Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Après le décès de son père, Fanny découvre d’anciennes photos de lui en Camargue, qu’elle voit pour la première fois. Pourquoi n’avait-il pas relaté ces années de souvenirs ? Pourquoi n’avait-il pas évoqué ce lieu particulier dit « les Terres du Sauvage » ? Fanny décide de se rendre dans cet endroit atypique, certainement aimé par Michel puisqu’il avait conservé précieusement cet album. Un séjour qui va alors changer sa vie.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 186
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Du même auteur :
Un amour de Cigale (2016)
À Misette qui a tant aimé la Camargue.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Dès que Fanny ouvre les volets de la porte-fenêtre, le soleil s’engouffre largement dans le salon. Une vue totale sur le mont Ventoux qui ne lasse pas la jeune femme. Puis durant un instant, elle scrute la propriété de ses parents avec son terrain de cinq mille mètres carrés. De nombreux végétaux se dispersent et embellissent la surface : un olivier à la charpente vieillie, un cyprès de Provence, des lauriers roses et un imposant platane bicentenaire apportant un bel ombrage sur la terrasse dès le printemps. Elle remarque que l’espace engazonné autour de l’olivier jusqu’à la dalle piscine a pris un peu de hauteur et que quelques brindilles tapissent le sol. La seule partie qui ne demande pas d’entretien particulier reste l’abri voitures, compacté en gravillons. Un jardin longtemps entretenu par son père, et qui, par la force des choses, sera confié sans doute à un professionnel.
Fanny s’arme de courage avant d’aller à l’étage dans la chambre parentale. Elle renverse sa tête en arrière en humant à pleins poumons cette douceur de juin, puis ira caresser une veste dans le dressing ou toucher un peigne à cheveux dans la salle de bains. Béatrice, qui s’est absentée quelques jours, a chargé sa fille, avant de partir, d’enlever toutes les affaires du défunt. Michel a succombé à une crise cardiaque, voilà un mois ; sa femme et ses enfants avaient la connaissance de son désir d’être incinéré, et que l’urne contenant ses cendres soit inhumée au cimetière dans le caveau de ses parents à Arles, commune des Bouches-du-Rhône. Cet Arlésien était installé avec sa famille à Bédoin dans le Vaucluse depuis des années, pourtant, c’est dans le pays camarguais qu’il avait choisi de reposer.
Le jour même de la perte de son époux, la veuve a expressément transféré ses vêtements pour emménager dans une autre chambre, justifiant qu’il lui était impossible de dormir dans celle d’origine. Il y a quatre pièces à l’étage de la maison, trois sont réservées au couchage, la quatrième est consacrée au rangement. Huit jours après les obsèques, Béatrice a rejoint Maguy, dans le Morbihan, une amie de trente ans. La veuve a ressenti le besoin de s’éloigner de sa maison pour trois semaines, et envisageait quelques aménagements dans son ancienne chambre à son retour. Une pièce de dix mètres carrés qui deviendrait un immense dressing pour accueillir sa collection de vêtements, de chaussures, de sacs et autres accessoires. Il existe déjà ce type de rangement à l’étage, mais celui-ci sert au linge de maison, et Béatrice souhaitait avoir sa propre garde-robe. Pour cela, il fallait donc libérer l’ancienne chambre des affaires de Michel pour réaliser un tel projet.
Lorsque Fanny entre dans la chambre, le manque de lumière et la sensation d’odeur de renfermé l’asphyxient. Sans réfléchir une seconde de plus, elle ouvre la fenêtre puis détache les volets mis en cabane. Une bouffée d’air pur s’engouffre en même temps que la lumière naturelle qui redonne aussitôt vie au mobilier. Puis, la jeune femme commence à vider le contenu de la table de chevet de son père. Elle dépose sur la literie des lingettes nettoyantes pour lunettes, un paquet de mouchoirs jetables, des magazines de pêche et de mots fléchés.
