L'agroécologie - Cours Technique - Benoît R. Sorel - E-Book

L'agroécologie - Cours Technique E-Book

Benoît R. Sorel

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Beschreibung

Comment pratique-t-on l'agroécologie ? Dans ce cours, je présente une panoplies de techniques, des plus évidentes lors de la création d'un jardin, jusqu'aux plus raffinées du jardin professionnel produisant avec régularité.   Comment transformer une terre de prairie en une terre cultivable ? Comment gérer une prairie pour qu'elle produise foin et tonte sans s'appauvrir ? Comment parvenir à l'autonomie ? Comment améliorer la fertilité d'un sol sans utiliser aucun intrant ? Comment utiliser les engrais verts pour accompagner les cultures et améliorer le sol ?   J'aborde en détail ces questions et de nombreuses autres, avec des séries d'illustrations et la mise en lumière des tenants et des aboutissants de chaque technique. Ce cours est rédigé à l'attention des personnes qui souhaitent démarrer une activité agricole de production de légumes et petits fruits qui est tout à fait épanouissante et respectueuse de la Nature. Il conviendra aussi à tous les jardiniers philosophes et aux personnes qui ne se satisfont pas d'explorer la surface des choses. Il est le complément indispensable du cours théorique d'agroécologie, dans lequel je détaille les définitions, les objectifs et les enjeux de l'agroécologie. Ce cours est dédié à Masanobu Fukuoka, 1913 - 2008, inventeur de l'agriculture sauvage. Puisse ce cours être digne des efforts qu'il a accompli pour poser les bases d'une nouvelle agriculture durable et humaniste.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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DU MÊME AUTEUR

Savoir-faire

L’élevage professionnel d’insectes

La gestion des insectes en agriculture naturelle

L’agroécologie : cours théorique

L’agroécologie : cours technique

Les cinq pratiques du jardinage agroécologique

Essais

NAGESI. Nature, société et spiritualité

Réflexions politiques

À la recherche de la morale française

L’agroécologie c’est super cool !

T.1 Quand la nuit vient au jardin – les émotions déplaisantes en agroécologie

Sens de la vie et pseudo-sciences

T. 2 Le bonheur au jardin

Pensées cristallisées

Nouvelles

L’esprit de la nuit

Les secrets de Montfort

Fulgurance

Saint-Lô Futur

SITE INTERNET

http:\\jardindesfrenes.com

SOMMAIRE

I

NTRODUCTION

C

ARACTÉRISTIQUES DU JARDIN

Plan d’ensemble

Sol et végétation spontanée

Historique

Où cultiver ?

Q

UE FAIRE DU PETIT BOIS DE TAILLE

 ?

Créer ou reformer des talus avec le petit bois

Pailler les planches des futurs arbustes fruitiers

Faire des tours à insectes dans les zones « tampon »

Agroécologie versus tradition

L

ES ZONES DU JARDIN

 :

FONCTIONS ET DÉLIMITATIONS

Matériel de délimitation

Dimensions des allées et chemins

Dimensions des planches cultivées

Quelle surface totale cultiver ?

Les zones tampon : taille et nombre

I

NTERLUDE THÉORIQUE

 :

VIVE

S

IMON

 !

P

RÉPARER LE SOL

Au départ d’une prairie ou d’une jachère

Les erreurs du débutant

Erreur de paradigme

Un brin de fainéantise chèrement payé

Et les planches trop « sales » ?

À partir de la première année de culture

Du bon usage de la grelinette

Du bon usage du motoculteur

Du bon usage de la bâche noire

Amendements

Autres outils manuels

D

ATES DE SEMIS ET DE PLANTATION

Cultures

Engrais verts

P

RENDRE SOIN DU SOL

Le paillage de printemps

Le paillage d’automne

Le mulch et la lutte contre les rongeurs

Retour d’expérience : la qualité du sol

Constat après des cultures sans rotation et sans travail du sol

Constat lié à la nature du sol et à la météo annuelle

T

ONTE ET FOIN

 – 

GÉRER LES ALLÉES ET LA PRAIRIE

Et le secret de SIMON ?

Les allées toujours fertiles

Principe

Organisation des tontes

Avantages des allées enherbées

Inconvénients des allées enherbées

Rythme de tonte

La prairie toujours fertile

Objectif de la gestion agroécologique d’une prairie

Principe

Technique

Retour d’expérience

Le bon geste du faucheur

L

ES CONDITIONS D

UNE FERTILITÉ DURABLE

Quelle fertilité pour qui ?

Pas d’épuisement du sol, c’est certain ?

Assurer la fertilité à court terme

À moyen terme

À long terme

Et les engrais verts ?

Et les animaux ?

L

ES LIMITES DE MON SYSTÈME AGROÉCOLOGIQUE

Les Limites du paillage

Limites climatiques et géographiques

Agroécologie, agriculture traditionnelle et simplicité

A

GROÉCOLOGIE DE BASE

 :

CONDUITE DES CULTURES

Préparation d’une planche : explications supplémentaires

Salade

Courgettes de plein champ

Mâche

Fèves

Fèves de plein champ

Fèves sous serre

Melon

Haricots

Haricots nains mange-tout

Haricots grimpants

Après-culture

Pois

Chou-fleur

Semis et plantation

Aparté : le chou-fleur humaniste

Retour aux choux-fleurs

Après culture

Choux d’hiver

Poireaux

Betterave

Carotte

Pomme de terre

Fraisiers

Courges

Cassis et groseilles

Cassis et groseilles à grappes

Groseilles à maquereau

Mûres et framboises

Arbres fruitiers

A

GROÉCOLOGIE AVANCÉE

 :

COMBINAISONS CULTURES

ENGRAIS VERTS

Constatations intrigantes

Après les cultures de choux et de courgettes

Après les haricots nains

« L’illumination »

Les principes de l’agroécologie avancée

Les techniques agroécologiques avancées

Le principe des combinaisons culture – engrais vert

Combinaison courgette-phacélie

Combinaison chou d’hiver – radis oléifère

Combinaison navets d’hiver – poacée

Combinaison légumineuse – engrais vert

Combinaison chou-fleur-chénopode (essai !)

