Juste un Amusement - Lili Karantez - E-Book

Juste un Amusement E-Book

Lili Karantez

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Beschreibung

Les histoires d'amour de Katel Morlean se sont toujours mal terminées. Elle a multiplié les expériences pour oublier Jean pour qui elle a eu naïvement un coup de foudre et qui l'a rendue malheureuse. A en mourir. Sa phrase d'adieu résonne encore : "Tu n'as pas compris que tu étais juste un amusement pour moi". Par la suite, elle a connu l'amour passion avec un homme marié. Son amant kinésithérapeute est devenu son meilleur ami. Elle a été la sexfriend acrobatique d'un militaire. Elle a succombé au charme de son ange gardien. Après deux déconvenues, elle fuit à grande enjambée les hommes qui se prénomment Frédéric qu'elle croise sur des sites de rencontre où elle noie son chagrin et sa solitude. Rien ne prédestinait cette quadragénaire bretonne, maman solo de deux adolescents, à renouer avec une vie pimentée et palpitante après un mariage catastrophique. Il y a eu Fred, Frédéric, Jean, Guillaume, Laurent, Boris, Antoine et les autres. Jusqu'au jour où elle rencontre Arnaud sur les pontons à La Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan, non pour pour le meilleur, mais pour le pire.

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Seitenzahl: 204

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Le plus grand bonheur que puisse donner l’amour, c’est le premier serrement de main d’une femme qu’on aime.

Stendhal

SOMMAIRE

Préambule

13 décembre 2013 : résurrection

Un jour, je suis allée à New-York

Je n’ai jamais autant raffolé des sushis

Jean Le Terrible, et mon petit secret

Boris et les huiles de massage

La passion avec Guillaume

Les mains si douces d’Antoine

Dans les bras de James Bond

À cet homme

Arnaud, l’oiseau de nuit qui aimait la mer

Les Glénan ou le Viêt Nam

Épilogue

Pour aller plus loin

Préambule

L’irréel de la vie de Katel Morlean commence là où s’arrête sa réalité. Rien ne prédestinait cette célibattante bretonne à vivre intensément sa vie amoureuse et sexuelle après un mariage catastrophique.

Katel Morlean est une femme discrète qui aime le chocolat, les crêpes et les galettes, marcher au bord de la mer, découvrir des coins splendides en Bretagne. Passionnée de littérature et de poésie, elle collectionne les livres qui évoquent l’épanouissement sexuel, notamment les anciens livres, qu’elle chine dans des ressourceries ou chez des bouquinistes dans le Morbihan, là où elle vit. Au bord de la mer. Elle aime se baigner tous les jours pendant la belle saison. Imaginez un physique d’une déesse pulpeuse sortie de l’Antiquité avec des formes là où il faut pour faire succomber un homme. Cette femme active, timide et réservée, s’est immergée dans le monde toxique des relations amoureuses et s’est épanouie à travers des rencontres insoupçonnées et insoupçonnables.

Sa leçon d’une ex-timide ? Elle a appris à ne plus se laisser faire. Ce que Katel Morlean a retenu de cette formidable expérience en relations humaines, c‘est le haut degré d‘hypocrisie et d‘irrespect de la plupart des hommes car ils ne savent pas s‘exprimer ou ils le font très mal.

Si un homme n‘appelle jamais, s‘il ne veut jamais vous voir et invente de faux prétextes aussi tordus que d‘aller en soucoupe volante sur Vénus, s‘il est trop occupé par son travail, sa famille et ses emmerdes, s‘il sort d‘une aventure et qu‘il a besoin de temps pour se reconstruire, c‘est qu‘il n‘a pas envie de vous. À un moment donné, il va vous blacklister, vous oublier. Alors, soyez prêtes à franchir l‘Everest ou le Kilimandjaro. Katel Morlean l‘a compris après huit années à chercher l‘Amour. Huit longues années ….