Alors qu’elle ouvre l’armoire en grand, une fine odeur de bois nourrit ses narines. Elle s’attaque à la penderie en conservant les cintres acajou et plie les vêtements très soigneusement pour les déposer dans des cartons préalablement apportés. Les casiers se vident peu à peu, dévoilant une boîte en carton rigide avec des poignées en métal de dimension moyenne. En ôtant le couvercle, un tas de cravates aux couleurs passées font leur apparition. De vieilles étoffes qui auraient dû assurément être jetées. Si bien qu’en les retirant, son attention est attirée par un vieil album. Cet objet ancien orné d’une croix camarguaise nourrit sa curiosité. « Que fait cette chose là-dedans ? » s’étonne-t-elle en s’asseyant sur le rebord du lit. Elle est certaine de le voir pour la première fois, en l’ouvrant, son cœur s’emballe tel celui d’une petite fille bravant un interdit. Sur la page de garde, elle lit une note écrite par son père : Les Terres du Sauvage.
Elle tourne les feuilles avec soin car le film collant ne protège plus certaines photos. En feuilletant, elle découvre des photos de son père en Camargue : assis jambes ballantes sur le rebord d’un ponton en bois ; en cavalier montant à cheval ; en pêcheur à bord d’un bateau ; en spectateur pour le marquage au fer rouge des bovins. Puis, il y a des clichés avec quatre hommes et deux femmes, Michel devait les apprécier puisqu’ils apparaissent plusieurs fois dans ce livret. Son père évoquait quelquefois Arles, il disait y avoir grandi et qu’il avait quitté la région après son mariage. Cela étant, il n’avait pas cité cet endroit de la Camargue, était-ce volontaire ou non ? Fanny ne connaît pas vraiment le pays camarguais, généralement la plupart des vacances en famille se programmaient vers l’océan Atlantique. Plus précisément le golfe du Morbihan où réside Maguy, lieu favori pour Béatrice qui s’y rend souvent dans l’année.
Fanny se chagrine que son paternel ne soit plus là pour commenter ces souvenirs où il semblait être heureux. Un départ trop injuste. Cependant, elle trouve étrange que cet album soit à cet endroit. Pourquoi a-t-il été dissimulé sous ces cravates ? Pourquoi ne pas l’avoir remisé avec les autres photographies dans le séjour ?
La musique de son portable la fait sursauter, l’appel entrant indique son frère.
— Salut, Laurent !
— Salut ! Tu es au mas ?
— Oui. Pourquoi ?
— Je dois venir tondre.
— Elle t’a chargé de ça avant qu’elle ne parte ?
— Tout comme elle t’a demandé de vider la chambre.
— Je pensais qu’elle ferait appel à un professionnel.
— C’est prévu pour la prochaine fois. Dis-moi, tu seras encore là d’ici une heure ?
Sans réponse de sa part, il réplique.
— Fanny ?
Silence.
— Fanny ? Est-ce que tu m’entends ? Allô ?
— Je serai là.
— J’ai cru qu’on avait été coupés, se rassure-t-il en l’entendant de nouveau.
— J’ai trouvé un album sur la Camargue. Des photos de papa qu’on n’avait jamais vues. Tu n’imagines même pas où il était enfoui ?
— Dans la chambre, je présume.
— Il était enseveli sous un tas de cravates. C’est peu commun comme rangement, tu ne trouves pas ?
Tout en répondant, elle caresse la couverture de l’album.
— En effet. Eh ben, tu n’as plus qu’à le mettre au bon endroit.
— C’est curieux qu’il ne nous ait pas parlé des Terres du Sauvage.
— Les Terres du Sauvage ? répète-t-il. C’est en Camargue, tu dis ?
— C’est ça.
— Jamais entendu parler. Si tu veux, on en reparle quand j’arrive.
— OK !
*
Le portail automatique s’ouvre largement, laissant le véhicule entrer avec facilité. En apercevant son frère, Fanny sort à sa rencontre.
— Salut, petit frère ! dit-elle en l’enlaçant.
En jetant un œil par-dessus l’épaule de sa sœur, le jeune homme constate que sa mère a légèrement exagéré sur la hauteur de la pelouse.
