La dernière gardienne - Priscilla Turcotte - E-Book

La dernière gardienne E-Book

Priscilla Turcotte

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Beschreibung

Anabelle vient de fêter son 16e anniversaire. Ses parents lui proposent des vacances chez une grand-tante éloignée, Gaïa, qu’elle n’a jamais vue, et qui habite la ville Lestéria de Walley où plusieurs disparitions surviennent. Elle se retrouve au beau milieu d’une demeure bizarre où se passent des choses que personne n’aurait jamais pensé voir dans une vie normale. Plusieurs indices se révéleront à Anabelle qui changera sa nature essentielle et sa compréhension de la réalité. Elle devra développer ses pouvoirs magiques, afin d'être prête à devenir Gardienne. Des obstacles majeurs se trouveront sur son chemin, dont la découverte de la véritable identité de Léo ― un loup démon immortel―, dont elle ressent un fort sentiment. Elle devra chercher un moyen de le délivrer de ce mal en trouvant l’athamé des immortels et s'en débarrasser pour toujours dans la grotte du dragon située dans le fond d'un volcan. Mais avant, elle devra chercher la cinquième pierre de lune dans le monde d'Aquale.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Priscilla Turcotte a 35 ans et l'écriture du fantastique a été pour elle une découverte, une vraie passion et un merveilleux loisir. Pour elle « Avoir la chance de publier ses livres, c'est comme si elle s’offrait un magnifique cadeau qu’elle léguera ensuite à sa fille et à ses lecteurs ».
Elle a découvert que l'écriture était essentielle à sa vie et un remède à sa dyslexie. Elle espère continuer à faire rêver et en se disant qu’elle est une femme qui n'a pas peur des défis. Elle adore le contact avec le public.

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Seitenzahl: 236

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Table des matières

Crédits

Dragon

Prologue

Chapitre 1 -Vacances

Chapitre 2 - Gaïa

Chapitre 3 - Découverte

Chapitre 4 - Révélations

Chapitre 5 - Seelie

Chapitre 6 - Terra

Chapitre 7 - Une nuit mouvementée

Chapitre 8 - Josh

Chapitre 9 - Questionnement

Chapitre 10 - Margaret

Chapitre 11 - Interrogation

Chapitre 12 - La clef

Chapitre 13 - Un nouveau sentiment

Chapitre 14 - Loup-Démon

Chapitre 15 - Tests d'aptitudes

Chapitre 16 - Le miroir

Chapitre 17 - L'ubiquité

Chapitre 18 - Doute

Chapitre 19 - Attirance

Chapitre 20 - Visite au magasin

Chapitre 21 - D'autres pouvoirs

Chapitre 22 - L'appel

Chapitre 23 - Les magiciens de Cadécas

Chapitre 24 - Le rendez-vous

Chapitre 25 - Formules & Potions

Chapitre 26 - Destinée

Chapitre 27 - Pleine lune

Chapitre 28 - Enfer ou Paradis

Chapitre 29 - Piégée

Chapitre 30 - L'amour

Chapitre 31 - Transformation

Chapitre 32 - La Gardienne

Chapitre 33 - Préparation au combat

Chapitre 34 - Contrôle

Chapitre 35 - Le combat

Chapitre 36 - Éternel

Chapitre 37 - Le familier

Chapitre 38 - Retrouvailles

Chapitre 39 - Aquale

Chapitre 40 - La Grotte du Dragon

Crédits

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Turcotte, Priscilla, 1981-

La dernière gardienne

ISBN 978-2-924169-18-6

I. Titre.

PS8639.U724D47 2015 C843'.6 C2015-940741-9

PS9639.U724D47 2015

Auteure :Priscilla Turcotte

Titre :La Dernière Gardienne

Tous droits réservés.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

©2015Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

ISBN papier : 978-2-924169-18-6

ISBN E-Pdf : 978-2-89809-058-5

ISBN E-Pub: 978-2-89809-059-2

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal papier : 3e trimestre 2015

