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Yaloïsa et Joannes vivent une passion amoureuse qui a traversé les siècles, marquée par l'histoire d'amour manquée de Mozart et Aloysia Weber...
C’est sur les réseaux sociaux que Yaloïsa rencontra Joannes, par hasard.
Elle, mannequin, lui, directeur financier, à première vue, rien n’était supposé les rapprocher.
De Paris à Salzbourg, de la forteresse aux notes de Requiem, Yaloïsa se rendra vite compte que cette relation fusionnelle qu’elle partage avec Joannes a traversé les siècles.
Au cours d’une visite de la ville de Salzbourg,
La dernière note du Requiem vous emmènera au cœur de l’histoire d’amour manquée entre Mozart et son âme sœur Aloysia Weber.
Découvrez cette romance emprunte d'actualité et d'Histoire qui vous emportera dans la Salzbourg des 18eme et 21eme siècles
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- C'est assez surprenant, cela reste frais, léger et l'humour est présent même si, en filigrane, des thématiques plus sombres sont présentes. Dans les premières pages, le surnaturel fait irruption de manière fracassante. Ensuite, au fil de la narration, les allers-retours entre présent et passé se font plus subtils et permettent au récit de prendre de l'ampleur. J'ai aimé ce roman, happée par le récit, ravie de visiter Salzbourg et de redécouvrir la biographie de Mozart. C'est un premier écrit très prometteur car, sans doute, l'écriture de l'auteure va gagner en consistance pour notre plus grand plaisir. -
Bafie, Babelio
- L'héroïne contemporaine évolue au fil du livre, de femme un peu frivole elle gagne en profondeur et fait voyager le lecteur dans les affres de l'amour et de la passion. Les héros du passé eux nous touchent et nous passionne. On voyage en Autriche avec eux, avec leurs hésitations. Des tas de surprises se cachent au coeur du roman, on rit souvent, on est émue souvent. L'auteur a su alterner les éclats de rire et les pleurs. Finement écrit, léger et profond. On passe un très joli moment avec ce livre qui se dévore tel un délicieux bonbon autrichien by Mozart ! A lire ! -
Hindy, Babelio
-J'ai souvent écouté, vécu serait plus juste, le Requiem de Mozart, Et là j'ai vécu deux des plus belles journées de toute vie, et je sors de ce roman secoué par des émotions intenses. -
sergetiar, Babelio
- Anne Bouxin manie très bien les choses du visible et de l'invisible dans cette histoire qui ''parle'' à tout le monde. le tout avec plein d'humour ; la structure est passionnante et nous emmène avec un grand suspense. BRAVO ! -
alexandremessina1, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEURE
Anne Bouxin est Parisienne et épicurienne, fille d’une décoratrice florale et d’un vendeur d’avions, elle se passionne pour les voyages et parcourt le monde.
De retour à Paris, elle devient mannequin, avant de se consacrer à l’écriture. Elle met alors sa plume au service des autres et s’installe un temps comme écrivain public.
En 2016, elle se lance et écrit
La dernière note du Requiem, son premier roman, qui sortira le 19 février 2018 chez LiLys Editions.
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Seitenzahl: 175
Veröffentlichungsjahr: 2021
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« Je vous ai toujours aimée, et je vous aimerai éternellement. Ainsi parle ma bouche, ainsi ressent profondément mon cœur. »
Extrait d’une lettre de Wolfgang Amadeus Mozart à Aloysia Weber.
« Adieu donc, je t’embrasse des millions de fois et suis à jamais, Ton époux très fidèle. »
Extrait d’une lettre de Wolfgang Amadeus Mozart à Constanze Weber.
À ma maman avec qui j’ai commencé ce si beau voyage,
À Goràn,
Ce roman est une œuvre de pure fiction, bien qu’inspiré de personnages, de lieux et de faits historiques.
C’était une page blanche à l’arbre généalogique prestigieux.
Le contrat de mariage de Napoléon et Joséphine, le diplôme de médecine de René Laennec, la citation de Sénèque « Le temps n’est qu’un instant présent, qui oublie le passé ne saurait comprendre l’avenir », un livret des Beatles et les premières notes du Requiem de Mozart, le brouillon du dernier Goncourt, tous ces illustres papiers se comptaient parmi ses ancêtres.
Elle avait pour ambition de ne pas finir en liste de courses. De changer le cours d’un destin.
