L'Ange gardien de Montevideo - Felipe Polleri - E-Book

L'Ange gardien de Montevideo E-Book

Felipe Polleri

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Beschreibung

Un roman s’aventurant sur des terrains dangereux comme l’absurde, l’hallucination, ou simplement, le délire.

Écrit à la manière d’un journal daté, le roman ne se concentre pas sur un seul personnage. On y trouve la présence récurrente du concierge suppléant (Néstor), et d’un supposé écrivain (l’écrivain du 101) qui s’empare à plusieurs reprises de la voix narrative.

L’humiliation du débile est constante. Elle est le centre du roman.

Ce débile, Néstor, cette marionnette en bois que certains propriétaires surnomment Pinocchio et d’autres tout simplement « l’idiot » est secrètement un ange novice, né de la douleur du monde pour souffrir, et être puni. On l’accuse de se masturber, d’uriner dans le fauteuil de la réception, de s’endormir au travail. Néstor est l’otage de toute la haine qui parcourt la ville, sans passé ni avenir, atroce.

Des histoires indépendantes les unes des autres, mais reliées entre elles par un fil presque invisible.

EXTRAIT

J’ai trouvé un travail convenable. Nous autres les Ordinateurs, nous devons nous cacher derrière des emplois humbles, voire méprisables. Je suis gardien, concierge pour être exact. Un travail très facile. J’ai un fauteuil vert confortable et une radio… La radio appartient au vrai concierge qui fait la sieste de deux à six heures pendant que moi, j’ouvre et ferme la porte donnant sur la rue (une grande porte en verre) et aide à porter les sacs et paquets remplis de choses improbables, épouvantables. Ces paquets aux formes obscènes, aussi obscènes et mesquines que les propriétaires de l’immeuble.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- « Singulier récit que ce texte publié par les passionnantes et naissantes éditions Christophe Lucquin, qui livre après livre, publient des romans singuliers et exigeants. L’ange gardien de Montevideo, premier roman traduit en français de son auteur, ne déroge pas à cette règle. » (Christophe Bys, Chroniques de la rentrée littéraire, 9 janvier 2014)

- « Petit texte accompagné de dessins, les dossiers de Néstor, qui flirte avec l’absurde, le surréalisme, l’hallucination, le rêve voire le cauchemar. » (Yves Mabon, Les 8 Plumes, L’Express, 17 décembre 2013)

A PROPOS DE L’AUTEUR

Felipe Polleri est né en juin 1953 à Montevideo. Diplômé en bibliologie, il a travaillé pendant près de quatorze ans à la Bibliothèque Nationale de Montevideo. En 1995, il démissionne et se consacre totalement à la littérature et à la pauvreté.

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Seitenzahl: 49

Veröffentlichungsjahr: 2015

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L'ange gardien de Montevideo

L’ange gardien de Montevideo propose un univers qui s’aventure sur des terrains dangereux comme l’absurde, l’hallucination, ou simplement, le délire.
Écrit à la manière d’un journal daté, le roman ne se concentre pas sur un seul personnage. On y trouve la présence récurrente du concierge suppléant (Néstor), et d’un supposé écrivain (l’écrivain du 101) qui s’empare à plusieurs reprises de la voix narrative.
L’humiliation du débile est constante. Elle est le centre du roman.
Ce débile, Néstor, cette marionnette en bois que certains propriétaires surnomment Pinocchio et d’autres tout simplement « l’idiot » est secrètement un ange novice, né de la douleur du monde pour souffrir, et être puni.
On l’accuse de se masturber, d’uriner dans le fauteuil de la réception, de s’endormir au travail. Néstor est l’otage de toute la haine qui parcourt la ville, sans passé ni avenir, atroce.
« Il est temps de noter dans ce dossier que je vis dans une ville au bord d’un fleuve ; comme le squelette d’une vache qui serait morte de soif avant d’arriver ou bien morte empoisonnée dès la première gorgée. » écrit Polleri.
Les dates divisent les épisodes et créent des petites histoires indépendantes les unes des autres, mais reliées entre elles par un fil presque invisible.
Felipe Polleri est né en juin 1953 à Montevideo. Diplômé en bibliologie, il a travaillé pendant près de quatorze ans à la Bibliothèque Nationale de Montevideo. En 1995, il démissionne et se consacre totalement à la littérature et à la pauvreté.

