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Lauren Byrne, jeune infirmière à l'hôpital Hennepin de Minneapolis, est pleinement dévouée à ses malades. Depuis la mort de sa mère, elle est en quête d'une mission qui donnerait un sens à sa vie. En acceptant un travail de garde d'enfant à Fergus Falls, une petite ville isolée, elle ignore ce qui l'attend vraiment. Des événements surnaturels vont se produire, allant jusqu'à la faire douter. Arrivera-t-elle à surmonter cette nouvelle épreuve ?
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Seitenzahl: 205
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Il arrive souvent que quelqu’un m’aborde, main tendue et sourire aux lèvres, pour me demander, avec un air condescendant : « Alors, vos livres se vendent bien ? » Autrefois, je répondais poliment. Aujourd’hui, je rétorque avec enthousiasme : « Je viens de dépasser les dix mille exemplaires ! » La personne arbore alors un air ahuri.
Je me moque du nombre de livres que je vendrai ; l’essentiel, c’est d’être lu. C’est pour cette raison que je continue d’écrire. Et pour écrire, il faut lire sans cesse. En lisant, on prend conscience de ce qui a été bien fait ou non, de ce qui est banal et de ce qui est innovant, de ce qui fonctionne dans un chapitre et de ce qui échoue. Plus je lis, moins je risque de me ridiculiser par mon écriture. Et, une fois lancé dans un projet, je ne m’arrête pas. Certes, je n’écris pas tous les jours, car mon emploi du temps est chargé, mais lorsque je parviens à écrire un chapitre en une journée, je suis satisfait.
Mes romans et nouvelles ne sont pas uniquement des récits à suspense. Certains sont imprégnés de surnaturel mélancolique, d’autres n’ont de fantastique que l’inquiétante étrangeté qu’ils dégagent, et la plupart ne contiennent pas une once d’horreur. Pourtant, tous partagent un objectif commun : surprendre le lecteur.
Pour ceux qui ne m’ont jamais lu, je ne suis qu’un nom parmi tant d’autres sur la liste des auteurs de thrillers. Ils n’ont encore jamais lu une ligne de moi, mais au fil du temps, leur curiosité ne pourra que croître. Ce que je remarque dans les groupes de lecteurs sur les réseaux sociaux, c’est leur engouement pour trois ou quatre auteurs, souvent français, qui ne sont pas vraiment ma tasse de thé. En tant que lecteur, je consulte des extraits gratuits sur les plateformes d’achat en ligne. Quand un extrait me plaît, je note le nom de l’auteur dans un coin de ma tête, peu importe sa notoriété, en me disant que je lirai son œuvre un jour. En général, je ne suis pas déçu.
Beaucoup d’auteurs semblent penser que, dans les thrillers, il n’y a pas de place pour les émotions, préférant des réactions émotionnelles stéréotypées, qui n’ont pas plus de profondeur que des indications scéniques de scénario. Mes histoires se lisent comme un film, certes, mais j’attache une grande importance à inclure des sentiments authentiques.
Le nombre 666… De nombreuses légendes et superstitions nourrissent nos peurs et influencent certains de nos actes depuis toujours : la crainte des chats noirs, l’idée que passer sous une échelle porte malheur, toucher du bois pour conjurer le mauvais sort… Tant de mythes qui nous accompagnent au quotidien. Parmi eux, il en est un que tout le monde connaît : celui du nombre 666.
Considéré comme un nombre maudit, le 666 enflamme les imaginations depuis des siècles et inspire de nombreux livres, films, musiques et légendes. Mais pourquoi cette séquence de chiffres inquiète-t-elle autant, étant souvent associée au Diable ? Pour comprendre cette fascination, il faut remonter aux origines, au dernier livre du Nouveau Testament, dans lequel Saint-Jean évoque, dans l’Apocalypse (chapitre 13, verset 18), le « nombre de la bête » : « C’est ici qu’il faut de la sagesse : que celui qui a de l’intelligence interprète le nombre de la bête, car c’est un nombre d’homme : et ce nombre est six cent soixante-six. »
Dès lors, on associe naturellement le 666 à Satan ou à l’Antéchrist, ce dernier étant capable d’imposer une religion hostile à Dieu avant la fin des temps. Cependant, ce que la Bible omet de préciser, c’est que ce chiffre correspond aussi à la somme des valeurs numériques des lettres de l’alphabet hébraïque, auxquelles certains attribuent une puissance créatrice.
