L'Inaccompli - Paule Mahyer - E-Book

L'Inaccompli E-Book

Paule Mahyer

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Beschreibung

C'est une galerie de personnages qui ont souhaité accomplir les rêves de leur jeunesse ou rechercher des rendez-vous manqués avec leur destin.

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Seitenzahl: 78

Veröffentlichungsjahr: 2020

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SOMMAIRE

Avant-propos

La Dame d’en face

L’Inconnu du cimetière

Le cabanon

Rien dans la boîte…

Osez Joséphine

Une vie si ordinaire…

Les deux tourtereaux

Le muscat du dimanche

Objets inanimés…

L’inaccompli

Postface

AVANT-PROPOS

Les personnages de ces nouvelles s’inspirent de ceux que l’auteure a pu observer au cours de sa jeunesse passée dans une petite ville de l’est de la France et plus tard dans son entourage familial ou social.

Leurs visages s’estompent dans le miroir déformant de la mémoire. Il serait vain de chercher à les identifier !

**************

La Dame d’en face

J’appartiens à la génération dite « d’après-guerre ». Je fus élevé par mes grands-parents dans ma petite enfance. Mon père voyageait pour ses affaires, ma mère était « partie » quand j’étais tout petit. Cette explication à son absence : « elle est partie » sous-entendait un jugement défavorable ; je comprenais qu’il ne fallait pas aller plus avant dans mon questionnement ; il y avait un silence, un voile pudique sur ce qui était sans doute un secret de famille. Dans ces années-là, on ne discutait pas avec un enfant des affaires de « grandes personnes ». Du reste, je n’avais aucun souvenir d’elle et j’ignorais s’il y avait eu mariage ou divorce à la suite de ma naissance. En tout cas, mon père avait « refait sa vie », s’était marié avec une veuve et installé dans une nouvelle région. Il ne m’avait fait venir auprès de lui qu’au moment de mes études au lycée pour que je bénéficie d’un meilleur cadre scolaire que celui de la petite ville où résidaient mes grands-parents.

L’activité principale de celle-ci reposait sur les usines : l’une pour du gros matériel de transport, l’autre pour le textile. Les hommes travaillaient dans la première, les femmes dans la seconde. Chaque catégorie rêvait pour ses enfants d’un degré plus élevé dans la société que celui d’ouvrier ou de modeste employé. Ainsi, mes grands-parents, respectivement, fils d’ouvrier et fille d’un cordonnier italien immigré, avaient permis à leur fils unique (cela changeait des familles nombreuses dont ils étaient issus) de faire de brillantes études de commerce qui l’avaient conduit à un poste à responsabilité dans une grande entreprise. La ville elle-même était divisée en deux parties non miscibles : le quartier des notables (médecins, professions libérales…) et le quartier populaire des usines. Le seul pont entre les deux était les études au lycée ; certes ceux qui venaient du faubourg populaire étaient regardés de haut par les enfants de notables mais la réussite leur ouvrait les portes de carrières tout aussi prestigieuses. Ce fut le cas de mon père qui profita de l’opportunité de ses postes pour s’éloigner de la région et de son petit univers étriqué. En revanche, mes grands-parents n’avaient pas quitté la ville à la retraite ni même leur quartier dont ils assumaient le côté prolétaire et faisaient passer leur attachement aux souvenirs personnels avant toute considération de « façade », comme ils disaient.

Lycéen, je vivais donc chez mon père et sa nouvelle famille durant l’année scolaire et retournais chez mes grands-parents au moment des vacances .Mon père était toujours très occupé et ne me témoignait guère d’attention, à part pour s’informer de mes résultats scolaires qu’il souhaitait toujours d’un haut niveau ; sa femme, ma belle-mère, était douce et gentille mais elle avait elle-même une fille un peu plus jeune que moi pour laquelle elle avait, comme c’était naturel, des sentiments vraiment maternels et une complicité de « filles » dont je me sentais exclu. J’étais jaloux de ces gestes affectueux, de ces regards compréhensifs, de mille petites attentions muettes qui les liaient. Parfois, je feignais la maladie pour être câliné à mon tour mais elle n’était pas dupe et avait des préjugés sur la virilité : « un grand garçon comme toi ! » Je me réfugiais dans la honte et le mutisme plein de rancœur et de jalousie. J’avais pris mon parti d’être seulement « chouchouté » par mes grands-parents mais au fur et à mesure que je grandissais je les voyais plus rarement.

Durant l’année, des séjours linguistiques étaient organisés par le lycée ; pour les vacances, je les partageais entre la famille de ma demi-sœur où je me sentais étranger, et des retours chez mes grands-parents chez lesquels mon père m’accompagnait rarement et ne témoignait pas d’affection vis-à-vis d’eux par tempérament personnel et parce qu’il les associait à la petite ville qu’il avait voulu fuir. De plus, il se montrait toujours indifférent à mon égard, comme il l’était le reste de l’année dans notre résidence familiale.

