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De jeune fille du peuple à duchesse de Cambridge.
Une jeune fille du peuple appelée à devenir reine d’Angleterre : c’est le parcours extraordinaire de Son Altesse Royale la duchesse de Cambridge. Depuis son mariage avec le prince William, le 29 avril 2011, la presse anglaise n’en finit pas de s’émerveiller. Kate Middleton a séduit les Britanniques et le monde entier qui ont fait d’elle la nouvelle icône du XXIe siècle. Le public loue sa simplicité, son équilibre et son don pour la maternité. Mais gare aux chausse-trapes. Son couple est scruté, sa famille guettée, son style étudié à la loupe et ses enfants, George et Charlotte, sont la cible des paparazzis. Sans oublier ce scénario machiavélique que certains courtisans voudraient voir se dessiner pour l’avenir de la Couronne, bousculant l’ordre de succession. Dans cette biographie complète qui retrace le parcours presque sans faute de la jeune femme et explore toutes les facettes de sa vie, Bertrand Meyer-Stabley apporte un éclairage fascinant sur la mystérieuse alchimie qui unit le royaume à sa princesse. Il nous raconte sa vie quotidienne à Londres et dans le Norfolk, nous ouvre les portes de son boudoir et nous convie à entrevoir son jardin secret.
En cette année du 90e anniversaire de la Reine Elizabeth, ce livre offre une belle et nouvelle perspective sur la famille royale britannique.
Plongez dans cette biographie et découvrez toutes les facettes de la vie et du parcours extraordinaire de la nouvelle icône du XXIe siècle !
EXTRAIT
À l’heure où l’austérité prônée par le Premier ministre David Cameron dispense ses redoutables effets, le royaume tout entier prépare des petits fours et fête avec éclat en ce printemps 2012, le Jubilé de diamant de sa souveraine. L’occasion d’un bilan, mais aussi et surtout d’un vibrant hommage populaire. Juste avant les jeux Olympiques de Londres, le pays s’offre une jolie cure d’Elizabethomania. Car, depuis soixante ans, la reine tient bon ! Avec courage et dignité. Contre vents et marées. Le devoir chevillé au corps, elle assume, sans lassitude aucune, les charges de la fonction royale, même si ses proches ne lui ont rien épargné : séparations, divorces et crises familiales. Là, où n’importe qui à sa place aurait déjà quitté la scène pour se réfugier loin du pouvoir, elle n’a pas rendu sa couronne et veille au prestige de sa dynastie. Depuis 1952, le monde entier participe au spectacle si minutieusement mis en scène que le pays s’octroie à lui-même : mariages, couronnement, deuils, naissances, baptêmes, idylles et jubilés. Une superproduction made in England !
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Seitenzahl: 463
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© La Boîte à Pandore
Paris
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ISBN : 978-2-39009-130-1 – EAN : 9782390091301
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
BERTRAND MEYER-STABLEY
KATE MIDDLETON
La vie de Catherine, duchesse de Cambridge
DU MÊME AUTEUR
ALBUMS
Nadar, Encre
Les Chirac : Un Album de Famille, Éditions de l’Archipel
Marilyn Monroe : de l’autre côté du miroir, Timée Éditions
BIOGRAPHIES
Grace, Librairie Académique Perrin
Buckingham Story, Librairie Académique Perrin
Les Dames de l’Élysée, Librairie Académique Perrin
Les Monaco, Plon
La Vie quotidienne à Buckingham Palace, Hachette
Charles, portrait d’un prince, Hachette
Juan Carlos, roi d’Espagne, Hachette (Prix des Trois-Couronnes)
La Princesse Margaret, Librairie Académique Perrin
Caroline de Monaco, Librairie Académique Perrin
Edwina Mountbatten, Bartillat
La Véritable Jackie Kennedy, Pygmalion
Bernadette Chirac, Librairie Académique Perrin
La Véritable Grace de Monaco, Pygmalion
La Véritable Audrey Hepburn, Pygmalion
La Véritable Margaret d’Angleterre, Pygmalion
La Véritable Melina Mercouri, Pygmalion
La Véritable Duchesse de Windsor, Pygmalion
La Véritable Ingrid Bergman, Pygmalion
La Véritable Princesse Soraya, Pygmalion
Noureev, Payot
La Véritable Sophia Loren, Pygmalion
La Véritable Marilyn Monroe, Pygmalion
La Véritable Elizabeth Taylor, Pygmalion
Juan Carlos et Sophie, Payot
La Véritable Greta Garbo, Pygmalion
James Dean, Payot
John John, le roman de JFK Junior, Pygmalion
La Véritable Gala Dali, Pygmalion
Sir Elton John, Payot
La Véritable Diana, Pygmalion
La Véritable Maria Callas, Pygmalion
Première Dame, éditions Bartillat
L’impératrice Indomptée : Sissi, Pygmalion
La véritable Ava Gardner, Pygmalion
Cocteau-Marais : les amants terribles, Pygmalion
La Comtesse Tolstoï, Payot
Oona Chaplin, Pygmalion
Marie Laurencin, Pygmalion
Majesté, Pygmalion
12 Couturières qui ont changé l’histoire, Pygmalion
Françoise Sagan, Pygmalion
12 Couturiers qui ont changé l’histoire, Pygmalion
12 Muses qui ont changé l’histoire, Pygmalion
Foudroyées par le destin, Pygmalion
Elle incarne le visage new-look de la royauté britannique et fait souffler un vent de jeunesse sur la monarchie millénaire. Par un coup de baguette magique – un mariage à grand spectacle et la naissance de deux héritiers –, Kate Middleton a fait des Windsor une famille avenante et moderne, redorant le blason d’une dynastie parfois compassée.
Le parcours est presque sans faute. Avec sa longue chevelure noisette, sa beauté classique, sa diction impeccable et son style naturel, la duchesse de Cambridge a jusqu’ici témoigné d’une maturité, d’une assurance et d’un chic qui l’ont rendue chère au cœur des Britanniques, assimilant en un temps record les subtilités du protocole. Même si une certaine presse s’obstine à la comparer à la princesse Diana et à vouloir en faire une « princesse du peuple », elle réinvente à sa manière le rôle de « superstar » du royaume. Elle figure ainsi dans listedes cent personnes les plus influentes de la planète établie par le magazine Time.
Avec elle, l’Angleterre a trouvé la recette miracle pour booster l’industrie du pays. D’après les experts, Son Altesse Royale aurait ainsi permis d’injecter plus de 2 milliards d’euros à l’économie british, l’effet Kate touchant des domaines aussi variés que les saphirs, les collants couleur chair, les robes de maternité, les landaus, les escarpins ou les pochettes de maroquinerie. Ses choix vestimentaires sont désormais copiés et vendus dans le monde entier et les éditeurs de magazines ne peuvent que constater que, lorsqu’ils la mettent en couverture, leurs ventes s’envolent. La duchesse met pourtant un point d’honneur à s’habiller seule, sans l’aide du moindre styliste et sait mélanger pièces de créateurs et vêtements piochés dans les boutiques « high street ». Un dresscode qui s’affranchit des diktats de la mode et du conservatisme habituel des garde-robes princières. Résultat : chaque robe qu’elle porte se retrouve aussitôt en rupture de stock. Cela s’appelle avoir l’étoffe d’une reine.
