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Du haut de la falaise, on peut contempler le ciel, l’horizon, l’avenir ou la mort. Sous nos pieds, la terre nous rattache à la réalité. Au fil des pages, nous accompagnons le cheminement de sept personnages qui vont devoir affronter de « drôles » de destins.
Quelle route vont-ils choisir ?
Ils seront confrontés au désespoir, à la bêtise humaine, à l’horreur de la guerre par un concours de circonstances, mais l’amour sera prédominant dans toutes leurs aventures, avec fous rires, joie et partage.
Leur parcours sera cependant difficile, malgré la main chaleureuse qu’Ingrid tend à un homme qui croyait tout perdu, à des jeunes en difficulté…
Quelle sera la vie de chacun après toutes leurs épreuves ?
À PROPOS DE L'AUTEURE
Née à Paris en 1946,
Nicole Rottier est depuis son enfance médium et énergéticienne. La spiritualité va s’imposer à elle, par des voix, des ressentis vibratoires. Elle transcrit par channeling ce que lui transmettent ses Guides pour communiquer des messages d’amour et de paix à toute l'humanité.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Nicole ROTTIER
La Falaisedu Temps Présent
Roman
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par
Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected]
9, Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traductionintégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN Papier : 978-2-38157-203-1ISBN Numérique : 978-2-38157-205-5
Dépôt légal : 2021
© Libre2Lire, 2021
Je remercie mes frères :
Auteur-compositeur : Jacques PAIONNI
La chanson « Eh bien quoi ! »
La chanson « Je voudrais te dire »
Artiste peintre : Jean-Pierre PAIONNI
« Le tableau de la couverture »
Du même auteur :
Un monticule de fleurs surplombe la falaise. La terre est humide, la lueur du jour rayonne sur la mer. Le soleil sort en douceur de l’océan. L’horizon apparaît pour ne plus faire qu’un avec la mer et le ciel. Chaque chose reprend sa place dans ce décor paradisiaque.
Je cherche du regard quelque chose d’inhabituel. De mon piédestal, je domine la plage, elle est vide. Pas une âme en vue, les maisons ont les volets clos.
Il est 7 heures, j’appelle les chiens et je remonte vers la maison. Je longe le petit sentier bordé de noisetiers et de ronces. L’air est frais, mais la journée s’annonce belle. La fin de l’hiver est proche, nous sommes à la mi-mars. La nature embaume mon environnement et pourtant ce matin une angoisse m’étreint. Je suis là, au cœur de ma vie, mes pensées ne me laissent pas une minute de repos. La même vision revient en permanence. Je me sens impuissant et brisé au plus profond de moi-même. Ma vie est devenue triste et sans avenir. Comment gérer au quotidien l’ampleur de ma détresse. L’enfant de l’amour que nous avions tant désiré avec Isabelle est né : elle s’appelle Marie, elle a maintenant trois semaines. Mais nous ne connaîtrons jamais ce bonheur à trois, Isabelle est décédée d’une hémorragie interne vingt-quatre heures après l’accouchement.
Son départ m’anéantit.
Notre belle histoire d’amour a commencé un soir d’été. Isabelle est accoudée sur le bar de la plage, elle déguste une glace avec des amis. Sa beauté et son charme me font perdre la tête. Je ne vois plus qu’elle. Intuitivement, je sais qu’elle est la femme de ma vie. Mon regard ne la quitte pas. Un de mes amis un peu éméché lui crie :
Elle me regarde droit dans les yeux, sourit, puis rétorque :
Vexé, je me lève et me dirige vers le bar. Un homme surgit devant moi le verbe insultant.
La jeune femme nous sépare, s’excuse du comportement de l’homme, puis disparaît de la plage. La foule est dense, le feu d’artifice explose au-dessus de la mer. Contrarié, je rentre me coucher.
Dès le lendemain, je me mets à sa recherche sur la plage. Les vacanciers prennent d’assaut les trois kilomètres de sable. Je cherche une chevelure brune enveloppant un visage angélique éclairé d’un regard clair. En fin d’après-midi, je m’installe au bar de la plage pour me désaltérer. Quelques minutes plus tard, ma poitrine explose. La belle inconnue apparaît comme par enchantement. Elle s’approche du bar et s’installe à deux tabourets du mien. Elle embrasse le barman et commande une boisson fraîche.
Elle tourne la tête vers moi, le sourire aux lèvres.
