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Dans la tradition des contes des Mille et Une Nuits, à cette époque où Haroun Al-Rachid, calife de Bagdad, régnait sur les terres d'Islam, L'ÉCLAT DE NOUR est un conte contemporain qui relate le destin de deux personnages emblématiques : Nour, princesse analphabète, va découvrir le Savoir et devenir la première femme à diriger un royaume, alors que Tayeb, jeune pêcheur homosexuel condamné à la lapidation, deviendra son vizir. À travers cette épopée habitée de merveilles et de magie, Nour et Tayeb, nourris par leur amour respectif pour le roi Hassan et le téméraire Jafar, incarnent l'espoir de tous les possibles, celui d'un monde où la justice des hommes s'inspirerait enfin de la vraie lumière du divin. Grand voyageur, agnostique, libre penseur, Thierry Brunello nous entraîne ici dans les méandres richement documentés d'un monde musulman où la foi s'affranchirait des interprétations religieuses pour redonner le pouvoir au langage du coeur. L'ÉCLAT DE NOUR est son quatrième roman.
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Seitenzahl: 152
Veröffentlichungsjahr: 2022
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L'immense œuvre des Mille et Une Nuits est anonyme. Elle nous vient d'un ouvrage en sanskrit traduit plus tard en arabe, puis s'est peu à peu oralisée.
Les Nuits sont toutes à la fois récits merveilleux, épopées, romans, contes d'humour et de ruse et fables morales. Les textes sont en majorité écrits en "arabe moyen" parfois relevés de prose rimée et rythmée, et parsemés de poésie. Tout y est d'une grande complexité, tant par la construction que par les thèmes abordés.
L’éclat de Nour n’appartient pas aux Nuits. Elle se situe à leur périphérie, elle n’est qu’une excroissance imaginaire des récits de Shéhérazade. Son histoire se situe dans ce monde intemporel et fantasmé, mais les personnages y sont plus modernes et la réflexion plus actuelle. De ce fait, la narration, tout en préservant l'essentiel du style, y est plus contemporaine. Par extension, les pensées et les vers intégrés au récit proviennent en partie de philosophes et poètes ayant vécu après le règne de Hâroun al-Rachid.
Je remercie chaleureusement Marc E. et Jean-François L., ainsi que Madame K. pour m'avoir éclairé sur la richesse labyrinthique du monde musulman. Leurs pertinentes remarques m'ont permis d'échapper à de nombreux pièges culturels et littéraires et à me sortir de situations inextricables.
J'espère de tout cœur que ce conte singulier sera accepté de tous, aussi bien des spécialistes que des néophytes, des croyants et des athées, et qu'ils s'en divertiront.
Quant à Songe Rouge, il s’agit d’une nouvelle. Comme son titre l’indique, ce n’est pas un conte mais un rêve. Un mirage afghan. Écarlate.
Pour ma mère, pour ma sœur, femmes d’exception.
« La conduite des Anciens doit servir de leçon à leurs descendants. Que l’on considère ce qui leur est advenu pour s’en instruire. Que l’on prenne connaissance de l’histoire des peuples anciens pour savoir distinguer le bien du mal. Gloire à Celui qui rappelle leur exemple afin qu’il soit médité par leurs descendants. »
Les Mille et Une Nuits Édition de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel
Assis dans son fauteuil, le regard perdu dans le carré azur de la fenêtre, Shapur caresse distraitement le flanc soyeux de Daryush. En boule sur les genoux de son maître, le chat ronronne, et cette paisible vibration contient toute la mémoire du monde.
Car Daryush est d’une race féline très ancienne, et toutes les vies dont il a hérité lui ont offert un savoir sans limite. À l’origine du monde, il y eut le Soleil et la Terre. Vinrent ensuite les montagnes et les mers, puis les plantes et les fleurs, les animaux en multitude, et enfin les hommes. À ces derniers, le Créateur leur transmit sa Parole, et les hommes furent à leur tour doués de parole.