Combinaison fèves-sarrasin

Combinaison engrais verts-haricots-courges

Choix des engrais verts combinés

Et les combinaisons avec les petits fruitiers ?

Ne pas enfouir les engrais verts ?

Les incombinables

Évolution des techniques à moyen-terme : le champ des possibles

S

EMENCES ET SEMIS

Faire des semences

Faire les semis

O

RGANISATION

Dates de travail du sol

Plans du jardin

Rotations

Légumineuses et engrais verts

Tableau des semis et des semences

Calendrier de travail

Les contre-temps

G

ÉRER LES NUISIBLES

Les campagnols

Quels légumes affectionnent-ils ?

Où vivent les campagnols ?

Comment circulent-ils dans le jardin ?

Comment réduire les dégâts ?

Les taupes

Les mulots

Bisou bisou les mignons !

Les limaces

Les autres ravageurs

Terrestres

Aériens

D

U RESPECT DE LA NATURE

Le temps long de la nature

La sensibilité envers le vivant

L

ES

« 

MAUVAISES HERBES

 »

ET L

AVENIR

Les inoffensives

Grande oseille des champs et petite oseille des champs

Chiendent

Ortie

Les envahissantes

La renoncule rampante

Le liseron

Le lierre terrestre

L’avenir du jardin en question

La peur ontologique des mauvaises herbes

Trois voies s’offrent à nous

De l’impermanence de la nature à la créativité technique

L

E MATÉRIEL DE CULTURE

Pour couper l’herbe

Pour préparer le sol

Pour semer

Serre

Tunnel

Filets anti-oiseaux

Tuteurs

Silo à terreau maison

T

ECHNIQUES ET COMMERCE

F

AIRE LES COMPTES

C

ONCLUSION

A

NNEXES

Problèmes de culture et voies de l’innovation

Les purins de plantes : des effets démontrés ?

Masanobu Fukuoka expliqué

Synthèse de la pensée de Fukuoka

Retour aux définitions

L’expérience de Fukuoka

1 INTRODUCTION

La théorie dit le quoi et le pourquoi, la technique dit le comment. Comment pratique-t-on l’agroécologie ? En utilisant toute une panoplie de techniques. Quelles techniques, à quels moments, en quels endroits ? Je vous propose de démarrer par le commencement et de procéder chronologiquement, c’est-à-dire depuis le moment où l’on dispose d’un terrain « vierge » jusqu’au moment de faire les premières récoltes, trois années plus tard. Ici je ne reviendrai pas sur les justifications scientifiques, économiques, psychologiques et historiques de l’agroécologie, qui sous-tendent mes choix techniques : tout ceci est décortiqué dans le cours théorique d’agroécologie.

Très modestement, je vous présente dans ce livre le fruit de ma propre expérience dans mon jardin, situé en Basse-Normandie dans le petit village de Saint Jean de Daye. J’ai choisi de l’appeler le jardin des frênes, car autour j’ai replanté des frênes pour les tailler en têtard selon la tradition. Mais aussi parce que le frêne est un arbre humble, qui me rappelle chaque jour que l’humilité doit être la première qualité du jardinier, en particulier du jardinier agroécologiste.

Depuis la première édition de cet ouvrage en 2015, j’ai créé mon entreprise agricole sur la base de ce seul jardin. Je suis enregistré comme cotisant solidaire, ne payant qu’environ 300 € annuellement à la mutualité sociale agricole ; en contrepartie mon temps de travail ne doit pas excéder 1200 heures annuelles. Mon chiffre d’affaires annuel se situe autour de 4000 €. J’ai donc atteint l’objectif que je m’étais fixé. Durant les mois d’automne et d’hiver, je m’adonne à une autre activité, l’écriture, qui complète mes revenus.

Comme tout métier, cultiver des fruits et des légumes s’apprend en pratiquant. Connaître et comprendre la théorie ne permet rien. Comptez au moins trois années de pratique pour arriver à quelque régularité dans la production, et confirmer votre niveau … d’apprenti ! L’agroécologie, pratiquée professionnellement, est un vrai métier, et pas une mode pour citadin en mal de nature et de petits oiseaux. Les techniques que je vais vous présenter ne sont pas toutes évidentes, ne serait-ce que le maniement des outils qu’il faut apprendre. Et, par exemple, il faut au moins trois années d’observation pour percevoir comment chaque culture laisse la terre après elle. Efforts, patience et persévérance… Si l’agroécologie était un jeu d’enfant, ce serait une mode que l’on aurait déjà oubliée. L’agroécologie est sérieuse, mais joyeusement sérieuse.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous rappelle deux points théoriques majeurs.

