La Falaise du Temps Présent - Nicole Rottier - E-Book

La Falaise du Temps Présent E-Book

Nicole Rottier

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Beschreibung

Du haut de la falaise, on peut contempler le ciel, l’horizon, l’avenir ou la mort. Sous nos pieds, la terre nous rattache à la réalité. Au fil des pages, nous accompagnons le cheminement de sept personnages qui vont devoir affronter de « drôles » de destins.
Quelle route vont-ils choisir ?
Ils seront confrontés au désespoir, à la bêtise humaine, à l’horreur de la guerre par un concours de circonstances, mais l’amour sera prédominant dans toutes leurs aventures, avec fous rires, joie et partage.
Leur parcours sera cependant difficile, malgré la main chaleureuse qu’Ingrid tend à un homme qui croyait tout perdu, à des jeunes en difficulté…
Quelle sera la vie de chacun après toutes leurs épreuves ?


À PROPOS DE L'AUTEURE


Née à Paris en 1946, Nicole Rottier est depuis son enfance médium et énergéticienne. La spiritualité va s’imposer à elle, par des voix, des ressentis vibratoires. Elle transcrit par channeling ce que lui transmettent ses Guides pour communiquer des messages d’amour et de paix à toute l'humanité.

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EPUB

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Nicole ROTTIER

La Falaisedu Temps Présent

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par

Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected]

9, Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traductionintégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-203-1ISBN Numérique : 978-2-38157-205-5

Dépôt légal : 2021

© Libre2Lire, 2021

Je remercie mes frères :

Auteur-compositeur : Jacques PAIONNI

La chanson « Eh bien quoi ! »

La chanson « Je voudrais te dire »

Artiste peintre : Jean-Pierre PAIONNI

« Le tableau de la couverture »

Du même auteur :

- Empreinte d’un Chemin de Vie
- Journal intime de l’Au-delà Tome 1 « La pyramide de la Connaissance »
- Journal intime de l’Au-delà Tome 2 « L’enseignement de l’Unité »

INTRODUCTION

Un monticule de fleurs surplombe la falaise. La terre est humide, la lueur du jour rayonne sur la mer. Le soleil sort en douceur de l’océan. L’horizon apparaît pour ne plus faire qu’un avec la mer et le ciel. Chaque chose reprend sa place dans ce décor paradisiaque.

Je cherche du regard quelque chose d’inhabituel. De mon piédestal, je domine la plage, elle est vide. Pas une âme en vue, les maisons ont les volets clos.

Il est 7 heures, j’appelle les chiens et je remonte vers la maison. Je longe le petit sentier bordé de noisetiers et de ronces. L’air est frais, mais la journée s’annonce belle. La fin de l’hiver est proche, nous sommes à la mi-mars. La nature embaume mon environnement et pourtant ce matin une angoisse m’étreint. Je suis là, au cœur de ma vie, mes pensées ne me laissent pas une minute de repos. La même vision revient en permanence. Je me sens impuissant et brisé au plus profond de moi-même. Ma vie est devenue triste et sans avenir. Comment gérer au quotidien l’ampleur de ma détresse. L’enfant de l’amour que nous avions tant désiré avec Isabelle est né : elle s’appelle Marie, elle a maintenant trois semaines. Mais nous ne connaîtrons jamais ce bonheur à trois, Isabelle est décédée d’une hémorragie interne vingt-quatre heures après l’accouchement.

Son départ m’anéantit.

PREMIÈRE PARTIE :L’ÉPREUVE

Notre belle histoire d’amour a commencé un soir d’été. Isabelle est accoudée sur le bar de la plage, elle déguste une glace avec des amis. Sa beauté et son charme me font perdre la tête. Je ne vois plus qu’elle. Intuitivement, je sais qu’elle est la femme de ma vie. Mon regard ne la quitte pas. Un de mes amis un peu éméché lui crie :

— Mademoiselle ! Mon ami a le coup de foudre pour vous, faites quelque chose !

