Une main gagnante - Scotty Cade - E-Book

Une main gagnante E-Book

Scotty Cade

0,0

Beschreibung

Auteur de romans à succès, Bay Whitman vit la vie d'une célébrité – du moins, en apparence. En public, il est sûr de lui. Les femmes boivent la moindre de ses paroles, les hommes envient son assurance et sa démarche arrogante. Cependant, en réalité, Bay est un solitaire. Il est timide, introverti, et sa vie se résume à s'asseoir dans une pièce sombre pour écrire ses célèbres romans sur Jack Robbins. Il n'a qu'un seul vice : les jeux. Gagner un escort à une partie de poker changera sa vie d'une façon qu'il n'aurait jamais imaginé. Matthew « King » Slater est l'une des stars du porno les plus en vogue. Il passe ses journées devant une caméra et ses nuits comme escort de luxe pour les personnes riches et célèbres. Au fond de lui, il meurt d'envie de trouver l'amour et un lien véritable, mais son passé rend difficile de différencier les besoins de son corps de ceux de son cœur. Pour le moment, il lui est plus facile de voir le sexe comme son travail. Pourtant, lorsqu'il doit tourner à Las Vegas et qu'il est embauché pour un travail d'escort dans un célèbre hôtel casino, son séduisant client rend plus difficile pour lui de distinguer le travail du plaisir.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 358

Veröffentlichungsjahr: 2018

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Table des matières

Résumé

Dédicace

Avant-propos

Prologue

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

Épilogue

D’autres livres par Scotty Cade

Biographie

Par Scotty Cade

Visitez Dreamspinner Press

Droits d'auteur

Une main gagnante

Par Scotty Cade

Auteur de romans à succès, Bay Whitman vit la vie d’une célébrité – du moins, en apparence. En public, il est sûr de lui. Les femmes boivent la moindre de ses paroles, les hommes envient son assurance et sa démarche arrogante. Cependant, en réalité, Bay est un solitaire. Il est timide, introverti, et sa vie se résume à s’asseoir dans une pièce sombre pour écrire ses célèbres romans sur Jack Robbins. Il n’a qu’un seul vice : les jeux. Gagner un escort à une partie de poker changera sa vie d’une façon qu’il n’aurait jamais imaginé.

Matthew « King » Slater est l’une des stars du porno les plus en vogue. Il passe ses journées devant une caméra et ses nuits comme escort de luxe pour les personnes riches et célèbres. Au fond de lui, il meurt d’envie de trouver l’amour et un lien véritable, mais son passé rend difficile de différencier les besoins de son corps de ceux de son cœur. Pour le moment, il lui est plus facile de voir le sexe comme son travail. Pourtant, lorsqu’il doit tourner à Las Vegas et qu’il est embauché pour un travail d’escort dans un célèbre hôtel casino, son séduisant client rend plus difficile pour lui de distinguer le travail du plaisir.

Pour mon mari, Kell. Sans ton amour, tes encouragements, ton soutien et ta patience, je ne serais pas capable de faire cela. Mon amour est plus profond que l’océan, et chaque jour je suis heureux que tu aies choisi de passer le reste de ta vie avec moi. Je t’aime.

Je manquerais totalement à mon devoir si je ne remerciais pas Kimberly « Kimmers » Sewald pour m’avoir présenté Annie Maus, qui m’a aidé à toucher au sujet sensible des addictions sexuelles. Merci à vous deux pour votre aide et votre soutien. J’espère avoir touché juste.

Je voudrais également remercier Ned Miller pour avoir enregistré la version originale de « From a Jack to a King », qui a inspiré cette histoire. C’était l’une des chansons préférées de ma grand-mère et je me souviens l’avoir si souvent entendue la chanter quand j’étais enfant. Cette chanson a été enregistrée en 1957, mais n’a eu aucun succès avant que Ned réussisse à convaincre son distributeur de la rééditer cinq ans plus tard. Grâce à cette sortie, la chanson est devenue un succès et est montée dans le top 10 de Billboard US dans la catégorie country, pop et chansons contemporaines. Merci, Ned Miller, de m’avoir inspiré.

Avant-propos

UNE MAIN gagnante est une romance contemporaine légère qui touche brièvement deux sujets très sérieux que je ne prendrais jamais à la légère. Le premier, ce sont les effets du harcèlement scolaire et comment cela affecte les adultes. Kell et moi avons tous deux été harcelés quand nous étions adolescents, alors mes recherches ont constitué à discuter pendant vingt ans de nos expériences et de la manière dont nous avons géré cela, et comment cela nous affecte encore aujourd’hui. Nous avons tous les deux de profondes cicatrices émotionnelles et de puissantes émotions qui les accompagnent. Le harcèlement est une épidémie, bien que l’on y fasse plus attention depuis ces dernières années – quoique pas assez à notre goût, pour y mettre fin.

En second lieu, l’un des personnages principaux de cette histoire est touché par une addiction au sexe. Voilà sur quoi s’est porté le plus gros de mes recherches. J’ai lu tout ce que je pouvais trouver sur Internet, j’ai communiqué avec des spécialistes dans ce domaine, et j’ai fait de mon mieux pour illustrer de manière précise les effets de cette addiction, les Sex Addicts Anonymes (SAA), leur programme en 12 étapes et le processus de rétablissement.

N’oubliez pas que je ne fais que survoler ces sujets, et si j’ai écrit quelque chose de mal, je m’excuse du fond de mon cœur. Ce n’était pas intentionnel, et j’ai le plus grand respect pour toutes les personnes qui doivent gérer les effets du harcèlement ou des addictions au sexe.