Mais cette belle image glamour ne saurait suffire. Apprendre son métier de princesse, se retrouver prise dans la nasse d’un quotidien fait de représentation et de voyages officiels, composer avec un emploi du temps organisé par d’autres, tout en élevant deux enfants en bas âge, rythment désormais son quotidien. À l’instar des autres conjoints royaux avant elle, Kate a pour tâche herculéenne de se forger un rôle à la fois complémentaire et distinct de celui de son mari, dans les décennies précédant sa montée sur le trône. La dizaine d’organismes dont elle est la marraine ne sont qu’un avant-goût du patient travail caritatif qui l’attend. Chacune de ses apparitions est désormais planifiée dans le moindre détail et ses activités pourraient ne réserver aucune place à l’inattendu, mais elle réussit le défi de rester elle-même en toute occasion et de se préserver de longues périodes d’intimité avec son mari, son fils et sa fille, sa famille et ses amis. Des entractes nécessaires à son équilibre.
Qui est vraiment cette ex-roturière, un temps raillée pour ses origines middle class ? Quelles furent les grandes étapes de sa love – story avec le prince William ? Comment a-t-elle réussi à séduire la reine et les plus austères des courtisans ? Quelle personnalité se cache vraiment derrière le vernis du protocole ? Quel est son caractère profond ? Quelle est sa vie quotidienne avec le prince William à Kensington Palace ou à Amner Hall ? Quelle mère est-elle pour George et Charlotte ? Comment insuffle-t-elle une tonalité romantique à la monarchie ?
Côté cour et côté jardin, suivons la duchesse de Cambridge sur le tapis rouge d’une superproduction made in England…
Catherine Elizabeth Middleton naît le 9 janvier 1982 au Royal Berkshire Hospital, à quinze minutes de la ville de Reading, dans le sud-ouest de l’Angleterre, cinq mois avant la venue au monde du prince William à Londres. Le 20 juin, le bébé a une touffe de jolis cheveux châtains et charme tout le monde lors de son baptême à l’église St Andrew de Bradfield Southend. Avec son visage rond et un peu joufflu, babillant dans sa longue robe de baptême blanche, elle vole la vedette à sa mère Carole, rayonnante dans une robe forcément romantique de Laura Ashley, tandis que son père Michael arbore un élégant costume classique noir et une cravate rayée.
Catherine n’est pas encore « Kate » pour les intimes, tandis que sa sœur Philippa Charlotte, qui voit le jour le 6 septembre 1983 est vite surnommée, elle, « Pippa ». La cadette est baptisée en mars 1984, dans la même église que sa sœur.
Avec deux jeunes enfants, Carole et Mike sont comblés. Ils vivent dans une maison à la campagne à quarante-cinq minutes d’Heathrow, ils travaillent pour la compagnie aérienne British Airways. Le couple s’est marié le 21 juin 1980 à l’église de Saint-James the Less, dans le village de Dorney, sur les rives de la Tamise. Carole a alors 25 ans, Michael 31 ans. L’avenir leur appartient !
Le futur du royaume est pourtant en trompe-l’œil. La reine Elizabeth donne un éclat tout particulier à la monarchie, mais, sous son règne, l’aristocratie a dû céder les dernières miettes de son pouvoir au profit de la haute bourgeoisie. Le Commonwealth n’est plus qu’une relique du passé. L’Écosse flirte avec l’indépendance. Le pays a un peu perdu de son âme. Les services publics craquent sous toutes les coutures, l’éducation bat de l’aile et la City domine avec cynisme l’économie. L’Angleterre vient d’entamer une décennie de thatchérisme et ce libéralisme forcené est idéal pour les jeunes ambitieux. Les salaires mirobolants du privé, l’âpreté au gain, et la glorification du profit font exploser les mentalités. En secouant le vieux système de classes qui figeait la société britannique, la Dame de fer permet une mobilité sociale jusqu’alors interdite. Catherine Middleton en sera le pur produit. Mais, ne nous trompons pas, l’Angleterre est toujours, à sa façon feutrée, mais redoutable, une société de castes où chaque faux pas vous marque de façon invisible, mais irrévocable.
Les Middleton appartiennent, de prime abord, à la classe moyenne, la fameuse middle class chère aux sociologues. En réalité leur arbre généalogique est plus complexe. Le grand-père paternel de Kate, Peter Middleton, a été pilote ; son grand-père paternel et son arrière-grand-père ont tous été notaires, et son grand-père maternel, Francis Martineau Lupton, un marchand de tissu cossu (les Martineau, d’origine française, en vinrent à fuir les persécutions religieuses en 1685 et s’installèrent à Norwich).
Mais du côté de sa mère, les racines paraissent plus modestes et se trouvent clairement dans la classe ouvrière. Il a fallu les gènes de la résistance et une détermination d’airain à ses ancêtres pour vaincre la pauvreté, la malnutrition et le choléra. Les hommes de la famille sont en effet surtout des mineurs (à Durham, dans le nord-est du pays), des ouvriers et des agriculteurs, et les femmes, quand elles travaillent, en sont réduites à des postes de domestiques. Dans un royaume où la notion d’Upstairs Downstairs a longtemps marqué les esprits, l’entrée de Catherine Middleton dans la famille royale britannique a constitué un symbole fort. Kate incarne, d’une certaine façon, l’Angleterre d’en bas, l’alliance des classes laborieuses, des petites gens dont les destins miséreux retracent ceux de tant d’ouvriers anonymes de la révolution industrielle du XIXe siècle. Nous y reviendrons…
Carole est elle-même la fille d’un conducteur de camion, Ronald Goldsmith, et de son épouse Dorothy. Elle est née le 31 janvier 1955 dans une maternité près de Londres. Son père a longtemps ambitionné de devenir entrepreneur en bâtiment et a gravi l’échelle sociale à la sueur de son front. Ils ont vécu modestement à South Hall, à l’est de Londres. Un frère baptisé Garry vient au monde lorsque Carole fête ses 9 ans.
Michael Francis Middleton est né le 23 juin 1949 à Leeds et a passé son enfance dans une maison de famille d’une banlieue cossue de Londres avec ses trois frères. Son père a décroché un emploi de pilote-instructeur à la British European Airways et s’affirme vite à ce poste de responsabilité.
C’est logiquement l’aviation commerciale qui va réunir Carole et Michael qui ont tous les deux suivi le cursus de l’école publique. Carole, séduisante et dynamique, a entrepris une formation d’hôtesse de l’air – un métier d’avant la période low cost qui fait encore rêver – et entre chez British Airways. Michael est responsable du contrôle des avions au sol au sein de la compagnie, se destinant au départ à une carrière d’instructeur de pilote, comme son père. Pour l’heure, il supervise le chargement de la cargaison, des bagages, détermine la quantité de kérosène nécessaire, autorise le décollage et s’assure que les avions respectent les horaires. C’est donc par une faute de goût, indécrottablement plébéienne, sur leur lieu de travail, entre tarmac et restaurant d’entreprise, que les parents de Kate se rencontrent. Ce n’est pas très romantique, mais un Anglais sur trois fait de même. Ce passé d’hôtesse de l’air sera lancinant dans les attaques condescendantes contre Carole Middleton et fera ricaner l’entourage le plus snob de William au début de son flirt avec Kate, certains n’hésitant pas à glisser sur son passage : « Attention, voilà la fille au chariot ! » ou bien « thé ou café ? » et l’inévitable, « ça plane pour elle ! »
Michael, séduisant dans son uniforme bleu avec ses boutons de cuivre, est le premier grand amour de Carole. Il est carré, ambitieux et plein de bon sens. Pourtant c’est elle qui remporte l’adhésion de tous leurs amis. Elle a du piquant et elle a l’air si stylé dans sa tenue BritishAirways : veste de tailleur bleue, jupe évasée, foulard et petit chapeau rond sans bord. Elle a toujours le mot qu’il faut pour dédramatiser une situation. Les deux jeunes gens semblent vite inséparables et finissent par emménager dans un appartement moderne à Arborfield Close, avant de fondre pour une charmante petite maison victorienne de briques rouges à Bradfield Southend, dotée de quatre petites chambres. Huit mois plus tard, c’est un mariage logique en 1980, un an avant le prince Charles et la princesse Diana. Carole tombe enceinte et prend un congé de maternité. La naissance de Kate en 1982 puis de Pippa en 1983 viennent couronner leur union. Bien sûr, les mauvaises langues dans les cercles mondains surnommeront plus tard les deux filles « les sœurs-glycines » parce qu’elles étaient très décoratives, terriblement parfumées et avaient une capacité féroce de « grimper. » Avec ce zeste de mépris si britannique pour toute ascension sociale un peu trop forcenée.