— Elle m’a dit que l’herbe allait lui chatouiller sous les bras si je ne tondais pas. Elle a les aisselles si basses ?
— Elle veut un green parfait, tu le sais bien.
— Encore faut-il qu’elle sache jouer au golf, ironise-t-il.
— Veux-tu boire quelque chose ? J’ai vu qu’il y avait de l’eau pétillante aromatisée au citron au frais, propose-t-elle. Je m’en suis servi un verre en arrivant !
— Volontiers.
En entrant dans la cuisine qui donne sur le salon, Laurent voit le travail accompli par son aînée. Une quantité d’emballages cartonnés sont prêts pour une association de bienfaisance.
— Ça en fait, des cartons !
— C’est qu’il en avait, des affaires.
En passant devant un meuble bas, il sourit en se découvrant avec sa sœur à l’âge junior à la mode des années quatre-vingt.
— Cette photo m’a toujours fait sourire. Quelle allure on avait tous les deux, se moque-t-il en montrant le cadre.
— Si le jaune poussin t’allait comme un gant, je faisais plus d’effet avec la couleur orange ! avoue-t-elle en y prêtant attention.
Elle l’invite à boire en terrasse en saisissant le vieil album à son passage. Installés dans le salon en teck, ils sirotent leur boisson aromatisée et poussent un soupir en même temps.
— C’est ce dont tu parlais ? demande-t-il en le remarquant.
— Oui. Jette un œil.
Elle le lui glisse devant en souriant. Laurent ne détache pas ses yeux de ces anciennes photos où le bonheur de leur père s’affichait amplement. Pendant de longues minutes, les deux jeunes gens ne prononcent pas un mot. Un calme absolu règne autour d’eux, même le bruit environnant est imperceptible, comme un appel au silence pour apprécier cet instant.
— Il me manque, lâche-t-elle.
Son frère compatit par un hochement de tête.
— Tu crois que maman l’a déjà vu ? demande-t-il.
— Ben, nous verrons cela dès qu’elle reviendra.
— Je n’ose même pas imaginer si c’est la première fois qu’elle le voit, craint-il. Tu crois que ma présence sera nécessaire ?
— Lâcheur ! lance-t-elle avec des petits yeux. Rassure-toi, je m’en sortirai bien toute seule.
— Ouf ! rit-il. Avant tout, il faut qu’elle ait un créneau dans son planning, tu sais comme elle est très occupée, ironise-t-il.
— On trouvera bien cinq minutes.
— Sûrement. Sur ce, j’ai une tonte qui m’attend, sinon la propriétaire risquera de rugir.
Tandis qu’il se dirige vers le garage où se trouve le tracteur autoporté, sa sœur retourne à ses occupations.
En conversation avec son amie Laura sur son projet de fleuriste, Fanny entend un « bip » sur son smartphone qui signale un double appel. En vérifiant, elle s’aperçoit que sa mère tente de la joindre. Fanny lui avait laissé un message demandant de bien vouloir la rappeler dès son retour au mas.
— On se rappelle plus tard, ma belle, je dois répondre à ma mère.
Aussitôt, elle prend l’appel.
— Bonjour, maman.
— Enfin, j’ai cru que j’allais parler à ton répondeur.
— J’étais en conversation avec…
Béatrice l’interrompt sans lui laisser le temps de finir.
— Tu m’as laissé un message disant de te rappeler. Qu’y a-t-il ?
— J’ai une petite chose à voir avec toi et par téléphone ce n’est pas le top. Si tu n’es pas trop occupée aujourd’hui, est-ce que je pourrai m’avancer à la maison ?
— Laisse-moi réfléchir un instant… Je regarde mon agenda…
Pendant que sa mère cogite, Fanny pense à la phrase de son frère : « Faut qu’elle ait un créneau dans son planning ! »
— Tu es chanceuse, je pense rentrer vers dix-huit heures trente. Tu n’as qu’à venir à ce moment-là, propose-t-elle.
— Parfait.