Daryush sait que tout message divin est sujet à interprétation. L’homme, par son imperfection, par sa farouche faiblesse à vouloir dominer les consciences, est capable de transgresser la Parole révélée, de la pervertir, de la tordre à sa propre volonté, comme si Satan lui-même s’en était emparé. Qu’elle vienne d’Abraham, de Jésus ou de Mahomet, elle peut être ainsi irrémédiablement souillée. Car si Dieu est amour, s’Il est lumière, comment expliquer l’obscurité barbare des temps anciens et nouveaux ?
N’est-il pourtant pas écrit que le pire de tous les crimes est de vouloir se substituer à Dieu ?
Daryush a vécu tant de vies qu’il ne saurait plus aujourd’hui à quel prophète se vouer. D’ailleurs quelle importance puisqu’il considère que toute religion a droit de cité, même celle qui consiste à ne pas adorer les dieux. Car certains n’ont pas besoin de prier pour aimer, et ceux qui leur jettent la pierre sont gens de peu de foi.
Daryush se blottit un peu plus entre les genoux de son maître. Ses pensées arriveraient aux oreilles des mollahs qu’il serait condamné pour hérésie et mis à mort sur-le-champ. Fort heureusement, il a cette chance de ne pas parler le langage des hommes, et il en ronronne de plus belle.
Shapur a passé tant d’heures, de jours et d’années à se laisser bercer par la sagesse millénaire de son chat qu’il a beaucoup appris. Il connaît la lumière divine, celle qui pousse au rêve, à l’espoir, à l’indicible, et qui nous grandit. Chaque être humain qui naît en ce monde la porte en lui. Il s’agit de la révéler pour que la conscience s’en empare, pour qu’elle s’épanouisse dans l’esprit et irradie du cœur.
C'est le premier jour de classe et Shapur, respectable instituteur, se demande s'il va être à la hauteur du défi qu'il s'est imposé ; au lieu du discours habituel de bienvenue, il a décidé cette année d’offrir à ses élèves une histoire singulière. Il espère qu'elle marquera leurs jeunes esprits tout comme elle avait marqué le sien il y a bien longtemps.
Le récit lui vient de ses ancêtres. Les années ont effacé beaucoup de détails et Shapur a passé les deux mois d'été à colmater les trous de sa mémoire, puisant dans son imagination pour reconstituer tout le canevas. Le monde a changé et il s'est également efforcé de mettre certaines choses au goût du jour. Il espère qu'aucun parent ne s'en offusquera. Quant à l'imam du village, il ne s'en inquiète guère, fortifié par l'idée que certains jugements ne peuvent être rendus que par Dieu Lui-même. Dans son for intérieur, Shapur veut inviter ses élèves à découvrir des courants de pensée différents, à approcher d'autres points de vue, afin de ne pas clamer que le leur est le seul qui s'impose.
Il a judicieusement choisi le lieu où il contera son histoire : un jardin chargé de sens où ses propos résonneront avec une acuité toute particulière.
Dans cinq minutes va retentir la cloche de l'école. Shapur embrasse Daryush entre les oreilles, puis referme doucement la porte derrière lui.
Les garçons sont déjà assis lorsque Shapur entre dans la classe. Les joies de l’été, avec ses escapades et ses travaux des champs, les ont bien fait grandir. Chez certains, les premières notes de l’âge adulte vibrent déjà dans leur voix. L'annonce d'un premier jour d'école buissonnière les ravit. Il a été décidé que les filles seront également du voyage, accompagnées par Shereen, l'institutrice.
Shapur en tête, ils empruntent le sentier de la montagne, laissant derrière eux le village et son écrin verdoyant. L'aridité reprend vite ses droits dans ces hautes terres du nord de l'Iran. Plus ils s'élèvent, plus se découvre la vallée, le chaos de ses entablements de rocaille rouge, la route qui serpente d'oasis en oasis et qui finit par se perdre dans le voile brumeux des plaines.
Sous leurs pieds, le Charud gronde dans les profonds replis de la gorge.
