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Dan est un jeune garçon qui survit difficilement dans la société, son esprit est troublé par des idées noires, jusqu’au jour où un étrange personnage l’empêche de faire le grand saut et lui donne un médaillon étincelant. Emporté malgré lui par les évènements, son destin le conduira sur une île isolée remplie de mystères et de phénomènes étranges.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Victor Zolem est un jeune écrivain de vingt-sept ans, passionné depuis ses douze ans par l’écriture, il s’amuse à faire réagir les internautes sur divers forums en inventant des scénarios fantastiques. Inspiré par des écrivains comme Jules Vernes ou J. K. Rowling. Avec son imagination débordante, il traque les incohérences dans ses histoires pour s’approcher au plus près de la réalité.
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Seitenzahl: 356
Veröffentlichungsjahr: 2020
Victor Zolem
La légende oubliée & Le gardien du temps
Prologue
La légende oubliée
Jadis, il y avait sur notre Terre à l’intérieur d’une petite pièce sombre et isolée du reste du monde, un vieux grimoire posé en vrac sur une étagère. Ce grimoire, vieux de plus de 3000 ans, était en parfait état de conservation comme si rien ni personne ne pouvait l’abîmer.
Ce bouquin relatait l’histoire d’un honnête homme qui creusait le sable d’un grand désert pour retrouver une babiole qu’il avait fait tomber malencontreusement, mais il déterra à la place une puissante relique, enfermée à l’intérieur d’une petite boite métallique brillante. Étonné et curieux de ce qu’il venait de dénicher, il mit la boite dans une de ses poches et rentra chez lui, ne suspectant aucunement le pouvoir de l’objet qui s’y trouvait.
Une fois installé dans sa maison faite de briques semblables à la couleur du désert, il prit la relique pour l’admirer et remarqua que c’était en fait un médaillon, il était comme neuf et très brillant. L’homme l’enfila sans hésiter autour de son cou sans imaginer qu’il ne pourrait plus s’en séparer. Au bout de quelques heures, il ressentit des effets bizarres sur son corps et se rendit compte qu’il avait obtenu d’étranges pouvoirs, d’un claquement de doigts, il put créer des flammes et de la glace, ainsi que diriger le vent qui soufflait autour de lui, il était devenu un être surhumain. Ne voulant pas se faire prendre pour un sorcier aux yeux de son peuple et finir brûlé vif, il s’exila voyageant à travers le monde tout en apprenant à maîtriser ses pouvoirs.
Après quelques années passées à vagabonder, il tomba amoureux fou d’une jeune femme et décida de ne plus utiliser son médaillon pour ne pas l’effrayer, bien que ce dernier restât autour de son cou. Cette femme mit au monde deux garçons et mourut des suites du deuxième accouchement, rendant son époux triste durant des années, il éleva seul ses deux enfants jusqu’à sentir que son heure était proche.
Les deux fils, qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, étaient adultes le jour où l’homme au collier leur fit une confidence : il dévoila tout de son médaillon et montra les dix différents pouvoirs de celui-ci. Sachant qu’il allait bientôt disparaître, il dissocia sa relique en deux colliers distincts et les donna à sa descendance. Il s’en alla peu de temps après.
Les deux fils apprirent à contrôler leur médaillon respectif puis vécurent quelques années sans cacher les pouvoirs qu’ils avaient obtenus. Les histoires concernant ces deux dieux vivants firent le tour du monde.
Quatre ans après la mort de leur père, le frère cadet, avide de puissance, se mit à vouloir diriger les hommes, et détruisit plusieurs villes pour faire régner sa loi. Après les massacres, le frère aîné repassait derrière lui pour réparer les dégâts et rassurer les survivants. Les deux hommes furent nommés respectivement « Le Destructeur » et « Le Créateur ».
Voulant stopper la folie de son petit frère, le Créateur s’interposa entre lui et un village qu’il ciblait. L’injuriant de traître, le Destructeur l’attaqua sans pitié et une bataille débuta entre eux. Le combat dura plusieurs heures et se finit sur une victoire du frère aîné.
