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Peut-on échapper à une enfance malheureuse ?
Allegra Felice et Sahi sont encore enfants lorsqu’ils adoptent chacun un chiot né dans la ferme familiale. Ce sera Mère, pour elle ; Bandit, pour lui. En grandissant, les jeunes revendiquent leur place dans une société à la violence intrinsèque. Allegra Felice pourra-t-elle y échapper ?Deuxième roman de l’auteure genevoise Simona Brunel-Ferrarelli, La Chienne-mère explore les rapports manqués entre mère et fille, les violences familiales et sociales et l’adoption d’une chienne, dont le sentiment maternel sera un exemple de dignité.
Un roman puissant et bouleversant interrogeant la misère, les rapports familiaux et se cristallisant autour de la figure cruciale et problématique de la mère...
À PROPOS DE L'AUTEUR
Simona Brunel-Ferrarelli est née à Rome en 1965. Arrivée à Genève en 1974, elle étudie les Lettres, puis enseigne la littérature française dans différentes écoles privées. Passionnée par l'écriture et le théâtre, elle écrit abondamment sans jamais songer à être éditée. À la mort de sa mère, en 2016, elle signe
Les Battantes (Encre fraîche, 2019), dans le but de publier. Avec ce premier roman, elle fait une entrée remarquée sur la scène littéraire romande.
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Seitenzahl: 146
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Pour Luna.
Pour Pablo.
Pour Bandit.
J’ai mal partout.
Partout où est passé le fracas de la discorde.
Partout où c’est désuni.
J’ai mal à l’amour qui est mort depuis longtemps.
À mon corps d’enfant que je n’aime plus.
Dans mes souvenirs aussi, j’ai mal. Partout où j’en ai.
À l’entrée de chaque camp. De chaque clôture.
Il n’y a plus une seule piste qui ne mène aux larmes désormais.
Tout pleure.
Tout se plaint de ses restes.
Tout déplore les choses advenues.
En d’autres temps, d’autres circonstances, je me serais relevée facilement. Maintenant, plus. J’ai passé l’âge des temps forts, ces heures liées à la fraude des premiers mots.
Désapprendre m’a pris toutes mes forces, et aujourd’hui je suis moins solide qu’hier, moins combative, sans filet pour me rejoindre, retrouver les marges du début.
Méchante.
De cette méchanceté crasse obtenue douloureusement, à force de.
Et qui enlaidit les autres.
Plus que les rides, la cellulite, les cheveux blancs.
De cette méchanceté crasse qui est devenue malveillance, ressentiment. Semblable à ces rancunes grandes qui mobilisent le cœur à l’excès.
Juste avant ça, avant l’éboulement, j’ai pourtant tenté une dernière fois, et de toutes mes forces, de me convaincre que demain serait encore demain, c’est-à-dire le jour où les choses rentreraient enfin dans l’ordre, rouleraient de nouveau.
Mais demain est resté aujourd’hui, implacablement, résistant à ma peine, sans que rien ne bouge.
Je peux donner une date à l’effondrement, me souvenir d’avant. Je peux raconter comment c’était lorsque je n’étais pas comme ça, encombrée du poids des choses arrivées, ces catastrophes. Je peux dire : c’est à cause de ça, et puis aussi de ça, et encore de ça. C’est à force de ça et de ça que tout a été réduit à peu, petit à petit. Les muscles, les os, la volonté. C’est à force de ça et de ça que je marche aujourd’hui à la barbe de Dieu. Que mes yeuxne regardent plus les autres. Que je ne me vois pas. Que je ne vois plus à quoi je ressemble, à qui.
Tout ici est au point mort de mon enfance.Irrattrapable. Condamné.
J’entends les mêmes bruits aux mêmes heures, les mêmes roulements d’acier sur l’acier qui hurlent toute la nuit l’ivrognerie de leur vie.
Rien n’a été emmagasiné dans un temps pour mourir, là où Mère s’est engouffrée.
