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Michel, un célibataire en harmonie avec la nature, réside dans une maison isolée perchée au sommet d’une falaise normande. Son existence solitaire est bouleversée par la rencontre inopinée de Betty, une jeune randonneuse anglaise. Tombant amoureux, il voit pourtant ses espoirs s’envoler lorsque Betty retourne brusquement en Angleterre, s’évanouissant ainsi de sa vie. Néanmoins, cette liaison sans lendemain ouvre à Michel de nouvelles perspectives. Il croise Nathalie avec laquelle il se marie.
Toutefois, malgré cette nouvelle vie, l’ombre de la belle Anglaise plane. Michel trouvera-t-il enfin la sérénité qu’il recherche ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Godefroy, désormais à la retraite, a consacré sa carrière à l’enseignement en tant qu’instituteur dans une classe unique, directeur d’école, puis enseignant spécialisé pour les enfants en situation de handicap. En parallèle, il nourrit sa passion pour la peinture et la sculpture sur bois, où son attrait pour l’onirisme s’exprime pleinement. Lorsqu’il crée une toile, une histoire se dessine souvent à travers son art. L’éclaircie est une interprétation possible de deux de ses œuvres, capturant ainsi un fragment de son univers artistique.
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Seitenzahl: 461
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Jacques Godefroy
L’éclaircie
Roman
© Lys Bleu Éditions – Jacques Godefroy
ISBN : 979-10-377-9499-4
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122- 5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122- 4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335- 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Cette journée a vraiment été très agréable. Le soleil commence à prendre de la force en avril et sa douce chaleur m’a revigoré. Pour mon premier jour de congé, je suis content de mon travail. Il me reste, bien sûr, encore beaucoup à faire, mais à chaque jour suffit sa peine. D’ailleurs, je commence à ressentir quelques courbatures. Il serait raisonnable d’arrêter. Encore un petit quart d’heure et je rentre.
Ce jardin, dès qu’arrive le printemps se transforme en un temps record. Une petite bruine, un peu de douceur et voilà les feuilles des arbres qui réapparaissent, les fleurs qui éclosent, les mauvaises herbes qui s’installent partout. À cette période de l’année, chaque semaine, lorsque j’arrive le vendredi soir, c’est toujours un émerveillement de voir combien la nature a changé en si peu de temps !
Je reste bien souvent jusqu’à la tombée de la nuit à regarder chaque parcelle, à scruter l’évolution de mes plantations, à faire un plan d’action pour le week-end. Certains trouveront cela décourageant de passer ses loisirs à entretenir un terrain qui est propre le dimanche soir et réclame à nouveau vos soins la semaine suivante. C’est ma passion et ma fierté.
Quand j’ai acheté cette maison, le parc était à l’abandon : des branches cassées par les tempêtes, des amas de feuilles et des mauvaises herbes partout, même dans les interstices des murs, de la mousse sur les pierres. La propriété avait été délaissée. La végétation avait repris sa place. Au lieu de me rebuter, je crois que c’est cela qui m’a attiré. J’avais une mission à accomplir, j’avais un rôle à jouer. Je me sentais capable de maîtriser cette nature, non pas en lui imposant ma loi, mais en établissant une symbiose entre elle et moi, pour lui donner de la vigueur et qu’elle me récompense par sa beauté.
Je me souviens encore du jour où je suis venu ici pour la première fois. C’était en hiver. Un vent glacial soufflait en fortes rafales. L’agent immobilier avait essayé de reporter le rendez-vous, mais je n’avais pas accepté, ayant d’autres maisons à visiter pendant le week-end.
Dès notre arrivée sur place, à peine la portière de la voiture ouverte, le vent s’était engouffré dans l’habitacle et avait fait voler les feuilles du dossier de mon guide. Il avait fallu les rassembler et j’avais pu déjà en parcourir quelques lignes avant l’heure.
Les éléments naturels étaient avec moi, c’était bon signe.
La route d’accès étant trop étroite, nous avions dû rentrer la voiture dans la propriété. Le lourd portail n’avait certainement pas été utilisé depuis longtemps et, le vent y exerçant toute sa force, nous ne fûmes pas trop de deux pour l’ouvrir.
Le terrain était ceint par un mur de pierre. Autour de nous s’étendait la campagne. Pas âme qui vive à moins de cinq cents mètres et l’ensemble était situé en haut d’une falaise d’où on découvrait la mer à perte de vue. J’avais l’impression d’être sur une terre inconnue, une île déserte envahie par une végétation que l’homme avait autrefois plantée et maîtrisée, mais qui avait repris sa place et son indépendance. La maison ni grande, ni petite, avait besoin de quelques travaux de rénovation, mais était habitable pour quelqu’un comme moi qui n’a pas besoin de beaucoup de confort et qui désire en faire sa résidence secondaire.
C’était une construction en briques et silex comme on en trouve beaucoup par ici, avec une partie en gré du pays qui lui donnait un caractère robuste, capable d’affronter les tempêtes.
Elle comportait une cuisine assez spacieuse, une salle qui pourrait avoir beaucoup de charme avec quelques travaux, une chambre au rez-de-chaussée et une autre à l’étage. Dans les dépendances attenantes à la maison, en perçant le mur mitoyen, il y avait possibilité de faire un bureau, voire une chambre d’ami. Un second bâtiment abritait un atelier et un grand débarras.
Je n’avais pas besoin de si grand pour moi seul, mais cela ouvrait des possibilités, des perspectives de projets, de la matière à réflexion, du rêve.
Comme elle ne convenait à personne, son prix était raisonnable. Elle me charma. Le propriétaire et l’agent immobilier étaient trop heureux d’avoir enfin trouvé un acquéreur pour ce lieu dont personne ne voulait. Je signai et quelque temps plus tard, je pris possession des lieux à la grande surprise des habitants des alentours qui pensaient cette propriété destinée à tomber en ruine.
Aujourd’hui, sept années se sont écoulées et je viens toujours avec le même plaisir. J’ai défriché la terre, j’ai coupé des arbres, j’en ai planté d’autres, j’ai consolidé un mur, j’ai isolé le grenier, mais comme je n’ai jamais pris le temps de m’occuper du portail, il est toujours aussi difficile à ouvrir ! Aussi, quand je suis là, reste-t-il ouvert en permanence.
Chaque fin de semaine, mon premier effort est pour son ouverture et j’ai l’impression de pénétrer dans ma propriété comme dans une forteresse.
Dans la semaine, j’habite un petit appartement dans le cœur de Rouen. C’est un studio amélioré, au deuxième étage d’une maison à colombages, près de la rue des Carmes. Tout est petit, mais cela me convient. J’ai suffisamment de confort. Il n’y a pas d’ascenseur, mais les voisins sont charmants, le quartier est assez calme et surtout je suis à proximité des commerces et de mon travail.
Mon bureau est dans le centre historique de la ville. C’est une société d’aménagement et de rénovation de l’habitat. La plupart de nos clients sont des particuliers qui désirent, soit construire une maison individuelle personnalisée, soit rénover leur habitation. Nous proposons tous les corps de métiers, du terrassement à la maçonnerie, de la plomberie aux portes et fenêtres, de la charpente à la toiture. Nous posons aussi le placoplâtre, les enduits et nous pouvons prendre en charge la peinture.
