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Résumé Steven se leva de son lit du premier coup. Il avait souvent du mal à se lever le matin en général, depuis qu'il avait perdu sa femme et son fils, mais aujourd'hui, il se sentait en pleine forme et était prêt à soulever des montagnes. Pendant longtemps, il s'était culpabilisé et était resté prostré chez lui. Depuis qu'il avait planifié sa marche vers Compostelle, il se sentait un homme différent et plus combatif.
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Seitenzahl: 426
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Marie Mondélice est originaire des Antilles (Guadeloupe) et est l’ainée de cinq enfants. Elle fit des études de masseur kinésithérapeute en Allemagne de l’Est, (ex RDA), s’exerça pendant un temps à la profession de secrétaire bilingue allemand, puis de Contrôleur à l’Agence Comptable dans une grande entreprise de la région parisienne.
Elle est l’auteur de plusieurs romans dont : L’incroyable histoire de Félicie en 2009, La Marche initiatique de Steven en 2010, Je m’appelle Mohand en 2012, Le fil de lin en 2014.
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 21
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 18
Chapitre 19
Épilogue
Résumé
Saint-Jacques de Compostelle (en galicien et en espagnol, Santiago de Compostela, de Campus Stellae ou champ de l’étoile), est une commune située dans la province de La Corogne en Espagne. Une des légendes veut que la sépulture de Saint-Jacques en Galice ait été trouvée grâce à une étoile, brillant avec insistance telle au-dessus d’un champ, dans lequel on a retrouvé le tombeau.
Aujourd’hui, Compostelle est une ville d’un peu de moins de cent mille habitants, qui est restée célèbre pour ses scieries et ses tanneries. Au moyen âge, les pèlerins fêtaient les reliques de Saint-Jacques, le patron de l’Espagne, en faisant régulièrement des pèlerinages et portaient une coquille de pectens accrochée à leurs blousons ou leurs chapeaux, comme un talisman ou une reconnaissance entre partisans de la même démarche spirituelle.
Le chemin de Compostelle a été emprunté par des milliers de pèlerins, que l’on surnommait jadis, « jacquets ». Ils ont beaucoup souffert, en pensant qu’arrivés au terme de leur route, ils auraient l’illumination ou l’expiation de leurs fautes. Le chemin était rude et beaucoup d’entre eux mouraient de faim et de soif, mais aux yeux du monde de ce siècle, ceux qui avaient la force d’entreprendre cette marche étaient des héros. Les vrais pèlerins étaient respectés et honorés. Ils suivaient une voie de piété et de simplicité. Le pèlerinage vers Compostelle s’est étendu au-delà de la Galice et était destiné en premier lieu aux pèlerins chrétiens. Mais devant l’engouement des fidèles, il s’est étendu à toutes les religions, et même aux non religieux.
Mais le chemin n’est pas seulement un tracé physique vers une destination précise, c’est une initiation mystique et l’élévation de l’homme pour qu’il puisse mieux comprendre son cheminement de vie et se dépasser.
L’homme est l’une des rares créations divines qui a le pouvoir de penser et de réfléchir. Il est le seul à pouvoir décider de mener sa vie comme bon lui semble. Il est presque le seul à pouvoir, créer, parler, se concentrer, réfléchir, avoir des pensées bonnes ou mauvaises et bien d’autres capacités qu’il découvre au fur et à mesure.
Celui qui prend le chemin initiatique, sait qu’après s’être préparé physiquement et spirituellement, trouvera ce qu’il cherche et dépassera ses objectifs. Il sait aussi qu’il n’est pas donné à tous de recevoir cette initiation, car tous les hommes ne sont pas prêts à admettre qu’il existe d’autres dimensions de vie et chacun perçoit à sa manière.
Celui qui prend le chemin initiatique, ne s’attarde plus aux choses vaines et cherche au plus profond de lui, la voie qui lui permet de s’élever et de mieux comprendre son existence, car il sait que le hasard n’existe pas et que s’il a choisi cette voie, c’est qu’il se sent prêt consciemment ou inconsciemment.
Steven se leva de son lit du premier coup. Il avait souvent du mal à se lever le matin en général, mais ce jour-là, il se sentait en forme et était prêt à soulever des montagnes. Pendant longtemps, il s’était culpabilisé et était resté prostré chez lui. Il ne voulait voir personne et ne souhaitait que rester seul avec sa douleur. Même pour aller travailler, il avait du mal, pourtant, il aimait son travail avant le drame. Il adorait les chiffres et devenir expert- comptable, était son rêve depuis sa plus tendre enfance, il l’avait forgé dans sa tête.
Depuis la mort de son fils, puis de sa femme, il se traînait, n’avait même pas la force de faire le ménage, ni de faire les courses. C’était le chaos dans la grande maison qu’il avait pour lui tout seul. Mais à présent, il avait un but. Faire ce voyage pour se prouver à lui-même qu’il existe. Il avait obtenu ce qu’il voulait de son directeur d’entreprise et pouvait partir tranquille pendant deux ans et vivre son rêve. Ce dernier avait eu pitié de sa grande détresse et comprenait sa douleur, car lui aussi avait perdu sa femme dans des circonstances différentes, mais la souffrance était la même. Le manque brutal de l’être aimé, l’impression de vide qui existait, puis au fil du temps, la douleur s’estompait, même si les souvenirs restaient au fond de la mémoire. Steven désirait à tout prix transcender toute la souffrance qu’il avait au fond de lui. Sa femme, Rachel s ’était donné la mort en prenant des barbituriques.
Un jour, il était parti travailler comme tous les jours en la laissant seule comme d’habitude depuis le drame. Le soir, en rentrant chez lui, il l’avait trouvée morte, un mot à la main. « Je t’aime plus que tout, mais je n’accepte plus d’être une mère déchue ». Elle n’avait pas supporté de vivre sans son petit, qu’elle avait trouvé froid dans son lit un matin en se levant. Elle avait trop attendu pour l’avoir. Depuis qu’elle avait accouché, elle n’avait pas repris son travail, et avait demandé un an de disponibilité pour s’occuper de Karl, son bijou.
