L’ODEUR DE LA LAVANDE - Natalie Degen - E-Book

L’ODEUR DE LA LAVANDE E-Book

Natalie Degen

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Beschreibung

Clarisse est une jeune femme dont la vie fut marquée par la présence d’un père vénéré et très aimé. Elle a d’autant plus de mal à accepter sa perte inattendue. Le hasard veut qu’une lettre dont elle reconnaît l’écriture paternelle lui tombe entre les mains. Elle se rend vite compte que la mystérieuse missive, qui débute par une tendre apostrophe (« ma chère Clarisse »), ne lui est pas destinée. Amour et admiration font aussitôt place à la haine et à l’incompréhension. Découvrant un secret de famille dont ses frères et sœurs ignorent tout, elle se rend en Provence, l’âme en peine, pour y chercher des réponses.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Natalie Degen

L’ODEUR DE LA LAVANDE

Nouvelle

BookRix GmbH & Co. KG81371 Munich

L’ODEUR DE LA LAVANDE

 

 

J’ignore quand la chose s’est produite la première fois. À quel moment ce tableau idyllique de l’existence, que n’avait encore altéré ni la polarité factuelle du monde environnant, ni l’envie ou la jalousie d’observateurs attentifs, ni l’accablante quotidienneté de la vie, si miséricordieuse fût-elle, ni la rareté d’innocentes querelles, à quel moment ce monde qui m’avait vu grandir et constituait mon enfance heureuse, dénuée de toute malice, s’est effondré, a basculé dans le néant, non sans avoir effleuré mon épaule de la froideur terrible que souffle la muette nudité des murs transis d’une maison à jamais désertée, dont même le planchern’est plus égayé d’objets oubliés là, ou depuis longtemps inutiles, vaisselle ébréchéedevenue indigne de la nouvelle cuisine ou bien lit de poupée, dont la peinture s’écaille, offert un jour par cette rapiate de tante Annette.

Si étrange qu’il puisse paraître, ce ne fut pas quand je pris congé de mon père et jetai un dernier coup d’œil craintif à ses paupières à jamais closes, refusant de croire qu’il ne me regarderait plus désormais ni avec fierté, comme il m’arrivait de le mériter en mon enfance pour une honnête appréciation dans mon carnet de notes, ni avec réprobation, comme lorsque qu’il apprenait de quelle singulière couleur fluo le chat des voisins pouvait s’enorgueilliraprès être passé entre les mains de mon frère Frédéric avec ma discrète complicité.

Ce ne fut non plus ni ce vilain jour maussade, insensible à nos sentiments, où nous fûmes informés de la maladie de notre père, ni le jour de sa mort, où je crus qu’on venait, juste à l’instant, d’éteindre la lumière pour peut-être ne plus jamais la rallumer, ni le jour de ses funérailles, où de fort nombreux parents et de fort peu nombreux amis, dans l’espoir de soutenir ma mère, toute voûtée, soudainement vieillie, égrenaient d’infiniment sottes paroles, à leurs yeux consolatrices, sur la fragilité de l’existence et le caractère immuable de la rencontre, — de ces paroles que tiennent toutes prêtes les gens qui à coup sûr n’ont encore perdu aucun proche, et ne se représentent que de manière lointaine l’état de ceux qui en subissent l’épreuve.

Ce monde où la seule idée de la maison familialeque j’avais pourtant quittée depuis longtemps suffisait à me réchauffer le cœur, ce monde qui me semblait plus solide et inébranlable que n’importe quoi d’autre dans ma vie, se fendit en deux en tombant par terre, telle une fine tasse de porcelaine volant en mille éclats désormais inutiles, à l’instant où mes yeux incrédules glissèrent sur les lignes tracées par mon père sur une feuille de papier, s’accrochant aux familières arabesques de son écriture tant aimée, comme ils se fussent accrochés à sa main.

« Ma chère Clarisse… »

Non, pas maintenant,sans doute pas maintenant…

Samort avait été aussi soudaine que rapide, comme une tempête toute puissante, engloutissant tout sur son passage, qui nous eût laissés en vie mais eût dérobé le sol sous nos pieds et emporté le toit, et quand maman nous demanda d’une voix éteinte ce que chacun de nous aimerait recevoir en souvenir de notre père, je ne sus trouver de réponse appropriée. Tout ce qui devait s’ensuivrem’apparaissait comme la mise à sac d’un musée estimé et apprécié depuis longtemps, je ne parvenais pas à me défaire de l’idée que saccager l’univers personnel de mon père pour le scinder en quatre parts, quand même celles-ci nous revenaient de droit, équivalait à une trahison. Jusqu’au moment où ma sœur Denise, sans prononcer un mot, me remit « mon dossier ».