K. - Vladimir Lifschutz - E-Book

K. E-Book

Vladimir Lifschutz

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Beschreibung

K. raconte la destinée d'un couple de l'ombre amené à prendre la lumière. Ce couple, c'est celui que formaient Bobby et Ethel Kennedy. Bobby est le petit frère du célèbre John et aura lui aussi son rôle à jouer dans la vie politique américaine. Il ne le jouera pas seul car il sera toujours fidèlement épaulé par son épouse Ethel, malgré les tempêtes médiatiques et les crises politiques qui ont marqué les années 1960. K. est avant tout l'histoire d'un couple uni par un amour profond qui se retrouve emporté par l'Histoire.

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Seitenzahl: 66

Veröffentlichungsjahr: 2021

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« Les joies fécondent, les peines accouchent. » William Blake

À Jean et Jacqueline, mes grands-parents.

Personnages

ROBERT FRANCIS KENNEDY “BOBBY” ETHEL KENNEDY

Ce spectacle fut créé autour d’un mélange des arts : le théâtre, la danse et la projection vidéo sont au cœur du dispositif. L’ensemble des autres personnages sont perçus par le regard du comédien et de la comédienne. Certains protagonistes sont joués par le public.

La création de K. a eu lieu le 15 octobre 2019 à Lyon au Théâtre de l’espace 44,

Mise en scène de Julien Reneaut

Avec

Eugénie Leclercq

Vladimir Lifschutz

Lumière de Sébastien Wachowiak

Son de Clément Szebenyi

Production Compagnie 34-14

Sommaire

PREFACE

ACTE 1

ACTE 2

PREFACE

K. Une seule initiale. Celle d’un nom célèbre. Suffit-elle à l’évoquer ?

Les années Kennedy. Pour l’historien comme pour beaucoup de gens, il s’agit d’une époque extraordinaire. Au-delà des événements, connus et ressassés, c’est toute une fresque sociale qui s’anime et des énigmes non-résolues qui resurgissent. Cette pièce va-t-elle apporter un éclairage nouveau, voire des révélations ?

La salle du théâtre s’éteint. Par la magie du silence et de l’obscurité, le spectateur se libère de ses attentes. Ne reste que celle immédiate qu’apparaisse le décor, les acteurs, que commence leur histoire, à part entière pour le temps du spectacle…

Robert F Kennedy a marché dans les pas de son frère John. Il l’a accompagné tout au long de sa campagne présidentielle. Certains ont même vu en lui un guide de son aîné. Et durant sa présidence, il était à ses côtés, le conseillant, l’influençant, puis assumant passionnément le rôle de procureur général qu’il lui a attribué. Au-delà de leurs liens familiaux, les vies privées de ces deux hommes se sont confondues avec la vie politique des États-Unis.

Jusqu’à quelle intimité ? Les sources disponibles ne la laissent que supposer.

K suppose, et concrétise du coup, à partir de la rencontre entre Ethel et Robert, notre entrée dans l’intimité de ces deux personnages-là. Être avec eux dans les moments les plus forts d’une vie de couple quand se décident des événements qui ont tant marqué leur temps. Oser imaginer ce qu’ils se sont dit dans ces moments-là. Comment ils se sont regardés. Comment ils se sont supportés – dans le sens français, mais surtout anglais : comment ils se sont soutenus. Enfin, surtout, tellement, comment ils se sont aimés.

Robert F Kennedy a tenu de bien nombreux discours historiques. Il a écrit (peu finalement : lui a-t-il manqué le temps ?). Il a été filmé dans tant de situations. Il a été photographié, y compris par des reporters talentueux : la famille en garde des archives inépuisables.

Et Ethel ? Elle est présente à ses côtés en public dans les moments les plus solennels. On l’entend peu s’exprimer, mais des photographies ont immortalisé des regards parfois si expressifs.

Expressifs de quoi ? Enfin K lui donne la parole. Autant qu’à Robert – peut-être même un peu plus qu’à lui…

K offre à Ethel l’occasion d’exprimer son admiration, partagée par tant d’autres, pour la famille Kennedy. D’abord pour John, sa figure phare. Mais cette figure est rendue inaccessible par son prestige voire sa personnalité-même… Alors, lorsque Robert se trouve devant elle, bien humain, c’est vers lui que se tourne son attention. Et s’y arrête, prend racine, se développe en affection. Et aboutit à un partage de destin.

A son tour Ethel accompagne Robert dans son ascension politique. Elle le soutient, l’adule autant que le lui inspire ses points de vue, ses succès… et ses sentiments pour lui. Mais elle revendique, au nom de ces mêmes sentiments, une loyauté et une exclusivité à leur mesure…

K dévoile à quel point la perspective d’Ethel manque dans ce que l’on sait sur ce couple – et que sa survivante à ce jour ne souhaite vraisemblablement pas que l’on sache ? Pourtant ce que K dévoile, c’est avant tout la ténacité, l’efficacité, l’énormité de l’amour qui tient ce couple.