Une dernière chose. Si après avoir lu ce livre, vous reconnaissez des signes de comportement pouvant être liés à une addiction au sexe, que ce soit sur vous ou un de vos proches, il y a toujours de l’aide disponible.

Prologue

LA SUEUR coulait sur le corps de King Slater pendant qu’il pistonnait l’orifice étroit de l’homme couché sur le capot de la Jaguar noire. L’inconnu gémissait bruyamment, les yeux fermés, la tête rejetée en arrière, et les bras étendus sur la voiture presque comme s’il se faisait crucifier. King sourit mentalement en entendant ces bruits étranges. Le pauvre homme ressemblait plus à un animal blessé qu’à quelqu’un qui savourait la baise incroyable qui lui était accordée.

King soupira. Il faisait cela depuis longtemps, et en général à cette étape de la scène, il commençait à perdre tout intérêt. Ce film ne fit pas exception, mais il était un professionnel, il savait qu’il devait donner l’impression d’aimer cela pour les caméras. Il repositionna ses genoux, les pressa contre le parechoc pour avoir une plus grande marge de manœuvre, et ouvrit la bouche pour parler, mais se tut avant d’avoir prononcé le moindre mot. Comment s’appelait ce type, déjà ? Jim ? Jared ? Bon sang, King, réfléchis ! Il allait dire quelque chose de totalement futile quand le nom du type lui revint tout à coup. Josh ? Oui, Josh. C’est ça.

D’une voix profonde, sensuelle et voluptueuse, King prit la parole :

— Prends ça. Prends ça, Josh. Prends ma grosse queue bien profondément.

— Oui, gémit Josh. Plus fort.

King lui prit les chevilles et écarta largement ses jambes afin d’offrir une vue parfaite à la caméra sur son sexe qui pilonnait les fesses de Josh. Crucifié ou non, King devait admettre que son partenaire prenait chaque coup de reins comme un pro.

Dans une tentative de chasser son ennui et de ne plus penser au soleil qui lui cuisait la peau, King se concentra sur la pomme d’Adam de Josh, qui montait et descendait tandis qu’il déglutissait. Lorsque cela ne suffit plus à maintenir son attention, il compta les gouttes de sueur qui glissaient de son nez sur le torse de Josh. Encore quelques minutes et c’est fini, King. Encore quelques minutes.

Il avait fait ça des centaines de fois, et il n’y avait rien de romantique ou de sentimental dans tout ça. Le secret de son succès, c’était de faire croire à la caméra que c’était le cas. Qu’il était vraiment « à fond » dans l’acte. Bien entendu, il ne faisait rien de plus que baiser un étranger sur le capot d’une voiture, mais il pouvait compter sur ses années de théâtre au lycée et à l’université. Depuis le son de sa voix jusqu’aux expressions de son visage, et surtout son langage corporel, il maîtrisait tout à la perfection. Au moment voulu, il invoqua son orgasme comme s’il appelait un vieil ami. Pour s’y préparer, il rejeta la tête en arrière dans un faux mouvement de béatitude.

Bien que la voiture soit garée à l’ombre d’un cactus de quatre mètres de haut, celui-ci ne suffisait pas à apaiser la chaleur de l’après-midi. Ils haletaient tous deux de façon incontrôlable. Josh se masturba avec enthousiasme pendant que King frappait en lui, puis lâcha un gémissement plus bruyant encore lorsqu’il jouit sur son abdomen.

Si ce gosse doit devenir une star du porno, il a intérêt à travailler sur les bruits qu’il fait.

King se retira, enleva le préservatif, se masturba une fois ou deux et mêla sa semence à celle de Josh. Une fois repu et en mode automatique, il s’effondra sur son partenaire et l’embrassa passionnément pour la caméra.

— Coupez ! Bon travail, messieurs.

King mit fin au baiser, se redressa et s’étira, le sperme toujours collé à lui. Il avait l’impression qu’il n’allait pas tarder à tomber de déshydratation ou d’insolation, voire les deux.

— Tous tes orgasmes sont aussi intenses ? demanda Josh en le regardant avec des yeux de cocker.

— En général oui, répondit King en tremblant toujours un peu.

— Je veux dire, je l’ai remarqué dans tes vidéos en ligne, continua Josh. Mais voir ça en vrai… Mince, j’aurais aimé que le mien dure aussi longtemps.

King sourit, essuya la sueur sur son front avec le dos de sa main, puis regarda autour de lui.

— Qui a eu la super idée de tourner à quatorze heures dans le putain de désert du Nevada ? demanda-t-il d’un ton moqueur en haletant.

— Désolé, mec, dit le réalisateur. C’était le seul moment où nous pouvions rassembler l’équipe de tournage.

King et son collègue acceptèrent des bouteilles d’eau fraîche et des serviettes humides que l’assistant leur donna. Ils vidèrent les bouteilles puis s’essuyèrent le visage, la nuque, et le reste de sperme sur leur ventre.

King jeta sa serviette souillée à l’assistant et tendit la main au type qu’il venait de sauter devant une caméra, acceptant ainsi d’être un invité spécial pour Falcon Studios.

Josh accepta la main et King le tira pour qu’il s’assoie, puis le fit lever de la voiture. Les fesses de Josh crissèrent, rebondirent et dérapèrent sur le capot.

— Aïe ! cria-t-il quand ses pieds touchèrent le sable brûlant. Putain, c’est chaud.

King ouvrit les bras.

— Attends, je vais t’aider.

— Merci, mec. Au moins toi, tu as des bottes.

King regarda ses pieds.

— Oui, quelle chance.

King, avec son mètre quatre-vingt-treize, le souleva sans difficulté et le porta jusqu’au van de la production, où leurs vêtements les attendaient.