Elle n’en avait profité que de la moitié avec lui. Cela lui avait été insurmontable. Ils s’émerveillaient devant ce petit, elle surtout. Elle avait l’impression qu’il voulait lui dire quelque chose depuis sa naissance. Il avait toujours un petit doigt levé, comme pour montrer quelque chose. Elle ne pouvait comprendre le langage des bébés, mais trouvait qu’il était très éveillé. Il gazouillait toute la journée, ne pleurait presque jamais et était toujours souriant, heureux de vivre. Ils s’extasiaient devant leur progéniture et ne s’attendaient pas à ce qu’il parte si vite. Il était si plein de vie. Puis un jour, tout s’estompa.
Steven n’était jamais tranquille depuis ce fameux jour, et quatre à cinq fois par jour, il téléphonait à sa femme pour lui demander de ses nouvelles. Deux mois auparavant, elle avait perdu son bébé qu’ils attendaient depuis si longtemps. Rachel ne supportait plus de vivre sans ce petit être avec qui elle s’était habituée pendant six mois.
Un matin en se levant, elle trouva le bébé dans son petit lit, tout froid, il était mort. Elle hurla de douleur et les voisins qui étaient présents chez eux ce jour-là, comprirent qu’il y avait un drame dans la maison d’un voisin. Le cri venait de la maison des Johnson, jeune couple qui avait eu un bébé six mois plus tôt. Ils accoururent et virent le petit que Rachel regardait avec effroi. Ils appelèrent les secours, sans succès. Le petit était déjà sans vie depuis bien longtemps.
Depuis, elle ne s’était jamais remise de cette tragédie et avalait beaucoup de médicaments, soit pour dormir, soit pour se réveiller, soit pour être moins anxieuse. Steven faisait tout pour lui remonter le moral, alors que lui-même n’en avait pas. Il voulait se sentir fort pour elle, pour son fils, pour eux ! Il avait du mal, mais supportait tout en silence. Un jour, elle avait tout pris en une seule fois et cela avait été le drame. Steven se retrouvait tout seul. Il pleurait sur son sort en se disant qu’il n’avait pas de chance. Il n’avait plus aucune famille, pas de frères ni de sœurs pour lui remonter le moral. Il se sentait seul au monde et démuni. Même s’il avait un travail et une maison, il n’avait personne pour en faire profiter. Personne ou presque ne venait plus lui rendre visite, car il ouvrait difficilement sa porte. À force, plus personne ne venait lui rendre visite.
Pourtant, il se rendait à son travail pour avoir un contact avec les êtres vivants, sinon il aurait pu sombrer dans la folie. Heureusement qu’il n’était pas très branché dans l’alcool ou les médicaments comme sa femme. Il ne fumait pas non plus. D’ailleurs, il se refusait à prendre quoi que ce soit. Il se laissait aller, mais adorait le café. Il en prenait à toute heure du jour, et même jusqu’au soir. Cela ne l’empêchait pas de dormir. Même s’il s’endormait très tard, il se levait tôt.
Inconsciemment, il avait acquis une force extraordinaire qu’il ne savait pas qu’il l’avait en lui. Dès l’instant où il commença à se préparer pour le départ, il se sentit transformé. Il se sentait empli d’une force qu’il n’avait pas auparavant.
C’était loin et proche en même temps. C’était il y a cinq ans. Cinq ans qu’il avait perdu son fils et sa femme. Lui non plus n’arrivait plus à dépasser toute cette souffrance qu’il vivait depuis tout ce temps, mais il n’avait personne à qui se confier. Il y avait ses collègues de travail, mais n’avait pas de vrais amis. Il se confiait peu et était du genre solitaire. Il avait son ami peintre qui prenait souvent de ses nouvelles, mais quelquefois, il n’avait pas envie de parler et se réfugiait dans son silence. Il était angoissé en permanence et tout lui faisait peur. Son métier, expert-comptable depuis un certain temps, n’avait plus le même attrait qu’auparavant.
Il avait pensé à voyager, mais un voyage utile, qui l’aiderait à sortir de son enfermement. Il avait trouvé. Il réalisa qu’il avait beaucoup d’économie, car il dépensait peu. Il avait l’héritage de ses parents ainsi que son salaire qui n’était pas négligeable. Il n’avait pas d’effort à faire. Vivre ce voyage que d’autres avaient entrepris bien avant lui.
Il n’était pas chrétien, n’avait même pas de religion, mais croyait en une force au-delà de l’entendement humain. Faire le pèlerinage jusqu’à Compostelle, à pied. Marcher pour évacuer tout le stress qui l’avait envahi depuis que sa femme était partie. Il les avait perdus, elle et son fils. Depuis, il était seul. Il ne s’était pas rendu compte du temps passé, et sortait tout doucement de sa torpeur.
De toute façon, il ne voulait pas pour l’instant vivre avec une femme, car Rachel était encore présente. Elle avait du caractère et il avait quand même fini par se résigner. Ils étaient mariés depuis dix ans et avaient tout essayé pour avoir un enfant, rien. Épuisés, ils avaient fait une demande pour adopter un ou deux enfants. Juste au moment où ils s’apprêtaient à envoyer la demande, Rachel annonça à Steven qu’elle était enceinte. Ils étaient aux anges et décidèrent de fêter la nouvelle le soir même au restaurant, avec du champagne et annulèrent la demande d’adoption.
Steven était aux petits soins pour sa femme qu’il aimait par-dessus tout. La grossesse se passa normalement et l’accouchement aussi. Le bébé était magnifique, quatre kilos et plus.
Comment faire pour dépasser cet état ! Steven ne pouvait plus compter sur sa femme, c’était la douleur. Le petit avait l’air d’être heureux de vivre et bougeait dans tous les sens. Six mois où tout avait été parfait, puis le cauchemar a commencé le jour où Karl ne se réveilla pas, il avait eu la mort subite. L’horreur était dans leur maison personnifiée. Alors il se rappela qu’avant de connaitre sa femme, il faisait partie d’un ordre philosophique et qu’il avait laissé tomber, car cela n ’intéressait pas du tout Rachel. Il voulait les rappeler, mais n’avait pas la force.
Il n’avait pas payé sa cotisation depuis une éternité et ne voulait pas renouer avec l'organisme aussi simplement, orgueil oblige ! Alors, il s’était souvenu des différents pèlerinages que l’organisme effectuait pour mieux se connaître, pour expliquer les exploits que les hommes pouvaient accomplir. À cette époque, il était une masse de positivité. Il avait confiance en ses capacités. Mais depuis, toute sa sérénité avait disparu. Il voulait retrouver cet état.
