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Ange et Pierre sont très amoureux jusqu'au jour où Ange découvre que son mari est impliqué dans un crime. A qui faire confiance? Tout le système judiciaire et les rouages de l'Etat sont atteints par la gangrène qu'est le système D, synonyme de l'article 15. Dans sa quête de justice, Ange finira par mettre sa vie en danger. Survivra t'elle aux assassins lancés à ses trousses?
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Seitenzahl: 185
Veröffentlichungsjahr: 2016
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« Article fictif de la constitution de la République Démocratique du Congo, agent déclencheur de toutes les dérives »
Les éditions Mooi
55 rue De Lattre de Tassigny
67300 Schiltigheim
France
www.leseditionsmooi.com
J’ai décidé d’écrire sur cet article imaginaire de la constitution Congolaise, synonyme du système D, car les dégâts qu’il cause sont bien réels. Cette expression est apparue bien avant 1960, dans la région du Sud Kasai et s’est popularisée.
Le peuple de la RDC, dans la course de la survie, applique cet article au quotidien. Décider d’abroger la débrouillardise érigée en loi et mode de vie, c’est un changement de mentalité qui ne peut déboucher que sur la ferme volonté de sortir son pays de la médiocrité.
Puisse la RDC, dont je suis liée par le sang et par l’histoire, retrouver sa dignité et son sourire d’antan, que sa capitale Kinshasa attire de nouveau les regards de ceux qui l’avaient surnommée « Kin la belle ».
L’auteure
A Clément, Thierry Nsele, Auxilia Mooi, Patricia et Whitney.
Vous êtes le moteur de mon existence, l’essence même de ma vie, la trace de mon passage sur terre. Que chacun de vous découvre dans ce livre, le trésor qui lui est destiné.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Il était 06h50 du matin en ce début du mois d’octobre 2010, aux prémices de la saison des pluies. Le soleil dardait déjà ses rayons sur la capitale.
Ange avait du mal à respirer et la température qui avoisinait les 25 degrés à l’ombre n’arrangeait rien. Plus l’aiguille de sa montre se rapprochait de la minute fatidique, plus son cœur cognait dans sa poitrine. La jeune femme qui avait soufflé ses 30 bougies au mois d’avril sentit de nouveau le doute s’insinuer en elle : Enlever les enfants, était-ce le bon choix ? Ne pouvait-elle pas taire sa conscience et vivre sa vie comme avant ? Pourquoi n’arrivait-elle pas à se défaire de cette tristesse ? Pourquoi…Pourquoi. Depuis qu’elle avait été confrontée à la vérité, ses journées étaient rythmées par des interrogations.
Le taxi quitta la route cahoteuse venant de la commune de Lemba et emprunta le boulevard Lumumba, l’artère principale qui conduisait au centre-ville de Kinshasa. Comme à l’accoutumée, la circulation y était dense. Mandefu, le chauffeur de taxi, accéléra. La vieille Toyota jaune roulait à présent à 50km/h. Ange en profita pour sortir la tête du côté passager et aspirer un grand bol d’air frais. Mandefu avait mis « Bord ezanga kombo », du chanteur compositeur Koffi Olomide, le dernier album en vogue, et il conduisait en chantonnant, sûr de lui. Ange envia son insouciance. Elle aurait tout donné pour occulter ce qu’elle savait. Elle se tourna et regarda Mandefu. Le chauffeur de taxi, la trentaine bien sonnée, était habillé comme tous ces jeunes de la capitale qui tenaient à imiter la mode européenne : Jeans bleu qu’il avait dû trouer lui-même pour lui conférer un style, et marcel gris. Des baskets de marque complétaient la tenue. Quand Ange lui avait soumis son plan d’action, Mandefu n’avait pas hésité un seul instant, malgré les risques encourus.
— Tu sais, si l’opération tourne mal, mon mari ne sera pas du tout indulgent, avait insisté Ange. C’est un homme intransigeant.
