L'Inconnue des archives - Emmanuelle Derossi - E-Book

L'Inconnue des archives E-Book

Emmanuelle Derossi

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Beschreibung

Portrait d’une jeune fille inconnue - Dijon - XIVe siècle : Qui est-elle ? Qui a sculpté son portrait ? Roman, généalogiste professionnel et son complice, directeur de collection du Musée des Beaux-Arts, partent en quête de son identité. Ils tissent peu à peu l’histoire de Philippa lors d’une enquête riche en rebondissements.
Enlumineresse, la jeune fille s’installe au palais ducal en 1395. Fréquentant l’atelier du grand sculpteur Claus Sluter, elle noue des liens privilégiés avec l’un des artistes, Côme. Elle côtoie également le comte Jean, futur duc Jean sans peur. Cette double rencontre scellera sa destinée.
En toile de fond, la ville contemporaine fait écho à la cité médiévale. La petite histoire se mêle à la grande lors d’événements décisifs : un séjour à Germolles, résidence favorite de l’épouse de Philippe le Hardi, la naissance de Philippe le bon ou encore la bataille de Nicopolis.
Confrontés à des choix déterminants qui changeront leur destin et celui de leurs descendants, Philippa et Roman nous entraînent à leur suite avec pour indice principal une mystérieuse chouette.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Directrice de communication & marketing dans une entreprise agroalimentaire, Emmanuelle Derossi écrit au quotidien dans le cadre professionnel. Passionnée du moyen-âge et de littérature, elle a eu envie de tenter l'aventure et de créer sa propre histoire. L’inconnue des archives est son premier roman.

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Seitenzahl: 153

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Emmanuelle Derossi

L’inconnue des archives

Roman historique

ISBN : 979-10-388-0251-3

Collection : Hors Temps

ISSN : 2111-6512

Dépôt légal : décembre 2021

© Couverture Ex Æquo

© 2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Préface

Vous avez toujours rêvé de voyager dans le temps ? C’est bien ce qui vous attend avec ce roman ! L’auteure vous offre un aller-retour merveilleux entre le Moyen Âge et l’époque actuelle. Elle vous transporte tour à tour dans les méandres de la cour des ducs de Bourgogne au XIVe siècle et dans les rues et les musées du Dijon du XXIe siècle. J’ai pris beaucoup de plaisir à déambuler de cette manière dans les belles rues de la capitale bourguignonne. Vous aussi, suivez les destins croisés de Philippa et de Roman dans une intrigue passionnante, conduite de main de maître par Emmanuelle Derossi ! Laissez-vous emporter sur les chemins de cette magnifique Bourgogne et visitez le palais ducal, Champmol, Germolles et bien d’autres lieux prestigieux. Le tout est servi par une plume délicate soutenue par des recherches documentaires pointues. Un régal !

Catherine Moisand

IntroductionDijon, 1417

L’oiseau immobile contemple la foule éternelle.

Sa silhouette ronde épouse la courbure de l’alcôve, adoucissant les lignes strictes de l’église. Les ors crépusculaires animent son buste d’une chaude palpitation. En contre-bas, l’homme scrute longuement l’animal, l’œil aiguisé. La lumière éclaire à demi son visage, dessinant une ligne nette en continuité parfaite de l’arête en pierre de l’édifice magistral. L’homme ramasse ses outils, fait un pas, hésite, revient en arrière. De la main gauche, il caresse le ventre doux de l’oiseau. Les yeux clos en un recueillement intense, il formule son vœu. « Le temps est venu. J’ai honoré la promesse faite sur ton lit de mort, repose en paix mon oncle, toi et ton secret ».

Chapitre 1Dijon, 2013

Roman Delcourt poussa la porte des archives départementales de Côte-d’Or. Il obliqua à gauche de l’entrée vers la vaste salle réservée aux manifestations. La jeune fille au guichet lui sourit. C’était la troisième fois en quinze jours qu’il visitait l’exposition sur la vie quotidienne au temps des ducs de Bourgogne. Ils échangèrent quelques mots puis il déambula paisiblement parmi les tableaux et tentures aux couleurs éclatantes, les bijoux somptueux, les ustensiles plus communs. Clou de l’exposition, les textes anciens, inventaires, ordonnances et manuscrits enluminés exercèrent leur fascination habituelle. Il admira la délicatesse des peintures, les feuilles d’acanthe et les semis de fleurs illustrant les marges, la précision des détails dans une scène de vendanges ou le portrait d’un saint. Encadrant les lettrines calligraphiées avec art, leurs coloris inaltérés, vert, jaune, rouge minium ou bleu outremer rehaussés d’or jaillissaient des manuscrits. Chatoyant avec intensité, les miniatures semblaient peintes de la veille.