Il s’imaginait des pèlerins épuisés, qui marchaient pendant des jours et des jours, puis arrivaient après maints efforts au but qu’ils s ’étaient fixé. Se dépasser !
Il s’était beaucoup documenté et s’était bien préparé. Il savait qu’il y avait plusieurs chemins qui menaient à celui de Compostelle. Il pensa qu’il serait judicieux de choisir le plus simple pour un novice. Il avait lu dans plusieurs livres, et le chemin, quel qu’il soit ne serait pas simple, mais il avait justement besoin de cela pour réfléchir sur sa vie et son devenir. Il était originaire de Plymouth en Angleterre, mais vivait en Suisse depuis quelques années. En partant du mont Saint-Michel en France, il pensait prendre le chemin le plus court. La veille au soir, il avait préparé son baluchon. Il avait mis dedans bien rangés et propres, trois jeans, cinq teeshirts, trois paires de chaussures de marche, des sous-vêtements, des pulls, des chaussettes, des protéines en barres chocolatées, beaucoup de café, un petit réchaud, un plan bien détaillé, un sac de couchage, de l’eau, du savon, un peigne, du dentifrice et une brosse à dents.
Il était heureux d’entreprendre ce voyage, car il s’était enfermé dans sa solitude depuis si longtemps qu’il avait du mal à émerger. Ce n’était pas un garçon triste d’habitude, mais depuis qu’il avait perdu sa femme, il aimait bien rester seul chez lui avec ses souvenirs.
La vie est un parcours simple quand on accepte les choses simples. Elle se complique quand des éléments inattendus se rajoutent et la rendent plus compliquée encore. Mais dans sa situation, ce n’était pas le cas. Il vivait heureux pendant tout ce temps et un grain de sable est venu tout enrayer. Dans ces temps de tumultes, il se disait qu’il avait la chance d’avoir la santé, de l’argent pour subvenir à ses besoins et un toit. Alors il se reprit à méditer, se relaxer, comme dans sa jeunesse.
Il avait acheté sa maison peu de temps avant leur mariage, avec l’argent de l’héritage qu’il avait obtenu de ses parents. Ces derniers étaient décédés à quelques jours d’intervalle et il eut aussi beaucoup de mal à s’en remettre. Il était fils unique et cela ne posait aucun problème de partage. Justement, en étant le seul enfant, il avait beaucoup souffert de ne pas avoir de frères et de sœurs avec qui jouer, et même discuter ou se disputer. Il enviait ses camarades, qui l’enviaient à leur tour d’être seul pour profiter de tout. Ses parents ont eu comme sa femme des difficultés pour avoir un enfant. Ils ont réussi, alors que la mère de Steven avait déjà quarante ans passés. Il se leva donc d’un bon pied, fit des respirations profondes pendant dix minutes, se prépara un bon café, puis deux et commença à faire le ménage dans la maison. Il était cinq heures du matin. Il se rendit compte qu’il y avait beaucoup de linge à mettre dans la machine à laver. Des draps, des serviettes, des torchons, des pantalons, des chemises, des sous-vêtements, jonchaient à même le sol ou sur les meubles, ici et là, ou dans un coin. Il ne distinguait même plus ce qui était propre ou sale, et décida donc de tout laver.
Il tria les blancs et les couleurs, vida les armoires en ne laissant que ses affaires personnelles, puis téléphona à une association pour venir récupérer les effets de sa femme. Il voulait partir de chez lui l’esprit libre et décida de se débarrasser aussi des chaussures, des bijoux et des habits qu’il ne voulait plus.
Il remplit la machine à laver de blanc d’abord, puis de couleur, ensuite, la fit tourner au moins deux fois avant de remettre tout le linge lavé dans la machine à sécher et rangea tout dans les armoires qu’il venait de vider.
Il y avait une foule de linge à ranger et au fur et à mesure qu’il les sortait du séchoir, les rangeait selon leurs catégories. Les draps à leur place ensemble, les serviettes et tout ce qu’il avait lavé et séché et s’étonnait de voir qu’il y avait tant de choses à ranger. Puis il passa l’aspirateur et rangea toute la vaisselle qui s ’était accumulée dans l’évier et aussi dans le lave-vaisselle. Il mit la machine en route deux fois au moins. Il y avait des ustensiles qui ne pouvaient pas se laver en machine et décida de les nettoyer à la main.
Il se rendit compte de toute la poussière qu’il avait amassée tout ce temps, en changeant le sac archi plein de l’aspirateur plusieurs fois, puis mit tout à sa place et après un peu plus de quatre heures de ménage, la maison ressemblait à un lieu entretenu.
Il regarda son courrier, vit qu’il n’y avait rien d’important, et rangea tout dans une commode où il mettait d’habitude tous ses papiers.
Il décida de rappeler au téléphone, la personne qui devait s’occuper de sa maison pendant son absence, moyennant finances. Il lui laissa les chèques en évidence sur la table pour différents règlements administratifs et ferma son sac. Puis, il vérifia son portefeuille pour voir s’il n’avait rien oublié, argent, papiers, numéros de téléphone en cas de difficulté, le plan du trajet à suivre et son propre téléphone. Il était plus de neuf heures trente, quand on sonna à sa porte. C’était deux hommes de l’association qu’il avait contactée auparavant pour venir récupérer les sacs qu’il avait préparés.
Après leur départ, il se resservit un café, mangea des fruits, rangea tout après avoir tout lavé, il regarda autour de lui. Il était fier. Il avait tout nettoyé, vidé sa poubelle, récupéré les derniers fruits et souriait, satisfait du travail qu’il avait accompli.
Il s’apprêtait à fermer sa porte quand il entendit un grand fracas dans son salon. Intrigué, il rentra chez lui et vit que le portrait de sa femme était tombé. Quand il ramassa le portrait, la vitre qui protégeait la photo s ’était brisée et il crut voir pendant un moment sa femme qui lui souriait et lui parlait. Il entendit nettement :
« Je te libère de tout le poids que je t’ai chargé inconsciemment et je te demande mille fois pardon pour tout le mal que je t’ai fait endurer. Tu dois vivre ta vie à présent. Je suis heureuse de ta décision, de te sortir de l’enfermement que tu as créé depuis mon départ. Je n’avais pas compris que chacun à son cycle de vie et que pour notre petit, c’était son cycle. Je n’ai pas fini le mien et je continue à errer dans les abîmes insondables de l’univers, jusqu’à ce que mon tour arrive enfin, de ne plus avoir les chaînes qui me lient dans les deux mondes. Tu sais, il y a beaucoup de gens ici qui comme moi, errent dans les abysses, car ils ont cru qu’en mettant fin à leur vie, tout était terminé.