Sur le puissant contrefort rocheux qui domine le sentier, le soleil matinal touche de ses premiers rayons ce qui reste de l'ancienne forteresse d'Alamut. La légende raconte qu'elle fut le berceau des Assassins, qu'un érudit au cœur sombre avait empoisonné de jeunes esprits pour les envoyer répandre la terreur à travers l'empire. C’était il y a mille ans, lorsque régnaient les Seldjoukide. Philosophe, Hassan Ibn Saba avait étudié toutes les doctrines, toutes les religions. Il avait fini par forger la plus redoutable des armes : l'illusion. Enivrés de vin et de haschisch, ses fidèles fédayins goûtaient par avance aux joies promises aux braves dans les jardins d'Allah avant d’aller d'un cœur léger poignarder les puissants de ce monde.
Shapur est un homme instruit. Il sait que l'ignorance est la proie privilégiée des esprits mal intentionnés. Plus que la pauvreté elle-même, elle est le terreau le plus fertile pour semer la graine de la haine et de la violence.
Le chemin s'élève sur le versant de l’Elbourz, tracé dans le rocher rouge, contournant la saillie d'Alamut qui oblitère désormais l'ouverture sur la vallée. Elle les domine de sa paroi sévère alors que les cailloux, écartés par le pas des écoliers, dégringolent dans un gouffre de vertige.
Passé le petit col, ils arrivent enfin dans une combe blottie au creux de la montagne. Tous les enfants du village connaissent ce vallon pour y être venus au moins une fois chercher l'aventure. L'endroit est sans nul doute le plus beau de la vallée, car c'est un endroit secret.
Ici coule une source fraîche qui a fait jaillir des pistachiers, des pommiers et des mûriers. C'est le refuge des grives, des rouges-queues noirs et des fauvettes, le terrain de jeu des daims, des chats sauvages et des écureuils. Dans le tapis des plantes vivaces se déploient les touffes d'armoises au parfum entêtant. Au-dessus du vert feuillage des frênes surgit une famille de peupliers qui défie la masse écrasante du roc d'Alamut.
On raconte que c'est ici que se trouvaient les jardins du Paradis. Les fédayins y passaient une unique nuit. La voûte des arbres et la lueur des flambeaux dissimulaient facilement la forteresse toute proche. La beauté des houris, les vapeurs du vin et les effluves du haschisch faisaient naître en eux de tels plaisirs qu'une fois réveillés entre les murs de la forteresse une terrible frustration les tenaillait. Ils étaient alors prêts à sacrifier leur vie pour revivre éternellement cette félicité.
Mais aujourd’hui, seule une brise tiède et innocente murmure à l’oreille des enfants. Les filles s'installent dans l'herbe autour de Shereen, les garçons se posent de l'autre côté du ruisseau. Shapur s'assoit sur un rocher qui les surplombe tous. En voyant ces jeunes visages tournés vers lui, il doute soudain de la portée qu’auront ses mots. Puis il se souvient qu'il n'était pas plus âgé lorsque ce conte était parvenu jusqu’à lui. Le duvet qui assombrit déjà les joues de certains le conforte dans son élan.
Le monde est là, tout autour, qui retient déjà son souffle. L'instituteur jette au ténébreux rocher un regard de défi, puis il s’éclaircit la gorge et commence son récit…
L’éclat de Nour…
On raconte – mais Dieu est le plus savant, le plus sage, le plus puissant, le plus généreux – qu’il y avait au temps jadis, il y a bien, bien longtemps, un souverain qui régnait sur un riche royaume.
Sabûr, car c’est ainsi qu'il s’appelait, était désormais vieux et ses forces le quittaient. Il passait le plus clair de son temps alité et se bornait à fixer la fenêtre de sa chambre, celle qui donnait au sud, sur les neiges éternelles au pied desquelles ses aïeux étaient enterrés.
Il y cherchait une réponse.
Il avait certes comblé son peuple ; les ponts qui enjambaient l’Indusi s’étaient multipliés et les voies commerciales qu’il avait prolongées jusqu’à Damas, Bagdad et Samarcande étaient chaque jour empruntées par de nombreuses caravanes. Mais la pensée tenace de savoir ses garnisons postées aux frontières du Tarkum l’affectait. La guerre avait débuté il y a si longtemps que ni lui, ni ses ancêtres sur cinq générations n’en connaissaient plus la cause. Le royaume du roi Abd al-Bassir était l’ennemi héréditaire, et les années de sang s'étaient succédées sans qu'il eût cherché à faire changer les choses. Le crépuscule de sa vie le poussait désormais à s’interroger sur cette négligence.