Je suis chargé de coordonner les travaux, d’organiser les rotations des équipes, de vérifier l’approvisionnement en matériel et son acheminement. J’ai une équipe qui me seconde. Je peux également, si le client le souhaite, lui proposer des plans ou réfléchir avec lui sur la cohérence de son projet par rapport à ses désirs. C’est d’ailleurs ce qui me plaît le plus.
Toute la semaine, je cours, je réponds au téléphone, j’organise, je rectifie les erreurs, j’étudie de nouveaux chantiers. J’ai toujours mille problèmes à traiter à la fois.
Le vendredi soir, je quitte Rouen et je m’installe ici, dans ce havre de paix, pour le week-end.
Lorsque j’avais vingt ans, je voulais être architecte. J’ai commencé une école d’architecture, mais j’ai dû abandonner lorsque mon père est décédé subitement. Il dirigeait une petite entreprise qu’il m’a fallu prendre en main du jour au lendemain. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Je devais sauver ce que mon père avait créé, mais aussi éviter que ses employés se retrouvent sans travail.
J’ai beaucoup appris pendant cette courte période. Je voulais simplement sauver l’entreprise d’une faillite par manque de gestion. Je le faisais pour continuer un peu l’œuvre de mon père, pour le faire vivre encore peut-être, pour que tout ne s’arrête pas dès sa disparition. C’était aussi pour ne pas mettre dans la panade ses employés que je connaissais depuis longtemps. J’arrivais avec ma jeunesse, mon idéal, mon manque de connaissance de la vie.
J’ai vite appris que ce monde était cruel, que dès qu’il s’agissait d’argent, certains, beaucoup même, étaient prêts à faire n’importe quoi, à passer outre morale et dignité, pour quelques euros extirpés. Les clients, les entreprises avec qui nous travaillions, n’ont pas hésité devant mon inexpérience à me tromper, à me salir, à m’enfoncer dans l’espoir d’en tirer quelques bénéfices. J’étais écœuré. Je ne dis pas qu’ils étaient tous ainsi, mais il suffit de quelques-uns pour faire chavirer le bateau. Cela m’a donné une rage de vaincre. Je me suis battu. J’ai réussi à revendre l’entreprise dans des conditions correctes pour les ouvriers. J’ai trouvé ce travail et je suis venu ici, dans ma maison des falaises. J’ai décidé que la vraie vie était là, loin des chasseurs de prime. J’ai eu mal au début. J’ai craint d’avoir fait le mauvais choix, de m’être isolé inutilement. Je ne voulais pas accepter que le monde soit ainsi.
Aujourd’hui, je sais que pour faire sa place, il faut se battre. Je le fais dans mon travail par mon sérieux et mon honnêteté. Mais en dehors, je suis « quelqu’un de l’intérieur ». Je laisse parler, argumenter, affirmer. Je ne m’impose jamais. Ma réponse est intérieure, sauf si on sollicite mon avis !
Mais on ne le sollicite pas souvent !
On pourrait appeler cela de la lâcheté, du manque d’énergie, de courage, de la passivité. Non ! Je ne veux pas aller dans leur monde comme ils ne veulent pas aller dans le mien. Comme je suis trop jeune pour être un sage, je passe pour un solitaire, un ermite peut-être.
Ils ont tort ! Mon monde est bien plus beau !
Il faut savoir le voir et ne pas se laisser attirer par le miroir aux alouettes. Ils se gavent d’éphémère. Je m’enthousiasme de choses insignifiantes à leurs yeux, puisque non monnayables. Ils en font des phrases et des phrases. Je reprends pour moi la phrase de Cabrel : « Il y a des moments tellement beaux, qu’il n’y a que le silence pour le dire ».
J’ai beaucoup appris pendant cette période, sur l’âpreté du monde du travail et sur moi surtout. Je n’aurais pas pensé être capable de ce que j’ai fait et je l’ai accompli parce que je n’avais pas le choix.
Avant la vente de l’entreprise, j’ai travaillé en sous-traitance avec mon patron actuel. Il a apprécié mes compétences et m’a proposé de venir le seconder dans son entreprise lorsque je serai libre. Je gère les mêmes problèmes chez lui que chez moi avant, et même bien plus encore, mais je suis employé et certain de toucher mon salaire à la fin du mois.
Au jour le jour, c’est assez fastidieux, mais l’ambiance générale est bonne. Les collègues sont sympathiques. Le midi, ils se retrouvent souvent autour de la même table. Moi, je préfère manger seul. J’apprécie ce moment de calme et de solitude, même si j’ai souvent un problème à régler, un client à appeler, une erreur à rattraper. On se retrouve ensuite entre collègues, toujours les mêmes, vers 13 heures, pour prendre un café dans un bar, avant de reprendre le travail.
Les conversations tournent souvent autour des mêmes sujets. On essaie de ne pas trop parler travail. Il est souvent question de loisirs, de voyages, de sport et parfois de politique. J’aime les écouter parler, s’enflammer sur un sujet, exprimer leurs convictions, mettre à jour leurs contradictions. Je parle très peu, mais je suis bien avec eux. Ils le savent. Ils pourraient me trouver distant, mais ils comprennent que c’est mon caractère, mon univers. J’aime leur vitalité et je puise les ressources nécessaires pour mon travail dans leur bonne humeur. Et puis, c’est ma distraction de la journée, car, après le travail, je me retrouve seul chez moi.
Parfois, l’un d’eux m’invite à passer une soirée ou à partager une sortie. Dans la mesure du possible, j’accepte parce que j’y pressens un témoignage de sympathie et d’amitié, mais je ne suis pas enthousiaste. Je préfère compenser l’énergie dépensée dans la journée par le calme et la sérénité de ma vie ordinaire.
Et puis, je ne suis vraiment à mon aise que dans mon environnement.
C’est dire combien je me sens bien dans ma maison isolée, près de la mer.
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été un solitaire. Est-ce dû à mon éducation ? J’ai toujours préféré être seul et indépendant, faire ce qui me plaît sans comptes à rendre, plutôt que de me battre pour avoir ma place dans un groupe. J’aime mieux me noyer dans ma solitude que de me noyer dans la foule. Et puis, est-ce de la timidité, j’ai du mal à m’extérioriser. Pour moi, mieux vaut être que paraître. En dehors de mon travail où j’agis en expert, j’ai toujours l’impression que ce que je pourrais dire n’a pas d’intérêt, que ce que je fais n’intéresse personne. Alors je me tais et j’écoute. C’est souvent bien plus amusant qu’on ne le croit !
Enfant, je regardais les copains déambuler dans les rues, mais je ne les suivais pas. Ils accostaient les filles et discutaient avec elles. Moi, je me posais tant de questions et étais tellement gêné que je devenais rouge et muet. Ajoutez à cela quelques railleries et on se fabrique une carapace qui nous protège, mais nous emprisonne.