— C’est mieux ?

— Bien mieux, merci encore.

King sourit.

— Tu as fait du très bon travail, au fait.

Josh le regarda avec ses mêmes yeux de cocker.

— Merci. C’était un honneur de travailler avec une telle légende.

King fronça les sourcils.

— Hé ! Légende, on dirait que je suis vieux. Et mort !

— Eh bien, tu es une légende pour moi, assura Josh. Et, crois-moi, tu n’es pas vieux… ni mort. Comment fais-tu pour tenir aussi longtemps ? J’ai cru que tu ne jouirais jamais !

King sourit.

— Les secrets du métier, mon jeune ami.

Il ne lui avoua pas que c’était à cause de l’ennui, ou en tout cas du manque d’intérêt, qu’il mettait tant de temps à jouir. Il le découvrira seul bien assez tôt.

— Combien de films as-tu faits, au fait ?

— En comptant celui-ci ?

King opina.

— Deux.

— Deux ?

King regarda le réalisateur, qui lui sourit.

— Hé ! Il a des notes incroyables pour un petit nouveau, alors lâche-lui les baskets ! On commence tous quelque part.

King secoua la tête. Il devait admettre que ce type était canon et bâti comme une armoire à glace, mais c’était très difficile d’apprécier le sexe quand un réalisateur orchestrait leurs moindres mouvements. Cependant, il recevait un très bon salaire pour ces films, et de plus, ils avaient payé tous ses frais pour qu’il vienne à Las Vegas et en reparte. Alors s’ils voulaient qu’il se tape un petit nouveau d’une vingtaine d’années, il n’allait pas se plaindre.

Son collègue se glissa dans son short et grimaça.

— Mince, je crois que je ne vais plus marcher droit pendant une semaine.

— J’espère que ça en valait la peine.

— Oh que oui ! Franchement. En fait, si jamais tu reviens dans le coin et que tu veux… euh, tu sais, t’amuser un peu, appelle-moi.

King savait qu’il n’y avait aucune chance, mais il resta poli.

— Pas de souci.

Il enfila son caleçon et allait attraper son jean quand son téléphone sonna. Il sortit son portable personnel de sa poche, le regarda, et le rangea. Impatient, il sortit le deuxième, celui qu’il utilisait pour ses services d’escort.

Plus tôt dans la journée, il avait tweeté et dit sur ses réseaux sociaux qu’il serait à Las Vegas pendant quelques jours pour un tournage, si jamais quelqu’un voulait de sa compagnie.

— Désolé, je dois répondre.

Il s’écarta du van de la production et répondit.

— King Slater.

— Bonjour. Euh. Je m’appelle Paul, et je me demandais si vous étiez libre ce soir.

King pouffa.

— Je suis disponible, en effet.

— Super ! Enfin, désolé, je suis un peu nerveux.

— Je prends cinq cents dollars de l’heure, continua King. Alors si tu as cet argent et que tu veux t’amuser un peu, il n’y a pas à être nerveux.

— Euh, oui, dit l’homme. J’ai vu ça sur votre profil. Et pas de souci, j’ai l’argent.

— Je ne m’inquiète pas, dit King. Il faut payer d’avance en me donnant les informations de ta carte de crédit avant notre rencontre.

— Vous prenez les espèces ? demanda l’autre.

— Lorsque nous nous verrons, oui, expliqua King. Mais je prends une assurance avec la carte de crédit au cas où tu n’aurais pas l’argent une fois sur place.

— D’accord. On peut faire ça.

— Donc. C’est bon ?

— C’est bon.

— D’accord. Ne raccroche pas, j’ouvre mon application, dit King.

— Dès que vous êtes prêt.

Paul lui donna ses informations et King les entra dans son téléphone.

— Bien. Ce sera deux heures à cinq cents dollars l’heure. Où nous retrouvons-nous ?

— Mon hôtel ?

— Bien sûr. Lequel ?

— MGM Grand. Je n’y suis pas encore, mais je vous enverrai le numéro de ma chambre dès que je l’aurai. À minuit, ça ira ?

— Minuit, parfait, dit King. Hé, tu aimes des trucs inhabituels, quelque chose que je devrais savoir ?

— Nan, dit Paul. Juste, normal.

— Actif ou passif ? demanda King avec nonchalance. Au fait, je prends plus si je suis passif.

Les secondes passèrent dans le silence. King allait répéter la question quand Paul reprit finalement :

— Je serai passif.

— Parfait. C’est ce que je préfère. On se voit à minuit.

I

BAY WHITMAN se trouvait dans l’entrée de sa suite au MGM Grand Las Vegas Hotel & Casino, et regardait dans le miroir cerclé d’or. D’une main tremblante, il réajusta son nœud papillon et enfila sa veste bleu nuit Armani taillée sur mesure. Il tira sur ses manches de façon à ne montrer que quelques millimètres de blanc, et une pointe de ses boutons de manchettes noirs incrustés de diamants.

L’adrénaline courait dans ses veines, comme avant une grande partie de poker, et il adorait ça. Les jeux étaient comme de la cocaïne pour lui, et le sang qui courait dans ses veines était aussi rapide et puissant que l’eau des chutes du Niagara. À ses débuts, quand il n’avait pas beaucoup d’argent de côté, les jetons lui donnaient la chair de poule, mais même si les règles avaient changé et que les mises étaient bien plus grandes, le frisson était aussi intense. Jouer était la seule chose qui l’aidait à se sentir en vie. Et comme un addict, il avait désespérément besoin de cette sensation qu’il ressentait lorsqu’il regardait son adversaire et bluffait jusqu’à gagner.

