L’âme des choses - Auguste Blondel - E-Book

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Auguste Blondel

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Beschreibung

Le savant professeur Lasius se leva pour prendre un livre dans sa bibliothèque. De son pas lent et mesuré, il se dirigea vers un in-folio relié en peau de truie, qui pouvait bien être un indigeste Corpus juris ; il essuya méthodiquement quelques grains de la poussière imaginaire qui recouvrait l’in-folio, fixa méthodiquement aussi ses lunettes sur son nez, et se remit à son grand ouvrage de droit romain, digne couronnement de sa longue carrière universitaire. L’on n’entendit bientôt plus dans la chambre que le grattement de la plume d’oie et le bourdonnement d’une mouche fourvoyée dans cette docte retraite et qui se précipitait contre la vitre, éprise de soleil et de grand air. Mouche indiscrète et malavisée, en vérité ! car rien ici ne saurait la retenir : rideaux foncés et tenture sombre, et, sur la table de travail, où, un folâtre rayon de soleil se permet de badiner, rien que des papiers entassés, des brochures et des livres.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Auguste Blondel

L’ÂME DES CHOSES

© 2025 Librorium Editions

ISBN : 9782385749576

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PRÉFACE

L’ALTICA RUBRA

LOUISE

SAINT-FERRÉOL

À MACCAGNO

LE CURÉ DE RAUZAS

L’ONCLE MILO

L’ÂME DES CHOSES

SOUS L’ACACIA

DOUBLE VIE

LA MORT DE VICTOIRE

SOIRÉE D’ENFANTS

PRÉFACE

Il fut un temps – je m’en souviens d’autant mieux que c’était à l’époque de mes débuts – il fut un temps où le conte et la nouvelle semblaient absolument démodés. Le public d’alors voulait de longs romans. Les histoires brièvement contées ne trouvaient pas de lecteurs, et les éditeurs refusaient impitoyablement les recueils de nouvelles, sous prétexte que « ça n’était plus de vente ». Un moment, on put croire que ce genre charmant, si français, où avaient excellé Mérimée, Musset et de Vigny, allait disparaître de la production littéraire, comme certains animaux et certaines plantes ont disparu de la faune ou de la flore forestière. – C’eût été grand dommage, car, parmi les œuvres de l’esprit, il n’en est pas de plus savoureuse, de plus artistement exquise qu’un conte sobrement écrit, évoquant en sa rapide brièveté, dans l’esprit du lecteur, un monde de sensations, de ressouvenirs, et donnant en quelques pages l’illusion de toute une longue vie humaine.

Si une nouvelle bien faite est un plaisir pour les délicats qui la lisent, elle est à la fois la joie et le tourment de celui qui l’a écrite. Elle le possède et le captive bien plus qu’un long roman. La donnée, fournie par l’imagination ou l’observation directe, est pareille à une légère semence, jetée au hasard du vent dans un coin de bonne terre. Elle y germe lentement, enfonce ses racines dans l’humus, pousse ses tiges au dehors, prend royalement possession du dessus et du dessous. Dès que l’idée première d’un conte s’est installée en souveraine dans le cerveau de l’auteur, celui-ci commence à connaître toutes les douloureuses délices de la composition. Le choix et l’harmonieuse distribution des détails, la mise en lumière ou en relief de ceux qui doivent contribuer à l’intensité de l’effet, le rejet dans une ombre discrète des incidents secondaires qui ne servent qu’à faire fond, la judicieuse application des touches fines, précises et justes, qui font vivre un personnage ou un coin de nature – autant de recherches absorbantes et qui passionnent anxieusement. Mais aussi quelle volupté, si l’on réussit, dans un petit cadre, à donner l’illusion de la vie, à éveiller dans l’âme du lecteur, à l’aide de quelques pages, une série d’émotions, de ressouvenirs et de rêves !… Lisez, par exemple, tel court récit de Tourgueniev, vous vous trouverez magiquement transporté dans le milieu décrit par l’auteur, et vous vivrez longtemps en compagnie des personnages évoqués par la magistrale imagination du nouvelliste russe.

M. Auguste Blondel, l’auteur des contes que j’ai grand plaisir à présenter aujourd’hui au public, n’est point un débutant en littérature. Il a publié, il y a deux ans environ, une très substantielle étude sur la vie et les ouvrages de Rodolphe Töpffer, son compatriote. Un commerce familier avec les œuvres de l’auteur des Nouvelles genevoises a dû nécessairement donner à Blondel le goût des récits courts, doucement émus et finement assaisonnés d’une pointe d’humour. On se tromperait toutefois si l’on pensait ne trouver en lui qu’un disciple de Töpffer. S’il possède, comme son compatriote, le don de conter sobrement, familièrement et simplement ; s’il a une préférence pour les sujets choisis dans la vie intime des humbles, il est également doué d’une imagination vive et ingénieuse, qui l’emporte volontiers vers ces régions un peu étranges où la réalité confine au rêve. Il y a deux courants bien distincts dans le volume de M. Blondel : le courant fantastique et le courant réaliste. Il a puisé dans le premier des contes d’une invention et d’une psychologie très curieuses : L’Altica rubra, Saint-Ferréol, L’Âme des choses, Double vie ; et dans le second, des récits intimes, tendrement émus : La Dernière Leçon du professeur Lasius, Louise, Sous l’acacia, etc. Parfois les deux courants en se mélangeant produisent des effets de couleur très dramatiques, comme dans Le Curé de Rauzas et la Mort de Victoire.