Ou n’est-ce déjà plus ce couple ? Le décor, les costumes, les voix off d’enregistrements fameux, quelques images encore, tout veut nous garder dans le cadre de cette famille et cette époque K. Mais Eugénie et Vladimir, devant nous, sont devenus les personnages qui se parlent, qui se regardent, se confrontent, se rassurent, pensent à l’autre quand il n’est pas là. Ils sont là, alors qu’Ethel et Robert sont si loin finalement : dans l’histoire, aux États-Unis, emballés dans un mythe, disséqués par tant de biographies, de films, d’essais, qui se réfèrent autant que possible aux morceaux d’archives existants, voire qui extrapolent, voire même disposent librement de ce que l’imagination ajoute aux faits connus…

Sur la scène, Eugénie et Vladimir sont émouvants. Tels qu’elle et ils jouent, rendant palpables et présents ces moments enfouis de l’Histoire, au point d’être insoutenables quand le tragique, pourtant bien attendu, survient.

Avons-nous besoin du théâtre pour compléter le réel ?

Je suis un passionné de Robert Kennedy et je croyais assez en savoir sur lui pour devenir pour ainsi dire un de ses porte-parole. K m’a d’abord replongé dans le flou des mystères qui entourent son histoire. Mais finalement j’en suis ressorti avec l’impression de le connaître bien mieux encore. Pourtant K est une fiction ! C’est l’homme en moi qui a laissé l’historien de côté.

K nous donne ce que nous voulons savoir, ressentir, pour comprendre cette histoire, l’Histoire.

Les années Kennedy évoquent une Amérique idéalisée, déchirée pourtant dans un monde en plein danger de cataclysme nucléaire. Cette menace a-telle aujourd’hui été déjouée ? Remplacée par quelques autres plutôt… Et les présidents et leur famille qui s’y sont succédés, que nous ont-ils laissé après John et Robert ?

K inspire une nostalgie certaine, à même de nous faire oublier T, les B père et fils ou autre R, en espérant que le B d’aujourd’hui, à la suite d’O, redonne aux États-Unis cette grandeur, cette profondeur, cette inspiration-là…

L. Wetzikon, mai 2021

ACTE 1

Dans un dancing, la musique de Gene Vincent “Race with the devil“ envahit l’espace sonore. Sur scène, une toile blanche est tendue en fond de salle. On peut ainsi apercevoir l’ombre d’Ethel, la vingtaine, qui se prépare à faire son entrée. Ethel arrive seule dans l’attente de son rendez-vous. Elle patiente quelques instants avant d’apercevoir un homme. Elle vérifie qu’elle est à son avantage. L’homme passe à côté d’elle sans la regarder et rejoint une autre femme. Ethel, vexée, le regarde. Bobby, la vingtaine, passe devant la toile blanche, il recoiffe sa mèche et entre. Son regard parcourt la pièce avant de s’arrêter sur Ethel. Il s’approche d’elle.

BOBBY : Je suis désolé, il ne viendra pas.

ETHEL : (le regardant) Et vous êtes le messager ?

Bobby acquiesce, mal à l’aise.

ETHEL : Vous faites ça souvent ?

BOBBY : Pardon ?

ETHEL : Le sale boulot de votre frère.

Bobby est surpris, il hésite à répondre.

BOBBY : Ça arrive.

ETHEL : (Entre la colère et la contenance) Et comment je m’en sors ? Je veux dire, d’habitude, les jeunes femmes vous insultent ?

Un temps.

BOBBY : Ça arrive.

ETHEL : Si ça se produit, comment réagissez-vous ?

BOBBY : Je les laisse faire.

ETHEL : Et si ça s’éternise ?

BOBBY : (Sérieux) Je leur propose une compensation.

ETHEL : J’en étais sûre ! (Déçue d’elle-même) Et moi qui n’ai même pas pensé à vous faire un numéro de tragédienne éconduite ! On peut recommencer depuis le début ?

BOBBY : (hésitant sur la réaction) Je ne suis pas sûr…

ETHEL : (Elle le coupe) Je plaisante ! Tout va bien. Votre frère a du charme, j’avais rendez-vous avec une première impression, je m’en suis faite une seconde. Le charme n’interdit pas d’avoir de bonnes manières.

BOBBY : Il m’a chargé de vous dire qu’il n’était plus libre ce soir.

ETHEL : Oui, il a visiblement beaucoup mieux à faire.

BOBBY : Pardon ?

Ethel indique une direction, Bobby regarde à son tour, son visage se mue en une certaine honte.

ETHEL