Effleurant un écran tactile, il fit défiler la fameuse ordonnance du 31 juillet 1395 par laquelle Philippe le Hardi bannissait le « très-mauvaiz et très desloyaul plant, nommé gaamez » au profit du pinot noir, préservant de fait la réputation des vins de Bourgogne pour les siècles à venir. Le document suivant retraçait les itinéraires au jour le jour des deux premiers ducs, révélant une existence nomade composée d’un enchaînement de voyages à cheval avec leur suite, parfois sur des distances considérables, à une allure plutôt rapide, Dijon-Paris en trois jours, puis la Flandre quand ce n’était pas la Normandie, le Lyonnais ou le Berry. Des déplacements ponctués de courts séjours ici ou là, rythmés par la chasse, les festins, les jeux de paume ou de dés.

Là, une maquette reproduisait la capitale du duché de Bourgogne sous le principat de Philippe le Hardi.

Roman imagina le premier des quatre ducs Valois entrant dans sa ville par l’une des huit portes principales, fièrement campé sur sa monture. Entouré de ses chambellans, escorté d’une douzaine d’archers, il revient d’une visite à la chartreuse de Champmol, ce lieu qu’il a créé pour lui servir de nécropole ainsi qu’à sa famille. Les travaux sont bien avancés, satisfait, il arbore un sourire débonnaire. En cette fin d’été, il admire les vignes environnantes chargées de lourdes grappes de pinot noir aux grains serrés, la vendange sera bonne, son sourire s’élargit. Les églises des sept paroisses de la cité dressent leur flèche dans le ciel limpide, un son de cloche résonne au loin. Il passe la porte Guillaume, s’engage dans la rue éponyme qui longe les jardins de l’abbaye Saint-Bénigne. Il s’achemine au pas lent de son cheval à travers les rues de Dijon.

Aujourd’hui samedi, c’est jour du vieux marché, le plus important de la ville, il bifurque pour éviter le quartier Notre-Dame et la foule qui se presse autour de l’église et jusque dans le cimetière qui jouxte l’édifice, lieu de foire où les marchands sont autorisés à faire commerce au milieu des sépultures. Le voilà place Saint-Jean où se tient l’étape, peut-être s’autorise-t-il une halte sur le marché aux vins pour déguster l’un de ses crus préférés. De la place du Morimont{1}, toute proche, il entend les chiens se disputer à grands cris les chairs des suppliciés de la veille. Passé le pont qui enjambe le Suzon, il atteint la place en bas du bourg. De là lui parviennent les effluves nauséabonds des détritus jetés à même la rue par les bouchers qui officient rue du Bourg, il se couvre le nez de sa main gantée, le temps chaud exhale la pestilence, mais au moins le sol est sec, point de cette fange des jours pluvieux où les chevaux piétinent et glissent à chaque pas parmi les immondices. Il aperçoit maintenant la silhouette en construction de la chapelle ducale, voisine de son hôtel{2}. Il pique vers la chambre des comptes, contourne des masures d’où jaillissent les caquètements des poules et parfois le grognement d’un cochon. Enfin, il pénètre dans la basse-cour de la résidence ducale. Un valet s’avance à qui il confie son cheval après l’avoir flatté longuement, il se dirige ensuite vers les étuves. Là, dans le calme de son bain, il se laisse aller à ses rêves grandioses, pour sa ville et pour le duché, pour la dynastie des Valois dont il ambitionne le rayonnement aux confins de la chrétienté.