Surpris par sa question, je bredouille bêtement :
Décidément, elle a réponse à tout. À cet instant je me lance à l’eau en l’invitant au restaurant ce soir.
Pour la deuxième fois elle disparaît. Je regarde sa silhouette sautiller entre les parasols, mon cœur bat la chamade.
Le barman qui a suivi toute la conversation, d’un air amusé me glisse :
L’impatience me gagne, j’ai hâte d’être à ce rendez-vous. Pour passer le temps, je me dirige vers la mer, je plonge dans l’eau avec délice, les vagues massent mon corps, un bien-être m’enivre, mon mental se calme, une joie de vivre m’envahit. Mes yeux sont rivés sur l’horizon, je peux voir enfin par-delà cette ligne imaginaire une porte s’ouvrir vers un nouveau départ dans ma vie affective.
À vingt heures, je me dirige vers la pizzeria. Je suis vêtu d’un jean et d’une chemise blanche ; je me suis abstenu d’une quelconque eau de toilette. Je suis moi, naturel et simple. J’hésite à rentrer dans la boutique du fleuriste. Je suis là, devant toutes ces belles fleurs, je crois qu’il est trop tôt pour jouer à l’homme courtois. Je traverse la rue et me retrouve devant la pizzeria.
Je pénètre dans le restaurant, inquiet. Viendra-t-elle à ce rendez-vous ?
Le serveur s’approche, il me fait signe de le suivre vers le fond de la salle. Une main se lève.
Elle interpelle le garçon et lui demande de nous servir un cocktail maison. D’un air amusé, elle me lance :
Elle me parle d’elle : ses études, ses ambitions, sa famille. Sa compagnie est très agréable, sa voix est douce, ses gestes harmonieux, elle dégage une élégance naturelle. Je suis sous le charme.
La soirée est animée. Ses amis viennent de temps en temps à notre table, les conversations sont dynamiques et chaleureuses.
Vers minuit je demande la note au garçon, au même instant elle se lève et revient cinq minutes plus tard, elle dépose sur la table la facture pliée en deux. Par discrétion, sans regarder la note je tends ma carte bleue au serveur, celui-ci passe à côté de nous sans un regard.
Elle sourit et me dit :
Subitement, je comprends son manège. Je jette un coup d’œil à la facture. Il est inscrit : « cadeau de la maison, vous avez le droit à une deuxième invitation dans le restaurant de votre choix ».
Une main se pose sur mon épaule. Son frère est derrière moi et me demande :
Je quitte Isa, le cœur plein d’émotions et un rendez-vous pour le lendemain en soirée.
De retour dans la propriété familiale située en haut de la falaise, où toute la famille vient se ressourcer pendant les vacances, je m’installe dans le hamac, je reste là devant mes réflexions.
Que vais-je faire de ma vie ? La rencontre avec Isa est une bouffée d’air, parfumée d’un bonheur qui me semble inaccessible. Mais le destin va-t-il enfin exaucer mes rêves les plus fous ?
La brise légère apaise mes doutes, la fatigue alourdit mes paupières, je monte me coucher sans réveiller les âmes endormies.
Dix jours plus tard, je dois me rendre à l’évidence : mes vacances se terminent et la séparation avec Isa m’angoisse. L’été s’est installé au cœur de la Bretagne, une belle histoire d’amour est née, la fusion est totale entre deux êtres brisés par des trahisons douloureuses, mais optimistes pour l’avenir. En effet, Isa, tout comme moi, a connu une rupture amoureuse.
Nous passons notre dernière soirée dans une petite auberge qui fait face à la mer. Après le dîner, nous marchons le long de la digue. Très épris l’un de l’autre nous faisons des projets à long terme (mariage, enfants), en nous gardant bien de parler des épreuves que la vie pourrait nous mettre sur la route.
De retour à l’auberge, nous montons dans notre chambre. La nuit s’ouvrait à nous pleine de promesses et de caresses torrides. Au petit matin, nous nous quittons le cœur serré avec la promesse de nous revoir très vite.
Le destin nous souriait. Un an plus tard je vendais l’agence de Paris pour m’installer à Camaret, au cœur de la ville. La nouvelle agence était plus petite, mais le chiffre d’affaires était plus important. Avec l’accord de mes parents, je m’installais avec Isa dans leur résidence secondaire au bord de la falaise. Le matin, le soleil nous baignait de sa lumière, le soir, la lune prenait le relais pour nous bercer vers les étoiles. Notre bonheur rayonnait, l’osmose était parfaite. Six mois plus tard, nous consolidions notre amour par les liens du mariage.