Elle me regarde droit dans les yeux, sourit, puis rétorque :

— Il s’en remettra vite, la foudre est éphémère.

Vexé, je me lève et me dirige vers le bar. Un homme surgit devant moi le verbe insultant.

— Tu la laisses tranquille, elle n’a que faire d’un type comme toi.

La jeune femme nous sépare, s’excuse du comportement de l’homme, puis disparaît de la plage. La foule est dense, le feu d’artifice explose au-dessus de la mer. Contrarié, je rentre me coucher.

Dès le lendemain, je me mets à sa recherche sur la plage. Les vacanciers prennent d’assaut les trois kilomètres de sable. Je cherche une chevelure brune enveloppant un visage angélique éclairé d’un regard clair. En fin d’après-midi, je m’installe au bar de la plage pour me désaltérer. Quelques minutes plus tard, ma poitrine explose. La belle inconnue apparaît comme par enchantement. Elle s’approche du bar et s’installe à deux tabourets du mien. Elle embrasse le barman et commande une boisson fraîche.

Elle tourne la tête vers moi, le sourire aux lèvres.

— Vous m’attendiez ? m’adresse-t-elle.

Surpris par sa question, je bredouille bêtement :

— Je voulais m’excuser pour hier soir ! Puis-je vous offrir votre boisson ?
— Je ne paie pas, le barman est un ami.

Décidément, elle a réponse à tout. À cet instant je me lance à l’eau en l’invitant au restaurant ce soir.

— Alors laissez-moi vous inviter à dîner, si vous êtes libre bien entendu.
— Je ne vous connais pas, désolée ! me répondit-elle d’un air mutin.
— Excusez-moi, je m’appelle David Faure, je suis agent immobilier, je dirige une grande agence près de Paris, j’ai 32 ans et suis célibataire depuis peu.
— Qu’est-ce que vous entendez par depuis peu ?
— Je ne préfère pas en parler, mais je me sens libre comme un oiseau migrateur.
— D’accord. Je vous retrouverai ce soir vers 8 heures à la pizzeria de la Mairie.
— Je n’ai pas votre nom…
— Isa pour les intimes. Je vous laisse, je vais être en retard.

Pour la deuxième fois elle disparaît. Je regarde sa silhouette sautiller entre les parasols, mon cœur bat la chamade.

Le barman qui a suivi toute la conversation, d’un air amusé me glisse :

— Vous savez, je connais bien Isa, elle en a planté plus d’un. C’est une fille bien, ne jouez pas au joli cœur, elle n’est pas dupe.
— Merci du conseil, à plus tard.

L’impatience me gagne, j’ai hâte d’être à ce rendez-vous. Pour passer le temps, je me dirige vers la mer, je plonge dans l’eau avec délice, les vagues massent mon corps, un bien-être m’enivre, mon mental se calme, une joie de vivre m’envahit. Mes yeux sont rivés sur l’horizon, je peux voir enfin par-delà cette ligne imaginaire une porte s’ouvrir vers un nouveau départ dans ma vie affective.

À vingt heures, je me dirige vers la pizzeria. Je suis vêtu d’un jean et d’une chemise blanche ; je me suis abstenu d’une quelconque eau de toilette. Je suis moi, naturel et simple. J’hésite à rentrer dans la boutique du fleuriste. Je suis là, devant toutes ces belles fleurs, je crois qu’il est trop tôt pour jouer à l’homme courtois. Je traverse la rue et me retrouve devant la pizzeria.

Je pénètre dans le restaurant, inquiet. Viendra-t-elle à ce rendez-vous ?

Le serveur s’approche, il me fait signe de le suivre vers le fond de la salle. Une main se lève.

— Je suis là, bonsoir.
— Bonsoir. Je suis désolé d’être en retard.
— Vous êtes à l’heure. Je travaille ici pour les vacances, ce restaurant appartient à mon frère.