CHAPITRE I

13 décembre 2013 : Résurrection

Le 13 décembre 2013, c’est une date que je ne pourrais pas oublier d’un coup de baguette magique. Même si le temps s’est écoulé depuis cette date horrible, ce moment douloureux restera gravé à jamais. Il était 18h30 exactement. Ma mémoire a conservé intacte chaque heure, chaque minute, chaque seconde de cette journée cauchemardesque. Il faisait déjà nuit, le vent soufflait et il pleuvait ce soir-là quelque part dans le Morbihan. Les fêtes de fin d’année approchaient. Mes enfants étaient énervés à l’approche de Noël comme ils le sont à chaque fois à cette période. J’ai le souvenir que je n’avais pas encore décoré le sapin de Noël. Habituellement, j’aimais le mois de décembre avec l’effervescence des préparatifs de Noël. En temps normal, c’est un moment joyeux entre l’achat des cadeaux, les spectacles de fin d’année des enfants et les préparatifs du réveillon. Le temps passe vite et l’humeur est propice à la joie et à la sérénité. En plus, j’ai la chance d’être née un 20 décembre. Dans trois jours, nous fêterions mon anniversaire dans notre jolie petite maison au bord de la mer.

Depuis mon enfance, j’aime ces retrouvailles en famille autour d’un plateau de fruits de mer, d’une coupe de champagne, d’un gâteau avec des bougies et de beaucoup de rires. Sauf que cette année, je n’allais pas bien. Le père de mes enfants m’énervait. Je ne le supportais plus. Je vivais un calvaire. Je n’arrivais plus à communiquer et à dialoguer avec lui. Il me mentait. Il passait son temps dans le garage à s’occuper de ses animaux : des lapins, des oiseaux, des chats. Une vraie ménagerie Ces animaux m’énervaient aussi. Ce garage était devenu son domaine. Son espace vital était exclusif. Il avait condamné la porte entre la buanderie et le garage. Il gardait précieusement son trousseau de clefs sur lui. Il conservait également la clé de la boîte aux lettres. Il cachait le courrier dans le garage. Il posait sur la table de la cuisine les lettres qui pouvaient éventuellement m’intéresser. Je m’énervais. Je criais. Je pleurais. Je ne dormais plus. S’il n’était pas dans son garage, il s’endormait sur le canapé dans le salon. J’avais une vie vraiment pas rêvée à ses côtés. L’évidence se profilait : ces tendres retrouvailles familiales habituelles n’auraient pas lieu pour fêter joyeusement mes quarante-deux ans. Mon cocon familial explosa en une fraction de seconde. Une bombe atomique va souffler en l’espace d’un court instant.

Cette journée du 13 décembre fut terrible. Le compte à rebours fut lancé dès le matin. J’avais passé ma journée au téléphone avec des huissiers et créanciers : EDF, banque, assurances, mutuelle... Ils avaient trouvé mon numéro de téléphone professionnel. Cette journée était pire qu’un vendredi noir, un Black Friday où l’on s’empresse d’acheter tout et n’importe quoi car les réductions sont faramineuses et l’on pense que l’on va faire l’affaire du siècle. En l’épousant, je n’ai pas fait l’affaire du siècle. J‘ai toujours regretté de l‘avoir épousé un certain 16 septembre 2000. Ce fut une très belle fête. Deux magnifiques enfants sont nés et j‘ai la chance d‘être une maman heureuse et comblée. Un point, c‘est tout.

Ce n‘était pas le moment de m‘apitoyer sur mes souvenirs car mes nouveaux amis étaient tous là en chœur et de bonne humeur. Sauf que moi, je n’étais pas vraiment dans de bonnes dispositions à l‘écouter. J’étais effondrée et j’ai vite compris pourquoi je n’avais plus accès à son domaine privé. Depuis quelques mois, il gérait soi-disant nos comptes, les papiers administratifs, l’intendance de la maison, les tâches ménagères. Il était régulièrement en arrêt de travail pour des blessures stupides. Son dernier bobo incroyable ? Il était tombé d’une petite échelle à six heures du matin au travail en arrosant des plantes suspendues. Il s’était blessé au dos cette fois-ci. Personne ne comprenait sa chute ! Il en riait. Il était content. Il était à nouveau à la maison à ne rien faire. Les menteurs osent tout et ils ont l’art de bien s’y prendre. Il inventait des histoires improbables qui me mettaient à bout car je ne le croyais plus. Il était jardinier et avait des mains en or pour faire pousser des légumes et fruits dans notre jardin. Je soupirais. Je m’énervais toute seule dans mon coin. Je pleurais. J’étais lasse de cette vie. Je cumulais deux boulots. J’étais épuisée. Moralement, et physiquement. Je n’étais jamais à la maison. Au final, cette situation m’arrangeait : j’étais loin de lui. Mon seul regret : je n’étais pas avec mes enfants et ils me manquaient. En réalité, il faisait tout pour m’éloigner d’eux. Il avait réussi à nous manipuler tous les trois. Je ne parlais à personne de cette situation. J’avais trop honte. Honte de moi. Honte de nous. Les fins de mois étaient difficiles. J’allais en cachette à la banque alimentaire. Les enfants en avaient marre de manger des conserves.