J’avais donc hâte de retrouver mes grands-parents et cherchais auprès d’eux ce qu’une mère aurait pu me procurer. Mais en grandissant, ces câlins dont j’étais tellement privé se faisaient rares. Ma grand-mère elle-même pourtant assez démonstrative, renonça à ces gestes affectueux dont se moquait mon grand-père en les traitant d’enfantillages. Ils les remplacèrent par des encouragements, cadeaux, étrennes pour récompenser ma réussite scolaire qu’ils jugeaient seule capable de me faire monter dans l’échelle sociale et échapper au milieu modeste d’où ils étaient issus et dont ils avaient vaguement honte. Mais moi, je ressentais un besoin physique de gestes d’affection et toutes leurs gentilles attentions me laissaient sur ma faim. En fait, j’avais un désir plus criant chaque jour d’une étreinte maternelle. Je rêvais d’être serré dans ses bras, consolé par elle de petites déceptions scolaires ou sentimentales. L’occasion de donner corps à mes rêves se présenta lors d’un nouveau séjour chez eux.

En face de leur domicile, au premier étage, j’avais remarqué une jeune femme qui fumait à sa fenêtre. De l’appartement parvenait un brouhaha de voix, de rires, de disputes parfois car c’était un « repaire » de joueurs de cartes, comme me l’apprirent mes grands-parents ce qui sous-entendait un milieu peu convenable. En conséquence, je ne devais pas chercher à le fréquenter. La rue était comme une frontière ; il y avait le trottoir noble bordant des immeubles bien tenus quoique modestes et le trottoir d’en face qui délimitait le périmètre de l’habitat réservé aux couches plus populaires. Bref, il y avait les gens fréquentables et ceux qui ne l’étaient pas ! La dame d’en face appartenait à cette catégorie.

N’importe, cette femme me fascinait peut-être justement parce qu’elle représentait l’attrait de la transgression par rapport au milieu gourmé auquel j’appartenais. Je me posais des tas de questions sur sa vie : avait-elle des enfants, un mari ? Je m’enhardis à le demander à ma grand-mère qui répondit par un : « Pff…Tu vois bien que non…elle est serveuse dans un café ».

Avec quel mépris elle avait dit cela ! Moi, je continuais à rêver. Comme j’aurais voulu avoir une mère qui lui ressemblât : jeune, gaie, aguichante ! J’avais vers elle un attrait irrésistible, à tel point que je guettais une occasion de l’aborder, quitte à la provoquer. Un jour, elle était allée faire des courses et fit tomber un paquet de son cabas ; je me précipitai pour le lui ramasser. Elle me qualifia d’un « merci, mon garçon » qui me fit fantasmer. Troublé, je balbutiai : « c’est avec plaisir, ma…dame ; j’avais failli dire maman).

Cet été-là, je guettais ses sorties et m’arrangeais pour me trouver chaque fois sur son chemin. Je finis par lui dire « Bonjour ». Elle me répondait en souriant avec une sorte d’indulgence pour ce grand-garçon un peu benêt.

Les années passèrent…

Mes études supérieures m’entraînèrent loin de ma famille. Je revenais rarement voir mes grands-parents qui vieillissaient. Autant mon grand-père était taiseux, autant ma grand-mère aimait bavarder. Elle profitait de ma présence pour laisser libre cours à une parole constamment asséchée par les remarques désobligeantes de son époux : « Quel moulin à parole ! Tu parles pour ne rien dire ! Tu ne peux pas te taire quand j’écoute les informations ? ».

J’avais remarqué que tous les volets de la maison d’en face étaient fermés. Je l’interrogeai sur les habitants du quartier. Ma grand-mère me dit qu’il y avait un projet immobilier de réhabilitation des immeubles vétustes comme celui-ci. Je m’enhardis à demander ce qu’étaient devenus les habitants ; je pensais bien entendu exclusivement à l’une d’entre eux. Ma grand-mère répondit qu’ils avaient été relogés pour la plupart dans des HLM à la périphérie de la ville à part quelques-uns qui étaient restés au centre pour leur travail ou recueillis dans leur famille car trop vieux pour s’éloigner. Une question me brûlait les lèvres :

« Et la dame d’en face, au premier étage ? ». Ma grand-mère qui avait envie de causer ne blâma pas l’étrange curiosité qui m’assaillait. Au contraire, elle saisit l’occasion pour déverser son mépris pour ces personnes qui n’étaient pas « comme il faut » selon ses critères « petits bourgeois » qu’elle appliquait depuis qu’elle-même s’était un peu élevée dans la société et que ses descendants continuaient à gravir les marches de l’échelle sociale. Avec un ton méprisant et digne, elle répondit : « Oh ! Elle n’a pas eu de mal à se recaser celle-là, elle a suivi son dernier amant et ils ont ouvert un bar ». Poussée par une sorte de rancœur, elle ajouta : « elle faisait tourner la tête à tous les hommes ».