L'après - France Tronel - E-Book

L'après E-Book

France Tronel

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Beschreibung

« Elle » c’est Léa, 28 ans et quelques et il y a 10 ans elle a subi l’innommable. Une agression sexuelle, ou plutôt un viol [ça y est, « elle » a posé les mots, les vrais]. Après 10 ans de dyspnée, le souffle court. Après 10 ans à survivre Après 10 ans sur la tangente, entre tentatives de suicide, alcool, troubles du comportement alimentaire. Après 10 ans elle a décidé de vivre De vivre vraiment, pleinement. De réapprendre les petits bonheurs de la vie tels un bout de chocolat qui fond sous la langue, la douceur de l’aube un matin d’été ou encore le bruit si caractéristique d’un pain de campagne à la croûte épaisse que l’on découpe un dimanche matin. Alors elle tient un carnet de gratitude pour écrire, écrire des citations, des petits moments de bonheur, bruts, en vrac. Elle écrit pour (ré)apprendre à vivre.

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Seitenzahl: 75

Veröffentlichungsjahr: 2016

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À mes parents,

À mes proches

À mes étoiles qui veillent, là-haut

Et à tous, chacun, pour croire qu’un « après » est possible.

Sommaire

Carnet de Gratitude

Janvier

01/01

02/01 [La séance de cinéma]

04/01

07/01 [Premiers flocons]

09/01

11/01 [Le chocolat chaud sur les lèvres]

14/01

15/01 [Le plaid tout doux]

17/01 [Froid]

20/01

21/01

24/01 [Le moelleux au chocolat]

29/01

Février

02/02

04/02 [Les oursons en guimauve]

07/02

11/02 [Le pull qui gratte de papa]

13/02

16/02 [Le bain rempli de mousse]

18/02

22/02 [Couper un pain de campagne à la croûte épaisse]

24/02

26/02 [Le quai de la gare]

Mars

01/03 [Jour de pluie]

06/03

8/03 [Vieux couple]

11/03

14/03 [Les draps propres qui sentent la lessive]

17/03

20/03 [Peau contre peau]

25/03

Avril

02/04 [Écrire]

05/04

07/04 [L’odeur de l’herbe fraîche]

10/04

13/04 [Migration des hirondelles]

17/04 [Le chlore]

20/04

23/04 [La brioche]

27/04

Mai

01/05 [Supercalifragilisticexpialidocious]

03/05

06/05 [Le bouquet de roses]

10/05

12/05 [Jus d’abricot]

15/05

20/05 [La nature qui s’éveille]

23/05

28/05 [S’asseoir en terrasse]

Juin

02/06 [Rêver]

05/06

08/06 [Courir à l’aube]

12/06

15/06 [L’équeutage des haricots verts]

18/06

24/06 [Prendre le large]

Juillet

03/07

04/07 [L’aube]

07/07

09/07 [Mamie]

12/07

15/07 [La maison de pierre]

18/07

21/07 [Confidence pour confidence]

25/07

28/07 [Mots]

Août

01/08 [Les petits déjeuners]

03/08 [Les pieds dans le sable mouillé]

05/08

10/08

15/08 [La vieille malle du grenier]

18/08

22/08 [Les confitures]

25/08

28/08

Septembre

01/09 [Tarte au citron]

04/09

06/09

15/09

19/09 [La grande ourse]

21/09

25/09 [Voyage en train]

Octobre

01/10 [Regarder les gens vivre]

07/10

14/10 [Se réveiller à ses côtés]

24/10

28/10 [Regarder les nuages]

Novembre

01/11 [Un soir d’automne]

04/11

10/11

14/11 [Alerte orange]

18/11

Décembre

2/12 [Le chocolat qui fond sous la langue]

04/12

06/12

08/12 [Petits bonheurs]

12/12

15/12 [Sa petite main dans la mienne]

26/12

Elle était de celles qui brûlaient de l’intérieur, de celles qui tendent la main droite en souriant et puis gardent la gauche le poing serré derrière le dos, Méfiante. Toujours.

Elle était de celles qui transmettaient tout sans s’en rendre compte, de leurs sourires à leurs souffrances.

On pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert.

Elle avait changé.

Elle avait définitivement perdu un bout d’elle il y a 10 ans.

Ce jour où elle a dû dire au revoir à son innocence – ce jour où elle a vu s’envoler l’enfance.

Et puis sa confiance en elle, et sa foi en l’être humain.

Depuis ce moment-là, elle dissimulait chacune de ses grimaces pour esquisser un sourire.

Elle ravalait chacune de ses larmes pour cracher un fou rire.

Comme si de rien était.

Elle allait bien.

Toujours.

Pas le choix.

Il faut être forte.

Avec le sport de haut niveau elle avait appris à encaisser les coups, à serrer les dents, à ravaler ses larmes.

À faire abstraction et à se relever, toujours, coûte que coûte.

Depuis ce moment-là elle était devenue opaque, impénétrable.

Incompréhensible.

Imprévisible.

Depuis ce jour elle s’était interdit 2 choses : de s’attacher à un homme – et qu’un homme puisse un jour l’aimer.

