La haine et l'amour - Chrys Guibert - E-Book

La haine et l'amour E-Book

Chrys Guibert

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Beschreibung

Sur le papier, je devrais être heureuse. Une carrière prometteuse, une famille toujours présente… Mais la réalité est bien différente. Mon travail prend trop de place et ma vie amoureuse est d’une morosité désolante. Lorsque j’accepte une promotion et croise la route d’un homme séduisant, je pense enfin avoir trouvé ma chance. Mais je découvre rapidement la face sombre de sa personnalité possessive et toxique.

Alors que je sombre dans l’une des périodes les plus sombres de ma vie, Valérian entre en scène. Il semble être tout ce que je cherche, mais m’attendra-t-il pendant ma nécessaire reconstruction, loin de tout ? Puis-je réellement lui faire confiance ? Dans cette quête de renouveau, je devrai apprendre à me relever et à faire confiance à nouveau.

Un récit sur la force intérieure, la reconstruction et la quête de l’amour véritable.


À propos de l’auteure :

Chrys Guibert, 35 ans, est une maman et une femme passionnée par l’écriture. À travers ses récits, elle aime explorer la force intérieure des femmes, leurs moments de doute, de reconstruction et de nouveaux départs. Avec une expérience professionnelle riche et variée, notamment en tant que manager, elle s’inspire des relations humaines pour nourrir ses histoires. Chrys offre des histoires de vies et des tournants, toujours avec une vision critique sur l’entreprise et l’environnement social qui nous entoure.

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Seitenzahl: 203

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Romance

Image : Adobe Stock

Illustration graphique : Graph’L

Éditions Art en Mots

1 Nouvel horizon

Depuis quelques temps déjà, j’ai décidé de prendre ma vie en main et de partir… loin. La proximité de mes parents ne me convenant plus, j’avais besoin d’air. Mon travail non plus ne me convient plus. En fait, mon travail me plaît, mais pas mon boss, et comme l’un va rarement sans l’autre, je me suis trouvée dans l’obligation de les changer tous les deux ! Évidemment je ne suis pas folle, j’ai passé des entretiens avant de poser ma démission. Je suis tout à fait consciente de l’état actuel du marché du travail et pas question pour moi de me retrouver sans rien. J’ai besoin de contrôler ma vie et un changement ne se fait pas forcément sur un coup de tête. Mon changement à moi est réfléchi. Depuis un an déjà je me retourne le cerveau pour savoir quel chemin emprunter.

En sortant de mes études de commerce, j’ai tout de suite trouvé un emploi dans la communication au siège d’un grand groupe de la grande distribution. Un métier passionnant, qui m’a fait vibrer. J’y ai mis mes tripes et un peu de mon âme pour monter des projets qui me tenaient à cœur. De simple chargée de communication, je suis devenue responsable de mon équipe. Une équipe que j’ai choisie et qui m’a choisi, car contrairement à ce qu’on pense le feeling doit être dans les deux sens. J’ai aimé les guider sur le chemin que je pensais être le bon en faisant du mieux que je peux pour les managers de manière participative, favorisant l’émergence d’idées nouvelles. Malheureusement, les responsables ont eu aussi des responsables au-dessus d’eux, qui ont parfois des idées très arrêtées sur ce qui doit être fait et comment le faire. Cette pression m’exaspère. Je ne suis clairement pas faite pour avoir un chef. Autant j’aime être un manager, autant je déteste être managée ! Et je plains mon chef ! À sa décharge, je suis du genre à toujours avoir quelque chose à rétorquer, une autre idée à tester, un argumentaire de poids. Je pense être assez bonne dans mon travail, d’ailleurs le fait que malgré ma personnalité, disons rebelle, il m’ait promu, me confirme qu’il pense du bien de mon travail. Mais cet homme m’exaspère, avec ses remarques limites sexistes, sa façon de se comporter avec mes stagiaires et son air supérieur.