L’agence était en pleine expansion. Après l’obtention de sa thèse de droit, Isa prit en main la partie financière de l’agence. Notre vie de couple s’équilibrait à merveille. Notre bonheur arriva à son comble le jour où Isa m’annonça que nous serions bientôt trois.
Dans les bras l’un de l’autre, nous sautons heureux tout autour de la pièce. Pour fêter cet heureux évènement, nous organisons une petite fête à la maison avec tous nos amis. Nous appelons nos familles respectives aux quatre coins de la France. Ce bonheur, nous voulions le partager avec la terre entière.
Aujourd’hui, je fais face à ma douleur, à ma fille Marie innocente et à la fois impliquée dans cette tragédie. Mon chagrin m’aveugle et m’enfonce dans l’égoïsme. Mon cœur se ferme à tout sentiment paternel. Je la rends responsable de la mort de sa mère et pourtant elle est là, dans ma vie, et je dois faire avec. Mes beaux-parents se sont installés à la maison. Rose, meurtrie dans son cœur de mère, s’accroche à ce petit bout de femme, elle s’en occupe jour et nuit. Consciente que je suis incapable de m’y employer, elle se propose de rester le temps qu’il faudra.
Un silence douloureux s’installe entre nous…
Les jours passent, le printemps bat son plein, les arbres s’habillent de vert et de blanc, la végétation devient colorée et parfumée. Je m’enfonce de plus en plus dans le tunnel de la dépression. Mon visage est grave, un masque de tristesse s’est installé, mon corps amaigri laisse entrevoir un laisser-aller dans ma tenue vestimentaire. L’agence immobilière est de surcroît mal gérée, les ventes et les locations déclinent, la clientèle se rabat sur la concurrence qui met tout en action pour activer le dépôt de bilan. Je suis obligé de liquider le fonds de commerce, ma déchéance est profonde, l’alcool ne me satisfait plus. Je fais le grand saut dans la drogue dure. La petite Marie est prise en charge par ses grands-parents maternels ; dorlotée, chouchoutée, elle est protégée et inconsciente du drame que vit son père.
La foule se presse autour de moi dans une nuée vorace. J’entrevois des visages. Mon corps est plaqué au sol. La panique oppresse ma poitrine, que fais-je là ? Comment suis-je arrivé ici dans ce hall ? Une sirène retentit, des hommes me soulèvent et me portent sur un brancard jusque dans le véhicule du SAMU. Ils s’affairent autour de moi, m’installent un masque à oxygène sur le visage. Je sens une piqûre dans le bras. En quelques instants, ma vie défile : je vois le visage d’Isa qui me sourit, je voudrais la toucher, mais celui-ci se transforme en homme. Une voix me dit :
Je bouge mes paupières pour acquiescer.
Honteux, je lève le regard vers le haut.
La drogue est un bouclier. Je n’ai pas eu le courage de sauter de la falaise. Mon suicide à l’overdose a manifestement raté.
Je me retrouve sur un lit aux urgences. Deux infirmières me déshabillent. Je suis nu comme un ver. Un tremblement envahit tout mon corps, j’ai honte de moi. J’entends une réflexion qui me donne envie de vomir.
Elles n’ont aucune marque de sympathie pour moi. Leurs actes sont saccadés et bruts.
Je suis branché de partout, une machine à côté de mon lit rythme les battements de mon cœur. Je me sens stupide et bien bas. Conscient de ma propre autodestruction, je médite sur la colère qui oppresse ma poitrine et que je voudrais expulser.
L’overdose a fait des dégâts : l’intérieur de mon corps me brûle, le feu est présent de la tête aux pieds. Je crie ma douleur, l’infirmière accourt, et d’un ton sec me lance :
Elle sort de la pièce en haussant les épaules. Au fond de moi, je lui donne raison, je suis une loque humaine qui n’a pas eu le courage de s’accrocher à la vie après la mort d’Isa, je suis un lâche. Ma fille, quel rôle ai-je face à cette paternité que je n’assume pas ? J’ai tout perdu : situation, famille et honneur. Je ne suis plus rien, juste un numéro de chambre : 232.