Adulte, je n’ai jamais osé faire le premier pas, persuadé que j’allais droit à l’échec. Si mon employeur ne m’avait pas poussé dans cette fonction qui me valorise, je ne sais pas ce que je serais devenu.
Aujourd’hui, à plus de trente ans, je n’en suis pas malheureux. Je vis dans mon monde que je trouve souvent très beau, surtout lorsque je le compare à celui du business.
Ma vie de solitaire me convient parfaitement. J’ai un travail qui me passionne, des collègues accommodants et mon plaisir est de penser à ce que je ferai le week-end dans ma maison du haut des falaises.
Car il y a tant de choses à faire ! Entretenir le jardin, restaurer la maison, réfléchir à la décoration, mais aussi, parcourir la campagne par tous les temps et revenir pour se réchauffer devant un feu de bois, aller à la plage pour se baigner ou pour pêcher, écouter un CD, lire tranquillement un bon livre.
La musique accompagne ma vie de tous les jours. Elle a toujours ponctué les moments importants ou particuliers de mon existence. Elle fait partie de mon univers. J’aime écouter, en fond sonore, un air d’opéra ou un adagio, mais aussi volontiers de la musique de variété. Je ne conçois pas la vie sans musique. La radio fonctionne en continu le soir, lorsque je suis à Rouen et je passe souvent des CD lorsque je suis ici.
Beaucoup de chansons m’interpellent. Je suis intéressé par les nouvelles créations, mais j’apprécie également les vieux standards, tout ce que j’ai pu entendre autrefois. Une chanson me plaît lorsqu’elle me parle.
Beaucoup de textes sont associés à des événements de ma vie. En réalité, c’est moi qui fais le parallèle entre les deux. Lorsque j’entends une chanson, je revois souvent le moment où je l’ai apprécié pour la première fois. J’y retrouve mes états d’âme, l’atmosphère du moment, les personnes que je côtoyais à ce moment-là. Ce sont des événements heureux de mon passé, tristes parfois, nostalgiques presque toujours. C’est un peu comme un album de photographies, mais ouvert et lisible pour moi uniquement. La même chanson, les mêmes paroles, évoquent des images différentes selon les individus. Parfois, pour certains, elles n’évoquent rien du tout parce qu’elles sont écoutées au premier degré et oubliées lorsque la mode est passée. Pour moi, toutes les chansons ont une histoire et ponctuent mon histoire personnelle.
Je suis bien conscient que certaines chansons que j’aime n’ont peut-être aucun intérêt, mais elles m’évoquent un moment de ma vie, un plaisir. D’autres me touchent par la beauté de leur mélodie ou la qualité de leur texte. Une chanson, ce n’est pas simple à composer ! En quelques lignes, par des mots simples, accessibles à tous, l’auteur doit nous suggérer le cadre, les personnages, l’action, le thème de l’histoire que relate la chanson. C’est comme une pièce de théâtre, un livre, en trois strophes.
C’est un art, mais on ne le retrouve pas dans tous les textes. Parfois, les paroles sont écrites pour cibler un auditoire précis. Ce sont par exemple les chansons d’amour pour adolescents ou les contes pour enfants. Elles ont leur intérêt si elles font mouche. D’autres racontent des événements ou des états d’âme si proches de ce que je ressens que j’ai l’impression qu’elles ont été écrites pour moi. Comme je chante toujours, j’en connais très souvent les paroles ce qui me permet de fredonner avec le chanteur, de raconter ma vie avec ses mots à lui.
Très souvent, lors d’un événement précis, important ou simplement particulier, un texte qui illustre parfaitement la situation me vient en mémoire. Il me permet de mieux apprécier le moment, de le comprendre, de le traduire par des mots.
Depuis quelques années, je me suis découvert une nouvelle passion. À force d’observer la nature environnante, de rester des heures face à la mer, de rêver, de réfléchir, je me suis mis à regretter que tout ce qui me passait par la tête disparaisse l’instant d’après et qu’il ne m’en reste aucune trace. L’envie m’est alors venue d’écrire ce que je pensais, ce que je ressentais. Ce fut d’abord quelques mots, jetés sur le papier pour immortaliser la découverte d’une nouvelle fleur, la gaîté du chant d’un oiseau, le spectacle de la mer déchaînée. Ce n’était rien de bien important et je ne le faisais que pour marquer le moment, me souvenir de ce que j’avais ressenti. Puis j’ai pris plaisir à relire mes notes et j’ai pensé qu’il serait judicieux de mettre tout cela en ordre. J’ai donc acheté un cahier d’écolier et, pendant mes soirées d’hiver, j’ai tout retranscrit. J’étais satisfait de ma production. Cela m’a semblé parfois touchant, parfois amusant. J’ai pris plaisir à me relire. J’y retrouvais le moment où les mots étaient venus à mon esprit, les circonstances, mon état d’âme. Des images s’y associaient. C’était comme un livre de mémoire ouvert uniquement pour moi, une photographie mentale.
Mon premier cahier est maintenant plein. J’en commence un deuxième. De la description de mon environnement, j’ai vite dérivé vers des réflexions sur le monde, sur les gens, sur la société. C’est une conversation entre moi et moi. J’évacue sur le papier ce que j’ai dans le cœur. Mais ce n’est pas agressif ni corrosif. Je m’amuse. Je manie l’humour, l’émerveillement, la tendresse ou la nostalgie selon l’humeur du moment. Depuis quelque temps, j’écris même parfois en vers ! Ce ne sont pas ce qu’on pourrait appeler des poèmes, ce sont simplement de petits quatrains. Personne ne les a jamais lus et ne les lira jamais, je pense. Mais ils occupent beaucoup de place dans mon esprit. Lorsque je me promène, lorsque j’entretiens mon jardin, lorsque je bricole, des idées me viennent régulièrement. Je rentre quelques minutes dans la maison et je note quelques mots repères sur un papier. Et le soir, je transcris ma pensée en vers bien souvent humoristiques. Mais c’est uniquement pour moi-même. Je m’écris en quelque sorte. Je compense peut-être ma solitude.
Parfois aussi, j’invite des membres de ma famille ou des collègues à passer le dimanche dans ma maison de la mer. Nous mangeons sommairement puis nous sortons au grand air. Je leur montre mon jardin, leur expose mes projets, mais jamais je ne leur fais lire mes écrits. C’est mon jardin secret.
Ma famille est assez restreinte. Je n’ai qu’un frère, Laurent, qui est marié et a deux enfants. Il a deux ans de plus que moi. Depuis mon plus jeune âge, c’est donc le grand frère ! Il tient à son rôle d’aîné. Il veille sur moi. Il me materne, en quelque sorte. Lui qui est marié ne comprend pas comment je peux me plaire dans la solitude. Sophie, sa femme est très douce et très calme. Ils forment un couple formidable. Leurs deux enfants sont amusants. Ils ont l’innocence des petits. Ils passent leurs journées à jouer, sans se quereller. Mathilde prend son rôle de grande sœur très au sérieux et veille sur son petit frère qui commence tout juste à découvrir le monde. Ils sont touchants tous les deux. Lorsque nous nous promenons, Mathilde tient la main de Pierre et lui explique ce qu’elle voit ou le prévient d’un danger. Je les adore.