Lui a choisi d’y dessiner le parc du château de Versailles.
Et de l’y dessiner, elle.
Pour passer tout ce temps, mais surtout pour ne rien oublier.
Ni de l’époque ni maintenant, ni jamais.
Quand Joannes m’a fait sa demande d’amitié sur Facebook, il faisait un temps radieux. Mon shooting au château de Versailles pour une marque de cire liquide pour parquets avait été un calvaire. Pas de pause. Du jus de chaussette tiédasse et de mauvais biscuits en guise de catering. Une équipe hautaine et débordée, un cachet qui ne m’incitait guère à me montrer magnanime.
Mes pieds perchés sur des talons vertigineux avaient été les vedettes de prises de vue interminables.
Pour les récompenser, j’avais décidé de leur offrir un petit quart d’heure de nudité sur la pelouse des jardins à la française de l’Orangerie.
J’avais retiré mes escarpins et savouré ce retour à la normalité, sans photographe survolté pour m’en empêcher. Un vrai bonheur ! Seule, enfin.
Mon Smartphone portait les notifications de plusieurs messages de mon ami Joseph.
Comme à son habitude, il voulait savoir à quelle heure je finissais.
J’avais horreur que l’on me colle, il le savait pourtant.
Voilà dix-huit ans que je le lui répétais et qu’il faisait mine de ne pas entendre.
Joseph, c’est mon meilleur ami, nous formons une sorte de vieux couple.
Il n’empêche.
Agacée par son attitude, il était hors de question que je lui réponde. Il devait comprendre que cette traque perpétuelle me pesait et que me lâcher était sa seule option pour me garder.
Un vieil homme sorti de nulle part s’est installé en face de moi, de l’autre côté de la pelouse, s’amusant de me voir ainsi pester contre quelqu’un qui de toute évidence n’était pas là. Il était habillé d’une veste longue en velours rouge d’Andrinople et d’un gilet gris avec des poches très basses, de collants ou de bas qui avaient dû être rouges, un jour, d’une sorte de pantalon bouffant et d’une chemise à jabot immaculée, mais froissée.
Cette tenue me semblait étrange pour une promenade dans un parc, mais après tout, l’extravagance seyait à ce vieillard semblant surgi du passé.
Il était raccord avec les lieux, en tout cas.
Je me suis demandé si mes pieds nus sur cette royale pelouse allaient le choquer, puis en le voyant sortir de quoi dessiner, j’ai cessé de m’inquiéter de l’insistance de son regard.
Sans me vanter, j’avais l’habitude d’être ainsi dévisagée.
Alors si me dessiner illuminait la journée de ce vieux monsieur, je n’avais rien contre.
C’est là que Facebook m’a avertie de la demande d’un certain Joannes Daumase.
De prime abord, je me suis méfiée.
À mon entrée chez Cosmopolite Models, mon bookeur1 m’avait conseillé de me créer un profil privé fermé et un autre à usage professionnel, ouvert au public, plus particulièrement à mes fans.
Fort de son expérience, il avait ajouté que cela m’éviterait bien des problèmes.
Des fans ? N’exagérons rien, je ne suis pas Adriana Karembeu.
Je ne couche même pas avec un footballeur, c’est dire si je devrais être tranquille.
Bien entendu, j’ai refusé d’obtempérer et j’ai gardé mon bon vieux profil perso.
Il n’était pas question de me mettre sous cloche au prétexte de sourire à un objectif.
Depuis, j’ai reçu des demandes si farfelues et lu tant d’horreurs sur de dangereux prédateurs cachés derrière des profils anodins que je suis, contre ma volonté et ma propension à désobéir, devenue prudente.
Je n’ouvre plus mon mur, ma vie, à des inconnus, même s’ils sont canon.
Le sourire Colgate de ce Joannes figure dans les contacts de mon amie Guizela, mais est-ce un gage de sérieux ?
La cuisse de Guizela est à peu près aussi légère que son coude pendant la fête des vendanges.
Et puis comment se fier à une amie d’enfance devenue pédopsychiatre uniquement pour tordre le cou à nos errances juvéniles ? Cet homme me plaît, n’est-ce pas là la plus belle des motivations ?
J’ai cliqué sur « accepter l’invitation » en poussant un « Ouiiii » d’adolescente qui a fait sourire le vieillard installé en face de moi.