Trois jours se sont écoulés depuis mon admission aux urgences, je me remets doucement, les douleurs ont disparu, mes bras bleuis par les hématomes me donnent des nausées. Mon regard croise mon reflet dans le miroir. Je ne me reconnais pas, je me dégoûte. J’ai touché le fond de l’abîme. Seule la mort aurait pu me libérer de cette déchéance.
Ce soir une nouvelle infirmière a pris son service, elle s’approche de moi avec un sourire angélique :
Cette jeune femme est douce, tolérante, elle me considère en tant qu’être humain et non comme un drogué.
La distance parcourue entre la vie paradisiaque qui m’animait et ma descente aux enfers est le fruit d’un acquis qui m’ouvre vers un nouveau cheminement. J’ai besoin d’une aide solide et confirmée pour me porter, puis m’aider à reconstruire une vie dynamique et constructive. En serais-je capable ?
Le sommeil m’enveloppe dans une douceur subtile ; une douce sérénité me plonge avec délicatesse dans un lieu où tout est calme et paisible. Je plonge dans l’ivresse du rêve. Tout m’éblouit de beauté : la lumière est dense et lumineuse, les couleurs forment un tableau où tout me semble inexplicable et impalpable. Je vis dans mon rêve une forme de vie protégée et irréelle. Des êtres sont ici et là, à la fois protecteurs et rassurants. Je me déplace sans marcher, la paix est présente et le bonheur m’habite.
Soudain, une voix douce m’interpelle. Je la cherche, mais ne la vois pas. Une légère caresse frôle ma joue, elle me fait sortir de mon rêve, j’ouvre les yeux, j’aperçois le visage d’Ingrid.
Elle sourit, puis me présente la seringue.
La drogue domine mon corps. Cet état de fait m’effraie, tout m’irrite : mon ventre me tiraille, les douleurs se diffusent de partout, ma tête bouillonne de l’intérieur. Le physique est une chose, mais mon mental va-t-il reprendre son rythme d’avant, sain et équilibré ? Je ressasse toutes ces questions en permanence. Comment reprendre une vie stable ? Qui peut m’aider ?
Ingrid pénètre dans la chambre. Elle prend le temps de m’écouter, de toucher ma main. Sa présence me rassure. Elle est un rayon de soleil dans cet univers impitoyable.
Huit jours se sont écoulés. Je refais doucement surface, un psychiatre est présent dans ma chambre. Il entame un dialogue dans lequel je me sens mal à l’aise, il n’y a pas d’osmose entre nous. Je lui fais ressentir que je n’ai pas envie de son aide. Très maladroitement, il tente de me raisonner.
Cet homme me stresse. J’ai l’impression qu’il me méprise parce que je suis un drogué. En huit jours, j’ai compris beaucoup de choses sur ma vie. J’ai flirté avec la mort et ma vie prend soudainement une autre dimension. J’ai un traitement trop lourd. Tous ces médicaments me donnent la nausée.
Mes amis sont absents, mes parents sont sans pitié. Ils m’interdisent l’accès de la propriété.
Ingrid est une infirmière compétente et humaine. Elle me propose de m’installer chez elle le temps de trouver un terrain d’entente avec mes parents. Elle vit seule depuis son divorce, dans une maison en dehors de la ville.
Nous longeons la côte en voiture. Le silence lourd est interrompu par la radio, Ingrid est une très belle femme de 50 ans. J’admire son profil : une bouche pulpeuse, un nez en trompette et des mains fines sans bagues. Sa jupe laisse entrevoir des jambes parfaites légèrement halées. Très intrigué par cette dévotion envers moi, je lui pose des questions indiscrètes.
Un berger allemand vient nous accueillir, il aboie et montre ses dents. Ingrid ouvre le portail puis gare la voiture dans la contre-allée qui longe la maison. Je n’ose sortir, le chien a posé ses deux grosses pattes sur la portière. Ingrid le repousse et vient m’ouvrir la portière.
L’été est chaud. Un parfum d’iode embaume la nature. Nous montons les cinq marches en pierre du petit perron. Ingrid ouvre la porte d’entrée en chêne entourée d’une verrière. En pénétrant dans l’entrée, un chat vient se frotter sur mon mollet. Ingrid sourit et m’interpelle dans mon silence :
Je dépose mon sac et ma veste dans un coin de l’entrée. Je la suis comme un automate, ma tête tourne. J’aperçois un escalier en bois qui monte au premier étage, en face une porte vitrée qui s’ouvre sur le salon et la salle à manger et à droite les portes de la cuisine et des toilettes.