L'ange gardien de Montevideo

Felipe Polleri

Christophe Lucquin Editeur

Titre original :
Los sillones marchitos
Casa editorial Hum, Montevideo, 2012
© Felipe Polleri
© Christophe Lucquin Éditeur, 2013
Christophe Lucquin Éditeur
12, rue des Moulins – 75001 Paris
www.christophelucquinediteur.fr

1.

L’ange gardien de Montevideo

Premier trimestre

12 février

J’ai trouvé un travail convenable. Nous autres les Ordinateurs, nous devons nous cacher derrière des emplois humbles, voire méprisables. Je suis gardien, concierge pour être exact. Un travail très facile. J’ai un fauteuil vert confortable et une radio… La radio appartient au vrai concierge qui fait la sieste de deux à six heures pendant que moi, j’ouvre et ferme la porte donnant sur la rue (une grande porte en verre) et aide à porter les sacs et paquets remplis de choses improbables, épouvantables. Ces paquets aux formes obscènes, aussi obscènes et mesquines que les propriétaires de l’immeuble.

13 février

J’ai l’impression que le fauteuil, le fauteuil vert, est plein de puces et d’autres choses. On les a mis là… Ils y mettent des punaises, des aiguilles, des clous, et cætera. Je suis le jouet des propriétaires, de leurs plus jeunes enfants. Leur petit jouet. Leur marionnette en bois. Une sorte de Pinocchio. (Un Pinocchio idiot, ça c’est sûr.)

11 février

Aujourd’hui j’ai reçu mon premier salaire. Quelques pesos.

De nos jours, les billets sont plus grands que ceux d’avant, et les grands hommes qui les illustrent semblent sortis d’une galerie de tueurs en série du début du xxe siècle.

Ils sont tous penchés en avant, comme si se trouvait à leurs pieds une prostituée ou un petit garçon tout juste assassiné ou sur le point de l’être. Des expressions furieuses et amères sous des hauts-de-forme, des visages déformés par l’effort, des bras tendus vers le bas, prêts à étrangler ou à assener un dixième coup de couteau, des capes flottantes couleur sépia ou bordeaux, des moustaches hitlériennes, des rides travaillées par la haine ou la folie, des bossus, des nains aux traits mesquins, des vieux séniles aux expressions déformées par la fureur et le délire aux favoris hérissés tels des porcs-épics ensanglantés, derrière eux des immeubles anguleux verts ou bleus, des navires échoués dans des ports obscurs, l’assassin qui apparaît derrière une caisse, ne montrant qu’à moitié son museau de cochon ou de belette, de vautour, de chacal, des heaumes avec des plumes encadrant des faces d’idiots, de crétins qui ne peuvent retenir la salive dans leur bouche, ces criminels sont les grands hommes des grands billets. Je vis, en résumé, dans un pays horrible ; le douanier, s’il existait, serait un gros à l’image des grands hommes des grands billets, avec des serres pantalon et une étrange petite barbe en pointe, comme celle que j’ai vue récemment sur l’un des grands billets. Et il tamponnerait mon passeport d’un coup brutal…

14 février

J’ai donné mon salaire à maman. J’ai seulement gardé un des grands billets pour faire la semaine : un livre d’occasion, une canette, un jeu de grattage. Mes médicaments.

15 février

Il y a un tableau abstrait juste en face du fauteuil. Chaque fois que j’arrive, il est de travers. Parfois, je le redresse. Parfois, non. Quand monsieur Reyes, le concierge, le véritable concierge, sort de sa sieste, il me donne un tas de bons conseils pour faire « correctement » (sic) le travail. Cela consiste à ouvrir et fermer une porte et c’est presque tout. Mais ce gros imbécile croit qu’il est une sorte d’ingénieur en énergie atomique et qu’il faut toute une vie pour apprendre les secrets de la profession. Lui, cela ne fait aucun doute, a bien dû mettre les soixante années de sa vie à les apprendre.

17 février