Ma lettre de démission est partie hier, comme il se doit, en recommandé avec accusé de réception. Elle devrait arriver demain. J’ai encore une journée pour garder mon air innocent et préparer ma sortie. Je travaillerais jusqu’au dernier jour, je devrais faire trois mois de préavis avant mon départ, mais je resterais professionnelle jusqu’à la fin, pas question que mon travail soit entaché par ma volonté de partir. Vers 10h, après ma réunion d’équipe hebdomadaire en ce mardi matin, je reçois un coup de téléphone des ressources humaines me convoquant dans leur bureau pour 14h. J’ai passé des entretiens la semaine dernière et j’ai reçu une réponse positive de la part d’une petite entreprise située à Strasbourg. Parfait pour moi, 600 kilomètres de chez moi, 600 kilomètres entre moi et mes parents, ce serait génial ! J’espère surtout que cela sera suffisant ! J’ai besoin de souffler et de mettre de la distance dans notre relation. Mes parents sont adorables, mais très envahissants et avoir une vie sociale – amoureuse – avec des parents capables de se pointer à l’improviste dans mon appartement n’est pas exactement facilitant pour nouer une relation de plus d’une nuit – petit déjeuner inclus je ne suis pas si avare – avec un homme. Ça a même plutôt tendance à les faire fuir. Déjà qu’ils ne se bousculent pas au portillon ! Pas que je sois moche, je pense juste que mon élocution a tendance à me place dans la « Friends zone ».

Après avoir mangé rapidement un sandwich à mon bureau, je me dirige vers le bureau des RH situé au quatrième étage. Un petit peu de sport ne me fera pas de mal et je prends donc les escaliers. Je prépare mon argumentaire, pensant qu’ils ont dû recevoir un coup de fil de mon futur employeur souhaitant vérifier mes compétences et s’assurer que je n’ai pas menti sur mes expériences. Je vais simplement argumenter que je suis à l’écoute des opportunités professionnelles qui s’offrent à moi. Je n’annoncerais que demain mon départ officiel à mon équipe.

Je m’aperçois tout de suite que l’objet de ma convocation ne doit pas être celui que je m’étais imaginé. Je me retrouve dans le bureau de la directrice des ressources humaines, avec devant moi, mon chef, Matthieu pour les intimes, la chargée du recrutement Louise, et le Directeur de région Nord—Ouest Thomas. Ce que j’ai tout de suite apprécié dans cette entreprise, c’est que peu importe les fonctions qu’on occupe, on se tutoie et on s’appelle par nos prénoms. Mais là ce n’est plus du tout convivial. L’ambiance est dure et froide.

— Alors comme ça tu veux nous quitter ?

Matthieu ! Comme si tu ne savais pas pourquoi je pars ! Qui se moque de qui ? Il a quand même réussi à me déstabiliser et il me faut de longues secondes avant de rebrancher mon cerveau et d’aligner deux mots.

— Euh… Bonjour Matthieu

— Bonjour, Léa, nous t’avons convoqué ici aujourd’hui, car nous avons reçu un recommandé ce matin, celui de ta démission.

Aïe ! C’est déjà mieux, on commence par un bonjour, malheureusement je n’avais pas prévu de parer cet argument ! ils n’étaient pas censés avoir cette information si tôt…

— Bonjour oui effectivement

— Tu veux aller chez « Merkantil’s » ? Pourtant tu as bien évolué chez nous… Nous t’avons offert de belles opportunités, non ?

Je n’avais pas prévu qu’ils en sachent autant ! qui a bien pu leur dire chez qui je vais ? Ils ont l’air sur la défensive. Je sens le coup foireux…

— Bien sûr… je vous remercie d’ailleurs pour toute la confiance que vous m’avez accordée durant ces 5 années. Mais je pense qu’il est temps de voir autre chose. Je pense qu’il est toujours bon de pouvoir éprouver ses capacités à s’adapter, à toujours apprendre.

— Je suis assez d’accord avec toi.

J’ai toujours su que Aude était une femme raisonnable et particulièrement intelligente, j’ai une grande admiration pour cette DRH.

— Mais nous n’avons pas prévu de te laisser partir sans nous battre.

Comment ça ?

— Louise, peux-tu présenter le poste s’il te plaît ?

— Oui. Léa, j’ai reçu un appel de M. Dupart le fondateur de « Merkantil’s », jeudi dernier. Il me demandait comment tu te comportais au travail, quel était ton profil, comment était ton travail… J’ai donc alerté Aude, sur le risque probable que tu trouves un autre emploi ailleurs. Tu sais que nous tenons à toi. Tu as des capacités qui dépassent largement celles requises pour ton poste actuel selon Matthieu et Thomas. Aude a appuyé ta candidature pour une autre division du groupe. Si j’ai bien compris, tu voulais partir dans l’est de la France, du côté de Strasbourg ? Nous te proposons de prendre la Direction du Nord-Est. L’équivalent du poste de Thomas.