— C’est le gros lot pour moi, maman Ange. Si je ne me débrouille pas, qui va nourrir ma famille ? Moi, j’ai une nana et cinq gosses, trop durs les fins de mois. Ce n’est que grâce à l’article 15 que nous arrivons à survivre.
Ange avait hésité. Mutumosi, le domestique de sa mère, qui avait joué les intermédiaires, ne lui avait pas donné tous ces détails au sujet de la vie privée de Mandefu.
— Tu as une famille, Mandefu. Je n’ai pas le droit de t’embarquer là-dedans, avait-elle fini par lâcher.
— Ce plan est la réponse à mes prières, s’était exclamé Mandefu. J’ai remercié le ciel quand mon cousin Mutumosi m’a branché. J’ai besoin de ces 200 dollars, maman Ange. Ce matin, j’ai quitté ma maison sans laisser un sou à ma femme. Je ne sais pas ce que mes gamins vont manger ce soir.
Ange lui avait remis 100 dollars à titre d’avance pour lui et Mandefu avait réclamé 200 autres pour son copain sensé les épauler pour sécuriser l’opération.
C’était il y a 2 jours.
Le policier qui réglait la circulation sur la 14 ème rue fit signe aux véhicules venant de sa droite de passer. Mandefu en profita pour se mettre sur la voie de gauche en passant de justesse devant un taxi bus plein à craquer.
— Va crever ailleurs, connard ! lui lança le receveur qui donna en même temps un coup de poing sur le capot de leur véhicule pour inciter le chauffeur à accélérer de plus belle.
Portière ouverte, le receveur était juché à l’extérieur du taxi bus, s’agrippant avec force pour éviter de tomber sur la chaussée qui défilait sous ses pieds et veillant à ne pas être happé par un autre véhicule en dépassement. Il pouvait ainsi vendre sa place assise, sur le banc posé à côté de la portière.
Mandefu l’ignora. Il en avait l’habitude. Il venait de dépasser le taxi bus pour prendre la sortie lorsqu’un corbillard qui roulait à vive allure sur la voie de gauche, manqua de l’accrocher. Les deux véhicules s’arrêtèrent au milieu de la circulation, déclenchant un tollé de klaxons.
— Holà, tu ne peux pas faire attention pour éviter les accidents ? demandant Mandefu, sortant sa tête par la vitre.
— Otes ta brouette de mon chemin, rétorqua le chauffeur du corbillard.
Ange esquissa un sourire.
— Laisse tomber, dit-elle à Mandefu.
Convaincu de son bon droit, ce dernier ne voulut rien lâcher.
— Sorcier, taximan de cercueils, ton travail consiste à prier pour que les gens meurent en grand nombre, sinon, tu n’as pas de travail, vociféra t’il.
Voyant le chauffeur du corbillard ouvrir sa portière et mettre pied à terre, Ange tira fermement le taximan par la manche.
— Cela suffit maintenant ! ordonna-t-elle.
Mandefu redémarra en trombe, et contournant le corbillard, il quitta le boulevard.
Le taxi roula ainsi 3 minutes dans de la boue, l’avenue n’étant pas goudronnée, en longeant le mur de l’école Masamba. Ange distingua derrière la voiture, la file des bus scolaires arrivant de différentes communes de la ville de Kinshasa, qui venait déverser son contingent d’élèves de l’établissement. Au bout de la rue, le taxi prit à droite. Dès qu’ils dépassèrent les grilles de l’entrée de l’école Masamba, elle fit signe à Mandefu de se garer à la place qui venait de se libérer en face d’eux, sur la 12 ème rue.
L’école La Lumière, composée d’un grand bâtiment bleu de quatre étages, entouré de pelouse, se situait à l’angle. L’entrée était à quelques mètres d’eux, ce qui permit à Ange d’apercevoir les deux agents de sécurité en faction ainsi que la directrice qui accueillait les élèves. Madame Marchand le faisait chaque début de semaine, profitant de l’occasion pour échanger quelques mots avec les parents.