Bay s’écarta du miroir, prit une inspiration nerveuse avant de la retenir et de fermer les yeux. Il se concentra sur l’intérieur de ses paupières jusqu’à ce que ses poumons soient prêts à éclater. Il souffla, sifflant entre ses lèvres. C’était ce qu’il faisait chaque fois qu’il se retrouvait en public. Une sorte de mantra, pour l’aider à affronter la vie qu’il s’était créé par inadvertance. On ne peut pas bluffer avec les sourcils froncés, la sueur au front et les mains tremblantes, mon garçon. Tu dois être sûr de toi. Toujours !

Quand Bay rouvrit les yeux, il commençait enfin à sentir arriver son alter ego calme, sûr de lui, serein.

— Pas trop moche pour un nerd.

Il pouffa de rire. Un nerd ? Ce n’était qu’en partie vrai. Oui, il était incontestablement un nerd, mais il était aussi auteur de best-sellers pour le New York Times et avait pas mal de romans de mystère et de crimes à son actif.

Après sa dernière parution, Bay avait été invité à beaucoup de séances de dédicaces et d’interviews à Las Vegas, alors il avait décidé de prendre l’avion un jour plus tôt pour aller s’amuser à son aire de jeux préférée.

Ce petit voyage n’était pas gratuit. C’était un cadeau de félicitation, car non seulement il avait respecté une deadline très importante, mais en plus il avait terminé avant la date. Hier après-midi, un jour avant celle-ci, il avait écrit « Fin » sur le second tome d’une trilogie signée avec son éditeur, avec son personnage principal fétiche : Jack Robbins, détective privé et expert en séduction. Il avait rapidement compris à quel point il était difficile de suivre les exigences d’une tournée promotionnelle pendant que son esprit était plongé dans un travail en cours, alors il avait fait de son mieux pour s’imposer une deadline un peu prématurée, ce qui lui permettait de garder les idées claires devant l’avalanche d’attentions de la presse qui accompagnait chaque nouveau livre. Les trois romans avaient déjà été rachetés pour une trilogie de films, et les studios présentaient Jack Robbins comme un mélange de Jason Bourne et d’une version américaine de James Bond. Mais ça va, pas de pression !

Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale devant cette perspective. Le grand écran. Jack Robbins va être sur grand écran. Un média auquel Bay ne connaissait rien, et où il ne pourrait pas se cacher. Dès que les mots « tu n’es pas assez doué » lui vinrent en tête, il les repoussa, avec son sentiment de ne pas être à la hauteur, et tenta de se concentrer sur autre chose. Par exemple, le jeu aux mises exceptionnelles auquel il allait participer. Avec de gros joueurs. Bay savait qu’il devait participer.

Il se regarda une dernière fois dans le miroir et se concentra sur ses yeux. Il soupira de soulagement quand il ne vit aucun signe de l’écrivain à succès un peu nerd sur les bords qui croulait sous le poids de ses doutes et de ses anxiétés paralysantes chaque jour de sa vie.

Dans sa tête, il ne voyait que Jack Robbins. La personnalité à laquelle ses fans étaient habitués, et qui intimidait ses adversaires à la table de poker. Je suis prêt.

Il regarda sa montre. Seize heures quarante-cinq. Je ferais mieux d’y aller. Nous jouons dans quinze minutes, je ne veux pas être en retard.

Bay quitta sa suite et se dirigea vers l’ascenseur. Lorsque les portes s’ouvrirent, Bay Whitman avait quitté sa personnalité de geek timide au profit de celle d’un play-boy élégant. Il était devenu sophistiqué, expérimenté, charmant, parfaitement imparfait dans tous les sens du terme. Un véritable homme, avec une démarche arrogante, mélange de celle de Tom Cruise, James Bond et George Clooney. Bay Whitman n’était plus, il était désormais Jack Robbins.

Bien sûr, Bay ne se faisait pas d’illusion. Déjà, il ne ressemblait en rien à son personnage. Jack était très séduisant. Un mètre quatre-vingt-treize, cent kilos de muscles, les yeux d’un vert presque émeraude, une barbe nette et bien taillée, des cheveux châtains avec des mèches blondes.

Mais en public, Bay empruntait la personnalité hors du commun de Jack. Et pourquoi pas, après tout ? Il avait inventé le personnage, et il pouvait se cacher derrière celui-ci s’il le désirait. C’était l’unique manière qu’il avait de survivre à l’extérieur de son appartement à New York.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et Bay monta. Il adressa un large sourire aux personnes qui s’y trouvaient déjà, son regard s’attarda de façon presque imperceptible sur une femme séduisante qui semblait être seule, et lorsqu’il se tourna pour regarder vers les portes, il observa les visages à travers le reflet. Un homme donna un coup de coude à une femme âgée à côté de lui – probablement sa mère – puis un autre chuchota à son ami lorsqu’ils reconnurent l’auteur célèbre. Ce n’était pas agréable pour Bay. Au contraire, il détestait quand les gens le reconnaissaient. Il était stupéfait de voir que les gens savaient qui il était. Bay Whitman, le nerd timide.

Son malaise grandit à mesure que les gens comprenaient qu’ils étaient dans le même ascenseur qu’une célébrité, faisant le lien entre le reflet de son visage sur la paroi et la photo sur sa biographie d’auteur. Il sentait leurs yeux sur lui et leur plaisir à le voir – ou à voir l’homme qu’ils le croyaient être.