Sabûr en était ainsi à méditer lorsque Abû Rabâh, son fidèle vizir se présenta. Il s’agenouilla, le salua selon l’usage mais hésita ensuite à engager la conversation. Il fallut que le roi soupire d’impatience pour que Abû Rabâh tende enfin sa main vers lui. Dans le creux de celle-ci se trouvait un étrange flacon. À travers les parois translucides se devinait un parchemin roulé, jauni par les ans. Le vizir l’avait reçu des mains d’un riche négociant, qui l’avait lui-même recueilli d’un pêcheur du lac de Ûm, qui l’avait lui-même sorti du ventre d’un gros poisson aux écailles argentées. Le peuple était bien trop superstitieux pour s’aventurer à déchiffrer un message venu vers lui d’une si étonnante façon, et il considérait que seul son bien-aimé souverain pouvait prétendre à connaître les véritables desseins de l'Éternel.
Le roi Sabûr ordonna donc à son vizir de faire sauter le bouchon de cire. Celui-ci se rompit sans résistance, mais à l’instant où le message fut libéré, un souffle fétide s’échappa du flacon. Ce présage funeste impressionna tant Abû Rabâh qu’il n’osa plus poser le regard sur le parchemin. Le courage du roi n’était plus à prouver, et malgré la faiblesse de son bras, il prit le papier des mains du vizir et le déroula à sa place. C'est alors que le visage de Sabûr fut saisi d’une telle pâleur que Abû Rabâh crût la mort du souverain arrivée.
- Par le Très Haut, pensa-t-il, qu’ai-je donc fait ?
Dévoré par la culpabilité, le vizir se jeta au pied du lit et déchira ses vêtements en pleurant :
- Oh Sire ! Souverain bien-aimé, pardonnez ma faiblesse. Faites-moi battre, punissez-moi, tuez-moi et que Dieu m’emporte à votre place. Mais vivez, vivez encore ! Jamais je n’aurais dû vous infliger pareil tourment !
Le roi posa ses doigts fébriles sur l’épaule du vizir et le réconforta :
- Tu as fait ton devoir, fidèle ami, et je ne t’en veux pas. Sèche tes larmes, car le Tout-Puissant, dans sa Miséricorde, a décidé de me laisser encore assez de force pour exaucer son désir.
- Quel désir, Auguste roi ?
- Lis, et tu sauras.
Tremblant, Abû Rabâh déroula à son tour le parchemin et le porta à son regard :
Sur Hassan l'ombre s'abattra Sur Nour la lumière jaillira Sur leur union la main d'Allah
Devant un si étrange présage, Abû Rabâh en resta muet de stupeur. Quant au roi, toutes ses pensées convergeaient désormais vers un point imaginaire, très loin au sud. Il n’avait jamais contemplé les rivages de la Grande Mer, mais peut-être à cet instant tentait-il d’en imaginer la beauté ?
Il laissa échapper un murmure :
- Nour…
En pleine confusion, le vizir réfléchissait tout haut :
- Que veut dire ce charabia ? Ce message n’a ni queue ni tête.
Mais le roi, parce qu’il était roi, avait plus de sagesse et de discernement que son vizir. Dans Sa Miséricorde, le Très Haut avait écouté les regrets de son cœur, et dans Son infinie bonté lui offrait d’accomplir l’ultime tâche de son règne et sans doute la plus éclatante : marier Nour à Hassan. La paix serait signée mais plus encore que tout cela, leur union assurerait enfin sa descendance.
Sans hésitation, il dit à son vizir :
- Cesse de torturer ton esprit. Va, et demain à l’aube, pars pour le sud et offre à Abd al-Bassir la main de ma fille à son fils.
- Sire ! s’exclama Abû Rabâh. Pourquoi tant de hâte ? Ce parchemin ne pourrait-il être l’œuvre d’une sorcière ou d’un génie malfaisant ?
