La belle d'occident - Bảo Hòa Huỳnh Thị - E-Book

La belle d'occident E-Book

Bảo Hòa Huỳnh Thị

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Beschreibung

Tuấn Ngọc, jeune homme originaire d’Indochine, quitte son pays pour rejoindre l’armée coloniale. Il va combattre sous le drapeau français, c’est la Grande Guerre. Blessé au champ de bataille, il rencontre à l’hôpital une belle Française volontaire à la Croix-Rouge. Un amour naît. Mais dans une société conservatrice, cette union entre un soldat « indigène » et une femme française n’est pas du goût de tout le monde…
Publié en 1927 à Saigon, La Belle d’Occident est présenté comme le premier roman écrit par une femme vietnamienne, Huỳnh Thị Bảo Hòa, figure majeure des féminismes vietnamiens de l’entre-deux guerres. Son œuvre est traduite pour la première fois en langue occidentale.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Huỳnh Thị Bảo Hòa (1896-1982), auteure moderne et moderniste, considérée comme la première romancière féministe du Vietnam, a appris les caractères chinois et la langue française. Très engagée pour la modernisation de la société vietnamienne et pour la cause féminine, elle a écrit, depuis sa résidence à Tourane (actuellement Đà Nẵng au centre), pour de nombreux magazines dans tout le Vietnam.

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Seitenzahl: 182

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Huỳnh Thị Bảo Hòa

LA BELLE D’OCCIDENT

Roman

Traduit du vietnamien par NGUYEN Phuong Ngoc

Ouvrage publié sous la direction deJulien PAOLUCCI

Ouvrage publié avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie

Titre original : Tây phương mỹ nhơn

publié à Saigon

Imprimerie Bảo Tồn, 1927

© Decrescenzo éditeurs, 2020

pour la traduction française

ISBN 978-2-36727-104-0

La couverture deLa Belle d’Occidenta été réalisée par Thomas GILLANT

Présentation du traducteur

En 1927, un roman au titre étrange, La Belle d’Occident (Tây phương mỹ nhơn en vietnamien), a été publié à Saigon, en Indochine française. Il raconte l’histoire d’amour entre une Française et un Vietnamien qui s’est engagé comme soldat pendant la Grande Guerre. Une histoire au parfum d’interdit au temps de la colonisation donc, mais la force de l’amour a triomphé de tous les obstacles. Nombreux étaient ceux qui ont essayé de les séparer, par jalousie ou par conviction de leur supériorité. Pourtant, les sentiments, l’amour et la fidélité sont communs à tous les êtres humains, profondément égaux au-delà de toutes les frontières. Précisons que c’est une femme vietnamienne qui a écrit ce roman pour exprimer son admiration à une femme française. Celle-ci a réellement existé, elle a traversé les océans pour venir en Indochine chercher son mari qui n’avait aucun moyen pour retourner en France, malgré la promesse qu’il avait faite à sa femme avant leur séparation. Après de nombreuses difficultés, ils ont été autorisés à se retrouver, mais interdits de séjour en Indochine, car la société coloniale, où le concubinage avec une femme du pays était une pratique courante, n’acceptait pas un mariage entre une citoyenne française et un sujet colonisé. Cette Française instruite, consciente de ses droits comme de ses devoirs, est décrite comme un modèle pour les femmes vietnamiennes. Par rapport à Tố Tâm, l’héroïnedu roman éponyme publié deux ans plus tôt et considéré comme le premier roman moderne vietnamien écrit à l’occidentale, notre héroïne n’a pas accepté passivement son sort, mais s’est combattue pour sa liberté d’aimer, mais aussi pour son droit en tant que citoyen et femme.

L’auteur, madame Huỳnh Thị Bảo Hòa, dit dans la préface avoir été témoin de cette histoire. Elle a certainement vu cette Française amoureuse et déterminée parcourir les rues de sa ville à la recherche de son mari. Madame Huỳnh Thị Bảo Hòa habitait en effet Tourane (actuellement Đà Nẵng au centre du Vietnam) et est connue comme une personnalité qui a œuvré pour la modernisation de la société vietnamienne en général et pour l’éducation des femmes en particulier. Première femme portant les cheveux courts et pratiquant le vélo à Tourane, elle écrivait dans les périodiques, animait des associations et faisait des conférences où elle appelait à améliorer la condition des femmes et, en premier lieu, à leur apprendre à lire et à écrire. Madame Huỳnh Thị Bảo Hòa s’est essayée à des expériences littéraires différentes, comme un récit de voyage Bà Nà du ký publié dans l’influente revue Nam Phong [Vent du sud], des pièces de théâtre, mais aussi un essai sur le Champa, Chiêm Thành lược khảo, salué dans le Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient comme la première synthèse sur le sujet rédigée par une auteur vietnamienne.

