La chute d'une feuille d'automne - Florian Chauvot - E-Book

La chute d'une feuille d'automne E-Book

Florian Chauvot

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Beschreibung

1965. Azéline Martin est une jeune fille vivant seule dans le sud de la France. Abandonnée et malheureuse, elle occupe ses journées monotones à l’entretien de la ferme familiale jusqu’au jour où son regard croise celui de Paul. Mais un mystère plane sur ce jeune homme. Qui est-il ? D’où vient-il ? Et pourquoi Azéline l’a-t-elle sorti d’un lac en flamme en plein milieu de la nuit ?


À PROPOS DE L'AUTEUR


Florian Chauvot a été bercé dans son enfance par les livres. Grâce à eux, il a pu vivre d’innombrables aventures. La chute d’une feuille d’automne est le fruit d’un long processus entamé en 2009. Après plusieurs étapes de réécriture et d’adaptation, l’auteur nous livre enfin l’œuvre qui était enfouie en lui depuis tout ce temps.

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Seitenzahl: 196

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Florian Chauvot

La chute d’une feuille d’automne

Roman

© Lys Bleu Éditions – Florian Chauvot

ISBN : 979-10-377-3813-4

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

*

N’y aurait-il pas eu plus bel anniversaire que ce jour pour Azéline ?

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle n’avait d’ailleurs jamais eu de beaux anniversaires. Il y en avait toujours eu que pour David ; ah David, le saint, le roi, le petit prince de la famille. L’ainé, l’enfant tant attendu.

Tous les jours depuis sa naissance, elle se demandait comment sa vie aurait pu être si c’était elle qui avait vu le jour la première. Aurait-elle été la sainte, la reine, la petite princesse de la maison ? Cela n’était pas sûr et puis de toute façon, elle ne voulait pas y penser car cela la mettait mal à l’aise. Néanmoins, il est vrai que depuis 21 ans le pire n’a jamais été son père et encore moins son frère, mais sa mère. Qu’avait-elle bien pu lui faire pour toujours la mettre en colère ? Elle n’en savait rien et n’aurait jamais réellement de réponse car celle-ci, comme son père et son frère, était décédée.

Son père, André, était agriculteur et avait connu sa mère ; Régine, durant le marché dominical du village. La scène de leur rencontre ; selon les dires de son père, fut pour le moins, assez cocasse. En effet, la pauvre jeune femme essayait de monter seule son stand de crêpes malgré un vent et une pluie torrentielle qui soufflait ce jour-là. À un moment, la pauvre Régine s’était assommée avec l’une de ses planches et André s’était porté à son secours. Lorsqu’elle fut revenue à elle, le coup de foudre fut immédiat. De ce que son père lui avait raconté sur cette scène (en exagèrent les choses comme à son habitude et en n’oubliant aucun détail), il était allongé au-dessus d’elle, tenant sa tête dans ses bras et lui caressant ses magnifiques cheveux bruns. Lorsqu’elle fut revenue à elle, leurs regards se croisèrent et au milieu de cette place, tout comme le soleil, leur amour venait de naitre ce jour-là. À partir de cet instant, ils ne s’étaient plus jamais quittés ; ces deux personnes s’étaient trouvées et ne faisaient plus qu’un tel le ciel et la terre.

Quelque temps plus tard, avec le consentement du père de la jeune fille, ils s’étaient mariés alors qu’ils étaient à peine majeurs. En effet, André vivait seul dans la ferme familiale depuis ses 16 ans à la mort de ses deux parents d’une grave maladie.

16 ans… un âge assez jeune pour s’occuper d’un si grand hectare de terrain. Heureusement pour lui, ses (seuls) voisins étaient des amis de longue date de ses parents et l’avaient aidé à gérer l’exploitation familiale.