Depuis son arrivée au parc, il ne m’a pas quittée du regard. Peut-être est-ce moi qu’il dessine en caressant la feuille de ses pastels ?
Sans pouvoir expliquer pourquoi, j’adore ça.
Il glisse les couleurs avec tant de douceur et de tendresse. Comme le ferait un homme amoureux. Ce serait joli qu’il m’aime ainsi.
Non, mais ça ne va pas bien, moi ! Me tournebouler les sens de la sorte à cause d’un pépé déguisé en Louis XIV et qui pourrait au mieux, être mon arrière-grand-père.
Je dois vraiment être en manque.
Le pauvre, il ne doit rien comprendre de l’euphorie dans laquelle un simple doigt posé sur un écran de téléphone me plonge.
Un simple clic, et Joannes Daumase vient d’entrer dans ma vie !
Tout cela est si facile, dorénavant…
Joannes, c’est un prénom rare et magnifique.
Il le porte à merveille. Est-ce portugais ? Sud-américain ? S’il est sud-américain, il doit danser divinement la salsa. Je vais peut-être entrevoir la fin de mon calvaire en n’ayant plus jamais à subir les aisselles transpirantes du seul mâle de mon cours de danses latines.
Alegria !
Toute à mes pensées déjà torrides, je retrouve néanmoins ce réflexe frileux qui me paralyse.
Et si un vieux pervers, un Antonio, se cachait derrière ce profil ?
Selon les ouvrages et autres magazines que j’ai pu lire sur le sujet, les Antonio sont les pires. D’ailleurs, le gamin qui me traitait de boudin dans la cour de l’école élémentaire Danton s’appelait Antonio.
Il ne se passe pas un jour, pas un défilé, pas un shooting sans que sa voix nasillarde de petit crétin ne résonne à mes oreilles. Outre les injures, et le martyre qu’il faisait vivre à mes tresses, il s’arrangeait pour me suivre aux toilettes, il grimpait sur celles jouxtant les miennes pour me regarder baisser ma culotte, il imitait le bruit d’un pet et déguerpissait en riant. À mes yeux, ce vice primaire l’a condamné à incarner à vie la perversion.
Depuis, j’attribue ce prénom à tous les vicieux de la terre. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux et ont évolué au gré des avancées scientifiques.
Jadis, les Antonio devenus grands sévissaient nus sous leur manteau aux abords des écoles. Désormais, ils se cachent derrière un écran et une fausse identité pour attenter à la pudeur, même virtuelle. Beau progrès !
C’est inouï, cette couardise, et ce manque d’éthique chez les pervers !
Et cette frilosité virginale dont je fais ici preuve, faut-il s’en inquiéter ? Inutile. Si un Antonio se cache derrière le profil de Joannes, je vais le sentir.
Les femmes ont cet instinct, non ?
Pas mal de profils sont des vitrines de mauvais goût, même parmi mes proches. Joannes, brillant directeur financier versaillais de quarante ans, s’en sort plutôt bien. Pour le créer, il a cédé aux suppliques du groupe indestructible d’ex-thésards disséminés aux quatre coins de la planète, qui lui sert d’amis. Un dimanche matin. Il s’en est débarrassé comme d’une corvée de lessive, avant de filer jouer au billard, avec un vague sentiment de devoir accompli.
À sa place, j’aurais choisi une photo de profil plus « vendeuse ».
Il porte plutôt bien le short de rando et le bronzage de Bodrum2, mais elle offre de lui une image de bellâtre prétentieux qu’il n’est peut-être qu’à certaines de ses heures de gloire. Elle ne dit pas grand-chose de lui, et le peu qu’elle dévoile n’est sans doute pas la stricte vérité.
Bien qu’il soit ouvert depuis peu, son compte affiche déjà un solde de 1791 amis, dont 1756 de sexe féminin.
Est-ce un homme à femmes ? Un de plus entré dans mes contacts ? Pitié, non ! M’aurait-il demandée en amitié uniquement pour mon physique ? Ce ne serait malheureusement pas le premier. Je m’y suis habituée, mais cette fois, ça me peinerait, je l’avoue.
Je l’ai questionné à ce sujet lors de nos premiers messages.
Il n’a tenté ni diversion ni faux semblant :
— Parce que vous ne ressemblez à aucune de mes pseudo-amies, accrochées à mes caleçons Hugo Boss autant qu’à ma Mastercard Prestige, m’a-t-il répondu.