Le Créateur, conscient que la puissance des deux médaillons ne pouvait pas convenir à un seul homme, dissocia comme le fit son père auparavant les deux médaillons jusqu’à en obtenir dix différents. Les dix pouvoirs originaux furent isolés les uns des autres.
Le fils aîné qui était désormais seul chercha et trouva rapidement dix personnes de confiance, qui auraient la capacité de protéger ces médaillons. Il les emmena sur une île loin de tout, et un lieu fut bâti pour protéger ces dix reliques.
Ces dix hommes et femmes se nommèrent les gardiens.
Chapitre 1
L’homme qui changeait le destin
Dans un petit village de province en France, on pouvait entendre de jolies mélodies en tendant l’oreille. Elles provenaient d’une gare, les voyageurs habituels et occasionnels étaient accueillis par un jeune pianiste de vingt-cinq ans se faisant appeler Dan, il n’était pas le genre d’homme qui sortait du lot physiquement, bien qu’il ne fût pas moche, il était tout ce qu’il y a de plus banal.
Banal physiquement, oui, mais pour le reste pas vraiment. Dan n’avait aucun souvenir de son père, et sa mère l’avait jeté dehors lorsqu’il avait dix-huit ans, expulsé sans raison apparente, il s’était mis à survivre dans la société, oubliant tous ses objectifs de jeunesse.
Et même après sept années d’errance, il était toujours sans emploi ni logement. Il se faisait quelques petites pièces de monnaie en jouant sur son piano en bois. Le dicton « Métro, boulot, dodo » ne signifiait rien pour lui, il dormait la nuit dans un parc à proximité de la gare, le matin il allait acheter un sandwich à la boulangerie la plus proche avant de retourner dans sa routine.
Le directeur de la gare avait fait installer le piano il y a une dizaine d’années pour que les voyageurs puissent s’amuser et se détendre en entendant de la musique avant d’embarquer. Mais depuis quatre ans, il avait fait réserver ce piano à Dan, qui jouait du matin au soir pour décrocher quelques sourires ainsi qu’un peu de monnaie aux passants pressés.
Malgré sa joie de vivre apparente, Dan n’avait rien de quelqu’un d’heureux, il survivait lamentablement au fil des jours, des mois, et des années, errant sans but précis entre la gare et son parc. Il passait son temps à sourire aux inconnus car il ne voulait pas montrer un seul signe de tristesse. Ses seules armes pour lutter contre la vie étaient son beau sourire, ainsi que son talent pour le piano.
Une soirée d’été pluvieuse, aux environs de 23 heures, il venait de terminer sa journée identique aux autres, et se dirigea en direction du parc. Il marchait, le regard vide, en grignotant un paquet de chips qu’un petit garçon lui avait donné dans la soirée.
Mais contrairement à d’habitude, il ne se dirigera pas vers le banc sur lequel il dormait toutes les nuits mais continua sa route jusqu’à trouver un pont, qui donnait vue sur des rails quinze mètres plus bas. Il ne voulait pas endurer une journée de plus donc il monta sur le rebord glissant du pont. Il attendit quelques minutes sous la pluie, peu sûr de lui, ce n’était pas la première fois qu’il avait des idées noires, mais il n’avait jamais eu le courage de se lancer.
Soudain, une voix résonna à quelques mètres, un homme lui criait :
– Vas-y, saute !
Dan tourna la tête jusqu’à apercevoir une silhouette à plusieurs mètres de là, la pluie battait fort et le parc n’était pas éclairé, il distinguait uniquement un homme habillé d’une grande veste blanche, il portait une capuche et dissimulait au mieux son visage.
– Partez, laissez-moi tranquille ! hurla Dan pour couvrir le son de la pluie.
– Saute, je te dis ! reprit l’homme. Ta vie est tellement misérable, à quoi bon continuer à vivre dans ce monde qui te rejette ?
