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Dans "L'esquisse mystérieuse", Erckmann-Chatrian nous plonge dans une intrigue fascinante qui explore les thèmes du mystère et du surnaturel. Écrit dans un style distinctif mêlant réalisme et éléments fantastiques, le récit se déroule dans un environnement rural chargé d'une atmosphère obscure. L'auteur réussit à créer une tension palpable grâce à un langage évocateur et une narration immersive, entraînant le lecteur dans les méandres d'un mystère à la fois captivant et troublant. Ce livre s'inscrit dans le courant littéraire du XIXe siècle, marqué par un intérêt croissant pour le paranormal et les récits mystérieux, ce qui en fait une œuvre représentative de son époque. Erckmann-Chatrian, duo d'écrivains composé d'Emile Erckmann et d'Alexandre Chatrian, est connu pour ses histoires ancrées dans la culture et les traditions alsaciennes. Leur expérience de vie dans cette région, ainsi que leur intérêt pour le folklore, a certainement influencé leur capacité à tisser des récits aussi immersifs et évocateurs. Leur collaboration, qui s'étend sur plusieurs œuvres, a contribué à enrichir la littérature française avec une compréhension unique du monde rural et des tensions sociétales de leur temps. Je recommande vivement "L'esquisse mystérieuse" à tout lecteur en quête d'une expérience littéraire qui allie frissons et réflexions. Ce livre captive par son atmosphère palpable et son intrigue captivante, tout en offrant un aperçu précieux de la culture alsacienne. Laissez-vous emporter par ce récit fascinant qui ne manquera pas d'attiser votre curiosité et d'éveiller votre imagination.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
En face de la chapelle Saint-Sébalt, à Nuremberg, s’élève une petite auberge, étroite et haute, le pignon dentelé, les vitres poudreuses, le toit surmonté d’une Vierge en plâtre. C’est là que j’ai passé les plus tristes jours de ma vie. J’étais allé à Nuremberg pour étudier les vieux maîtres allemands; mais, faute d’espèces sonnantes, il me fallut faire des portraits…et quels portraits! De grosses commères, leur chat sur les genoux, des échevins en perruque, des bourgmestres en tricorne, le tout enluminé d’ocre et de vermillon à plein godet.
Des portraits je descendis aux croquis, et des croquis aux silhouettes.
Rien de pitoyable comme d’avoir constamment sur le dos un maître d’hôtel, les lèvres pincées, la voix criarde, l’air impudent, qui vient vous dire chaque jour: «Ah, çà! Me payerez-vous bientôt, monsieur? savez-vous à combien se monte votre note? Non, cela ne vous inquiète pas… Monsieur mange, boit et dort tranquillement… Aux petits oiseaux le Seigneur donne la pâture. La note de Monsieur se monte à deux cents florins et dix kreutzer… ce n’est pas la peine qu’on en parle.»
Ceux qui n’ont pas entendu chanter cette gamme ne peuvent s’en faire une idée; l’amour de l’art, l’imagination, l’enthousiasme sacré du beau se dessèchent au souffle d’un pareil drôle… Vous devenez gauche, timide; toute votre énergie se perd, aussi bien que le sentiment de votre dignité personnelle.
Une nuit, n’ayant pas le sou, comme d’habitude, et menacé de la prison par ce digne maître Rap, je résolus de lui faire banqueroute en me coupant la gorge. Dans cette agréable pensée, assis sur mon grabat en face de la fenêtre, je me livrais à mille réflexions philosophiques, plus ou moins réjouissantes. Je n’osais ouvrir mon rasoir, de peur que la force invincible de ma logique ne m’inspirât le courage d’en finir. Après avoir bien argumenté de la sorte, je soufflai ma chandelle, renvoyant la suite au lendemain.
Cet abominable Rap m’avait complètement abruti. Je ne voyais plus, en fait d’art, que des silhouettes, et mon seul désir était d’avoir de l'argent, pour me débarrasser de son odieuse présence. Mais cette nuit-là, il se fit une singulière révolution dans mon esprit. Je m’éveillai vers une heure, je rallumai ma lampe, et, m’enveloppant de ma souquenille grise, je jetai sur le papier une rapide esquisse dans le genre hollandais…quelque chose d’étrange, de bizarre, et qui n’avait aucun rapport avec mes conceptions habituelles.
Figurez-vous une cour sombre, encaissée entre de hautes murailles décrépites… Ces murailles sont garnies de crocs, à sept ou huit pieds du sol. On devine, au premier aspect, une boucherie.
A gauche s’étend un treillage en lattes; vous apercevez à travers un bœuf écartelé, suspendu à la voûte par d’énormes poulies. De larges mares de sang coulent sur les dalles et vont se réunir dans une rigole pleine de débris informes.
La lumière vient de haut, entre les cheminées, dont les girouettes se découpent dans un angle du ciel grand comme la main, et les toits des maisons voisines échafaudent vigoureusement leurs ombres d’étage en étage.
Au fond de ce réduit se trouve un hangar…sous le hangar un bûcher, sur le bûcher des échelles, quelques bottes de paille, des paquets de corde, une cage à poules et une vieille cabane à lapins hors de service.
Comment ces détails hétéroclites s’offraient-ils à mon imagination? … Je l’ignore; je n’avais nulle réminiscence analogue, et pourtant, chaque coup de crayon était un fait d’observation fantastique à force d’être vrai. Rien n’y manquait!
Mais à droite un coin de l’esquisse restait blanc…je ne savais qu’y mettre… Là quelque chose s’agitait, se mouvait… Tout à coup j’y vis un pied, un pied renversé, détaché du sol. Malgré cette position improbable, je suivis l’inspiration sans me rendre compte de ma propre pensée. Ce pied aboutit à une jambe…sur la jambe, étendue avec effort, flotta bientôt un pan de robe… Bref, une vieille femme, hâve, défaite, échevelée, apparut successivement, renversée au bord d’un puits, et luttant contre un poing qui lui serrait la gorge…
C’était une scène de meurtre que je dessinais. Le crayon me tomba de la main.