Dépôt légal E-Pdf : 3e trimestre 2020

Dépôt légal E-Pub: 3e trimestre 2020

Révision de textes :Aline NOGUES

Corrections grammaticales: Florence PARENT

Image de la couverture : Chrystel DESCHÊNES

Photographie de l'Auteure :Geneviève GAGNÉ

Illustrations : Frédérique RICHARD

Infographie: Claude REY

Imprimé au Canada

Première impression : Septembre 2015

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

SODEC - QUÉBEC

Dragon

Prologue

D’aussi loin que nous pouvons nous en souvenir, le monde a toujours été un mystère. Des crimes non résolus, des disparitions, des manifestations étranges, des dons précis… mais les individus vivant sur Terre n’ont jamais cherché à les comprendre. Ils se sont dit : si ces choses existent, eh bien, c’est que ça doit être normal…Vous croyez que votre voisin est tout ce qu’il y a de plus ordinaire ? Mais détrompez-vous : il cache sans doute sa véritable identité… Vous croyez sans doute que les livres fantastiques sont des inventions, tout droit sorties de l’imaginaire de leurs auteurs ? détrompez-vous : c’est en partie vrai. Petit à petit, le monde s’ouvrira à une ère nouvelle…

-o0o-

— Papa, peux-tu me raconter encore l’histoire ? demanda une belle fillette de huit ans, aux yeux d’un vert éclatant.

— D’accord ma puce, mais pas toute entière, car il est déjà tard. Installe-toi confortablement sous les couvertures.

Le père sortit un petit carnet de la table de chevet de sa fille, qui avait pour titre :Les Gardiennes. Il commença à lire.

Il était une fois des femmes qui devaient protéger les mondes, celui des êtres spéciaux et celui des humains…

La petite fille interrompit son père en bâillant :

— J’aimerais juste la dernière page, car je suis trop fatiguée.

— Je savais bien qu’il était tard pour une histoire, ma belle, réponditle père en tournant les pages du carnet,jusqu’à la dernière.

Il y eut un bruit de soufflet, ensuite résonna un cri. Des larmes coulaient sur ses joues, sa peine jaillissait sans retenue.

— Par pitié, laissez-nous vivre ! implora une Gardienne, qui tenait dans ses mains le Sablier du temps.

— Donnez-moi le Sablier et je vous laisserai la vie sauve, mais vous serez à mon service et j’aurai aussi vos pouvoirs.

Une vague odeur de moisissure et une obscurité gênante tapissaient l’endroit. Des monstres épouvantables surgirent de tous les côtés, dans un déchaînement d’horreur. Des créatures sanguinaires, munies de griffes et de crocs, résolues à dévorer et à aspirer l’énergie du Sablier. La terreur et l’angoisse n’atteignaient pas la Gardienne, prête à tout pour sauver le monde des forces maléfiques, dirigé par le maître Magicien.

Elle déploya ses forces, et des éclairs de lumière mauves s’échappèrent de ses paumes.

— Je vous détruirai avant.

Le Magicien, voleur de pouvoirs, esquiva l’éclair projeté par la Gardienne prénommée Miranda. Il riposta en plaçant ses mains dans les airs, provoquant une tempête temporelle en disant :

— Univa srtooma tum !

Miranda lança à son tour, en fixant le Sablier :

— Noma ! Que le temps soit gardé en sécurité. Que ma vie soit épargnée ! Qu’une nouvelle Gardienne de la puissance soit sauvée !

La Gardienne prit rapidement un grain de sable bleu scintillant, et créa une ouverture temporelle dans Terra, le royaume.

— Rends-le-moi, cria le Magicien.

— Jamais ! Plutôt mourir ! dit Miranda.

— Votre vœu sera exaucé ! ricana le Magicien.

Juste avant d’être attaquée par les monstres, Miranda propulsa le Sablier dans l’entrée temporelle, en récitant une sorte de mantra.

— Va, Sablier, cache-toi ! Le Sablier disparut ainsi que la portetemporelle .

— Non ! cria de rage le Magicien. D’autres viendront et ce sera fatal !