Mais non ! Grave erreur ! L’histoire continue ! Et c’est long, car nous n’avons rien à faire, rien à dire, rien à entendre, rien à goûter, et nous ne pouvons même pas discuter avec quelqu’un. Nous sommes là, juste pour nous rappeler que notre cycle n’est pas fini et ton amour me maintient encore plus. C’est ton amour qui me donne la force de t’entendre, de te voir et de te parler, car mon corps physique est devenu poussière. Mon âme et mon inconscience errent par ma faute çà et là ne sachant où aller. Ton amour me porte et j’en suis heureuse, mais sache que toi, tu es dans ta vie et tu dois évoluer. Je dois moi aussi évoluer. Alors, avance et ne te retourne pas. Détache de toi tout l’amour que tu as pour moi, car c’était pendant un certain cycle de vie du monde terrestre, et je ne suis plus de ce monde dans lequel tu vis.
Rappelle-toi juste les bons moments et pas les mauvais. Ne t’attriste plus, car les morts s’occupent des morts et les vivants, des vivants, nous nous reverrons dans une autre vie ».
Steven resta un bon moment assis en regardant le portrait de sa femme qu’un ami peintre lui avait fait pour le plaisir de lui offrir un portrait. Roland, un ami commun, trouvait que Rachel avait un visage magnifique et c’était frappant pour un dessinateur. Il se le rappelait encore.
Un beau jour d’été où ils avaient réuni des amis pour une grillade, Roland qui adore dessiner, c’est son métier, entreprit de poser le visage de Rachel sur une toile. Cela lui prit dix minutes, mais quelle merveille pour Steven.
Il plaça la photo de sa femme dans un cadre, c’était magique, car dès qu’il l’eut fait, son visage avait l’air plus radieux que d’habitude.
Quelques jours plus tard, elle était tombée enceinte. Était-ce un signe ? Quel rapport avec la photo installée dans un cadre ? Il ne voyait pas bien. Il se posait la question à présent en entendant la voix qui ressemblait à celle de sa femme. Maintenant qu’il l’avait entendu, il se sentait serein sans savoir pourquoi.
C’était comme si inconsciemment, il attendait son approbation. Il se remémorait ce qu’elle lui avait dit, que chacun avait son cycle de vie, mais le petit lui, ne savait rien de sa vie ! Il était si petit. Steven se rappelait à présent les enseignements qu’il avait eus auparavant. Oui, chacun a son cycle de vie. Mais comment savait-elle ! Puisqu’elle ne s’était jamais intéressée à la philosophie de la vie ! Comment pouvait-elle comprendre ces choses !
Oui ! Il se sentait débarrassé d’un poids. Pourtant il aimait sa femme tout comme au début. Ils s’étaient rencontrés par hasard dans l’un des compartiments d’un train. Sa voiture était tombée en panne et il avait une réunion importante ce matin-là. Il était déjà en retard pour son travail.
Il n’était pas très loin du quai et il voyait justement un train qui arrivait, appela son garagiste pour qu’il récupère sa voiture à une adresse indiquée, vérifia que c’était la bonne direction à prendre et prit le train pour son travail. Il trouva une place assise face à une jeune femme magnifiquement belle qui en plus lui souriait comme sur le quai quelques instants auparavant. Elle était ronde et bien proportionnée. Il la trouvait magnifique et son regard semblait serein.
Il engagea la conversation et sut qu’elle était célibataire depuis peu, mais qu’elle était encore sous le choc. Elle se sentait libérée de cette dernière relation. Elle ne voulut rien dire de plus et Steven changea de conversation en parlant de banalités. Pourtant, ils discutaient comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. Ils se sont plu tout de suite, Cupidon était passé par là.
Arrivé à destination, il osa lui demander ses coordonnées téléphoniques et elle accepta. Ce fut le départ pour une grande aventure amoureuse. Ils se sont marié un an plus tard. Steven rendit grâce à sa bonne étoile d’avoir permis à sa voiture de tomber en panne justement ce jour-là. Ce n’était pas du tout son genre de femme au premier abord, mais il y avait une attraction terrible à laquelle il n’a pas su résister. C’était son regard. Elle regardait franchement sans détour son vis-à-vis, un regard limpide. Un penseur a dit : « Le regard est le reflet de l’âme ». Elle avait une âme pure et sincère, car son regard l’était. Depuis, il n’avait rien regretté. Ce jour a été l’un des plus beaux de sa vie. « Chacun à son cycle de vie lui avait-elle rappelé. Nous devions vivre ce moment et c’était merveilleux ».
Steven se remémorait tous les bons moments qu’ils avaient pu passer ensemble. Leur première rencontre, leur premier anniversaire commun, leurs premières vraies vacances. Elle était serveuse dans un bar et ne connaissait que le travail depuis l’aube de ses dix-huit- ans.
Elle avait vingt-deux ans et lui vingt-quatre quand ils se sont connus. Steven avait des parents relativement aisés, contrairement à Rachel qui était de famille simple et pas très riche. Mais elle avait des frères et des sœurs elle ! Ils étaient quatre garçons et trois filles. Ce qui enchantait Steven, car c’était son rêve. Mais Rachel lui présentait l’autre version des choses en lui disant : « Tu as eu beaucoup plus de cadeaux, pas moi » ! Et ils riaient ensemble. Alors, quand Steven lui dit un jour : « Nous partons deux semaines en Grèce, pose des congés pour cet été ». Elle n’avait pas dormi de la nuit, tant elle était contente.
Depuis qu’il avait entendu la voix qui semblait être celle de sa femme, et avait vu l’image qui lui souriait, Steven se sentait libéré d’un grand poids. Mais peut-être aussi parce qu’il avait fait le ménage dans sa maison et s’était débarrassé de tout ce qui la concernait. Il ne devait pas oublier, mais prendre résolument une autre route et il se sentait prêt. Il resta un bon moment à regarder la photo en attendant un autre signe, mais plus rien. Il décida de prendre la route.