Alors que l’ascenseur commençait à descendre, Bay se compara à la personnalité qu’il avait temporairement adoptée. Si ces gens savaient la vérité, admireraient-ils le vrai Bay Whitman : timide, peu sûr de lui, antisocial, introverti ? Le reclus qui était plus à l’aise seul dans son bureau mal éclairé à écrire ses romans policiers, plutôt qu’à voyager dans un jet, faire des interviews et des émissions télé, être le centre de l’attention de tous pendant les interminables séances de dédicaces ?

Bay avait créé Jack Robbins, cet homme séduisant, sûr de lui, fort, tel qu’il aurait aimé être lui-même. C’était son exutoire. Une façon d’être… plus que ce qu’il était. Quand le premier roman de Jack Robbins avait été – contre toute attente – un véritable succès, il s’était retrouvé jeté sous le regard du public. Le personnage de Jack était devenu nécessaire pour la survie de Bay. La seule manière qu’il avait trouvée pour affronter sa nouvelle notoriété et surmonter sa timidité. Un masque, pour ainsi dire… presque une seconde peau. Il s’était convaincu qu’il n’était pas différent d’un clown ou d’une Drag Queen qui se cachait derrière un costume ou du maquillage.

Il regarda son propre reflet dans les portes de l’ascenseur. Plus d’une fois, il avait entendu dire qu’il était séduisant, mais il ne le voyait pas. Il ne voyait qu’un grand introverti maigrichon et très maladroit. Le nerd aux grandes oreilles, aux lunettes écaillées et aux cheveux indomptables qui se faisait pourchasser par de grosses brutes chaque jour à l’école. Le gamin qui avait fui la réalité en lisant Sherlock Holmes et Lew Archer, ou en s’asseyant devant la télévision pour regarder les rediffusions d’Ironside et de Perry Mason.

Mais ce soir, étrangement, Bay sentait comme une rare bouffée de confiance en lui qui lui permit de voir, au moins l’espace d’un instant, ce que le reste du monde disait voir. Il étudia sa carrure grande et fine – presque un mètre quatre-vingt-deux –, ses muscles, ses yeux bleu clair renforcés par des lentilles de couleur. La lumière refléta une pointe d’argenté sur ses tempes et attira son attention. L’effet créait un contraste dramatique contre ses cheveux noir de jais, soigneusement coiffés grâce à l’expertise de LeDoux Kesling, le coiffeur célèbre des stars. Tout cela ajouté à son bronzage en spray et son superbe costume de designer, porté sous l’insistance de son styliste, et il avait une apparence sublime. Même si ce n’était qu’une façade.

L’ascenseur ralentit pour s’arrêter et Bay prit une autre profonde inspiration avant de souffler. Lorsqu’il entendit la sonnette et que les portes s’ouvrirent, il entra en jeu.

Il traversa le casino en tentant de ne pas prêter attention aux têtes qui se tournaient. Il n’avait pas un grain de vanité en lui, et toute cette attention le mettait terriblement mal à l’aise. C’était vraiment incroyable. Mais au fond, il savait que rien de tout cela n’était pour lui. C’était pour l’homme qu’ils le pensaient être. On lui avait dit qu’il avait une contenance qui imposait le respect et que sa confiance en lui était admirée par les autres hommes et que les femmes en tombaient en pâmoison. Sa démarche assurée était inratable. Malgré tout, ce n’était pas lui. Rien de tout cela n’était pour lui.

Bay alla vers le cordon en velours, montra sa carte d’identité à l’agent de sécurité, et fut escorté dans une salle privée où attendaient trois hommes et un croupier. Le cœur de Bay battit plus vite lorsqu’il passa la porte. La première chose qu’il vit fut l’homme très séduisant qu’il approcha pour le saluer.

— Bonsoir, M. Whitman, dit celui-ci. Bienvenue à MGM Grand. Je suis Marco Tonucci, et je serai votre croupier pour la soirée. Heureux de vous voir vous joindre à nous.

Bay lui fit un clin d’œil et un sourire chaleureux.

— Je ne raterais ça pour rien au monde. Merci.

Il reconnut Rich Devlin et Zeke Cambridge, des acteurs qui avaient gagné un Academy Award pour les films des Hawkins Boys, et qui étaient également meilleurs amis dans la vraie vie et tournaient actuellement leur prochain film à Vegas. Les deux hommes parlaient près du bar, mais un troisième était au téléphone, dos tourné. Quand Zeke et Rich le virent, ils arrêtèrent de parler, sourirent et approchèrent.

Zeke fut le premier devant lui et tendit la main.

— Je suis Zeke Cambridge. J’adore ce que vous faites. Jack Robbins est le meilleur.

Bay prit la main tendue et lui rendit son sourire.

— Merci beaucoup. Je suis fan également.

Rich tendit la main à son tour.

— Et moi, alors, je compte pour du beurre ? Et c’est quoi ces rumeurs sur des films de Jack Robbins en production ? Si cela se produit, je pense que nous allons en avoir pour notre argent.

— J’en doute vraiment, dit Bay en pouffant de rire avant de le saluer fermement. Et en passant, j’aime également votre travail.

Rich lui donna une claque dans le dos.

Quand le troisième homme raccrocha et se rapprocha, Bay pensa le reconnaître.

— Je suis Paul Gilman, dit-il en souriant.

Bay le regarda de haut en bas, réalisant qu’il avait raison.

— Le joueur de poker professionnel ?

Paul pouffa.

— En chair et en os.

— Vous êtes une légende par ici, se moqua Bay.

— Je ne sais pas, répondit Paul. En tout cas, je suis un véritable fan de votre travail. J’aime Jack, mais j’adore encore plus vos premiers romans.

