Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
La nuit avant son mariage, Zander Walsh, ses parents, et son futur mari se font tirer dessus en interrompant un mystérieux cambriolage alors qu'ils rentrent chez eux. Après trois semaines dans le coma, Zander se réveille pour apprendre qu'il est le seul survivant, et que sa vie parfaite s'est effondrée en un instant. Le bel agent du FBI Jake Elliot enquête sur l'affaire, et il appréhende le tueur – , qui s'échappe rapidement. Après six mois de recherche, Zander et Jake réalisent que le FBI leur fait obstruction… et qu'ils ont lentement tissé un lien indissoluble qui commence à prendre encore davantage d'importance. Une fois qu'ils s'embarquent dans une quête afin d'appréhender le tueur pour la seconde fois, ils découvrent que cette nuit épouvantable était bien plus qu'un simple cambriolage. Les grosses entreprises et les politiciens peuvent-ils cacher la vérité, ou les recherches de Zander et Jake pour découvrir ce qu'il s'est passé marqueront-elles la fin de leur nouvel amour et de leur vie ?
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 387
Veröffentlichungsjahr: 2016
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Par Scotty Cade
La nuit avant son mariage, Zander Walsh, ses parents, et son futur mari se font tirer dessus en interrompant un mystérieux cambriolage alors qu’ils rentrent chez eux. Après trois semaines dans le coma, Zander se réveille pour apprendre qu’il est le seul survivant, et que sa vie parfaite s’est effondrée en un instant.
Le bel agent du FBI Jake Elliot enquête sur l’affaire, et il appréhende le tueur – , qui s’échappe rapidement. Après six mois de recherche, Zander et Jake réalisent que le FBI leur fait obstruction… et qu’ils ont lentement tissé un lien indissoluble qui commence à prendre encore davantage d’importance.
Une fois qu’ils s’embarquent dans une quête afin d’appréhender le tueur pour la seconde fois, ils découvrent que cette nuit épouvantable était bien plus qu’un simple cambriolage. Les grosses entreprises et les politiciens peuvent-ils cacher la vérité, ou les recherches de Zander et Jake pour découvrir ce qu’il s’est passé marqueront-elles la fin de leur nouvel amour et de leur vie ?
Table des matières
Résumé
Dédicace
Note de l’auteur
Prologue
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
Épilogue
D’autres livres par Scotty Cade
Biographie
Par Scotty Cade
Visitez Dreamspinner Press
Droits d’auteur
Pour Kell. Merci d’avoir tout porté sur tes épaules et d’avoir gardé de l’ordre au travail et à la maison pendant l’écriture de ce livre. Tu es chaque jour une inspiration pour moi, et même si j’aime énormément écrire, le seul inconvénient c’est que je ne passe pas assez de temps avec toi. Je t’aime !
Merci à Kristine (Kris) McDonald et Michael Jampel d’être de si bons correcteurs. Votre capacité à pointer du doigt les trous dans l’intrigue et interroger le mobile du tueur en a fait une histoire bien plus réaliste. Et un merci tout spécial à Kris pour être véritablement ma référence en matière légale et pour répondre à toutes mes questions ennuyeuses sur le sujet. Vous êtes les meilleurs, avec Kell, et je vous aime.
L’AMOUR EN Prime, le troisième volume de la série Love, met en scène Jake Elliot et Zander Walsh, que vous avez rencontrés pour la première fois dans Wings of Love en tant que propriétaires et gérants de l’auberge du lac Hiline dans les montagnes de l’Alaska.
Bien qu’étant un roman indépendant, Bounty of Love se déroule douze ans avant Wings of Love et Treasure of Love, et raconte comment Jake et Zander se sont rencontrés, se sont retrouvés dans la nature en Alaska et en sont venus à être propriétaire d’une auberge. C’est une belle histoire et vous retrouverez un personnage familier sous les traits d’un jeune McGovern « Mac » Cleary, qui est marié à sa femme Lindsey et élève leur petite fille adoptée Zoe-Grace.
J’espère que vous apprécierez l’histoire et si vous n’avez pas encore lu Wings of Love ou Treasure of Love, ou si vous ne les avez pas lus dans l’ordre, n’ayez crainte. Les trois sont des romans complètement indépendants qui présentent des personnages et des lieux récurrents.
Merci,
Scotty
— D., ON va être en retard, hurla Alexander Walsh à son fiancé, qui se tenait debout dans leur dressing et bataillait avec sa cravate devant le miroir en pied.
Alexandre jeta un œil à la Rolex en or qui ornait son poignet.
— On a exactement quarante-sept minutes pour récupérer mes parents et aller à l’église, ou nous serons en retard à la répétition de notre propre mariage.
— Zander, arrête de me mettre la pression, implora Darren Jordan avec inquiétude alors qu’il arrivait dans l’entrée.
Il avait un bras dans la veste de son costume Armani et l’autre qui cherchait la deuxième manche. Il acheva d’enfiler sa veste et tenta à nouveau d’ajuster sa cravate en soie dorée.
— J’avais l’habitude de faire un nœud parfait tous les matins, mais aujourd’hui je n’y arrive vraiment pas ; aide-moi s’il te plaît.
Zander, les mains repliées sur sa poitrine, observa l’homme qu’il était assez chanceux pour épouser le lendemain soir à six heures précises. Peu importait le nombre de fois, où Zander lui avait dit, Darren n’avait aucune idée comme il était séduisant, ou de l’effet qu’il avait sur le cœur balbutiant de Zander, sans compter d’autres parties de son anatomie.
— Wouah ! Zander regarda son futur mari de haut en bas d’un œil admiratif. Tu as l’air de sortir tout droit d’une couverture de magazine.
Darren et Zander avaient lancé Gentlemen’s Style à la sortie de l’université, et exactement trois mois plus tôt, ils avaient vendu le magazine à une maison d’édition indépendante new-yorkaise pour une somme d’argent indécente. Lorsque la vente fut finalisée, ils s’étaient mis d’accord pour attendre jusqu’après le mariage pour décider ce qu’ils voulaient faire ensuite, ils étaient donc plus ou moins des rentiers.