*
En s’installant dans le salon chez sa mère, Fanny laisse promener son regard dans la pièce. Comme d’habitude, tout est parfaitement rangé. Le sol est ciré, les meubles blancs sont immaculés, la vitrine en verre est si translucide que la collection de santons provençaux semble être suspendue dans le vide. La jeune femme a une immense compassion pour la femme de ménage, cette dernière doit être en apnée avec une patronne aussi maniaque que Béatrice. Fanny a suffisamment connu les éclats de voix de sa mère durant son enfance : tout devait être rangé, pas de verre s’égouttant sur l’évier, pas de torchon posé sur le plan de travail, clairement un moindre détail irritait Béatrice. Son obsession devenait parfois pesante pour les proches, une manière de vivre qui a eu l’effet contraire sur ses enfants qui sont ordonnés mais pas obnubilés par le rangement.
— Qu’est-ce qui ne pouvait pas se régler au téléphone, ma fille ?
Alors que Béatrice arrange ses cheveux au carré avec ses doigts, Fanny fouille à l’intérieur de son cabas et sort le livre souvenir.
— C’est quoi, ça ?
— Un album de photos que j’ai trouvé dans l’armoire de papa, dit-elle en le lui tendant.
— Je vois très bien ce que c’est, je ne suis pas aveugle et garde-le sur toi, c’est poussiéreux ! exige Béatrice pensant voir d’infimes particules s’en échapper.
— Tu exagères. Sinon, tu l’avais déjà vu ?
— Je croyais cette chose aux ordures.
— Pourquoi aux ordures ? s’étonne Fanny tout en ouvrant le livret.
— À quel endroit exactement dans l’armoire ?
— Dans une boîte.
Elle juge qu’il n’est pas utile de citer les vieilles cravates.
— Pourquoi devait-il être à la poubelle ? réitère-t-elle.
— Parce que Michel n’en avait plus rien à faire.
— Apparemment, il avait changé d’avis. Il a habité dans ces cabanons ?
— Grand Dieu, non ! se scandalise-t-elle. Quand je pense qu’il voulait en acquérir un pour y passer les vacances, parfois, il me désespérait.
— Et tu n’as pas voulu ?
— Ce n’était qu’une vulgaire cabane en planches, dit-elle avec dédain.
— Une cabane, c’est original comme pied-à-terre.
— Je ne recherche pas l’atypique et encore moins dans les marécages.
— Et est-ce que tu y es déjà allée ?
— Dans cet endroit miséreux ? Un peu de sérieux, Fanny, qu’aurais-je pu bien faire là-bas ?
Puis, Fanny montre un portrait de son père en cavalier.
— Cette photo est belle. Je trouve que Laurent lui ressemble vachement là-dessus.
— C’est vrai. De toute manière, ni lui ni toi n’avez hérité de mes traits.
« Ni de ton caractère ! » rajouterait volontiers Fanny sans pour autant le dire à voix haute.
— Pourquoi vous n’avez jamais parlé de ce passé, à Laurent et moi ?
— Maintenant que tu as sorti cet album d’outre-tombe, tu peux constater qu’il n’y avait rien de particulier à dire là-dessus. Sache que ton père voulait oublier cet endroit minable.
— En tout cas, il semblait heureux.
— Ton père avait toujours le sourire sur les photos.
— Est-ce qu’il y était retourné ?
— Pourquoi faire ? Un peu de bon sens, Fanny.
— Ben quoi ?
— Cet endroit ne comptait plus pour lui, je te dis.
— J’en doute puisqu’il avait gardé cet album. Si tu n’y vois pas d’inconvénient, j’aimerais le garder.
— Cette vieillerie ? Soit, s’il n’y a que ça pour te faire plaisir, dit-elle en balayant un geste de la main. À présent, peut-on passer à un sujet plus intéressant ? Mon séjour chez Maguy, par exemple.
— Comment va-t-elle, d’ailleurs ?
— Beaucoup mieux.
