Katia trois fois - Coline Elene - E-Book

Katia trois fois E-Book

Coline Elene

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Beschreibung

L'imaginaire enflammé par la personnalité de sa grand-tante Nouela Le Corre - au physique cubique antinomique à sa voix de soprano lyrique -, Vincent Marchal quitte son foyer Seine-et-Marnais pour s'installer à Saint-Malo et se lancer dans l'écriture de la biographie de sa chère tatie. Envers et contre tous les aléas (procrastination, testostérone en émoi, chat malouin pas sympa et mouchoirs en dentelle estampillés d'un K), parviendra-t-il à finaliser son projet ? Et à résoudre l'énigme des "trois K" ?

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Seitenzahl: 113

Veröffentlichungsjahr: 2023

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À vious…

Sommaire

Danemark

Début septembre 2023

Jeudi 12 octobre 2023

Samedi 21 octobre 2023

Dimanche 22 octobre 2023

Vendredi 27 octobre 2023

17 novembre 2023

22 novembre 2023

21 Décembre 2023

26 janvier 2024

9 février 2024

15 mars 2024

23 mars 2024

24 mars 2024

24 mars 2024

25 mars 2024

8 avril 2024

9 avril 2024

10 avril 2024

8 mai 2024

9 mai 2024

12 mai 2024

Un mois plus tard

9 août 2024

Danemark

Ile de Bornholm

Bourg de Svaneke

Mai 1971

Des heures qu’elle déambule dans les ruelles de Svaneke. Avec au cœur, une douleur.

Ce soir, elle quittera pour toujours - elle le sait -, sa vie insulaire.

La petite église rouge au toit noir et pointu. Les maisons à colombages des XVIIIème et XIXème siècles. Les boutiques artisanales des souffleurs de verre, peintres et céramistes. Les deux petits ports le long de la grand-rue. Vigehavn au nord. Hullehavn au sud. Tout un univers. Tout son univers. Depuis dix-huit ans déjà.

Ce soir, elle quittera la mer Baltique. Pour rejoindre Aymerick. À Cancale.

Début septembre 2023

Sur la route

Dans moins d’une heure, j’y serai. Des mois que j’en rêve de ce jour J.

Vais pas tarder à quitter l’asphalte de la nationale pour glisser sur la départementale qui me mènera direct à Saint-Malo.

Je ne me sens pas euphorique, c’est mieux que ça. Une forme de béatitude. Heureux tout simplement. D’être à la frontière de ma nouvelle vie, sans regrets ni remords pour celle que je laisse derrière moi.

Officiellement divorcé depuis quatre jours, j’ai serré mon ex-femme ce matin dans mes bras, comme on le ferait avec une bonne amie. Elle m’a collé deux poutous sur les joues, et m’a traité de «vieux fou», avec un large sourire. Pour un peu, je serais retombé amoureux.

Mes grandes duduches de filles font leurs vies.

L’une à Berlin termine son Diplôme des Métiers d’Arts. À la colle avec un Helmut ou un Frantz, je ne sais plus. Un autochtone de son âge quoi, avec qui elle partage son insouciance, ses utopies et sa joie. Plus trop de place pour papa dans tout ça. Un SMS une fois par mois, quelques clichés sur WhatsApp les jours «on» (des selfies avec son chéri). Un coup de téléphone les jours «off», quand elle s’est chamaillée avec Helmut, Frantz ou Günther, décidément, l’allemand, j’imprime pas. À vingt-cinq ans, tout est devant. Et c’est beau comme ça.

Sa cadette de deux ans vit en Suisse, s’éclate dans le chocolat, et rêve de devenir reine de la ganache. Probablement génétique cette affaire. Ma grand-tante savait la faire comme personne et en faisait commerce à Saint-Malo.

Nouela Le Corre, dite «Nounou Ganache», possédait une chocolaterie-confiserie au cœur de la ville fortifiée dans les années vingt. Une sacrée bonne femme. Dont la réputation des produits dépassait largement les frontières de la cité corsaire. La ganache et les caramels au beurre salé de Nouela Le Corre se payaient le prix fort, mais on y revenait.

C’est elle qui guide mes pas jusque-là. Je l’ai bien connue Tata Nouela. J’avais vingt ans lorsqu’elle passa de vie à trépas. En 1995. Je me souviens de sa forte taille. En hauteur comme en largeur. De son visage poupon qui donnait envie de lui claquer des bécots sur ses bonnes joues roses et molles, mais qui en l’espace d’un instant, pouvait prendre une expression terrifiante, pétrie d’agressivité et de colère. Un drôle de personnage. Qui a toujours fait beaucoup jaser. Notamment au sujet de sa vie conjugale. Cinq maris qu’elle aura usés. La barbe bleue d’Ille-et-Vilaine. Car ils ont tous disparu de manière improbable, louche. Nounou Ganache serait-elle l’alter ego de Marie Besnard ou de Fleur de Tonnerre ? Ça me tarabuste cette affaire. Et me fascine en même temps. Je suis le seul de sa lignée à être tarabusté manifestement. Mon frère, mon père, ma mère, mes enfants, ne semblent pas être le moins du monde intéressés par la question. Mes grands-parents fermaient leurs visages les rares fois où j’ai abordé le sujet. Me disant qu’il fallait laisser ça là où c’était. Dans le caveau. Que remuer les morts, ça ne présentait pas grand intérêt, qu’il y avait eu suffisamment de fantasmes et d’affabulations autour de Nounou Ganache.

