliennelesouvenirdecemauvaismoments'étaitestompépetitàpetitvusonjeuneâgeàl'époque.
Elle fit sa rentrée scolaire en septembre, à l'âge de sixans. Elle connaissait bien sûr d'autres enfants qui allaient déjà àl'école avant elle, mais ce fut un moment difficile de quitter lesjuponsdemaman, quis'occupait sibien d'elle.
Lematindelarentrée,elletraînapourselever.Marguerite dut se fâcher pour qu'elle avale sa soupe de pain,fasse sa toilette etenfile les nouveauxhabits, confectionnéspour la circonstance. Pierre, le petit voisin âgé de dix ans passala chercher pour l'accompagner. Marguerite se posta sur le pasde la porte pour les regarder s'éloigner. Une larme d'émotionperla sur sa joue, lorsqu'elle vit sa petite Julienne trottinait aucôté de Pierre sur le chemin caillouteux. Sa petite boite en fercontenant son repas de midi, bien serrée dans sa petite menotte.L'airdeseptembreétaitfrais,etquelquesgouttesderoséeperlaient l'herbe des prés, qu'ils devaient foulerpour rejoindrela route. D'autres enfants se joignirent à eux et se fut dans unegaietéenfantinequ'ilspoursuivirentleurcheminjusqu'àTemniac,làoùsetrouvaitlapetiteécole,aumilieudelacampagnesarladaise.Pierrel'accompagnaàsaclasseetlalaissaaumilieud'autresécolières,dontcertainespleuraientapeurées par ce nouveau monde, loin de leur ferme et de leursparents. Julienne avala péniblement la boule qui la gênait aufond de sa gorge, et se retenu de les imiter. Heureusement, samaman lui avait expliqué ce qu'était l'école et lui avait fait lesrecommandationsd'usage.
Julienne se remémoraitses paroles lorsque la clochesonnal'heurederentréeen classe.
LamaîtresseMademoisellePoulange,accueillittoutsonpetitmondeensouriant.Elleétaitbrune,coifféed'unchignon et le corps frêle, dans son chemisier de dentelle. Elletapa dans ses mains et les invita à s'asseoir sur les bancs devantunpupitre.Aprèss'êtreprésentée,elledistribuaquelquesbûchettesdeboisàchaquecoupled'élèvesetJuliennecommença sa première leçon d'arithmétique.Laclasse sentaitla craie et l'encre qui se trouvait dans chaque encrier disposaitdechaquecôtédupupitreetdontunélèveavaitlaresponsabilitéderemplirlematin.Julienneétaittrèsattentiveet lorsque la cloche sonna à dix heures pour la récréation, ellen'avait pas vu le temps passé. Elle invita sa petite camarade,assise à côté d'elle en classe à venir jouer avec elle, Alice,intimidéeaussiparsapremièrejournéeacceptavolontiers.Elles jouèrent à cache-cache cachées derrière les marronniers,dont les feuilles commençaient à perdre de leur éclat et netarderaient pas à tomber, maculant la cour d'un tapis orangé.Ellescouraient,riaient,aumilieudesautresfilles,afindelibérercettetensionaccumuléedanslaclasse,assisessansbouger. On apercevait les garçons, séparés des filles, de l'autrecôtédumuret,surmontédegrillage,quieuxaussisedéfoulaient dans leur cour. C'est avec regret qu'un quart d'heureplustard,laclocheannonçalafindelarécréation.Mais,Julienne avait quand même hâte de rentrer en classe, car lamaîtresseleuravaitditqu'elledistribueraitlesmanuelsscolaires, et elle se faisait une joie de recevoir son premier livredelecture.
Elle reçut donc en plus du manuel de lecture, un demathématique, d'histoire et de géographie, et aussi une ardoiseet une craie, un cahier et une plume. La maîtresse leur signalaque tout était gracieusement offert par la commune, donc ilfallaitenfairebonneusageetsurtoutnepasl'égarer,carilsn'enauraientpasd'autre d'icila findel'annéescolaire.
Le midi, elles profitèrent de déjeuner dans la cour, sousle pâle soleil de septembre, car bientôt, le froid arriveraitetelles seraient obligées de manger dans la classe, près du poêle àbois, entourées de tous les élèves qui ne rentraient pas chez euxpour le repas et n'auraient pas cette intimité qu'elles trouvèrentsur les marches d'une classe. Chacune prit son repas dans saboîte en fer et le dégusta, en faisant plus ample connaissance.Julienne apprit qu'Alice était la cadette de deux frères, qui setrouvaient dans la cour des garçons et dont le plus grand âgé dedouze ans, ne venait à l'école que lorsque les travaux de lafermenele retenaient pasà lamaison.