— Zander, arrête de me taquiner s’il te plaît. Je suis assez nerveux comme ça. Viens plutôt ici et aide-moi avec cette fichue cravate, demanda Darren avec un début de sourire sur son beau visage.
Zander monta une marche et eut à peine le temps d’atteindre le nœud de la cravate de Darren avant qu’il n’intercepte ses mains et ne les pose contre sa poitrine. Darren se mit sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur celles de Zander. Ce n’était pas un baiser avide et désespéré comme ils en partageaient parfois dans un moment de passion, mais un baiser lent, chaud et tendre qui exprimait tout ce qu’il y avait besoin d’exprimer.
Le corps de Zander commençait à frissonner de désir et son sang à affluer vers son entrejambe. Son sourire était malicieux lorsqu’il plongea ses yeux dans ceux de Darren.
— Continue comme ça et nous allons vraiment être en retard, dit-il avec clin d’œil. Très en retard.
Darren interrompit le baiser et sourit.
— Très drôle. Maintenant, recule. C’est à mon tour de te regarder.
— D’accord, répondit Zander en ébouriffant les cheveux de Darren comme il le faisait dix fois par jour.
— Hé, attention à mes cheveux, protesta-t-il. Je vais à un dîner de répétition, rappelle-toi.
Zander sourit et posa pendant une seconde, puis tourna même sur lui-même pour un effet total. Ce fut au tour de Darren de siffler. Zander portait un pantalon en laine noir, un pull noir à col roulé, et une veste noire et blanche à pied-de-poule, parfaitement ajustée à sa taille et à son physique mince, mais musclé.
— Tu as l’air formidable, souffla Darren. Je n’arrive pas à croire la chance que j’ai de passer devant le maire à tes côtés demain soir.
Zander embrassa furtivement les lèvres pleines de Darren.
— Pareil pour moi, s’exclama-t-il. Maintenant, on ferait mieux d’y aller ou nous ne saurons pas quoi faire demain soir, et ma mère en serait très malheureuse.
— Et il ne faut surtout pas décevoir Patty, déclara Darren. Elle attend ce mariage depuis que tu as vu le jour.
— Je ne suis pas sûre que ce soit le mariage qu’elle avait en tête, dit-il en pouffant. Mais tu sais, ils ont plutôt bien pris tout ça, surtout mon père.
— Ils t’aiment, Zander, et tout ce qu’ils veulent, c’est que tu sois heureux.
— Je sais, acquiesça-t-il. Je les aime aussi.
Darren plongea ses yeux dans ceux de Zander et pencha la tête. Zander posa un doigt sous son menton et la releva jusqu’à ce que leurs regards se croisent à nouveau.
— Je suis désolé que tes parents ne puissent pas être là demain, murmura-t-il.
— Ne pas pouvoir et ne pas vouloir sont deux choses différentes, corrigea Darren alors qu’une larme coula le long de sa joue. C’était leur choix, et je ne peux vraiment rien y faire.
Il se redressa soudainement et sourit.
— Mais… Je ne vais pas les laisser gâcher ça pour nous. Demain sera le plus beau jour de ma vie, avec ou sans eux.
Zander hocha la tête et essuya ses larmes en les embrassant.
— À présent, M. Walsh, amenez-moi à l’église à l’heure.
ZANDER CONDUISIT le Range Rover jusqu’à l’entrée du domaine de ses parents et rentra le code de sécurité à quatre chiffres. L’imposante porte en fer forgé commença à s’ouvrir lentement, et Zander entama le trajet qui les mènerait jusqu’au bâtiment principal.
— Tu sais, je crois que je ne m’habituerai jamais à ça, déclara Darren.
— À quoi ? À la porte qui s’ouvre et se referme ? rigola Zander.
— Non imbécile, sourit Darren, vivre ce genre de vie, et tout ce qui va avec le statut de beau-fils de sénateur.
— Je vois ce que tu veux dire, admit Zander, je ressentais la même chose quand mes parents m’ont amené ici pour la première fois. Même après qu’on ait emménagé, chaque fois que je roulais sur cette allée, j’avais toujours l’impression de le faire chez quelqu’un d’autre.
Darren sourit en regardant les hauts arbres et la pelouse soigneusement entretenue qu’ils dépassaient.
— Mais je parie qu’être le fils du Sénateur John W. Walsh et de Madame Patricia Simcox Walsh a eu ses avantages.
— Oh, oui ! répondit Zander, mais je me suis souvent demandé comment cela aurait été de grandir dans une famille qui n’était pas politisée. Tu sais, dans un petit ranch dans le Michigan, avec un père ouvrier et une mère au foyer qui nous auraient cuisinés le dîner tous les soirs.
— Eh bien, comme tu le sais déjà, ce n’est pas très éloigné de mes propres origines, et regarde où j’en suis, déshérité et ignoré pour être amoureux d’un homme incroyable.
Zander tendit le bras et passa à nouveau sa main dans les cheveux de Darren.
— Aussi bien l’un que l’autre, nous sommes le résultat de la façon dont nous avons été élevés, mais je crois qu’on n’a pas trop mal tourné, qu’est-ce que tu en penses ?
— C’est un excellent argument, futur mari, acquiesça Darren en plaçant sa main sur celle de Zander.
L’allée s’achevait en un large cercle autour d’une énorme fontaine en pierre. Zander se gara derrière une Jaguar XJ étincelante, devant une impressionnante villa. Avant qu’il ne puisse mettre le levier de vitesse en mode parking, les doubles portes s’ouvrirent et sa mère foula élégamment le sol de l’avancée dans une robe longue à dos nu, d’une couleur émeraude et décorée de perles, qui hurlait Vera Wang, laquelle se trouvait être une de leurs plus proches amies. Juste derrière elle, son père sortit à son tour, portant un costume bleu marine taillé d’une main experte avec une belle cravate bleue et argent. Il glissa sa main dans celle de sa femme et ils firent signe tous les deux.
John Walsh s’approcha de la voiture et Darren appuya sur le bouton, faisant ainsi descendre sa vitre.
— Il est temps que les tourtereaux arrivent, plaisanta son père, voulez-vous qu’on prenne la Jaguar ? Comme ça si vous voulez boire un ou deux verres, vous n’aurez pas à vous soucier de qui va conduire.