Résolument, il se prépara à sortir définitivement de chez lui, tout au moins pour deux ans. Il laissa la photo sur la commode, ramassa tout ce qui restait du cadre et de la vitre, mit tout dans du papier journal.
Il reprit son sac, se retourna une dernière fois dans le couloir, sortit de chez lui et ferma la porte à clé. Il mit les débris de verre et de bois dans la poubelle dehors devant la porte et s’en alla.
Il était né à Plymouth, mais se plaisait bien au Mont-Saint-Michel qui lui rappelait un peu son Angleterre. Il décida de suivre cet itinéraire.
C’était la fin du printemps et il faisait doux. Il avait mis un pull léger sous un cardigan, qu’il aurait loisir à enlever par la suite. Sans avoir choisi, il faisait beau et le soleil le saluait de ses rayons. Le ciel était limpide.
Il devait traverser plusieurs villes de France pour arriver jusqu’en Espagne. La marche était longue, mais il se sentait capable de se dépasser et de vivre ce qu’il avait toujours envie de faire. Se prouver à lui-même qu’il était capable de faire autre chose que la routine. Il repensa qu’il était seul au monde, sans famille, sans femme ni enfant.
Personne ne s’inquiéterait pour lui. Mais d’un autre côté, il était libre et pouvait choisir la vie qu’il voulait vivre. Il se disait qu’il avait de la chance de pouvoir vivre son rêve, même s’il était encore un peu triste.
Sa maison était située aux abords de la ville et il lui fallait dépasser la route pour rejoindre les chemins de traverse. Il était heureux à présent, il avait commencé son rêve. Il ne comprenait pas pourquoi il se sentait si bien, alors que pendant trop longtemps, il vivotait. Quand il avait épousé sa femme, ils semblaient être faits l’un pour l’autre. Ils s’accordaient et préparaient tout ensemble, puis, il avait sombré comme sa femme dans la négativité et ne croyait plus en rien, depuis qu’il y eut ce drame. Il ne s’était pas rendu compte à quel point il avait raté les trains de sa vie, lui qui aimait la nature avec toutes ses composantes. Il était sportif de haut niveau étant plus jeune, il avait oublié le sport et trouvait toujours une occasion pour reporter. À trente-neuf ans, son corps n’avait pas oublié l’endurance physique et il était prêt pour le challenge.
Il marchait allègrement depuis environ deux heures, quand un homme sans âge arriva de nulle part, dans une charrette tirée par deux bœufs et avançait nonchalamment sur la route que Steven avait prise. En regardant sa carte, il se rendit compte que le lieu inscrit, sur la pancarte n’était pas indiqué. Il n’avait pas fait attention et s’était dirigé sur cette route qui n’était inscrite nulle part sur sa carte.
L ’homme sans âge lui dit bonjour et lui sourit. Il descendit de sa charrette et regarda Steven droit dans les yeux. Steven avait l’impression d’avoir déjà vu cet homme, mais où. Il se sentait à l’aise comme s’ils se connaissaient. Il lui demanda :
- Nous sommes où exactement, je crois que je me suis trompé.
Et l’homme répondit :
- Nous sommes sur la route qui mène à la clé de voûte de tous ceux qui marchent vers la compréhension de leur vie. Tu as préparé ta route avec minutie, mais tu ne sais pas encore que ce qui se présente à toi t’est nécessaire d’une manière ou d’une autre pour ton évolution propre. L’homme a besoin de repères pour se diriger.
Quand il reconnaît son environnement, il avance sans crainte, car il connaît toutes les possibilités qu’il peut développer et améliorer pour son évolution. Quand il ne comprend pas, soit il ne cherche pas plus au-delà, il se dit que ce doit être la solution, soit la peur s’installe en lui et il devient méfiant. S ’il est de nature curieuse, il va jusqu’au bout pour découvrir ce qui s’est présenté à lui. L’homme en général, ne voit que ce que ses yeux physiques peuvent voir. Il ne sait pas qu’il peut avoir une autre perception des choses en regardant au-delà de sa vision limitée. Quand il se met à l’écoute de la nature et de ses sens, il progresse et progresse encore vers une meilleure compréhension de la vie.
Steven ne comprenait pas ce que l’étranger voulait lui expliquer et l’observait avec curiosité. On ne pouvait lui donner un âge défini. Il avait le regard et la tête d’un enfant et le corps d’un homme de quarante ans. Mais il pouvait être plus vieux ou plus jeune, rien ne le définissait. Il était toujours souriant et avait l’air bienveillant. Il ne ressemblait pas aux gens de l’époque de Steven. Ils avaient à peu près la même taille. L’étranger avait les yeux un peu bridés et les pupilles jaunes. Il était habillé comme s’il arrivait d’un autre siècle, un chapeau à plumes, un pantalon qui n’arrivait que jusqu’aux genoux, de grandes chaussettes et une paire de chaussures à boucles, s’appuyant sur un bâton de pèlerin à côté de lui. Il était mince et sculpté comme s’il était en permanence en train de faire de la culture physique.
Steven se présenta et lui demanda son nom. L ’inconnu toujours souriant lui dit :
- Je suis celui qui apporte la lumière aux pèlerins qui sont sur la route et les dirige vers le lieu du grand rassemblement. Je suis la dernière pierre qui se pose sur l’édifice divin et qui guide tous ceux qui pensent s’être égarés. Je suis le flambeau qui éclaire la nuit de tous ceux qui marchent vers la sérénité. Je suis l’eau qui abreuve tous les assoiffés de la connaissance. Je suis l’oiseau qui crie dans la nuit pour rappeler à l’homme qu’il fait lui aussi partie de la mère Nature. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le début et la fin de toutes choses. Je suis tout cela.
Depuis un peu plus de neuf siècles, vous êtes des milliers de pèlerins à marcher pendant des kilomètres pour accomplir un travail que vous vous êtes imposé. Des chevaliers, des pieux, des croyants, des curieux qui souhaitaient se dépasser pour se prouver à eux-mêmes ou à d’autres qu’ils sont capables de vivre leurs rêves. Ils ont marché pendant des jours, des mois et même des années, soutenus par leur foi ou leur conviction en ces chemins.