J’aime beaucoup quand ils viennent passer une journée avec moi. À peine sortis de la voiture, ils se précipitent dans mes bras. Ils sont formidables et lorsque parfois, je m’ennuie, c’est le plus souvent d’eux.
Ils jouent dans le jardin ou dans la maison. Tout devient joyeux, vivant. Ils courent, ils se cachent, le moindre bâton devient un jouet, les arbrisseaux, des cachettes. La maison vit. Quand ils repartent le soir, il reste mille traces de leur passage. Tout me semble vide : plus de bruit, plus de cris, plus de mouvements.
Souvent, après le repas, nous partons marcher en haut des falaises ou jusqu’à la mer. L’été, on se baigne, puis ils essaient de construire des châteaux de sable ou ils jouent sur la plage. Leur présence est un bonheur. Ils sont les enfants que je n’ai pas eus.
Parfois aussi, nous allons vers l’intérieur des terres, dans la campagne. Il y a beaucoup de chemins de randonnée. L’un d’eux suit la côte par les falaises. Il passe juste devant chez moi ce qui fait que, même quand je n’ai pas de visite, je ne suis jamais vraiment seul tout le week-end. Des promeneurs passent régulièrement. On se salue, parfois je réponds à une question, puis ils continuent.
J’aime aussi m’asseoir sur le banc que j’ai fabriqué et qui reste en permanence devant la maison, légèrement en hauteur, et regarder le coucher de soleil sur la mer. En quelques minutes, le ciel se transforme, telle une éruption volcanique. Toutes les couleurs du feu se succèdent puis l’astre sombre dans la mer et la nuit s’installe lentement, passant de l’orange au violet puis du brun au noir. C’est toujours féerique. On a l’impression que le ciel se déchaîne pour vous offrir un spectacle à vous seul. On voudrait prendre mille photographies et aucune ne serait semblable. Puis le silence vous enferme dans la nuit.
Je suis un amoureux de la nature. Parfois, je décide de partir pour une longue marche, mais au détour d’un chemin, je tombe en extase devant une fourmilière qui déborde d’activité ou une fleur rare qui m’attire. Si je ne la connais pas, je consulte mon livre sur la flore sauvage ou je la prends en photo et en rentrant, je recherche sur Internet. Le plus souvent, je reste trop longtemps à observer et mon projet initial de randonnée est reporté à un autre jour.
Je crois que je suis heureux. Je mène une vie calme, mais indépendante. Je suis seul, mais je suis libre. Je n’envie personne et ne cherche pas à ce qu’on m’admire. Bien sûr, à vingt ans, j’aurais peut-être aimé me marier, fonder une famille comme les copains. La vie en a voulu autrement, sûrement parce que je ne savais et ne sais toujours pas parler aux femmes, mais peut-être aussi parce que cette vie de solitaire correspond mieux à mon caractère.
Ou peut-être que mon caractère s’est accommodé à ma vie ?
Voilà, c’est bien moi ! Je me dis que je vais travailler encore un peu et je pars dans mes rêveries. Si je continue, je n’aurai pas le temps de rentrer mes outils avant le coucher du soleil !
La lumière du jour s’invite dans ma chambre, atténuée par l’épaisseur du rideau. J’ouvre un œil. Il semble faire beau dehors. Je vais en profiter. J’ai pris une semaine de vacances, comme chaque année, à la même époque. Je compte faire mes plantations de printemps et nettoyer le terrain des souillures de l’hiver. J’aimerais bien aussi pouvoir me promener un peu, pour me délasser et observer la nature qui commence à renaître. J’irai sur les falaises voir les oiseaux de mer qui préparent leur nid, mais également sur la plage pour chercher le bois flotté que je récupère avant l’arrivée des touristes. J’en ai déjà un stock important que j’utilise parfois pour faire des sculptures ou des décorations.
J’aime aussi simplement contempler les nuages. On peut rester des heures à les regarder. Ils changent sans cesse. C’est toujours différent. On peut faire travailler son imagination, s’inventer des histoires, des rêves.
Bon, il faut se lever. Rien ne presse et pourtant !
Si je veux profiter de cette journée ensoleillée, il vaut mieux commencer de bonne heure.
Le rideau tiré, une lumière éblouissante pénètre dans la pièce. Déjà, dans la cuisine j’entends l’eau qui s’écoule dans la cafetière que j’ai programmée hier soir. Une bonne odeur se propage dans le couloir.
Je vais m’en offrir une tasse que je vais boire tranquillement sur mon banc, face à la mer, puis j’irai au village en voiture acheter du pain.
Une légère brise souffle. Il fait un peu frais, mais le soleil est agréable. Je savoure mon café en regardant au loin. Je distingue là-bas le ferry qui se dirige vers le port de Dieppe. Je projette depuis longtemps de passer un week-end en Angleterre, mais je reporte toujours. Qu’irai-je y faire, tout seul ? Il faudrait que j’en parle à Sophie et Laurent. Les enfants seraient certainement heureux de prendre le bateau !
Bon ! Debout ! Il faut que je prenne ma douche et que je descende au village chercher mon pain.
La boulangère est souriante. Elle ne se sent pas bousculée comme en pleine saison. Elle prend le temps de dire quelques mots à chaque client. Elle appelle de leur nom ceux qu’elle connaît. Moi, elle me voit une fois par semaine et me connaît plus sous l’expression « le monsieur de la maison des falaises » que sous mon propre patronyme qu’elle ignore même peut-être. Il est vrai qu’un client comme moi ne suffit pas à faire marcher son commerce !
Malgré l’heure matinale pour un dimanche matin, les rues ne sont pas désertes. On sent que la douceur printanière a fait revenir les habitués. Cet après-midi, il y aura des promeneurs sur la digue.
C’est mon premier jour de vacances.
Tiens, je vais fêter cela à ma manière ! Allons voir les menus des restaurants ! Si j’en trouve un qui me convient, cela m’épargnera cuisine et vaisselle.
Le choix n’est pas bien grand, d’une part parce qu’il n’y a pas beaucoup de commerces et d’autre part parce que la saison n’étant pas commencée, les restaurateurs n’ont pas encore fait d’efforts d’imagination. Peu importe ! Je préfère venir à cette période de l’année, quand les serveurs ont le temps et quand il n’y a pas trop de personnes en couples ou en famille pour regarder un homme seul qui ne sait pas quelle contenance prendre. Je ne suis jamais à mon aise lorsque je me crois surveillé du coin de l’œil. Au moins, en avril, ceux qui m’observent sont plutôt les serveurs et c’est dans le cadre de leur travail.
Voilà quelque chose qui me convient parfaitement. Un restaurant pas trop grand, pas trop cher, face à la mer et dont le menu offre une bonne variété de poissons. Je n’aime pas beaucoup cuisiner le poisson ! Et l’odeur dans la maison, et la sauce qu’il faut savoir faire, et les plats qu’il faut laver !
Sans hésiter, j’entre et réserve une table un peu à l’écart, mais face à la mer bien sûr, pour midi et demi.
