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La Cité des Arions n’admet que les vainqueurs. Lui, en est-il un ? Que fait-il avec Bo ? Que cherche-t-il et à quoi sert-il ? Et pourquoi tant de questions ? Gaméorok a sûrement existé, ou alors existera, ou pas... En fait, quelle importance ? Un récit de voyage dans le paradoxe, dans l’absurde, où même l’auteur est perdu et se dispute avec son personnage : un exercice de style, une véritable aventure, ou les deux ? Et vous, allez-vous imploser ? Soyez prudent !
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Seitenzahl: 86
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Du même auteur :
Chez BoD Éditeur
Le Rabot de Louis
Roman
Sous le métro, la plage !
Roman
Au clair de Lune
Roman érotique sous forme de nouvelles
Jean Ier : les cinq jours
Autobiographie historique romancée
Abricotin le lapin
Nouvelles pour jeunes lecteurs
Sépia
Chansons et poèmes
Le rêve de Guillaume
Proses et nouvelles
En savoir plus sur l'auteur :
www.thierrybrayer.fr
Thierry Brayer, né en 1962, est formateur en langue française, coach littéraire et en écriture, animateur d’ateliers d’écriture, conférencier et intervenant scolaire, en France comme à l’étranger.
Lourdes sont les idées,
faibles sont les hommes.
GAMÉOROK
XÉTHYS
LA CITÉ DES ARIONS
L'ADMINISPHÈNE
LA FATUM
LES OMBRES
LE CHAPITRE SUIVANT
LE NOUVEAU RÉVEIL
LE RETOUR AU DÉBUT
J'AVANCE
ISABEL
BO PARLEUR
LE RETOUR AU DÉBUT II
ENCORE ELLE
ENCORE LUI
LE VAINQUEUR DE LA CITÉ
GAMÉOROK
Gaméorok
La terre est mauve, le ciel est vert, la mer est jaune. La première montagne que je vois est bleue, cachant un soleil naissant trop violet pour être vrai. À trop voyager dans un passé noir et blanc, j’en avais oublié les couleurs du futur que j’ai enfin mérité. Bo m’accompagne dans ce périple inattendu du bout du crayon et note les parfums et les cris qu’elle découvre en même temps que moi. Plus je lui parle, plus elle écoute. J’ai bien fait de lui changer ses accus. Nos pas s’enfoncent dans ce paysage sans fin, mais pas sans appétit. Au loin, s’offrant comme une oasis, la ville d’un seul plaisir : Gaméorok tant attendue, tant rêvée, tant construite, résonne à mes ouïes tendues. J’actionne alors mon générateur d’eau et verse dans mes mains rocailleuses quelques gouttes de ce liquide interdit. Bo me fait un clin d’œil, la pauvre ! Devant nous, les gâtines, d’anciennes dunes, sont nombreuses et servent de pâturage aux dagornes1. Elles nous obligent à presque voler pour atteindre avant la deuxième nuit de cette journée anachronique notre destination. Mais nous ne volons pas : nous faisons mieux !
− Avançons violemment ! crié-je à ma compagne d’infortune. La Cité des Arions n’admet que les vainqueurs !
Soudain, en une vague de colère, le ciel s’obscurcit en moins d’une seconde pour la première fois. Deux lunes apparaissent en complices et composent avec l’étoile rose de Caryopsée le fameux Delta de Jubarte. Il me faut me dépêcher de le colorier avant qu’il ne disparaisse. Alors que la minute s’estompe, Bo se relève et me montre le chemin que la seconde aube nous dessine. Le ciel redevient vert, comme à son habitude depuis le Grand Jour. Gaméorok se contraste en lui et me joue le chant des sirènes. Je sors de ma poche la carte interdite de cette contrée absurde, mon laissez-passer, mon laissez-rêver, ma boussole de papier pour arriver jusqu’ici. Un sourire vers Bo pour unique force et me voilà encore plus riche de mille envies de conquérir cet ancien Nouveau Monde. Au sol, sous un caillou tremblant, une pièce de dix Canus oubliée par un marchand pressé me sourit.
Que ce voyage commence bien !
Pour arriver là où j’en suis, certains hommes et assimilés humains ont volé ou tué. À croire qu’il faut être malhonnête pour gagner le respect. J’ai toujours voulu être sage sans trahir et me faire respecter sans me faire craindre. Bo en sait quelque chose. Si elle est là aujourd’hui, c’est parce que j’ai su lui donner la confiance qu’on ne pouvait lui programmer. À présent, c’est moi qui ai confiance en elle et qui la suis vers notre but. Si elle pouvait courir, elle courrait. Comment peut-elle en avoir envie, elle qui n’existe pas encore ? Je suis sûr qu’elle me parle, je comprends presque ses mots, parfois, elle me sourit. Deviens-je fou ?