Les superstitions autour du 666 pourraient remonter aux premiers chrétiens, persécutés par l’empereur romain Néron, souvent décrit comme cruel et sanguinaire. En additionnant les valeurs numériques des lettres hébraïques ou grecques qui composent le nom de « César Néron », on obtient en effet le chiffre 666.
Les histoires d’épouvante peuvent être aussi amusantes à écrire qu’à lire. Elles sont capables de faire peur, de terrifier ou de hanter nos nuits. Puisqu’elles reposent sur le fait que le lecteur croit assez à la fiction pour en avoir peur ou ressentir du dégoût, elles sont parfois difficiles à bien écrire. Mais, comme toute autre fiction, il est possible de maîtriser le genre de l’épouvante en préparant un plan efficace, en étant patient et en pratiquant. Même si votre histoire ne suscite pas l’effroi de tous les lecteurs, il y a de fortes chances qu’elle touche au moins l’un d’eux.
Pour ma part, je me suis familiarisé avec le genre en lisant des récits d’épouvante bien construits. Comme le maître Stephen King le dit : « Pour être un vrai écrivain, vous devez beaucoup écrire et beaucoup lire. »
Je me souviens des histoires de fantômes et des légendes urbaines racontées autour du feu de camp durant mon enfance, ainsi que des films d’épouvante visionnés durant mon adolescence. Inutile de dire que certains exemples me sont restés en mémoire.
Dans La Chose dans la Maison, l’héroïne est un personnage féminin. Lauren Byrne est une jeune infirmière entièrement dévouée à ses patients. Depuis la mort de sa mère, elle est en quête d’une mission qui donnerait un sens à sa vie. En acceptant un emploi de garde d’enfant dans une maison isolée à la campagne, elle ignore encore ce qui l’attend. Des événements surnaturels se produiront, ébranlant ses certitudes. Parviendra-t-elle à surmonter cette nouvelle épreuve ?
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Premier jour
Chapitre 7
Deuxième jour
Chapitre 8
Chapitre 9
Le soir du deuxième jour
Chapitre 10
Troisième jour
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Quatrième jour
Chapitre 17
Chapitre 18
Cinquième jour
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Sixième jour
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
La chambre était baignée d’une lumière tamisée. Dans l’air flottait un mélange d’odeurs de désinfectant et de médicaments. Assise tranquillement sur un fauteuil à côté du lit d’une patiente, Lauren Byrne tenait dans ses mains un livre de Charlotte Edwards. Elle avait 22 ans, bientôt 23. Elle portait les cheveux courts, d’une couleur de blé mûr qui, au fil des semaines, ternissait et prenait une teinte ocre, jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur éclat grâce à un produit de chez L’Oréal.
— J’ai toujours pensé être le genre de personne dont, si j’étais assassinée, on dirait : « Elle n’avait pas un ennemi au monde. Il faut vraiment que ce soit l’œuvre d’un fou… Un de ces crimes sans mobile, vous savez ? », lisait-elle. La patiente avait les yeux fermés, mais Lauren poursuivit :
— Après tout, on passe sa vie à se soucier des autres, à essayer de s’entendre avec tout le monde, même les gens désagréables. On ravale ses griffes quand on a envie d’en découdre, on garde pour soi quelques noms d’oiseaux qu’on voudrait lancer à son interlocuteur, on fait pour les autres ce qu’ils ne feraient certainement jamais pour nous. Alors, en retour, on peut s’attendre, de temps en temps, à quelque…
Elle s’arrêta de lire en voyant que la patiente dormait. Lentement, elle se pencha pour observer son visage et prit son poignet pour vérifier son pouls. Pendant un instant, elle s’imagina que la patiente allait rouvrir les yeux, mais c’en était fini pour elle. Elle posa le livre sur la table de chevet, puis se dirigea lentement vers la porte.
Dans le couloir, elle balaya du regard les visages des personnes présentes, surtout ceux d’un certain âge. Elle aperçut enfin le docteur.
— Docteur Ross ? Excusez-moi.
Ross avait une cinquantaine d’années. Il portait une blouse blanche, et ses cheveux poivre et sel encadraient un visage fatigué.
— Que se passe-t-il, mademoiselle Byrne ?
— Madame Talbot nous a quittés.
Il la fixa avec un regard soupçonneux, puis répondit :
— Très bien.
Même avec sa blouse informe, il dégageait une élégance naturelle. Son visage, marqué par l’alcool, avait un teint de pêche, rehaussé d’un grain de beauté au-dessus de la lèvre. Ses yeux gris semblaient d’une profondeur rare, comme s’il avait enduré bien des épreuves.