Bref, pas moyen de trouver un acolyte familial pour m’aider à résoudre cette enquête. Tant pis. J’irai seul. Retourner les souvenirs, faire parler les gens, les descendants car évidemment, les contemporains de Tata Nouela morte à cent-deux ans, sont tous aujourd’hui ses voisins de cimetière.

Avec mes deniers de jeune divorcé, j’ai fait l’acquisition d’un grand studio meublé, au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble de quatre appartements. Face au phare des Bas Sablons. Toujours beaucoup aimé ce quartier lorsque nous venions en vacances à Saint-Malo avec mes parents. Suis content. Je vais me laisser vivre, au passé et au présent.

La tête dans les années vingt le matin, plongé dans l’écriture de la biographie de ma tantine. Le nez au vent le reste du temps, à déambuler dans la cité. Fouiner chez les libraires, taper aux portes des gens, glaner à la mairie, tenter auprès de la gendarmerie, m’amuser à enquêter.

« Tu vas vite t’ennuyer », m’a prédit Julie, mon ex-chérie. « Je ne te donne pas six mois pour te voir débarquer dans ta Seine-et-Marne natale, courir à ta boîte et supplier Stéphan de te rendre les clés de ta boutique pour reprendre ta vie d’avant ! ». Croit-elle.

Ma vie d’avant. Plan-plan. Passé plan-plan. Présent plan-plan. Avenir plan-plan. Nan. Je ne sais pas où me mènera Tata Nouela, mais j’y retournerai pas à ma vie d’avant. Non pas qu’elle fut détestable, mais elle m’a jamais fait vibrer cette vie-là. J’ai fait mon job. J’ai vendu de jolis habitats à des familles sympas. J’ai nourri ma famille, j’ai fait l’amour à ma femme que je n’ai jamais trompée (si l’on exclut un p’tit coup de canif dans le contrat, une égratignure en vingt-huit ans de mariage, du pipi de chat quoi). Jamais cherché à savoir si elle avait un jour grimpé aux rideaux pour un autre que moi. Ça ne m’intéresse pas. Grand bien lui ait fait si tel fut le cas. Les dimanches en famille. Des dimanches et des dimanches qui n’en finissaient pas. Pas vraiment souffert de ça. Mais vraiment pas planant en tout cas. Alors que Tata Nouela… Avec son cent vingt-cinq de tour de poitrine, sa peau douce, sa chair moelleuse que j’attrapais à pleines mains sur ses hanches du haut de mes cinq ou six ans à sa plus grande joie (elle riait aux éclats), ben Tata Nouela, elle enflamme mon imaginaire. Je plaque tout pour Tata. Je débarque à Saint-Malo avec mon ordi et ma valoche. Et je suis heureux comme Ulysse.

Voilà. J’y suis.

Place Monseigneur Duchesne. Numéro 23.

Nouveau moi en émoi.

Un coup d’œil au phare des Bas Sablons qui semble n’attendre que moi (Si, si ! j’en suis sûr, d’ailleurs il vient de me sourire là).

Je pousse la porte de l’immeuble.

Quatre boîtes aux lettres dans l’entrée. De vieux modèles gris acier.

Quatre étiquettes aux noms des habitants du lieu :

V. MARCHAL(Ça, c’est Bibi)K. RIOU. K. BODERIC. K. MORVAN

Trois K et moi.

Alors quoi ? Kurt ? Karl ? Korantin ? Kristelle ? Katel ? Kateline ? Klaus ?

Pas banal en tout cas.

Allez hop ! Faut que je sorte mon barda de la bagnole, que je fasse mon lit, quelques courses pour garnir le frigo, et ensuite, à moi la balade iodée sous le ciel bleu malouin tagada-tsoin-tsoin. Il est content Vincent. Vraiment content.

Jeudi 12 octobre 2023

Studio, 23 Place Duchesne

Presqu’un mois que je suis là, et pas encore croisé un seul de mes voisins. Bon, faut dire que je suis un peu en vrac question horaires. Je me lève quand ça me chante, et je me couche quand je baille. J’imagine bien que les locataires de l’immeuble ont des vies plus en phase avec leurs pendules.

J’ai connu ça moi aussi. La vie rythmée par une montre. Une montre dans le crâne. Une montre dans le ventre. Et parfois une dans le cœur.

Je ne cours plus après le temps désormais. Mais je trouve quand même le moyen d’être stressé. Ça porte un nom : la procrastination.

Je fiche rien.

Et ça commence à m’angoisser. Enfin angoisser, le mot est un peu fort. Disons «agacer». Mon moi-même agace mon autre moi-même. Y’en a un qui vit au présent le nez dans le vent, et qui voit pas pourquoi ça devrait changer. Et l’autre qui lui rappelle qu’il est pas venu s’installer à Saint-Malo en pré-retraite, mais avec le projet de réaliser la biographie de Nouela Le Corre. Et que ça va pas se faire tout seul.