Roman s’attarda longtemps, imaginant les rues animées de cette époque. Un peu plus loin, il apprécia la reproduction grandeur nature d’un banquet de l’ordre de la Toison d’or, présidé par le duc Philippe le Bon. Arborant le collier de l’ordre, les convives en cire paraissaient plus vrais que nature. À voir la richesse des costumes, le scintillement des pierreries, la Cour fastueuse, on pouvait sans mal se représenter la puissance des quatre grands ducs d’Occident, dont Philippe, troisième de la lignée et fondateur de l’ordre de la Toison d’or, incarnait l’apogée. Pourtant, la préférence de Roman allait sans conteste à son grand-père Philippe le Hardi. Fin politique, grand mécène, les chefs d’œuvre qu’il avait commandités participaient encore aujourd’hui à la renommée de la Bourgogne. Des foules de touristes admiraient les sculptures dues au génie de Claus Sluter et de son école : le puits de Moïse, les tombeaux des ducs et leur cortège de pleurants ; les retables peints par Melchior Broederlam ; les nombreux manuscrits aussi dont regorgeait la bibliothèque du duc, tel un récit sur la vie de son frère, le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V commandé à la poétesse Christine de Pizan. La liste était longue et retraçait avec soin les goûts sûrs de ce prince visionnaire.

Il allait quitter cette salle quand il aperçut une vitrine à demi dissimulée derrière une colonne. S’en approchant, il découvrit une petite statuette qui l’envoûta dès le premier regard.

Taillé dans la pierre d’Asnières se détachait un visage à l’ovale très pur. Le sculpteur avait su rendre avec un immense talent la grâce de son modèle, sa délicate ossature. Une fragilité émanait de l’ensemble, qui laissait cependant transparaître une force de caractère peu commune : buste bien droit, regard assuré, la bouche aux lèvres pleines esquissait un léger sourire où se devinait un soupçon d’ironie.

Captivé, Roman la contempla un long moment. Il se pencha ensuite vers la plaque posée devant la statue pour déchiffrer deux lignes laconiques :

Portrait d’une jeune fille inconnue

Fin XIVe - Début XVe siècle

Roman relut le texte plusieurs fois avant de regagner la sortie d’un pas lent.

Contrastant avec l’ambiance tamisée des archives, la réverbération du soleil sur l’asphalte brûlant l’éblouit. Il se tint immobile quelques secondes, le temps de s’accoutumer à cette luminosité crue.

Un groupe de jeunes étudiantes traversa la rue dans sa direction. Le regard des passantes s’attarda sur cet homme à l’élégance discrète. L’une d’elle plus hardie plongea les yeux dans les siens, séduite par ce regard franc d’un brun doré ponctué de reflets verts qui lui évoquaient la douceur de la jeune mousse de printemps. Elle lui sourit, il ne la remarqua pas, l’esprit absorbé par son inconnue de pierre. La pétarade d’une vieille mob rouillée le fit sursauter, l’arrachant à sa rêverie.

Le bruit de la circulation et l’agitation de la ville lui causèrent un vrai choc : passants pressés de rentrer chez eux, le portable collé à l’oreille révélant des bribes de vie privée, concert de klaxons pour signaler le passage au vert à un automobiliste étourdi, bruit lointain d’un alphajet regagnant la base aérienne de Longvic. Il était si bien imprégné de l’atmosphère moyenâgeuse qu’il lui fallut quelques minutes pour reprendre pied dans la réalité.

Jetant un coup d’œil rapide à sa montre, il s’aperçut qu’il était grand temps de rejoindre le cabinet avant l’arrivée de son premier rendez-vous.

À la fin de ses études d’histoire médiévale, Roman avait été recruté par une agence de généalogie de la région lyonnaise. Six ans plus tard, estimant qu’il avait acquis une expérience suffisante, il avait décidé d’ouvrir son propre cabinet, choisissant Dijon pour se rapprocher de sa famille et de ses amis d’enfance. Très rapidement, il avait trouvé un local à acheter rue Jean-Jacques Rousseau, à deux pas des archives départementales, une proximité très appréciable pour mener à bien les recherches de ses clients.