I. Les objectifs de l’agroécologie sont les suivants : pas d’intervention directe sur les plantes, un sol couvert et vivant d’un bout à l’autre de l’année et autonomie. Ces objectifs ne doivent pas être compromis, au risque de décrédibiliser votre projet de jardin aux yeux de votre entourage (« ce qu’il fait n’a ni queue ni tête, il n’a pas de vision à long terme, etc. ») et pour vous-mêmes : vous risquez de céder à la facilité, au lieu d’apprendre à vous adapter et à devenir créatif1. En compromettant ces objectifs vous aurez un jardin qui sera un peu de tout : un peu d’agriculture bio, un peu de jardinage traditionnel, un peu de permaculture, un peu d’agroécologie, un peu de conventionnel intensif. Avec l’expérience dont je dispose, je crois que ce mélange rend plus difficile de trouver la cause des problèmes de culture. Et je crois que cela entrave le jardin lui-même : le jardin ne va pas pouvoir bien fonctionner « comme un tout », comme une unité. C’est-à-dire que les « résidus » de l’utilisation d’une technique ne pourront pas servir de matériau de base pour une autre technique (créant cet effet « le tout est plus que la somme des parties). Ou que les boucles de rétroactions entre les prédateurs naturels et les ravageurs seront faibles ou intermittentes. C’est surtout l’objectif d’autonomie qui va vous permettre de concevoir le jardin comme un tout : un ensemble de plantes, d’animaux et de sol, qui interagissent entre eux, et dont les conséquences de ces interactions seront la fertilité pérenne du jardin, la production fiable d’une année sur l’autre (tempérance des extrêmes climatiques) et l’absence de maladie. Alors que si vous importez des engrais, du fumier, du BRF ou autres amendements, vous ne pourrez pas percevoir l’unité du jardin. Vous ne pourrez pas percevoir son identité, de la même façon qu’on n’est pas soi-même si pour être en forme on avale chaque jour des vitamines.

Pratiquer l’agroécologie sérieusement, avec cohérence et persévérance, permet aussi aux scientifiques de s’y intéresser. Et les scientifiques mettent à disposition des jardiniers agroécologistes des savoir-faire adaptés à la petite échelle de travail qui caractérise l’agroécologie. Cette science pour l’artisanat agricole2 rend plus vraisemblable la coexistence à long terme de l’agroécologie, artisanale, aux côtés de l’agriculture industrielle. Sinon les pratiquants de l’agriculture industrielle, bio ou conventionnelle, accusent sans relâche l’agroécologie d’amateurisme. Ce qui n’est pas le cas, bien sûr.

II. Second point théorique : à partir des connaissances scientifiques en écologie sont dérivés les principes agroécologiques. Notamment le principe du cycle de la matière organique. Et chaque principe est mis en pratique en tenant compte des particularités locales du jardin : nature du sol, climat, environnement… ainsi que de l’expérience du jardinier. Il n’existe pas de technique agroécologique universellement valable. La prise en compte des particularités locales requiert de la part du jardinier une nécessaire créativité.

Ce livre, exhaustif, pourrait laisser penser que les techniques qu’il contient ne peuvent pas être fiables, les « vraies » techniques, celles qui sont certaines et efficaces, constituant un secret professionnel que les agroécologistes n’auraient pas intérêt à divulguer. Cette façon très commerciale de penser est erronée : les techniques ici présentées ont été testées et elles sont au cœur de l’agroécologie. S’il existe un secret intransmissible en agroécologie, c’est simplement celui de l’expérience du jardinier, en nombre d’années, quant à ses gestes et à son organisation. Intransmissible est aussi ce que le jardinier ressent quand il est chaque jour au contact des plantes, de la terre et du ciel. En fonction de votre sensibilité vis-à-vis de l’état des plantes et de la terre, vous pourrez utiliser certaines techniques et pas d’autres.

Note : dans cette 2e édition, je fais précéder d’un Exp. 5+ mes commentaires après cinq années d’expérience.

1 Alors que c’est dans la créativité et dans la capacité à s’adapter, pour surmonter les difficultés et pour innover, que réside le cœur de l’agroécologie. Comme tout vrai métier.

2 À l’instar des fermes agroécologiques « push – pull » développées au Kenya, au cours d’un processus collaboratif réunissant, sans intermédiaire (ingénieur, techniciens ou « conseillers » agricoles), des scientifiques et des paysans.

2 CARACTÉRISTIQUES DU JARDIN

PLAN D’ENSEMBLE

Pour démarrer votre projet, un plan réalisé à la main sur la base du plan cadastral suffit amplement ! Par la suite, vous pourrez faire un plan vectoriel sur ordinateur, à l’échelle, comme celui-ci, avec le logiciel très pratique et gratuit Inkscape.

Ceci est le plan de mon jardin après 6 années de culture.

Légende :

Bleu : fossé

Gris : haie

Vert foncé : prairie

Vert clair : allée

Marron : planche cultivée

Jaune sombre : zone tampon

Jaune clair : chambres à semis

Dégradé : serre

Noir : cuve à eau

Violet : composteurs

Blanc : cour, divers

Rouge : bâtiments

Longueur : 120 m

Largeur : 50 m

La prairie, à la date d'achat du terrain. Comment la faucher, avec quel matériel et sans expérience?

Une fois les cultures lancées - des engrais verts (moutarde, sarrasin, phacélie, sorgho) le terrain commence à ressembler à un jardin. Notez les ondulations du terrain, bien visibles. Ne les arasez pas : elles ont leur utilité!

Ne pas négligier les dépendances : même inesthétiques, elles sont indispensables pour entreposer le matériel et installer une table à semis.

Voilà un terrain rectangulaire, rationnnel. plat. C'est le terrain de tous les possibles, même si son apparence est austère durant les premières années.

Vue d'ensemble (2014). Par la suite la serre sera implantée à droite des composteurs verts Photo prise en hiver : on distingue les planches recouvertes de foin Prairies, allées et zones tampon sont tondues.