Mandefu sortit son téléphone portable dernier cri :
— Tout est en place ? Rien à signaler ? demanda-t-il. Je veux être sûr que tout se passe comme prévu.
Il écouta un moment et raccrocha.
— Il n’y a plus qu’à attendre, maman Ange, dit-il, le terrain est bien préparé.
Il éteignit le moteur. Il était 7h05.
Le taxi était bien protégé des regards grâce aux branches dépassant de la clôture d’à côté, permettant ainsi à Ange de surveiller les allées et venues devant l’établissement scolaire sans se faire remarquer. D’habitude, la plupart des parents ne repartaient pas directement, ils formaient des petits groupes et bavardaient avant de reprendre le chemin du travail ou du marché. Certains restaient encore longtemps bien après la fermeture des grilles des deux écoles. Dès qu’elle avait décidé de mettre son plan à exécution, Ange avait dû inclure le fait que la plupart des parents seraient témoins de l’évènement et susceptibles de réagir mais aujourd’hui, la pluie les obligeait à repartir aussitôt les enfants déposés, lui permettant ainsi d’en éliminer un grand nombre. Ange comptait aussi sur l’effet de surprise, sachant pertinemment que Pierre n’allait pas ébruiter leur séparation, pour sauvegarder les apparences. Après avoir réglé les détails de son plan d’enlèvement avec Mandefu, pour s’assurer que rien ne vienne contrecarrer ses projets, elle avait téléphoné à Pierre et lui avait promis de réintégrer le domicile familial dès qu’elle se sentirait calmée et prête à dialoguer. Ce qui, elle en avait bien peur, n’était pas prêt d’arriver.
Ange soupira en contemplant les bâtiments de l’école Masamba. Elle avait tant rêvé inscrire ses enfants à cette école privée dont la renommée n’était plus à faire, les élèves y étant non seulement brillants mais également dotés de conscience morale. La direction de l’école Masamba de la commune de Lemba, où elle avait prévu de scolariser ses garçons avant leur déménagement à Limete, avait créé un groupe des élèves journalistes qui présentait chaque jour après la récréation, le résumé du journal télévisé de la veille. Ange dont le rêve avait été de devenir journaliste, était tombée sous le charme de cette école primaire. Seulement, Mélanie, sa belle-sœur n’arrêtait pas de tarir d’éloges sur La Lumière dont elle connaissait le propriétaire et elle n’avait pas eu besoin d’insister auprès de son frère que Clément et Nsele s’y retrouvaient inscrits. Les souhaits de Mélanie étaient des ordres.
Ange consulta de nouveau sa montre : 07h17. Pierre n’allait plus tarder à arriver.
— Les voilà, dit-elle, étonnée de voir leur voiture s’arrêter devant le portail car elle ne l’avait pas vue les dépasser.
Ange ôta la casquette qu’elle portait, libérant ainsi les fines et longues nattes rouges et noires qu’elle s’était fait tresser avec des rajouts synthétiques. Elle rajusta son pagne et attendit, son cœur s’affolant à nouveau dans sa poitrine.
Pierre descendit du véhicule et ouvrit la portière arrière à Clément. Ange remarqua que son absence n’avait eu aucun impact sur son mari. Toujours aussi chic qu’à l’accoutumée, il portait une chemise blanche à motif et son blazer bleu marine pardessus le jean bleu foncé qu’elle lui avait offert le mois dernier. Elle ne lui trouva pas l’air d’un homme qui venait de se séparer de la femme de sa vie, comme il se plaisait à le dire. Suivi des garçons, Pierre se dirigea vers la directrice. Celle-ci s’excusa auprès d’une mère qui l’accaparait de sa conversation et fit un pas vers eux, protégée par son parapluie.
— Bonjour monsieur Ekofo. Bonjour les garçons.
— Bonjour, madame Marchand. Je vous les confie.
Pierre fit un bisou rapide à ses enfants.
— A tout à l’heure papa, dit Clément tandis que son père s’engouffrait déjà dans la voiture.