— Dis maman, pourquoi tu ne nous fais plus de bons petits plats ? me questionnait mon grand — C’est pire qu’à la cantine chez nous, confia mon petit.

Je pleurais en silence, seule dans mon coin, une fois qu’ils étaient couchés. Ce 13 décembre, à 18h, j’attendais cet homme depuis des heures. Chez nous, dans notre jolie petite maison au bord de la mer dans le Morbihan qui se délabrait, où nous avions tout pour être heureux ensemble, tous les quatre. Par là-bas, c’est un lieu magique où se fracassent sur les rochers, les vents venus de l’Océan Atlantique. Un lieu où l’on aime respirer l’air vivifiant de la mer et se baigner aux beaux jours au rythme de la marée haute. C’est un endroit paisible et de toute beauté. Dans un tel endroit paradisiaque, on ne peut qu’être épanouis. Sauf que ce bonheur m’avait échappé. Je l’ai laissé s’envoler pour vivre dans un enfer. Je voulais partir loin de lui. Il le savait. J’étais faible et je n’osais pas m’affirmer.

Ce 13 décembre, je l’attendais depuis des heures. Folle de rage et de colère, je ne lui avais même pas envoyé un message pour le prévenir de venir directement à la maison. Que lui dire ? Il n’y avait rien à dire. Il fallait désormais agir. A 18h15, il est monté de force dans notre voiture familiale. Il n’avait pas le choix : soit il montait dans la voiture, soit je partais avec les enfants. Je voulais le tuer. Il avait tout gâché. J’étais encore bien loin d’imaginer ce qui allait m’attendre ce soir-là. « Treize ans de mariage, un 13 décembre 2013, l’univers t’envoie un signe, ma fille. Ce n’est pas possible ». Sur la route, il me hurlait dessus. Il me disait qu’il n’avait aucun problème. Que le problème, c’était moi. Je ne l’écoutais pas. Je repensais au chiffre 13 qui venait de conforter ma malchance en amour.

À 18h30, mon petit monde venait de s’écrouler dans le cabinet de notre médecin traitant. Je lui ai toujours trouvé une ressemblance avec la mannequin, Adriana Karembeu. Notre médecin était une femme d’une extrême gentillesse. Elle nous connaissait depuis quelques années maintenant tous les quatre et elle m’avait soigné de maux impensables. Un an auparavant, j’avais eu des douleurs extrêmes au ventre. Morphine, coloscopie, prise de sang à gogo etc. Ces douleurs sont parties comme elles étaient venues. « Les intestins sont notre deuxième cerveau » m’avait-elle avoué. Certainement, qu’elle voulait me tendre une perche. Elle voyait que notre foyer ne tournait pas rond.

L’abcès était sur le point d’éclater : elle venait de m’annoncer qu’elle avait prescrit un traitement contre l’alcoolisme à cet homme qui partageait ma vie depuis treize ans. Cette annonce m’a fracassée : mon mari était un alcoolique. Pour me rassurer, je me suis dit qu’il en avait pour une semaine de soins et qu’il irait mieux ensuite et qu’il serait guéri. Que ce n’était pas si grave que ça. Il valait mieux être alcoolique que d’être atteint de la maladie d’Alzheimer. C’était presque un soulagement. Je suis vite revenue à la réalité : je ne voulais pas d’un alcoolique dans ma vie. Par fierté ou par angoisse lorsque j’entendais des histoires familiales pendant mon enfance sur mes grands-parents qui me faisaient peur et me terrifiaient.