Ce qui fait surtout l’attrait de ces courtes nouvelles, à quelque genre qu’elles appartiennent, c’est un grand naturel, une observation juste, même dans le domaine purement fantastique ; c’est aussi une façon toute personnelle d’émouvoir sans recourir à des violences de style ou à des crudités de détail dont on a trop abusé. Il faut également louer M. Blondel de n’avoir point cédé à cette manie du moment qui consiste, sous couleur de vérité scientifique, à ennuyer le lecteur d’analyses psychologiques tellement subtiles qu’elles en deviennent inintelligibles, ou d’observations médicales si consciencieusement documentées qu’elles en sont écœurantes. – On aura beau prêcher, quintessencier et se retourner les ongles, on n’arrivera jamais à faire d’une œuvre d’art une œuvre de science ; on ne réussira qu’à compromettre l’art sans donner une satisfaction sérieuse aux véritables savants. Si le lecteur veut s’instruire, il ira tout droit aux ouvrages spéciaux et ne se contentera pas de prétendus documents scientifiques de seconde main, plaqués plus ou moins habilement dans une œuvre d’imagination. Si, au contraire, il veut lire un roman ou un conte, il exigera avant tout que le conteur l’intéresse. Il faudra toujours revenir à cette loi fondamentale : le but de l’œuvre d’art est d’émouvoir ou de charmer.

Avec les contes de M. Auguste Blondel, on goûtera ces deux joies de l’esprit : l’attrait et l’émotion ; et c’est pourquoi je suis heureux de recommander son livre à ceux qui aiment les œuvres simples, saines et délicates.

Talloires, septembre 1888.

ANDRÉ THEURIET.

LA DERNIÈRE LEÇONDU PROFESSEUR LASIUS

I

Le savant professeur Lasius se leva pour prendre un livre dans sa bibliothèque. De son pas lent et mesuré, il se dirigea vers un in-folio relié en peau de truie, qui pouvait bien être un indigeste Corpus juris ; il essuya méthodiquement quelques grains de la poussière imaginaire qui recouvrait l’in-folio, fixa méthodiquement aussi ses lunettes sur son nez, et se remit à son grand ouvrage de droit romain, digne couronnement de sa longue carrière universitaire. L’on n’entendit bientôt plus dans la chambre que le grattement de la plume d’oie et le bourdonnement d’une mouche fourvoyée dans cette docte retraite et qui se précipitait contre la vitre, éprise de soleil et de grand air. Mouche indiscrète et malavisée, en vérité ! car rien ici ne saurait la retenir : rideaux foncés et tenture sombre, et, sur la table de travail, où, un folâtre rayon de soleil se permet de badiner, rien que des papiers entassés, des brochures et des livres.

Contre les murs, de massives bibliothèques de chêne et des portraits au cadre noirci : nobles magistrats à la perruque poudrée contemplant cette salle où presque rien depuis eux n’a changé. Sur la haute cheminée, deux coupes en marbre, austères et froides comme le propriétaire du logis. Entre les coupes, une pendule orne le fronton d’un temple grec, mais depuis longtemps elle a arrêté son joyeux tic-tac et le timbre éclatant de sa sonnerie, et le silence s’est fait autour du vieux savant.

Aussi bien, n’eût-on pas dit, à le voir, qu’on avait devant soi l’un de ces portraits échappé à son cadre, tant sa figure était impassible et rigide, tant son regard était immobile sous le verre de ses lunettes. Toute sa vie s’accomplissait avec une régularité automatique. Trois fois par semaine, le matin, à dix heures moins un quart, le professeur Lasius apparaissait sur le seuil de sa maison, allant donner son cours à l’Université. Irréprochable dans sa tenue, il allait d’un pas lent et compassé, secouant sur son jabot quelques grains invisibles de tabac d’Espagne. Il savait d’avance qu’il aurait à recevoir un certain nombre de saluts respectueux, et il les rendait en gentilhomme accompli. Son cours achevé, il rentrait chez lui par les boulevards extérieurs et faisait le tour des fortifications.