Tây phương mỹ nhơn, le roman que vous avez entre les mains, est son seul roman, salué par ses préfaciers, dont les grands lettrés modernistes Huỳnh Thúc Kháng et Tản Đà Nguyễn Khắc Hiếu, qui se félicitent de la parution du premier roman écrit par une femme de lettres en quốc ngữ, l’écriture de la langue vietnamienne sur la base de l’alphabet latin.

En le plaçant dans un contexte plus large et pas seulement vietnamien, ce roman rédigé il y a bientôt un siècle nous interpelle par les sujets qu’il aborde et les questions qu’il soulève, mais aussi par les perspectives ouvertes. Dans une Indochine coloniale, il a le courage de dénoncer les problèmes d’une société inégalitaire, en décrivant un pays ayant perdu son indépendance et des habitants traités comme des « esclaves ». Il fait également entrevoir la possibilité d’une autre société, celle des Lumières, dans laquelle les hommes et les femmes sont égaux. Le héros principal, « jeune homme du pays Nam Viet » (car le Vietnam n’existait pas encore), mène une réflexion sur la place du peuple vietnamien dans le monde et dans l’Histoire. Instruit, il est conscient de sa condition et s’efforce de venir en aide aux autres, en apprenant à lire aux camarades soldats par exemple. Au moment de choisir entre créer un Vietnam indépendant ou rester une colonie française, la balance a penché clairement vers le choix de devenir maître de son destin, comme l’histoire nous le montrera.

En proposant ce roman écrit à l’aube de la littérature en langue vietnamienne, le traducteur espère susciter la curiosité du lecteur français et francophone. Il s’agit non seulement de l’histoire entre la France et le Vietnam, mais aussi de celle d’autres peuples qui étaient, à un moment ou un autre, mis en relation au sein de l’empire français. C’est sur le champ de bataille que le jeune Vietnamien a fait la connaissance d’autres soldats coloniaux qui ont mélangé leur sang, indépendamment de leur couleur de peau. À notre connaissance, il n’existe aucun roman portant sur la participation des colonisés à la Grande Guerre écrit par un auteur africain, alors que la bravoure des tirailleurs sénégalais est souvent citée.

Un mot enfin sur la traduction qui s’efforce d’être le plus près du texte original. Les noms des personnages français sont vietnamisés, comme cela se faisait à cette époque. L’héroïne s’appelle donc Bạch Lan, nom exprimant sa beauté et ses qualités morales, car il signifie « Orchidée blanche », l’orchidée étant une fleur noble et la couleur blanche symbolisant la pureté. Bạch Lan [orchidée blanche] va donc de pair avec Tuấn Ngọc [pierre précieuse] pour une histoire d’amour placée sous le signe de l’harmonie et de la fidélité. J’ai finalement décidé de laisser le nom vietnamisé de l’héroïne française, gardant ainsi une étrangeté qui était sans doute celle du lecteur vietnamien qui lisait le roman à sa parution, découvrant une France où les filles et les garçons peuvent se voir librement, une femme qui ose franchir seule les milliers de kilomètres et qui tient tête à l’administration qui l’empêche de retrouver son mari.

La traduction de Tây phương mỹ nhơn [La Belle d’Occident] n’aurait pas été possible sans l’aide de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dans le cadre du programme Tempo Traduction 2020.

La Belle d’Occident est aussi un projet qui a vu le jour pendant le confinement au printemps et qui s’est achevé pendant celui de l’automne, en cette année 2020. Il se veut être une note d’espoir grâce à l’amour et à la solidarité, les qualités qui ont toujours aidé les hommes et les femmes à traverser les épreuves. 

Enfin, je tiens à remercier mes premiers lecteurs : Dominique et Rémi Caron, Josie Miljevic, Roselyne Kuntzer et Monique Douillet.

Quelques références suggérées aux lecteurs :

- Mireille Le Van Ho, Des Vietnamiens dans la Grande Guerre, Paris, Ed. Vendémiaire, 2014.

- Trương Duy Hy, Nữ sĩ Huỳnh Thị Bảo Hòa. Người phụ nữ viết tiểu thuyết đầu tiên (Mme Huỳnh Thị Bảo Hòa. La première femme auteur de romans), Hanoi, Ed. Văn Học, 2003.