Le roi aurait dû réprimander le vizir pour son manque de foi, mais il préféra lui adresser un sourire plein de bienveillance, ce qui désespéra encore plus Abû Rabâh. L’idée que son roi eût définitivement perdu la raison lui effleura l’esprit et la honte lui rosit le front.
L’éclat de Nour, car tel était son nom, faisait pâlir l’astre du jour. Sa peau irradiait comme la nacre, ses yeux, aussi noirs que l’ébène de ses cheveux, parlaient d’amour, et tous les mortels qui avaient eu le privilège d'admirer une telle splendeur avaient rendu grâce au Créateur.
Pourtant, aux dires de son père, Nour avait un inexcusable défaut : son indocilité. Sabûr s’était toujours confronté au caractère rebelle de sa fille. Déjà petite, elle passait les grilles du harem pour aller jouer avec les papillons. Espiègle, elle se régalait à défier le vertige des hautes murailles sous le regard terrifié des eunuques qui la poursuivaient, jusqu’à ce qu’un garde ne la rattrape et ne la ramène dans les bras de son père qui la sermonnait. Mais les sermons n’avaient pas de prise. Au début, Sabûr ne se soucia guère de la désobéissance de sa fille ; il pensait que la soumission viendrait avec l’âge. Il se trompait, car la petite mutine se transforma en une jeune fille hardie qui refusait le moindre asservissement.
Si cette force d’âme en effrayait beaucoup, elle exerçait néanmoins un pouvoir d’attraction sur les plus puissants de ce monde ; ils pensaient que dompter Nour relevait d’un défi lancé par Dieu Lui-même.
La réputation de sa beauté avait franchi les frontières du royaume ; on en parlait dans tout l’empire et il ne passait pas un jour sans qu’un prince, un roi ou un sultan n’envoie une délégation pour demander sa main. Mais Nour refusait systématiquement tous les prétendants. À son père qui en cherchait la raison, elle répétait obstinément qu’elle ne souhaitait point se marier.
Plus le père insistait, plus la fille s'entêtait :
- Je suis née reine. Pourquoi donc accepter de me soumettre aux caprices d’un homme, fut-il roi lui-même ?
Lorsque Nour, précédée du vizir, entra dans la chambre de son père, Sabûr quitta des yeux la cime étincelante du Mont Qaf pour se tourner vers l’éclat de sa vie. Mais avant qu’elle ne soit parvenue jusqu’à lui, Abû Rabâh se pencha à son oreille et lui tint ce discours :
- Sire, parlez à votre fille comme à une reine, non comme à une femme, et elle vous écoutera.
Le roi décida de suivre le conseil de son fidèle vizir et tendit la main vers sa fille.
Elle s’était à peine assise sur le bord de sa couche qu’il déclara :
- Tu épouseras Hassan, fils du roi Abd al-Bassir. Tu nous offriras la paix et uniras nos deux royaumes.
Nour se raidit de stupeur, mais le vieux monarque s’empressa de poursuivre :
- Pense aux soldats que tu rendras à leurs femmes et à leurs enfants. Pense à leur bonheur d’être réunis. Pense à tous ceux qui, grâce à ton sacrifice, auront une longue vie. N’oublie pas que ton devoir, par la bénédiction du Très Haut, est d’alléger le fardeau de ton peuple. Ne le laisse pas souffrir inutilement.
- Père, répondit Nour, ni vos aïeux ni vous-même n’avez tenté d’arrêter cette guerre. Pourquoi devrais-je aujourd’hui payer le tribut de vos faiblesses ?
- Ma fille, jamais sur cinq générations telle occasion ne s’est présentée.
Mais comme Nour persistait dans son refus, son père lui révéla l’existence du parchemin que le Très Haut lui avait fait parvenir de si étrange manière. Comme elle avait peine à le croire, il lui présenta le petit rouleau de papier et elle put constater de ses propres yeux que son nom y était inscrit.
Méditant sur le mystérieux message, la princesse garda le silence. Enfin elle soupira :