Tout à coup, j’entends une petite voix intérieure me dire : «Pars. C’est le moment où jamais. Tu n’auras pas une deuxième chance. Fonce. Sois courageuse. Tu vas y arriver». J‘ai respiré et j’ai suivi ce conseil. De toute façon, je n’écoutais plus la conversation qui se tenait dans ce cabinet médical. Comme si le temps venait de s’arrêter. J’étais déjà ailleurs à préparer et quitter cette vie effroyable pour un monde nouveau. Je voulais revivre et redevenir heureuse comme je l’étais avant de le connaître. Je ne voulais plus de cette déchéance dans laquelle il m’avait plongée. Autrefois, j’aimais lire des biographies historiques et visiter des châteaux. J’aimais marcher au bord de la mer. J’avais un vélo. Je voyageais. Je me baignais tous les jours. J’étais cultivée, élégante, souriante, aimable, tonique et dynamique. En treize ans de mariage, j’étais devenue laide, irritable, impulsive, inélégante et stupide. Depuis quelques mois, cet homme n’allait pas bien. Je pensais qu’il avait les prémices de la maladie d’Alzheimer. Il oubliait tout et tout le temps. Il lui arrivait d’oublier les enfants à l’école, à la maison, ou à leurs activités sportives. Il passait son temps à perdre son portefeuille, sa carte d’identité, sa carte bancaire. Je n’en pouvais plus de ce stress qu’il me faisait vivre au quotidien. C’était comme si j’avais un troisième garçon. Mais, moi, je voulais un mari, un vrai, pas d’un troisième enfant. Je voulais juste un mari avec qui partir en week-end, aller au cinéma, à la piscine, au restaurant, discuter, rire et m’éclater au lit. Il préférait ses copains de football. Ah le football ! Au début, c’était le mercredi, le samedi et le dimanche après-midi. Puis, est venu s’ajouter le vendredi soir car il y avait l’excuse de préparer le week-end. Ensuite, il fallait débriefer le lundi des résultats du week-end, préparer les entraînements du mercredi, le mardi, et débriefer des entraînements du mercredi, le jeudi soir. Il préférait ses copains de football à sa famille. Pendant ce temps, je travaillais pour oublier et tenter d’arrondir les fins de mois. Une survie financière. Il me racontait des mensonges. Je ne riais plus, je ne souriais plus, je ne parlais plus. J’étais devenue l’ombre d’une femme que je ne connaissais pas. La routine s’était malheureusement installée dans notre couple. Elle était devenue notre meilleure ennemie. On ne s’embrassait plus. Il n’y avait même plus ce petit bisou du matin pour se dire au revoir. Ni celui du soir quand il rentrait de sa journée de travail. Je n’avais plus envie de l’embrasser car il sentait le tabac froid mêlé à une odeur de saleté. Je ne sentais pas l’alcool sur lui comme si ma mémoire avait fait un blocage de mes sensations olfactives. Régulièrement, je voyais bien des téléchargements d’images pornographiques dans l’historique de mon ordinateur personnel. Voir ces images, sorties de je ne sais où, m’écœuraient. Je m’énervais et il osait me dire ce que ce n’était pas lui. Je ne le trouvais plus désirable et séduisant. Il me dégoûtait. Dire qu’au début de notre relation, je lui trouvais une ressemblance avec James Dean.

Nous ne nous parlions plus, nous ne nous regardions plus, nous ne faisions plus rien au lit. Nos derniers ébats sexuels remontaient à notre séjour en Guadeloupe deux ans auparavant. Je venais d’avoir quarante ans et je voulais profiter d’un moment paisible tous les quatre pour se retrouver. Je pensais que faire un beau voyage pouvait nous reconnecter et nous retrouver. Ce soir-là, j’avais certainement abusé d’un verre de trop de rhum arrangé pour lui donner quelques étreintes. J’ai le souvenir que je n’avais pas une vie sexuelle extrêmement épanouie. Je ne connaissais que la position du missionnaire et en deux tours de reins, l’affaire rondement menée était conclue. De toute façon, je ne voulais plus de sexe avec lui. Il m’écœurait. Pour nos dix ans de mariage, nous avions fait une croisière sur le Costa Concordia en Méditerranée tous les quatre. Ce paquebot coula le 13 janvier 2012. Mon mariage échoua presque deux ans plus tard. Encore ce chiffre 13 qui traîne dans ma vie. C’était un signe du destin probablement puisque le temps n’a rien arrangé entre nous. Il n’a fait que nous séparer. A plusieurs reprises, j’ai voulu partir avec mes enfants sous le bras. Il me faisait du chantage affectif. Il ne me frappait pas mais ces paroles blessantes étaient régulières :

— Tu vas aller où ?

— Que vont penser tes parents ?

— Que va-t-on dire dans le village ?

— As-tu pensé aux enfants ? Ils m’aiment plus que toi.

— Si on divorce, tu n’auras plus ta belle maison ?

— Tu y as pensé ? Nous devrons vendre la maisonà cause de toi.

— Arrête avec toutes tes questions. Je n‘en peux plus. Ma tête va exploser. Je pleurais.