Au début, certains effectuaient cette marche pour expier quelques fautes et acquérir un pardon divin. Pour d’autres, c’étaient accomplir un exploit physique et mental. Les chemins de pèlerinage ne sont pas des plus simples et sont souvent parsemés d’embûches et de difficultés de toutes sortes, mais l’homme arrive toujours à se dépasser quand il se met en phase.
L’homme a des capacités enfouies en lui qu’il a oubliées. Il a oublié qu’il est une essence divine et qu’il est lié à la source en permanence, mais avec tout l’amour, toute la lumière, toute la force et les mille et une possibilités de se ressourcer.
Tu as préparé ta marche avec ton plan physique, mais il y a le plan mystique que beaucoup de pèlerins comme toi ont cherché et chercheront encore. Tu es prêt à suivre le bon chemin pour arriver à destination, mais tu dois être attentif aux messages et écouter les guides.
Tout d’abord, tu dois continuer à effacer toute la douleur que tu as accumulée, ce qui t’a gêné depuis que tu as perdu tous les êtres qui te semblaient chers dans cette vie. Tu ne dois rien regretter. Ne t’en fais pas, tu les retrouveras. Mais à présent, tu es l’un des élus et tu rencontreras d’autres sur cette route qui te mèneront vers le but que tu t’es fixé. C’est un chemin initiatique qui dure exactement le temps que tu as pris pour y arriver, car chacun est unique.
Pour certains, cela pourrait prendre un jour, une vie, pour toi, c’est deux ans. Reprends-toi, intériorise-toi et tu comprendras ce que je viens de t’expliquer. Comme tous les pèlerins, une coquille de pectens est nécessaire. Alors voici, celle-ci te guidera dans tes moments de doute et d’angoisse, jusqu’à ce que tu n’aies plus besoin de son aide. Je te l’offre, elle te servira comme une boussole et t’indiqueras la route à suivre, tout au moins pendant un certain temps. Souviens-toi, tu es l’élu qui retrouve ses capacités, tu es un Être qui se retrouve. Tu es passé dans le canal de l’oubli et tu as oublié que tu es un être de lumière. Tu ne comprends pas encore tout ce que je te dis, bientôt, tu auras des réponses.
Le voyageur du temps lui tendit une coquille de pectens vide et à son contact, celle-ci se mit à tourner et à briller, puis à l’aide de l’aiguille qui se trouvait à l’intérieur, elle lui indiqua le chemin à suivre. Il sentait que ce coquillage avait une grande importance.
En levant les yeux pour remercier l’homme sans âge, ce dernier avait disparu comme par enchantement. Il se posait la question, ce que tout cela signifiait. Il ne comprenait pas trop. Il se demandait s’il devait se servir de sa carte ou pas. Le nom de la prochaine route qui était indiqué n’était pas sur sa carte. Il décida de suivre les directives de la coquille.
Steven s’assit par terre et réfléchit à ce qu’il venait de vivre en si peu de temps. Il repensa à ce qu’il avait appris auparavant et décida de rester serein et à l’écoute de tout ce qui pouvait lui arriver et le noter sur un cahier, la date et l’heure de l’évènement, quel qu’il soit. Il n’avait pas peur des choses dites insolites, et n’était pas étonné de voir cet homme. Mais où l’avait-il vu ? Ce voyageur lui avait parlé comme si lui aussi connaissait Steven. Il ne comprenait pas tout ce qu’il lui avait dit, mais il était sûr d’une chose. Cet homme sans âge était impressionnant et dégageait une grande bonté. Il décida à son prochain arrêt de chercher une librairie.
Il marcha encore deux heures et vit un petit magasin insignifiant et résolument, poussa la porte pour essayer de trouver un cahier et un stylo. Il n’avait pas pensé à cela au départ, mais il était content. La marche prenait une tournure singulière, mais très intéressante. Quand il poussa la porte du magasin, il fut doublement surpris, car il semblait être attendu.
- Soit le bienvenu pèlerin, dit un homme qui ressemblait trait pour trait à Steven en lui tendant un cahier et un stylo. Je crois que tu as oublié ces deux éléments dans ta besace.
Quand ce dernier prit les objets que lui tendait son double, il commença à se poser des questions sur tout ce qu’il avait vécu jusque-là. C’était comme s’il était guidé depuis le jour où il avait pris la décision de sortir de ce monde limité. Cela ne se présentait pas comme il l’avait imaginé. Il pensait en lui-même que s’il voulait vivre cette expérience, il fallait qu’il aille jusqu’au bout et décidât de ne pas réfléchir à ce qui allait suivre. Selon tous les livres qu’il avait lus et toutes les recherches qu’il avait faites, le chemin de Compostelle était un lieu de pèlerinage, plein de bouleversements et de surprises. Depuis qu’il s’était levé le matin, il avait sa dose de manifestations et ne s’étonnait plus de se trouver en face de lui-même.
- Tu as eu une bonne idée de vouloir noter tous les moments de ta marche, comme l’a dit l’homme sans nom, lui dit l’homme qui ressemblait à Steven. Il y aura des signes jusqu’à ce que tu arrives au lieu sublime. Le but du voyage n’est pas seulement de marcher pour arriver à un endroit précis, mais de comprendre le pourquoi du comment. Pourquoi avoir choisi cette démarche plutôt qu’une autre ? Pour toi, il est nécessaire de te débarrasser d’un fardeau qui te pèse. Tu as eu une première approche que l’homme est uni à tout ce qui l’entoure. Es-tu conscient de tes possibilités ? Elles sont multiples. Tout au long de ta route, tu comprendras tout ce que je viens de te dire. Tu apprendras à regarder avec les yeux de l’âme et la conclusion de toutes ces choses sera : tout fait partie du Tout.
Steven avait l’impression de se découvrir et de se parler à lui-même. Il regardait cet homme qui lui ressemblait et puis, brusquement, il se souvenait ! « Je me parle, je parle à mon moi intérieur. C’est ce qu’expliquaient les enseignements philosophiques pensa-t-il ! Nous prenons conscience que nous avons des capacités enfouies en nous et nous nous étendons en dehors de nous. J’envoie tout mon amour à ma femme et à mon fils et je me libère de ce lourd fardeau qui n’était pas nécessaire. Je sais qu’à présent, notre petit a eu son cycle de vie et que je les reverrais dans quarante, cinquante ans ou un siècle plus tard dans un autre cycle. Je commence une deuxième vie. Une vie de compréhension et de positivité ».