Il crut enlever la vie de la Gardienne, mais elle lui jeta un sort de mort.

— Je vous détruirai tous, et plus personne ne pourra empêcher l’évolution de l’énergie négative.

Il disparut dans le temps et dans une autre dimension. L’âme de Miranda, cependant, était prisonnière dans le temps. Seul le Sablier pouvait faire en sorte qu’elle trouve la paix éternelle. Mais avant, elle devait également livrer un message important.

Le Royaume de Terra était ravagé par le mal. La verdure détruite, plus aucune couleur n’enjolivait l’endroit, si splendide et magique, mais un espoir perça. De jeunes pousses d’herbe et de fleur traversèrent la terre sablonneuse. De petites particules de vie n’avaient pas été atteintes par la noirceur et le négatif. La Gardienne du Jardin, qui mène au Royaume de Terra, avait réussi à échapper au mal, en se cachant sur la terre. En constatant les dégâts elle vit, à sa plus grande surprise, un Miracle : une fleur poussait ; tout allait pouvoir reprendre son cours ; mais sans Gardienne, les ténèbres reviendraient. Alors qu’elle se promenait, à son plus grand étonnement elle entendit un bébé. Il était caché dans un petit moïse, sous une tonne de couvertures, dans la maison de Miranda. La Gardienne du Jardin le prit dans ses bras et vit que c’était une petite fille ; regardant ses yeux, elle sut que cette petite avait été choisie, car un grain de sable scintillant se tenait entre ses mains. Selon une légende, le Sablier du temps, aux grains de sable magiques, choisissait celle qui devrait protéger le monde des dangers surnaturels.

La Gardienne comprit qu’elle devait protéger l’enfant, jusqu’au jour de ses seize ans. Personne ne devait savoir qu’elle n’était pas une enfant comme les autres et, surtout, qu’elle était la dernière qui avait le pouvoir sur l’évolution du monde… Un jour, la vérité serait dévoilée sur ce qui était véritablement arrivé à celle qui avait banni le mal.

— Voilà Anabelle. Maintenant, il est temps de dormir, dit le père de la fillette qui était couchée dans le lit à baldaquin, prêt à lui donner un tendre baiser sur la joue.

— Merci papa. J’aime cette histoire. Où l’as-tu découverte au juste ? lui demanda, comme à chaque fois, Anabelle en bâillant.

— Un cadeau d’une grand-tante qui l’a écrite, tu sais bien. Dors à présent, fit le père en bordant le lit de sa fille. Puis il sortit de la chambre en fermant la porte. Il ne savait pas comment sa fille pouvait aimer cette histoire lugubre. Sans doute croyait-elle que ce n’était qu’une simple histoire comme les autres.

La petite fille s’endormit sur-le-champ et, comme à chaque fois qu’elle entendait cette histoire, elle chantonna, une fois seule et presque endormie, cette comptine :

 Ma chère fille, le pouvoir du Sablier sera en toi dès que tu prononceras ces mots : « Je suis puissante, je suis moi, je suis la Gardienne, viens à moi poussière du temps ».

Ce soir-là fut la dernière fois que le père raconta cette histoire. Débordé par son travail, et voyant sa petite fille devenue trop grande pour entendre des histoires avant de dormir, il mit fin à cette coutume enfantine. Plus les années passaient, plus l’histoire s’effaçait de la mémoire d’Anabelle, tout comme la comptine…

Chapitre 1 -Vacances

Anabelle, une jeune fille aux yeux d’un vert éclatant et à la chevelure couleur chocolat, venait de fêter son seizième anniversaire. Ses parents lui proposèrent d’aller passer les vacances d’été chez une grand-tante éloignée, qui donnait une grande réception pour l’arrivée de l’été. Comme elle habitait un endroit lointain, et qu’elle était âgée, les parents d’Anabelle pensaient qu’il serait bon de s’y rendre. De plus, cette tante avait beaucoup insisté.

— Suis-je obligée d’y aller ?

— Oui ma chérie, fit la mère.

