Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Philippe, Marie et Hélène sont rattrapés par le destin...
Philippe, écrivain à succès en panne d’inspiration, part se ressourcer avec Marie, sa compagne douce et discrète, et Hélène, son attachée de presse excentrique. Ils s’installent dans une maison isolée au pied des Pyrénées, espérant que ce cadre paisible ranime la créativité de Philippe. Mais le destin leur réserve bien plus qu’un simple séjour : entre secrets enfouis et révélations bouleversantes, les trois personnages vont devoir affronter ce qui les lie et ce qui les sépare. De Francfort à Venise, en passant par des paysages enchanteurs du Sud-ouest,
La belle endormie est une histoire d’amour poignante qui explore les profondeurs de l’âme humaine et la force des liens qui nous unissent.
Plongez dans une magnifique histoire d'amour et de résilience, un récit qui vous touchera en plein cœur et vous rappellera ce qu’il y a de plus humain en nous.
EXTRAIT
Que dois-je faire alors ? Que devons-nous faire ? Il n’existe aucune alternative que de la regarder mourir ?
— Je le crains, ajoute le professeur Richard, nous ne pouvons plus rien faire si ce n’est améliorer son confort de vie. Il va falloir rapidement envisager un placement dans un service adapté.
— Il n’en est pas question !
— Dans ce cas, si vous souhaitez une hospitalisation chez vous, nous allons vous mettre en relation avec un service particulier d’aide à domicile.
— Combien de temps nous reste-t-il ?
Les pieds nickelés se consultent et lâchent des chiffres. À moi de me débrouiller avec cela. Le Professeur Richard porte l’estocade :
— Deux ou trois mois maximum, elle va s’éteindre doucement, il va falloir être courageux pour deux. Il nous faut vous dire qu’avant de vous faire venir, nous avons pris la décision, sur la demande de Marie, de le lui dire la vérité, vous n’aurez pas à faire semblant.
Une chose encore, l’inscrire sur une liste d’attente en vue d’une transplantation cardiaque ne réglerait rien et n’entraînerait que des souffrances supplémentaires. La maladie de Chagas ne fait pas de cadeaux à ceux qu’elle croise.
Je me retrouve seul dans ce couloir trois étages au-dessus de celui de Marie, dos au mur, je chiale comme un gosse. Désarticulé, le pantin que je suis descend une à une les marches de l’escalier, je ne suis pas pressé de retrouver Marie.
Elle sait que je sais, et moi, lâchement, j’aurais tant voulu qu’elle demeure dans l’ignorance.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Vincent Martorell est né à Toulouse en 1961, d’un père né non loin de Barcelone et d’une mère native du Maine-et-Loire. Après une quinzaine d'années dans le monde de la musique, il s'installe en 2002 dans le Piémont pyrénéen où il devient correspondant de presse. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, incluant romans, nouvelles et pièces de théâtre, il continue de captiver ses lecteurs avec des récits qui explorent les complexités humaines et les mystères du cœur.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2018
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Vincent Martorell
La belle endormie
roman
Roman
Éditions « Arts En Mots »
Illustration graphique : © Flora Duboc
Vincent Martorell est né à Toulouse en 1961,d’un père né non loin de Barcelone et d’une mère native du Maine et Loire. Après une quinzaine d'années passées dans le monde de la musique, il s'installe en 2002 dans le Piémont pyrénéen où il devient correspondant de presse. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages.
"Fais que chaque heure de ta vie soit belle,le moindre geste est un souvenir futur"
Claude Aveline
Une histoire simple
Le temps est à l’orage.
Dans le jardin, les arbres qui d’ordinaire déploient sur un fond bleu sans taches, leurs branches chargées de fleurs blanches et roses, se découpent étrangement sur l’immense toile noire tendue des montagnes de l’Ouest aux forêts de l’Est. Sous la véranda, Marie s'est endormie, calme, confiante un livre ouvert sur ses genoux. J'aime la regarder dormir ma belle-de-jour, qui occupe toutes mes nuits depuis maintenant dix ans.