- Non répondit son double, qui l’avait entendu discuter intérieurement. Vous vous reverrez selon un ordre établi depuis la nuit des temps, lorsque cela sera nécessaire. Tu les reverras le moment venu, car tout est cycle et tout est géométrisé, calculé selon un ordre divin, mais aussi par la pensée que l’homme véhicule. Tu dois te souvenir que l’homme est maître de sa destinée, et tu es libre de rebrousser chemin ou de continuer à découvrir les merveilles de mère Nature. Sache que c’est ton choix en tant qu’entité dans ce monde. À présent, tu as une longue route devant toi si tu l’acceptes, mais ne te poses pas trop de questions comme tu l’as dit toi-même et note tout ce qui te sera nécessaire. Néanmoins, pose-toi celle-ci, demande-toi pourquoi tu as choisi le chemin de Compostelle. Est-ce pour le plaisir de te prouver à toi-même que tu as les capacités pour pouvoir te dépasser physiquement ? Non, il y a plus que cela.
Inconsciemment, tu te souviens d’avoir fait cette même route, il y a de cela quelques siècles. Mais je te laisse découvrir tout au long de ton chemin. Tu t’es rendu compte que nous nous ressemblons, que je suis toi et que tu es moi. Non, je suis bien plus que toi, je suis ta conscience. Je suis ce qui te permet de te poser des questions et d’analyser. Je ne suis pas un être humain comme tu le constates, tu m’as personnifié. Quand tu prends conscience de tout ce qui vit autour de toi, tu te rends compte que tu dois vivre en harmonie avec tout ce qui vibre, pour te comprendre toi-même, car tu fais partie du Tout. Quand tu lèves les bras, tu les baisses, tu les attires devant, derrière, tu brasses l’énergie que tu ne vois pas. Tu sens une force tout autour de toi en permanence. L’énergie divine est là en permanence. Tu ne peux la tenir, mais tu peux la ressentir. Pas au sens physique du terme, mais tu me comprends. Même si tu rencontres beaucoup de gens, tu es seul dans ton univers. Tu auras souvent affaire à moi, c'est-à-dire à toi-même. Tu me parleras souvent et je te répondrai. Je te dis, à bientôt.
Steven remercia son double et prit le chemin de la porte pour continuer son chemin. Il suivit le chemin que la boussole lui indiquait et réfléchissait.
Le double de Steven et le petit magasin avaient disparu.
Steven était à présent conscient qu’il vivait une expérience magique. Depuis qu’il avait pris la décision de fermer la porte de sa maison, de saisir son sac et de prendre la route à pied jusqu’au chemin de Compostelle, il y avait des signes et des transformations dans son esprit et dans sa démarche.
Il nota tout ce qu’il avait vécu et en relisant, se disait qu’il vivait quelque chose d’extraordinaire. Il se remémorait les enseignements qu’il avait lus avec beaucoup de concentration au début où il vivait seul chez lui. Il savait que des moments comme ceux qu’il venait de vivre existent, il avait eu des apparitions et était surtout curieux de savoir ce qui existait dans d’autres mondes. Cela, il le savait.
L’homme n’est pas la seule entité intelligente qui existe, mais comment prendre contact avec eux ? Il avait aussi lu beaucoup de livres sur la philosophie et tous revenaient au même langage : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers » ! Comment se connaître soi-même, se dit-il en se parlant à lui-même ! « En écoutant vibrer ton corps qui répond au même battement que celui d’une horloge », entendit-il au plus profond de lui. Il écoutait sa montre, puis prenait son pouls et réalisait que c’était les mêmes pulsations. Comment est-ce possible ? À une époque, il s’était penché sur la Bible, et dans la Genèse, le premier texte du livre qu’il avait lu, il avait retenu cette phrase : « Et Dieu créa le ciel et la terre ! » Steven nota dans son cahier : « Tout est lié ! Comme une horloge bien huilée, tout fait partie du Tout, et toute chose à son importance ».
Il ne s’était jamais posé la question auparavant. Il venait de découvrir que tout est, et tout est en fait une partie du Tout, c’est juste à d’autres dimensions. Il avait noté sur son cahier tout ce qu’il avait vécu et en relisant tout ce qu’il avait écrit, il était heureux de ses premiers instants sur le chemin initiatique.
Il se demandait encore pourquoi il avait attendu aussi longtemps pour se décider. Il n’était pas encore prêt. Quand le disciple est prêt, le maître apparaît, avait dit un Sage.
Au lieu de faire un parcours avec le plan physique qu’il avait bien établi, en pensant à toutes les villes qu’il devait traverser pour arriver à destination, il y avait un chemin initiatique, un chemin qu’il avait l’impression de connaitre sans l’avoir vu auparavant. Il se sentait heureux. Il avait envie de crier au monde qu’il était heureux de vivre pour connaitre ces instants. Il était seul, mais il se sentait tout à coup habité par une force qu’il ne connaissait pas auparavant. Il n’était plus seul. Il n’y avait plus de tristesse, plus d’angoisse, plus de peur, que de l’amour et une paix intérieure. Il n’avait pas de religion, mais remerciait toutes les forces positives de l’accompagner.
Cela faisait à présent plus de six heures que Steven marchait dans le chemin qui lui était indiqué. Il n’avait plus besoin de sa carte, il se laissait guider par sa boussole en coquille de pectens et avançait sur la route allègrement. Tantôt, il prenait des sentiers battus, tantôt, il marchait sur la route, et de temps en temps, un automobiliste s’arrêtait pour l’aider. Il remerciait chaleureusement, mais à présent, il commençait à faire nuit et il était un peu fatigué. Il devait se reposer quelque part.
Il avançait tranquillement dans la nuit qui commençait à tomber, quand il vit, au loin, une cabane faiblement éclairée dans le bois. Il avança jusqu’à celle-ci, frappa à la porte, n’entendit aucun bruit et décida de la pousser.
Il lut la pancarte installée sur la petite table où se tenait une bougie.
« Bienvenue à tous ceux qui sont sur le chemin ».