Bay avait écrit et autopublié une demi-douzaine de romans policiers et dramatiques avant de toucher le gros lot avec Jack Robbins. Et bien entendu, ils avaient tous été republiés entre les romans de Robbins et étaient également devenus très populaires.

— Merci, dit Bay. C’est agréable de savoir que quelqu’un apprécie mon vieux travail.

Avant que Paul puisse répondre, Zeke recula et regarda Bay.

— Beau costume, au fait.

Bay lissa sa veste.

— Ce vieux truc ?

Zeke sourit.

— Hé ! Que quelqu’un lui serve un verre avant que nous commencions.

Bay regarda par-dessus son épaule.

— Un Flanagan avec des glaçons, s’il vous plaît.

— Hugo Boss ? continua Zeke, qui admirait encore son costume.

— Armani, le corrigea Bay.

— Bon goût en matière de vêtements et de scotch, ajouta Rich. Voilà mon type d’homme.

— Nous commençons ? demanda le croupier avec un geste vers la table.

Bay hocha la tête en regardant ses comparses.

— Je veux bien.

Il s’installa tout à gauche avec Rich à côté de lui, puis Zeke, et Paul tout à droite.

La serveuse déposa son verre devant Bay, lui sourit, lui fit un clin d’œil et disparut.

— Quel jeu voulez-vous ? demanda le croupier.

Rich se frotta les mains.

— Un petit Texas hold’em ?

— J’en suis, dit Zeke.

— Moi aussi, ajouta Bay.

Paul se contenta de hocher la tête.

— Allons-y, messieurs.

Le croupier étala un jeu de cartes devant eux et ils en prirent tous une au hasard avant de la retourner. Rich avait la plus forte, alors le croupier lui fit glisser le bouton dealer.

— M. Devlin sera notre donneur pour la première manche. M. Whitman aura le small blind et M. Gilman le big.

Le croupier récupéra les cartes, les rangea et sortit un autre jeu.

— Messieurs, nous avons déjà décidé que la plus petite mise sera de deux mille cinq cents dollars et la plus grande de cinq mille. Bonne chance.

Le croupier passa au flop, et tous se retrouvèrent avec les premières cartes, puis les autres. Bay garda les mains sur ses cartes et leva légèrement les yeux. Il regarda autour de la table alors que Rich, Zeke et Paul observaient leurs cartes. Aucun d’eux ne laissait échapper d’émotion notable, alors il souleva le coin de sa première carte et jeta un coup d’œil. Pas trop mal ! Un as de pique.

Bay regarda sa seconde carte et sourit intérieurement. Oui ! Un dix de pique. Il regarda à nouveau les autres joueurs et tous affichaient la même expression neutre. Le croupier lança un coup d’œil à Bay, mais ne dit rien. Comme il était à la gauche de celui avec le bouton dealer, c’était à lui de relancer, se coucher ou suivre.

— Je relance, dit-il, ce qui signifiait qu’il était d’accord pour deux fois la grosse mise, soit dix mille dollars.

Il glissa le nombre approprié de jetons au centre de la table et s’adossa à sa chaise.

— Merde, Bay, dit Rich. D’entrée de jeu ?

Bay sourit, sûr de lui.

C’était ensuite à Paul, qui regarda ses cartes.

— Je suis.

Il glissa le même nombre de jetons vers le croupier et se tourna vers Zeke qui regarda autour de la table.

— Je suis.

Ce qui voulait dire qu’il était aussi d’accord pour dix mille.

— M. Devlin ? demanda le croupier.

Rich eut un rictus amusé.

— Je suis.

Il y avait désormais quarante mille dollars, et le cœur de Bay se mit à papillonner d’excitation – il pouvait presque sentir les poils sur ses bras se redresser.

Bay regarda le croupier qui commença le flop en s’occupant de la carte au-dessus de la pile, placée face contre la table. Il s’occupa ensuite de placer trois cartes, cette fois à l’endroit. La première était un neuf de pique, puis un as de cœur, et enfin un six de pique. Les joueurs devaient désormais composer leur meilleure main avec les deux cartes qu’ils avaient déjà et les trois cartes du flop. C’était le moment de miser une seconde fois.

Avec une facilité due à l’expérience, Bay n’afficha aucune émotion. Il avait une bonne chance de terminer avec un flush, puisqu’il avait déjà deux piques et qu’il y en avait deux autres dans le flop.

Le croupier regarda à nouveau Bay. Comme ils étaient encore tous les quatre dans le jeu et qu’il était à gauche du donneur, c’était à nouveau à lui de relancer, se coucher ou suivre.

— Je relance, dit-il avec confiance.

Rich pouffa nerveusement de rire pendant que Zeke et Paul le regardaient, le visage neutre, cherchant de toute évidence une fissure dans son armure. Bay fit glisser les jetons au centre de la table et s’adossa à nouveau à sa chaise.

Le croupier se tourna vers Paul.

— À vous, M. Gilman.

Paul regarda à nouveau ses cartes et étudia le flop.

— Je suis.

Bay sourit alors que Paul glissait ses jetons vers le croupier.

— M. Cambridge ?

Zeke poussa ses jetons vers le centre de la table.

— Je suis aussi.

Avant que le croupier puisse poser la question, Rich frappa la table.

— Je me couche. J’ai que dalle.

C’était le moment de tourner. Le croupier posa à nouveau la carte brûlée à l’envers et une carte à l’endroit à côté des trois autres.

Merde ! Deux de cœur.

Mais Bay se sentait toujours en confiance. Et il avait un bon jeu, alors il était temps de mettre ses talents pour le bluff à l’épreuve.

— Je relance.

— Oh, merde, dit Rich. Je suis heureux de m’être couché.