Me voici plus léger. Et heureux ! Je sais ce que je vais faire aujourd’hui ! Et je ne vais pas passer brusquement de l’ambiance agitée du bureau et de la ville, au calme et à la solitude de ma maison.
Je reviens guilleret vers mon domicile. L’odeur du bon pain chaud, dans la voiture, me rappelle que je n’ai pas encore déjeuné.
J’aimerais bien m’installer dehors, mais il fait encore un peu frais. Je vais quand même ouvrir la fenêtre pour profiter de ce soleil. La radio annonce une dégradation assez rapide, mais rien ne le laisse présager. D’ailleurs, pour ce premier jour, je vais partir en promenade. C’est cela ! Je ne vais pas travailler à l’entretien de ma maison un samedi, le premier jour de mes vacances, par un tel beau temps !
Allons vite ! Je mange, je fais ma toilette, et je m’habille en décontracté, mais pas trop pour pouvoir me balader et aller au restaurant.
Je suis prêt, mais comme il n’est que onze heures, je m’installe sur la terrasse pour lire un peu. Comme c’est agréable cet air vivifiant ! Et les oiseaux qui chantent ! Et les parfums ! Tiens ! Je n’ai pas regardé si le nichoir que j’ai installé cet hiver avait reçu de la visite.
J’abandonne mon livre et me dirige vers le jardin. Des oiseaux volettent un peu partout. C’est merveilleux. Avec le printemps, ils ont retrouvé leur énergie. C’est la saison des amours. Ils vont chercher un endroit pour bâtir leur nid, pondre leurs œufs, les couver et avoir leurs oisillons. Ils effectueront ensuite mille allers et retours pour eux, leur apprendront à voler et à se nourrir et la boucle sera bouclée. C’est la vie.
J’adore les observer, mais j’aime aussi les entendre et les sentir proches. C’est pourquoi j’essaie de leur créer un environnement favorable. Je les protège, je les nourris et en retour, ils me charment.
Je m’amuse souvent à penser que mon jardin, c’est ma grande richesse. Je suis propriétaire des êtres vivants qui le peuplent et pourtant ils ne m’appartiennent pas. Je les possède comme un trésor, mais ils sont indépendants. Ils ont cependant une valeur inestimable. Sans eux, pas de chants, pas de fleurs, pas de fruits, pas de verdure, pas de vie donc.
Je suis serein, car c’est un trésor qu’on ne peut me voler. Le voleur aurait trop de travail pour le conserver ! Or, un voleur, par définition, cherche à obtenir ce qui l’attire, sans effort. S’il le prend et ne s’en occupe pas, il le perd.
On peut me le détériorer, le détruire avec des pesticides par exemple, mais il disparaîtra sans profiter à d’autres. Aucun intérêt donc à me faire subir ce préjudice !
J’ai un trésor que je ne peux pas vendre, échanger. Il n’est pas monnayable. Il a besoin de moi comme j’ai besoin de lui. Si je ne crée pas des conditions favorables, les oiseaux vont partir, les plantes vont mourir, mon trésor s’évanouir.
Je ne peux pas le cacher, l’enfermer dans un coffre et le sortir juste pour mon seul plaisir. Il est ouvert à tous, à la vue de tous et tous peuvent en profiter.
Je ne peux pas l’entreposer dans un endroit secret, le mettre en réserve. C’est la vie de chaque jour.
Ce n’est pas une richesse que l’on oublie quelque part et qu’un autre découvre quelques générations plus tard. Si la chaîne est rompue, c’est irrémédiable ou presque. Cependant, l’envie de le conserver est transmissible et c’est là tout son intérêt.
Ce n’est pas une pièce unique, mais un ensemble. Il faut des plantes, des insectes, des oiseaux, des petits mammifères, toute une chaîne alimentaire qui se perpétue, si possible, bien au-delà de ma parcelle.
Je ne peux rester à l’observer sans rien faire comme un lingot d’or en me disant que c’est formidable d’être riche. Si je n’agis pas, je le perds. Je dois l’entretenir, le protéger, créer et perpétuer les conditions de sa préservation. Si les oiseaux ne se plaisent plus ici, ils iront ailleurs. S’ils ne trouvent pas la nourriture suffisante, ils prendront le large. Si je les nourris trop, ils perdront l’habitude de chercher à manger et mourront de faim en mon absence. C’est un subtil dosage d’aide et de liberté. C’est un effort et une récompense de chaque jour. Rien n’est jamais gagné pour toujours.
Je dois mériter ma richesse et c’est ce qui en fait sa valeur.
Et c’est un tel plaisir !
Je rêve souvent : et si la nature devenait élément de richesse, comme valeur refuge à la place de l’or ! Comme la planète deviendrait belle ! Posséder un coin de nature serait plus important qu’entreposer des lingots ! La convoitise ne serait plus crainte. Chacun pourrait se créer sa propre richesse et profiter de celle des autres. Il y aurait une bonne raison d’être fier de sa réussite à créer son Eden ! Devenir riche consisterait à lutter contre la pollution, le gaspillage, protéger la vie. On ne pourrait pas naître riche et ne rien faire. Ce serait un tout autre monde !
Oui, mais un petit malin finirait par vendre des coins de jardins prêts à l’emploi, avec jardinier. L’homme pour qui la réussite passe obligatoirement par l’argent finirait même par monnayer des parts de terrain en sicav. Il arrive bien, actuellement, à vendre en février le blé qui n’existe pas encore, qui a peut-être été semé, mais qui est encore en herbe. Certains font même de juteux bénéfices en revendant en juin ce même blé qui n’est toujours pas encore récolté en spéculant sur la récolte future. Ils trouveraient certainement un moyen pour transformer mon petit paradis en actions ! Mieux vaut donc, pour le préserver, ne pas rêver.
Tiens, le nichoir n’a pas encore été visité. Tant mieux ! L’idéal, c’est d’avoir la chance d’être là quand un couple de mésanges le découvre. Il faut voir les précautions qu’elles prennent. Elles s’approchent de branche en branche, par petits sauts. L’une avance pendant que l’autre surveille, puis elles inversent. Elles finissent par se percher sur la pointe que j’ai enfoncée près du trou et qui leur sert de perchoir. Elles viennent l’une après l’autre, puis se décident parfois à entrer pour visiter l’intérieur. Tout cela avec beaucoup de précautions, de méfiance. Souvent, elles abandonnent et repartent en poussant de petits cris. Elles reviendront peut-être ou trouveront autre chose ailleurs. Lorsqu’elles ont décidé de s’installer dans le nichoir, elles commencent systématiquement par élargir le trou d’entrée. C’est peut-être pour marquer leur domaine, pour se faire des repères. Je ne sais pas, mais j’adore les regarder travailler, l’une après l’autre. Viennent enfin les nombreux va-et-vient pour aménager leur nid. Lorsqu’il est fait, la femelle peut pondre et couver les œufs.
Quel bonheur, lorsque je passe près du nichoir et que j’entends les petits cris des oisillons qui réclament la becquée ! Mais c’est rare, car les mésanges sont difficiles et mon nichoir n’est pas souvent habité. Peut-être que je ne connais pas suffisamment leurs exigences ?