Un mal de cœur m’étreint, je m’assieds sur la première marche de l’escalier et je supplie :
Elle me présente un seau et s’assied à côté de moi en massant le haut de mon dos.
Une heure plus tard, l’estomac vidé de tous les traitements, Ingrid me présente un bol de bouillon de légumes.
Je me laisse bercer par le bruit des vagues et des mouettes. Mes pensées vont vers Isa, l’amour de ma vie. Le vide qu’elle a laissé dans ma vie après son départ est incommensurable, je ne me l’explique pas. Le sommeil m’enveloppe doucement dans un vertige de bien-être.
Les semaines passent sans évènement majeur. Victor m’accompagne dans mes promenades journalières. Je retourne de temps en temps sur la falaise des jours heureux. Mes parents ont pris la décision de ne plus me voir. Je leur fais honte. Ils m’ont fait comprendre que je n’appartenais plus à leur monde.
Heureusement, ma bonne étoile a placé Ingrid sur mon chemin, un être d’exception.
Je l’aide à ma façon. Je fais du bricolage dans la maison et j’entretiens le jardin de 1500 mètres carrés.
Je m’installe en douceur dans ma nouvelle vie. La drogue s’éloigne. Je redeviens plus cohérent avec moi-même.
Depuis ma sortie de l’hôpital, Ingrid m’emmène aux cours de yoga. Je me sens plus zen, mais c’est aux cours de karaté que je décharge ma souffrance et que je tente d’évacuer cette vie stérile et autodestructrice dans laquelle je me suis enfermé.
Ingrid revient du supermarché. Je vais à sa rencontre pour décharger le coffre. Elle me regarde d’un air malicieux.
Un an s’est écoulé. Ma vie reprend un sens. Tout est calme, apaisant. Ingrid est une femme humble, son hospitalité est généreuse. Elle passe beaucoup de temps avec moi. Elle écoute ma douleur. Nous allons nager une heure par jour. Je m’intègre sans difficulté aux cours de yoga. Elle a remplacé la mère qui m’a rejeté. C’est une merveilleuse complice, un atout important dans la reconstruction de ma vie sociale et affective.
Victor m’a adopté. Il me suit partout. Le soir, lorsqu’Ingrid prend son service de nuit à l’hôpital, il devient mon ange gardien, il s’installe près de moi devant la télé, puis monte se coucher avec moi au pied de mon lit.
Ingrid me dit souvent :
Mes beaux-parents ont obtenu la garde de la petite Marie. Je n’ai pas le droit de la voir. Mes parents m’ont rejeté et m’interdisent l’accès de leur maison. Ma sœur Liliane et son mari vivent dans le sud de la France. Ils m’ont proposé de m’aider, mais je préfère prendre du recul pour ne pas les embarrasser.
Je travaille dans une agence immobilière. Le travail m’aide à me relever de mes épreuves. Le contact avec la clientèle m’oblige à m’occuper de mon image. Ce deuil m’a plongé dans la déchéance, maintenant je vais mieux. Je suis une psychothérapie qui m’aide à voir plus clair en moi. Cela me donne la force de me battre pour retrouver ma fille Marie qui a eu un an en mars. Maintenant elle doit marcher. Je me sens humilié de ne pas participer à son éducation et l’accompagner chaque jour vers l’éveil de la vie.
Nous sommes en juillet. Mes parents sont installés dans la propriété de la falaise pour toutes les vacances. Je n’ai pas la force morale pour les affronter, je suis profondément touché par leur indifférence.
J’entreprends une démarche auprès du juge pour enfants afin d’obtenir un droit de visite pour faire connaissance avec ma fille. Mes beaux-parents s’opposent à cette idée, ils ont pris un avocat afin de garder Marie. Une guerre féroce s’installe entre eux et moi. Heureusement, Ingrid est présente et m’encourage. Lorsqu’elle me voit triste, son ton monte.
Je gagne bien ma vie. Je suis responsable d’un secteur de vente. Ingrid préfère que je reste encore un peu de temps chez elle pour me permettre de mieux me recentrer dans ma vie. Elle est ma seule famille, notre complicité est une aide précieuse.