Lauren retourna tranquillement à la chambre. Un homme commençait déjà à ranger les effets personnels de la défunte. Elle découpa le bracelet sur lequel étaient inscrits le nom et le matricule de la patiente, puis attacha une étiquette à son orteil.
— J’ai fini, dit l’homme.
— Et le carton, c’est pour qui ? demanda-t-elle.
— Prenez-le et attendez à l’entrée, au cas où.
Ross entra dans la chambre.
— Vous risquez d’attendre longtemps, mademoiselle Byrne.
Elle le regarda, perplexe.
— On n’a prévenu personne ? Elle avait bien de la famille ?
Alors qu’elle lui tournait le dos, Ross s’approcha.
— Oui, mais personne ne veut en entendre parler. Vous pouvez tout jeter à la poubelle.
Elle se retourna, soudain lasse et épuisée par sa journée.
Dehors, en soulevant le couvercle de la benne à ordures, son regard se figea à la vue d’autres cartons remplis d’objets personnels. À ce moment précis, des souvenirs remontèrent à la surface, comme des bulles montant des ténèbres d’un puits sans fond : le décès de sa mère…
Elle la revoyait, allongée dans un cercueil, immobile, hiératique, le visage maquillé.
Sortant de sa rêverie, Lauren avança d’un pas. En relevant les yeux vers le lit de madame Talbot, elle se rappela le jour où elle avait décidé de devenir infirmière…
Pour exercer ce métier, elle devait se préparer à l’examen national, le N-CLEX. Cet examen, entièrement théorique, se déroulait sur un ordinateur. Elle avait le choix entre trois types de formation : le Bachelor of Science in Nursing (BSN), qui durait trois ou quatre ans ; l’Associate Degree in Nursing (ADN), et une formation dispensée dans un hôpital. Tous les programmes proposaient une base commune : anatomie, soins infirmiers, physiologie, microbiologie, chimie, nutrition, psychologie et sciences du comportement. Ces formations étaient alternées avec des stages en hôpital ou en structures de santé publique.
Lauren avait opté pour le « diplôme », et la désillusion du métier d’infirmière avait commencé dès sa dernière année d’études. Son stage s’était révélé une véritable douche froide. On la considérait comme un poids, et les infirmières, en sous-effectif, lui confiaient une partie de leur travail. Une nuit, elle se retrouva avec une infirmière qui devait s’occuper seule de trente patients ! Elle n’était pas la seule de sa promotion à ressentir cette désillusion : la moitié des étudiants étaient découragés, et beaucoup finirent par changer d’orientation. Elle persévéra et commença une carrière d’infirmière, d’abord en salle d’opération. Mais là encore, les choses ne se passaient pas comme elle l’espérait. On la flattait en lui disant qu’elle jouait un rôle important, mais elle se sentait surtout comme un pion…
Le soir, dans le bus qui la ramenait chez elle, elle regardait distraitement à travers la vitre, marquée de filets de pluie. Les bâtiments ternes et humides du centre-ville semblaient sommeiller, pitoyables. Un homme d’une quarantaine d’années, assis à côté d’elle, feuilletait le Star Tribune, un journal local. Son visage était dissimulé par des lunettes sombres et un chapeau.
Trop timide pour affronter son regard, Lauren scruta son visage dans le reflet de la vitre, sans pouvoir le discerner. Mais ses yeux furent attirés comme un aimant par le journal. Soudain, son cœur se serra en voyant une cicatrice sur le poignet gauche de l’individu. Cela lui évoqua un emblème, sans pouvoir le définir.
L’homme descendit à Union Park et laissa le journal sur le siège. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, puis le prit. Dans la rubrique des offres d’emploi, une annonce était entourée en rouge fluo :
RECHERCHE INFIRMIÈRE À DOMICILE.
Elle coupa la musique de son MP3, intriguée. L’offre précisait :
EMPLOI À PLEIN TEMPS, NOURRI, LOGÉ + 1350 DOLLARS PAR SEMAINE. FERGUS FALLS – PHONE : +1 218 – 735 – 6048.
En sortant du bus à la gare de St Paul-Minneapolis, elle traversa l’attroupement habituel de gens en attente. Elle marcha sur le E Kellogg Boulevard, puis tourna à gauche à la deuxième rue, en direction du Black Dog Café. Elle adorait l’atmosphère de ce café-restaurant, où la nourriture et le service étaient excellents. Mais elle aimait cet endroit pour une autre raison…
— Tiens, regarde, dit-elle en tendant le journal à Mike Caulfield, un peintre local qui travaillait comme serveur pour arrondir ses fins de mois.