Lorsque j’étais enfant, une mésange s’était installée dans notre boîte aux lettres et malgré les enveloppes qu’elle recevait sur la tête lorsque nous avions du courrier, elle avait pondu et eu des petits. Mon père avait construit une autre boîte à lettres et l’avait installée à côté de la première pour ne pas que la mésange soit dérangée. Il avait cloué ensuite une pancarte à l’intention du facteur, qui, à l’époque passait encore à bicyclette, afin qu’il mette le courrier dans cette seconde boîte. Ses efforts avaient été récompensés, car la mésange (ou une autre peut-être) était revenue nicher l’année d’après.
Bon ! J’ai assez rêvé ! Il est temps de partir !
Je vais prendre le chemin qui part vers l’intérieur, contourne le village et rejoint par le sud, le GR qui longe la côte. De là, je descendrai au village, mangerai dans mon restaurant et, après une petite heure sur la jetée, je remonterai tranquillement ici.
La campagne est agréable. L’air est doux. La nature renaît. Dans le calme de ce sentier peu fréquenté, on entend les premiers oiseaux qui chantent. Ils commencent également la construction de leur nid. Je ralentis mes pas pour ne pas les déranger et pouvoir les observer. Je ne veux pas faire de bruit. Il faut si peu de choses pour que l’alerte soit donnée et que tous les oiseaux disparaissent. J’ai le temps. J’attends. Je me fais discret. Je regarde autour de moi. L’un transporte une brindille. Un autre a de la mousse dans le bec. Ils réitèrent d’année en année le même travail, fabriquent le même nid, obéissent au même cycle. La nature m’émerveille toujours. Penser que tous les animaux de la terre, que l’on dit inférieurs à l’homme, depuis toujours, sans se poser de questions, s’appliquent à rechercher un abri et de la nourriture pour eux et leur famille et contribuent sans le savoir à l’équilibre biologique et à la continuité des espèces, me fascine toujours.
Je souris en pensant aux agendas et aux plannings dont on ne sait plus se passer !
La mer est proche. Même lorsqu’on ne la voit pas, on sait qu’elle est là. C’est le bruit lointain des vagues, c’est cette odeur indescriptible, ce sont ces mouettes, ces goélands qui viennent tournoyer au-dessus de nous avant de repartir vers les falaises. C’est cette corne de brume qui résonne parfois au loin. C’est cette atmosphère saturée d’iode.
J’apprécie ces chemins de campagne qui me font profiter de ce que j’aime le plus : la nature, la faune, la flore, la mer. Je flâne, je rêve un peu, j’observe, je me sens chauffé par ce soleil printanier.
Je suis bien, si bien que je ne m’aperçois pas que le temps passe et qu’il me faut parcourir les derniers hectomètres assez rapidement pour respecter l’heure de réservation.
Le repas est conforme à mes prévisions : savoureux et pas trop copieux. L’endroit est agréable. Il y a peu de monde et surtout, les clients ne font pas cas de moi. Ils me laissent profiter de ce moment.
Par la fenêtre, je vois la mer et sur la digue, quelques personnes se promènent déjà. Cela crée un paysage sans cesse changeant qui m’enchante et m’emmène vers mes rêveries.
Le temps passe trop vite. Qu’ai-je fait de ces dix dernières années ? Je me plaisais dans ma solitude et je m’y suis enfermé ! Était-ce par plaisir ou par commodité ? Je ne sais pas, mais je crois qu’il est maintenant trop tard pour se poser la question et pour chercher à changer. Et d’ailleurs, pourquoi changer ? Je suis bien comme je suis, même si cela ne correspond pas toujours à ce que je m’imaginais à l’adolescence.
Quelques clients commencent à partir. Il est déjà 2 heures. C’est vrai que parfois je ne vois pas non plus, les heures passer ! Un petit café et l’addition. Il faut que je profite du soleil !
Dehors, la lumière me semble presque éblouissante. Que c’est beau, le printemps ! Je vais longer la mer.
Je profite de mon environnement préféré. Je marche, je regarde, je respire. Des retraités promènent leur chien. Un groupe de jeunes passe bruyamment. Un vieux marin, assis sur le mur de la jetée, se chauffe au soleil en regardant cette immensité qu’il a tant de fois parcourue peut-être ! Sur la plage, il n’y a pas de baigneurs, il est encore trop tôt dans la saison. Quelques pêcheurs à la ligne tentent leur chance. Ceux-là doivent, comme moi, aimer le calme et la solitude. Mais ils n’en profitent que quelques heures !
La légère brise qui soufflait semble peu à peu se renforcer. À l’horizon, on aperçoit des nuages sombres. Il est vrai que la météorologie locale annonçait un changement de temps. Le ciel semble vouloir lui donner raison. Je voulais rester encore un peu, mais je sens que ce serait plus raisonnable de prendre le chemin du retour. Si une averse me surprenait, je risquerais d’être bien mouillé. Je n’ai pas pris de vêtement de pluie digne de ce nom.
La remontée vers la maison est assez abrupte, mais la chaleur produite par l’effort est compensée par le vent qui s’est levé. Je suis content d’arriver chez moi sans avoir subi une averse. D’ailleurs, le soleil tente une nouvelle percée. Je me suis peut-être précipité pour rien.
L’après-midi est bien avancé. Maintenant que je suis revenu chez moi, je ne vais pas repartir. Que faire ? Si le temps se dégrade demain, je ne pourrais pas travailler à l’entretien de mon jardin d’agrément. Autant y consacrer le peu de temps qu’il reste avant la nuit.
Cette promenade m’a fait un bien fou ! Je me sens prêt à déplacer des montagnes ! Je sors les outils de la remise. Je tombe la veste et me voilà en train de biner, de tailler, de sarcler.
J’aimerais bien commencer des semis pour mes fleurs d’été, mais il fait encore un peu frais. Les anciens disaient qu’il fallait attendre que la terre soit amoureuse. Ils entendaient par là qu’elle soit suffisamment chaude pour que la graine germe franchement et rapidement. J’effectue mes semis directement à l’endroit où je veux la fleur. Je sais que ce n’est pas ce qu’il faut faire, mais peu importe. Au besoin, lorsque j’ai trop de jeunes pousses, je les repique. Je ne suis pas un jardinier méticuleux. Je rêve plus que je ne calcule, organise ou planifie. J’agis souvent à l’instinct. Cela donne parfois des résultats surprenants, parfois aussi, décevants !
J’essaie de conserver les plantes et les fleurs qui étaient déjà en place lorsque j’ai acheté la maison. Mais j’ai planté, depuis que je suis ici, beaucoup de fleurs nouvelles. Le climat de bord de côte se prête à cela. Il fait moins froid l’hiver et un peu plus doux l’été. C’est l’influence de la mer. Lorsqu’il fait chaud, il y a toujours une petite brise qui rafraîchit. À la saison froide, il ne gèle pratiquement jamais et peu. Cela permet d’avoir des plantes un peu fragiles sans trop les protéger. J’ai, par exemple, de très beaux arums que j’ai plantés depuis longtemps et qui résistent chaque année à l’hiver.