Darren se tourna vers Zander et ils acquiescèrent tous deux :
— Ça nous va.
— Bien, alors dépêchons-nous. J’ai un fils qui se marie demain.
Zander regarda son père et lui offrit un sourire auquel il répondit. Il laissa les clés dans la console alors que Darren et lui sortaient de la voiture pour rejoindre l’avancée. Sa mère disparut à l’intérieur et réapparut trente secondes plus tard dans l’encadrement de la porte.
— De quoi j’ai l’air ? demanda-t-elle en jetant un faux renard blanc sur ses épaules en laissant la fourrure traîner derrière elle. Zander et Darren se tenaient devant elle et sifflèrent.
— Tu as l’air très sexy, taquina Darren.
Avec un large sourire, elle descendit sans effort les marches jusqu’à l’avancée.
— Je savais qu’il y avait une raison à mon amour pour toi, mon chéri, plaisanta-t-elle en retour.
— Oh, et qu’est-ce que c’est ?
— Ton honnêteté, répondit-elle avec un sourire à un million de dollars.
Elle passa son sac à main incrusté de strass d’une main à l’autre et présenta celle qu’elle avait libérée à son fils.
— Escorte ta jeune mère de la cinquantaine jusqu’à son carrosse, ordonna-t-elle.
— La cinquantaine, s’exclama Zander avec incrédulité, mon Dieu, D., le mariage est annulé. Si elle a la cinquantaine, j’ai seulement quinze ans.
Sa mère le frappa sur la poitrine avec son sac.
— Oh très drôle. Je ne savais pas que tu allais devenir humoriste. Avec tout l’argent qu’on a dépensé pour ton éducation Ivy League.
— Il faut qu’on parte, cria son père depuis la voiture.
— On arrive, chéri, répondit sa mère.
— Oh et Zander, merci de t’être fait couper les cheveux.
— Tu aimes ? demanda-t-il en frimant un peu, tournant la tête de droite à gauche.
— Tu es très beau. Tous les deux, vous serez les plus beaux mariés qui aient jamais existé.
Zander prit sa main, ouvrit la portière de la voiture et l’aida à monter dedans. Il referma, courut de l’autre côté et bondit sur la banquette arrière. Il se déplaça aussi près que possible de Darren sans être sur ses genoux.
— Cathédrale Saint James, chauffeur, déclara Zander d’un ton hautain, et que ça saute.
— Bien monsieur, répondit son père, les faisant rire tous les quatre.
BIEN SÛR, le mariage ne serait pas légal, mais John et Patty avaient fait jouer de sérieuses faveurs et promis de généreux dons lors des récoltes du dimanche jusqu’en 2099 afin que l’Église Catholique autorise le mariage de leur fils homosexuel dans la cathédrale Saint James. Même avec tous ces dons et promesses, l’Église n’avait cependant pas autorisé un prêtre à les marier, ils avaient donc fait appel à un ministre sans dénomination pour célébrer les noces.
La répétition à l’église se déroula sans encombre et tout le monde connaissait son rôle pour le lendemain soir. Le dîner qui suivait avait lieu au Country Club Broadmoor et mêlait les amis de Darren et Zander à un annuaire du monde politico-légal. Zander et Darren sourirent diligemment, serrèrent des mains et embrassèrent des joues jusqu’à ce qu’ils soient tous les deux épuisés. Juste après la dernière chanson jouée par le groupe et le retour progressif de la lumière, les invités commencèrent à se diriger vers la porte.
John, Patty, Zander et Darren se tenaient dans l’entrée, le sourire aux lèvres, remerciant chacun pour sa venue. Profitant d’une pause dans la succession d’invités, Patty se tourna vers Zander et Darren, l’air très fière.
— Vous avez assuré ce soir, les garçons, je suis tellement fière de vous deux.
— Merci maman.
— Merci, murmura Darren en baissant la tête.
Elle serra brièvement leurs mains à tous les deux et demanda :
— Comment est mon rouge à lèvres ?
Zander jeta un œil.
— Une retouche ne serait pas de trop.
Zander et Darren regardèrent en silence les mains parfaitement manucurées de Patty plonger dans son sac à main et en ressortir son rouge à lèvres. Elle l’appliqua d’abord sur la lèvre inférieure, puis sur celle du dessus, avant de les faire se rejoindre. Lorsqu’elle eut fini, elle se tourna vers Darren.
— C’est bon ? demanda-t-elle
— Tu es sublime, dit-il, je voudrais seulement…
Sa voix baissa.
Patty passa ses bras autour du cou de Darren et lui dit :
— Je sais, mon chat. Je suis sûre qu’ils ont des difficultés avec cette situation et qu’ils se sentent aussi mal que toi en ce moment, mais je ne doute pas qu’ils t’aiment énormément. Comme John et moi. Tu es comme un second fils pour nous, et nous t’aimons encore davantage parce que tu rends Zander vraiment heureux.
Une petite larme coula le long de la joue de Patty, et elle plongea à nouveau la main dans son sac pour y attraper un mouchoir. Essuyant doucement la larme, elle reprit :
— Et voilà, regarde ce que tu fais à mon maquillage.
— Tu es toujours magnifique, dit Darren avec un sourire sincère. Merci, Patty, tu ne sais pas à quel point cela compte pour moi.
Elle caressa sa main encore une fois.
— Allons faire partir ces invités afin que l’on puisse rentrer à la maison et que je me débarrasse de ce corset.
Darren regarda Patty avec un regard interrogateur.
Elle sourit et posa les mains sur ses hanches.
— Quoi ? Crois-tu qu’une femme de mon âge a de si belles formes naturellement ?
Il rit.
— Je t’aime.
Alors que d’autres invités se préparaient à partir, ils arrangèrent leurs tenues et affichèrent un beau sourire.
Au bout d’un moment, tandis que Patty, Zander et Darren faisaient signe depuis la porte-cochère, John raccompagna les derniers jusqu’à leur voiture, et ils regardèrent tous les feux arrière du véhicule jusqu’à leur disparition. John revint et ils s’assirent tous les quatre sur les marches, respirant enfin en attendant le voiturier qui devait amener la Jaguar.