En plus de la petite table, il y avait une chaise, du pain, du fromage, des fruits, de l’eau, une bougie allumée, un grand lit et deux à trois couvertures.
Steven enleva ses chaussures de marche, massa ses pieds, se lava les mains, puis entreprit de profiter du repas qui était généreusement offert. Il était tellement fatigué qu’il n’alla pas jusqu’au bout, s’installa confortablement dans le lit offert après s’être déshabillé, et s’endormit du sommeil du juste. Il avait un sommeil de plomb et n’entendit pas un autre voyageur qui lui aussi avait vu la petite cabane et voulait se reposer, car lui aussi était fatigué.
L’autre voyageur, lui aussi, lut la phrase de bienvenue et commença à apprécier le repas du bienfaiteur. Il commençait à s’endormir quand il se rendit compte qu’il y avait un lit et des couvertures, enleva ses chaussures et ses habits et s’endormit lui aussi presque tout de suite.
La cabane était très petite. Pourtant, quand les deux pèlerins se réveillèrent, chacun pensait qu’il était seul. Steven se leva le premier, s’étira et entreprit de se laver. Il y avait une petite rivière qui coulait juste en bas, à côté de la petite maison. Il ouvrit la porte, aspira un grand coup, retint l’air dans ses poumons et expira tout aussi bruyamment. Ce qu’il recommença plusieurs fois de suite.
Il ne se rendit pas compte que quelqu’un d’autre n'avait dormi pas très loin de lui, car chacun avait sa vision limitée des choses. Il sortit de la petite maison et prit un grand bain dans la rivière qui était un peu froide au début, puis remonta se rhabiller. Heureusement, il ne faisait pas froid. Il se sentait en pleine forme et décida de se faire un café. C’est à ce moment qu’il vit l’autre homme qui venait de se réveiller et semblait surpris de voir Steven, ils se présentèrent.
- Bonjour ! Je me nomme Steven. J’ai dormi si bien cette nuit que je ne t’ai pas entendu !
- Et moi Björg, dit ce dernier en lui tendant la main. J’étais si épuisé hier soir, alors j’ai vu la lumière de la petite cabane, j’ai frappé. N’ayant pas entendu de bruit, j’ai poussé la porte et je suis entré. J’ai lu le message, mangé un peu, puis mes yeux ne tenaient plus, je me suis effondré sur le lit devant moi. Je ne t’avais pas vu non plus. Pourtant, il n’y a qu’une pièce et un lit ! Comment est-ce possible ? Mais je crois que nous étions trop fatigués. Je viens des pays scandinaves. Un jour en me levant, j’ai décidé après avoir lu beaucoup sur l’histoire du chemin de Compostelle, de faire ce même parcours. Mais il m’est arrivé des choses si insolites que je commençais à perdre pied.
- Moi, aussi dit Steven, il m’est arrivé des choses insolites, mais j’en suis heureux, car je sors d’une souffrance telle que cette marche est pour moi comme une libération. J’avais préparé mon plan de route et je me suis trouvé sur une route qui n’était pas sur ma carte, quand surgit devant moi un homme sans âge qui m’a donné cette coquille de pectens. Depuis, je me laisse guider par elle. Il faut dire que je crois aux manifestations d’autres formes de vie et c’est avec plaisir que je l’ai rencontré, car il m’a donné la force et la foi pour adhérer pleinement au but que je me suis fixé.
- C’est exactement ce qui m’est arrivé dit Björg, ta présence me rassure, car je pensais que je devenais fou. J’en suis heureux. Désormais, je peux repartir sur la route, confiant.
- C’est une belle route, dit Steven. C'est la route de la compréhension de soi et la capacité à se dépasser et transcender les idées préconçues. Beaucoup avant nous ont fait le voyage, mais je crois que peu de gens ont fait l’expérience que nous avons eue jusqu’à présent et que nous n’avons pas fini de vivre. Nous ne sommes qu’au début de la route. Je pense que nos chemins ne se sont pas croisés par hasard. Il y a quelque temps, j’étais pétri de négativité, car je réalisais que j’étais seul et sans plus aucune famille. J ’avais perdu mes deux parents dix ans auparavant, puis ma femme et mon unique fils, et je me sentais si seul, alors qu’auparavant, j ’étais un homme heureux. Je ne m’attendais pas à vivre des évènements aussi tragiques, et je refusais presque de vivre. Un jour, je fis un rêve. J’étais dans une sorte de procession avec des hommes et des femmes d’une grande piété. La foule avançait infatigablement vers un rocher lumineux qui scintillait droit devant elle. Les croyants étaient tellement imprégnés de ferveur, qu’ils ne se rendaient pas compte des kilomètres qu’ils avaient déjà faits à pied. Arrivés au pied de ce rocher, ceux qui étaient devant se prosternèrent et le rocher s’ouvrit en deux et laissa couler une eau pure qui transformait chaque participant en leur donnant une force extraordinaire. Ce rêve m’a aidé à prendre ma décision. Quelque temps auparavant, je m’étais documenté sur tout ce qui concernait le voyage et les pèlerins. Je pris du temps à me décider, mais j’étais enfin prêt. C’était une préparation physique, psychique et intellectuelle.
Désormais, je suis heureux du déroulement de la situation. Je m’attendais à marcher et à me libérer du stress que j’avais au fond de moi. Depuis que j’ai eu tous ces messages, je suis un homme transformé, apaisé et serein. Je suis bien. Au fait, as-tu vu ton double ? Quelqu’un qui te ressemble trait pour trait et qui parlait comme si c’était toi ?
- Non, mais j’ai revu mon frère décédé dans un accident de voiture il y a trois ans. Je n’arrivais pas à en faire mon deuil. C’était mon ami, mon frère et mon confident. Nous avions un an d’écart et souvent, on nous prenait pour de faux jumeaux, mais il était bien plus beau et avait plus d’assurance que moi. Il est apparu devant moi, mais sans aucune égratignure et encore plus beau qu’auparavant et il me dit ceci :
« Tu as été mon frère bien aimé dans une vie, mais à présent, je dois partir rejoindre les miens. Chaque fois que tu penseras à moi, les larmes couleront, car tu te diras pourquoi lui et pas moi. J’avais foi en moi et en mes capacités, toi non. Je voulais combattre les vicissitudes de la vie et j’y suis arrivé.