Régine quant à elle vivait avec son père depuis toujours après le décès de sa mère à sa naissance. C’était d’ailleurs un trait devenu assez fréquent dans sa famille. En effet, depuis toujours, les femmes de sa famille mourraient ; pour la plupart, en couche. Mais cela ne l’inquiétait pas car elle voulait plus que tout au monde porter la vie.

Après leur mariage, ils emménagèrent ensemble dans la ferme d’André et celui-ci put compter sur l’aide de sa femme, mais également de son beau-père pour l’entretien de son exploitation.

Sa ferme était située au milieu de nulle part, entourée de champs de blé, de vergers, de prés et d’un magnifique lac. Elle était située à environ une demi-heure à pied du village niché dans la tranquillité du sud de la France. Il y avait en face de cette ferme une autre exploitation ; plus petite que celle d’André, spécialisée dans l’élevage des chevaux. Elle était tenue par ce couple qui lui prêtait main-forte lors des moments de « coup de feu » agricole. Azéline les aimait beaucoup, elle les considérait comme ses grands-parents adoptifs. Ce couple avait eu des jumeaux (un garçon et une fille) assez jeunes qui étaient depuis longtemps partis à Paris vivre leur vie. Néanmoins, ils avaient toujours en eux ce besoin de « pouponner » et ; par conséquent, adoraient prendre soin d’Azéline et de David en l’absence de leurs parents. Ils s’appelaient M. et Mme Daubry mais Azéline les appelait papy et mamie Dauty. C’étaient eux d’ailleurs qui avaient appris à Azéline et à son frère tout ce qu’ils savaient car leurs parents n’avaient pas le temps de leur inculquer quoique ce soit à cause des différentes tâches prenantes et fatigantes à la ferme. De plus, ils ne pouvaient également pas les conduire à l’école du village, compte tenu de l’éloignement de leur exploitation par rapport à celle-ci. Néanmoins, ils les aimaient beaucoup et s’étaient occupés d’eux de la même façon ; sans différence, et ce malgré un laps de temps de 20 ans…

En effet, très vite après leur union, André et Régine avaient eu un fils : David, né en 1924.

Sa naissance avait été sans aucune complication et la vie de ce jeune homme ; jusqu’à son décès prématuré, fut assez heureuse.

C’était un beau jeune homme aux cheveux brun foncé comme ses parents. Néanmoins, il était un peu plus petit qu’eux mais compensait sa taille par sa force. Il était en effet, doté d’une musculature impressionnante. Cela était dû aux nombreux travaux qu’il effectuait depuis tout petit à la ferme pour aider ses parents qui lui avaient ainsi façonné un tel physique.

David était un garçon toujours gentil, serviable, souriant et à l’écoute. Il avait cette facilité de compréhension et d’adaptation qui faisait la fierté de ses parents. De plus, c’était un guerrier qui n’avait peur de rien.

Lorsque la seconde guerre mondiale éclata, il avait 15 ans et voulut combattre mais ses parents l’en empêchèrent. Il patienta donc ; avec beaucoup de frustration notamment lors de la capitulation française du 22 juin 1940… frustration qui ne dura que 24 h car le lendemain, il entendit l’appel du Général de Gaulle en direct de Londres et sut quel était son destin.

Après des jours et des jours de négociation, ses parents le laissèrent partir en lui faisant promettre de revenir sain et sauf… promesse qu’il n’a pu tenir.

David fut retrouvé mort en héros pour la France ; tombé au combat, lors du débarquement des Forces Alliées en Normandie le 6 juin 1944.

Cette perte marqua profondément la famille. Mais le plus terrible, c’est qu’en cette année de 1944, Régine était enceinte de son deuxième enfant et n’était pas prête à l’accueillir ainsi. Jusqu’au terme de sa naissance, elle pria les cieux de lui envoyer un second fils afin d’arriver, un tant soit peu, à supporter la perte de son ainé, mais le sort en a décidé autrement.

