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Roman de sang, de larmes et d'amour.
Manolo, issu de la communauté tsigane et Etienne, fils de notable, habitent Nimar, une petite ville du Sud de la France. Ils fréquentent la même école et se lient d’amitié. Un jour, un drame terrible touche la famille de Manolo. Seize ans plus tard, Etienne enquête pour aider son ami miné par la tragédie et rechercher la vérité. Que trouvera-t-il au bout du compte ?
L’habit de sang est un roman choral où chaque personnage, y compris le narrateur, exprime sa vision de la réalité et un roman de sang, de larmes et d’amour, pour les bêtes comme pour les hommes.
Découvrez l'histoire d'amitié de Manolo et Etienne, et plongez dans un roman choral où chaque personnage prend la parole pour exprimer sa vision de la réalité.
EXTRAIT
Étienne a eu du mal à retrouver la trace des garçons premiers nés de Solomiya, d’ailleurs il n’a localisé que Mirko, à cause des affiches. Paco, à ce moment-là est en mission à l’étranger.
Les frères ne se voient guère, une ou deux fois par an, au hasard des tournées du cirque, et ils échangent juste une accolade, sans rien se dire. Ils se comprennent : la vie continue vaille que vaille, ne pas se retourner sur le passé.
La lettre attend Mirko à la fin de sa journée de travail, sous la porte de la caravane. Il lit, hoche la tête et jette le courrier, mais les souvenirs affluent, à son corps défendant. Il est seul pour accueillir l’enfance qui refait surface. Il sort de sa poche une boite de cigarillos, les mêmes que ceux de Solomiya. Évidemment, il l’ignore.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Béatrice Couturier est messine d’origine et vit à Gérardmer dans les Vosges. D’abord enseignante dans le premier degré, elle a exercé ensuite les fonctions de psychologue scolaire. Elle consacre une grande part de son temps aux ateliers d’écriture et à la pratique du théâtre.
Elle a publié deux autres ouvrages, La Beluga, pacifier les effets-mère et Cas d’écoles.
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Seitenzahl: 82
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
Résumé3
La mère 6
Les enfants 14
Les témoins 32
Le testament 36
La corrida 40
Étienne 43
Épilogue 45
Manolo, issu de la communauté tsigane et Etienne, fils de notable, habitent Nimar, une petite ville du Sud de la France. Ils fréquentent la même école et se lient d’amitié. Un jour, un drame terrible touche la famille de Manolo.
Seize ans plus tard, Etienne enquête pour aider son ami miné par la tragédie et rechercher la vérité. Que trouvera-t-il au bout du compte ?
L’habit de lumière est un roman choral où chaque personnage, y compris le narrateur, exprime sa vision de la réalité.
L’habit de lumière est un roman de sang, de larmes et d’amour, pour les bêtes comme pour les hommes.
Béatrice Couturier est messine d’origine et vit à Gérardmer dans les Vosges. D’abord enseignante dans le premier degré, elle a exercé ensuite les fonctions de psychologue scolaire. Elle consacre une grande part de son temps aux ateliers d’écriture et à la pratique du théâtre.
Elle a publié deux autres ouvrages,La Beluga, pacifier les effets-mèreetCas d’écoles.
Béatrice Couturier
L’Habit de sang
Roman
ISBN : 978-2-35962-737-4
Collection Blanche
ISSN : 2416-4259
Dépôt légal mai 2015
©couverture Ex Aequo
©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
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Solomiya
Il est venu me voir pour que je lui « raconte tout ». Il voulait tout savoir de ma vie, « pour le comprendre », qu’il disait. C’est drôle, je ne l’avais jamais rencontré, bien que Nimar soit une petite ville, presque un village. J’ignorais son existence, j’ignorais à quel point Manolo avait compté pour lui.
Si je dois remonter aux origines, à celles qui m’ont été contées, je dois parler de Martenitza, le prénom de mon aïeule. Il trône toujours au point de croix sur le mur du mobil-home, encadré et mis sous verre. Il me semble que Martenitza venait des faubourgs de Sofia. Elle avait débuté l’errance jusqu’à la mer de Marmara avec une branche de la famille. C’était au temps des roulottes, des violons et des ours. C’était déjà le temps des migrants, et de ce temps, il ne reste rien qu’un roman familial, juste à l’oral. Il se disait que Martenitza était d’une telle beauté qu’elle affolait les hommes. Ils se battaient pour avoir l’heur d’apercevoir un morceau de peau tendre au-dessus de sa cheville, une peau blanche comme le lait parce que ses longues jupes la protégeaient des ardeurs du soleil à défaut de celles des mâles. Ses bras et son visage étaient de miel, celui de châtaignier, ses yeux noirs comme des mûres bien mures et des cheveux de jais assagis sous son châle. Lorsque son sang a coulé pour la première fois au tout début du mois de mars, il fallut bien la protéger des fils du vent trop impatients. C’est ainsi que fut conçu le talisman, de fils tissés en rouge et blanc. Martenitza pouvait chanter et puis danser, protégée, immunisée, offerte, inaccessible, souriante, vertueuse, envoûtante et lointaine.
Le nom de celui qui prit malgré tout Martenitza s’est perdu, comme elle fut perdue alors pour sa communauté.
— Il reste quoi de cette légende ? me demande-t-il.
Je lui montre le tableau :
— Des points de croix, des balises de l’histoire, des traces de pas sur la poussière des chemins : Martenitza comme Moldavie, Arménie, Riviera, Tirana, Erevan, Novi Sad, Izmir, Talisman, Zagreb, Albanie.