Le démarrage de son activité s’était fait progressivement ; après une première année difficile au cours de laquelle il avait failli plusieurs fois céder au découragement, le bouche à oreille avait agi, ses premiers clients le recommandant avec empressement. En 2008, il avait créé son site web, développant ainsi une nouvelle clientèle parmi la communauté grandissante des généalogistes amateurs. Aujourd’hui, il était reconnu et apprécié par l’ensemble de ses confrères, tant pour sa gentillesse que pour son professionnalisme, et il n’était pas rare que l’un d’entre eux l’appelle pour solliciter ses conseils sur une question épineuse.

Son emploi du temps de l’après-midi, très chargé comme à l’accoutumée, ne lui autorisa qu’un court répit vers 17h00. Roman pianota sur son PC l’adresse du site des archives départementales, puis cliqua sur le lien consacré à l’exposition des ducs de Bourgogne. Il fit défiler les pages jusqu’à la rubrique qui l’intéressait. L’information très succincte reprenait l’inscription de l’exposition ainsi qu’une photo de la statuette, accompagnée d’un bref commentaire : découverte lors des travaux de rénovation du musée des Beaux-Arts.

Roman fixa l’écran un moment. Le menton appuyé sur sa main droite, sa main gauche caressait les touches du clavier sans les enfoncer, une pose familière qu’il adoptait instinctivement lorsqu’il réfléchissait. Il était « mordu », il le savait, comme il devinait qu’il n’aurait de cesse avant d’avoir identifié le ravissant visage de son inconnue des archives.

Il ressentait une profonde exaltation, semblable à celle qui s’emparait de lui à chaque étude généalogique un peu complexe. Les longues heures de recherche, le patient travail d’enquêteur, la vérification de ses hypothèses et puis, enfin, l’enthousiasme et l’émotion de la découverte, nom, date ou lieu apparaissant au cœur d’un registre, lien infime, mais combien essentiel pour reconstituer une histoire familiale.

Il saisit son téléphone puis composa rapidement le numéro du directeur des collections du musée des Beaux-Arts. François-Xavier Delorme était l’un de ses vieux camarades de lycée et leur amitié avait perduré depuis le baccalauréat. À la suite de la nomination de François-Xavier à Dijon l’année précédente, ils avaient collaboré à deux ou trois reprises sur des recherches communes. Après quelques échanges de politesse, Roman alla droit au but et proposa à son ami de dîner ensemble le lendemain.

— Autant te prévenir tout de suite, j’ai une idée derrière la tête, alors pour la peine, c’est moi qui invite. Je passe te prendre chez toi à 20h00, ça te convient ?

François-Xavier bougonna.

— Mais qu’est-ce que tu as encore inventé pour mettre la pagaille dans mes services ? Avant de raccrocher sur un :

— Salut, à demain et n’oublie pas ton portefeuille comme la dernière fois !

Roman éclata de rire au souvenir de l’incident. Il avait offert un dîner gastronomique à son ami pour fêter ses trente-cinq ans. Au moment de payer, il s’était aperçu qu’en se changeant avant le restaurant, il avait laissé sa carte bleue chez lui. François-Xavier avait d’abord cru à une blague, puis il avait réglé la note en se délectant de l’air dépité de Roman. Depuis, il ne perdait pas une occasion de mentionner l’incident, sachant que Roman ne se vexerait pas de ce qui n’était qu’une plaisanterie amicale, sans arrière-pensée aucune.

Chapitre 2Dijon, 2013

Roman se gara dans le parking Darcy dont il émergea sur la place du même nom. Le tram couleur framboise déversait ses flots de passagers, il suivit du regard des couples enlacés qui se pressaient à l’entrée du cinéma. À l’affiche, une comédie romantique. Le dernier film qu’il était allé voir en compagnie d’Elsa. Il lui sembla que cela remontait à une éternité. Leurs fous rires lui manquaient comme les commentaires acérés de sa compagne sur le jeu des acteurs. Il abandonna ces pensées moroses sous la porte Guillaume et se dirigea d’un bon pas rue de la Liberté vers l’immeuble de son ami, situé à l’emplacement exact où se tenaient au Moyen Âge les étuves de Saint-Seine. Dijon comptait à l’époque plusieurs de ces établissements, fort prisés pour leurs bains d’eau chaude et de vapeur. La nudité et la proximité des corps, la présence fréquente de prostituées favorisait les attouchements et il n’était pas rare que la toilette s’achève par des plaisirs plus sensuels. Comme de nombreuses autres, les étuves de Saint-Seine furent fermées par la suite, accusées de véhiculer d’innommables maladies, la syphilis entre autres, sans parler d’atteinte aux bonnes mœurs. Avec elles disparurent les vertus de l’hygiène, pour ne réapparaître qu’au début du XXe siècle !