— Je crois que c’était une réussite, s’exclama Darren.
Zander passa un bras autour de lui et l’attira près de lui.
— Et je pense que tu as raison, mon bel homme. Il lui embrassa la joue.
Le voiturier arriva et John aida Patty à se relever. Elle était plus petite d’une quinzaine de centimètres maintenant qu’elle avait retiré ses Manolo Blahnik cloutées. Elle envoya sa fourrure par-dessus l’une de ses épaules et ses chaussures par-dessus l’autre et s’adressa d’un ton plaintif à son mari :
— À la maison, mon homme
— Je peux conduire, Papa ?
Il remarqua la confusion sur le visage de son père et lui sourit.
— Tu te souviens quand j’ai eu mon permis de conduire et que je t’ai convaincu de me laisser jouer au chauffeur pour te conduire à tes rendez-vous dans la limousine ?
Un léger sourire apparut sur les lèvres de John.
— Bien sûr que je me rappelle. Les agents de sécurité m’ont bien remonté les bretelles.
— Quoi ? Patty frappa John avec son sac à main. Tu as laissé mon fils unique de seize ans conduire une limousine de l’État ? Tu crois que la sécurité t’a remonté les bretelles. Tu as de la chance que je n’aie pas été au courant. Je t’aurais montré ce que c’est de se faire remonter les bretelles.
John haussa les épaules en tentant de prendre un air innocent, mais cela ne fonctionna pas et ils se mirent à rire. Le père de Zander redevint sérieux.
— Qu’est-ce que tu as bu ?
— Oui, dis-nous, interrogea sa mère en lui jetant un regard qui l’avait toujours fait confesser ses méfaits lorsqu’il était jeune.
— J’ai seulement pris un verre de vin pendant le dîner, et c’était il y a des heures. En plus, ce serait drôle si Darren et moi vous conduisions à la maison une dernière fois.
Patty et John se regardèrent et secouèrent la tête.
— D’accord, si tu insistes.
— J’insiste, le taquina Zander.
Zander donna un pourboire au voiturier et s’installa au volant pendant que Darren ouvrait la portière pour que Patty et John se glissent à l’intérieur. Pendant le trajet du retour, ils discutèrent de la soirée en évoquant la nourriture et les invités, et comme il était agréable de voir untel, tel autre était magnifique, et le discours de untel n’était-il pas le plus drôle jamais entendu.
Zander s’arrêta devant le portail pour la seconde fois de la soirée, et à sa grande surprise, il était déjà ouvert.
— Papa, pourquoi le portail est-il ouvert ?
— Oh mince, ce fichu truc doit encore avoir un problème. Le réparateur était encore ici il y a quelques jours.
— Ne t’inquiète pas. Je demanderai à mon assistant de le rappeler lundi matin, répondit Patty sans inquiétude. C’est le week-end, je ne pense pas qu’un contrat sur nos têtes verra le jour avant ça.
Ils rirent tous tandis que la Jaguar remontait l’allée. Zander arriva sur la partie circulaire, dépassa son SUV avant de s’arrêter devant l’entrée de la maison. Darren bondit et une fois encore ouvrit la portière pour Patty et John pour qu’ils puissent sortir.
— Rentrez à la maison, je vais mettre la voiture au garage. À tout de suite, à l’intérieur. Darren fit le tour de la voiture et passa sa tête par la fenêtre pour embrasser fougueusement Zander.
— Je t’aime.
— Je t’aime encore plus
— Je vais mettre du café en route, déclara la mère de Zander alors qu’ils s’approchaient de la porte d’entrée.
— Je m’occupe du brandy, ajouta son père.
Darren courut de l’autre côté de la voiture et rejoignit Patty et John alors qu’ils entraient dans la maison.
Zander regarda sa famille disparaître à l’intérieur et se dit qu’il était très chanceux. Il sourit, remit la voiture en route et conduisit jusqu’au garage. Il appuya sur le bouton sur l’appareil au-dessus du rétroviseur et entendit vaguement le bruit du moteur de la porte alors qu’elle s’ouvrait sur un garage impeccable aux murs lambrissés. Il se gara avec soin à côté de la Mercedes de sa mère et mis la voiture en mode parking. Il appuya à nouveau sur le bouton et la porte commença à se fermer lentement derrière lui. Il ouvrit la portière et posa un pied sur le sol avant d’être surpris par une détonation. Qu’est-ce que c’est que ça ? Il ne pouvait imaginer autre chose qu’une voiture qui cale ou un coup de feu, et la panique le gagna. Les petits cheveux sur sa nuque se dressèrent et il sortit de la voiture. Il entendit le bruit une deuxième fois. Cette fois, il blêmit et son cœur tomba dans sa poitrine. Il se précipita vers la porte qui menait au cellier du majordome, mais il entendit une troisième détonation à mi-chemin. Il posa sa main sur la porte, tourna la poignée et poussa la porte avec force. Il s’attendait presque à voir Darren et ses parents hurler « Surprise ! » avec des bouteilles de champagne ou des feux d’artifice ou n’importe quoi, mais il savait au fond de lui ce qu’il venait d’entendre.
Des coups de feu, mon Dieu, faites que ce ne soit pas ça. Il ne croisa personne en traversant lentement le cellier, le couloir puis la cuisine. Il tourna au coin et entendit une dernière détonation, cette fois beaucoup plus forte. Ses pieds ne répondaient plus. Il ressentit une vive douleur à la tête, et tout s’assombrit alors qu’il se sentait tomber sur le sol.
MAL ! TRÈS mal ! Zander essaya d’ouvrir les yeux et de bouger la tête, mais son corps ne semblait pas lui répondre. Tellement mal ! Il compara sa douleur à celle de coups de batte de baseball répétitifs sur la tête, encore et encore. Extrêmement mal ! La pire douleur qu’il ait jamais ressentie. Tout était flou. Trois coups retentirent, puis un quatrième, et tout redevint noir.
Les bras de Zander étaient serrés autour de Darren pendant qu’ils dansaient sur leur chanson favorite, « At Last », d’Etta James. Il regarda vers la piste de danse et vit ses parents danser aussi. Croisant le regard de sa mère, il la vit lui faire un clin d’œil et lui sourit. Il embrassa Darren, ébouriffa ses cheveux, et le fit tourner dans un mouvement de danse de salon à l’eau de rose et digne d’Arthur Murray. Il s’arrêta en entendant les hurlements effrayés de leurs invités.