Début octobre de l'année dernière elle m’a suivie ici, dans ce coin un peu perdu sans rien dire, objectant pour la forme qu'elle allait une fois encore devoir s'éloigner des gens de son cœur.
Nous avons donc loué cette maison encastrée entre deux collines, bâtie selon l'agent immobilier - un petit homme volubile aux cheveux rares et à la barbichette grisonnante - au dix-huitième siècle.
Dès le premier instant où nous avons franchi la grille de fer patinée par les saisons, j’ai été saisi par la beauté du lieu.
Dans l’allée bordée de cyprès, nos semelles crissaient sous le gravier. Regardant à droite, à gauche, comme des enfants découvrant un nouveau terrain de jeu, nous progressions en silence. Tout autour de nous, la pelouse portait encore les traces d’un été trop sec, et ce jour-là, en guise de bienvenue le soleil d’automne rebondissait aux quatre coins du jardin.
Sur le perron de pierres noires et grises, de galets de la Garonne, nous sommes restés un long moment, à contempler la façade blanche, mangée par un lierre anarchique et les petites fenêtres encadrées de volets bleus.
Une fois franchie la double porte de chêne, immobiles au beau milieu du couloir de tomettes brunes et aux murs grossièrement crépis à la chaux blanche, nos yeux petit à petit se sont habitués à l’obscurité toute relative de la maison.
Voulant poursuivre la visite, M. Petit, l’agent immobilier s’est donc empressé d’ouvrir les volets et une douce lumière chargée de poussière a enveloppé la pièce principale aux dimensions impressionnantes, où une cheminée prête à accueillir un bœuf entier s’élançait contre un mur crépi de suie et de toiles d'araignée.
Hélène, mon agent en tournant sur elle-même, façon Derviche s'est exclamé :
Ici, chéri, tu vas écrire tes plus belles pages !
Je n'ai rien répondu. Ce genre de phrase est un peu trop théâtral pour moi. Je prétends pouvoir exhiber à la lumière, aux regards de mes amis, mes actes plutôt que mes intentions.
Si elle est respectable, cette position, il me faut bien l’admettre a toujours été en deçà de mes propres ambitions surtout depuis quelque temps. Certes, l’endroit a du caractère, mais cela sera-t-il suffisant ? Le lieu de travail pour un écrivain est toujours source à discussion surtout quand celui-ci dissimule son manque d'inspiration, son absence d'assiduité sous de pitoyables prétextes : Un bureau mal adapté - trop petit ou trop grand - une fenêtre pas assez large pour laisser passer la lumière et voilà comment depuis plusieurs mois je soumets mon entourage à de rudes épreuves.
Je suis passé maître dans l’art de travestir mon incapacité à écrire par des frasques de diva. Mes sautes d'humeur régulières, mes accès de colère, mes bouderies d’adolescent en exaspèrent plus d’un. Mais Marie veille. Ma douce Morgane chuchote à mon oreille des mots si doux, si justes que je me calme rapidement. Et comme un enfant pris sur le fait, se confondant en excuses inintelligibles, je disparais dans mon bureau parisien, ordonnant au passage à Hélène de faire livrer des fleurs ou des livres rares à celui que je viens de malmener.
Donc ceci ne pouvait plus durer.
À force de persuasion, de compromis, j’ai cédé à Hélène et à mon éditeur, pour une mise au vert nécessaire, loin de la Capitale et loin de ses mirages, pour enfin revenir à l’essentiel : écrire !
L'idée me plaît.
Changer de vie, de rythme, a quelque chose d’aventureux, d’inédit, et me redonne envie d’avoir envie.
D'une tape sur les fesses de mon assistante, je lui signifie, en regardant mon nouveau cadre de vie en ce douze octobre, qu’elle a une fois encore, été bien inspirée de ne pas lâcher l’affaire !
La suite allait lui donner raison.