— Qu’est-ce que c’est ?
— J’ai envie de postuler.
— Et ton travail à l’hôpital ?
Elle haussa les épaules :
— J’en ai assez.
Il lui sourit et s’éloigna. Elle le suivit des yeux, songeuse, remarquant au passage ses œuvres accrochées au mur. Depuis deux ans, un regain d’intérêt pour l’art parmi la population locale lui avait permis de développer sa clientèle.
De retour, Mike lui sourit, comme s’il gardait pour lui la chute d’une blague.
— Ton Martini blanc, offert par la maison.
Elle le remercia, et il répondit :
— Avec plaisir.
— Tu sais, reprit-il, l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs.
Lauren sembla peinée.
— On a perdu une patiente aujourd’hui, madame Talbot, dit-elle en prenant une gorgée de Martini.
— Désolé.
— Tu aurais dû voir ça. Dès son dernier souffle, on rangeait déjà ses affaires. Le docteur Ross ne pensait qu’à la libérer du lit. Pour lui, c’est juste un business.
Mike fronça les sourcils.
— C’est le cas, mais au moins, il t’a.
— Non, il devrait s’occuper des malades, mais il s’en moque.
Il jeta un coup d’œil au journal.
— Fergus Falls ? C’est à plus de deux heures de Minneapolis !
Elle secoua la tête.
— Je veux aider quelqu’un, à ma manière.
Il lui adressa un regard soucieux.
Au lycée, Mike, grand et mince, était un sportif accompli avant qu’un accident de moto ne le pousse vers la peinture.
Ils furent interrompus par le téléphone, auquel il répondit sèchement :
— Non, monsieur, pas de livraisons.
Il raccrocha et se tourna vers Lauren.
— Cela fait un an que j’ai proposé à monsieur Darmon d’en faire, mais il a toujours refusé. C’est le dixième appel que je reçois aujourd’hui.
Tout en parlant, Mike arpentait la pièce. Il s’immobilisa devant la vitrine du restaurant et énonça sa dernière affirmation avec une telle conviction que Lauren le regarda, surprise.
— Cela gonflerait son chiffre d’affaires, ajouta-t-il.
Il sortit de sa poche un paquet de Lucky Strike et poursuivit :
— C’est l’heure de ma pause, j’ai envie d’une cigarette.
Lauren se taisait, mais ses coups d’œil furtifs montraient qu’elle écoutait ce qu’il disait.
— Tu viens ?
— Où ça ?
— Dans la salle de pause. Il y a un espace fumeur.
Avec impatience, Mike tira une cigarette du paquet. Lauren resta un instant à le regarder d’un air étrange et, d’une voix à peine audible, dit :
— Et ma commande ?
En entendant ces mots, Mike eut un léger cas de conscience. Il se pencha légèrement vers elle, son regard dur exprimant un vif intérêt.
— Les lasagnes sont en plat du jour. Je te les apporterai juste après.
Elle le suivit dans une petite réserve. Elle prit une profonde inspiration et balaya distraitement la pièce du regard. La salle de pause consistait en quatre chaises en bois autour d’une table ronde, où trônait un gros cendrier.
Mike lui jeta un coup d’œil en allumant sa cigarette.
— T’en veux une ? demanda-t-il.
— Non, merci.
La cigarette aux lèvres, il sortit son smartphone de la poche de son pantalon.
— Fergus Falls, siège du comté d'Otter Tail, dans l’État du Minnesota, commenta-t-il en consultant un article de Wikipédia sur Google.
Lauren garda le silence.
Ses mots lui rappelaient un Mike dont elle ne souhaitait pas se souvenir, et ses pensées la ramenèrent au premier jour de leur rencontre, lorsqu’elle était tombée sous son charme. Elle le revit, soudain souriant, les yeux empreints de cette lueur espiègle qui devenait magnétique lorsqu’il riait et se moquait de quelque chose.
— Désolé, murmura-t-il en la regardant tout en tirant sur sa cigarette.
Quand Lauren regagna son appartement, Molly Brown, la propriétaire, l’attendait devant la porte. Une femme d’une soixantaine d’années, au visage émacié et aux cheveux poivre et sel vaguement ramassés en chignon.
— Vous me devez deux mois de loyer, mademoiselle ! annonça-t-elle sans préambule.
Les yeux verts de Lauren s’illuminèrent de surprise. Elle se gratta le front et dit :
— Bonsoir, madame Brown.