SOL ET VÉGÉTATION SPONTANÉE

Le sol est dit superficiel : à -15 cm de profondeur on trouve de la terre argileuse dont on se servait autrefois pour réaliser les murs des maisons traditionnelles. Par endroit cette couche démarre à seulement à -10 cm ! À -25 cm environ se trouve une fine couche de dragées de quartz. À -30 cm démarre une très épaisse couche d’argile pur jusqu’aux profondeurs – les communes des environs étaient par le passé connues pour leurs briqueteries. En surface la terre végétale est fine et riche en argile. Elle est très lourde, collante comme du chewing-gum quand elle est gorgée d’eau, et elle se réchauffe uniquement à partir de la mi-mai. Tout travail profond du sol est à proscrire, sous peine de faire remonter l’argile. Certains champs environnants ont été labourés au tracteur par le passé. Aujourd’hui, ils ne sont plus bons qu’à de la prairie, la couche superficielle de terre ayant disparue, mélangée dans l’argile inépuisable. Mon outil qui travaille le plus profondément la terre est la grelinette : ses dents atteignent 20 cm de profondeur. Aussi dois-je faire attention à ne jamais l’enfoncer à fond. Mon petit motoculteur travaille la terre sur une profondeur maximale de 15 cm. Cela est tout à fait suffisant pour les carottes et les autres légumes-racine.

Bien que d’un seul tenant, on distingue six zones dans mon terrain : une prairie, un ancien jardin, un jardinet totalement empierré côté route, un bord de fossé derrière les dépendances, une cour et 150 m linéaires de haies avec fossés et talus. La surface totale est de 5400 m2, dont la prairie de 4200 m2, l’ancien jardin de 600 m2 et un ensemble de bâtiments et cour sur 600 m2. La prairie est vigoureuse, typique de la Normandie, de laquelle je tire de la tonte et du foin en abondance pour pailler et nourrir le sol entre les cultures et après les cultures.

Voyons plus précisément les caractéristiques du sol. En fait, j’ai pas moins de six sols différents sur mon terrain !

Ancien jardin (500 m

2

) : 40 cm de bonne terre noire, car elle a vraisemblablement été fumée tous les ans, depuis des générations. Mais elle est très lourde, car elle résulte d’un mélange avec la première couche d’argile.

La prairie :

petites zones de terre noire multiples, certainement là où se trouvaient auparavant les racines des pommiers,moitié Est du champ, à l’ombre des haies : la terre est claire et très maigre (sans humus),au fond des ondulations se trouve de la terre épaisse avec plus d’humus,sur le haut des ondulations la terre est peu épaisse et pauvre en humus.

Entre la prairie et l’ancien jardin existait un fossé. Il a été busé et comblé d’argile pure et de cailloux. Cette « terre » a été étalée sur environs 3 mètres de large côté jardin : il est donc impossible de cultiver quoi que ce soit.

Entre la maison et la route, le sol de l’ancienne cour est inutilisable. Il fut recouvert intégralement de cailloux, sur une sous-couche de brique concassée jusqu’à l’argile. Le travail du sol est tout à fait impossible. Les deux frênes que j’y ai planté n’arrivent même pas à pousser.

Enfin, derrière les dépendances, orientation à l’Est, j’ai une petite langue de terre hydromorphe, envahie de prêle et bordée d’un fossé. Là aussi, je ne puis rien faire : ce ne sont que des cailloux et des briques concassées jusqu’à la première couche d’argile.

Le devant des dépendances, sur une largeur de dix mètres, est également incultivable : aussi des cailloux et des briques concassées. Dans l’ancien jardin, désagréable surprise, j’ai découvert sous 10 centimètres de terre les restes de l’ancienne allée centrale, bordée de briques et remplie de gravier. Il m’a fallu enlever tout ça à la pioche !

Ces caractéristiques de départ – prairie sur terre superficielle sur argile – imposent certaines techniques et en proscrivent d’autres. Mes techniques ne valent que pour mon terrain. Elles ne vaudraient même pas pour un terrain géographiquement proche si celui-ci était dépourvu de prairie. Des pentes marquées imposeraient d’autres techniques. Et si le jardin était associé à un grand élevage de poules ou à un verger de 1000 m2 ou plus, d’autres techniques encore s’imposeraient… Il n’existe pas de technique universelle en agroécologie : tout est affaire d’adaptation. Seuls les principes agroécologiques sont universels. Comme l’a dit Pierre Rabhi aux moniales de l’abbaye de Solan : « Il faut partir de ce qu’on a ».

Poussent spontanément : grande et petite oseille, renoncule rampante, liseron, ronces, bleuet, pissenlit, chardons, chiendent, chénopode blanc, orties, mouron rouge, mercurielle, lamier. C’est une végétation à fort système racinaire, caractéristique des terres lourdes.