Parce qu’elle n’était pas à la hauteur – Parce qu’elle ne méritait pas – Parce qu’elle était sale – souillée – en un mot – dégueulasse.

Une pourriture qui crevait de l’intérieur de s’être tue pendant tant d’années.

Plusieurs fois elle avait tenté de faire abstraction – d’oublier – d’avancer – de repartir à zéro – de recommencer – en mieux.

Elle avait tenté de mettre des œillères sur le passé. Et puis il la rattrapait au galop.

Cela fait partie des évènements que l’on ne peut pas oublier

On a souvent tendance à croire que le passé est passé. Que l’on peut tirer un trait et puis passer à autre chose. Tout ranger dans un placard et puis le fermer à double tour.

Jusqu’à ce qu’il nous saute au visage au moment où l’on s’y attend le moins.

Fourbe.

Le temps file. Il nous glisse entre les doigts.

Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jours, les mois, les années passent mais la douleur, elle reste vivace.

Parfois elle se transforme, elle change de visage, elle s’atténue. On croit même en avoir fini avec elle et puis elle revient, inexorablement.

Forte, redondante.

Comme un bourdonnement sourd dans le creux des tympans.

Parfois tout lui revenait en mémoire.

La rue sombre – la fraîcheur d’une nuit d’automne – la tête qui tourne d’avoir un peu trop picolé – la pâle lueur d’un lampadaire municipal – le silence environnant –l’ombre derrière elle qui la suivait déjà depuis de longues minutes mais à laquelle elle n’avait pas prêtée attention.

Erreur

Sa prise de conscience – son moment de panique.

Et puis sa main dans sa poche cherchant fébrilement son téléphone.

Trop tard

Une main sur la bouche – un frisson dans le dos – des sueurs froides.

Elle n’avait jamais ressenti ça avant.

La terreur.

Le fait de ne pas savoir ce qui allait suivre mais d’avoir l’intime conviction que cela allait être atroce.

Et puis sa main sur sa peau – son souffle roque dans son cou.

Et la barbe qui pique. Qui pique tellement qu’elle en brûle la peau en la frottant.

Il lui a semblé reconnaître sa voix.

Elle lui semblait familière mais non c’était impossible.

À ce moment tout se mélange – tout est flou – les souvenirs se brouillent.

Comme si l’inconscient avait – trop – bien fait son travail en réinitialisant la mémoire.

Comme s’il fallait effacer ces données du disque dur parce qu’elles étaient insoutenables.

À ce moment tout se coupe.

Cela s’appelle l’amnésie psychogène.

Il parait.

La seule chose dont elle se souvient c’est d’avoir fermé les yeux – très fort.

Et puis d’avoir espéré que cela passe le plus vite possible – après avoir essayé de se débattre – en vain.

Puis, la première chose dont elle se souvient à nouveau ce sont les longues minutes passées sous la douche de son studio.

Comme si elle avait cherché à se laver au plus profond d’elle-même.

Elle se souvient avoir laissé l’eau brûlante couler sur son corps.

Elle était là. Inerte.

Physiquement présente mais psychologiquement ailleurs.

Anéantie. Sale. Vide.

Pendant plusieurs jours elle s’était enfermée et n’avait pas donné signe de vie, à personne.

Elle était clouée au lit – sans goût, sans envie – sauf peut-être une envie constante de vomir. Jour et nuit.

Elle avait même cru être enceinte à ce moment-là mais en fait cela devait être la violence du choc et puis le dégoût. Un dégoût profond et irrépréhensible.

Les nausées avaient duré plusieurs semaines puis s’étaient atténuées et avaient disparues.

Aussi étrange que cela puisse paraître elle n’avait même pas pensé à aller voir la police – par honte – sûrement.

Et puis elle aurait dit quoi ? – « Je pense avoir reconnu la voix mais en fait non ce n’est pas possible parce que cette personne je la connais et que cela ne peut pas être lui » et puis que « non en fait je n’ai pas vu le visage enfin pas bien, tout est flou ».

Elle passerait au mieux pour une cruche, au pire pour une menteuse ou une allumeuse.

[Oui elle rentrait de soirée cette nuit-là alors elle portait une jupe, c’est peut-être de sa faute finalement]

Et puis la vie a repris son cours.

Elle a vécu 10 ans la conviction chevillée au corps qu’il fallait tenir le coup – avancer – continuer –Ne pas pleurer – Se relever. Pour ne pas lui donner raison. Pour ne pas l’avoir laissé la détruire. C’était peut-être de la fierté, de l’orgueil, ou tout simplement un instinct de survie.

Parce que la vie continue – elle continue toujours. Malgré tout. Parfois elle te heurte, elle te chahute, elle te bouscule et puis les lendemains jouent leur rôle. Ils t’envoient valser ailleurs. Plus loin.

Pendant 10 ans elle a d’ailleurs tellement valsé qu’elle en avait le tournis.

Elle aspirait aujourd’hui à un peu d’apaisement, de sérénité. À ce que le tempo ralentisse – à ce que le tumulte dans sa tête se taise enfin – piano.

Mais la violence induite par le viol – ça y est, elle a osé l’écrire. Mettre un mot sur cet évènement.