Elle interpelle le garçon et lui demande de nous servir un cocktail maison. D’un air amusé, elle me lance :

— C’est la maison qui l’offre.

Elle me parle d’elle : ses études, ses ambitions, sa famille. Sa compagnie est très agréable, sa voix est douce, ses gestes harmonieux, elle dégage une élégance naturelle. Je suis sous le charme.

La soirée est animée. Ses amis viennent de temps en temps à notre table, les conversations sont dynamiques et chaleureuses.

Vers minuit je demande la note au garçon, au même instant elle se lève et revient cinq minutes plus tard, elle dépose sur la table la facture pliée en deux. Par discrétion, sans regarder la note je tends ma carte bleue au serveur, celui-ci passe à côté de nous sans un regard.

Elle sourit et me dit :

— Vous allez regretter de ne pas être rentré chez le fleuriste.

Subitement, je comprends son manège. Je jette un coup d’œil à la facture. Il est inscrit : « cadeau de la maison, vous avez le droit à une deuxième invitation dans le restaurant de votre choix ».

Une main se pose sur mon épaule. Son frère est derrière moi et me demande :

— Êtes-vous satisfait de votre soirée ?
— Je vous remercie pour l’invitation. J’ai passé une soirée délicieuse, je reviendrai.

Je quitte Isa, le cœur plein d’émotions et un rendez-vous pour le lendemain en soirée.

De retour dans la propriété familiale située en haut de la falaise, où toute la famille vient se ressourcer pendant les vacances, je m’installe dans le hamac, je reste là devant mes réflexions.

Que vais-je faire de ma vie ? La rencontre avec Isa est une bouffée d’air, parfumée d’un bonheur qui me semble inaccessible. Mais le destin va-t-il enfin exaucer mes rêves les plus fous ?

La brise légère apaise mes doutes, la fatigue alourdit mes paupières, je monte me coucher sans réveiller les âmes endormies.

Dix jours plus tard, je dois me rendre à l’évidence : mes vacances se terminent et la séparation avec Isa m’angoisse. L’été s’est installé au cœur de la Bretagne, une belle histoire d’amour est née, la fusion est totale entre deux êtres brisés par des trahisons douloureuses, mais optimistes pour l’avenir. En effet, Isa, tout comme moi, a connu une rupture amoureuse.

Nous passons notre dernière soirée dans une petite auberge qui fait face à la mer. Après le dîner, nous marchons le long de la digue. Très épris l’un de l’autre nous faisons des projets à long terme (mariage, enfants), en nous gardant bien de parler des épreuves que la vie pourrait nous mettre sur la route.

De retour à l’auberge, nous montons dans notre chambre. La nuit s’ouvrait à nous pleine de promesses et de caresses torrides. Au petit matin, nous nous quittons le cœur serré avec la promesse de nous revoir très vite.

Le destin nous souriait. Un an plus tard je vendais l’agence de Paris pour m’installer à Camaret, au cœur de la ville. La nouvelle agence était plus petite, mais le chiffre d’affaires était plus important. Avec l’accord de mes parents, je m’installais avec Isa dans leur résidence secondaire au bord de la falaise. Le matin, le soleil nous baignait de sa lumière, le soir, la lune prenait le relais pour nous bercer vers les étoiles. Notre bonheur rayonnait, l’osmose était parfaite. Six mois plus tard, nous consolidions notre amour par les liens du mariage.

L’agence était en pleine expansion. Après l’obtention de sa thèse de droit, Isa prit en main la partie financière de l’agence. Notre vie de couple s’équilibrait à merveille. Notre bonheur arriva à son comble le jour où Isa m’annonça que nous serions bientôt trois.