Paul et Zeke regardèrent à nouveau Bay, mais ne dirent rien.

Bay glissa à nouveau dix mille dollars en jetons sur la table.

— Je suis, dit Paul.

— Moi aussi, ajouta Zeke en suivant le mouvement des jetons.

Bay sourit intérieurement. Oui. Allez, Madame la Chance.

Il était temps de tourner la dernière carte. Le croupier posa la carte brûlée et retourna une dernière carte à côté des quatre autres.

Sept de pique. Hallelujah !

— Je relance, dit Bay en glissant dix mille autres dollars vers le croupier.

— Je suis, dit Paul en faisant de même.

— Merde, dit Zeke. Je me couche.

Bay leva le coin de sa première carte, le regard sur Paul, et la retourna lentement. C’était le moment où cela devenait toujours intéressant. Alors que Paul regardait à tour de rôle la carte de Bay et le flop, son expression – ou manque d’expression – n’était pas ce qui intéressait Bay. Ce qui se passait au fond du regard de Paul, en revanche, était une autre histoire, et ce soir, ce dernier ne le déçut pas. Dès que Paul vit la carte de Bay et réalisa les possibilités, Bay remarqua quelque chose dans ses yeux. Et ce petit quelque chose lui donna la chair de poule et les battements de son cœur s’accélérèrent.

Bay sourit, sûr de lui, et retourna la seconde carte, le regard toujours sur Paul. Il aurait pu jouir dans son pantalon à l’instant où ce dernier comprenait qu’il avait perdu.

— Flush, dit Bay.

Paul eut un faible sourire.

— Pas mal.

Il glissa ses cartes vers le croupier sans même les retourner.

Un joueur qui cachait son jeu n’était pas obligé de montrer ses cartes, mais Bay aurait aimé pouvoir voir ce qu’il venait de battre. Il aurait pu parier que Paul avait un trois ou même un flush, mais celui de Bay avait un as, alors il gagnait malgré tout. Dans tous les cas, cela n’avait pas d’importance. Il avait gagné quarante mille dollars.

— Merde, c’était intense, dit Zeke.

— Trop, confirma Rich.

Le croupier rassembla les jetons et les déposa devant Bay. Ce dernier en prit un de cinq cents dollars et le jeta vers l’homme.

— Merci.

Le croupier hocha la tête, sourit, et distribua le jeu suivant.

IL ÉTAIT un peu moins de vingt-trois heures et ils jouaient depuis presque six heures. Rich et Zeke étaient partis depuis un petit moment, et Bay et Paul étaient tombés d’accord pour jouer encore une fois. La nuit avait plutôt été en faveur de Bay, et il avait plus d’un demi-million de dollars en jetons devant lui. En revanche, la nuit n’avait pas été très plaisante pour Paul. S’il calculait bien, le pauvre homme avait perdu presque autant que Bay avait gagné, et il ne lui restait que quatre mille dollars.

Bay et Paul en étaient au moment de la river de leur dernier jeu. Il y avait quatre-vingt mille dollars dans le pot, et Bay savait que Paul devait avoir une très bonne main s’il continuait à parier alors qu’il n’avait presque plus rien. Mais Bay en avait une bonne également. Vraiment bonne.

Bay le regarda dans les yeux pendant que le croupier enlevait la carte brûlée et se préparait à retourner la river pour l’ajouter au flop. Il y avait déjà sur la table un six de trèfle, un sept de pique, un dix de trèfle et un trois de cœur. Bay vit les prémices d’une quinte et comprit que c’était ce que Paul tentait d’obtenir. Le croupier retourna la carte et la posa sur la table. Trois de trèfle. Bay vit sans équivoque une lueur dans le regard de Paul et comprit qu’il avait sa quinte.

Il était temps pour Paul de relancer, suivre ou se coucher. Bay était certain qu’il ne se coucherait pas, parce que Paul était arrivé loin, mais pour relancer, il avait besoin de cinq mille. Il n’avait que quatre mille sur la table, et à moins qu’il cache des jetons dans ses poches, il ne pouvait pas suivre.

— Je relance, dit Paul.

Le croupier le regarda.

— Désolé, M. Gilman, mais il faut cinq mille dollars pour relancer.

Paul glissa quatre jetons sur la table et regarda Bay.

— J’attends mon escort, qui vaut mille dollars et doit venir dans ma chambre dans une heure. Vous voulez bien ça pour compenser les mille dollars manquants ?

Bay y réfléchit un instant. Il n’avait pas besoin d’une escorte. Il n’avait pas vraiment d’expérience dans ce domaine, mais pourquoi pas ? Il était à Vegas, et ce qui arrivait à Vegas restait à Vegas, pas vrai ? De plus, il ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait eu un rapport sexuel. Il avait eu des propositions, bien sûr, mais il les avait presque toutes refusées, parce qu’il ne savait jamais si elles étaient faites parce qu’il était une célébrité, ou, pire, si c’était pour sa personnalité de Jack Robbins. Une rencontre avec l’escorte serait pratique. Bam, bam, bam, merci, madame.

— Bien sûr, dit Bay avant de pouvoir s’arrêter.

Comme Paul n’avait plus de jetons, Bay n’avait aucune raison de relancer, alors il suivit.

Paul retourna ses deux cartes. Un neuf de trèfle et un huit de pique.

— Quinte, dit-il en souriant.

Bay sourit en retour et retourna ses cartes.

— Quatre trois.

Le sang quitta le visage de Paul et il baissa brièvement la tête. Lorsqu’il la leva à nouveau, il souriait.

— Ce n’est vraiment pas ma nuit, dit-il en se levant. Mais, hé. Parfois on gagne, parfois on perd.