Il leva les yeux et soudain, il y avait des serpents partout. Ils tombaient du plafond et couvraient rapidement le sol. Ils rampaient depuis sous les portes et les arrivées d’air de la climatisation. Des serpents de toutes les formes et de toutes les tailles attaquaient les invités. De gros serpents noirs avec des bouches grandes ouvertes d’un blanc trop clair et frappant tout ce qui passait à leur portée. Des serpents marron avec des diamants sur le dos faisaient sonner leur queue et rampaient sur les tables de banquet et sur les bars. Les barmen les frappaient avec des bouteilles d’alcool. Le chaos éclata et les gens hurlaient et couraient dans toutes les directions pour échapper à cette scène d’horreur.
Darren poussa un cri et se raidit dans ses bras. Darren, je dois sauver Darren ! Il prit Darren dans ses bras et piétina des centaines de serpents, puis courut vers la porte d’entrée. À chaque pas, plusieurs serpents l’attaquaient. Les morsures sur ses chevilles et ses tibias le ralentissaient énormément, et il s’affaiblissait. Il voyait les portes, mais elles étaient trop loin. Il savait qu’il n’y arriverait pas et avec Darren toujours dans le creux de ses bras, il tomba à genoux. Il aperçut sa mère et son père sur le sol, deux mètres plus loin, les serpents recouvraient désormais leurs corps et ils étaient immobiles. La panique s’installa lorsqu’il réalisa qu’il ne pouvait sauver personne. Tout devint noir.
Zander essaya d’ouvrir lentement les yeux et, à sa grande surprise, il y parvint. Seulement, tout lui apparaissait flou, et la clarté de la chambre était trop forte pour lui. Il fit de son mieux pour se concentrer, mais une vague de douleur s’abattit soudain sur lui.
Oh mon Dieu, ma tête ! La douleur y était intense, comme si quelqu’un en arrachait la chair et lui serrait le crâne nu et vulnérable dans un étau, tournant l’appareil de plus en plus. Il essaya instinctivement de toucher ses tempes, mais quelqu’un repoussa doucement sa main à ses côtés. L’obscurité le submergea à nouveau.
ZANDER OUVRIT les yeux et observa la chambre en essayant de poser son regard sur quelque chose, n’importe quoi. Il vit des silhouettes floues près de son lit. Pourquoi y a-t-il des inconnus dans ma chambre ? Il cligna des yeux plusieurs fois, mais sa vision était toujours aussi floue. Il essaya de compter mentalement les personnes – une, deux, trois. Il y a trois inconnus dans ma chambre, et ils portent tous la même tenue bleu clair. Il cligna encore. Non, quatre, mais l’un d’eux porte du noir. Il fit encore un effort pour rendre sa vision plus nette. Pas juste une tenue bleue, des uniformes d’hôpital. Est-ce que je suis à l’hôpital ?
Il entendait des voix appeler son nom de loin.
— Alexander, est-ce que vous m’entendez ? M. Walsh, je suis le Dr Miller. Est-ce que vous m’entendez ?
Avant qu’il puisse répondre, quelqu’un lui mit une lumière vive dans l’œil droit. Il l’éteignit, puis la ralluma, puis recommença avec son œil gauche.
Oh, ça fait mal. Est-ce qu’il a dit « docteur » ? Je suis à l’hôpital.
Encore des voix.
— Alexander, je suis le Dr Miller, est-ce que vous m’entendez ?
Elles se rapprochaient et étaient plus fortes maintenant, et il voulait répondre que son nom était Zander, mais sa bouche ne voulait pas former les mots. Ses lèvres et sa bouche étaient très sèches. Soif, j’ai tellement soif. Si je pouvais juste avoir de l’eau, je pourrais parler. Il essaya de former les mots, mais une fois de plus, rien ne sortit. Pourtant, comme si elle avait lu ses pensées, une femme corpulente, du moins il pensait que c’était une femme, en blouse stérile amena une paille à ses lèvres. Il commença à aspirer de l’eau à travers la paille, mais avant qu’il ait pu aspirer une gorgée, elle lui retira.
— Pas trop, mon petit, murmura-t-elle, juste une petite gorgée, petit à petit.
La petite quantité d’eau qu’il parvint à boire avait le goût du paradis.
— Plus, murmura-t-il, et elle souleva une nouvelle fois la paille jusqu’à sa bouche.
— Rappelle-toi, mon petit, juste une gorgée. Boire trop et trop vite te rendrait malade.
Il crut acquiescer, mais il n’en était pas sûr. Il semblait ne plus contrôler une seule partie de son corps. Abandonnant toute idée de communication pour le moment, il passa la langue sur ses lèvres. Elles étaient sèches et gercées, comme s’il avait été dans le désert pendant des jours sans baume à lèvres.
Soudain, il eut une vision, ou était-ce un flashback ? Il se tenait debout avec sa mère, son père, et Darren. Ils étaient tous trois sur leur trente-et-un et sa mère mettait du rouge à lèvres. Mais où ? se demanda-t-il. Il entendit ensuite… une détonation ? Aussi vite qu’il était arrivé, le flashback se termina.
Il regarda encore autour de lui et tenta de parler.
Cette fois, il put former quelques mots.
— Où suis-je ? demanda-t-il. Sa voix était faible et rauque et ne ressemblait pas à l’habituelle.
— Vous êtes en soins intensifs à l’hôpital Northwest, Alexander, dit calmement le Dr Miller.
— Zan-der, dit-il faiblement.
Le Dr Miller était confus.
— Mon nom, tout le monde m’appelle Zander.
Maintenant qu’il comprenait, le docteur Miller sourit.
— Ooooh.
Il marqua une pause.
— Zander, compris, dit-il. Comment vous sentez-vous, Zander ?
— Comme si je m’étais fait renverser par un poids lourd, parvint-il à articuler.
Le Dr Miller eut un petit sourire.
— Pourquoi suis-je à l’hôpital ? demanda Zander.