— David, devine ce qui nous arrive !!
— Oh ! Tu m’as l’air bien excitée !
— Allez, cherche un peu !
— Tu as décroché un contrat pour l’agence ?
— Mais non ! Plus important ! C’est le fruit de notre amour !
— Tu veux dire un bébé ?
— Oui ! Je suis enceinte ! La naissance est prévue vers la fin février.

Dans les bras l’un de l’autre, nous sautons heureux tout autour de la pièce. Pour fêter cet heureux évènement, nous organisons une petite fête à la maison avec tous nos amis. Nous appelons nos familles respectives aux quatre coins de la France. Ce bonheur, nous voulions le partager avec la terre entière.

Aujourd’hui, je fais face à ma douleur, à ma fille Marie innocente et à la fois impliquée dans cette tragédie. Mon chagrin m’aveugle et m’enfonce dans l’égoïsme. Mon cœur se ferme à tout sentiment paternel. Je la rends responsable de la mort de sa mère et pourtant elle est là, dans ma vie, et je dois faire avec. Mes beaux-parents se sont installés à la maison. Rose, meurtrie dans son cœur de mère, s’accroche à ce petit bout de femme, elle s’en occupe jour et nuit. Consciente que je suis incapable de m’y employer, elle se propose de rester le temps qu’il faudra.

— David, il faut réagir. Votre fille a besoin de vous ! Ne soyez pas négatif envers Marie.
— Je sais, mais ne me demandez pas l’impossible. Pour le moment je suis anéanti, je n’ai plus de motivation pour l’agence, Isa me secondait à merveille. Que vais-je devenir ? Je suis perdu sans elle !
— Voyons David, vous êtes un homme intelligent, vous devez réagir, et vite.
— Comment faites-vous pour supporter votre douleur de mère ?
— Je dirige toute mon énergie vers Marie, je lui prodigue de l’amour pour deux : celui de sa mère et le mien.

Un silence douloureux s’installe entre nous…

— Vous prenez un whisky avec moi ? lui proposai-je au bout d’un instant.
— Non merci ! Je trouve que vous levez beaucoup le coude !
— J’en ai besoin actuellement, mais ne vous inquiétez pas, cela ne va pas durer, je ne suis pas alcoolique.

 

Les jours passent, le printemps bat son plein, les arbres s’habillent de vert et de blanc, la végétation devient colorée et parfumée. Je m’enfonce de plus en plus dans le tunnel de la dépression. Mon visage est grave, un masque de tristesse s’est installé, mon corps amaigri laisse entrevoir un laisser-aller dans ma tenue vestimentaire. L’agence immobilière est de surcroît mal gérée, les ventes et les locations déclinent, la clientèle se rabat sur la concurrence qui met tout en action pour activer le dépôt de bilan. Je suis obligé de liquider le fonds de commerce, ma déchéance est profonde, l’alcool ne me satisfait plus. Je fais le grand saut dans la drogue dure. La petite Marie est prise en charge par ses grands-parents maternels ; dorlotée, chouchoutée, elle est protégée et inconsciente du drame que vit son père.

La foule se presse autour de moi dans une nuée vorace. J’entrevois des visages. Mon corps est plaqué au sol. La panique oppresse ma poitrine, que fais-je là ? Comment suis-je arrivé ici dans ce hall ? Une sirène retentit, des hommes me soulèvent et me portent sur un brancard jusque dans le véhicule du SAMU. Ils s’affairent autour de moi, m’installent un masque à oxygène sur le visage. Je sens une piqûre dans le bras. En quelques instants, ma vie défile : je vois le visage d’Isa qui me sourit, je voudrais la toucher, mais celui-ci se transforme en homme. Une voix me dit :

— Vous m’entendez ? Je suis médecin-pompier.

Je bouge mes paupières pour acquiescer.

— Vous êtes toxicomane ?

Honteux, je lève le regard vers le haut.

— Tenez bon, nous arrivons à l’hôpital.

La drogue est un bouclier. Je n’ai pas eu le courage de sauter de la falaise. Mon suicide à l’overdose a manifestement raté.