- Tản Đà, Le Petit rêve, roman traduit du vietnamien par Nguyễn Phuong Ngoc, Fuveau, Ed. Decrescenzo, 2017. Traduction de l’original en vietnamien Giấc mộng con (1917 et 1932).

- Lâm Lê, Công Binh, la longue nuit indochinoise, film documentaire, 2013.

On peut lire le texte original en se rendant dans le catalogue de la Bibliothèque numérique France-Vietnam de la Bibliothèque nationale de France.

Première préface

À l’âge de cinquante ans, j’ai la réputation d’être un « homme de lettres », mais je ne pense pas mériter le titre d’homme de lettres. Étant un habitant du pays d’Annam, un homme qui a grandi dans ces années de fin du XIXe siècle et de début du XXe siècle, je suis résigné à accepter mon destin, ce qui doit me rendre honteux. N’étant pas digne de ce titre, je ne me vois pas faire de grands discours pour commenter l’œuvre de quiconque. Pourtant, la réputation d’homme de lettres, qui pèse sur les épaules de tant d’autres, est en fait une chance pour moi. En effet, depuis une dizaine d’années que j’écris dans la presse, mon activité consiste à « tuer les dragons », métier inutile et rébarbatif, et pourtant c’est ce métier qui me permet de ne pas perdre mon temps et d’apporter ma contribution modeste à la société.

Il y a quelques mois, je me suis rendu à Tourane pour des affaires concernant notre journal. Madame Huỳnh Thị Bảo Hòa, épouse de monsieur Vương Khả Lâm, qui est une femme de lettres connue à Tourane et qui écrit régulièrement dans des journaux, est venue avec son époux me rendre visite. Dans la conversation, comme nous avons abordé la question de la littérature féminine dans la société contemporaine, elle m’a donné le roman qu’elle venait d’écrire et m’a demandé une préface. « Je suis d’une famille qui aime les études, m’a-t-elle dit. Mon père est mandarin à la retraite. Depuis l’enfance, j’aime les livres. Ces dernières années, dans le mouvement des études féminines qui commence à se développer dans notre pays, je collectionne les livres et les journaux pour les lire d’abord pour mon plaisir, ensuite pour y apprendre des choses nouvelles. Parmi ces livres, je préfère les romans. Je me suis mise à l’écriture de ce texte sous l’inspiration des auteurs que j’apprécie. Mais je sais que dans un métier nouvellement appris, on est maladroit, c’est pour cela qu’avant de le rendre public, j’aimerais avoir votre opinion sur mon livre. »

J’ai bien lu son roman, du début à la fin. La gente féminine de notre pays, même dans l’ancien temps où les études étaient peu accessibles, pouvait être fière des héroïnes comme les deux sœurs Trưng, la dame Triệu, les dames Phạm Thị Thuấn et Nguyễn Thị Kim, mais aussi des femmes érudites comme madame Đoàn Thị Điểm, mademoiselle Hồ Xuân Hương et princesse Diệu Liên, qui écrivaient des choses aussi belles que les plus grands hommes lettrés. Il est normal de voir apparaître dans notre société d’aujourd’hui des femmes qui peuvent rivaliser avec les figures célèbres de la Chine antique telles que Thái Văn Cơ et Tô Tiểu Muội. Comme madame Huỳnh Thị Bảo Hòa aime lire des romans, je me permets de dire quelques mots de ce genre de la littérature.

Le roman permet de divulguer aisément des idées dans la société. Mais écrire un roman est une tâche difficile de l’écrivain. Au Japon comme en Chine, au moment de leur modernisation, le roman est très populaire, écrit par des auteurs du pays ou traduit de langues occidentales. Le roman possède une force souterraine qui diffuse largement dans la société, lui permettant de faire émerger de nouvelles idées, comme le montrent ces romans célèbres, Rencontres fortuites avec de belles femmes ou Discussion sur le pays. Même le roman d’amour et le roman policier sont intéressants. Leur style semble de prime abord négligé, mais il est en réalité raffiné ; leur propos semble superficiel, mais il est en fait profond. Ces romans racontent des histoires qui peuvent paraître insignifiantes, pourtant celles-ci soulignent tout ce qui concerne la vie en société et l’âme humaine. Tout le monde peut facilement comprendre l’histoire racontée, telle une discussion entre femmes et enfants. Mais l’écrivain, lui, ne peut pas écrire une ligne sans une grande somme de connaissances et une grande compréhension de la marche du monde. C’est pour cette raison que le roman, à l’instar de la presse, peut devenir une arme efficace pour diffuser des idées dans la société.