Maguy avait eu une bronchite et elle s’en était parfaitement remise. Béatrice détaille alors ses trois semaines au bord de l’Atlantique chez son amie, divorcée depuis dix ans. Les deux femmes se téléphonent régulièrement à défaut de se voir. Néanmoins, Béatrice monte dans le Morbihan plusieurs fois dans l’année, quand ce n’est pas Maguy qui descend dans le Sud.
Après avoir abordé la Bretagne, Béatrice enchaîne sur le projet qu’elle ficelle pour la ville dont elle est déléguée à soixante-douze ans. Les paroles qu’elle prononce laissent Fanny presque indifférente. Son esprit vagabonde sur la vie de son père près de ces cabanons, qui manifestement ne captive pas sa mère. D’après ses recherches sur Internet, pratique pour la géolocalisation, les Terres du Sauvage relèvent de la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle songe à visiter cette partie de la Camargue aussi dès qu’elle rentrera, elle s’occupera de réserver un endroit pour ses prochaines vacances.
— C’est une bonne idée, non ? termine Béatrice, sourire aux lèvres.
Afin d’éviter tout incident diplomatique, Fanny donne l’apparence d’avoir suivi la totalité de cette conversation. Heureusement qu’entre deux évasions songeuses, elle avait perçu quelques bribes de phrases.
— C’est génial, que feraient-ils sans toi ? la flatte-t-elle, espérant être dans le sujet.
— Je sais, mes collaborateurs ont dit la même chose, se détend-elle en examinant ses ongles impeccablement vernis de bordeaux.
Fanny a un soulagement pour sa bonne répartie. Elle profite de cette situation enjôleuse pour glisser l’idée qui vient de lui germer dans la tête.
— Je pense que je vais y aller, maman.
Béatrice jette un œil à la grande pendule murale en métal indiquant dix-neuf heures, elle n’y émet aucune objection.
— Je fais allusion aux Terres du Sauvage, dit-elle en tapotant le livret sur ses genoux.
— Qu’est-ce qu’il te prend ? se raidit Béatrice.
— J’ai envie de découvrir ce lieu que mon père avait précieusement conservé dans son cœur.
Sans aucune retenue, Béatrice rit cruellement.
— Oh, je t’en prie, épargne-moi cette nostalgie grotesque.
— Tu trouves cela absurde ? rétorque Fanny, piquée au vif.
— Ce n’est pas en y remettant les pieds que tu le feras revivre. Il est mort, Fanny, c’est ainsi.
La jeune femme est suffoquée de voir une telle désinvolture chez cette veuve. Un coup de poing atterri sur son estomac n’aurait pas eu autant d’impact.
— Tu l’as accepté facilement, toi ? se choque-t-elle en rangeant l’album dans son sac.
— Voyons, ne te vexe pas. Je n’ai pas dit cela pour te blesser.
— C’est raté.
— Allons, réfléchis un instant avant de partir là-bas, d’après ton père, l’endroit était reculé. J’imagine qu’il n’y a pas d’hôtellerie avec des prestations.
Fanny quitte le salon avec la gorge serrée. Puis, avant de franchir la porte, elle rajoute :
— J’ai envie de me rendre là-bas que cela te plaise ou non. De plus, je me passe volontiers de soirées mondaines et d’un quatre-étoiles, contrairement à toi. Mais j’ai dû certainement hériter de la simplicité de mon père, aussi.
— Cesse immédiatement ces sarcasmes, se froisse la propriétaire avant que la porte se claque.
C’est pour le calme et les abords verdoyants que Fanny a acheté l’appartement où elle vit. Au lendemain de son entrevue avec sa mère, elle prend son petit déjeuner sur sa terrasse du balcon au deuxième étage, en écoutant les cris poussés par des moineaux. Ce matin, la jeune femme est doublement décidée à rechercher une location pour ses vacances d’été, car ce mystérieux et intrigant album renforce son désir de prendre la direction des Bouches-du-Rhône.