Je me retrouve sur un lit aux urgences. Deux infirmières me déshabillent. Je suis nu comme un ver. Un tremblement envahit tout mon corps, j’ai honte de moi. J’entends une réflexion qui me donne envie de vomir.

— Quelle déchéance ! Nous avons un travail plus urgent à faire que de nous occuper de cette catégorie d’hommes inutiles à la Société.

Elles n’ont aucune marque de sympathie pour moi. Leurs actes sont saccadés et bruts.

— Le docteur va passer. En attendant, restez tranquille ! N’arrachez pas la perfusion !

Je suis branché de partout, une machine à côté de mon lit rythme les battements de mon cœur. Je me sens stupide et bien bas. Conscient de ma propre autodestruction, je médite sur la colère qui oppresse ma poitrine et que je voudrais expulser.

L’overdose a fait des dégâts : l’intérieur de mon corps me brûle, le feu est présent de la tête aux pieds. Je crie ma douleur, l’infirmière accourt, et d’un ton sec me lance :

— Ça suffit ! Ne criez pas, vous dérangez les malades !
— J’ai mal ! Le feu est en moi !
— C’est votre sang qui est empoisonné. La perfusion va nettoyer le sang et vos organes, soyez patient.
— Vous ne m’aimez pas. Pourquoi ?
— Vous êtes un drogué. La chance vous a souri, vous auriez pu mourir, me répondit-elle sans condescendance.
— Je suis malade, aidez-moi.
— Arrêtez de pleurnicher, vous n’êtes plus un homme, mais une larve.
—  Vous êtes une garce, je vais me plaindre à votre direction.

Elle sort de la pièce en haussant les épaules. Au fond de moi, je lui donne raison, je suis une loque humaine qui n’a pas eu le courage de s’accrocher à la vie après la mort d’Isa, je suis un lâche. Ma fille, quel rôle ai-je face à cette paternité que je n’assume pas ? J’ai tout perdu : situation, famille et honneur. Je ne suis plus rien, juste un numéro de chambre : 232.

Trois jours se sont écoulés depuis mon admission aux urgences, je me remets doucement, les douleurs ont disparu, mes bras bleuis par les hématomes me donnent des nausées. Mon regard croise mon reflet dans le miroir. Je ne me reconnais pas, je me dégoûte. J’ai touché le fond de l’abîme. Seule la mort aurait pu me libérer de cette déchéance.

Ce soir une nouvelle infirmière a pris son service, elle s’approche de moi avec un sourire angélique :

— Bonsoir, je suis Ingrid. Vous allez mieux ?
—  Oui merci.

Cette jeune femme est douce, tolérante, elle me considère en tant qu’être humain et non comme un drogué.

La distance parcourue entre la vie paradisiaque qui m’animait et ma descente aux enfers est le fruit d’un acquis qui m’ouvre vers un nouveau cheminement. J’ai besoin d’une aide solide et confirmée pour me porter, puis m’aider à reconstruire une vie dynamique et constructive. En serais-je capable ?

Le sommeil m’enveloppe dans une douceur subtile ; une douce sérénité me plonge avec délicatesse dans un lieu où tout est calme et paisible. Je plonge dans l’ivresse du rêve. Tout m’éblouit de beauté : la lumière est dense et lumineuse, les couleurs forment un tableau où tout me semble inexplicable et impalpable. Je vis dans mon rêve une forme de vie protégée et irréelle. Des êtres sont ici et là, à la fois protecteurs et rassurants. Je me déplace sans marcher, la paix est présente et le bonheur m’habite.

Soudain, une voix douce m’interpelle. Je la cherche, mais ne la vois pas. Une légère caresse frôle ma joue, elle me fait sortir de mon rêve, j’ouvre les yeux, j’aperçois le visage d’Ingrid.