Procrastiner, c’est terrible. Ça vous fait passer par des états psychologiques antinomiques, c’est éprouvant.

Donc, je fiche rien mais je suis crevé.

Hier, j’étais motivé. Je suis allé à la mairie de Saint-Malo. Tenter de pêcher quelques infos au sujet de ma tantine. Les dates précises de ses multiples mariages entre autres. Y’avait du monde devant moi. Trop de monde. Suis pas patient. Ça m’a saoulé, je suis reparti en me disant que je pouvais toujours commencer à écrire, que je laisserais des trous pour les dates. On verra plus tard.

En soirée, bien calé dans mon fauteuil en simili cuir rouge carmin, les doigts sur le clavier, j’attaquais mon deuxième paragraphe et ma vingt-septième ligne. Un exploit. Le premier depuis que je suis là. Lorsque tout à coup, au-dessus de ma tête, j’entends des petits bruits secs. Des pas. Pas des pas de chaussons, non.

Mon imagination m’a suggéré des talons télescopiques. Partant de là, j’ai visualisé des talons aiguilles top glamours. Chaussants des pieds rosés réhaussés de longues jambes bien galbées. Elles-mêmes surplombées par un joli bassin, agrémenté d’un torride fessier. Lequel serait totalement dévoilé par la subtile et on ne peut plus légère présence d’un string finement brodé.

Ça m’a mangé une heure cette crise hormonale. Comment voulez-vous que je m’en sorte si ma testostérone s’en mêle ? C’est pas Tata Nouela avec son physique de nougat qui va m’aider là. J’ai quand même affiché sa photo au-dessus de mon bureau. Lorsque mon esprit s’égare, je reviens à mon point de concentration. Des fois, ça marche.

Bon, enfin dans tout ça, je sais maintenant que j’ai une voisine.

Quel âge ? Vingt, trente, quarante, cinquante ans ? Plus ? À quelle période de sa vie une femme cesse-t-elle de porter des talons télescopiques ? Y-a-t-il une limite temporelle ? Est-elle brune, blonde, rousse ? Et si c’était un transgenre ? À la bonne heure, ça calmerait mes ardeurs…

Je vais aller faire un tour en ville. Des tours en ville, je sais faire. Je fais que ça du reste la plupart du temps. J’ai repéré une librairie à deux pas d’ici, peut-être que je pourrais y trouver des lectures inspirantes, ou à défaut, de quoi combattre ma procrastination en « glandant utile ». En lisant, une ou deux biographies, ça me donnera sûrement des pistes pour structurer celle de tantine.

Allez hop, mon vieux coupe-vent «à la papa», et j’y va.

Bon sang, ça souffle. J’ai pas long à faire, tant mieux. Vais marcher tête baissée, pour bien ioder mes cheveux. Reste à savoir si l’iode est bénéfique pour la chevelure d’un presque quinqua. À étudier. Enfin, non, à laisser tomber. Qu’est-ce que je peux perdre comme temps à me poser des questions stériles. Sûrement un symptôme commun aux grands procrastinateurs.

De la lumière dans la librairie. Rien que ça, ça me réchauffe les poils.

Je rêve ou la blondinette de la boutique d’à côté m’a fait un signe ? Ça doit pas être pour moi, je trace.

— Monsieur Marchal !

Ah ben si, c’est pour moi.

— Oui ?

— Bonjour Monsieur Marchal. Je suis votre voisine du dessus, Katia Riou.

Un rapide coup d’œil à ses chaussures me confirme la plausibilité de cette affirmation. Elle porte des escarpins à talons super-télescopiques. Bien plus hauts que ceux que j’avais imaginés. Et pourtant, je n’y étais pas allé avec le dos de la cuillère question hauteur fantasmée.

Elle me tend une menotte parfaitement manucurée, et m’offre un sourire aux quenottes bien blanches et parfaitement alignées. Une petite beauté. Pas loin de la trentaine. À peine plus âgée que ma fille aînée. Ça devrait me calmer d’emblée. En théorie. Ben pas du tout. Suis tout émoustillé.

Elle m’invite à entrer dans sa boutique. Esthéticienne. Qu’est-ce que ça sent bon là-dedans…

Je bafouille :

— Merci, merci… Et bien… Enchanté ! Et surtout ravi de mettre enfin un visage sur ma voisine du dessus ! Mais vous, comment avez-vous su que c’était moi, enfin, que j’étais votre voisin quoi ?

— Je vous ai croisé il y a peu sur la place Duchesne alors que vous sortiez juste de l’immeuble. J’étais avec des amis et je n’ai pas pris le temps de vous saluer. Un autre jour, je vous ai aperçu y entrer. Vous êtes le seul homme de l’immeuble, la déduction était simple !

— Je suis le seul homme ? Entouré de trois femmes, c’est charmant ! Bonne déduction de votre part, mais j’aurais pu être un ami de l’une de nos deux voisines, ou un «backdoor man» !