Vie de famille ordinaire que celle des Middleton. À quarante-cinq minutes en voiture du château de Windsor, Bradfield compte moins de deux mille habitants au cœur du Berskshire. Carole et ses enfants s’intègrent harmonieusement à la vie du village, se rendant régulièrement dans la salle paroissiale de l’église St Peter. Kate et Pippa fréquentent la crèche de l’église dirigée par Audrey Needham. Elle se souvient : « Chaque année, nous montions une pièce de la nativité, les gamines se déguisaient, chantaient des carols et récitaient de petits poèmes. C’était charmant et nous organisions aussi une kermesse au cours de l’année. Tout cela était bon enfant ». Les mères papotent, s’échangent des conseils et montrent un esprit bienveillant.
Carole n’a pas encore lancé son empire d’organisation de fêtes, le désormais célèbre Party Pieces, mais goûte déjà à ce filon en faisant des pochettes-surprises d’anniversaire qu’elle vend aux autres mères. A-t-elle glissé à l’intérieur des pépites d’or, en plus des farces et attrapes ? Ses « party-bags » s’arrachent. Elle a le chic pour les rendre attractives et c’est un petit complément au salaire de la BritishAirways de Michael (l’équivalent annuel de 44 000 euros). Ses voisins les plus proches, les Twomey, se souviennent d’une famille vraiment sympathique. Michael fait le jardin et Carole montre un certain don pour la pâtisserie. Kate et Pippa voient souvent leurs grands-parents. Ron et Dorothy, les parents de Carole, viennent d’acheter une maison peu éloignée de chez eux, à Pangbourne, tandis que Peter et Valerie Middleton vivent dans le Hampshire. Les filles ont des cousins qu’elles rencontrent parfois : Anna, Lewis et Paul.
En mai 1984, Michael accepte une mutation… en Jordanie ! Il se voit confier la direction du bureau jordanien de la British Airways à l’aéroport Reine Alia pour deux ans : une forme de promotion. Les Middleton font allégrement les valises, destination Amman. Carole, qui prolonge son congé de maternité, semble ravie de cette parenthèse orientale et de connaître la vie confortable d’expatriés occidentaux.
Presque deux années et demie en Jordanie jusqu’en septembre 1986 à occuper le logement de fonction, une maison de plain-pied dans le quartier résidentiel d’Amman à Um Uthainah. Une villa climatisée de trois chambres sans luxe ostentatoire (mais avec une véranda et de jolis palmiers) louée 300 £ par mois. Aujourd’hui c’est devenu un cabinet médical, mais on devine encore les stickers de Mickey Mouse collés par Kate sur les placards de sa chambre, telles des reliques joyeuses. La maison toutefois n’a pas de piscine. Le propriétaire, Nicola Nijmeh, se souvient que Michael emmenait régulièrement tous les week-ends sa petite famille en excursion dans son 4x4 Toyota blanc sur les rives de la mer Morte, à Petra la magnifique ou sur des sites archéologiques. Les Middleton garderont un souvenir ébloui de Wadi Rum, ne manquant pas l’apparition des façades monumentales au soleil couchant, baignant dans une lumière dorée qui blanchit peu à peu, avec l’ombre noire des colonnes sur le sable s’estompant peu à peu. De cette époque reste une photo où la petite Kate prend la pose aux côtés de son père et de sa sœur dans les ruines romaines de la cité de Jerash, près de la frontière syrienne.
Lorsqu’elle a 3 ans, Kate commence à fréquenter le matin le jardin d’enfants Al-Saheera, proche de la maison. À 3 000 dinars le trimestre, l’établissement est bien fréquenté. Les activités se déroulent en arabe et en anglais et la fillette apprend même des comptines orientales qu’elle accompagne de petits gestes charmants : nina ya mouno, mama eamaneha gaya, etc . « Kate a eu une petite enfance très heureuse », raconte Sahira Nabulsi, la directrice de l’établissement au journal Al Arabya. Les classes ne comptaient que douze élèves. Ils arrivaient à 9 h 30 pour le petit déjeuner – hummous, olives, pain, laban (le fromage blanc) et thés bien sucrés – puis c’était l’heure de nourrir les hamsters et les lapins. À côté, des colombes et divers oiseaux menaient grand tapage. Ensuite les enfants passaient au bac à sable ou se livraient à des séances joyeuses de coloriage. Ils dessinaient des petits fennecs, des paons ou des princesses des mille et une nuits. Ils jouaient avec des livres éducatifs bilingues, le chat blanc, les abeilles de Taïf, mon chameau puzzle, etc. « Les jeux permettaient aux enfants d’exercer leur motricité et leur sens de l’observation tout en commençant à mémoriser les sons des lettres de l’alphabet », se souvient l’enseignante. Carole passe ponctuellement récupérer sa fille à 12 h 30 et Michael, qui fréquente le court de tennis de l’ambassade, rentre vers 17 h 30.
Évidemment la moiteur en plein été semble étouffante. Les rues deviennent poisseuses et il faut s’entourer de citronnelle les soirs pour échapper aux insectes. Mais il y a la fête du roi Hussein le 14 novembre où les lueurs d’un feu d’artifice meurent sur les arbres. Le goût capiteux des vins du Liban, le charme des souks et le prix ridicule des soies brochées comblent le séjour de la famille. Carole racontera avoir acheté à Amman deux couvertures de selle de chameau, à rayures turquoise, dont elle fera des descentes de lit pour sa chambre.
Septembre 1986 : il faut déjà repartir vers l’Angleterre et le Berkshire. Mais le soleil inondant les paysages d’une lumière crue, la gentillesse des Jordaniens, le goût des dattes fraîchement cueillies, les odeurs d’épices au marché marqueront à jamais les Middleton.
Le retour à Bradfield Southend sous la pluie d’automne constitue un petit choc culturel. La famille réintègre sa maison de briques de West View. Le teint hâlé, Kate entre à l’école proche : la Bradfield Church of England Primary School. Pippa l’y suivra deux années plus tard. L’établissement scolaire est le noyau du village et les deux filles s’y plaisent énormément. Une voisine se souvient que « les enfants faisaient de la bicyclette, allaient goûter chez des amies, jouaient dans le jardin et Carole les emmenait nager à la piscine de plein air, l’été. Elles avaient aussi construit une cabane dans le jardin. L’été, la famille partait pour la région des lacs. Carole adorait préparer de joyeux pique-niques. » On ne néglige pas pour autant l’éducation des fillettes : elles apprennent à coudre et à broder. On leur donne quelques leçons de peinture (la grand-mère de Michael, Olive, est une aquarelliste de talent). On n’oublie pas la musique : Kate et Pippa apprennent vite la flûte à bec et chantent dans la chorale de l’école. C’est une vie paisible au parfum d’enfance idyllique, ponctuée de la lecture de Winnie l’ourson, de Lewis Carroll ou des contes de Beatrix Potter.