Autant de questions qui me déstabilisaient et qui m’empêchaient d’avoir ce courage de partir. Loin. Très loin de lui. Mon rêve d’une vie heureuse s’écroulait jour après jour. Ce 13 décembre 2013, j’ai décidé que c’était fini. Lui et moi. Moi et lui. Son alcoolisme était la goutte d’eau qui débordait de la bouteille. Sur le chemin du retour, vers notre jolie maison au bord de la mer, j’ai enlevé mon alliance dans la voiture. Je savais dès cet instant que nous ne finirions pas notre vie ensemble.

J’ai rangé cette alliance dans une boîte. Je me suis dit qu’un jour, un de mes garçons serait peut-être heureux d’en hériter après ma mort, ou que ce bijou ferait le bonheur d’un de mes petits-enfants. En attendant, elle est quelque part dans un tiroir de mon chevet. J’ai gardé aussi les photos de nos albums de mariage, pour les enfants. Ce sont juste des témoignages pour dire que leurs parents se sont aimés à un moment donné. Avec le recul, je ne suis pas si sûre que j’ai aimé cet homme. Ma mémoire a effacé tous nos souvenirs de bonheur. Comme si j’avais eu une amnésie. J’ai gardé les albums de naissance de mes garçons. Je ne les regarde jamais. Je les conserve aussi pour les enfants. C’est leur histoire. Je me souviens exactement de ce 13 décembre dans les moindres détails, à la seconde près. Une fois à la maison, j’ai pris son trousseau de clés. J’ai ouvert la porte du garage. J’ai appuyé sur l’interrupteur. Mon cœur palpitait. J’ai compris que j’avais pris la bonne décision pour mes enfants et moi.

Ce 13 décembre 2013, je me suis fait la promesse qu’aucun homme ne me mentirait plus jamais, et que je ne souffrirai plus. Maintenant, je vais pouvoir commencer le grand ménage dans ma vie. C’était mieux qu’un grand ménage de printemps. A ma grande surprise, cette première étape ne va pas me laisser sans déconvenues.

CHAPITRE II

Un jour, je suis allée à New-York

Trois jours de nettoyage ont été nécessaires pour vider et nettoyer ce maudit garage avec l’aide de mes parents. Ils m’auront donné la vie une seconde fois. Je les ai fait souffrir. Ils m’ont alerté plus d’une fois : j’étais dans le déni. Tout allait bien. Les cadavres de bouteille et des emballages de cubis jonchaient le sol. Il buvait du rosé. Avant, j’aimais bien boire du vin rosé surtout l’été. Au moment de l’apéritif, avec une pizza ou une salade estivale. C’était frais et fruité ce petit verre.

Depuis ce jour, je bois très rarement d’alcool. Je savoure occasionnellement du champagne lors d’événements festifs ou familiaux. En bonne bretonne, j’apprécie ma petite bolée de cidre brut avec mes crêpes et galettes. J’ai été traumatisée. Quand je vois toutes ces bouteilles dans un rayon de supermarché, j’ai la nausée et acheter du vin me demande un effort surhumain. Chez moi, il n’y aura jamais de cave et avoir une bouteille d’alcool me traumatise. Je n’ai pas non plus de tire-bouchon. Quand j’ai des invités à la maison, je demande toujours d’apporter cet accessoire. Ma famille et mes amis comprennent parfaitement mon angoisse.

Au-delà de son alcoolisme, j’ai découvert que nous n’avions plus un euro en poche. Il avait dilapidé le peu d’économies que nous avions. Oui, j’avais ma part de responsabilité : je lui avais fait confiance. C’était le père de mes enfants, et mon mari. Le lendemain, le 14 décembre, les huissiers et créanciers se sont rappelés à notre bon souvenir. Surtout au mien. Eux, ils avaient bien dormi. Pas moi. Ils se moquaient bien de savoir que j’avais découvert l’enfer et que j’y étais plongée. Il m’arrivait de craquer au téléphone avec eux. Dès qu’un problème était résolu, un autre survenait le lendemain. Ce fut un long parcours. Je ne pensais plus à moi. Je ne pensais plus à rien du tout sauf à sortir des abysses où j’avais plongé.