J’ai aussi des boutures de pensées que j’avais semées à l’automne et que j’ai protégées d’un voile transparent pendant l’hiver. Je vais attendre encore un peu pour les replanter. J’adore les pensées, en particulier celles d’un bleu sombre tirant sur le violet.
Mon père disait lorsqu’il faisait son jardin qu’il creusait d’abord un petit sillon pour y déposer ses graines, puis il attendait que le soleil chauffe un peu. Il ne recouvrait son semis que plus tard dans la journée. Il « enfermait le soleil ». J’ai toujours aimé cette vision : le soleil emprisonné dans la terre et qui aide la graine à germer. C’est certainement lui qui m’a donné cet amour pour la nature et cette vision très loin de l’idée de réussite et de rendement. Je fais des expériences, mais la démarche m’intéresse bien plus que le résultat.
Les narcisses et les jonquilles commencent à montrer le bout de leur nez. Bientôt, ce seront les jacinthes qui sortiront.
Je cultive beaucoup de plantes de rocaille. Elles s’accommodent bien au climat et sont en harmonie avec le lieu. J’ai aussi des giroflées-ravenelles que j’adore. Elles sont très rustiques et se ressèment un peu partout. Il y en a qui poussent sur le vieux mur de pierres. Elles ont surtout un parfum très délicat, agréable au matin lorsque le soleil n’est pas encore fort. Lorsque je me promène le matin autour de la maison, je m’agenouille devant elles afin de respirer leur odeur. Une merveille ! C’est une plante d’autrefois, la fleur de nos grand-mères.
Et puis, j’ai une collection de rosiers que j’apprécie particulièrement. J’essaie de varier les origines et les couleurs. Ils demandent un apport en nourriture et des soins réguliers. Il faut couper les fleurs fanées, surveiller les feuilles afin de les préserver de l’oïdium, du mildiou ou des pucerons. Mais quel spectacle !
Comme le temps est capricieux ! Voilà que les nuages envahissent à nouveau le ciel. Il fait sombre tout à coup. Je crois que je ne vais pas échapper à la pluie.
Je suis encore à me demander si je dois abandonner mon travail quand un éclair traverse le ciel, là-bas au-dessus de la mer. Les premières gouttes suivent aussitôt. Cette fois, il faut rentrer !
Vite, je rassemble mes outils pour les mettre à l’abri et je me précipite chez moi. La pluie tombe maintenant, drue, froide, de grosses gouttes qui s’éclatent sur mes carreaux. Le ciel s’assombrit encore. Le tonnerre gronde à intervalles réguliers et les éclairs zèbrent le ciel en tous sens.
J’ai bien fait de rentrer plus tôt et je suis content d’être à l’abri. Si j’ai la chance que l’électricité ne soit pas coupée, je vais m’installer dans mon fauteuil et lire le livre que j’ai acheté hier. La pluie finira bien par s’arrêter et si c’est pour la nuit, eh bien, tant pis !
Je n’ai pas spécialement peur de l’orage. Au contraire, presque. J’aime la moiteur de la nature après l’orage, l’été. J’aime cette chaleur et cette atmosphère humide qui l’accompagne. J’aime cette impression de renaissance lorsque, après avoir tambouriné partout, la pluie cesse. Un silence s’installe. Rien ne bouge. Le soleil réapparaît et graduellement la vie reprend son cours. Les animaux revivent. Les oiseaux se remettent à chanter, les arbres s’égouttent, les escargots traversent la pelouse. Les hommes sortent de leur maison.
Me voici au plus fort de l’orage. La pluie fouette les vitres, les gouttières dégorgent, l’eau ruisselle devant la maison, des flaques couvertes de bulles se forment. Le vent fait plier les branches. C’est un vacarme assourdissant.
Je pense à ma toiture, je vérifie par la pensée que toutes les fenêtres sont fermées, que la voiture est dans le garage, que les outils… Par la fenêtre de la cuisine, j’aperçois ma veste que j’ai abandonnée sur l’herbe, là où je travaillais tout à l’heure. Dans la poche intérieure, il y a mon portefeuille qui est en train d’absorber l’eau ! Tous mes papiers ! Il faut que j’aille les chercher.
Mais le tonnerre gronde de plus en plus fort. Je vais attendre une accalmie. Non ! Je vais compter les secondes qui séparent deux éclairs. Dès qu’ils seront suffisamment espacés, je me précipiterai dehors et reviendrai aussitôt avec ma veste.
Je suis déjà dans le couloir et je compte : un, deux, trois... Il faudrait peut-être mettre un vêtement de pluie. Non, chaque minute perdue augmente le risque de retrouver mes papiers imbibés d’eau.
Voilà ! Il y a suffisamment de temps entre chaque éclair. Après le prochain, j’ouvrirai la porte et je me précipiterai dehors. Si je cours suffisamment vite, j’aurai le temps de revenir avant le prochain et je ne serai pas trop mouillé. Mon cœur bat. C’est un peu comme une aventure, un défi que je me lance à moi-même.
D’après mes calculs, l’éclair va bientôt arriver. Attention… Top ! J’empoigne la clenche et ouvre brusquement la porte d’entrée.
Tout se passe alors si vite que je n’ai pas le temps de réaliser. À peine la porte ouverte, alors que je me penche déjà pour courir en me protégeant de la pluie et du vent, je suis arrêté, heurté de plein fouet, repoussé brutalement par une masse venue de l’extérieur qui me tombe dessus, me fait perdre l’équilibre, me refoule vers l’intérieur et s’effondre avec moi sur le pavage du couloir.
Je suis interdit, choqué, paniqué. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas eu le temps de réagir ! Ce n’est pas une masse, c’est un corps ! C’est une agression ! Non ! Je comprends tout à coup. Quelqu’un était appuyé dehors, contre ma porte. L’ouverture brusque l’a déséquilibré. Son poids a contrarié mon élan et je n’ai eu que le temps de l’agripper de mes deux mains avant que nous tombions tous deux, lui dessus, moi en dessous. Le choc est brutal. Je n’ai pas pu me protéger suffisamment et mon dos a heurté assez violemment le sol. La douleur est vive. Un second coup, moins fort, sur la poitrine : C’est sa tête. Ses cheveux mouillés se sont collés à mon visage. L’eau qui ruisselle de ses vêtements me mouille les mains et s’imprègne dans ma chemise et mon pantalon, me donnant une désagréable impression de froid.
Tout s’est passé en quelques secondes. Je n’ai pas eu la possibilité de maîtriser quoi que ce soit, que déjà, j’étais au sol. J’ai été surpris. J’ai eu peur. J’ai eu l’impression d’une incursion. Que me veut-il ? Que fait-il là ? Que va-t-il faire ? Je suis furieux et sur la défensive. Je m’apprête à pousser sur le côté l’individu pour pouvoir me relever et faire face au danger. Il est allongé sur mon corps, son dos sur ma poitrine. Je ne le vois pas.
Une petite voix apeurée murmure soudain : « So, so, sorry ! »
C’est une femme que je tiens dans mes bras ! Moi ! Incroyable !