— Mais je ne la connais pas et, en plus, j’ai des cours.

— C’est donc un bon argument pour faire connaissance et, pour ton école, c’est arrangé avec ton directeur.

— Très bien, dit-elle d’un ton de déception.

Anabelle avait hâte d’avoir sa majorité, pour ne plus suivre ses parents.

Durant la nuit avant leur départ, Anabelle se réveilla subitement en plein sommeil. Elle prit soudain conscience qu’une boule se formait dans son estomac, accompagnée de sueurs froides.

— Je dois être stressée.

Elle se leva et se dirigea vers la salle de bain, elle avait une grosse envie. Puis, en se lavant les mains dans l’évier, elle se passa un peu d’eau sur le visage. La fraîcheur de l’eau éveilla son esprit. Elle regarda, par la petite fenêtre, le ciel où brillaient des milliers d’étoiles, puis elle ferma les yeux. Un air lui vint en tête, et elle retourna dans sa chambre en fredonnant :la, lalalalala, lalal lalala, lala la la lalala lalalal lalalaa, lalala

1erjuin 2012

Le lendemain, c’était l’heure du départ. Anabelle aida ses parents avec les valises, mais cela ne l’enchantait pas. Elle se demandait pourquoi, tout à coup, ses parents qui n’aimaient pas voyager et aller dormir ailleurs, voulaient absolument se rendre là-bas. La jeune femme aurait préféré rester avec ses copines ; après tout, elle avait seize ans et, à cet âge, elle était bien capable de se garder seule puisque l’année prochaine, elle allait se louer un appartement pour aller étudier dans une autre ville et être enfin libre. Une fois les bagages chargés, ils partirent vers la ville de Lestéria de Walley. La route était longue, presque sept heures de trajet : une autoroute d’abord, puis une route principale en direction de l’Est.

Comme l’adolescente n’avait pas bien dormi la veille, elle sommeillait dans la voiture, en regardant le paysage, bercée par le son de la radio qui diffusait des nouvelles au sujet d’une disparition. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle s’endorme. Après plusieurs heures, ils arrivèrent dans un village et s’arrêtèrent dans une halte routière, le temps d’une pause pipi. En ouvrant la porte de la bâtisse, ils virent de nombreuses affiches de gens disparus, autant filles que garçons. C’était angoissant. Anabelle n’avait jamais vu autant d’affiches, même par chez elle ; la plupart des disparitions s’expliquaient par des fugues ou des parents qui s’enfuyaient avec leurs enfants. Anabelle soupira :

— Mais dans quel trou sommes-nous ?

Par la suite, ils prirent un chemin de terre, entouré de bois et de montagnes. La voiture stoppa dans une station pour mettre de l’essence. Anabelle détourna les yeux pour regarder par la fenêtre. L’automobile s’immobilisa à une pompe. Le père de la jeune femme abaissa sa fenêtre, puis un homme dans la cinquantaine apparut devant la vitre d’Ana. Il la regarda d’une façon plutôt étrange. C’était peut-être qu’il ne les avait jamais vus par ici.

— Le plein s’il vous plaît.

Le réservoir étant rempli, ils repartirent en direction de chez la grand-tante. Ana vit par la vitre arrière que l’homme regardait encore leur voiture s’éloigner.

— Bizarre, les gens d’ici. Ils nous regardent comme des extraterrestres, pensa-t-elle.

La famille arriva devant une énorme demeure en pierre, de style anglais.

— Wow ! s’écria la jeune brunette, les yeux écarquillés. Elle est riche ou quoi ?

Ses parents se regardèrent sans dire un mot.

— Étrange qu’une femme âgée, seule dans une grande maison comme ça, ne déménage pas dans plus petit, se disait Anabelle.

Curieusement, en descendant de la voiture, la jeune fille inspira profondément l’air frais. Elle ne savait pas pourquoi mais, sans jamais être venue ici, elle avait l’impression de se trouver chez elle. Elle se sentait bien. Elle fit un tour sur elle-même. Il n’y avait pas grand-chose : des arbres, des fleurs, le chant des oiseaux, et quelques papillons jaunes qui volaient près d’elle.