Ce premier jour d’automne 1944 ; après un accouchement difficile et qui a failli lui coûter la vie, Régine mit au monde une magnifique petite fille. Néanmoins, elle ne la vit pas tout de suite. En effet, à la suite de cela, elle avait dû tenir le lit une semaine afin de refaire ses forces, tellement l’accouchement avait été prenant. Durant ces premiers jours de vie sur terre, Azéline fut donc prise et cajolée par son père.

André, après le décès de son fils, était lui aussi courroucé de chagrin néanmoins, contrairement à sa femme, peu importait le sexe de son deuxième enfant. Pour lui le plus important était de lui donner tout l’amour possible et encore plus pour combler son chagrin. La perte de son fils était insoutenable, mais la naissance de sa fille avait été un pur bonheur ; une renaissance tel un phénix. Tous les jours depuis ce moment, il cacha sa peine afin de ne pas la montrer à sa fille mais de lui transmettre uniquement des ondes positives et du bonheur ; le même bonheur que son frère avait reçu de ses parents et qui maintenant lui était donné à elle. Pour lui, sa fille incarnait le changement telle l’issue de cette guerre.

Parfois le soir, lorsque tout le monde dormait, il sortait et contemplait les étoiles en remerciant son fils et tous les valeureux soldats qui s’étaient battus à ses côtés et avaient comme lui donné leur vie pour que lui, sa femme, sa fille ainsi que le monde entier puissent vivre des jours meilleurs.

André était une personne très superstitieuse, philosophique et mystique. Il pensait que chaque chose, bonne ou mauvaise, arrivait pour une raison mais qu’au final tout se terminait bien. Pour cela, il se rappelait à chaque fois sa rencontre avec sa femme… la pluie lorsqu’ils étaient loin l’un de l’autre puis le soleil lorsqu’ils furent pour la première fois ensemble dans les bras l’un de l’autre.

De plus, il en était également venu à la conclusion que son fils s’était sacrifié pour sa sœur. Son destin était de mourir pour que sa sœur puisse vivre. Cette pensée lui fit couler une larme qui roula le long de sa joue et qui le réconforta. Il savait ce qu’il devait faire pour honorer la mémoire de son fils… donner la meilleure vie possible à sa fille.

Ainsi, il la prénomma Azéline car elle naquit sous un soleil bleu azur du premier jour de l’automne.

Lorsqu’il l’amena pour la première fois dehors et se promena avec elle le long du lac, il vit la première feuille orangée du chêne tomber et s’envoler au loin.

À ce moment-là, il se retourna vers sa fille qui dormait à point fermé et lui dit :

— Assister à la première chute d’une feuille d’automne est, selon la légende, un joli présage. Ta vie sera merveilleuse Azéline, je te le promets.

Mais il ne faut pas croire aux légendes et comme la promesse tenue par son fils, celle-ci fut également non respectée et Azéline l’apprit à ses dépens.

En effet, quelques jours après sa naissance, elle fut prise d’un terrible mal. La petite dormait toute la journée, ne mangeait plus, était devenue toute blanche, était froide comme du cristal et commençait même à perdre ses cheveux.

De nombreux médecins se sont relayés à son chevet nuit et jour afin de comprendre le mal dont elle souffrait. Mais malgré tous les efforts dispensés sur sa personne, les médecins furent impuissants et comprirent malheureusement assez tard quel était le mal dont elle avait souffert : une méningite d’une forme très rare touchant à peine 1 % de la population.

Ce fut un choc terrible pour ses parents qui après avoir eu à affronter le décès de leur fils ainé, ont dû faire face aux possibles conséquences de cette maladie sur leur fille.

Les conséquences furent, pour l’ensemble du corps médical, assez perturbant tout comme les symptômes dont la petite avait souffert car ils ne savaient pas grand-chose sur cette maladie.

En effet, Azéline eut à faire face à une perturbation physique et une perturbation physiologique assez étranges. D’une part, sans savoir pourquoi, ses cheveux étaient devenus blond très clair allant même parfois sur du blanc. Mais ce ne fut pas ce changement qui transforma sa vie à jamais…

L’autre changement fut la perte totale et définitive de sa voix. Azéline était devenue muette.