Je suis née brute, vorace, prête avant l’heure pour le combat.
Ma mère, apprenant sa grossesse, avait décidé qu’elle ne survivrait pas à l’accouchement. Des générations de mères avant elle avaient tremblé pour moins que ça, une indisposition de rien du tout, trois fois rien d’égratignure. C’était une indéfectible marque de fabrique que de n’être bonnes à rien, chez nous.
Elle avait donc disposé de l’avenir en quelques mots, griffonnés sur un torchon, comme chaque fois qu’elle allait chez le médecin, certaine de ne pas en revenir.
Entre l’enfant et moi, sauvez l’enfant.
Mon père se consolerait, pensait-elle. Ne le faisait-il pas déjà ?
Lui se torturait pour autre chose. Une autre bouche à nourrir. Et, dans ces ceintures de ville où l’existence est rude, une bouche, c’est un gouffre.
Comment c’est arrivé ?
Cette question les tortura longtemps.
À notre âge.
Pendant tout le temps de l’attente longue, je les entendis rugir depuis ma cage ventrue.
Cet enfant naîtra difficilement. Il faut que je mange peu, afin qu’il ne soit pas aussi gros que les autres, sinon il me tuera.
Tu t’inquiètes pour rien, marmonnait le père entre deux tassées de soupe. Laisse Dieu faire son travail.
Dieu dort, pensait ma mère, qui avait perdu la foi.
Quant à moi, je n’étais alors qu’un cœur minuscule battant dans des eaux grises. Mais je devinais déjà, dans toutes ces rebuffades, qu’un rien pourrait avoir raison de moi et que, pour me protéger de ces insanités, je devais faire quelque chose d’important, manifester mon enthousiasme, encourager ces deux-là à m’accueillir dignement.
Mais je n’existais pas.
Pas encore.
J’essayai, alors, de frapper sourd, pour me manifester, au plus près, à l’encoignure des artères, malgré cette poche de silence qui empêchait qu’on m’entende.
Je cognai à la déroulade, donnai des gifles d’air à mes cellules pour qu’elles s’appliquent dans leur travail d’exister, et à la fin, puisque cela ne donnait rien, je me mis à bruire, à bruire pour elle, ma maman qui proclamait à n’en plus finir ces arrêts de mort qui m’exaspéraient. Rien. Ma mère ne sentait rien. Je ne la réconfortais pas.
Et puis un jour, de manière tout à fait inattendue, une réponse arriva. De tout près, de l’autre côté des eaux. Cessant sa battance égale à la mienne, partant en déroute pour se faire entendre de moi, contre la cloison veinée d’ors sombres, le cœur de ma mère me répondit. Un signe petit, un presque-rien, annonçant sa vie vieille, à moi soudée, inaliénable. Il arriva jusqu’à moi, bercé par la vasque épaisse du placenta pour affronter ensemble ce voyage difficile, cette mer des ombres dans l’eau glacée. Alors ce fut tout différent. Le petit cœur que j’étais s’allongea sans mesure. Il devint énorme, monumental, sans fin. Je pris soin de grandir et de me développer avec une voracité de fauve. Des tentacules survinrent, puis je m’allongeai. Tout poussa.
De l’autre côté de la paroi, au bout de mes mains qui se formaient, des mains m’attendaient, me disais-je.
Mais ma mère souffrait. Elle souffrait ma présence sur ses quarante ans sonnés depuis un bon moment, ses fatigues. Autour d’elle, mes frères, la vieille, ils faisaient tout pour la distraire et différer la désolation où sa grossesse la plongeait. Notre père, non. Notre père n’essayait plus.
Il était fatigué.
Et dans l’entrebâillement d’une existence rongée par une détestation mutuelle, il laissait aller, ne s’inquiétant que très vaguement de moi. La nature ferait son travail, dans un sens ou dans l’autre.
Il fallut résister.