— Ça a l’air génial ici ! lança-t-elle.

Sur ces mots, une dame ouvrit la grande porte de bois, travaillée à la main. Son regard s’illumina à la vue de la jeune fille.

— Bienvenue mon enfant !

L’accueil de cette femme âgée, à l’allure bohème, aux cheveux châtains piqués de quelques cheveux blancs, et rehaussés d’une fleur bleue, était enthousiaste.

— Bonjour Gaïa, firent Marc et Johanne, les parents d’Anabelle.

— Mais entrez donc.

Anabelle entra la première. À la vue de la splendeur de l’intérieur de la maison, elle laissa tomber sa valise par terre.Son regard balaya l’endroit : un arbre habitait l’intérieur et il y avait plusieurs plantesvertes grimpantes, et même de nombreuses fleurs.

— Wow ! C’est beau et spécial. Je n’ai jamais vu personne avec autant de verdure dans sa maison. Voyez-vous ça, maman et papa?

— Fidèle à toi-même, Gaïa, lui lança Marc.

La femme sourit.

— Anabelle, tu peux aller te choisir une chambre là-haut.

— Ah oui ? N’importe laquelle ?

— Oui, mais pas celle du fond, car c’est la mienne.

— Parfait ! dit-elle avant de grimper les grands escaliers du hall, qui menaient à l’étage.

-o0o-

— Je suis ravie que vous ayez accepté l’invitation.

— Je sais que c’est important pour vous de voir Anabelle mais, surtout, ne nous l’enlevez pas, implora Johanne, le regard triste.

— Il n’est pas question de vous l’enlever.

— Mais pourquoi aujourd’hui ? Elle n’est pas encore majeure. Elle est trop jeune.

— Voulez-vous une tasse de thé ? demanda Gaïa.

— Non merci ! firent les deux parents en même temps.

— Ne détournez pas le sujet, Gaïa. Il va falloir en parler, tout de même, dit Marc.

— Je sais.

— Alors pourquoi aujourd’hui ? demanda la mère, une petite femme menue, à la chevelure blonde et bouclée.

— Eh bien, il est temps. Les signes apparaîtront bientôt ; s’ils n’ont pas déjà commencé !

-o0o-

— C’est génial, cria Anabelle du haut de l’escalier. C’est immense !

Gaïa, Marc et Johanne cessèrent leur conversation.

— Que faites-vous ? demanda Anabelle, qui descendait l’escalier.

— Nous discutions.

— Ok. Je me sens pleine d’énergie. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

La femme âgée se leva du petit fauteuil brun qui se trouvait en bas de l’escalier. Les parents se levèrent également.

— Eh bien, ma belle, on va préparer la fête.

— Mais c’est dans vingt jours. Ce n’est pas un peu tôt ? Les autres personnes arrivent-elles bientôt ?

— Dans quelques jours.

— Nous devons discuter de certaines choses avec ta grand-tante, ma belle. Veux-tu aller explorer les lieux à l’extérieur? Mais ne t’éloigne pas trop, dit doucement Johanne.

— Ok ! fit la jeune fille en sortant de la grande demeure.

-o0o-

Désespérément, Johanne et Marc désiraient avoir un enfant. Mais, malgré tous leurs efforts pour y arriver naturellement, et les nombreux rendez-vous à la Clinique de la fertilité, ils n’y arrivaient pas. Johanne était tellement triste qu’elle ne pensait plus qu’à ça. De jour en jour, elle sombrait. Ils avaient déjà pensé à l’adoption, mais n’en avaient pas les moyens. Un jour, le téléphone sonna. C’était Gaïa. Elle avait eu vent de la tristesse de Johanne par une agence, et leur proposa un marché.

— J’ai ici une petite fille en pleine santé, qui aurait besoin de bons parents.

Bien qu’ils connaissent à peine cette femme, leurs regards s’illuminèrent.

— Continuez.

— Par contre, il y aura une condition.