Dès les premiers jours, dans l'euphorie de notre installation, je ne cesse de décrire à Hélène et à Marie, ce qui à coup sûr va se produire : assis à ma table de travail que je trouve parfaite évidemment, je vais retrouver ma verve d’auteur, franchir à nouveau les obstacles avec obstination.
J'atteindrai l’objectif fixé, et le résultat sera là ! Juré craché ! Croix de bois, croix de fer si je mens, j’irai en enfer.
Je ne croyais pas si bien dire. Au bout de quelques semaines, une fois passées les fêtes bien alcoolisées, les promenades dans les bois pour les évacuer, les retours à ma table d'écriture s'apparentent à de véritables séances de torture. Mes vieux démons sortent de leurs cachettes et dansent pour fêter leur victoire ! J'ai beau faire, raturer, déchirer les pages, recommencer comme un écolier laborieux … Cela ne donne rien, du moins rien de nouveau. Que du déjà lu ! Les pages de mon cahier sont un vrai champ de bataille, où les ratures se télescopent et défigurent les phrases. La relecture est un parcours de labyrinthe. Comme une roue sans fin, mes vieilles habitudes refont surface, dans ma grande probité, je n’oublie personne !
Chacun repart avec sa musette remplie, en résumé : je suis de méchante humeur. Un matin, Hélène qui m'enrobe comme une pomme d'amour depuis des années pose ses mains sur mes tempes et près de mon oreille, me glisse à voix basse :
Chéri… Tu vas voir, tout va s'arranger… Allez ne t'en fais pas, ce n'est qu'une panne passagère.
Moi, je ne réponds pas, immobile, les coudes posés sur le bois dur de mon bureau, nous comprenons simultanément.
La situation ressemble à ce moment pénible où le héros est en pleine déroute sexuelle. Avant même que je ne réagisse, Hélène quitte mon bureau et son rire cristallin rebondit sur les murs en pierre du couloir ce qui m’arrache un sourire, le premier depuis longtemps. Comme une collégienne rougissant elle s'est enfuie, mettant de la distance avec cet écrivain ronchon et ombrageux.
J’imagine, émoustillée par cet épisode, ce qu'elle va sans retenue raconter dans les dîners parisiens où l'on apprécie son sens de la repartie et la liberté avec laquelle elle vit sa vie.
Je connais bien cette femme de caractère à la poitrine inexistante et aux yeux de chat.
Elle s'est présentée un jour dans une librairie du neuvième arrondissement où je me livrais sans grâce à une séance de dédicace et m'a tendu mon dernier roman.
Après avoir lu la courte phrase sur la page de garde, elle s'est mise à rire puis contournant le bureau, s'est installée face à moi, jambes croisées, gainées de bas résille, et m'a dit d'une voix éraillée par le tabac et les alcools trop forts :
« Mon petit si personne ne s'occupe de toi, tu vas faire comme tes livres : finir au pilon ! »
Une heure plus tard, intrigué et un peu existé par cette rencontre je l'ai suivie dans un bar de la rue Blanche.
Entre deux volutes de gitane, sirotant une téquila et moi un jus d'orange pressée, cette rousse incendiaire a détaillé son plan pour faire de moi un écrivain incontournable. Ses conditions ?
« Quinze pour cent et pas de sexe entre nous ! Moi je les préfère blondes et un peu potelées ! » avait-elle ajouté. C'était il y a six ans. Ce que j'ai pris pour l'acte d'une démente a, je peux le dire, transformé l'écrivain confidentiel que j'étais.
Tout cela je le dois à cette fille incroyable dotée d'une intelligence rare et d'un sens des affaires redoutable.
Au cours de nos innombrables conversations autour de bouteilles de vodka -j'ai abandonné très vite l'orange pressée- elle m'avoua avoir découvert un de mes livres chez une de ses ex qui lui en avait conseillé la lecture. Ainsi la belle Hélène était entrée dans ma vie, d'une manière fracassante, tonitruante comme elle vivait ses aventures amoureuses.
Après cet épisode, je décidai de délaisser un moment mon bureau pour faire quelques pas dans le jardin. Les arbres ont changé de costumes.