Solomiya frôle la cinquantaine. Elle a reçu de son aïeule la beauté et le charme, mais ternis depuis des lustres. Elle a échoué dans cet abri de misère, avec son mauvais vin et ses cigarillos. Ils empuantissent l’atmosphère, car Solomiya n’aère pas. Elle dit qu’elle craint plus que tout l’attaque de miasmes étrangers et n’ouvre sa porte qu’avec circonspection. Je suis sûr qu’elle craint plutôt la visite d’éducateurs ou d’assistants sociaux, de ceux qui avaient déjà géré sa vie et emporté ses enfants. J’accepte de boire son café. Elle n’a que de la poudre instantanée, mais dans un sens, ce sera peut-être meilleur qu’un breuvage cuit et recuit ! Elle chauffe l’eau dans une petite casserole cabossée. Les flammes de la vieille gazinière en lèchent avec peine les parois, sans doute à cause de restes d’aliments divers sur les ouvertures du brûleur. C’est ce que je me suis dit lorsque d’un coup d’œil j’ai aperçu l’état de l’appareil. Mon envie est trop forte d’entendre son récit, alors j’avale, en réprimant des hauts le cœur, le breuvage versé dans un verre crasseux. Solomiya se rassoit avec peine à la petite table. Sa boiterie la gêne dans cet espace restreint, même avec l’habitude. Elle soupire puis remplit son verre de vin à nouveau, rallume un cigarillo. À cet instant, je ne crois plus que je la dérange, je lui donne l’occasion de revisiter sa vie, de se pardonner peut-être.
— J’ai grandi sur les routes d’Italie, de France, d’Espagne et puis de France à nouveau. Les Balkans de mon arrière grand-mère sont loin et les roulottes aussi ! Je ne connais pas les pays de là-bas et comme j’ai jamais appris à lire, j’ai jamais pu montrer aux gosses d’où venait notre famille. Les cartes, y a que celles du Tarot que je comprends ! Tiens, tu veux que je te tire un jeu ?
Il me sourit, mais refuse gentiment, me presse de poursuivre. Je vois bien qu’il se force à boire mon café. Ça m’amuse d’avoir le notable à ma botte, mais le souvenir des mois derniers rapplique brutalement et la tristesse plombe mes mots.
— Je suis arrivée à Nimar, les jumeaux avaient deux-trois ans. On devait seulement rester le temps de la foire. Nous étions une trentaine de familles à voyager ensemble et à faire les marchés. Je faisais des beaux paniers, vous savez, avant que les rhumatismes me bouffent les doigts, et ils se vendaient bien. Mon mari réparait les chaises. On a eu un souci avec la Mercedes et on n’a pas pu repartir avec les autres, mais on devait les rejoindre dès que possible. Les cousins de la famille de Mihai et de Yanna sont restés aussi, pour pas qu’on soit tout seuls. Paco est tombé malade. C’était grave. On est allé à l’hôpital et ils l’ont gardé plusieurs semaines. Mirko pleurait tout le temps, de ne plus voir son frère peut-être ou de me voir prier sans cesse, et puis pleurer tellement que je me faisais engueuler par mon mari, parce que je faisais plus rien d’autre et que la caravane était sale. Finalement, ils m’ont rendu Paco guéri et m’ont dit qu’à son âge, ce serait bien qu’il aille à l’école. Ils avaient à peine trois ans, les jumeaux, des bébés ! J’ai rien répondu, je voulais pas les fâcher, mais se débarrasser de ses gosses toute une journée, c’est pas dans nos habitudes, ça, oh non, chez nous, les gosses ils apprennent et ils s’amusent ensemble, avec tous les autres mioches. Les hommes, ils ont trouvé à faire du travail ici, en récupérant de la ferraille pis en la revendant, alors on a fini par rester, même si les gens nous regardaient de travers en nous appelant de plein de noms différents par derrière. Quels noms ? Me dis pas que tu sais pas ! Manolo, on l’a assez appelé « le gitan », non ? Le gitan, c’est joli, mais dans leurs bouches, ça faisait comme une insulte. Ils disaient aussi « manouches, bohémiens, romanichels » et tous ces mots sont justes dans le fond, notre peuple, c’est tout ça, pas en même temps et pas partout, mais c’est tout ça. À la mairie, ils nous appellent « les gens du voyage », même si on voyage plus. Vous êtes marrants des fois, vous les gadjé !
Solomiya part d’un grand éclat de rire qui se termine dans une quinte de toux âcre et grasse. Elle peine à reprendre souffle. Je me rends compte combien cette femme est abimée, combien sa peau est ridée sous l’épaisse couche de poudre qu’elle s’obstine à étendre sur son visage depuis ses années du Cabaret. Je me rends compte des fêlures, comme si elle avait mille ans et vécu mille vies, et souvent de douleurs. Lorsque sa toux se calme, elle me regarde gravement et poursuit son récit.
— Non, en fait, vous n’êtes pas des marrants. Vous avez du mal à lever vos fesses et à danser, vous ne savez pas chanter avec vos tripes, vous nous avez toujours envoyé la police pour arrêter nos fêtes !
J’ai peur qu’elle ne s’égare, mais non, c’est à cause d’une fête que la vie de leur famille a basculé et c’est là qu’elle voulait en venir.
Il faut qu’il comprenne que si la police ne s’en était pas mêlée, si elle n’avait pas débarqué dans le terrain, rien ne serait arrivé, on aurait fini la fête de toute façon à un moment ou un autre. Mais la police est arrivée.