— Laquelle ? demanda Johanne, qui écoutait sur l’autre ligne.

— Vous ne chercherez pas à savoir d’où elle vient.

Cela semblait convenir à Johanne ; elle était prête à tout pour avoir un enfant.

— Mais quand elle sera grande et prête, elle quittera le nid familial, pour voler de ses propres ailes, et finir son chemin de vie.

Le couple accepta, car il leur semblait normal que les adolescents quittent le nid pour vivre leur vie. Ils demandèrent à voir la petite fille et, dès le premier regard, ils furent conquis. Ils acceptèrent les conditions et partirent avec leur fille, qui avait à peine quelques mois. Ils la prénommèrent Anabelle.

Chaque année fut un parfait bonheur.

Chapitre 2 - Gaïa

Le soleil était bon, la peau d’Anabelle semblait briller sous ses chauds rayons, pendant qu’elle gambadait en explorant le tour de la maison.

— Cette femme aime la végétation, dit-elle en sentant une tulipe jaune.

-o0o-

Inquiète, Johanne demanda à Gaïa :

— Que va devenir notre fille ?

— Vous avez promis de ne pas chercher à savoir.

— C’est bien normal, nous sommes ses parents et nous l’aimons, fit Marc d’un ton accusateur.

— Vous le saurez peut-être, si jamais ils lui permettent de le dire. Maintenant vous devez partir.

— Quoi ? Non ! Je ne la laisse pas ici seule ! s’emporta Johanne.

— Vous n’avez pas le choix, vous avez donné votre parole. Sinon, vous allez lui nuire.

Après cette fâcheuse discussion baignée de larmes, les parents d’Anabelle se résignèrent enfin à laisser leur fille à la vieille dame. En lui faisant promettre de bien prendre soin d’elle et de donner des nouvelles régulièrement.

-o0o-

La brunette, qui se promenait près de la maison, en observant la verdure de Gaïa, leva le regard un instant devant elle. Étrangement, les rayons du soleil donnaient un caractère mystérieux à cet endroit. Comme si tout se reflétait sur du verre, pareillement à une vitre. Anabelle voulut aller voir quand, au moment où elle fit un pas, elle entendit le bruit d’un moteur de voiture. Elle crut d’abord que c’était peut-être une nouvelle personne qui arrivait pour la fête. Elle tourna la tête en direction du bruit, et vit la voiture bourgogne s’éloigner. Son regard devint interrogateur : où allaient ses parents ?

Elle courut audevant pour demander ce qui se passait ; la grand-tante se trouvait sous le porche de la porte.

— Où vont mes parents ? demanda Anabelle.

Ne voulant pas blesser la jeune fille, avant de lui avoir tout expliqué, Gaïa dit :

— Ils reviendront bientôt.

— D’accord, mais où sont-ils partis ?

— Ils avaient des choses à faire et des gens à voir, pendant qu’ils étaient dans le coin.

Anabelle trouvait curieux qu’ils ne lui en aient pas parlé avant de partir et qu’ils ne l’aient même pas invitée à venir avec eux.

— Ah bon ? Ils auraient pu me le dire ou, au moins, venir me saluer.

Gaïa invita Anabelle à entrer.

— Pour le souper, ça te dirait de cuisiner avec moi?

— D’accord, mais je suis végétarienne vous savez.

— Oui, ma chère, je le suis aussi. J’ai des légumes et des fruits frais dans mon jardin.

— C’est vrai ? Mais je n’ai pas remarqué de jardin, autour de la maison?

— C’est parce qu’il est à l’intérieur.

— Ah oui ? Où ça ?

— Suis-moi.

Elles montèrent le grand escalier qui conduisait à l’étage. Gaïa se dirigea vers la pièce du fond, où était censée être sa chambre. La grand-tante prit la poignée de porte et regarda Anabelle.

— Voici mon jardin ! lança-t-elle en ouvrant la porte.

Anabelle resta interdite face à cette pièce grandiose, qui contenait un immense jardin où poussaient fleurs, fines herbes, fruits, légumes, et où prospéraient même quelques insectes.