— Hugo Boss, les caleçons ! Monsieur ne se refuse rien, ai-je ironisé pour le sortir de cet interrogatoire.
— Ne cherchez plus pourquoi je vous ai demandée en amitié, Yaloïsa. Vous me faites rire, beaucoup.
— C’est vrai ?
— Mais attention, je vous trouve magnifique, n’interprétez pas mal mes propos. Je pense notamment à vos photos prises dans cette lingerie hors de prix…
— La marque de ma lingerie ? Vannina Vesperini.
— Oui, c’est ça. Vous y êtes à la fois si douce et si sensuelle, j’y suis sensible, soyez-en certaine.
— Merci !
— Mais ce sont les making of de votre publicité qui m’éclatent, la désormais fameuse « Avec Clément, mangez des marrons plus souvent ! ». Les commentaires sont drôles sans jamais être vulgaires, vous y maniez l’autodérision et ridiculisez ce monde superficiel dans lequel vous évoluez, c’est tellement rare Yaloïsa.
— Vous les avez toutes visionnées ?
— Oui toutes ! Celle en italien est pleine de charme, elle a ma préférence. Vous pratiquez cette langue couramment n’est-ce pas ?
— Oui.
— Et celle en chinois, mon Dieu qu’elle est drôle ! Combien de temps a duré votre apprentissage de la prononciation de la marque 克莱门特 (Kélaïmenté) en phonétique ? Une vraie galère, non ?
— Pire que cela. Huit jours, ça m’a pris huit jours !
— Ça se sent un peu, mais votre accent est adorable.
— Joannes, je suis touchée que vous ne soyez pas venu à moi pour des raisons inavouables.
— Ah, mais je ne dis pas que… plus tard… si affinités…
— Chut ! N’en dites pas plus.
— Non, trêve de plaisanterie et pour finir de répondre à vos interrogations, je vous ai demandé en amie parce que j’avais envie de connaître cette fille élégante, rieuse et visiblement coquine, qui « likait » sans exception tout ce que postaient ses amis, du chaton au rejeton. Voilà.
— Examen de passage réussi monsieur Daumase ! Vos explications sont un rien flagorneuses, mais un mannequin qui n’aimerait pas la flatterie ne serait pas un vrai mannequin. Je les accepte toutes. On peut peut-être se tutoyer maintenant, non ?
1 Agent de mannequins
2 Port de plaisance et station balnéaire en Turquie
Dès notre premier rendez-vous, mes craintes s’envolent : Joannes n’a rien d’un Antonio. Il a de grands yeux noisette et de belles dents blanches dignes d’une pub pour Email Diamant. Il est intelligent, cultivé et drôle.
Né à Versailles, d’un père allemand sévère, mais souvent juste et d’une mère autrichienne aimante et envahissante, rien ne le prédestinait à recevoir l’humour en héritage. Et pourtant, il en a et il manie même le second degré avec talent.
Ses géniteurs ne se sont jamais entendus sur rien, excepté sur un point : leur fiston deviendrait le Roi soleil de la finance, et ce, dès sa première blédine.
L’enfant prodige ne déçoit pas la galerie.
À cinq ans, Joannes analyse les cotations boursières plus naturellement que la recette du Gloubiboulga3. À sept ans, il affirme qu’un jour les gens arriveront à se parler d’un continent à l’autre sans téléphone, au travers d’un écran et il n’a aucun doute sur le fait que l’avenir appartiendra à ceux qui investiront leur fortune dans cette technologie futuriste. Aussi, son Master obtenu à l’âge où les derniers boutons d’acné sont encore tenaces, il n’est pas étonnant de le retrouver, plus de vingt ans plus tard, en directeur financier génial, ambitieux, visionnaire, reconnu et applaudi par les grands de ce monde.
Contrepoids de sa vive intelligence, il a pour fâcheuse habitude de poser une question en anticipant la réponse sans prendre la peine de l’écouter. Et il agit ainsi avec tout le monde, moi comprise.
Il jauge ses interlocuteurs au premier coup d’œil et ne se pollue jamais l’esprit. Il analyse vite et efficacement.
Tout, sans exception. C’est insupportable.
— Yaloïsa, tu as eu mon MP, ce matin ?
— Non, je ne me suis pas connectée à Facebook. Pourquoi ?