Dès que leur Mercedes noire démarra, Ange descendit du taxi en courant et héla jovialement madame Marchand qui s’apprêtait à faire entrer ses fils dans la cour de l’école.
La directrice la reconnut et sa mine se renfrogna.
— Allez, les enfants, dans la cour intérieure, vite, leur ordonna-t-elle.
La petite fille qui venait d’arriver avec ses parents, obéit, suivie de deux autres élèves mais Clément et Nsele ne bougèrent pas. Ils avaient vu leur mère. Ils restèrent cloués sur place, sous la fine pluie.
— Non, madame Ekofo, vous n’avez pas le droit de parler aux enfants, votre mari l’a formellement interdit, dit la directrice à Ange qui se trouvait maintenant en face d’elle.
— Je veux juste les tenir dans mes bras, répondit hâtivement Ange, surprise que Pierre ait prévenu l’école.
— Il n’en est pas question ! Nous avons reçu des consignes très strictes à votre sujet.
Madame Marchand regarda dans la direction qu’avait prise Pierre. Ce dernier était déjà bien loin, il avait bifurqué au coin de la rue, en direction du siège de l’Office National de Transports, en sigle, l’ONATRA, où il travaillait depuis 4 ans.
— Je veux seulement embrasser mes enfants, madame Marchand. Vous êtes également mère, vous devez comprendre ce que je vis en ne pouvant les voir. Juste un instant, supplia Ange.
Attendrie, la directrice se mit de côté pour permettre à Ange de passer derrière elle, dans la cour.
— Faites vite alors ! Les enfants vont finir par être trempés.
Clément et son frère se jetèrent sur leur mère. Aussitôt, Ange les saisis chacun dans une main, bouscula madame Marchand qui s’apprêtait à accueillir d’autres arrivants et courut vers le taxi qui était maintenant en face du portail, moteur en marche. Ils s'y engouffrèrent en un rien de temps, pendant que la directrice, affolée, criait aux vigiles de l’arrêter.
La surprise fit son effet. Le temps qu’un parent réagisse, le taxi roulait en direction de kasa vubu, une commune surpeuplée, où habitait Siska, la meilleure amie d’Ange.
Madame Marchand avait réussi à joindre pierre au téléphone. Après son récit saccadé de l’enlèvement, Pierre n’avait rien dit d’autre qu’un laconique « Ok » avant de mettre fin à la conversation.
Malgré le climatiseur dans la pièce, la directrice était toute en sueur quand elle raccrocha à son tour pour composer le numéro d’un des vigiles.
— Je veux vous voir tous les deux, votre collègue et vous, dans mon bureau, tout de suite après la fermeture du portail, aboya-t-elle.
Madame Marchand prit peur en réalisant son erreur. Elle aurait dû écouter monsieur Ekofo quand elle l’avait reçu dans son bureau, deux semaines auparavant.
Ce lundi-là, monsieur Ekofo avait insisté pour qu’elle le reçoive en privée, dans son bureau.
— Je voulais vous annoncer qu’à partir de maintenant, seul mon chauffeur est autorisé à récupérer les garçons à la sortie des classes, avait dit Pierre en prenant place en face de madame Marchand, je ne veux plus qu’on remette les enfants à mon épouse.
— Monsieur Ekofo, commença la directrice, gênée, si vous avez des problèmes de couple, le mieux serait de les arranger entre vous. L’école n’a pas à se mêler des histoires familiales.
— Personne ne vous demande de vous mêler de quoi que ce soit, madame Marchand. Ecoutez, je peux tout aussi bien retirer mes enfants de cette école. Je vous signale que mes amis vont faire de même avec les leurs et vous aurez à répondre de vos réticences à assurer la sécurité des enfants que nous, parents, vous confions.
— Vous ne comprenez pas. Tout ce que je peux faire si leur mère vient les récupérer, c’est de vous prévenir et la retenir le temps que vous arriviez. Si j’accède à votre demande sans aucun document officiel, votre femme pourra porter plainte contre l’école.