— Mais comment est-ce possible ? s'exclama Anabelle.

— C’est magique ! répondit Gaïa.

— Cela doit vous prendre toute une installation pour permettre de faire pousser ces choses ici, remarqua Anabelle, qui n’avait pas saisi la réponse de la vieille dame, et cherchait comment tout cela pouvait y vivre. Maman n’en croirait pas ses yeux.

— Va de ce côté et cueille-moi quelques tomates et d’autres choses que tu aimerais.

— D’accord, Gaïa, dit-elle en se dirigeant plus loin, vers les plants de tomates.

Pendant ce temps, la mystérieuse femme observait la jeune fille. Elle voulait savoir si Anabelle allait sentir ou entendre quelque chose provenant du jardin.

— Comment se fait-il que vous faites pousser des choses à l’intérieur, alors qu’il y a beaucoup d’espace dehors ?

— Je trouve cela plus pratique .

— Je vais prendre cette laitue, ainsi que ces radis et quelques carottes.

— Parfait, ma belle enfant.

Soudain, Anabelle entendit un chuchotement très faible :

— « Bientôt »

— Oui tante Gaïa, que me voulez-vous ? Pas besoin de parler si bas.

Gaïa sourit.

— Tu as terminé ?

— Oui, j’ai trouvé de bonnes choses.

Elles sortirent de la pièce avec quelques vivres dans les bras.

Anabelle se dit qu’il lui semblait pourtant bien avoir entendu quelqu’un là-dedans. La vieille femme ne voulait pas dévoiler quoi que ce soit, car elle ne la sentait pas prête à recevoir ces informations aussi rapidement.

— Allons à la cuisine déposer tout cela.

La jeune fille suivit la dame. Elles franchirent une porte battante. La pièce dans laquelle elles venaient de pénétrer était magnifique. C’était une grande salle en pierre. Il y avait des meubles faits d’une essence de bois particulière et inconnue, ainsi que de petits bancs construits dans le même bois. Les murs étaient recouverts de jolis dessins d’arbres.

— Belle salle à manger !

— Merci.

La journée passa. Elles se concoctèrent un délicieux repas et ensuite Anabelle, épuisée par la route et par sa journée, décida d’aller au lit de bonne heure. Elle avait choisi une chambre avec un grand lit, décorée de meubles en bois de couleur crème. Une belle fenêtre était voilée d’un rideau, qui s’agençait avec les meubles et les couvertures, dans les mêmes teintes.

Chapitre 3 - Découverte

2 juin 2012

Le lendemain matin, après un déjeuner principalement composé de délicieux fruits juteux et frais, et de quelques rôties de blé entier, Gaïa invita Anabelle à faire le tour de sa propriété. Puis, après quelques minutes, la tante dit, devant une grande rangée de fleurs et de plantes grimpantes, aux multiples couleurs :

— J’ai un présent pour toi.

— Qu’est-ce que c’est ? s’intéressa la brunette.

La grand-tante sortit, de la poche de sa robe style bohème, une bague sertie d’une pierre précieuse, d’un vert éclatant.

— Wow ! C’est très joli.

— Elle a appartenu à de très vieux ancêtres.

— Merci ! s’exclama Anabelle, en la passant à son index.

La jeune fille fixa la pierre de cette bague. Ses pupilles s’agrandirent à la vue d’une multitude d’infimes lumières. Son regard plongea dans ce qui lui semblait être un monde dissimulé dans la bague. Anabelle cligna des paupières, et puis plus rien. Le bijou était redevenu aussi simple qu’avant.

— Étrange ! Ma vue me joue des tours.

La tante Gaïa, qui avait vu le regard de la jeune fille, lui demanda en se rapprochant :

— Ça va ma belle ?

Croyant qu’elle avait eu une hallucination, Anabelle la rassura.

— Bien sûr que je vais bien.

— Je dois aller porter un panier de fruits et de légumes au marché du coin. Cela t’ennuierait que je te laisse quelques instants à la maison ?

Anabelle réfléchit une seconde.