Au fond de son canapé face à son ordinateur portable, depuis une demi-heure, elle n’arrive pas à se décider pour un hôtel ou un gîte, pourtant le choix est large contrairement à ce qu’a pu penser Béatrice. De très nombreuses réponses apparaissent sur les Saintes-Maries-de-la-Mer, finalement, elle opte pour la location de gîtes autour du lieu-dit « les Terres du Sauvage ». En diminuant le périmètre, le choix se réduit considérablement. Elle flashe alors sur une annonce qui s’affiche : Si vous cherchez le calme et la nature, le Clos du Sauvage est pour vous ! Serait-il possible que cette pension soit située près des cabanons présentés sur les photos ? Immédiatement séduite, Fanny clique sur la parution qui présente plusieurs angles de vue. La première image montre l’ensemble de la propriété surplombée d’un mas aux pierres apparentes et aux volets bleu lavande. Les suivantes présentent des logements à la location dont l’intérieur est isolé par du lambris verni et le sol couvert de carrelages aux tons clairs. La pièce à vivre offre un canapé trois places au revêtement de tissu ainsi qu’une télévision à écran plat. La cuisine ouverte sur le séjour propose toute la modernité utile au quotidien. La salle de bains décorée de bois flotté est attenante à une chambre douillette très jolie.
Sans réellement y croire, la future vacancière a pioché la bonne carte. La certitude d’être l’heureuse gagnante à ce tirage est d’autant plus réelle lorsqu’elle découvre qu’à deux kilomètres de ce gîte se trouve un petit port avec quelques bateaux, une poignée de toits avec leur jardinet. En zoomant, cela lui évoque les maisons vues dans l’album, même si les images sont plus récentes sur le site. Aussitôt, elle vérifie d’un coup d’œil les vieilles photos près d’elle, puis, un coup d’œil à l’écran. « C’est tout à fait ce qu’il me faut ! » s’écrie-t-elle, tout excitée. Elle relève le numéro et s’empresse d’appeler.
Une sonnerie… Puis deux… À la fin de la troisième, une voix féminine répond.
— Bonjour, madame, je serais intéressée par une location.
— Très bien. Vous souhaitez venir à quel moment ?
— Juillet… Août… hésite-t-elle.
— Deux mois ? se surprend l’interlocutrice. Je crains que cela ne soit pas possible, madame.
— Pardon, je réfléchissais à haute voix. Ce serait éventuellement pour une semaine en août.
Elle lui donne les dates exactes dans la foulée.
— Il y a peut-être un logement de deux pièces disponible. Combien de personnes serez-vous ?
— Une.
— Je vérifie, ne quittez pas.
Durant les secondes d’attente, Fanny prie pour que cela soit libre.
— Madame ? reprend la voix féminine.
— Oui, dit-elle timidement, craignant que cela soit complet.
— Vous désirez retenir ?
— Absolument.
Dès qu’elle a raccroché, Fanny surligne ses jours de vacances sur son calendrier mural. Du coin de l’œil, elle regarde l’heure à sa pendule et s’affole aussitôt devant onze heures quinze. Elle est attendue chez son amie Diane pour midi avec Laura, celle qui complète le trio amical. La future vacancière accélère la cadence même si le trajet n’est qu’à vingt minutes.
Cela fait quinze ans que ces trois quadragénaires se connaissent. Elles se livrent en toute confiance les unes aux autres. Quand Diane a rencontré Pierre, de quatorze ans son aîné, c’est avec l’aide de ses amies qu’elle a prouvé au reste du monde que leur histoire était belle et passionnée. Ensuite, lorsque Laura s’est retrouvée mère célibataire à trente ans, c’est auprès de ses alliées qu’elle a trouvé la force d’élever sa fille alors âgée de deux ans. Quant à Fanny, elle a reçu le même soutien dans sa décision de divorcer, quand il est devenu évident qu’avec son mari ils n’étaient plus que de parfaits colocataires. Ces femmes savent toutes qu’elles peuvent s’appuyer sur leur sincérité et la fidélité du groupe qu’elles forment.
*
Après avoir lavé la grande tasse qu’elle pose sur l’égouttoir, elle file directement sous la douche. Vivant seule, elle ne