Que son ami, si puritain parfois, ait choisi de résider précisément là amusait Roman au plus haut point. Tout en sonnant, il sortit sa carte bancaire et la plaça devant la caméra de surveillance : l’interphone émit un sifflement avant de se faire l’écho du rire tonitruant de François-Xavier.

— Toi alors, tu ne manques pas d’air ! Bon j’enfile une veste et je te rejoins dans une minute.

Une fois installés à leur table, ils discutèrent un moment de leur métier respectif, puis Roman exposa à François-Xavier ce qu’il attendait de lui.

— Je brûle d’impatience de découvrir l’identité de cette statuette. Je pense que l’on pourrait dénicher des informations intéressantes en examinant les comptes généraux de l’État bourguignon. C’est un gros travail j’en suis bien conscient et je ne pourrais y consacrer que très peu de temps. Tout seul, ça risque de prendre des mois avant d’obtenir un résultat.Alors qu’une mission officielle, avec l’aide de tes services ! 

Roman se pencha vers son ami et poursuivit sur un ton faussement sérieux, masquant difficilement un sourire amusé.

— En plus, imagine les répercussions médiatiques si on identifie cette femme. Grâce à moi, tu deviendras une vraie sommité et…

François-Xavier l’interrompit.

— Ça va, ne me fais pas le coup de la renommée, tu sais pertinemment que ça ne m’intéresse pas et que l’opportunité de faire un scoop sur un tel sujet est proche de zéro. De toute façon, tu te doutais bien que j’accepterais. Et je vais même te surprendre en t’annonçant que nous avons déjà commencé des recherches en ce sens.

François-Xavier croqua dans une gougère avec délectation puis savoura une gorgée de son kir avant de reprendre.

— Lorsque nous avons préparé l’exposition, j’ai été intrigué comme toi par cette inconnue. Je suis de ton avis, ce portrait a certainement dû être commandité par l’un des ducs de Bourgogne. Donc, pour tout te dire, j’ai monté une équipe depuis un mois, avec pour objectif de collecter la moindre information permettant de résoudre cette énigme. Qu’en dis-tu ?

— Tu es franchement génial ! Mais raconte-moi, je suis impatient de savoir ce que vous avez déjà découvert.

— Pour l’instant pas grand-chose. Nous avons surtout procédé par recoupement. Il se pourrait que cette statuette ait été commandée par Philippe le Hardi à la fin du XIVe siècle. Nous recensons en ce moment toutes les commandes similaires faites par le duc. Apparemment, de tels objets représentaient une personne particulière que le duc souhaitait valoriser en l’incluant dans sa galerie de portraits. Ces personnalités étaient la plupart du temps des artistes ayant travaillé pour la famille ducale : sculpteurs, enlumineurs, poètes, peintres… une sorte de musée Grévin avant l’heure ! 

— C’est original comme procédé et assez confidentiel non ? Il ne me semble pas avoir déjà entendu parler d’une telle collection ? 

— En effet, c’est une véritable découverte qui va être révélée au grand public dans les semaines qui viennent : nous préparons toute une campagne de communication, une exposition pour le début de l’année prochaine ainsi qu’une émission d’une heure à la télévision régionale. 

— Et tout ça grâce à… ma statuette ! 

— Oui. Même si elle reste encore une inconnue, nous pensons que son modèle a joué un rôle artistique auprès du duc. C’est en croisant toutes les informations dont nous disposions sur les nombreuses statuettes de la Cour de Bourgogne que nous leur avons découvert des caractéristiques communes, notamment le fait que chacune était le portrait d’un artiste reconnu à cette époque, artiste qui avait réalisé une ou plusieurs œuvres commanditées par Philippe le Hardi. Lors de la phase de démarrage des travaux de rénovation du musée des Beaux-Arts{3}