Je reste complètement bouche bée ! Matthieu m’a fait un compliment ! Et Thomas… je croyais qu’il ne me connaissait même pas. Et maintenant ils me proposent un job de dingue ! Je n’en reviens pas ! Impossible de refuser une telle opportunité. À mon âge, c’est rare d’être à cette place, en plus sans rien demander… Ni besoin de passer d’entretien… ça se réfléchie. Mais ça veut dire refuser l’autre poste et être grillé à vie dans cette entreprise.

— Je ne sais pas quoi dire…

— Ne dis pas non, s’il te plaît. Saisit cette opportunité, tu n’en auras pas d’autres. Nous pouvons déchirer cette lettre, là, devant toi, ou te laisser partir.

— C’est dingue ! C’est une opportunité en or !

Aude me regarde dans les yeux avant d’ajouter :

— Oui, mais ce n’est pas sans risque. Tu auras une période d’essai pour cet emploi de 6 mois, et nous te saurions gré de t’engager à rester au moins 3 ans sur ce poste pour que nous puissions apprécier les retours sur investissement notamment en termes de formation et de montée en compétence. Et il te faudra travailler avec des collègues de gent exclusivement masculine. Tous les autres directeurs régionaux sont des hommes… Qui peuvent être maladroits dans leurs propos.

Mouais, donc des sexistes misogynes ! super ! pleins de petits Matthieu !

— Comme vous avez pu le remarquer, ça ne me fait pas peur. Et hop un petit regard vers Matthieu ! Tiens c’est cadeau !

— Oui ton… franc-parler est… légendaire. De même bien sûr que tes idées ! Toujours visionnaires ! Alors cela veut dire que nous te gardons dans l’entreprise ?

— Oui !!

— Bien. Ah encore une chose, le poste est à pourvoir à partir de lundi, et éminemment plus stratégique que ton poste actuel. Donc on t’attend dès lundi à Strasbourg.

La fin de la semaine arrive très rapidement et il est temps pour moi de dire au revoir. Pas besoin de long discours, un petit pot de départ et hop c’est fini. De toute façon le petit « on va te regretter » de la part de Matthieu était déjà de trop. Mec, en 5 ans de bons et loyaux services, tu m’as adressé combien de fois la parole ? J’ai fait combien de fois ton boulot à ta place ! Il est temps de prendre l’air… J’ai invité toute mon équipe pour une petite fête loin des regards de la hiérarchie dans un pub du centre—ville. Plus question de chef, simplement des hommes et des femmes qui ont eu plaisir à travailler ensemble. Nous sommes tous jeunes, dynamiques, aimant faire la fête. Je leur paye deux ou trois tournées et nous plaisantons sur les histoires du boulot, les gaffes d’un tel, les histoires de cul d’un autre. L’entreprise est une sorte de famille, au sein de laquelle il se passe toujours plein de choses. J’adore observer l’évolution des relations humaines au sein de ce microcosme. Ils comprennent tous ma situation, n’approuvent pas forcément mon choix, mais ne me le reprochent pas. Je m’éclate sur la piste de danse avec mon ancienne équipe, ceux avec qui j’ai partagé ma vie ces 5 dernières années. Car mon boulot représente toute ma vie. J’y passe mes journées, souvent jusqu’à une heure avancée, et je n’ai plus d’énergie pour ressortir une fois chez moi. Ma famille est présente, bien trop à mon goût, je me retrouve tous les week-ends à écouter les histoires de mes parents et à cajoler le petit garçon de ma sœur… J’adore les enfants, j’adore mon neveu, mais je risque de finir vieille fille si ça continue !

À 4 heures du matin, je réalise que je n’ai plus 20 ans et qu’il va falloir rentrer avant que je ne m’écroule de fatigue au milieu de la piste de danse. J’entame donc une longue marche à pied, 45 minutes de marche quand on a bu un peu, ça se transforme presque en chemin de croix. Les rues sont désertes, je profite une dernière fois de ma ville et passe difficilement la porte de chez moi. Mon appartement est décoré simplement, pas de couleurs vives, quelques touches personnelles bien cachées, même les meubles ne m’appartiennent pas. J’ai commencé mes cartons cette semaine, mais je ne m’attendais pas à devoir trouver un appartement aussi rapidement. La distance n’aidant pas, je n’ai pas encore déniché ma perle rare. Je vais donc loger dans un appart « hôtel le temps de trouver quelque chose là—bas. La vie est plus chère qu’ici, mais je gagnerais mieux ma vie donc je devrais m’y retrouver financièrement. Je finis mes cartons, la musique à fond dans l’appartement, puis m’écroule lamentablement sur le canapé sans même me déshabiller ! Demain c’est le week-end !