— Je vous réveille ? Je suis désolée, c’est l’heure de la piqûre.
— Cela ne peut pas attendre ? J’étais au pays des merveilles.

Elle sourit, puis me présente la seringue.

— Allez, courage ! Montrez-moi votre fesse droite, ensuite vous pourrez retourner d’où vous venez.

La drogue domine mon corps. Cet état de fait m’effraie, tout m’irrite : mon ventre me tiraille, les douleurs se diffusent de partout, ma tête bouillonne de l’intérieur. Le physique est une chose, mais mon mental va-t-il reprendre son rythme d’avant, sain et équilibré ? Je ressasse toutes ces questions en permanence. Comment reprendre une vie stable ? Qui peut m’aider ?

Ingrid pénètre dans la chambre. Elle prend le temps de m’écouter, de toucher ma main. Sa présence me rassure. Elle est un rayon de soleil dans cet univers impitoyable.

— Vous devriez consulter un spécialiste.
— Leur technique de désintoxiquer un être sous l’emprise de la drogue par d’autres drogues, des médicaments, ne me plaît pas.
— Il y a différentes solutions : la médecine douce, les plantes, la relaxation, le choix est large. Le but est de trouver la méthode compatible avec vous. Vous sortirez de votre marasme par la même porte par laquelle vous y êtes entré.
— C’est-à-dire ?
— L’incompris est un être à double sens. Il s’enivre dans ses déboires sans comprendre pourquoi. Son ouverture vers l’autre est fermée, il cherche la clé qui lui ouvrira la porte sans réaliser que cette porte n’a pas de serrure. Il suffirait simplement qu’il la pousse pour que le soleil entre en lui.
— Vous faites de la philosophie ?
— Non ! J’essaie de vous ouvrir les yeux sur vous-même. Je dois vous laisser, nous en reparlerons, en attendant reposez-vous.

 

Huit jours se sont écoulés. Je refais doucement surface, un psychiatre est présent dans ma chambre. Il entame un dialogue dans lequel je me sens mal à l’aise, il n’y a pas d’osmose entre nous. Je lui fais ressentir que je n’ai pas envie de son aide. Très maladroitement, il tente de me raisonner.

— Vous êtes désorienté. Si vous ne faites pas un travail sur vous-même, c’est l’hôpital psychiatrique qui vous attend.
— Je n’ai rien à vous dire. Je connais mon problème, je me reconstruirai tout seul.
— Puisque vous le prenez de haut, je signe le bon de sortie pour demain et nous nous dégageons de toute responsabilité.

Cet homme me stresse. J’ai l’impression qu’il me méprise parce que je suis un drogué. En huit jours, j’ai compris beaucoup de choses sur ma vie. J’ai flirté avec la mort et ma vie prend soudainement une autre dimension. J’ai un traitement trop lourd. Tous ces médicaments me donnent la nausée.

Mes amis sont absents, mes parents sont sans pitié. Ils m’interdisent l’accès de la propriété.

Ingrid est une infirmière compétente et humaine. Elle me propose de m’installer chez elle le temps de trouver un terrain d’entente avec mes parents. Elle vit seule depuis son divorce, dans une maison en dehors de la ville.

Nous longeons la côte en voiture. Le silence lourd est interrompu par la radio, Ingrid est une très belle femme de 50 ans. J’admire son profil : une bouche pulpeuse, un nez en trompette et des mains fines sans bagues. Sa jupe laisse entrevoir des jambes parfaites légèrement halées. Très intrigué par cette dévotion envers moi, je lui pose des questions indiscrètes.

— Avez-vous un homme dans votre vie ? Vous n’avez pas peur de me laisser entrer dans votre intimité ? Que va dire votre entourage ?
— Arrêtez de gamberger, nous verrons bien. Pour répondre à la première question, j’ai effectivement un mâle à la maison, il s’appelle Victor, je crois qu’il vous acceptera.
— Je ne veux surtout pas vous embarrasser !
— Nous arrivons, c’est la maison aux volets marron.
— Hum, c’est sympa.