— Pour le déjeuner chez Jo, ça ne va pas coller ce week-end, il faudrait l’annuler. Je suis désolé.
— Pourquoi ? Tu as changé d’avis ? Tu ne veux plus tenter la cuisine moléculaire de ma sœur. Tu as peur, avoue ?
— Pas du tout ! En fait, je ne serai pas à Paris. Köchel m’a demandé de représenter la France au séminaire annuel de direction. Cette année, c’est à Salzbourg. Une vraie tannée pour moi !
— Ah bon ? C’est plutôt chouette Salzbourg, non ?
— Oui, c’est une ville magnifique, mais j’y ai des souvenirs d’enfance au goût amer.
— Au goût amer ? Pourquoi ?
— Oh, pas aujourd’hui, Yalo, tu veux bien ? Je te raconterai tout ça un jour, mais il faudra que je m’allonge sur un divan, au coin d’un feu, avec un verre de bon vin et que tu me promettes de porter les lunettes qui te donnent un air d’intello.
— Comment ça, les lunettes qui me donnent un air d’intello ? Et sans alors, j’ai un air de quoi ? Je ne sais pas comment je dois le prendre !
— Laisse-moi finir ma phrase, tu veux bien ? « Un air d’intello, un peu cochonne »
— De mieux en mieux ! Tu t’embourbes, mon cher !
— Ce pauvre Köchel, sa femme l’a plaqué.
— Et hop, quelle belle manière de changer de sujet ! Bravo, c’est du grand art.
— Tu n’as pas de cœur.
— Non.
— Remarque, un mec passionné par la géologie et la botanique, il fallait s’y attendre.
— La géologie ET la botanique ? Oh mon Dieu ! Et il s’étonne qu’elle l’ait plaqué ? Ce qui est étrange c’est qu’elle ne l’ait pas fait avant !
— Donc tu me conseilles de renoncer à la lecture des œuvres de James Hutton et de Théophraste ? Qui, comme tu le sais, sont ?
— Trop facile !
— Le premier, le père de la géologie moderne et l’autre, celui de la botanique.
— Bien entendu ! Sois gentil de préserver notre relation d’une telle mise à l’épreuve. Épargne-moi aussi les tue-l’amour comme la minéralogie ou l’ornithologie.
— Vos désirs sont des ordres, mademoiselle. Tu verrais son mail de recommandations pour le séminaire. On dirait un catalogue ! Tout est classifié, avec des références numérotées, c’est impressionnant !
— Ah oui ? Il est dingue ce type !
— Tant de précision, c’est limite flippant ! Sinon, tu ne m’en veux pas ?
— T’en vouloir ? Mais pourquoi ?
— De faire faux bond à ta sœur au dernier moment et de te laisser seule face à l’adversité moléculaire !
— Je vais reporter le déjeuner, tu ne t’en tireras pas comme ça ! Ça se congèle certainement ces trucs. Ne t’en fais pas, elle va survivre à cet affront. En revanche, elle te le fera payer très cher. Ma sœur est plus rancunière que moi, tu ne pourras pas dire que tu n’es pas prévenu.
— On ira un soir de la semaine ou bien le weekend prochain. Je te le promets. Ta sœur a vécu heureuse et épanouie pendant trente-neuf ans sans me connaître, crois-tu qu’elle pourra tenir sept jours de plus ?
— Prétentieux !
Je suis l’esprit chagrin de Yaloïsa. Un vrai. Pas l’une de ces petites baisses de moral disparaissant à la première cuillerée de Nutella.
Encore une cocue en devenir !
Il la plante avant les présentations officielles à la famille, son excuse est pire que foireuse, et elle sourit. Elle se drogue ?
Yaloïsa, je lui pourris tous ses grands rendez-vous depuis ses quinze ans : ce jour-là, elle présente son dernier conservatoire de danse classique. Elle a répété jusqu’à ce que ses pieds saignent. Elle connaît sa variation sur le bout des chaussons. Son chignon tient avec les trois barrettes autorisées. Tout est parfait. Au moment d’entrer en scène, elle découvre trois petits bourrelets dans son justaucorps noir. Contrariée, elle danse à quarante pour cent de son talent et n’obtient pas le prix qu’elle mérite. Envolé tout espoir de carrière dans la danse. Ma première victoire.