HISTORIQUE

J’ai pu retracer quelques éléments de l’histoire du terrain. La taille de la prairie (4200 m2) correspond à une acre, soit la surface que pouvait travailler en une journée un char à bœuf. Sa largeur de 32 m correspond à environ 6 hâtes, c’est-à-dire 6 × 5 mètres, 5 m étant la largeur qui peut être recouverte en jetant des semences à la main. J’en ai déduit que cette prairie était à l’origine cultivée, et que sa taille a donc été déterminée avant l’apparition des tracteurs. L’absence de cailloux en surface, malgré la première couche d’argile avec dragées de quartz à -15 cm, atteste que les pierres ont été systématiquement enlevées. J’en ai retrouvé de grandes quantités dans les restes des talus. Les cultures furent arrêtées, je ne sais pas quand. Le champ fût mis en prairie pâturée, les dépendances ont accueilli des animaux, et la maison actuelle était peut-être aussi une étable. Le champ fut en tout cas planté de pommiers dans les années 1980. Ils furent arrachés en 2004. Depuis cette date, le champ n’a reçu aucun entretien hormis le fauchage et la récolte du foin deux fois par an. Vraisemblablement, aucun fumier n’y a été épandu depuis longtemps, la couche de terre arable ne dépassant pas 5 cm dans la moitié Ouest et 2 ou 3 dans la moitié Est ! (je suppose que l’épandage de fumier aurait induit une épaisseur plus importante). Du fait du passage répété des tracteurs, la terre est considérablement tassée à la date d’achat (2012).

Saint Jean de Daye est situé sur un plateau argileux. Le sol de mon terrain fut travaillé en ondulations par les anciens, quand les cultures furent arrêtées. Ces ondulations, d’une largeur de huit mètres environ, créent un mouvement de l’eau malgré l’absence de pente. Ainsi l’eau est amenée à s’évacuer dans les fossés entourant le terrain. Sinon, le terrain étant totalement plat, l’eau stagnerait. Cette technique de création d’ondulations était courante pour les prairies sans relief et au sol lourd : on peut la voir assez souvent en Normandie des marais et aussi dans la Sologne des marais (où j’ai fait ma formation à la ferme de Sainte-Marthe). Réfléchissez bien avant de les araser : elles ne sont pas déraisonnables.

OÙ CULTIVER ?

La prairie et l’ancien jardin se prêtent à l’agriculture. À moins de racler le jardinet entre la maison et la route pour en enlever tout le 20/40 et les briques concassées puis faire revenir trois bennes de terre, je ne pourrais rien en tirer. Je décide de faire de la partie Ouest du champ, là où la couche d’humus est la plus mince, une prairie plantée d’une quinzaine d’arbres fruitiers. Même débutant, je peux voir que rien n’arrivera à pousser là que de l’herbe : un inconvénient qui se transformera en avantage, car de là viendra la plus grande partie du foin. La partie Est du champ, avec la couche de terre arable la plus épaisse, sera cultivée.

L’avantage de la prairie est son ensoleillement maximal et son orientation. Mais elle est battue par les vents de toute direction. En Normandie pluvieuse, cela peut toutefois être un avantage. Hélas les années 2016, 2017 et 2018 furent particulièrement sèches, et je regrette que mes haies ne soient pas plus denses et hautes.

3 QUE FAIRE DU PETIT BOIS DE TAILLE ?

L'ancien poulailler, retrouvé sous les frondes des ronces! Mais que faire des ronces coupées?

Une hais qui menace de s'effondrer? Taillons, taillons! Et voilà encore des m3 de petit bois ...

Que taire de 6 mètres cube de bois, restes d'une haie arasée par le précédent propriétaire? Les transformer en vingt mètres linéraires de talus par exemple!

Dans la cour empierrée, la nature a repris ses droits. Petit bois, petit bois, encore, encore ...

L'arbre abattu afin de refaire le fossé. Son sort? Le plus gros servira pour se chauffer, le petit bois finira en talus.

Des mètres et des mètres de talus! Voilà quoi faire du petit bois de taille et des ronces. Inutile de les porter en déchetterie. Les plus courageux en feront même des murs, le tout empilé et bien tassé derrière du grillage de 2 m de hauteur.

Créer ou reformer des talus avec le petit bois

À l’achat de la maison, il a fallu enlever d’importantes quantités de ronces et de fourrés sauvages, dont on a retrouvé des racines jusqu’à l’intérieur de la maison ! Je me suis retrouvé avec des tas et des tas de petit bois… Impossible de transporter tout ça à la déchetterie – car porter à la déchetterie est un réflexe pour le citadin que j’étais. Mais ce n’est pas agroécologique du tout : qui dit autonomie dit zéro export.

Pour délimiter un enclos et pour recréer un talus de haie arasé (talus qui en même temps sert à délimiter la propriété), j’ai donc utilisé tout ce petit bois qui ne peut pas être utilisé pour le chauffage. Je l’ai simplement coupé à la cisaille et posé sur le sol, les branches toutes dans la même direction. Petit à petit, il se décompose, et il faut en remettre au moins tous les deux ans, avec les tailles de haie qui ne peuvent pas servir comme bois de chauffage ni comme tuteurs. Depuis cinq ans, à chaque hiver je « recharge » ces talus en petit bois de taille, et leur hauteur reste la même ! Preuve qu’il se décompose. Un talus est même devenu la maison d’un hérisson, chouette !

Pailler les planches des futurs arbustes fruitiers

Avec le feuillage et les branches fines d’un frêne abattu par nécessité, j’ai recouvert les endroits où j’ai prévu de planter des mûriers et des framboisiers. Le sol de ces planches ne sera pas travaillé. Cet arbre faisait environ 10 mètres de hauteur, et les fines branches n’ont permis de recouvrir que 16,5 m2. C’est beaucoup, mais pas tant que ça ! Je n’ai pas transformé ces branches en BRF – la location d’une machine à BRF m’est trop coûteuse.

Exp. 5+ Trois années plus tard, tout ce petit bois s’est complètement décomposé au pied des mûriers ; je ne doute pas qu’il a participé à améliorer la terre désormais noire et grumeleuse. Donc : le bois se décompose bien, mais il ne faut pas être pressé.