Dans notre pays, le roman est encore à ses débuts, tel un arbre qui donne ses premières feuilles. Des auteurs masculins ont fait paraître des romans, comme La pastèque rouge et L’automne de la vengeance, mais aucune femme n’en a encore publié. Madame Huỳnh Thị Bảo Hòa a passé un temps précieux à l’écriture de ce texte, en mobilisant ses connaissances et son talent tel un tisserand travaillant des fils d’une grande valeur. Elle se fait ainsi un nom dans la société, non seulement comme romancière, mais également comme une pionnière qui a ouvert le chemin et qui porte haut le drapeau de l’armée des femmes talentueuses1. Comme un général défendant sa citadelle, elle est un adversaire redouté des écrivains hommes sur le champ de bataille des lettres2. Quel courage ! Quel effort !

Je ne parle pas des questions de style ou de forme, car, actuellement, les femmes de lettres sont encore peu nombreuses.

Huỳnh Thúc Kháng

Docteur reçu au concours mandarinal

Président de la Chambre des représentants du peuple d’Annam

1927

. Une femme talentueuse est comparée à une armée.

. Une femme qui fait preuve de talent militaire est comparée à une citadelle imprenable.

Quelques mots offerts

à La Belle d’Occident 

Lors de mon voyage vers le Sud, en l’année du Chat, j’ai fait halte à Tourane, où j’ai passé quelques jours chez monsieur Vương Khả Lãm. Son épouse, Madame Huỳnh Thị Bảo Hòa, est une lectrice de notre revue Annam tạp chí [Revue d’Annam], dans laquelle elle avait publié quelques textes. Au cours de nos conversations, elle m’a lu des passages d’un roman qu’elle venait d’écrire. Ce roman s’intitule La Belle d’Occident.

Il s’agit de l’histoire d’une femme occidentale fidèle à son mari, qui est vietnamien. C’est une histoire vraie qui a eu lieu à Tourane et qui a donné la matière de son roman à l’auteur. Ô notre pays était autrefois respectueux de la morale, notamment les valeurs morales féminines. De nos jours, dans cette société où les mœurs sont décadentes, beaucoup de femmes les négligent, comme ces herbes folles qui poussent partout et dont personne ne veut. Quelle surprise de voir dans ce roman qu’une femme occidentale, prénommée Bạch Lan, « Orchidée Blanche », née dans un pays libre comme la France, sait faire grand cas de la fidélité, comme les Asiatiques autrefois. Si le roman racontait l’histoire d’une Française avec un Chinois, les femmes vietnamiennes devraient de toute façon le lire ; mais le héros qui épouse cette belle femme est un homme d’Annam, ce qui est une raison meilleure encore de publier ce livre afin que tous les habitants de notre pays connaissent le récit de ce couple. Le roman La Belle d’Occident est surtout appréciable pour cette raison. Quant au style, il est fluide, comprenant beaucoup de passages décrivant les sentiments des personnages. C’est le premier roman écrit par une plume féminine. Je prie les amis écrivains de le considérer comme une œuvre digne de leur attention. Voici quelques mots en honneur de La Belle d’Occident que je présente respectueusement à son auteur.

Nhatrang, le 2 mai 1927

Tản Đà Nguyễn Khắc Hiếu, écrivain et poète

Un mot de l’auteur

En tant qu’êtres humains, nous devons organiser la société selon des principes moraux. Tous doivent les respecter, souverains comme simples paysans. Car la morale est à la racine de la famille et assure l’ordre dans la société. Un pays qui voit ses mœurs devenir décadentes s’affaiblit, une famille qui ne respecte plus la morale est éclatée. Un être humain qui n’a aucune valeur morale n’est plus digne de siéger parmi les humains. C’est pour cette raison qu’on tient en haute considération, chez les hommes, la fidélité au souverain, et, chez les femmes, la fidélité à son époux.

L’histoire racontée dans La Belle d’Occident est une histoire vraie qui s’est déroulée dans notre pays. Une femme, née dans un pays étranger et libre, s’est mariée avec un homme de chez nous, un Vietnamien. Elle se comportait avec droiture et fidélité comme on en voit rarement. Si l’on réfléchit dans l’esprit de l’égalité, un homme ou une femme qui a des valeurs morales et un talent supérieur aux autres doit être tenu en considération, indépendamment de son pays et de son origine, car c’est un exemple pour les jeunes générations, comme un miroir dans lequel on peut se voir. C’est pour cette raison que j’ai tâché, malgré mes modestes capacités, de collecter des informations et de donner un certain style pour écrire ce roman La Belle d’Occident afin de faire l’éloge de cette femme exemplaire, donnant ainsi aux lectrices quelques moments de loisir quand elles ne sont pas occupées par des travaux ménagers. Je vous prie de lire avec bienveillance cette histoire, et j’accepterai vos critiques si vous ne l’aimez pas.