Cela perturba également à jamais sa mère qui depuis ce jour ne l’a plus jamais embrassée ou prise dans ses bras.

En grandissant, Azéline avait appris à vivre avec ses « changements » qui la rendaient unique et s’était très bien adaptée à eux. Elle aimait beaucoup ses cheveux doux comme de la soie et passait des heures et des heures entières à les brosser. De plus, grâce à son père, elle arrivait parfaitement à communiquer avec autrui. En effet, celui-ci avait fabriqué grâce à un morceau du chêne près du lac une petite ardoise munie d’une petite craie qu’elle portait attachée autour de son cou.

Au fil des années, Azéline s’était acclimatée à sa vie « spéciale » et s’assumait telle qu’elle était, et ce grâce au soutien de son père mais également de M. et Mme Daubry.

Eux, contrairement à sa mère, ne l’avaient pas rejeté et l’avaient même encouragé à ne pas s’apitoyer sur son sort. Comme le répétait souvent M. Daubry ; qu’est-ce que la normalité ? Une tenue, un visage, une couleur de peau commune ? Si Dieu voulait que nous soyons « normaux », il nous aurait tous fait pareil mais ce n’est pas le cas. Le Seigneur nous a TOUS fait de manière unique et libre de vivre la vie qu’il nous a offerte avec ses hauts et ses bas. Il nous a donné la vie et nous évoluons dans ce monde imparfait, faisant de notre mieux pour nous montrer dignes de respect et de confiance envers lui.

Il lui disait qu’il fallait toujours rester optimiste même si cela était difficile et qu’il y avait certes toujours mieux lotis que soi, mais également toujours pire. Il lui avait raconté que toute sa vie, son « seul » problème était son poids. Durant sa jeunesse, il était obèse et s’était battu pour perdre du poids mais bien qu’il eût atteint son objectif, la bataille ; quant à elle n’était pas finie et ne le serait jamais. Durant toute sa vie, il n’avait connu « que » ce problème et s’en contentait, se disant qu’il était pas trop mal tombé le jour du jeu des problèmes à sa naissance contrairement à d’autres personnes qui vivaient avec de plus « graves » et problématiques désagrément.

C’est cette façon de penser qui avait permis à Azéline de vivre, prenant confiance en elle et en sa personne jour après jour.

De ses trois à ses vingt ans, sa vie était rythmée ainsi : étant loin du village, elle faisait l’école chez M. et Mme Daubry. 5 fois par semaine, ses journées étaient coupées par la théorie le matin et la pratique l’après-midi. Le couple disposant d’une imposante bibliothèque dans leur demeure et par la même occasion d’un immense savoir, il leur était facile de transmettre (comme à leurs enfants) tout ce qu’ils savaient du monde selon leurs aptitudes spécifiques.

De ce fait, Mme Daubry lui avait donc appris l’entretien d’une maison, les bonnes manières, la couture, la danse, le jardinage, ainsi que les sciences et la médecine (elle était fille de médecin et était elle-même une ancienne infirmière ; également sage-femme. C’est elle qui avait par ailleurs aidé sa mère à la mettre au monde, ainsi que son frère).

De son côté, M. Daubry lui avait appris l’histoire et la géographie, la littérature, le commerce, le sport, la cuisine, l’astronomie, la magie et sa passion pour les animaux ; notamment des chevaux.

Ce fut grâce à lui qu’Azéline fut capable de surmonter sa peur et de monter à cheval. L’équitation était devenue depuis ce jour, sa passion. Elle passait tous ses week-ends à l’étable à s’occuper de Pommier, Sapin, Vent-Doux et Tournessol ; les quatre chevaux de la ferme des Daubry. Elle les adorait, les chouchoutait, les montait toute la journée et il y avait même des jours où elle mangeait et dormait avec eux. Parfois, elle leur lisait également des histoires issues des livres de l’impressionnante bibliothèque du couple.