La vieille dame lui faisait pitié. L’air égaré, elle semblait toujours sur le point de pleurer. Lauren savait qu’elle avait dû tout assumer seule lorsque son défunt mari, devenu infirme après un accident de chasse, avait eu besoin de soins constants.
— Je pourrai tout vous régler à la fin du mois, assura-telle.
Madame Brown recula pour la regarder dans les yeux, puis rétorqua :
— Mais…
— J’ai eu une dure journée, la coupa Lauren. Je vous promets de tout régler à la fin du mois.
Madame Brown recula encore d’un pas. Lauren lui lança un sourire qu’elle voulait rassurant et la contourna pour atteindre sa porte en cherchant ses clés. La vieille dame la suivit, poussant un soupir agacé avant de dire :
— Très bien, mais c’est la dernière fois.
Lauren acquiesça et referma la porte.
À l’intérieur de l’appartement, elle fut accueillie par une bouffée d’air frais. Elle sentit une tension s’évanouir ‒ une tension dont elle n’avait pas vraiment conscience jusque-là. Elle alla directement à la cuisine. Par la fenêtre, elle voyait la terrasse qui longeait l’arrière de l’appartement, baignée dans la douce lueur des lampadaires. Cette vision avait quelque chose de réconfortant.
Le plat de lasagnes qu’elle avait mangé au Black Dog Café l’avait rassasiée, mais elle avait très soif. En ouvrant le réfrigérateur, ses pensées revinrent aux deux yeux verts, étincelants de surprise.
Bon sang ! J’ai oublié de prendre de l’eau minérale, pensa-t-elle.
Elle ne buvait jamais l’eau du robinet.
Elle consulta son smartphone, mais constata qu’il était déchargé. Elle le brancha à son chargeur et le connecta à une prise de courant. Elle traversa le parquet d’un pas rapide pour atteindre la porte d’entrée. Une fois sortie, elle commença à sentir qu’elle n’allait pas aussi bien qu’elle voulait se l’imaginer. Le poids de la journée lui rappelait que le travail à l’hôpital ne lui apporterait rien de bon.
En marchant vers la supérette de son quartier, un bruit de pas résonna derrière elle. Elle se retourna, mais ne vit personne. Son visage prit une expression hésitante. En arrivant à la supérette, elle fut soulagée de voir Lenny au comptoir de la caisse.
— Lenny.
Elle avait prononcé son nom sans vraiment réfléchir. Il leva la tête, un peu étonné. Portée par son soulagement, et après la journée qu’elle venait de vivre, elle ne voulait pas que ce moment s’arrête.
— Vous me sauvez la vie, Lenny.
— Pourquoi donc ?
— Je n’ai plus d’eau. Et vous êtes la seule superette ouverte dans le quartier.
Lenny ôta sa casquette, hésita un instant, puis hocha lentement la tête.
— Je prendrai aussi de la glace au chocolat.
Là-dessus, il remit sa casquette et salua de la tête la personne derrière elle : un homme d’une quarantaine d’années, qui lui rendit son salut.
— Un malheur est arrivé ce soir, annonça l’homme. Alors, si je peux me permettre, mademoiselle, mieux vaut ne pas rester dehors.
— Que s’est-il passé ? demanda Lenny.
— Quelqu’un s’en est pris au père Lucas, à la basilique Sainte-Marie.
— Vous voulez dire…
— Le père Lucas est mort. On l’a assassiné.
Lauren observa l’homme avec méfiance. Son visage lui était familier, mais ce qui la troublait le plus, c’était son regard clair et perçant.
— Je vais vous raccompagner chez vous, mademoiselle, proposa-t-il.
Lauren jeta un coup d’œil vers Lenny.
— Ne vous inquiétez pas, dit-il. Ce monsieur est lieutenant de police.
Elle hocha la tête et répondit :
— D’accord, lieutenant.
— Lieutenant Flynn, brigade criminelle de Minneapolis, précisa-t-il.
D’un geste, il lui indiqua la porte et recula pour la laisser passer.
— Tu devrais fermer, Lenny, dit Flynn. Tu n’auras plus beaucoup de clients ce soir.