— Non, c’est moi qui vais porter plainte contre vous si jamais vous laissez ma femme s’approcher des enfants. Vous ne savez pas de quoi leur mère est capable alors arrêtez de discuter inutilement. Ange ne va pas bien ces temps-ci. Si elle s’approche des garçons et qu’il leur arrive quelque chose, je vous en tiendrai personnellement responsable, vous voilà avertie.
Pierre s’était levé, mettant ainsi fin à la discussion.
Madame Marchand ne savait plus quelle attitude adopter. Pierre était un homme influent. Depuis deux ans, il assumait la responsabilité du service Contrôle et Gestion de biens meubles et immeubles de l’Office National de Transports, qui se situait dans la commune de la Gombe où se trouvaient les principaux organes du pouvoir de la république ainsi que plusieurs ambassades. En outre, Pierre était le beau-frère de l’homme d’affaires reconnu, Paul Bolofa Ekanga, ancien ambassadeur du Zaïre, l’actuel République Démocratique du Congo, en France. Monsieur Paul Bolofa Ekanga était également ami avec Albert Engwengo, conseiller du ministre de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel(MEPSP) et propriétaire des établissements La Lumière.
La directrice avait donc promis à Pierre de veiller à ce qu’on ne remette plus les enfants Ekofo à leur mère. Pour apaiser sa conscience, madame Marchand s’était dit que les Congolais évitaient de mêler les autorités à leurs litiges familiaux, leurs conflits se réglaient en général en famille. C'était sûrement la raison pour laquelle il n’y avait aucun document officiel. Depuis, elle oublia cette conversation car elle ne vit plus Ange, jusqu’à ce jour.
Madame Marchand, très inquiète, se demanda ce qui allait advenir d’elle, si monsieur Ekofo portait plainte. Et pire, s’il arrivait quelque chose à Clément et Nsele, leur père ayant bien précisé que sa femme n’allait pas bien. Madame Marchand essaya de chasser cette pensée. Elle connaissait madame Ekofo pour lui avoir parlé à plusieurs reprises quand elle venait reprendre ses fils à la sortie de l’école. Son époux déposait les garçons en allant à son travail et leur chauffeur se chargeait de la conduire pour les récupérer. La directrice était convaincue que madame Ekofo adorait ses enfants. Seulement, elle venait de se séparer de leur père. Etait-elle perturbée au point de leur faire du mal ?
« C’est un cauchemar. Je vais surement être obligée d'abandonner mon poste et de retourner à Liège » se dit-elle.
Cette idée lui fit peur. Elle n’était pas disposée à renoncer à sa villa de 500 mètres carrés qu’elle payait une bouchée de pain comparé au prix qu’elle aurait dû débourser en Belgique pour un tel bien, sans compter qu’elle était engagée comme expatriée avec de nombreux avantages tels qu’un double salaire ainsi que ses trois employés de maison et son chauffeur, au frais de son employeur.
Madame Marchand se rappela les difficultés qu’elle avait eues à s’adapter à la façon de vivre des Kinois. Six mois après son arrivée à Kinshasa, elle avait songé repartir car elle ne supportait pas le racket dont elle faisait l’objet. A chaque coin de rue, il fallait donner de l’argent, que ce soit aux policiers qui lui trouvaient des infractions créées de toutes pièces et qu’il fallait régler sur le champ en espèces au risque de sa vie, ou les enfants de rue appelés les shegués qui exigeaient de l’argent parce qu’ils étaient convaincus que tout blanc, communément appelés « mundelé », en lingala, la langue dominante dans la capitale, était fortuné. Madame Marchand déplorait le fait de ne pouvoir circuler librement à Kinshasa, contrairement à Lomé, alors que le Togo faisait aussi partie des pays économiquement instables. Albert Engwengo, qu’elle connaissait grâce à des amis communs à Bruxelles, l’avait exhorté à la patience. Monsieur Engwengo était conscient des lacunes du système éducatif de son pays et il comptait y remédier en créant une chaine d’écoles de prestige à l’instar des écoles Masamba, dans tout le pays, mais à moindre coût pour les familles. Certains élèves méritants seraient exonérés du minerval. Monsieur Engwengo avait donc besoin de son expérience de directrice d’écoles primaires et secondaires.