Faire des tours à insectes dans les zones « tampon »

3 m3 de petit bois de taille sont transformés en huit « tours à insectes », deux par zone tampon. Elles servent de refuge pour les coccinelles, pour les larves des carabes et pour les orvets, deux consommateurs de limaces. La réduction de volume est importante : « ça part vite »! Et avec le temps, la taille des tours diminue, de moitié en deux ans. Donc au départ, ne pas hésiter à les faire hautes de 60-80 cm.

Exp. 5+ Tout comme le « mur » de petit bois, les usages à la verticale du bois semblent à priori être une bonne chose : gain de place et utilité écologique. Les hérissons apprécient, c’est certain, mais les campagnols tout autant ! Ces terribles ravageurs se reproduisaient en toute tranquillité au beau milieu de mon jardin, bien protégés des chats à l’intérieur de la tour à insectes. Je me suis finalement résolu à les enlever ; elles étaient par ailleurs trop humides en hiver pour permettre aux insectes d’y passer la mauvaise saison.

Agroécologie versus tradition

Ces utilisations du petit bois semblent enfantines, pour ne pas dire naïves. Mais lors des remembrements, « traditionnellement » on arrachait les haies, on comblait les fossés (ou on mettait un drain) et on ne valorisait pas le petit bois sur place. On le brûlait. À cette date, les remembrements se poursuivent en Normandie, à cause du très faible nombre d’agriculteurs, qui ne peuvent plus entretenir les haies ni les valoriser en bois de chauffage ou bois d’œuvre. Le bocage se transforme en plaine céréalière lentement mais sûrement… Le colibri est tout petit, mais il fait sa part, comme vous savez. Tchip ! Tchip !

Le carbone est la molécule de la vie. Donc, comme le martèle Claude Bourguignon, il ne faut pas transformer le carbone du bois en fumée. Il faut que ce carbone reste dans un état organique. Il faut le donner aux xylophages, aux bactéries, aux champignons, etc, toutes ces petites bêtes du sol qui le transforment en humus, point de départ des cycles de vie. Et pour cela, rien de plus simple que de le poser sur le sol.

Exp. 5+ Notez que les tailles de résineux et de laurier-palme se décomposent très lentement. Cinq années plus tard, certaines sont encore visibles. Notez aussi que certaines essences « reprennent », c’est-à-dire font des racines à partir du moindre petit bout de branche, surtout si l’hiver est doux et humide. Eh oui, ce que je vous propose n’est pas totalement satisfaisant. Bienvenue en agriculture ! Il n’y existe aucune solution parfaite. Autant s’y habituer dès le départ.

Un remembrement. Talus et haies sont arasés, et les fossés seront comblés.

Un anneau de petit bois autour des jeunes arbustes fruitiers permet de bien les discerner, de calmer l'herbe qui tend à les étouffer et d'améliorer la terre.

Deux "tours" de petit bois pour loger les petites bêtes. Hélàs, ce souci de la biodiversité est, dans cette forme, une "fausse bonne idée". Les campagnols y proliféreront.

4 LES ZONES DU JARDIN : FONCTIONS ET DÉLIMITATIONS

Sur la base du plan cadastral, dessin des parcelles et des grandes allées. Ensuite, il s'agit de parvenir à reproduire ce plan! Plus facile à dire qu'à faire...

La délimitation est le point de départ pour réaliser un jardin, dont on aura fait au préalable le plan sur papier ou à l’ordinateur (avec les logiciels Libre Office Draw ou Inkscape par exemple). Délimiter prend plus de temps que l’on ne pense, surtout quand on travaille seul ! Il faut d’abord fixer des points de repère, ce qui n’est pas évident quand la forme du terrain est irrégulière. Dans mon terrain rectangulaire et uniforme, j’ai commencé par fixer un axe central, à partir duquel j’ai organisé les parcelles, les planches et les grandes allées.

Exp. 5+ Faut-il chercher une harmonie dans le dessin général du plan ? Fixer d’abord les axes et les centres implique, nécessairement, d’y adapter ensuite les dimensions de vos planches de culture. Est-il plus judicieux de faire l’inverse, c’est-à-dire de décider d’abord des dimensions des planches, puis d’y adapter ensuite les autres éléments ? J’aurais pu faire des planches toutes longues de 25 mètres et toutes orientées est-ouest. Le plan général du jardin aurait été encore plus rationnel. Et mon travail aurait été encore plus rationnellement organisé. Mais l’allée centrale me donne le sentiment de mieux maîtriser mon grand jardin de 5000 m2. Il m’est mieux visible d’un seul coup d’œil ; toutes les planches de culture me semblent également proches. Cela me met en confiance. Donc aujourd’hui je ne regrette pas ce choix d’agencement, même s’il n’est pas tout à fait rationnel.

MATÉRIEL DE DÉLIMITATION

Pour délimiter les parcelles, les grandes allées, puis les planches et les chemins, il faut de la ficelle sur un enrouleur, un décamètre, des tuiles lourdes ou des pierres, des piquets et une tondeuse. Les angles droits sont à vérifier en égalisant la longueur des diagonales ou en utilisant la règle du 3-4-5 (un triangle avec des côtés de3, 4 et 5 m est un triangle rectangle). Pour tendre le cordeau sur de très grandes longueurs, il peut être utile d’utiliser le « nœud du camionneur » (trucker’s hitch en anglais) ou tout autre système de nœud qui permet de réaliser un petit système de poulie avec la corde même. Le nœud du camionneur est également indispensable pour tendre les fils de Deltane ® des serres sans avoir besoin de fil de fer pour le fixer aux arceaux.