Peu après le cinquième anniversaire de Kate, la famille s’agrandit avec la naissance de James William, le 15 avril 1987, au Royal Berkshire Hospital. « Les fillettes étaient en adoration devant le petit garçon, se souvient leur oncle Gary Goldsmith ». James évoquera les joyeux moments passés avec ses sœurs à dévaler les escaliers en glissant sur un plateau ou à faire de la pâtisserie : « J’ai de merveilleux souvenirs de ma mère qui préparait les gâteaux. J’étais toujours prêt à mettre la main à la pâte, surtout si je pouvais lécher le moule et redécorer le sol de la cuisine de glaçage », a-t-il raconté au mensuel Tatler. Le Lemon-pie de Carole avec son exquise meringue a toujours du succès.
Est-ce son sens évident de l’organisation au moment des fêtes d’anniversaires de ses enfants qui lui dicte une géniale intuition : créer une société dans ce domaine ? Elle y pense vite, se renseigne sur les statuts peu contraignants d’une Limited Company et convainc son frère Gary de lui avancer un peu d’argent. Elle se lance dans l’aventure en commençant à louer un local à Yattendon, à quelques miles de leur domicile, pour pouvoir y stocker la marchandise. Elle ouvre une modeste entreprise, la société Party Pieces (littéralement « morceaux de fête »), qui vise à « inspirer les mères à créer des fêtes magiques et à faciliter un peu l’organisation de ces festivités. » Elle fait vite imprimer des catalogues où ses enfants sont mis à contribution. Kate et Pippa apparaissent ainsi en tee-shirt bariolé tenant fièrement des cupcakes en main. James arbore bientôt une tenue de pirate ou d’indien cheyenne. Tous les accessoires de décoration et de fête sont photographiés at home. Ce sens quasi clanique de la famille est sans doute l’une des caractéristiques des Middleton. Kate, Pippa et James vont être aux premières loges pour assister à la croissance de cette aventure entrepreneuriale, pour en mesurer le succès et en récolter les fruits. Sans doute le succès grandissant d’internet et la création d’un site web sympathique ont amplifié spectaculairement le mouvement (la société compte désormais 30 employés). Mais c’est bien le sens des affaires de Carole qui va – de façon crescendo – changer le cours de leur existence, leur offrir une enfance aisée et assez d’argent pour fréquenter les bonnes écoles privées et fréquenter ainsi la crème de la société anglaise.
Les fillettes sont évidemment les premières à tester les produits proposés à la vente par correspondance et se parent des déguisements de contes de fées. Elles apprennent aussi que ces costumes ont de la valeur et qu’il faut en prendre soin : ils sont destinés à être vendus à d’autres familles. Pas question donc de les tacher et encore moins de les déchirer. Mais à Pâques, les œufs colorés dénichés à la vente par Carole ont leur petit succès dans le jardin. Et l’on ne manque jamais de crackers à Noël ou de pluies de confettis. Les Middleton mettent un point d’honneur à fêter les anniversaires de leurs enfants avec beaucoup de solennité. À chaque occasion, la maison se remplit d’amis. On dresse de longues tables. On rit et l’on ouvre des cadeaux tout droit sortis de Party Pieces. Pour les sept ans de son aînée, Carole concocte un immense gâteau à la guimauve en forme de lapin blanc. C’est une enfance très ludique et Kate est une petite fille malicieuse qui adore enfiler des salopettes trop grandes, car elle est plutôt maigre. Elle développe une passion pour la danse et régulièrement, autour de la table du salon démontre ses talents dès que la chaîne hi-fi diffuse de la musique classique. Les enfants jouent aussi à la chaise musicale ou font des petits tours de magie, appris d’oncle Gary.
À 7 ans et demi, Kate fait son entrée à la St Andrew’s school de Pangbourne, dans un hameau à dix minutes de la maison. À 4 000 £ le trimestre, l’école mixte affiche fièrement un grand parc de plusieurs hectares et un bâtiment central construit autour d’un manoir dans le plus pur style gothique victorien. Il s’agit d’une école anglicane et les élèves – pas plus de quinze élèves par classe – assistent à la messe dans la chapelle une fois par semaine et suivent le calendrier chrétien. Kate arbore l’uniforme de St Andrew’s : le kilt dans des tons bleus, le chemisier blanc avec une cravate reproduisant le blason de l’école : avec le « S » et l’« A » majuscules et un stylé blazer vert.
L’école fut créée en ١٩٣٤ et peut s’enorgueillir d’avoir – outre Kate Middleton – accueilli l’écrivain John Le Carré dans ses rangs. Le directeur, Jeremy Snow, aime faire écho à la devise en latin de l’établissement : Altiora Petimus (nous recherchons la supériorité). Et d’annoncer aux parents d’élèves le jour de la rentrée : « Nous espérons que les enfants qui nous sont confiés nous quitteront avec un ensemble de valeurs bien établies, qui les accompagneront tout au long de leur vie. Nous voulons que la réussite dans cette école leur donne confiance en eux et qu’ils évoluent vers un avenir brillant et qu’ils soient épanouis. » Comme le souligne Marcia Moody, « les valeurs éducatives sont celles du respect, de la gentillesse, de la politesse, de l’honnêteté, de l’enthousiasme et de la persévérance. » Évidemment tabac, alcool et chewing-gum sont proscrits, tout comme le maquillage, le vernis à ongles et les bijoux ostentatoires.
Elle passe six années scolaires à St Andrew’s et, de son propre aveu, en adore l’atmosphère, ainsi qu’elle confie le 30 novembre 2012, en revenant y inaugurer de nouvelles installations. Elle fera sourire l’assemblée en assurant que son ambition de gamine était de devenir elle-même professeur, sans préciser toutefois la matière de son choix éventuel.
D’emblée, Kate montre certains dons sportifs. D’une taille plus grande que la moyenne, elle excelle en gymnastique et joue en défense au handball. « Elle était vraiment douée pour tous les jeux de plein air, se souvient son ancienne camarade de classe Samantha Garland. Elle prisait le saut en hauteur, devenait accrocheuse au tennis. Elle avait un enthousiasme communicatif. »
Kate ne se contente pas d’être une sportive accomplie, elle est bonne élève dans presque toutes les matières. Elle adore la récitation et participe aux ateliers de poésie de l’école. Elle noircit fiévreusement des carnets entiers qu’elle refuse de montrer à Pippa et, plus tard, s’enthousiasmera en découvrant les sonnets de Shakespeare. Les deux seules langues enseignées à St Andrew’s sont le français et l’allemand. À 9 ans, Kate choisit la langue de Molière et effectue le séjour annuel de quatre jours au Touquet. Elle participe aussi aux nombreux spectacles qui ponctuent l’année scolaire et s’inscrit aux cours de théâtre d’été. À l’âge de 10 ans, elle joue le rôle d’Eliza Doolittle dans une représentation de Pygmalion de George Bernard Shaw et fait rire l’assistance avec ses cours de diction appuyés. À treize ans, elle tient le rôle principal d’un mélodrame victorien en quatre actes : « Meurtre dans la grange rouge », de John Latimer, où elle s’éprend de l’homme de ses rêves, comme par hasard, un garçon très riche répondant au nom de William. On peut voir la grande scène de ses exploits sur YouTube depuis qu’un des élèves a mis en ligne l’enregistrement vidéo d’une partie de la représentation. Kate, un brin maigrichonne, joue l’intrigante Maria Marten et consulte une gitane cartomancienne, qui décrète :
– Bientôt, vous rencontrerez un bel homme, riche et distingué.