Un berger allemand vient nous accueillir, il aboie et montre ses dents. Ingrid ouvre le portail puis gare la voiture dans la contre-allée qui longe la maison. Je n’ose sortir, le chien a posé ses deux grosses pattes sur la portière. Ingrid le repousse et vient m’ouvrir la portière.

— Allez ! Vous pouvez sortir, il ne vous mangera pas. Je vous présente Victor.

 

L’été est chaud. Un parfum d’iode embaume la nature. Nous montons les cinq marches en pierre du petit perron. Ingrid ouvre la porte d’entrée en chêne entourée d’une verrière. En pénétrant dans l’entrée, un chat vient se frotter sur mon mollet. Ingrid sourit et m’interpelle dans mon silence :

— Vous allez bien ? Je vous trouve anxieux et bien pâle ! Suivez-moi. Je vais vous faire visiter la maison.
— Elle me paraît grande.
— Allez ! Venez ! Ne soyez pas timide. Débarrassez-vous de vos affaires.

Je dépose mon sac et ma veste dans un coin de l’entrée. Je la suis comme un automate, ma tête tourne. J’aperçois un escalier en bois qui monte au premier étage, en face une porte vitrée qui s’ouvre sur le salon et la salle à manger et à droite les portes de la cuisine et des toilettes.

Un mal de cœur m’étreint, je m’assieds sur la première marche de l’escalier et je supplie :

— S’il vous plaît, je ne me sens pas très bien, j’ai envie de vomir.
— Tenez bon, j’arrive.

Elle me présente un seau et s’assied à côté de moi en massant le haut de mon dos.

— Vous êtes en manque, le traitement de substitution ne vous convient pas. Je vais vous traiter par les plantes, le grand air, la marche, la natation et la relaxation par le yoga, Ok ?
— Si vous le dites !

Une heure plus tard, l’estomac vidé de tous les traitements, Ingrid me présente un bol de bouillon de légumes.

— Avalez ça ! Vous devez nettoyer votre foie et vos reins qui sont pollués, ensuite vous pourrez vous étendre dans votre chambre. La fenêtre donne sur la mer.

Je me laisse bercer par le bruit des vagues et des mouettes. Mes pensées vont vers Isa, l’amour de ma vie. Le vide qu’elle a laissé dans ma vie après son départ est incommensurable, je ne me l’explique pas. Le sommeil m’enveloppe doucement dans un vertige de bien-être.

Les semaines passent sans évènement majeur. Victor m’accompagne dans mes promenades journalières. Je retourne de temps en temps sur la falaise des jours heureux. Mes parents ont pris la décision de ne plus me voir. Je leur fais honte. Ils m’ont fait comprendre que je n’appartenais plus à leur monde.

Heureusement, ma bonne étoile a placé Ingrid sur mon chemin, un être d’exception.

Je l’aide à ma façon. Je fais du bricolage dans la maison et j’entretiens le jardin de 1500 mètres carrés.

Je m’installe en douceur dans ma nouvelle vie. La drogue s’éloigne. Je redeviens plus cohérent avec moi-même.

Depuis ma sortie de l’hôpital, Ingrid m’emmène aux cours de yoga. Je me sens plus zen, mais c’est aux cours de karaté que je décharge ma souffrance et que je tente d’évacuer cette vie stérile et autodestructrice dans laquelle je me suis enfermé.

Ingrid revient du supermarché. Je vais à sa rencontre pour décharger le coffre. Elle me regarde d’un air malicieux.