DIMENSIONS DES ALLÉES ET CHEMINS

Les grandes allées font 1,50 m de large et les petites allées entre les planches 0,50 m, car ma tondeuse a une largeur de coupe de 50 cm, tout simplement ! Les grandes allées servent avant à tout à me permettre de parcourir rapidement le jardin, et à y faire circuler un chariot de maraîcher à deux roues (largeur 1 m). La grande allée centrale fait aussi 1,50 m de large, mais je n’y ai pas accolé la serre : j’ai laissé un espace total de 2,50 m entre la serre et les planches de culture, au cas où il faudrait dans le futur, pour une raison ou une autre, y faire passer un tracteur.

DIMENSIONS DES PLANCHES CULTIVÉES

Cordeau, piquets et vieilles tuiles sont les première "pierres" du jardin.

Dans les zones tampon, je pose un morceau de bois que je recouvre d'une tuile. Dans l'espoir que des petites bêtes en fassent leur terrier. Mais ça ne donnera rien, et je finirai par les enlever. Par contre le bidon de 25L coupé et enterré semble maintenir grenouilles et crapauds dans le terrain.

L'allée centrale du jardin. 1:50 m de large. Si si! Elle est bien là. Le jardin onirique est devenu jardin virtuel, et maintenant jardin réel.

Les zones tampon ne doivent pas être paillées! Elles doivent représenter la végétation naturelle de la prairie. Elles ne seront fauchées qu'une fois par an, en automne.

La première planche paillée pour l'hiver a fière allure! Ce n'est qu'un peu de paille, mais c'est le début d'un nouveau monde... Pour l'instant les autres planches ne se distinguent des allées que grâce à la tondeuse.

J’ai choisi de faire des planches permanentes de 1,20 × 13 m et de 1,50 × 16,5 m. Les grandes planches serviront pour les cultures nécessitant le plus de place (choux, rhubarbe) ou devant être faites en grande quantité (fèves et surtout haricots nain). Le centre des petites planches est à portée de main, mais pas le centre des grandes planches. Au centre de ces dernières je placerai donc des cultures ou volumineuses et lentes (les choux par exemple) ou grimpantes (pois nain et pois nain mange-tout notamment, sur des grillages de 1 m de hauteur).

Exp. 5+ : Les planches de 1,20 m de large permettent de cultiver 4 rangs de légumineuses (2 rangs de haricot nain et 2 de haricot grimpant de part et d’autre d’un filet), 4 rangs de betteraves, 5 rangs de carottes, 2 rangs de fraise, 2 rangs de choux, 1 rang de courgette, 3 rangs de salade.

J’ai choisi les dimensions suivantes pour les parcelles et les planches :

Parcelle A : 16 planches de 1 m 20 × 13 m (15,6 m

2

) dont 2 zones tampon et 3 planches de fruitiers, soit 11 planches (171 m

2

) pour les cultures annuelles.

Parcelle B : 6 planches de 1 m 50 × 16,5 m (24,75 m

2

) dont 1 de fruitiers, soit 123 m

2

pour les cultures annuelles.

Parcelle C : 6 planches de 1 m 50 × 16,5 m dont 2 de fruitiers, soit 99 m

2

pour les cultures annuelles.

Parcelle M (devant la maison) : 6 planches de 1 m 20 × 13 m dont 1 zone tampon, soit 78 m

2

pour les cultures annuelles. Ainsi que 2 fois 15 m

2

de fruitiers.

Parcelle D : 6 planches de 1 m 50 × 16,5 m (24,75 m

2

), soit 148 m

2

pour les cultures annuelles.

Total pour cultures annuelles : 619 m2, total pour fruitiers : 151 m2. Total : 770 m2.

Et au printemps 2015 est prévue l’installation d’une serre de 40 m2 pour tomates, concombres et physalis.

QUELLE SURFACE TOTALE CULTIVER ?

On peut s’orienter vers les chiffres de Jean-Martin FORTIER3. Il a 160 planches de 0,75 × 30 m, soit 3600 m2. Au plus fort de l’année, il travaille avec sa femme, une employée à plein temps et une à mi-temps, soit 3,5 temps plein. Ce qui correspond environ à 1000 m2 (3600 / 3,5) de surface pour une personne. Étant donné qu’un débutant est deux voire trois fois plus lent qu’une personne expérimentée, les 2 – 3 premières années c’est déjà un bon objectif que de parvenir à occuper pleinement 500 m2 de surface prête à planter par personne. C’est ce que j’ai fait, en procédant ainsi :

Année 1 : Délimitation des planches des parcelles A, B, C. Bâchage4, semis d’engrais vert.

Année 2 : Délimitation des planches de la parcelle M. Bâchage, semis d’engrais vert. Parcelle A : premières cultures sur 11 planches (dont trois de pomme de terre méthode paille, une d’artichaut, une de fève en semis direct). Soit 6 planches requérant du travail complet (donc seulement 93 m2). Parcelle B : semis d’engrais vert. Parcelle C : bâchage, c’est tout, je n’ai pas le temps de faire des engrais verts, occupés que je suis par la rénovation de la maison et par le poste d’enseignant remplaçant à temps partiel (il faut bien vivre !). En automne j’étale uniquement du paillage sur les planches.

Année 3 : au 10/06/14 je prévois de cultiver complètement les parcelles A et M (soit 249 m2), de faire en B deux planches de rhubarbe et 3 de fèves.

Année 4 : préparation de six planches en D. Elles seront opérationnelles en 2017. Le reste du terrain demeurera en prairie.