Elle croqua dans son quignon de pain au lard frotté àl'ail, tout en écoutant Alice. Celle-ci avait à peu près la mêmechose.Safamilleétant aussimodeste quecelledeJulienne.
sœurs.
ElleeutunepenséetristepourAuréliemaisn'enparla
pas.
demetaquiner,etneveulentjamaisjoueravecmoi!RipostaAlice.
La cloche mit fin à leur conversation. Elles rangèrentrapidementlesrestantsdeleurrepasettoutesjoyeusessedépêchèrentde semettreen rangdevant leurclasse.
Le soir, à 16 heures 30, Pierre revint la récupérer etaccompagnés par les autres enfants du voisinage, ils repartirenten sens inverse pour rentrer chez eux. Ils mirent un peu plus detemps, firent une pause au lieu-dit « Les Presses » assis sur lebas-côté, chacun racontait sa journée en regardant passer lescharrettesquisedirigeaientversSarlat.Personnen'avaithâtede rentrer, car chacun savait qu'il y avait les devoirs à faire, etlescorvéesquilesattendaient.Julienne,elle,étaitimpatientede raconter sa première journée à sa mère. Celle-ci repassait dulinge à son arrivée. Le fer posé sur les braises rougissait à lachaleur. Un drap immaculé était tendu au fond de la table, pourrecevoirlelingerepassé.Surl'autremoitié,legoûterdeJulienne attendait. Elle prit place, après avoir revêtu ses habitsde tous les jours, afin de ne pas salir ceux de l'école. Tout encroquantdanssatartinebeurrée,elleraconta sajournéed'école.
Elleluiracontaaussisonretour,avecl'arrêtauxPresses, disant que les garçons étaient bêtes, qu'ils rient et sechamaillaient pour un rien, et lui promit de lui montrer sesfournituresscolairesdès songoûterachevé.
Juliennegrandissaitentrel'écoleetlamaison,lesjournéesétaientbienremplies.Elleaffectionnaitl'écoleetfaisaitméticuleusementsesdevoirs chaquesoir.
Ensuite, elle avait ses petites corvées. Vu son jeune âge,ses parents ne lui demandaient pas grand-chose. Elle allait aupoulailler ramasser les œufs et nourrir les poules. Puis, elleaidait sa mère à éplucher les légumes pour le repas du soir.Celle-ci,denouveauenceintedecinqmois,seménageait,apeuréedemettredenouveauaumonde,unbébéquinesurvivrait pas encore. Pourtant, les vendanges arrivaient et ellene pourrait pas se plier en deux dans les rangées de vigne, toutelajournée, pourcouper lesraisins.
Unsoir,lorsdurepas,elleavouasescraintesàson
mari.
dansmon état!
Julienlaregardatendrement.
Juliennes'exclama:
Ses parents éclatèrent de rire. Leur petite Julienne avaitprisbeaucoupd'assurancedepuisqu'ellefréquentaitl'école.
Margueriteacquiesça.Elledésiraittantcebébéetsouhaitait ardemment que ce soit un fils, pour aider Julien danssescorvées.
Lesamediquisuivit,JulienréveillaJulienneauxaurores. Le jour de la vendange était là. Toute excitée, ellebonditdesonlitets'habillaàlahâte.Samèreavaitdéjàpréparélepetitdéjeuner.Juliennes'attablaetingurgitasatartineenunriendetemps,presséederejoindresonpèredanslehangar, pourlesderniers préparatifs.
Julienne retint un soupir d'agacement tant son excitationétaitgrande.
Elle alla à l'évier en pierre, plongea la couade1 dans leseaud'eautirédelafontaine,lareposasurlebordetrécupérale filet d'eau quicoulait parcelle-ci dans sespetites mainsjointes. Elle s'aspergea rapidement le visage, s'essuya avec laserviettequelui tendait samèreet filahors delamaison.
Julien était dans la cour. Pompon, le mulet, attelé à lacharrettefinissaitlefourragequeJulienluiavaitmisdevantson museau pour le tenir tranquille, le temps de terminer lespréparatifs. Les barriques étaient chargées, la hotte aussi, ainsique quelques paniers et sécateurs, pour les voisins négligentsquiauraient oubliéd'apporterle leur.
Julienne arriva en courant, déposa une bise sur le frontdumuletetsautadanslacharrette.Sonpèreritdesavivacité.Il prit les rennes du mulet et les voilà partis vers la vigne où lesvoisinsnetarderaientpasàarriver.
Dans la brume du matin, le vent était frais. Les naseauxdePomponlaissaientéchapperdelavapeur,telunelocomotive. Il quitta le chemin caillouteux pour se diriger verslepetitsentierquidébouchaitsurlavigne.