– C’est exactement ce que j’espérais, répond-elle. Comme mon cœur bat. Va-t-il s’éprendre de moi ?
– Oh oui.
– Et m’épouser ? interroge Kate dubitative, serrant un peu trop ostensiblement les mains contre son cœur d’adolescente.
– Oui, vous épouser, lui confirme la diseuse de bonne aventure.
À la fin de la pièce, happy end garanti, son prétendant William (Corder), pose un genou en terre et lui demande sa main.
– Voilà tout ce à quoi j’aspirais dans le plus grand secret, lui répond Kate fiévreuse. Oui, oh ! oui ! J’accepte de vous épouser, mon cher William !
Sans parler de prédisposition pour le théâtre ni de réel talent d’actrice, on peut déjà noter que Kate est populaire parmi les élèves, décroche les meilleurs rôles dans les spectacles montés par son école, maîtrise son trac en public et semble goûter les applaudissements.
Autre apprentissage de son enfance : elle fait partie des Brownies girls scoutes, les guides britanniques de 7 à 10 ans. Vêtue d’un sweat-shirt jaune orange, d’une jupe kaki et d’un foulard jaune, l’écolière a tenu le serment solennel : « Je promets que je ferai de mon mieux pour accomplir mon devoir envers Dieu, pour servir la reine, pour aider les autres et pour respecter les lois des Brownies ». L’année suivante, Pippa rejoint évidemment sa sœur dans la même patrouille. Pour Pâques, elles partent en camp de vacances dans une jolie propriété dans les Costwolds et jouent là les apprenties fermières. June Scutter, qui fut sa cheftaine, se souvient très bien des sœurs Middleton : « Les fillettes avaient appris à nourrir les poules, ramasser des œufs et contempler les poussins naître. Elles donnèrent le biberon à des agneaux et montèrent à cheval. Elles dormaient dans des sacs de couchage sur des lits de camp dans un dortoir. Elles obtinrent la “barrette ménage” en faisant activement la vaisselle, pelant les patates et les oignons. Elles firent partie de l’atelier confection des marionnettes et des œufs de Pâques, ce qui leur donna la “barrette travaux manuels”. Kate et Pippa adoraient la vie à l’extérieur et semblaient charmantes, bien élevées et spontanées. »
Même son de cloche chez un parent d’une élève de l’école : « Kate avait de bonnes manières, se comportait avec politesse lorsqu’elle était invitée à un goûter d’enfant. C’était le fruit des efforts de sa mère. Carole travaillait dur et nous, les mères, avions la même attitude qu’elle : nous voulions que nos filles apprennent tout. Nous souhaitions le meilleur pour elles. »
Carole dépose chaque matin, en Range Rover, les filles et James et reste parfois à bavarder avec les autres mères. Denise Allford se souvient que l’on voyait souvent les Middleton à l’école : « Lorsque Kate et Pippa se produisaient en robe blanche avec la chorale, Michael et Carole ne manquaient pas une seule occasion de les encourager. Ils soutenaient leurs enfants et les suivaient de près. Pour autant, ils ne leur mettaient pas la pression. Ils étaient fiers d’eux et cela se comprenait. Les enfants étaient motivés, mais sans excès. »
Carole surveille la croissance de sa fille aînée qui a un appétit d’ogre et fournit son frigidaire en pots de Nutella pour le goûter. Tandis que Pippa cultive un côté très félin, très Audrey Hepburn, Kate affiche les effets d’une pratique intensive de nombreux sports et l’on parle parfois d’elle comme d’une vraie asperge. Pippa est sans aucun doute la plus jolie des deux, mais aucune rivalité ne vient entacher leur affection.
L’aspect idyllique de la descendance Middleton fait parfois des jaloux. « C’était un peu humiliant d’avoir ses enfants dans la même école qu’eux, se souvient Janet Laker. C’est bien simple : ils étaient parfaits. Carole faisait toujours en sorte que les enfants aient les meilleures raquettes de tennis et que sa famille organise les plus jolis pique-niques lors des rencontres sportives. Pire, Carole veillait à ce que ses enfants arborent une magnifique étiquette avec leurs noms brodés sur les vêtements. C’était impensable qu’ils soient inscrits avec un simple marqueur. »
On ne connaît à Kate qu’un supposé petit ami – un certain Andrew Alexander – que les tabloïds anglais traqueront jusqu’à ce qu’il dise : « J’avais seulement 10 ans et Kate était tellement mûre à l’époque. Nous échangions quelques baisers innocents sans aller plus loin. On se tenait la main à la récré. » Manque-t-elle de confiance en elle ? Lors de sa dernière année d’étude à St Andrew’s, elle est nommée déléguée de classe et, quelques mois, plus tard, rafle la couronne de l’élève la plus sportive de l’établissement, à la plus grande satisfaction de son professeur d’éducation physique, Kevin Allford.
Son chemin croise – pour la première fois – celui du prince William, l’année de leurs 10 ans. Ludgrove, le pensionnat des fils de Charles et Diana, ne se situe qu’à 32 miles de St Andrew’s et William vient disputer un match interscolaire de hockey. Même si ce sport n’est pas populaire, toutes les filles accourent ce jour-là pour regarder jouer le séduisant William. Kate, aux premières loges, remarque ses cheveux blonds ébouriffés, son regard couleur lavande et scande d’une seule voix son nom à chaque coup de palet prometteur. Toute la semaine, il n’est plus question que de l’héritier de la couronne dans toutes les conversations et Kate n’est pas la dernière pour donner son commentaire admiratif. Se peut-il qu’elle ait déjà le béguin ?
Il est d’abord le fils aîné de Diana. Il n’est donc pas comme les autres.
C’est l’enfant d’une icône et il est miraculeux qu’il ait pu se construire dans cet univers si particulier qu’est la cour d’Angleterre et dans sa position si épiée d’héritier de la Couronne.
L’intérêt des médias du monde entier pour la grossesse de la princesse Diana au cours de l’hiver 1981-1982 est à la mesure de celui qu’a suscité, le 29 juillet 1981, son union avec le prince de Galles : le « mariage du siècle ». Cette grossesse, si tôt venue, est exactement ce que veulent à la fois Charles et Diana. Le prince de Galles vient d’avoir 33 ans et il a envie d’être père. Si aucun danger ne menace la monarchie, un héritier direct est indispensable et la jeunesse de Diana ne doit pas faire oublier que Charles peut à tout moment être la cible d’un attentat.
Diana, elle, sait que son premier devoir marital est de doter le royaume d’un héritier. Mais la jeune femme reste traumatisée par le divorce de ses parents, le départ de sa mère, d’avoir été élevée par une kyrielle de nourrices. Son enfance reste une plaie toujours ouverte dont elle ne veut à aucun prix reproduire le schéma. Elle fonde sur sa grossesse tous ses espoirs. Et l’approche de la naissance porte à son zénith l’intérêt qu’elle suscite. Tout le royaume paraît avoir les yeux rivés sur son ventre.