— Ohlala ! Tu dors encore à cette heure ?

— Maman… Pas si fort, on t’entend ! Et tu n’as jamais appris à frapper à la porte avant de rentrer ?

— Si tu m’as donné tes clefs, c’est bien pour que je rentre non ? Regarde, ta sœur m’a encore envoyé des photos… N’est-il pas trop mignon ?

— Si c’est super… Laisse-moi prendre une douche s’il te plaît.

— Oui, vas-y… Regarde cette bouille ! Mais tu n’as pas fini tes cartons ? Tu es sûre de vouloir partir ? C’est loin quand même, on ne pourra plus se voir aussi souvent…

Oui c’est ça l’idée ! Tais-toi, pitié !

— Tu travailles beaucoup trop… Tu n’aurais pas dû accepter cette promotion… ça va être pire et tu ne me feras jamais de bébé à ce rythme !

Ça aussi c’est l’idée ! Pas envie d’un rejeton qui cri dans mes oreilles ! J’ai assez d’une mère !

— Tu ne me réponds pas ? Tu m’écoutes au moins ?

AHHHHHH, lâche-moi ! Heureusement je suis déshabillée et je peux enfin mettre ma tête sous l’eau qui coule et ne plus entendre ce qu’elle me dit… Il me faut sortir de la douche au bout d’une demi—heure, quand mes membres sont ramollis et mes bouts de doigts fripés… Mince elle ne s’est pas tue ! Ma mère continue à déblatérer durant un temps considérable. Toute la matinée en fait… Elle me parle, non, elle parle seule, tout en préparant mes cartons, rangeant les affaires et nettoyant l’appartement. Puis la tornade s’en va arguant qu’il n’y a jamais rien à manger chez moi. Je n’ose même pas mettre de la musique. Je profite simplement du silence. Je fais du tri dans mes affaires, m’assurant de ne transporter que les choses essentielles à mon bien—être. Le reste trouvera sa place chez Emmaüs ou dans le grenier de mes parents. Voilà on y est demain, je pars. Je tente un Tetris pour faire rentrer mes affaires dans ma voiture. Tout est rentré non sans peine. Il ne faudra pas être trop regardant sur la sécurité, je ne vois rien derrière ni sur les côtés, il va falloir faire avec !

Je sors me chercher un peu de nourriture chinoise. Il est déjà 18h et je n’ai rien avalé de la journée. Pour une fois, je dois bien reconnaître que ma mère avait raison. Il n’y a plus rien dans les placards, mais cette fois-ci c’est fait exprès. Je mange dehors, retardant le plus possible le moment de me retrouver seule chez moi pour ma dernière nuit ici. J’ai été relativement heureuse dans cet appartement, et le quitter aussi vite me rend nostalgique.

Cette nuit-là je ne dors pas, je pense beaucoup. Je suis incapable de poser des limites à mes parents et ils sont de toute façon incapables de les respecter. Pourtant je sais le faire avec les autres. C’est tellement étrange. Ils sont beaucoup plus cool avec ma sœur, elle est plus âgée que moi, bien plus responsable à leurs yeux puisqu’elle est déjà chargée de famille. Il paraît que le but de la vie est de fonder sa famille, trouver un mari, avoir des enfants. Ce n’est pas le mien. Je travaille beaucoup, je bois beaucoup, je m’amuse. Je n’ai pas encore eu de relation vraiment sérieuse. Des petits copains de passage, des amants de boîte de nuit, histoire d’assouvir des besoins de première nécessité. Oui les femmes aussi consomment du sexe, juste pour le sexe sans s’attache à l’esprit qui se cache à l’intérieur du corps. J’ai flirté avec beaucoup d’hommes, eu quelques relations de quelques mois. Le dernier ex en date qui aurait pu me passer la bague au doigt m’a trompé. Je n’ai même pas eu le temps de vivre avec lui. En deux mois c’était terminé. Soi—disant la fille l’aurait aguiché et il n’aurait pas pu résister… Obsédé. Vu mon entourage professionnel, entre les jeunes attirés par le pouvoir et les vieux misogynes, je n’ai pas non plus trouvé chaussure à mon pied. Un nouveau départ dans une nouvelle ville m’apportera de nouvelles opportunités et notamment celle de casser ce cercle infernal. Je me lève très tôt, regarde une dernière fois l’appartement, prends mon sac à main, referme à clef et dépose les clefs chez la gardienne. Plus le choix maintenant il faut y aller.