Ma mère, affamée, m’affamait afin que je pousse moineau. Pas de viande ni de fruits et légumes, mais des bonbons acides qui la faisaient vomir. Pour moi, c’étaient les montagnes russes. Et l’eau dans laquelle je baignais et dont je me nourrissais avait alors le goût de la mort.
L’obscurité qui m’entourait indiquait qu’elle ne portait que du noir, aucune lumière du monde ne parvenant jusqu’à moi, filtrée par sa peau sombre.
J’aurais aimé qu’elle me chante des berceuses, le soir, pour que la transition entre ciel et terre soit moins déchirante. Que des mains massent son ventre, que des mots me promettent un avenir. Au lieu de cela, rien. Nous attendions, tous, ce grand moment de la délivrance pour être délivrés les uns des autres, enfin. Sans trop de heurts de part et d’autre et sans que l’attente ne devienne une occasion de se récriminer des choses.
Au huitième mois, n’en pouvant plus, je décidai enfin qu’il était temps. Qu’il fallait tenter quelque chose pour se protéger de ces eaux mortes. Je me mis à cogner, à gratter, à mordre. Il fallait me sortir de là, sans cela je mourrais. Et, au bout d’un siège intense, quelque chose se passa. Ma mère déclara que ce bébé faisait un boucan d’enfer à l’intérieur d’elle, qu’il cognait contre son foie et son côlon à longueur de journée et qu’il était temps de l’enlever.
Le printemps est favorable aux accouplements chez nous.
La vieille racontait souvent qu’elle avait conçu sa fille le jour de Pâques, avant le repas, pour marquer la fin des austérités du Carême. Qu’elle-même était le fruit d’une débandade ayant eu lieu sur un tas de paille à la Saint-Jean. C’étaient des femmes qui lâchaient les écluses après les grands froids, lorsque les hauts des cuisses s’étirent, savent, se souviennent.
Ma mère a dû oublier, un soir, qu’elle ne voulait plus d’enfants. Elle devait être au bout d’une de ces tristesses infinies qu’elle appelait ses grandes fatigues. Des tristesses de ne pas y arriver, de mourir noyée de chagrin entre deux bougies à peine soufflées, de mourir encore jeune, ratatinée sur des regrets immenses, des regrets de choses douces, folles, grandioses et qui lui seraient passés dessus sans la marquer, ne laissant rien de leur douce usure et de leurs succulences. Des songeries de femme bileuse, aigrie, accablée par un rien.
Et, face aux dérobades de celle qu’il appelait sa joie rude, mon père, quant à lui, a dû faire comme il faisait souvent lorsqu’il ne la supportait plus. Saisissant l’occasion d’une facture impayée, du caprice insupportable d’un des garçons, d’un rien qui serait venu réveiller l’irritation de vivre, il aura monté le ton, brusquement.
Comme ça.
Comme cela arrivait lorsque l’exaspération le prenait à la gorge et que lui-même ne savait plus comment défaire l’étreinte, contraindre ses pensées à reprendre leur place, gouverner la bousculade des affronts qui arriveraient tantôt.
S’en prenant à l’aîné, il aura dû taper du poing sur la table, exigeant un silence ferme et immotivé, et qui serait tombé sec sur eux comme une claque donnée à la volée.
Elle aura certainement riposté.
Du regard elle aura riposté, parce que le poing sur la table c’est quelque chose qui retourne tout le monde, et son regard aussi, lorsqu’il fait ça, où l’on ne voit plus le père, mais un inconnu qui cherche l’air avec les yeux, l’air pour reprendre en main la vie qui part et qui pourrait se fracasser sous son poing alors il s’accroche, cet inconnu, sa voix se brise en criant, et tout le monde regarde son assiette, des larmes de haine montées dans les mots tus.
Alors, ne supportant pas le silence obtenu, mais qui clame sa honte, détestant tout de lui-même, à commencer par la tempête qui lui rugit dans le ventre, il aura prévenu ma mère du regard. Viens, on s’en va. Jene les supporte plus. Ma mère l’aura suivi, prête au combat, soufflant une haleine de bête qui se prépare.