— Je ne peux pas vous accompagner ?

— Eh bien, je dois rencontrer une dame qui a besoin de jaser, alors je préfère y aller seule, tu comprends ?

— D’accord, je comprends.

— Merci ma grande. Cela ne prendra que quelques heures.

Gaïa sourit et grimpa dans son vieux camion Ford 1995. En réalité, elle devait laisser Anabelle découvrir certaines choses : si elle les découvrait par elle-même, elle y croirait et serait plus apte à recevoir les informations. La jeune brunette rentra à l’intérieur, en regardant à droite et à gauche, et en se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir faire en attendant. C’est à ce moment qu’un bruit étrange de crépitement se fit entendre. Elle tendit l’oreille pour savoir d’où provenait exactement ce son. Le bruit recommença ; il semblait venir d’en haut.

— Hou ! Hou ! Il y a quelqu’un ? demanda Anabelle, qui avait une voix douce et mélodieuse, à peine teintée d’une légère gêne.

Elle monta pas à pas les marches de l’escalier qui menait à l’étage. Son cœur battait la chamade. Elle avait un peu peur, mais elle se conditionnait à penser que ce n’était sans doute qu’une bête ou un insecte : toute cette végétation qui poussait, attirait sûrement ce genre de bestioles.

Arrivée en haut, Anabelle écouta de nouveau. Plus rien, le son avait disparu.

— Je me suis énervée pour rien. Ouf ! Je crois que je vais retourner dehors ; cette maison me donne légèrement la frousse, seule à l’intérieur.

La jeune fille descendit les escaliers assez rapidement. Elle se retrouva face à un grand miroir en bois foncé, accroché au mur. Son regard croisa un instant la glace, maisau lieu d’y voir sonreflet, elle y vit une fille ayant à peu près son âge, coiffée d’une couronne de fleurs sauvages, accompagnée de quelques papillons. Le regard aussi bleu quel’océan, mais triste. La fille du miroir avait aussi les deux mains qui dégageaient une lumière dans les airs. Elle semblait être enfermée. N’étant pas trop certaine de la réalité de cette vision, Anabelle frotta ses paupières et regarda derrière elle si ce n’était pas le reflet de quelqu’un, d’un cadre ou d’un portrait photo. Elle se retourna et, encore une fois, tout avait disparu.

— Je deviens folle ou quoi ? s’interrogea-t-elle en sortant rapidement.

Elle s’assit dehors, sur la petite marche en béton, dos à la porte d’entrée. Elle appuya ses coudes sur ses genoux et posa ses mains sur ses joues. Elle attendait le retour de Gaïa pour réintégrer l’intérieur de la mystérieuse demeure.

Presque une heure après l’incident, le vieux Ford entra dans la cour. Gaïa en sortit, le regard interrogateur.

— Que fais-tu jeune fille ?

— Je vous attendais.

— Es-tu restée à l’extérieur tout ce temps ?

Anabelle, ne voulant pas passer pour une folle, ne révéla pas ce qui s’était produit.

— Je me suis promenée un peu.

— Ah bon ! s’exclama Gaïa, qui s’attendait sûrement à une autre réponse de la part d’Anabelle.

Elles entrèrent, et la journée passa sans que la jeune fille ne dise ce qu’elle avait vu et entendu.

Le soir venu, alors que le ciel était sans lune, la nuit étant nuageuse, Anabelle, qui était montée dans sa chambre vers 20h, s’installa confortablement avec un bon livre qu’elle avait laissé sur sa table de nuit. Elle s’assit sur son lit, la lumière juste assez tamisée pour voir les lignes, et commença à parcourir les premières pages de son roman fantastique. Puis elle soupira :

— Que j’aime ces histoires de magie ! Pas de danger qu’il y ait de la magie dans la vraie vie.

Deux heures plus tard, alors que la brunette avait lu quelques chapitres, et s’apprêtait à fermer son livre, peu à peu envahie par le sommeil, elle entendit encore une fois quelque chose.

— C’est peut-être Gaïa…