2 Les charmes cachés des limites de l'Hexagone

En arrivant à Strasbourg après 6 heures de trajet, 1 arrêt repas et 2 pauses pipi, je découvre mon nouvel environnement. Tout me paraît si grand, si vert, les routes sont larges, il y a de vraies voies pour les vélos, les rues sont bien plus propres que chez moi ! Je profite et je me nourris intérieurement de la découverte de cette magnifique ville. Je regarde partout, ce qui ne me laisse que peu de concentration pour le trajet. Mais en définitive, je ne me trompe que trois fois de route, un beau score, au vu de mes capacités très limitées en matière d’orientation. Déjà que dans une ville que je connais bien, j’ai des difficultés à trouver mon chemin, alors dans une nouvelle ville, même avec un GPS, je dois avouer que ce n’est pas encore assez facile pour moi. Mon appart » hôtel n’est pas très loin de la gare. Un grand bâtiment sécurisé, avec une barrière à l’entrée et un gardien dans le hall. Des petits balcons pour chaque appartement et un grand parking sur le côté. J’ai plutôt un bon pressentiment, je me sens bien dans cet environnement. Jusqu’ici tout est parfait et tout est sous contrôle. Aujourd’hui c’est samedi, je me réserve cette fin de journée pour moi, pour me reposer, sans stress ni obligation. Donc pas de chasse aux appartements, pas de contacts avec les agences immobilières pour aujourd’hui.

Je dépose mes affaires dans mon nouveau logement et me décide à profiter de cette fin de l’après-midi pour visiter le centre-ville. Les cartons peuvent bien attendre un peu, demain c’est dimanche, je commencerais à ranger à ce moment-là. Pour l’instant, j’en prends plein la vue, la petite France, la cathédrale, la place Kléber. Tout est très beau. Je marche des heures en essayant de capter l’atmosphère, de m’imprégner de l’ambiance et de me rassurer sur mon nouveau choix de ville. Je décide de me faire un petit cadeau de bienvenue en m’offrant un nouveau sac à main, un petit souvenir de cette journée off ou tout est encore possible. En soirée, j’ai les jambes qui picotent et les pieds qui brûlent ! il est temps de s’octroyer une pause bien méritée dans un petit restaurant ! Au détour d’une ruelle du centre-ville, j’aperçois un écriteau indiquant un restaurant se situant en sous-sol. De l’extérieur, je ne suis pas très rassurée, mais je me suis promis de suivre mon instinct. J’entre donc dans le hall d’accueil menant à 2 escaliers, l’un montant l’autre descendant. La dame de l’accueil, Chloé de son petit nom, m’indique que, suite à une annulation, il lui reste une table disponible et que j’ai beaucoup de chance d’avoir une table sans avoir préalablement réservé. Elle m’indique ensuite l’escalier descendant. Le restaurant se situe dans une cave voûtée. Un cadre magnifique, de hauts plafonds, une cave entièrement en pierres, avec des raques de bouteilles sur les côtés et des tables sobres, mais chics. Je ne m’attendais vraiment pas à tant de luxe. Je mange seule à table pour la première fois. Je n’avais jamais osé auparavant, par peur du regard des autres, par peur de croiser quelqu’un que je connais. Ici, je suis incognito, personne ne peut me connaître ou connaître ma famille et j’adore ce sentiment de quiétude.