Durant cette période, elle fut également proche de son père, mais pas de sa mère. Celle-ci s’était d’ailleurs montrée assez réticente à ce qu’elle passe ses journées à prendre du bon temps et ne rien faire contrairement à ce que faisait son frère au même âge qu’elle. Mais son mari lui disait qu’il ne fallait pas la comparer à son frère, qu’elle était frêle et fragile et qu’il fallait la ménager après ce qu’elle avait subi dans sa jeune vie. De plus, il lui disait que son avenir n’était pas de finir dans une ferme ce à quoi sa femme lui répondait rouge de colère :

— ET MOI ? TU CROIS QUE MON AVENIR C’ÉTAIT DE FINIR DANS UNE FERME ? DE VOIR MON PÈRE MOURIR TOTALEMENT FAIBLE ET USÉ DE LA VIE !

Néanmoins, d’un autre côté cela l’arrangeait que sa fille ne passe pas toutes ses journées avec elle, car elle ne pouvait tout simplement pas la voir.

Contrairement à son mari, elle n’avait pas fait le deuil de son fils et ne pouvait pas le remplacer dans son cœur. Elle ne comprenait d’ailleurs pas les raisonnements philosophiques de son mari et cela la rendait encore plus folle de chagrin.

Malgré ce manque d’amour maternel, et après un début difficile dans ce bas monde, ces années furent les plus belles de la vie d’Azéline jusqu’au drame qui la marqua à jamais.

Un jour d’été de 1964 et alors qu’elle lisait sur le banc de bois ; sculpté par André, à l’ombre du chêne familial au bord du lac où son père pêchait, elle fut aux premières loges du tragique événement qui suivit.

Alors qu’il était sur la barque au beau milieu du lac, la ligne de sa canne à pêche se tendit d’un coup sec et il eut juste le temps de la prendre avant qu’elle ne passe par-dessus bord mais ce geste lui causa sa perte. En effet, avec la puissance du possible poisson harnaché à l’hameçon, André passa par-dessus bord. Ne sachant pas nager, il se débâtit comme il put ; essayant d’agripper la coque de sa barque sans succès.

Étant témoin de l’incident, Azéline vit son père se débattre. Ne pouvant appeler à l’aide et sachant que sa mère était à l’autre bout du domaine, elle voulut entrer dans l’eau mais en fut incapable ; totalement tétanisé par les cris de son père et la peur… la peur de faire quelque chose, la peur de prendre une décision la peur qui tétanise tellement un être humain que son sang se glace et le fait figer dans la terre.

Après plusieurs minutes, elle réussit cependant à vaincre cette peur et à entrer dans l’eau. Elle parcourut quelques mètres avant de voir son père sombrer au fond du lac. Elle plongea aussi vite qu’elle le put et le ramena sur la berge totalement inanimé. Elle essaya de lui prodiguer les premiers secours mais il était trop tard… son père avait quitté ce monde.

Azéline fondit en larmes… silencieuse assise à ses côtés. Elle ne vit pas sa mère arriver par derrière ni la pression exercée par celle-ci pour la faire tomber à la renverse afin de prendre place à côté de son défunt mari.

Après un instant de tristesse la tête baissée sur lui, elle la releva et Azéline put distinguer du fond de ses yeux, sa colère, une colère brulante comme le soleil qui lui fit comprendre que sa vie allait changer… non pour le meilleur, mais pour le pire.

Sa mère se leva, se porta à sa hauteur et lui assena une gifle qu’Azéline ressent encore aujourd’hui puis elle lui lança au visage son ardoise qui s’était détachée de son cou et lui somma de lui raconter ce qu’il s’était passé.

Après de longues minutes à écrire le drame mot pour mot, sans omettre aucun détail, sa mère lui redonna une seconde gifle encore plus forte que la première qui la fit saigner du nez.