Comme vous le constatez, les deux premières années ne sont pas productives : je les consacre uniquement aux engrais verts, aux essais de culture, à la réalisation du matériel (chambres à semis, composteurs, jardinerie, irrigation) et à l’acquisition d’une première expérience (méthodes de semis, de plantations, et très importantes : les dates de semis, de réchauffement de la terre, de pullulation des limaces et chenilles). Ces premiers objectifs ne sont pas triviaux. Ce n’est pas du dilettantisme : ce sont de petits objectifs que je me suis fixés, parce que je voulais des objectifs que je puisse atteindre en tant que néophyte. Au départ il faut être humble – mais ne pas confondre humilité avec « se tourner les pouces » ! non plus. À la fin des deux premières années, j’ai atteint ces objectifs : mes méthodes semblent fiables et je sais à peu près quelles variétés conviennent à mon climat. Par exemple les choux blancs, les panais et les salades blondes poussent mal, et malgré tous mes efforts je ne suis pas parvenu à faire germer les graines d’oignon. Donc j’achèterai des bulbilles !

Exp. 5+ : Plus vous diversifiez vos cultures, plus le temps pour acquérir de l’expérience est long. Donc plus le temps pour parvenir à cultiver la surface totale initialement prévu sera long. Aussi, très important, il vous faut savoir ce que consomme votre clientèle et en quelle quantité. Il m’aura fallu trois années pour savoir cela, donc ce n’est que pour la 6e année du jardin que j’ai pu mettre en place un plan de rotation de toutes les planches (sur trois ans) et utiliser toute la surface prévue ! En 2017, je n’avais pas pu remplir six rangs, soit deux planches entières, faut de connaître les goûts de la clientèle. En 2018, j’ai enfin réussi mes semis d’oignons. Ma technique n’était pas en cause, mais les paquets de graines si. J’avais essayé quatre marques différentes, et les quatre paquets étaient mauvais ! Je dois dire que c’étaient des graines pour particulier achetées en grande surface spécialisée. Désormais je n’achète que des graines pour professionnel : la levée est fiable.

LES ZONES TAMPON : TAILLE ET NOMBRE

Les zones tampon ne sont fauchées qu’une fois l’an, en automne, afin que continue à y pousser la végétation naturelle de la prairie. Ces zones sont censées être des refuges à biodiversité, mais elles agissent aussi comme des brise-vent. Étant donné que je pars d’une prairie, ces zones sont donc remplies d’herbes qui montent en foin, et qui versent avec les pluies de mai et juin. Je m’autorise donc à les couper à 70-80 cm de hauteur, afin de pouvoir continuer à passer dans les chemins qui les entourent.

Sur le plan p. 3, vous pouvez voir que les zones tampon se situent à peu près au milieu des parcelles. Là est l’idée : permettre à la biodiversité naturelle d’exister au sein même du jardin. Et pas uniquement sur ses bords, dans les haies et les talus. Les surfaces de mes zones-tampon représente un huitième de la surface cultivée : cela me semble être un bon compromis entre le respect de la biodiversité et la nécessité de cultiver.

Comment faut-il aménager ces zones ? Et le faut-il ?

Exp. 5+ : Au milieu de chaque zone-tampon, j’ai installé une « mini-mare » : un bidon de 25 litres récupéré en déchetterie, bien nettoyé, dont le haut a été découpé et enterré à raz de terre. Rempli d’eau, j’y ai installé des iris et des lentilles d’eau. Au Nord de ces mini-mares j’ai installé une grosse pierre à la verticale. Elle est censée bloquer le vent du Nord. Toutefois, la végétation des zones-tampon prenant rapidement en hauteur au printemps, je crois qu’on peut s’en passer. D’autant que ces pierres dressées, de loin, font penser à des tombes, en hiver lorsque la végétation est rase ! Je pense que ces mini-mares sont utiles, car je trouve régulièrement des reinettes et des crapauds dans les zones tampon ainsi que dans les planches cultivées. Au milieu de l’été, ces petits points d’eau ne peuvent qu’être indispensables.

Les tours de petit bois, censées êtres des hôtels à insectes, se sont révélées inutiles. Trop humides en hiver et trop sèches en été, aucun insecte n’y logeait. Et elles servaient de refuges aux nuisibles, notamment aux terribles campagnols. J’avais aussi disposé des tuiles au sol, censées devenir des « maisons à crapauds ». Peine perdue : les crapauds préfèrent s’enfouir sous les paillages des cultures. Les zones-tampon ne se prêtent pas non plus à l’installation de véritables hôtels à insectes : ces constructions hautes et verticales y sont bien trop exposées aux éléments, au vent notamment.

Cinq années plus tard, les zones tampons ne sont plus aussi belles. Par endroit, l’herbe de prairie (un mélange de diverses graminées, de trèfle, de renoncule, de géranium et de mauve) a laissé la place à de longs fourrés d’orties, qui aiment à caresser les jambes… En 2019 je vais devoir tondre les zones tampon ainsi envahies, jusqu’à ce que l’herbe s’y réinstalle. Crapauds et reinettes n’apprécieront pas… La leçon est simple : quoi qu’on fasse ou qu’on ne fasse pas, la Nature évolue. Et elle évolue dans une direction qui ne nous est pas forcément agréable. Dans le cas présent, la biodiversité des zones tampon a diminué, alors que je pensais la faire augmenter en ne fauchant qu’une fois par an. C’est contre-intuitif, mais c’est ainsi.

3 FORTIER Jean-Martin, Le jardinier – maraîcher, écosociété, 2012

4 La prise en main des planches sera explicitée plus loin.

5 INTERLUDE THÉORIQUE : VIVE SIMON !