Je ne les compte plus depuis : aux portes de l’épreuve de philo du baccalauréat, je lui souffle Kant sur lequel elle a fait l’impasse. Elle entre dans la salle d’examen, tétanisée. Elle obtient 4 avec un coefficient 8.
Une catastrophe en section littéraire.
Son premier baiser : les lèvres du beau Théo sont à trois millimètres des siennes. Qui la fait douter de la fraîcheur de son haleine ? Comme du sens dans lequel elle doit tourner sa langue ? Qui lui ouvre les yeux sur ce gros bouton à tête blanche au coin de la bouche de Théo ? C’est bibi !
Le jour du permis : un trou noir sur le sens de rotation du volant pour son créneau, et hop, à quarante centimètres du trottoir. Recalée.
À ses premiers pas sur un catwalk, je suis là. Je n’en ai manqué aucun. Je la paralyse, bride, sclérose, déprime. Elle ne lutte jamais. Jusqu’à aujourd’hui. Je ne la reconnais plus. Un battement de cils de ce Joannes suffit à m’anéantir.
Mon vice devient stérile.
Elle va me faire payer ces dernières années au prix fort, je le sais. Ils vont devenir amants, s’aimer et leur bonheur sonnera mon glas.
Ça me donne envie de gerber !
— J’aimerais que tu m’accompagnes à Salzbourg.
—…
— Yalo, tu m’as entendu ?
— Oui, enfin non, je ne suis pas certaine de t’avoir entendu. Le Requiem pour un fou, volume 40 à quelques centimètres de mes tympans, c’est limite.
Par quelle opération du Saint-Esprit, aurais-je ouï le murmure d’une telle proposition ? On se le demande.
Je suis là, dans une bulle, tout à mon excitation. Joannes est-il conscient de l’impact de cette invitation sur nos destinées ?
— T’accompagner à Salzbourg ? Tu es sûr ?
— Bah quelle question ? Évidemment !
— J’accepte, avec joie. Je pars avec toi.
Notre vol décolle dans quarante-six heures trente-cinq minutes. Il me faudrait cinq jours minimum pour me préparer à plonger dans le bain voluptueux de nos fantasmes.
De toute évidence, avoir du temps est un luxe que le destin n’est pas prêt à m’offrir. Pire, je pressens que je n’aurai plus jamais le loisir de me regarder le nombril. Ça va me changer. C’est l’une de mes activités favorites !
Devrai-je désormais penser aux autres en priorité ? On dirait bien. Faut-il vraiment que je commence tout de suite ? Non, mais, parce que j’ai deux ou trois trucs essentiels à régler avant. Par exemple ? Ma tenue pour voyager ? Je veux être sexy sans me la jouer vamp en voyage. Quoi alors ? Un tailleur pantalon ? Je n’en ai pas dans ma garde-robe. Une jupe crayon ? Parfaitement inconfortable pour voyager. Pire, un porte-jarretelles ? Insupportable pour toute activité, outre celle de l’enlever !
Bon, assez tergiversé, je ne vais pas y passer la soirée.
Je mettrai un jeans. Mon Levi’s Boot cut sera parfait.
Il me fait des fesses de déesse. André Courrèges himself le dit ! Je le porterai avec mon cachemire bleu tendre si doux sur la peau et mes stilettos vernis noirs pour le côté décalé. Ainsi chaussée, je dois être un peu plus grande que Joannes. Je ne déteste pas cette idée…
— Ça va, Yalo ? Quelque chose te chiffonne ? Ça ne te fait pas plaisir de m’accompagner ?
— Mais si, j’en suis ravie !
— C’est parce que j’ai refusé de te raconter mes souvenirs d’enfance à Salzbourg ?
— Mais non !
— Tu as peur que je me recroqueville en suçant mon pouce en arrivant là-bas ?
— Quelle horreur ! Pourquoi ? Je cours ce risque en t’accompagnant ?
— Qui sait ?
— On dirait Guizela et sa psychologie de bac à sable ! Promets-moi de rester digne en toute occasion. Mieux, jure-le-moi sur ce que tu as de plus précieux.
— Je te le jure. Si tu me dis ce qui a obscurci ton regard l’espace d’un instant.
— Rien, ne t’inquiète pas. Tout va très bien.
— Tu mens mal.
— C’est plutôt une bonne nouvelle ! Ta réunion de ce matin, tu m’en parles ?
3 Plat imaginaire préféré de Casimir dans l’île aux enfants (Émission pour enfants 1970)