— Alors David, elle s’ouvre cette porte ?
— Quelle porte ?
— Celle de la délivrance, de votre nouvelle vie.
— Pour l’instant je ne vois que des murs ! Heureusement que la mer et l’horizon me font entrevoir un ailleurs possible, mais pour l’instant il est caché.
— Encore un peu de patience et tout rentrera dans l’ordre.
— J’ai une force qui m’empêche de replonger vers la drogue.
— Comment pouvez-vous en être aussi persuadé ?
— Ce matin, je suis passé dans le quartier des revendeurs de drogues dures. J’ai revu deux d’entre eux, mais je ne me suis pas laissé tenter.
— Oh ! C’est dangereux d’être retourné dans ce quartier infâme. Je vous l’avais formellement interdit !
— Ne vous mettez pas en colère, je voulais me tester.
— Et si vous aviez craqué ?
— Difficile sans argent, et puis je souffre trop d’avoir tout perdu : ma fille, ma situation et mon honneur.
— Dans quelques jours, nous passerons voir un de mes amis qui pourrait vous aider à retrouver un emploi dans une agence immobilière.

Un an s’est écoulé. Ma vie reprend un sens. Tout est calme, apaisant. Ingrid est une femme humble, son hospitalité est généreuse. Elle passe beaucoup de temps avec moi. Elle écoute ma douleur. Nous allons nager une heure par jour. Je m’intègre sans difficulté aux cours de yoga. Elle a remplacé la mère qui m’a rejeté. C’est une merveilleuse complice, un atout important dans la reconstruction de ma vie sociale et affective.

Victor m’a adopté. Il me suit partout. Le soir, lorsqu’Ingrid prend son service de nuit à l’hôpital, il devient mon ange gardien, il s’installe près de moi devant la télé, puis monte se coucher avec moi au pied de mon lit.

Ingrid me dit souvent :

— J’ai une mission importante ! Je veux aider les jeunes à sortir du gouffre dans lequel ils sont tombés pour leur permettre de retrouver leur identité et une place dans la société. La vie est belle. Il suffit de trouver l’amour de soi dans l’humilité pour se reconstruire. Toi David, tu dois te battre pour retrouver la place qui est la tienne, redevenir un père présent et attentif auprès de ta fille Marie.

Mes beaux-parents ont obtenu la garde de la petite Marie. Je n’ai pas le droit de la voir. Mes parents m’ont rejeté et m’interdisent l’accès de leur maison. Ma sœur Liliane et son mari vivent dans le sud de la France. Ils m’ont proposé de m’aider, mais je préfère prendre du recul pour ne pas les embarrasser.

Je travaille dans une agence immobilière. Le travail m’aide à me relever de mes épreuves. Le contact avec la clientèle m’oblige à m’occuper de mon image. Ce deuil m’a plongé dans la déchéance, maintenant je vais mieux. Je suis une psychothérapie qui m’aide à voir plus clair en moi. Cela me donne la force de me battre pour retrouver ma fille Marie qui a eu un an en mars. Maintenant elle doit marcher. Je me sens humilié de ne pas participer à son éducation et l’accompagner chaque jour vers l’éveil de la vie.

Nous sommes en juillet. Mes parents sont installés dans la propriété de la falaise pour toutes les vacances. Je n’ai pas la force morale pour les affronter, je suis profondément touché par leur indifférence.

J’entreprends une démarche auprès du juge pour enfants afin d’obtenir un droit de visite pour faire connaissance avec ma fille. Mes beaux-parents s’opposent à cette idée, ils ont pris un avocat afin de garder Marie. Une guerre féroce s’installe entre eux et moi. Heureusement, Ingrid est présente et m’encourage. Lorsqu’elle me voit triste, son ton monte.

— Accroche-toi !!! Combats le mal par le mal. Si tu veux revoir ta fille, tu dois démontrer que tu as changé, prends un avocat et vas jusqu’au bout !

Je gagne bien ma vie. Je suis responsable d’un secteur de vente. Ingrid préfère que je reste encore un peu de temps chez elle pour me permettre de mieux me recentrer dans ma vie. Elle est ma seule famille, notre complicité est une aide précieuse.