Pendant quelques mois, je l’ai accompagné dans ses soins. Je voyais bien qu’il n’y avait aucune amélioration à l’horizon. Il continuait à me mentir. Il se complaisait dans sa situation de malade. Il m’en a fallu du courage pour sortir de cet enfer. Un jour, je croyais que ma dernière heure était arrivée. Je l’avais surpris à boire en cachette une bouteille de rosé. J’étais installée sur les marches de l’escalier de meunier qui permettait d’accéder au grenier où il s’était réfugié. Je le voyais boire au goulot. Je n’en croyais pas mes yeux. Comme cet homme si séduisant autrefois, était devenu une loque à boire en cachette. Il ne pourrait plus me mentir car je l’avais surpris. Une fois encore, je me suis énervée en le forçant à monter dans la voiture. Je voulais qu’il soit soigné à l’hôpital. Il ne pouvait pas rester dans cet état. Sur la route, il avait menacé d’ouvrir la porte pour sauter de la voiture. Il voulait en finir. J’étais hors de moi.

— Tu sauteras de la voiture à un autre moment quand tu seras seul. Moi, j’ai envie de vivre. Les personnes que nous croisons sur la route, n’ont pas envie de mourir aussi à cause d’un minable comme toi, ai-je hurlé.

Arrivée à l’hôpital, j’ai foncé dans le sas réservé aux ambulances de secours avec notre voiture familiale. Trois sapeurs-pompiers m’ont accueillie en voyant cette détresse. J’étais en larmes et à deux doigts de m’évanouir dans les bras de l’un d’entre eux. Je crois qu’à cet instant, je me suis sentie en sécurité dans les bras d’un homme en uniforme. J’étais plus en sécurité dans ceux d’un inconnu que dans ceux du père de mes enfants. Je crois que le fantasme de l’uniforme et des militaires vient de ce moment où j’étais désespérée. Dans mon instinct de survie, j’avais besoin d’être rassurée et réconfortée. C’est probablement pour cette raison que j’ai eu quelques amants militaires par la suite. Je les ai davantage vus nus qu’en tenue militaire ou d’apparat. Mes fantasmes attendront car la réalité était bien cruelle : j’étais aux urgences avec un homme que je haïssais. J’ai déposé le père de mes enfants à cet endroit comme si je déposais un colis à la Poste. Je ne voulais plus de lui dans ma vie. Son entrevue avec le psychiatre s’était bien déroulée. Ce médecin avait déclaré que l’état de cet homme ne nécessitait pas une hospitalisation. Cet homme continue à picoler malgré son traitement, et ce psychiatre des urgences ne trouvait rien à redire. Il allait bien et il pouvait revenir chez lui.

Retour à la maison. Je n’étais vraiment plus en sécurité à ses côtés car je sentais de la violence dans ses paroles. Désormais, je sentais cette odeur d’alcool sur lui mêlée à celle du tabac froid. J’avais envie de vomir quand il s’approchait de moi. Il enchaînait les cures de désintoxication. Je le déposais à l’hôpital et il en sortait quelques jours suivants. Sans succès. Moi, j’avais la tête dans les papiers administratifs et surtout j’en avais assez de jouer les infirmières. Je préparais le divorce et la vente de la maison, sereinement.

Ses absences à répétition ont fait que j’ai pris conscience d’une chose extrêmement précieuse : je pouvais vivre sans lui. Je me débrouillais parfaitement sans lui. Pour le bricolage, ce n’était pas gagné. De toute façon, j’ai trop peur de changer une ampoule, et suis incapable de mettre un clou dans un mur. Je ne sais pas jardiner et j’avais décidé que nous irons vivre dans un appartement, tous les trois sans lui. Je reprenais ma vie en main tout doucement. J’avais fixé un nouveau cadre de vie et je commençais à avoir quelques projets et les enfants souriaient. Je recommençais à rire, à sourire et à parler autour de moi. Nous allions vers les beaux jours. Il était temps. Je voulais qu’il parte de cette maison. Je n’avais que de mauvais souvenirs en tête : lui en train de boire en cachette dans le garage ou le grenier. Oui, il avait repris ses quartiers. Mais cette fois-ci, j’avais toutes les clés de son trousseau.

Journée du 1er mai. En principe, c’est la journée du bonheur avec ce fameux petit brin de muguet que l’on offre à ses proches. Ce brin est sensé nous porter chance pour toute l’année. Pour nous changer les idées, j’avais prévu une escapade à Océanopolis. Les enfants aimeraient se détendre à Brest. Je voulais voir des pingouins, mes animaux préférés. J’avais envie de les regarder. Ces animaux m’apaisent et me font rire à se trémousser sur la banquise. En fait, je voulais prendre mon courage à deux mains pour lui annoncer ma décision. Je voulais qu’il parte de ce cocon devenu un enfer. C’était le 1er mai 2014.