Reprenant ma respiration je sens son odeur, mélange de parfum et de cheveux mouillés. Je prends conscience du ridicule de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Un nouvel éclair traverse le ciel et éclaire le corridor par la porte restée ouverte. Elle pousse un petit cri et sursaute.
Je la déplace délicatement et m’assois sur le sol, le temps de reprendre mes esprits. Je ferme la porte. Maintenant, ce doit être elle qui se sent enfermée, prisonnière, vulnérable !
Mais, que faisait-elle chez moi ?
Elle se redresse, mais reste assise sur le pavé. Je vois son visage, maintenant. Elle me regarde, apeurée. Moi qui étais furieux l’instant d’avant de cette intrusion impromptue, moi qui me sentais agressé dans mon logis et dans ma quiétude, je suis tout à coup extrêmement gêné d’avoir en quelque sorte mis cette femme à terre.
— N’ayez pas peur, tout va bien, dis-je en me rendant compte aussitôt de la banalité de mes propos.
Elle se redresse et reste assise par terre. Elle prend sa tête dans ses mains et se met à pleurer. De grosses larmes coulent le long de ses joues fines. Ses cheveux mouillés collent à son visage. Elle lève vers moi, de temps à autre, ses grands yeux bleus larmoyants et suppliants.
Je suis désemparé. Moi qui n’avais jamais vraiment connu de femme, moi qui aimais ma solitude, qui n’avais presque jamais invité une personne étrangère dans ma maison, je suis là, dans un couloir sombre, par un après-midi d’orage, avec une jeune femme assise à terre. Elle semble perdue et je culpabilise. Je me demande si je n’ai pas fait quelque chose de déplacé.
— Ça va ?
Ses pleurs continuent de couler malgré un essai de sourire, plus proche d’une grimace, qui se dessine sur ses lèvres.
Je voudrais la consoler, la rassurer, l’aider à se relever, la protéger, mais je n’ose m’approcher d’elle. Je crains qu’elle l’interprète à son tour, comme une agression.
Je ne connais rien aux femmes. Pourquoi pleure-t-elle ? Parce qu’elle a peur de l’orage ? Parce qu’elle a peur de moi ? Parce qu’elle n’a pas eu le temps de comprendre ce qui se produisait ?
Elle est là, si fragile, si perdue. J’ai envie de lui dire qu’elle ne craint rien, qu’elle peut avoir confiance, que je vais l’aider, mais j’ai beau chercher, tout ce que je trouve à dire me semble ridicule.
Je reste sans voix.
Elle pleure, un temps qui me paraît une éternité puis commence à se relever. Je m’approche et lui tends une main qu’elle accepte avec un petit sourire triste. Le contact de sa main, de sa peau mouillée exacerbe encore mon émotion.
Je la regarde à présent. Elle est plutôt petite, svelte. Elle me paraît jeune, c’est sûr ! Peut-être une dizaine d’années de moins que moi. Ses cheveux noirs lui collent au visage. Ils semblent assez courts. Ses yeux sont bleus, ou peut-être verts. Je n’ose pas la détailler. Il en émane beaucoup de douceur, de fragilité aussi.
Elle porte un pantalon de marche brun, une polaire crème. Elle est plutôt jolie dans ses habits détrempés. Elle m’impressionne un peu. Il y a de l’élégance dans ses gestes. Non, elle a du charme sans le chercher, je pense !
Elle se met à trembler.
— Froid, dit-elle avec un accent qui ne cache rien de ses origines.
— Oui, bien sûr, venez par ici, dans le salon, il fait plus chaud.
Je l’emmène dans le salon, surpris qu’elle me suive sans réticence. Je l’invite à s’asseoir dans un fauteuil, mais elle m’indique du regard une chaise et s’y installe.
Je suis encore sous le coup de l’émotion et complètement bouleversé par la précipitation des événements.
Ce n’est pas possible qu’une telle aventure m’arrive !
Il faut que je me ressaisisse. Le mieux serait de changer de pièce pour pouvoir souffler et retrouver mon calme. Je lui fais signe de ne pas bouger, je lui dis que je vais chercher du bois pour faire du feu.
Elle me remercie d’un signe.
Je me précipite dans le couloir et referme la porte derrière moi.
Ouf ! Je m’appuie contre le mur pour essayer de contenir mon émotion. Je prends de longues inspirations, puis souffle l’air lentement. Au bout d’une minute, je vais mieux, mais je suis encore bouleversé.
Que dois-je faire ? Ah oui, le feu ! Le bois, les allumettes, le papier. Dehors l’orage continue son vacarme. Faire du feu pendant l’orage ? La question ne se pose pas. J’ai promis. Il y a une femme dans la pièce d’à côté qui tremble de froid et compte sur la chaleur de ce feu.
Et mon portefeuille ? Je vais le prendre en allant chercher le bois sous la remise.
Au moment d’ouvrir la porte d’entrée, je ressens une appréhension. Non ! Pas deux fois ! Je sens que désormais, je n’ouvrirai jamais cette porte naturellement !
Ah ! J’ai oublié le panier à bois. Il faut que je retourne dans la salle.
Elle n’a pas bougé de sa chaise ! Elle semble entièrement transie par le froid.
Une couverture ! Bien sûr, c’est ce dont elle a besoin en premier !
Je repars dans le couloir et sors une couverture du placard. Je reviens. Elle ne relève même pas la tête. Elle est recroquevillée sur sa chaise, la tête baissée. Je déplie la couverture et l’invite d’un signe à s’en protéger. Elle se lève et me présente son dos mouillé. Je pose la couverture délicatement sur ses épaules. J’ose à peine la toucher. Elle s’en enveloppe et se pelotonne à nouveau sur sa chaise.
Ah oui ! Le feu ! Je repars. Non, le panier à bois, d’abord !
Me voilà à nouveau, dans le couloir, la porte ouverte, face à la pluie.
Peu importe l’orage ! Je me précipite dehors, attrape en passant ma veste et cours ensuite vers l’appentis pour prendre du bois.
La course et la pluie ont monopolisé mon esprit. Je reviens dans la maison avec mon panier. Je m’arrête dans le couloir. Je me sens mieux, un peu plus serein. Quelques respirations lentes avant de retourner dans la salle. Après tout, je suis chez moi. Je n’ai pas provoqué cette visite ! Je suis adulte et aucun danger ne me menace !
La jeune femme est toujours immobile sur sa chaise. Elle agrippe la couverture. Elle est parcourue de frissons : elle est trop mouillée. Il faut qu’elle se sèche !
Je m’approche et risque :
— Vous parlez français ?
— Oui, un peu.
Vous êtes trop mouillée ! Il faut vous sécher. Je vous conduis dans la salle de bain.
— Bathroom, dis-je en recherchant mes notions d’anglais et en mimant l’utilisation d’un séchoir.
Ce sont des moments comme celui-là qui font regretter de ne pas avoir fait plus d’efforts lors de l’apprentissage des langues étrangères !
Elle a compris, à la fois mon embarras et ma proposition. Elle me sourit. Je l’emmène dans la salle de bain, lui montre le séchoir, les serviettes et m’empresse de ressortir pour la laisser seule.