Même enceinte, elle est loin d’être rayonnante. Elle commence à éprouver les affres d’une solitude à laquelle rien ne l’a préparée. Son mari, d’un naturel farouchement indépendant, accaparé par ses fonctions, ne l’entoure que lorsqu’il s’agit de guider ses premiers pas de princesse dans les réceptions officielles. Il est surtout toujours dépendant affectivement de Camilla Parker-Bowles, son amie de cœur qu’il revoit parfois en douce. Diana a pensé que sa jeunesse, sa beauté et son amour balaieraient les sentiments de Charles pour cette femme, mais elle se trompe. Leur harmonie est vite en trompe-l’œil. Nombreux sont les proches qui comprennent que le duo princier court à la catastrophe et que leur union est vouée à l’échec.
Diana ne trouve pas plus refuge que réconfort auprès de sa royale belle-famille. Trop impliquée dans les devoirs de sa charge, soucieuse du devenir de ses enfants qui incarnent la pérennité de la monarchie, Elizabeth II n’a guère de temps à accorder aux états d’âme des conjoints Windsor. Il convient, à ses yeux, de se montrer digne de cet honneur et d’étouffer son vague à l’âme.
Diana souffre donc en silence. La presse internationale est déjà unanime à saluer son engagement dans ses fonctions représentatives. Chefs d’État, hôpitaux, fondations, inaugurations et foules enthousiastes rencontrent une jeune femme rayonnante, toujours prête à dire un mot charmant, à offrir un sourire aux plus humbles. Mais dès que le chauffeur claque la portière sur la Jaguar de fonction, son visage commence à se figer nerveusement. Dès 1981, certains la surnomment « la prisonnière de Galles » tant le palais de Kensington, sa demeure londonienne, dégage une « énergie morte ». La dépression est latente et l’effritement précoce de son couple commence à ébranler peu à peu son équilibre physique et physiologique. Bientôt elle passera sans répit par des phases successives de boulimie et d’anorexie. C’est dire si ses deux enfants seront une victoire sur le spleen et constitueront sa raison de vivre et son oxygène. Elle fera tout pour leur offrir un début de vie heureux et affectueux, quitte à bousculer le protocole.
William vient au monde à Londres le 21 juin 1982 à 21 h 03 au premier étage de l’hôpital St Mary de Paddington, là même où naîtront son propre fils George et sa fille Charlotte. Il suscite la liesse nationale. Il pèse 3,217 kg et, vingt-six mois plus tard, on lui donne un petit frère le 15 septembre 1984. C’est par un très sérieux communiqué officiel que Buckingham Palace fait savoir que ses parents refusent d’avance que l’on nomme leur aîné « Billy » ou « Willy » : « Le bébé sera connu sous le nom de prince William et il ne sera, en aucune manière, question de diminutif… » Paradoxalement son frère né Henry deviendra pour toujours Harry. La tradition a prévalu pour choisir le reste des prénoms de l’aîné : il se nomme Arthur, comme le célèbre roi des chevaliers de la Table Ronde, Philippe comme son grand-père, le duc d’Édimbourg, et enfin Louis, comme Lord Mountbatten.
Diana aurait volontiers respecté la tradition selon laquelle les enfants royaux naissent à Buckingham, mais le gynécologue de la reine, le Dr George Pinker, s’y est formellement opposé. C’est lui qui insiste pour que William et Harry naissent à l’hôpital et refuse d’écouter toutes les sottises anachroniques concernant les bébés venus au monde au palais, un environnement qu’il juge inadapté. C’est l’archevêque de Canterbury qui baptise William dans la salle de musique de Buckingham, le 4 août 1982. L’enfant a été revêtu de la robe de baptême en soie de Spitafields et en dentelle d’Haniton, commandée par la reine Victoria pour le futur Edouard VII en 1841. Devant l’objectif de Lord Snowdon, c’est la tradition qui perdure, pour la photo officielle, même si Diana doit peu protocolairement donner son auriculaire à téter au petit. Étrangement, elle a refusé que son fils soit circoncis comme tous ses prédécesseurs.
La nursery de Kensington Palace est très différente de celle de Buckingham. Les couleurs pastel y dominent. La princesse choisit de la cretonne fleurie rose sur fond blanc pour les rideaux, juponnade autour du lit, couette volantée et baldaquin à frous-frous pour couronner le tout. Sur les meubles blancs, des petits lapins bleus et des pâquerettes roses. Pompon et Pompinette envahissent jusqu’aux barreaux de chaise du petit prince.
Contrairement à ce qui s’est passé pour Charles et Andrew, William et Harry sont d’un âge suffisamment rapproché pour être éduqués ensemble. Diana passe des heures dans la nursery blanche et bleue. Si Charles souhaite des fils honnêtes, réfléchis, bien élevés, Diana veut pour sa part des enfants heureux. Deux petits bonshommes sur lesquels elle fait un investissement affectif immédiat, n’hésitant pas à bousculer le protocole. « La stabilité d’un petit garçon vient principalement de l’affection qu’il a reçue de ses parents, et il n’y a pas de substitut pour l’affection », répète très souvent la princesse. Elle aime si peu se séparer de ses enfants qu’elle ne veut à aucun prix quitter William, lors de son premier grand voyage officiel en Australie et en Nouvelle-Zélande. Non seulement Charles et Diana emmènent l’enfant, alors âgé de neuf mois, mais ils prennent tous les trois le même avion, alors que les héritiers du trône voyagent habituellement séparément, pour des raisons de sécurité. William et Kate feront de même avec leur baby George.
Charles s’agace un peu de la détermination que son épouse manifeste à élever ses fils comme elle l’entend et redoute les effets d’une éducation trop permissive. William va et vient dans l’appartement princier et la nursery étant à côté de la chambre du couple, Diana y fait irruption à chaque instant du jour et de la nuit. C’est toujours elle qui a le dernier mot et il est fréquent que la nurse, Mrs Barnes, verse quelques larmes… à tel point que son renvoi deviendra une véritable « affaire ».
William se montre précocement agité. La première fois qu’il manifeste son caractère trublion, il a quinze mois et marche déjà suffisamment pour aller jeter les chaussures de son père dans les toilettes. Il récidive avec celles de sa mère, puis les siennes propres. Son côté terrible se confirme quand il veut forcer son jeune frère, alors âgé de sept mois, à croquer un lapin en peluche, particulièrement indigeste. William est indocile et obstiné. Une nouvelle nurse particulièrement sympathique est bientôt engagée, Ruth Wallace, qui fait des merveilles avec les enfants et parvient à tempérer les ardeurs du petit prince aîné.
Diana leur consacre quotidiennement de longs moments, accompagnant même l’aîné à l’école maternelle de Notting Hill Gate, pour le premier jour de sa rentrée, le 24 septembre 1985. Elle est alors parfaite dans son rôle : un geste tendre, un regard complice, quelques mots chuchotés au creux de l’oreille avec une infinie douceur. Des mots irremplaçables. Ceux que seule une mère aimante et attentive sait prononcer pour réconforter ses enfants un jour de rentrée scolaire. Pour rien au monde, elle n’aurait manqué ce rendez-vous. Pas plus d’ailleurs qu’aucune étape importante de la vie de ses deux fils.