Dr Miller se tourna vers l’homme qui se tenait près du lit de Zander, le regard interrogateur. L’homme s’avança et dit :
— Bonjour, Zander, je suis le Dr Cagney. Je suis votre neurochirurgien.
— Pourquoi ai-je besoin d’un neurochirurgien ?
— On vous a tiré dessus, M. Wal… Je veux dire Zander, répondit le Dr Cagney.
— Tiré dessus ? Il secoua la tête pour s’assurer qu’il avait bien entendu. Puis la douleur revint.
Il arrêta de bouger la tête et ferma les yeux pour faire passer l’intense douleur. Lorsqu’elle finit par s’en aller, il regarda le Dr Cagney.
— Pourquoi ? Quand ?
— Il y a un peu plus de deux semaines, dit le Dr Cagney, vous avez été plongé dans un coma artificiel pendant les seize derniers jours.
— Seize jours ! s’exclama Zander. Et… encore cette douleur.
— Vous avez survécu à neuf heures d’opération. Pour éviter que votre cerveau n’enfle et pour lui donner le temps de guérir, continua le Dr Cagney, nous vous avons mis sous sédation.
Le docteur se rendit au pied du lit de Zander. Il souleva le drap et le plaid en coton et passa une lame aiguisée sous le pied de Zander.
— Aïe, réagit Zander en essayant de retirer son pied de l’emprise du médecin.
Ce dernier répéta son geste sur l’autre pied, et Zander sentit encore cette douleur aiguë avant de se dégager.
— Très bien, c’est très bon signe. Vous avez des sensations dans les pieds et êtes capable de les bouger, ce qui veut dire qu’il n’y aura probablement pas de paralysie permanente.
Le Dr Cagney recouvrit les pieds de Zander, et la femme replia drap et couverture sous le matelas.
— Je suis épuisé, marmonna Zander, est-ce que ça vous dérange si je ferme les yeux ?
Sans attendre de réponse, les paupières de Zander se baissèrent doucement.
— Attendez.
Il rouvrit les yeux et vit l’homme habillé en noir s’avancer jusqu’au lit avant que la fatigue ne prenne le dessus et ses yeux se fermèrent à nouveau.
— M. WALSH, je suis l’agent spécial Jake Elliot, du FBI. Est-ce que vous vous souvenez de quoi que ce soit à propos de la nuit où vous avez été blessé ?
Il savait que c’était trop tard, Zander était à nouveau inconscient, mais il fit de son mieux.
— Dr Miller, quand pourrai-je lui parler ?
— C’est difficile à dire, tenta d’expliquer le médecin, il vient de traverser une épreuve très difficile et son cerveau a besoin de temps pour se réparer. Il sera un peu plus alerte chaque fois qu’il se réveillera, mais ça pourrait prendre une semaine avant qu’il ne soit complètement éveillé.
L’agent Elliot se sentit abattu, mais il fallait qu’il sache ce que Zander avait vu ou s’il se souvenait de quoi que ce soit au sujet de cette nuit-là. Le chef de la division, James Ralston, lui avait ordonné de rester au chevet de Zander jusqu’à ce qu’il obtienne les réponses dont il avait besoin, et de n’autoriser personne à lui parler jusque-là hormis ses médecins.
L’AGENT ELLIOT s’assit dans un fauteuil très inconfortable dans le coin de la petite pièce de soins intensifs. Cela faisait trois longs jours que Zander avait été conscient pour la dernière fois, et il se demandait combien de temps cela allait durer. Il avait des ordres, et il les suivrait bien évidemment, mais chacun de ses muscles semblait noué comme une corde mouillée et son corps lui faisait sentir le manque d’exercice et le mauvais fauteuil, ce fichu fauteuil. Il n’avait quitté l’hôpital que deux fois, jamais plus d’une heure pour se doucher et changer de vêtements, non sans avoir la promesse de l’infirmière qu’elle appellerait immédiatement si jamais Zander se réveillait. Il n’avait pas beaucoup dormi, mais avait normalement besoin de peu de sommeil, et il avait pu faire quelques siestes dans ce fauteuil.
Depuis son perchoir, il étudiait Zander Walsh allongé sur son lit d’hôpital. Malgré les bandages qui enveloppaient sa tête, il pouvait apercevoir des mèches rebelles de cheveux blonds s’échapper de la gaze. Lorsque Zander était revenu à lui, il se souvenait avoir été marqué par l’intensité du bleu de ses yeux. Même dans ces circonstances, il remarqua à quel point Zander était beau, et imagina qu’il serait agréable d’avoir quelqu’un comme lui dans sa vie.
Il savait qu’il était gay depuis qu’il était petit. Il était sorti avec quelques hommes au début de sa vingtaine, mais son travail ne lui laissait que peu de temps pour les rendez-vous ou quoi que ce soit d’autre. De plus, les agents spéciaux du FBI étaient, eh bien, ce n’étaient pas les gens les plus ouverts du monde, donc quand il avait été transféré au Bureau de Seattle cinq mois plus tôt, il avait décidé de garder pour lui ses préférences sexuelles et de rester discret. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas été avec quelqu’un, au moins depuis qu’il était à Seattle, et en étant honnête, il devait admettre qu’il était attiré par Zander Walsh. Il savait bien sûr que Zander n’était ni émotionnellement ni physiquement en état de penser à sortir avec quelqu’un, encore moins avec l’agent du FBI qui devait trouver le tueur de son fiancé décédé. Son fil de pensée fut interrompu lorsque les bras et les jambes de Zander commencèrent à bouger frénétiquement et qu’il marmonna des mots incompréhensibles. Il semblait faire un cauchemar. Jake s’approcha du lit et fit son possible pour le réconforter. Il appuya sur le bouton d’appel pour faire venir une infirmière et posa une main sur la jambe de Zander. Des larmes s’échappaient de ses yeux fermés et coulaient le long de ses joues.