Pour une fois, Léa la timide reprend le dessus sur Léa l’exubérante. Je me sens toute petite dans ce restaurant guindé et j’essaie de ne pas me faire remarquer. Et bizarrement, un sentiment de nostalgie triste m’envahit. Je devrais être fière de mon parcours, heureuse de mon nouveau départ, mais les démons du passé refont surface. Ma timidité, ma peur de déranger me rappelle des souvenirs douloureux de mon enfance. Je me revois, petite, quand j’avais peur de dire bonjour au boulanger et que mes parents me forçaient. Comme si c’était vital, comme si c’était facile, comme s’ils n’avaient pas remarqué le mal-être de leur petite fille. Pour moi, c’était un exploit, pour eux c’était une question de discipline. Au fond de moi, se jouaient des questions bien plus profondes que simplement de l’obéissance et de la politesse. J’étais mal à l’aise, mal dans mon corps, mal dans mon âme. Je me croyais inutile, totalement inintéressante. Je me voyais moche, petite et pas débrouillarde. Toujours à tomber, pas féminine, très loin des attentes de mes parents. Mes parents qui, comme s’ils avaient déjà donné tout leur amour à leur premier enfant, donnaient l’impression d’être à sec d’amour. Une deuxième fille, quelle erreur ! À quoi bon, ils en avaient déjà une. Ils me couvaient, mais ne m’embrassaient pas. Ils me protégeaient, mais pas contre les bons démons, pas contre ceux qui me rongeaient de l’intérieur. Ce sentiment oppressant d’étouffer parce qu’ils essayaient de me protéger de moi-même m’empêchant de révéler ma vraie personnalité. La personne pétillante, positive et toujours critique que je suis devenue malgré eux, malgré leur savoir-vivre et leur politesse. J’ai ressenti très tôt le besoin de partir, je m’inscrivais à tous les voyages extrascolaires, malgré la torture que cela me provoquait. Partagée entre le besoin impérieux de me réaliser par moi-même et le sentiment de n’être bien nulle part. Juste après mon bac, je suis définitivement partie. Ne rentrant que deux fois par an durant toutes mes études. Ce fut un premier vrai bol d’air. Puis il a fallu que je revienne, mon père malade avait besoin de nous à ses côtés. Ma formidable sœur a épousé son premier amour, a eu un enfant. Et moi j’étouffe de nouveau. Mon père se rétablit, je peux donc partir. Je me le dois. J’ai réussi à faire exploser ma personnalité à force de colle en classe préparatoire, de test d’élocution en école de commerce et surtout grâce à cet emploi en grande distribution ou tout est dit cash, sans pincettes. Un environnement loin, très loin du milieu aseptisé dans lequel j’ai grandi. Je me suis découverte mutine, avec un sacré franc-parler ! Mais aussi, positive et cherchant toujours à atteindre le meilleur. C’est avec cette personnalité détonante que je réussis à me forger une réputation de bonne professionnelle et c’est avec cette personnalité que je souhaite continuer d’évoluer. Pourtant j’ai dû cravacher, lutter contre mes démons intérieurs pour faire ressortir la vraie Léa. Lors de moment comme celui-ci, je suis à deux doigts de retourner dans le confort rassurant de ma coquille.

Je m’éloigne de mes souvenirs et reviens à la réalité de ma nouvelle expérience. Je commande un plat typique, sur les conseils du sympathique serveur, un Baeckeofe. Je savoure mon repas, profitant de cet instant que je m’offre. Le premier week-end que je m’offre depuis bien longtemps, à moi, où je ne parlerais que de moi, et surtout que si j’en ai envie. Habituellement je travaille un week-end sur deux et je passe mes week-ends de libres chez mes parents. Avec les problèmes de mon père et la grossesse de ma sœur, il m’a fallu prendre sur moi, pour éviter de paraître complètement détachée des bonheurs et malheurs de ma famille. Oui je sais je suis horrible ! Au milieu de mon repas, le serveur s’arrête devant moi avec un verre de vin blanc.

— Oh je n’ai rien commandé…

— Non, effectivement Mademoiselle, c’est le Monsieur à la table tout au fond qui vous l’offre. C’est une très bonne bouteille, croyez-moi et ça ira parfaitement avec votre plat. Il m’a également laissé ce message pour vous.

— Vous êtes sûr ? D’accord, et bien merci beaucoup.

De ma table, je ne peux pas voir cet homme. En revanche, lui peut me voir si j’en juge par ce verre. Je regarde le petit mot plié en deux que le serveur a déposé à côté de mon verre.

« Belle demoiselle, vous avez enchanté ce repas ennuyeux. Si vous vous sentez l’âme aventureuse, contactez-moi au numéro ci-dessous. »