Après mûres réflexions en famille, Madame Marchand avait décidé de rester à Kinshasa. Il lui tenait à cœur de faire partie du noble projet, en plus de sa situation financière à Kinshasa dont elle était sûre, à 50 ans passés, de ne jamais retrouver en Belgique. Elle s’était ainsi fait une raison, évitant de se balader seule dans la cité et de fréquenter les endroits où elle était susceptible de rencontrer des shegués. Avec le temps, madame Marchand se félicita de sa décision car elle découvrit une facette insoupçonnée des Congolais de la République Démocratique du Congo(RDC) : serviables, hospitaliers et dotés d’une joie de vivre communicative. Ce dernier point l’avait enchainée à Kinshasa.
Un coup frappé à la porte la fit sortir de ses cogitations.
— Entrez ! Lança-t-elle.
Les deux vigiles pénétrèrent dans le bureau.
— Vous pouvez m’expliquer à quoi vous servez ? attaqua la directrice, son regard allant de l’un à l’autre, pourquoi étiez-vous plantés là comme deux poteaux électriques, sans réagir ? Priez pour qu’on retrouve ces enfants sains et saufs, sinon, je peux vous assurer que non seulement vous perdrez vos postes mais vous finirez en prison.
Les vigiles se mirent à parler, tous les deux, en même temps.
Pierre écoutait madame Marchand tout en conduisant. Quand elle eut fini de lui exposer la situation, il raccrocha sans poser de question. C’était inutile. Il comprenait parfaitement que sa femme avait décidé de faire éclater son univers en petits morceaux. Il avait été trop patient et compréhensif envers elle, il était temps de réagir.
Pierre arriva au niveau de la 1 ère rue de la commune de Limete. Trop tard pour se rabattre à gauche, il prit à droite comme pour continuer vers son travail et entra dans la station-service, quelques mètres avant la médiathèque nationale de la Funa. Là, il fit demi-tour pour reprendre le boulevard Lumumba en direction du quartier Yolo-sud.
Une demi-heure après avoir quitté la commune de Limete, Ange et ses enfants arrivaient rue Sandoa, devant la parcelle où Siska venait d’emménager avec ses deux garçons, dans une maison à trois pièces.
Ange régla à Mandefu 300 dollars, la somme restante pour la mission entreprise et entra dans la parcelle. Il était convenu que Mandefu revienne la rechercher le soir même chez son amie car elle avait le projet de mettre le plus de distance possible entre son mari et elle.
Durant tout le trajet, Clément et son frère n’arrêtèrent pas de poser des questions à leur mère. Ils voulaient savoir où elle était partie tout ce temps et si elle allait mieux car leur père leur avait annoncé qu'elle était partie afin de se soigner.
« C’est lui qui doit se soigner » songea Ange.
Elle avait réussi son coup et une chose était sûre, Pierre ne pourra plus récupérer les enfants une fois qu'elle aura mis les pieds à Mbandaka, appelé pili-pili Mambenga, sa ville natale. Ange était certaine d'y être protégée.
Elle repassa en tête tout ce qui lui restait encore à entreprendre pour échapper à son mari et à sa belle-famille.
En premier, rester cacher quelques heures chez Siska. Pierre ne connaissant pas la nouvelle adresse de son amie, elle y sera tranquille jusqu’au soir avant de se rendre à l’aéroport international de Ndjili, où elle avait déjà réservé leurs places dans le vol du soir qui durera à peine 45 minutes. Son passeport avec les photos des garçons était dans son sac à main. Pierre commencera par la rechercher chez sa mère mais il y perdra son temps car personne de sa famille n’était au courant de son projet et la famille de Siska n'avait pas encore la nouvelle adresse de cette dernière.