Là-haut, ils auront fait comme d’habitude, cédant lentement aux rancœurs réveillées, aux lamentations vastes, retenues chaque jour par l’illusion d’une vie meilleure et qui, à la moindre éraillure, reviennent de loin, d’un coup de queue tordue. Ma mère l’aura fait asseoir au bord du lit, le poussant un peu pour prendre de l’avance. Il se sera laissé faire, pour lui donner du mou. Elle lui aura dit, comme toujours : On en a assez de toi ici, de ta bestialité. Mon père aura commencé à se déshabiller lentement, comme un fauve qui met en place la manœuvre, sans montrer qu’il est remué. Puis, profitant d’une dissipation brève de sa colère, d’une reprise de souffle très certainement, il aura recouvré du nerf, brusquement.
Tu ne sais même pas ce que c’est que la bestialité.Lève encore une fois la voix et je te montre.
Ma mère aura tenu bon une première fois. Ne sachant l’aimer autrement que comme ça, la bave aux lèvres, la main prête à frapper, elle lui aura tourné le dos, s’affairant dans la commode pour ranger ce qui l’est déjà, murmurant que cette vie n’était pas la bonne, qu’elle ne lui était pas destinée et qu’elle en aurait souhaité une autre, avec un homme normal, qui aurait pris soin d’elle, cultivé ses rêves et compris.
Mon père ne savait jamais ce qu’il y avait à comprendre. Mais ce reproche récurrent le mettait hors de lui, dévalisait sa raison. Comprendre oui, mais quoi ? Et contre cette lacune de sa connaissance il ne pouvait rien, sinon gueuler.
Il se sera couché alors, différant de quelques instants le massacre, imaginant une autre vie, lui aussi, avec une autre femme, qui l’aurait moins pris, mais avec laquelle tout aurait été plus simple, dont l’humeur n’aurait pas tremblé devant la nuit qui tombe, qui n’aurait pas chancelé au moindre coup.
J’aurais dû écouter ma mère, entendit-il distinctement, de l’autre côté de la pluie d’ombre des draps.
Alors, s’oubliant, il aura laissé monter en lui une de ces lampées de sang qui lui venaient d’un coup d’entre les reins puissants.
L’aura empoignée fermement.
Du regard d’abord, longtemps.
Ensuite de la voix.
Puis de l’ordure immense du cœur.
Les mères ne savent pas. Jamais. Elles ont les entrailles empestées de chagrins. Si elles le pouvaient, elles enfermeraient leurs enfants dans des enclos pour les dévorer à l’aube, avant les assauts de la vie toujours prête à les emmener.
Sa voix dure donne le signal.
Chaque fois.
Ma mère, n’attendant que cela, a dû céder à l’aigreur qui l’étouffait depuis un moment, aux braises dansantes de l’ombre. Franchissant la mince frontière qui la maintenait au règne des vivants, elle a dû se retourner, le regarder droit dans les yeux et lui dire : Oui, moi, mes enfants, je les aurais mangés plutôt que de te les laisser.
Et après ça, après cette grande bravade des yeux dans les yeux, elle l’aura laissé remonter le drap d’un coup et lui fouiller un peu de vie entre ses cuisses serrées, près des nerfs excités à vif. Puis, rognant comme une bête dérangée dans sa besogne honteuse, elle lui aura tremblé dessous, sous son grand corps qui l’écrasait, l’empêchant de bouger, tremblant à l’avance de jouissances qui surviendraient, défaillant de plaisir et de colère.
Nous y revoilà, aura sifflé mon père dans l’étouffement de la gageure.
Alors le ton sera monté, comme d’habitude. Mon père l’aura forcée à le regarder encore, de tout son poids écrasant sa haine de lui, comme ça, bien dans les yeux, bien au fond de cette détestation de femme aigrie, malheureuse, maintenue au monde des vivants grâce à des rages et des rancœurs profondes qui un jour la tueront, nous y revoilà, je vais te donner une raison d’être vraiment triste, oui. Sur quoi elle se sera fait prendre au piège, aura enfoui la tête dans la poussière mordante et bougonné, assez fort pour exciter sa méchanceté : Ah ! Si c’était à refaire…
Si c’était à refaire, aura alors poursuivi mon père, gueule tendue, prêt à tuer, qu’est-ce que tu ferais ?