— VILAINE FILLE ! lui dit-elle hors d’elle. TU ÉTAIS LÀ, TU AS TOUT VU ET TU AS EU PEUR. TON FRÈRE LUI NE SE SERAIT PAS POSÉ DE QUESTIONS, IL SE SERAIT JETÉ À L’EAU SANS HÉSITER ! IL N’AVAIT PEUR DE RIEN LUI.

Puis se rapprochant plus près de son visage elle continua plus calmement malgré un ton de voix aigu et strident.

— Ton frère était un héros de guerre petite peste. Il a fait et connu des choses que tu ne feras et ne connaîtras jamais dans ta vie. En faisant ce que tu as fait, tu as terni sa mémoire.

Elle lui donna une troisième gifle tellement puissante qui lui fit tourner la tête, en giclant du sang sur sa robe humide.

— TU TACHES TA ROBE, JE NE T’AI PAS ÉLEVÉE AINSI PETITE SOUILLON !

À la quatrième gifle, des larmes coulèrent sur ses magnifiques joues rondes et rosées (par les gifles de sa mère).

— Je ne veux pas t’entendre ! Crois-moi qu’à partir de maintenant, la belle vie, c’est fini !

Et pour une fois… une promesse fut tenue car à partir de ce jour, sa vie fut un calvaire. Elle fut obligée de travailler à la ferme, délaissant Mr et Mme Daubry, leur cours, sa passion de l’équitation et tout ce qui faisait de sa vie un paradis pour entrer en enfer.

Sa mère avait ; par ailleurs, interdit aux Daubry de revoir sa fille.

Depuis ce jour, Azéline n’a plus jamais eu de nouvelles d’eux.

Les journées devenaient longues et harassantes pour elle ; sa mère la traitant comme une esclave.

De plus, elle avait dû creuser elle-même la sépulture de son propre père ; punition donnée par sa mère pour l’avoir laissé mourir.

La jeune fille belle et élégante qu’était Azéline changea.

Durant un an, elle fut l’esclave de sa mère tous les jours sans interruption. Elle devait tout faire elle-même et seule sans aucune aide. À la moindre faute ou contrariété de sa mère, elle se prenait des coups, était privée de nourriture et devait dormir dehors.

Ce supplice dura un an… jusqu’à aujourd’hui… 22 septembre 1965… jour de son anniversaire.

Déjà avant ses anniversaires avaient été pour le moins… spéciaux mais aujourd’hui, comble de l’extase, il battait tous les autres.

En règle générale, ses anniversaires étaient fêtés uniquement par M. et Mme Daubry. M. Daubry lui préparait un énorme gâteau au chocolat et lui offrait un livre de sa bibliothèque. Quant à Mme Daubry, elle lui confectionnait chaque année une nouvelle robe ainsi qu’une nouvelle peluche en laine. Pour ce qui était de ses parents… la fête était différente. Ce jour-là, sa mère l’ignorait encore plus que d’habitude quant à son père… il l’évitait au maximum jusqu’au soir. En effet, lorsque sa femme s’était endormie, il allait la voir et l’emmenait sous la fraîcheur nocturne automnale contempler les étoiles.

Azéline appréciait ce moment père-fille mais son père d’années en années lui répétait sans cesse les mêmes choses et au bout d’un moment, elle avait arrêté de l’écouter mais aujourd’hui, elle donnerait tout pour qu’il soit là et ; en contemplant les étoiles, qu’il lui répète son laïus :

— Après la mort de ton frère… nous avons dû rapidement faire notre deuil pour pouvoir d’accueillir convenablement mais… ce fut un échec. Tu ne t’en rappelles pas car tu n’avais que quelques heures mais je t’ai fait une promesse bébé et je ne sais pas si je serai en mesure de la tenir. Pardonne-moi pour cela et ne m’en veux pas… ni à ta mère. C’est une bonne femme qui t’aime à sa manière et qui t’aimera toujours. Tu es une femme courageuse Azéline, reste-le à jamais.