Il tendit la main à Bay, qui l’accepta.

— C’était un plaisir, Paul. J’espère que nous pourrons à nouveau jouer ensemble.

— De même, dit Paul. Oh, j’ai presque oublié ! Quel est le numéro de votre chambre ?

— C’est la 3001. Pourquoi ?

— L’escort sera là à minuit.

Bay allait protester, mais changea d’avis. Il n’était toujours pas certain de le vouloir, mais il dit simplement :

— Merci.

Paul se tourna et quitta la salle de jeu sans un mot.

— Pouvez-vous vérifier ce que vous avez gagné avec moi, M. Whitman, avant que j’appelle le caissier pour un chèque ? Ou préférez-vous un virement ?

— Bien sûr. Et un chèque sera parfait.

BAY REVENAIT dans sa suite et déposait son énorme chèque dans le coffre-fort quand il entendit frapper à sa porte. Il traversa le couloir et se figea tout à coup. Merde ! L’escorte. Il lissa nerveusement le devant de sa veste et ouvrit la porte. Quand il vit qui se tenait de l’autre côté de celle-ci, sa bouche s’ouvrit et il resta ainsi. Il cligna deux fois des yeux pour s’assurer qu’il n’imaginait pas des choses. Il n’imaginait rien, et il ne pouvait ni bouger ni parler.

II

C’EST QUOI ce délire ? Jack ? Jack Robbins ? L’homme de l’autre côté de la porte était le portrait craché du personnage que Bay avait créé. Il était appuyé contre le mur en face de la porte de Bay, dans un costume sombre à la mode, les bras croisés sur sa poitrine, les pieds croisés, un sourire étincelant sur son visage. Ce doit être une blague. Jack n’existe pas.

Bay étudia l’homme sans y croire. Il était bien sûr très séduisant. Et vu comme il devait lever la tête pour croiser son regard, il faisait sans doute la même taille que Jack. Sans parler du fait qu’ils avaient les mêmes cheveux, les mêmes yeux, la même barbe bien taillée, la même carrure musclée que Bay avait décrite. Et ce sourire ? C’était le sourire sexy et espiègle qu’il avait créé pour Jack quand il tentait de séduire ses nouvelles conquêtes. Ce type est Jack Robbins. Attends ! Une nouvelle conquête ? Je suis une conquête ?

Le visiteur s’éclaircit la gorge, ce qui ramena un peu Bay à la réalité. Il n’arrêtait pas de le dévisager, mais il tenta aussi de parler.

— Euh, je peux vous aider ?

— Merde, tu es canon. Dis-moi que tu t’appelles Paul ?

Paul ?

— Ah, non, désolé, dit Bay.

Le sourire de l’homme retomba.

— Merde.

Il vérifia son portable, regarda le numéro de la porte et secoua la tête d’un air dégoûté.

— Désolé, mec. J’ai dû me faire poser un lapin.

Bay allait fermer la porte quand il réalisa quelque chose. Paul. Paul Gilman. L’escorte. Merde !

— Attendez ! lança-t-il. Vous aviez rendez-vous avec Paul à minuit ?

L’homme s’arrêta et le regarda, intrigué.

— En effet. Et si tu n’es pas Paul… comment sais-tu cela ?

Toujours choqué de voir Jack Robbins en chair et en os, Bay le fit revenir, nerveux.

— Parce que je vous ai gagné à un jeu de poker.

L’homme fit un petit sourire en coin et son regard brilla de malice. Il recula un peu et reprit sa position contre le mur.

— Vraiment ? C’est amusant. Je ne savais pas que j’étais transférable.

— Oh, bon sang.

Bay réalisa ce qu’il venait de dire.

— Je suis vraiment désolé. Je parle de vous comme si vous étiez un bout de viande ou un truc comme ça.

Le type se mit à rire et son visage s’éclaira.

— Ah, je ne suis pas offensé. On m’a traité de bout de viande à plus d’une occasion.

Bay souhaita tout à coup être en sécurité dans son appartement, à écrire sur Jack, au lieu d’être dans ce couloir d’hôtel à Las Vegas, à parler avec son sosie.

— Alors, avec qui aurai-je le plaisir de passer mes deux prochaines heures ? Si je peux demander ?

— Oh, désolé. Je suis Bay.

Il tendit la main.

— Bay ?

Il hocha la tête.

— Bizarre, mais charmant.

— Merci. C’est un prénom de famille. Écoutez, vous n’avez pas à rester. Le type pensait qu’il allait gagner, mais j’ai relancé et il n’avait plus d’argent, alors il vous a misé pour combler la différence.

Au lieu d’accepter la main de Bay, l’homme croisa à nouveau les bras sur son torse, sourit, et le regarda de haut en bas.

— Et c’est moi qui ai gagné le gros lot.

Bay eut un faible sourire et la chaleur remonta dans son visage.

— Oui. Non. Je veux dire…

Il réalisa que l’homme flirtait avec lui, comme Jack le faisait avec ses conquêtes. C’est trop bizarre !

Bay retira sa main et l’homme s’approcha de lui.

— Je m’appelle King Slater.

Il était désormais si proche que Bay pouvait sentir son parfum épicé.

— Ravi de vous rencontrer, King.

Ils se regardèrent et King sembla attendre qu’il le reconnaisse d’une manière ou d’une autre. Mais le nom ne lui disait rien.

King semblait amusé de le voir aussi nerveux et mal à l’aise.

— Je me permets d’entrer, dit-il en lui adressant toujours son sourire séducteur.

Bay le regarda, émerveillé, alors que King passait devant lui. Il avait même la démarche de Jack.