Elle s’enthousiasme dès qu’elle parle d’eux. « L’aîné est très indépendant. Un organisateur-né, ce qui plus tard lui sera très utile. Ainsi, le jour de la rentrée, il a lui-même choisi ses vêtements et il était préférable de le laisser faire… Peut-être Harry est-il plus calme, plus observateur ? » Ils sont à l’évidence très épanouis. Quoique très différents de caractère, les deux frères s’entendent bien et n’aiment pas se voir séparés. William, est certainement le plus turbulent des deux, mais Harry se laisse facilement entraîner à faire des bêtises par son frère aîné. C’est toujours William qui a l’air coquin sur les photos tandis qu’Harry examine l’objectif avec une certaine crainte. Autant le premier est souriant, extraverti, charmeur, animé, autant le cadet est secret, timide, peu sûr de lui et accroché à sa mère.
On a du mal à le croire aujourd’hui, mais c’est bien William qui est la terreur de sa crèche et qui ne cesse d’en découdre avec ses camarades. Pas Harry ! Lors du mariage d’Andrew et de Sarah Ferguson, l’aîné porte bien son costume de marin et se plaît à tirer la langue aux petits pages et à esquisser une série d’épouvantables grimaces. Sa première vraie bêtise est spectaculaire puisqu’il déclenche le système d’alarme de Balmoral relié au poste de police voisin. Il se défoule aussi sur son premier poney, baptisé Whisky. Il aime l’escalade et la vitesse, ne craint ni les bosses ni les plaies. Le week-end, dans le manoir de campagne de ses parents à Highgrove, Charles tente en vain de l’initier au jardinage.
Il sait lire à l’âge de 5 ans, écrit de la main gauche (sans avoir été contrarié), chante des carols à chaque concert de Noël et s’épanouit dans son école, la Wetherby Preparatory School, un établissement réputé du quartier de Notting Hill. Il y restera jusqu’en 1990, où il intègrera une boarding school, Ludgrove, droit chemin pour Eton. Charles et Diana ont donné des consignes pour que William soit traité de la même manière que ses camarades de classe. Mais c’est un peu illusoire, dans la mesure où un officier de protection suit de près l’enfant et que les enseignants sont enclins à une certaine déférence.
La princesse y emmène elle-même ses enfants, en jeans et en baskets, et ne veut pas de photographes. C’est un miracle que la presse à l’époque se soit pliée à sa volonté. Mais elle a un bon attaché de presse qui instaure avec les paparazzi une règle selon laquelle, au moindre manquement, il ne donnerait plus aucun renseignement sur le planning de Son Altesse Royale. Le système de la carotte et du bâton.
La princesse choisit ses engagements officiels uniquement en fonction de ses deux enfants. Leurs vacances scolaires, leurs concerts de chorale, leurs compétitions sportives et leurs sorties figurent en priorité sur son agenda. Pas Charles, qui passe évidemment pour un père distant, à la façon un peu réservée de l’aristocratie britannique. Le prince de Galles se montre aussi trop sévère avec ses fils, un peu trop absent, bien malgré lui. Ainsi, à l’automne 1990, il passe quarante jours loin de son épouse et de ses enfants, battant son record de 1987, où il n’est resté que trente-sept jours absent. En outre, la princesse de Galles et la reine Elizabeth n’ont pas la même idée de la discipline. La souveraine ne cache pas qu’elle souhaiterait un peu plus de fermeté vis-à-vis de William. Le succès phénoménal qu’il remporte auprès des médias l’inquiète aussi.
La guerre ouverte qui sévit entre les deux époux est sans doute plus lourde de menaces. Charles et Diana ne se supportent plus et trouvent refuge : lui, dans les bras de Camilla Parker-Bowles, elle dans ceux de James Hewitt. Ce fringant capitaine de la Garde royale sera en secret son amant de 1986 à 1991. La dégradation des relations du couple princier est si palpable que William et Harry deviennent conscients de leurs tensions. La situation ébranle surtout William. Presque chaque jour, il croise sa mère en larmes, souffrante ou en colère. Un après-midi qu’il la cherche à Highgrove, il finit par la découvrir en haut de l’escalier du quartier des domestiques.
– Que se passe-t-il, maman ?
Secouée de sanglots, Diana lutte pour se maîtriser.
– Je te le dirai, mon chéri… quand tu seras plus grand.
– Viens avec moi au jardin, dit Charles, qui arrive sur ces entrefaites. J’aimerais te parler un instant.
– Je te déteste, papa ! hurle William en tremblant de rage. Pourquoi fais-tu pleurer maman ?
Et William descend l’escalier quatre à quatre, suivi par son père retourné.
– Regarde ce que tu as fait, Charles, s’écrie Diana. Pourquoi bouleverser les enfants ?
Afin d’apparaître comme un père responsable, celui-ci tente de donner le change : on le photographie montant à cheval ou roulant à bicyclette avec ses fils. Diana considère cela comme une honteuse tartufferie. Le 16 mai 1989, le couple est réuni aux Olympiades des parents. Diana adore ces sorties annuelles et son bonheur est complet quand elle remporte la course des mamans tandis que Charles fait piètre figure à la course en sac.
La princesse s’assure avant tout que son fils aîné se comporte convenablement dans ses rapports quotidiens avec les autres. Chez McDonald, à Disneyworld ou au cinéma, elle l’oblige à faire la queue comme tout le monde, flanqué bien sûr de ses gardes du corps. Elle lui enseigne à être courtois avec le personnel qui partage sa vie. Si on lui apporte du jus d’orange alors qu’en fait il aurait préféré un Coca, il a ordre de dire merci et de boire le jus d’orange. Elle veille, protège, entoure, maintient un équilibre en compensant les nombreuses contraintes liées au rang de William par des « recréations » sympathiques et ludiques. S’il va se transformer en jeune homme parfait, c’est sans aucun doute à sa mère qu’on le doit.
Le choix de son futur collège est à l’origine d’un nouveau différend princier. Charles, sans pour autant partager les conceptions éducatives strictes de son père, le duc d’Édimbourg, aimerait que son fils aîné soit inscrit au collège écossais de Gordonstoun et s’éloigne un peu de l’atmosphère privilégiée des résidences royales. Diana s’y oppose. De façon très maternelle, elle ne souhaite pas voir ses enfants internes dans un établissement très éloigné. À la rentrée 1990, William devient pensionnaire à Ludgrove school, une boarding school du Berkshire. Construite en 1892 sur un domaine de cinq hectares, l’école comprend autour des bâtiments scolaires une chapelle, un golf à neuf trous, un centre sportif, une piscine et un théâtre. La mission de l’école est de faire en sorte que « les enfants puissent grandir et s’affirmer dans un environnement agréable ; qu’ils explorent et développent leur potentiel ; qu’ils apprennent à se sentir concernés par ce et ceux qui les entourent. »
La rentrée à Ludgrove du 10 septembre 1990 est traumatisante pour William, tant ses parents essaient encore de sauver les apparences. Des dizaines de photographes sont ainsi rassemblés devant l’école pour couvrir l’évènement. Certains d’entre eux ont été autorisés à avancer jusqu’à la porte d’entrée afin d’immortaliser le moment où l’enfant sortira de la voiture familiale pour serrer la main de deux directeurs, en compagnie de ses parents attendris… Une belle imposture. Si Charles et Diana donnent l’impression d’arriver ensemble dans leur Bentley turbo, la réalité est nettement moins photogénique. Le prince de Galles, qui souffre d’une fracture au bras, a été conduit par son chauffeur directement de son manoir de Highgrove, tandis que mère et fils font le voyage en Jaguar XJS depuis Kensington Palace où ils ont passé le week-end. Les deux voitures sont entrées dans le parc de l’école à quelques minutes d’intervalle par une entrée à l’arrière du bâtiment et les deux époux se rejoignent opportunément pour les photographes, comme si de rien n’était.