Le dimanche, après-midi, il rendait visite à sa sœur, la comtesse de Berghes, et, en revenant, il passait au Cercle des Marronniers pour parcourir les journaux. Cette unique visite du dimanche constituait toute la vie sociale du professeur. Pour lui, le monde extérieur n’existait pas, et pourvu qu’Anselme, son factotum, son valet de chambre et son intendant, lui servît son potage à l’heure réglementaire, et qu’il eût sous la main ses auteurs favoris, toutes choses lui semblaient cheminer à merveille…

Et pourtant, le dimanche 14 janvier 18…, comme il revenait de chez la comtesse de Berghes, on remarqua un fait étrange, dont on parla dans la ville : le professeur Lasius n’était point entré au Cercle des Marronniers ! Qu’aurait-on dit, si on l’avait vu prendre comme d’habitude le volumineux Corpus juris dans sa bibliothèque, l’essuyer avec précaution comme d’habitude aussi, mais, changement inexplicable et mystérieux, oublier de l’ouvrir, oublier de fixer ses lunettes, oublier de se rasseoir pour travailler…, et rester debout, l’œil fixe, au milieu de sa chambre, son in-folio sous le bras !

II

Sur le fronton d’une maison de la vieille ville, on lit en caractères flambant neuf cette inscription : « Œuvre des jeunes poitrinaires ». C’est un ancien hôtel, avec son escalier monumental, ses balcons en fer forgé, qui a été converti en hôpital, grâce à la munificence de la comtesse de Berghes, et c’est elle dont on voit passer et repasser la silhouette derrière les hautes fenêtres.

Dès le matin, elle arrive pour surveiller ses chers malades ; elle court de-ci, de-là, ouvrant ou fermant les rideaux des lits, donnant des ordres, distribuant des remèdes, assistant à la visite du médecin, toujours en mouvement, toujours remuante sous ses longs habits de deuil. À peine à midi prend-elle le temps de se mettre à table, de jeter un regard sur sa petite fille, Nini, qui n’a besoin, elle, ni de son temps ni de son argent, et la voilà repartie pour le Comité de l’établissement des Orphelines, dont elle est dame patronnesse.

C’est ainsi qu’elle s’est consolée de la mort de son mari ; elle ne s’appartient plus : elle s’est tout entière donnée aux pauvres, aux affligés, aux déshérités. Il n’est plage lointaine où elle n’envoie des vêtements et des subsides, il n’est liste d’œuvres charitables où elle ne figure au premier rang. Aussi son existence se passe dans une fièvre continuelle, sans qu’elle songe à se préoccuper de cette humble et fraîche petite fleur qui s’entrouvre à ses côtés, et qui s’épanouirait plus fraîche encore aux rayons du soleil, au sourire de sa mère.

Or, Nini devient grande personne ; elle a huit ans révolus, et Mlle Steable, son institutrice anglaise, lui semble tous les jours plus maigre, plus sèche, plus anguleuse tant au moral qu’au physique. Elle a des tristesses, Nini ; elle reste pensive au milieu de ses livres et de ses jouets.

Et pourtant, dans la ville, il n’est guère de jardin plus beau que celui où elle prend ses ébats ; il n’est guère de petite fille qui ait de plus jolies robes et de plus jolis chapeaux. Mais songez que Nini fait tous les jours la même promenade aux mêmes heures, et qu’il s’agit de se tenir bien droite et bien digne à côté de la raide et digne miss Steable ; songez que tout est réglé, fixé d’avance, que Nini fera de l’allemand à telle heure, du piano à telle autre heure, et qu’elle n’a guère d’amies de son âge avec qui s’amuser et jaser à cœur joie.

À midi, elle entrevoit sa mère, qui s’assied à peine quelques minutes, occupée de ce qu’elle a vu le matin, et se préparant aux séances auxquelles elle va assister. Elle s’informe auprès de Miss de la santé de Nini, l’embrasse en passant et sort comme une bombe. Et lorsque vient la nuit, et que, dans la grande salle à manger lambrissée de chêne, Nini se retrouve avec sa mère pour le repas du soir, elle se sent perdue, isolée, et il lui prend des envies de pleurer. Qu’est-ce qu’elle a donc, la mignonne fillette ?

Le salon, à peine éclairé par une seule lampe, n’a pas un aspect plus rassurant : aussi Nini se tient bien droite sur sa chaise, à lire, ou à écouter les longs récits de sa mère à sa gouvernante. Le bâillement la gagne : comme l’heure est lente, lente à s’écouler !

— Cette enfant a l’air fatigué, dit tout à coup Mme de Berghes… C’est le moment d’aller dormir, Hélène. Que Dieu vous garde !…

Un baiser ni bien tendre, ni bien long, et Nini rentre dans sa chambre…

Et c’est ainsi que les journées s’écoulent uniformes, et la fillette devient plus sérieuse et plus pensive. Un soir que, chose rare, elle dînait chez une de ses cousines, le dîner terminé, elle avait vu les enfants monter sur les genoux de leurs parents, leur faire mille caresses, leur donner mille baisers aussitôt rendus… Ce soir-là, elle comprit ce qui lui manquait.