En voyant la voiture ‒ une Chevrolet Blazer rouge et blanc crème ‒, Lauren tiqua légèrement. Elle s’assit côté passager. Le lieutenant alluma la radio. La voix morne d’une journaliste relatait le crime de la basilique :
Sur le lieu du crime, qui évoque, selon un enquêteur, un horrible rituel occulte, le prêtre Lucas Krauss a été poignardé par un homme et une femme. Il semble que les suspects soient membres d’une secte. La police, arrivée sur les lieux, a tiré sur eux, mais ils ont disparu, comme par magie. Un prêtre travaillant dans l’église a résumé l’horreur de la scène en disant : « Je n’ai jamais rien vu d’aussi épouvantable avant, même depuis que je suis au service de Dieu. »
S’adossant confortablement dans son siège, Flynn joignit le bout de ses doigts et ferma les yeux, visiblement résigné.
— Ces êtres sont des pécheurs ! Ni plus ni moins ! pestat-il.
Autant il était réfléchi et calme au travail, autant il pouvait se montrer fougueux.
— Il y a quelque chose qui ne colle pas, ajouta-t-il. La semaine dernière, Nathan Deverell, un autre prêtre, a été tué à Fargo. Les meurtriers ont procédé de la même manière.
Lauren se pencha légèrement en avant, totalement attentive.
— C’est étrange, en effet, concéda-t-elle.
Flynn sortit un paquet de Lucky Strike de la poche de sa veste et demanda :
— Ça vous dérange si je fume ?
— Non.
— Merci.
Il alluma une cigarette et aspira une grande bouffée.
— Si je vous en parle, c’est parce que je sais que vous avez l’intention de partir pour Fergus Falls.
Surprise, Lauren ressentit comme un coup de froid.
— C’est ce qui m’a poussé à venir vous voir, expliqua-t-il.
Il aspira une autre bouffée tout en balayant du regard la rue où elle habitait.
— Tenez, dit-elle avant de descendre de la voiture. Je vous laisse ma glace au chocolat.
— Attendez, dit-il en la retenant.
Elle s’arrêta.
— Si vous voyez ou entendez quelque chose d’inhabituel, appelez-moi.
Il lui tendit une carte de visite. Elle hésita quelques instants, puis répondit :
— Merci de m’avoir raccompagnée, lieutenant.
Il hocha la tête et démarra, disparaissant dans la nuit noire.
Flynn se gara devant l’immeuble en briques rouges où il vivait avec Arthur, son oncle d’une soixantaine d’années. Il jeta un œil vers l’appartement du troisième étage et devina qu’Arthur était déjà couché. Son oncle se mettait au lit de plus en plus tôt depuis la mort de son épouse, et bien des soirs, Flynn ne le voyait même plus.
Arthur n’avait pas eu d’enfant, mais il avait adopté son neveu après la mort de ses parents, alors que Flynn n’avait que dix ans. Lorsqu’il avait acheté l’appartement, il y a bien longtemps, le quartier était encore paisible et agréable. C’était avant que la drogue ne vienne empoisonner la vie des habitants, brisant celle de leurs enfants et transformant ce lieu tranquille en un endroit où l’on devait fermer ses fenêtres par crainte qu’un toxicomane ne s’introduise pour voler télévisions, bijoux ou smartphones à revendre.
Flynn sortit de la voiture et rejoignit rapidement la porte de l’immeuble, qu’il ouvrit avec sa clé. L’accès était désormais verrouillé en permanence.
Bon sang ! pesta-t-il en constatant que l’ascenseur était une fois de plus en panne.
Il gravit péniblement les marches jusqu’au troisième étage. Une fois dans l’appartement, il se dirigea vers la cuisine, alluma la lampe au-dessus de la cuisinière et découvrit une assiette recouverte d’un film plastique sur la table. Il sourit en pensant à Arthur.
Ancien soldat en Irak, Flynn était ce que ses collègues aimaient appeler un contestataire, entre autres qualificatifs. Réservé, il avait l’habitude agaçante de se transformer en loup solitaire dès qu’il en avait envie. Il vivait avec son oncle, inquiet de voir le quartier changer. Il pensait qu’ainsi, Arthur serait plus en sécurité. De plus, la plupart des voisins étaient des retraités fréquentant le même bar et la même église. L’idée de vivre dans une maison isolée, sans contact avec personne, ne le tentait guère.
Il souleva le film plastique et aperçut un morceau de gigot accompagné de haricots verts.
Miam, pensa-t-il. Il n’avait rien mangé depuis le petitdéjeuner.
Traversant le couloir, il se dirigea vers la salle de bains pour se rafraîchir. En passant devant la chambre d’Arthur, il entendit un bruit sourd et dissonant : son oncle s’était endormi devant la télé.
Il frappa à la porte.
Pas de réponse.
Il frappa de nouveau.