Deux portes monumentales, cernées de caryatides à la gloire sans doute de quelques divas d’époque, seront l’entrée de notre future demeure, si je réussis l’épreuve du passage. Je fixe de mes poings la statue d’Amphyclion2. Je suis fort de sa présence. Un garde arénicole accompagné d’une cagne, sorte de cerbère sans gloire, mais pas sans hargne, nous interpelle.
− Halte-là ! Sais-tu ce qui tu es ?
Sûr que je le sais, enfin je crois ? Ma quête ne peut s’arrêter à quelques pieds de ma destinée.
− Et que fais-tu ?
− Je fais ce que bon me semble. Nul être ne peut me dire de faire demi-tour à cet instant. Et toi ? Sais-tu qui je suis ?
Alors que je lui pose cette question qui le trouble, je sors de ma poche la pierre tant famée et rougie par mon courage. Par la coutume écrite, je la mets au-dessus de ma tête pour attirer son regard et frappe du pied. Le garde, apeuré, me répond rapidement :
− Je ne suis là que pour vérifier ton mérite à fouler Gaméorok. Tu es venu ici en visiteur, pas en conquérant, souviens-t-en ! Je n’ai rien d’autre à te dire que d’entrer. Va ! Et n’oublie pas de savoir qui tu es, tu en auras l’utilité bientôt !
Je croyais être un arion, visiblement, cela ne suffit pas ! Enfin, le clebs se tait : Bo est rassurée ; je la suis et nous entrons. La seconde nuit ne saurait tarder : il va me falloir trouver un endroit pour dormir et une station d’accueil pour Bo. Où aller ?
Un astéroscope3 vient vite à mon aide. Je crois reconnaître en lui les prémices d’une nouvelle réalité, comme dans les livres que me lisait mon père dans son hémisphère bicolore, forcément. Sans doute avait-il raison quand il en parlait. Voici donc un entozoaire qui a réussi ! Nous le suivons, presque en confiance. Il se doute de la vérité que nous cherchons, pardon !, que je cherche. Décidément, j’ai du mal à décérébrer Bo ! Nous marchons encore sur les huiles que les pavés transpirent. Mes chausses sont humides, mais je dois continuer. Le labyrinthe de la Cité se referme sur nous. La nuit est profonde à présent.
Je dois admettre que je n’ai pas peur. Je ne vois pas pourquoi j’aurais peur ? Je ne suis pas l’ennemi de Gaméorok ! Loin d’être tout à fait son ami, ainsi que vient de me le dire le garde, je ne suis que son visiteur. C’est pour cela que j’ai confiance en mes gestes et pas, jusqu’à ce que l’on me fasse changer d’avis : pour le moment, la curiosité me guide et j’avoue aimer cela.
1 Animal.
2 Amphyclion est un lion gigantesque et particulièrement féroce dont les origines sont a priori divines, mais même Dieu n'en est pas sûr car il était absent ce jour-là.
3 Il y a beaucoup d'objets assez insolites qui mériteraient une explication pour une meilleure compréhension de l'histoire.
Xéthys
Dans une rue presque venelle, un homme en chenille m’accueille, ignorant Bo et ricanant sans bruit, comme je m’y attendais.
− Venez vous reposer ici et laissez votre ferraille dehors. Personne ne viendra vous la dérober, c’est un modèle dépassé certes, mais pas encore de collection.
Je n’ai pas envie de rire ce soir et encore moins qu’on se moque de Bo. Je suis certainement heureux, mais mon bonheur n’est pas parfait du malheur de ma compagne. Elle n’est pas triste, elle ne sait pas ce que c’est. Sans doute pour ça — doux paradoxe — qu’elle est heureuse ! Je la débranche pour l’économiser et accepte l’invitation de l’inconnu grinçant. Son logement n’est qu’un vulgaire cagnard, mais l’importance du lieu n’a pas de commune mesure avec la fierté pour moi d’y être. J’aimerais déjà questionner ce vagabond, cet indigène, mais je ne le sens pas décidé à me répondre. Il me prête un camelot dont je m’enrobe et je me blottis contre un feu artificiel de bonne qualité bien que tiède. Néanmoins, je n’ai plus froid. Peut-être ai-je faim ? Il m’offre un pain azyme blancâsse. Peut-être ai-je soif ? Il me sert un sirop de canamelle. Peut-être ai-je sommeil ? Il me tend un hamac de chanvre vert.
Que tout cela semble facile ici, l’on pense et l’on a ! Quand j’étais chez moi, ce n’était pas la même limonade édulcorée. J’ai toujours eu le sentiment de n’être ni entendu ni vu, encore moins d’être écouté et regardé ! Là, un inconnu déguenillé me fait confiance en un quart de sable, cela est surprenant, mais je me doute que je suis à peine à l’aube de mes surprises. À la limite, c’est moi la surprise sans être pour autant un cadeau !
Je consulte de mes yeux Bo une dernière fois et je m’endors, innocemment, me préparant à un lendemain plein de promesses. Presque silence pour une presque nuit.