Oh ! comme elle aurait voulu, elle aussi, entourer de ses bras le cou de sa mère, et lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle l’aimait, le lui répéter à satiété ! Cela devait être si bon, si doux, cette étreinte ! Aussi que de timides insinuations aux confidences, que de caresses ébauchées et arrêtées par un regard, par une intonation de voix indifférente ou distraite ! Il y avait des jours où Nini rêvait d’être une pauvre poitrinaire, sans soutien, sans argent : peut-être qu’alors sa mère s’occuperait d’elle et la choierait, comme elle choyait les heureuses malades de l’Asile…

Si du moins elle avait trouvé dans Miss une amie et une confidente, mais celle-ci traitait les rêveries de l’enfant de sentimentalisme maladif et ne connaissait d’autre correctif à cet état de choses que les biftecks saignants et les leçons de gymnastique… Ce n’est point qu’elle eût mauvais cœur, mais de quoi en vérité pouvait-elle se plaindre, cette enfant à qui rien ne manquait, de ce qui manque à tant de déshérités d’ici-bas !…

Nini, en désespoir de cause, songea à l’oncle Lasius… Certes, son aspect n’avait rien de bien engageant ; c’est à peine si, dans sa visite hebdomadaire, il adressait la parole à sa nièce, mais, sous ce dehors glacial, se cachait peut-être un cœur ardent et chaud. Ce fut alors un spectacle touchant : cette fillette accueillant le docte professeur de son plus doux sourire, le débarrassant de sa canne, approchant son fauteuil du feu ; puis une fois qu’il est assis, elle s’assied à son tour sur un tabouret tout près, tout près de son oncle, et, silencieuse, elle l’écoute, en fixant sur lui le clair regard de ses grands yeux. Elle fit tant et si bien, qu’il s’aperçut un jour que l’enfant grandissait et devenait jeune fille ; il la questionna parfois sur ses travaux et lui demanda de se mettre au piano, pour qu’il pût juger de son talent.

Petit à petit, ses visites du dimanche se prolongèrent ; il venait de meilleure heure, il s’en allait plus tard ; et si d’aventure Mme de Berghes était appelée à sortir pour quelque œuvre pie, il ne songeait point à quitter le salon en même temps qu’elle. Sans qu’il s’en rendît compte, il se faisait une douce habitude de causer avec Nini, il s’amusait de son frais babil et de ses reparties enfantines…

Un soir qu’il était seul avec elle, elle s’enhardit jusqu’à monter sur ses genoux, et l’on ne sait comment il arriva que les deux petits bras de l’enfant s’enlacèrent autour du cou du vieillard, tandis qu’une voix murmurait à son oreille :

— Non, non, ne partez pas encore, oncle Lasius. Comme vous êtes bon, et comme je vous aime !…

Et, pendant un instant, Nini savoura cet immense bonheur d’une caresse donnée et rendue ; car, sans s’en douter, la tête blanchissante du professeur s’était penchée vers la joue de l’enfant, pour y poser un baiser…

Et c’est pourquoi ce soir-là, l’heure étant passée, M. Lasius n’alla point au Cercle des Marronniers lire les journaux comme d’habitude.

III

Il se promena longtemps dans sa bibliothèque, les mains derrière le dos, cherchant à analyser ce qui se passait en lui d’étrange et d’anormal. Des souvenirs de sa jeunesse remontaient par bouffées dans sa mémoire ; il lui semblait qu’il se réveillait d’un profond engourdissement ; il contempla d’un air étonné les grands in-folio de la bibliothèque, le Corpus juris entrouvert sur sa table, et se demanda si c’était bien lui qui, depuis des années, vivait ainsi loin de la nature, loin du soleil, loin de ses semblables dans une égoïste solitude.

Il se rappela qu’enfant, il jouait dans cette même chambre, et que son père contemplait ses ébats d’un œil indulgent. L’air lui paraissait étouffant ; il ouvrit la fenêtre à grand-peine : il y avait si longtemps qu’elle n’avait pas été ouverte ainsi, toute grande !

Et comme si ce spectacle se présentait pour la première fois à ses regards, le vieux savant resta les yeux fixés sur l’immensité sereine et étoilée… Une cloche sonna lentement une heure… Les vibrations se prolongeaient dans le silence de la nuit. M. Lasius sentit une larme glisser sur sa joue. Devenait-il fou ? Son cœur comprimé pendant des années se reprenait à battre !… Un immense désir, une soif intense d’activité, de sympathie, de dévouement, bouillonnait en lui.

L’âme du vieillard s’était réveillée au contact de l’âme de l’enfant.