Pendant les premières semaines, William éprouve du mal à dissimuler combien les siens lui manquent et comme il est inquiet de la mésentente ostensible de ses parents. Pension chic que Ludgrove, mais le prince et cent quatre-vingts autres élèves dorment cependant dans des dortoirs de quatre lits. Il se couche à 20 h, comme tous les élèves. Ses camarades l’appellent par son prénom et essaient de le traiter exactement comme l’un d’eux et d’oublier qu’ils ont affaire à un futur roi.
Lors des vacances scolaires et des longs week-ends fériés, William en regagnant Londres ou le manoir d’Highgrove se retrouve souvent pris entre les feux hostiles de ses parents, mais il leur est profondément attaché malgré l’ambiance tendue. Ce n’est jamais aussi évident que lorsqu’il est temps pour lui de regagner Ludgrove. Il implore en larmes Charles et Diana de ne pas le renvoyer en pension. « William m’inquiète... », déclare alors sa mère à son amie Carolyn Bartholomew. « Il me ressemble trait pour trait. Il est trop sensible. Il ressent trop les choses. » Elle a raison : il est d’une sensibilité exacerbée. C’est un deep thinker (qui pense trop) qui absorbe comme une éponge les problèmes de sa mère.
L’été 1992, le livre d’Andrew Morton sur Diana ébranle Buckingham dans ses fondations. L’ouvrage auquel la princesse n’est pas étrangère jette le discrédit sur les Windsor. Il peint une femme solitaire, délaissée et meurtrie. Il révèle aussi l’histoire secrète de Charles et Camilla. Le conte de fées vire au cauchemar.
En septembre 1992, pendant que la presse internationale spécule à loisir sur l’état du couple princier, Harry souriant rejoint son frère à la pension. Le proviseur essaie avec son épouse de jouer les substituts parentaux pour les garçons et de les protéger de la tornade d’articles de la presse populaire sur leurs parents. On prie les membres du personnel de ne pas allumer leurs postes de télévision quand un élève se trouve dans les parages et de ne pas laisser traîner de journaux.
Le 18 novembre, Charles attend avec impatience l’arrivée de ses fils à Sandringham pour sa partie de chasse annuelle de trois jours quand Diana l’appelle pour tout annuler. Plutôt que de passer un nouveau week-end tendu avec sa belle-famille, elle décide d’emmener ses garçons à Highgrove. Pour Charles, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Il n’accepte plus qu’elle lui dicte les termes de ses rapports avec ses fils. Moins d’une semaine après, il lui annonce qu’il désire rompre. Pendant que les détails matériels d’une séparation officielle sont mis au point par Buckingham Palace, la princesse de Galles est rongée d’inquiétude à l’idée des conséquences négatives que cela aura sur ses fils.
La suite est connue. Lorsque le 9 décembre 1992, le couple officialise l’inévitable séparation, les pensées de Diana vont avant tout vers William et Harry : elle les aime absolument et sans conditions. Tous ses efforts tendent vers un seul but : faire en sorte qu’ils n’aient pas à pâtir d’une enfance comme la sienne ! C’est dire si Diana va souffrir de devoir partager les week-ends des enfants avec Charles et s’irriter au fil des ans de la présence ostensible de la gouvernante Tiggy Legge-Bourke, une mère de substitution, nommée par le prince de Galles. Chaque fois qu’elle ouvre un journal, elle tombe sur des photos de cette dernière avec les jeunes princes, plaisantant, faisant des courses avec eux… Tiggy ébouriffant les cheveux de William, l’accompagnant à un match de polo. Comme c’est aussi agaçant pour elle de constater que son aîné se rapproche de son mari et affiche une complicité évidente ! Le plus énervant est que, désormais, il va à la chasse comme lui. Elle en est contrariée, car elle a le sentiment qu’il est encore trop jeune pour ce sport sanguinaire. Plus que tout, elle craint l’endoctrinement pour son fils aîné et se sent désespérée à l’idée de le perdre.
En cette année 1992, William voit aussi le mariage d’oncle Andrew et de tante Sarah se briser. Il aimerait consoler ses amusantes cousines Béatrice et Eugénie. Les photos de leur grand-mère contemplant impuissante les ruines fumantes du château de Windsor est presque symbolique. Annushorribilis, dit-elle, émue, lors d’un banquet.
En ces années 1993-1994, la princesse Diana pleure sur son mariage raté et sur son innocence perdue, tout en poursuivant péniblement, et parfois douloureusement, sa recherche d’une nouvelle vie. Elle tente de panser son cœur malheureux dans les bras du courtier d’art Oliver Hoare, s’emballe ensuite pour le capitaine de rugby, Will Carling. Totalement perdue, elle entame une relation quand la précédente n’est pas finie. Comme il est miraculeux que William échappe aux unes des tabloïds distillant ces secrets d’alcôve !
Elle ouvre parfois son cœur à son fils aîné, souvent pendant de longues heures. Elle a des conversations très intimes avec lui. Elle lui parle de l’attachement durable de son père pour Camilla. Elle explique aussi combien le palais lui complique la vie. Lui fait-elle part de sa décision d’annoncer son retrait de la vie publique le 3 décembre 1993 ? Elle veut se concentrer plus que jamais sur ses fils. Elle est triste pour ses fils quand, le 29 juin 1994, leur père avoue à la télévision qu’il a commis l’adultère après l’échec évident de son union avec Diana.
William adore les moments passés avec sa mère. Mais il apprécie également les week-ends auprès de Charles et de Tiggy. Déchiré entre son affection pour sa nanny et son inquiétude pour sa mère, il ne manque pas de chanter les louanges de sa mère chaque fois que l’occasion se présente devant d’autres membres de la famille royale. Le jeune homme impressionne tout le monde par son assurance et sa maturité croissantes.
Diana prend soin de l’emmener dans des hôpitaux, des soupes populaires et des asiles pour les sans-abri. Elle veut qu’il connaisse la véritable Grande-Bretagne, qu’il ait les pieds bien sur terre. Elle redoute qu’il se coule trop dans le moule Windsor. À son grand ravissement, il partage sa compassion. Sa gentillesse naturelle fait merveille.
En septembre 1995, l’adolescent se retrouve inscrit à Eton sous le nom de « William de Galles, Altesse Royale ». Son destin tout tracé semble se marier avec l’atmosphère seigneuriale du collège élitiste. Il va s’adapter facilement à sa vie là-bas. À 31 miles de là, une famille de la middle-class est en train de gagner ses galons de « nouveaux riches ».
En 1995, Michael et Carole Middleton commencent à vivre sur un petit nuage. « Party Pieces » se met à décoller. La société s’installe en avril dans des bâtiments plus grands : plusieurs corps de ferme à quelques miles, à Ashampstead Common. Dans la vieille grange travaillent huit personnes qui répondent au téléphone pendant que le service expédition a réquisitionné une ancienne étable. Le bâtiment principal est converti en entrepôt, où assiettes à thèmes, décorations, déguisements et jeux sont empilés jusqu’au plafond. Le succès du site internet renforce ce parfum d’allégresse. Le seuil des mille commandes hebdomadaires est régulièrement franchi. Michael a définitivement quitté la sécurité de son poste à la British Airways pour gérer l’entreprise. C’est une vraie success-story. Mais impossible de connaître le chiffre d’affaires : la société est détenue en nom propre et les Middleton ne sont pas tenus de publier leurs résultats financiers au registre du commerce.
Le « thatchérisme »