ZANDER AVAIT seize ans et conduisait son père quelque part dans la limousine. Son père lui donnait des instructions depuis l’arrière de la voiture. ﹘ Ralentis juste un peu, maintenant mets ton clignotant, bien, change de file progressivement. Parfait, c’est très bien, fiston. Tu feras un bon conducteur. ﹘ Il afficha un large sourire devant la confiance que son père manifestait envers lui, mais quelque chose n’allait pas. Pourquoi est-ce que toutes les voitures étaient du mauvais côté de la route ? Il réalisa brusquement qu’il s’était inséré sur l’autoroute dans le mauvais sens. Avant qu’il puisse se ranger sur le côté ou faire demi-tour, il se retrouva devant la grille chromée d’un gros camion de livraison, et cette fois encore, tout s’obscurcit.
Zander poussa soudain un cri et ouvrit les yeux. Son cœur battait la chamade et sa respiration était laborieuse. Il essaya de se calmer et fixa l’homme en noir avec des yeux embués. Il regarda autour de lui. Hôpital, je suis à l’hôpital, mais, pourquoi ? Puis il se souvint. Je me suis fait tirer dessus.
— Est-ce que vous allez bien, M. Walsh ? demanda l’homme en noir. Le docteur va bientôt arriver.
— Qui êtes-vous ? interrogea Zander avec une voix plus claire.
— Je suis l’agent spécial Jake Elliot, du FBI.
Zander hocha la tête.
— Vous souvenez-vous que vous vous êtes fait tirer dessus ?
Zander hocha à nouveau la tête.
— Vous souvenez-vous de quoi que ce soit à propos de cette nuit-là ?
Zander réfléchit à la question. Est-ce que je me suis vraiment fait tirer dessus ? Pourquoi je ne me souviens de rien ?
Le Dr Cagney entra dans la chambre accompagné par l’infirmière replète dont Zander se souvenait de la dernière fois où il s’était réveillé. Il regarda le dossier de Zander et replaça le porte-bloc au pied du lit pendant que l’infirmière vérifiait les liquides en intraveineuse et bidouillait les machines toujours reliées à lui.
— Depuis combien de temps est-il réveillé ? demanda le docteur.
— Pas longtemps, répondit l’agent Elliot. Il a fait une sorte de cauchemar.
— Eh, les gars, interrompit Zander. Ne parlez pas de moi comme si j’étais dans le coma, s’il vous plaît.
— Oh, oui, dit le Dr Cagney. Navré. Comment vous sentez-vous ?
— Horrible. J’ai très mal à la tête et tout mon corps me fait souffrir, mais j’imagine que je vais survivre. Je vais survivre, non ?
— Tout indique que oui. Vous aurez bien sûr de la rééducation à gérer, mais oui, je pense que vous vous en remettrez complètement.
— M. Walsh, vous vous sentez d’attaque pour répondre à quelques questions, demanda l’agent Elliot.
Zander le regarda et acquiesça. Il était plutôt mignon.
— Donc, comme je le demandais plus tôt, est-ce que vous vous rappelez quoi que ce soit à propos de la nuit où l’on vous a tiré dessus ?
— M. Elliot, c’est ça ?
— Appelez-moi Jake.
— Non, je n’en ai vraiment aucun souvenir, Jake, répondit-il en regardant tour à tour l’agent et le Dr Cagney.
Le médecin lui dit ensuite :
— Ne vous inquiétez pas trop. Ce n’est pas inhabituel d’avoir une perte de mémoire à court terme après avoir traversé un tel traumatisme. Tout devrait vous revenir avec le temps.
— Est-ce que vous pouvez me dire quelque chose sur ce qui m’est arrivé ? demanda Zander.
L’agent Elliot regarda le Dr Cagney, qui lui répondit en acquiesçant de la tête.
— M. Walsh…
— Zander, s’il vous plaît.
— D’accord, Zander. Il y a un peu plus d’un mois, vous et vos parents, ainsi que votre petit ami, rentriez d’une fête. Vous souvenez-vous de la fête ?
Une fête ? Un petit ami ?
— Vous voulez dire, Darren et la fête d’après la répétition ?
Dès l’instant où le nom de Darren franchit ses lèvres, son cœur commença à battre plus rapidement et une sensation de malaise le gagna.
— Où est Darren ?
Il chercha dans la pièce le visage familier de son amant. Darren ne le laisserait pas seul à l’hôpital.
— Je veux le voir. Où est-il ?
— Vous vous rappelez être rentré de la fête ? demanda Jake d’un ton neutre.
Pourquoi personne ne répond-il à ma question ?
— Punaise, que quelqu’un me dise où est Darren, dit-il avec la gorge serrée par le désespoir, j’ai besoin de voir Darren.
Il analysa les visages du Dr Cagney et de l’agent Elliot, cherchant le moindre signe positif. Son regard atterrit sur l’infirmière et son estomac se retourna lorsqu’elle s’éloigna, les yeux embués. Non.
— Mes parents ? Où sont ma mère et mon père ?
Ils s’assureraient qu’il puisse voir Darren.
— Zander, vous rappelez-vous avoir vu un intrus dans…
La douleur dans sa tête refit une apparition fulgurante alors que des images défilaient dans son esprit. Le dîner de répétition, les visages souriants des amis et de la famille. La douleur s’intensifia et devint presque insupportable. Dire au revoir. Être assis à côté de Darren en conduisant ses parents chez eux. Amener la voiture jusqu’au garage. Les détonations. Non, pas des détonations, des coups de feu !
Il croisa le regard du Dr Cagney et le supplia :
— S’il vous plaît, je dois voir Darren et mes parents maintenant.
Il murmura pour lui-même :
— Ça ira. J’ai survécu.
Il avait juste besoin de sentir les bras de Darren autour de lui. Darren saurait comment apaiser la douleur.
— Je suis navré, Zander, lui dit Jake d’un air grave, vous et votre famille avez interrompu un cambriolage. Ils ont tous été t…
— Non ! Ne prononcez pas ces mots, dit-il en jetant un regard noir à Jake. Mon père est le Sénateur John Walsh et je demande à le voir immédiatement.
— Je suis désolé, déclara le Dr Cagney avec empathie, vous êtes le seul survivant.
Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai.
Son cœur et son âme se brisèrent en un million d’éclats. Son univers se disloqua et sombra dans le chagrin et l’horreur en seulement trois petits mots : je suis désolé. Darren n’était plus là. Sa mère et son père n’étaient plus là. Il n’y croyait pas.