Tu sais bien.
Ma mère déclarait forfait ainsi, toujours.
Et l’amour arrivait alors, à ce moment-là.
On n’entendait d’abord que le bruit sec des mains sur la peau claquée à pleine paume, comme ça, juste la gifle, cette réponse de l’homme excité par le grand air de la passion qui chevrote au bout des doigts. Puis, après cela, la tuerie commençait. Une tuerie contenue, puissante, silencieuse. Je les imaginais se frapper avec des précisions de lutteurs, les corps grondant d’une haleine sourde, meurtrie de larmes. Des entrailles qui me protégeaient, des grognements rauques me parvenaient, suivis d’éclats et de chutes qui me bouleversaient. Je craignais, à chaque fois, que l’un d’eux ne succombe si certains bruits habituels n’arrivaient pas à temps, comme la porte de la salle de bains qui grince et met fin au massacre. Mais, au bout de ces heurts, la porte finissait immanquablement par s’ouvrir dans un bruit de bataille consommée et de rires de vaincus. Le bruit lourd de deux bêtes remontant à la vie, une porte claquée à la volée, les allées et venues incontournables entre la chambre et la salle d’eau m’annonçaient alors qu’on avait survécu et qu’on se remettait gentiment. Ça traînait, ça tombait tout à coup par terre dans des gémissements forts et honteux de bétail famélique assiégé par des besoins voraces, ma mère criant des insanités grandes, bêlant, appelant son mâle à la retraite en le traitant de salaud et de vieille brute. Des rires arrivaient ensuite, des rires d’enragés bousculés dans leurs paresses, déshonorés par des grivoiseries lourdes, basses, énormes.
Le bruit familier d’un vase qu’on renverse par inadvertance.
Tout cela me rassurait.
C’était l’heure des ébats douloureux et des mots d’amour, de ces empoignades qui demeureraient mémorables et qui les terrasseraient enfin, plus violentes que la bataille qui les avait excités. Suivaient des fracas d’eaux roulées sur les corps saillis, de sérénades de savons glissant sur les chairs contentées, d’enfantillages grotesques. Lorsque le silence arrivait enfin, la nuit s’abattait sur eux comme un de ces coups donnés le poing fermé, destinés à vous mettre hors tension.
C’est ainsi que j’ai dû arriver.
En plein vacarme.
Après la vie.
Nous arrivons au monde criards et grondants d’une suie pourpre, enflammés par la violence d’un combat auquel nous étions prêts depuis avant les lustres.
Le ventre maternel à peine quitté que nous voici seigneurs du corps entier, des chairs qu’on empoigne de plein droit, de l’or laiteux qui se perd dans la giclée, des mamelons labourés, crevés au sang par des gencives d’animal.
Les cris que nous engageons, les aboiements, les plaintes féroces montant dans la nuit terrible des parturientes seront notre seule richesse avant longtemps. Ils indiquent la faim, la soif, là où c’est douloureux, inconfortable, vilain.
Moi je ne criais pas. J’attendais. Que quelqu’un vienne, m’empoigne et me mette au sein.
Ton bébé se porte bien, dit la vieille à ma mère. Tu vas pouvoir l’embrasser avant qu’on l’emmène pour le laver.
On me coucha contre elle, grelottante, meurtrie. On raconta plus tard que, toute vorace et énorme que j’étais, je posai un gros bras rose sur son ventre mou de mère nouvelle, léchai son visage avec ma bouche, cherchai le sein.
Ma mère me regarda attentivement, surprise d’être en vie et presque honteuse de s’être couverte de ridicule pendant huit mois.
Une fille