Deuxième préface

Grâce à mes modestes talents en littérature, j’ai eu l’honneur d’être un ami de madame Vương Khả Lãm, de son nom de jeune fille Huỳnh Thị Bảo Hòa, l’auteur du roman La Belle d’Occident. J’ai aussi la chance d’être né au lieu où elle réside actuellement, ce qui fait que je reçois régulièrement ses textes en tant que journaliste au Đông Pháp thời báo [Journal de l’Indochine française], à Saigon. J’apprécie beaucoup ses écrits, plusieurs m’ont bouleversé.

À la fin du mois d’avril de cette année de 1927, elle m’a envoyé de Tourane un roman qu’elle avait écrit sous le titre de La Belle d’Occident, me demandant de corriger le manuscrit et de lui trouver un éditeur.

Notre pays ne manquait pas de talents féminins, comme madame la sous-préfète Thanh Quan, les poétesses Hồ Xuân Hương et Nguyễn Thị Điểm, qui rivalisaient en renommée avec les montagnes et les fleuves de notre pays, celui des Hồng Lạc, la race des descendants du Roi Dragon et de l’Immortelle. Cependant, la prose n’était pas un genre populaire, et elles ne nous ont laissé que des poèmes en vers.

Le roman La Belle d’Occident de madame Huỳnh Thị Bảo Hòa est maintenant publié. Je laisse la critique aux collègues, ne voulant pas faire d’éloges à une amie. Mais je suis convaincu que dans une future histoire littéraire de notre pays, ce roman sera cité dans la première période du roman féminin.

L’histoire racontée dans La Belle d’Occident est une histoire vraie qui s’est déroulée dans la province Quảng Nam. Pendant mes vacances au pays natal il y a quelques années, j’ai entendu plusieurs personnes la raconter. La trouvant passionnante, j’ai voulu en faire un roman, mais je n’en ai pas eu la possibilité en raison de soucis familiaux. Lorsque j’ai lu le texte de madame Huỳnh Thị Bảo Hòa, je me suis dit qu’il était écrit là-haut que l’histoire d’une femme fidèle de France soit racontée par le talent d’une femme de lettres du pays du Sud.

Je suis honoré d’être chargé par l’auteur de la publication du roman. Concernant l’édition, je me suis permis d’agir contre sa demande, c’est-à-dire que je n’ai ajouté, supprimé, corrigé, modifié aucun mot, dans l’intention de ne pas perdre la spontanéité d’un roman comme La Belle d’Occident que vous avez ici.

Rédigé à la rédaction du journal Đông Pháp thời báo [Journal de l’Indochine française]

Le 15 mai 1927

Bùi Thế Mỹ

Chapitre I

Événement dramatique, fin des études

Situation difficile, annulation du mariage

Montagnes tout autour, collines disséminées, champs de manioc bien verts, plantations de mûriers immenses, voilà le décor entourant un certain village assez étendu. Excepté les quelques familles d’éleveurs de vers à soie et de tisseurs, les habitants vivaient essentiellement de l’agriculture, labourant du matin au soir pour subvenir à leurs besoins, le plus souvent d’une façon artisanale et sans projets pour développer leurs affaires. Concernant les travaux des champs, on repiquait au début de l’hiver, on moissonnait à la fin du printemps, puis on faisait une autre récolte à la fin de l’automne. Aux deuxième et troisième mois lunaires, le temps était encore agréable, le paysage printanier était riant, on voyait des paysans cueillir des feuilles de mûrier, moissonner dans les rizières, aller à la pêche, chercher du bois ; tous vaquaient paisiblement à leurs activités quotidiennes, en profitant de la belle nature. Il semblait qu’au-delà des limites du village n’existait pas ce monde extérieur dans lequel la concurrence était féroce, où la science avançait à grands pas, de progrès en progrès, et où l’humanité érigeait des monuments extraordinaires. Dans ce village qui comptait quelques centaines de maisons – la plupart des chaumières aux murs en terre –, chaque famille était comme un monde en soi, et tout le monde vivait sans se soucier du voisin.