— S’il vous plaît, murmura-t-il en dépit de la boule dans sa gorge.
— Nous n’avons rien pu faire.
Les battements de son cœur étaient hors de contrôle. Les larmes rendirent sa vision floue à nouveau pendant que tout le monde le regardait avec compassion. Ce n’est pas possible. Ils ne sont pas morts !
— Pitié !
Les larmes coulaient sur son visage.
— Non, ils ne peuvent pas être morts.
Une douleur lancinante traversa sa poitrine comme si des serres déchiraient sa peau.
— S’il vous plaît, allez chercher Darren. Maman ! Papa !
Il hurlait en agrippant son cœur.
— Darren !
Les sanglots étaient incontrôlables.
— Mon Dieu, nooooon !
Des bras forts l’entourèrent alors qu’il se débattait pour s’enfuir. Il n’arrivait pas à respirer, à reprendre son souffle alors que les sanglots continuaient de le secouer, remplissant la pièce de cris qui ressemblaient davantage à ceux d’un animal blessé qu’à ceux d’un homme. Il ne pouvait pas supporter cette douleur. Son instinct lui ordonnait de s’échapper. Noyé dans son chagrin, il ne sentit pas l’aiguille glisser dans sa chair. Sa tête tournait et sa vision s’assombrit. Il s’immobilisa, les paupières s’alourdissant et forçant ses yeux à se fermer.
— Darren, soupira Zander avant de se laisser emporter jusqu’à la sérénité que lui offrait l’obscurité.
ZANDER OUVRIT les yeux et regarda autour de lui dans la petite pièce aux murs vitrés. Il n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé endormi, mais les stores étaient tous fermés excepté celui en face de la zone réservée aux infirmiers, et l’endroit était à ce moment vide et sombre, seulement éclairé par la lumière des écrans connectés à Zander. Il ferma les yeux et écouta le moniteur cardiaque faire bip-bip bip-bip dans le calme et l’obscurité de la chambre. Il sursauta en sentant quelque chose se serrer autour de son biceps, de plus en plus jusqu’à ce qu’il ait l’impression que son bras allait exploser. Puis, aussi vite que l’agression avait commencé, le brassard se dégonfla, pulsant avec chaque battement de son cœur. Calme-toi, espèce de gros bébé, c’est simplement la machine pour la tension.
C’est à ce moment précis que sa conscience décida de lui rappeler les évènements qui avaient débouché sur la mort de sa famille. Il fut encore une fois dévasté. Il ressentit encore cette immense douleur, mais pas physiquement. Le manque et la sensation de vide menaçaient chaque fibre de son être, et il lui était difficile de respirer. C’était comme si un éléphant était assis sur sa poitrine. Il s’imaginait suffoquer à tout moment. Pendant une seconde, il accepta l’idée comme échappatoire à l’horreur.
Il allait vivre le reste de sa vie seul. Pas juste seul dans cette cellule de soins intensifs, mais vraiment seul. Ses parents s’étaient mariés et l’avaient eu au début de la quarantaine, et ses grands-parents étaient morts plusieurs années auparavant. Il avait un oncle du côté de sa mère qui vivait à l’étranger, mais il ne connaissait pas vraiment l’homme ou sa famille. Le désespoir menaçait de le faire craquer alors que la réalité de ce qui lui restait lui apparaissait progressivement.
Il commença à sangloter sans pouvoir se contrôler. Mon Dieu, ils ont tous été… tués. Pourquoi ? Je ne peux pas vivre sans Darren. Pourquoi ai-je été épargné ? Chaque sanglot rendait sa respiration plus difficile et le faisait haleter, jusqu’à ce qu’il lui fut impossible d’inspirer. Son corps entier rougit et commença à trembler pendant que sa vision se troublait. Après un moment interminable où la douleur était tout ce qui existait, où le poids de la réalité menaçait de l’écraser, un profond instinct de survie prit le dessus. Ses poumons le forcèrent à inspirer une bouffée d’air après l’autre jusqu’à ce qu’il puisse les remplir de l’air fétide de l’hôpital. Le flot de larmes ralentit, et un sentiment de calme commença à l’entourer. Son souffle reprit lentement son rythme normal, sa vision s’éclaircit, et son corps cessa de trembler. Avec cette nouvelle impression de calme vint celle de vide. Il ne ressentait que vide et solitude, un tel vide que l’univers lui-même ou tout ce qu’il incluait ne pourrait pas emplir le gouffre dans son cœur.
Dieu, faites que ce soit terminé. Je n’ai plus de raison de vivre : oh, mon Dieu, Darren est parti. Papa et Maman sont partis. Je ne veux pas être là sans eux. Dieu, pitié, prends-moi. Prends-moi tout de suite !
Une lumière vacillante commença à pénétrer dans la chambre, d’abord des faisceaux aveuglants, qui se transformèrent en de longs rayons de lumière chaude et douce. Des milliers de rayons de lumière accueillante emplirent la pièce. Zander regarda la porte et tenta de se calmer, se disant que quelqu’un allait rentrer, mais la porte resta fermée. La lumière était de plus en plus claire, mais Zander ne voyait pas d’où elle provenait.
Est-ce que je viens de mourir ? Est-ce que c’est la lumière dont tout le monde parle ? Oh, merci, Dieu.
Zander tendit les mains vers la lumière, comme pour dire – Je suis là, mais la lumière se mit à tourbillonner dans la petite chambre d’hôpital, de plus en plus vite, avant qu’un éclair de la lumière la plus éblouissante que Zander n’avait jamais vu éclate devant lui.
Darren apparut brusquement au pied de son lit. Il était encore vêtu de son costume Armani noir sur-mesure, et la lumière qui l’entourait formait un sublime halo. Il était absolument magnifique ; le plus bel ange sur lequel Zander ait jamais posé les yeux. Son sourire était chaleureux et complice, Zander ne put s’empêcher de l’imiter à travers les larmes qui s’échappaient et coulaient le long de ses joues. Darren posa sa main gauche sur la jambe de Zander, et Zander vit que Darren portait l’alliance en or bordé de platine qu’ils avaient dessinée ensemble, un des anneaux qu’ils devaient échanger pendant la cérémonie.