Dan plissa les yeux pour essayer de voir son visage plus précisément puis demanda :
– On se connaît ?
– Oui, je te connais mais ce n’est pas réciproque. Descends, la vie n’est pas si horrible.
– Qu’est-ce que vous racontez ? Tout est perdu, il ne peut plus rien m’arriver de bien.
– Dans ce cas, saute ! insista l’homme en blanc. Mais dépêche-toi, je n’ai pas toute la nuit !
Poussé à bout, le jeune suicidaire prit enfin son courage à deux mains et sauta dans le vide. Mais pour une raison que personne ne pourrait expliquer, il resta en l’air, en lévitation au-dessus des rails, avant de remonter doucement se poser sur le pont.
Dans l’incompréhension totale, Dan bafouilla en direction de l’homme :
– Que… C’est vous ? Que s’est-il passé ?
– Je t’ai maintenu en lévitation et je t’ai remonté.
– C’est impossible ! s’exclama Dan. Je dois être en train de rêver.
– Pourquoi cela serait-il impossible ?
– Parce que la gravité m’attire vers le sol, peu importe ce que vous pouvez dire, ce qu’il vient de se passer est contre nature, vous êtes quoi ? Une sorte de magicien ?
L’homme en blanc émit un léger rire avant de reprendre :
– Ce n’est pas parce qu’une chose n’est pas prouvée par la science qu’elle est impossible. Je ne suis pas vraiment un magicien mais appelle-moi comme tu le souhaites. Bref, j’ai toute ton attention maintenant ? demanda l’homme en s’approchant très légèrement, il voulait rester discret.
– Je vous écoute, affirma Dan. Que voulez-vous ?
– Ne veux-tu pas changer ta vie actuelle ?
– De quoi est-ce que vous parlez ? Comment pourrais-je changer ma vie ? Vous avez raison, je suis dans le pétrin et ma vie est nulle, si nulle que rien ne pourra la changer, il est trop tard.
Dan essayait tant bien que mal de discerner le visage de son sauveur, mais la tempête faisait rage et il ne voulait pas s’approcher. L’homme mystérieux demanda :
– Serais-tu prêt à tout recommencer à zéro ? Dès maintenant ?
– C’est impossible, affirma le jeune homme.
– Tu n’as rien à perdre, n’est-ce pas ? questionna-t-il.
Dan posa les yeux sur le sol et réfléchit :
« Qui est cet homme ? En quoi ma vie l’intéresse ? Et il dit qu’il me connaît, mais moi je ne connais personne… »
– Que me proposez-vous ? demanda-t-il.
L’homme avança en baissant un maximum sa capuche sur son visage, il mit la main dans une de ses poches et allongea le bras en direction de Dan. Entre ses doigts se trouvait une petite capsule transparente. Bien qu’il fît nuit, elle brillait légèrement, Dan n’avait jamais rien vu de semblable.
– Avale ça, ordonna l’homme en blanc.
– Quoi ? Mais… Vous êtes fou ! Qu’est-ce que c’est ? De la drogue ?
– Tu n’as rien à perdre, répéta l’encapuchonné.
– Ah oui ? Mais qui me dit que ça ne va pas me tuer sur le coup ?
– Je te rappelle que tu serais mort il y a une minute si je n’avais pas été là. Tu peux aussi me rendre cette pilule et retourner à ta routine habituelle.
Les deux hommes ne parlaient plus, Dan regardait le petit comprimé transparent tandis que l’homme en blanc continuait de cacher son visage.
– Bon… Pourquoi pas après tout.
D’un geste net et précis, Dan balança l’objet non identifié dans sa gorge et l’avala difficilement.
– Tu vois… Tu es encore vivant ! s’exclama l’homme en face de lui.
– Je… C’est tout ? Pourquoi il ne se passe rien ? s’étonna Dan.
– Sois patient.
À la suite de ces mots, l’homme au visage toujours dissimulé mit à nouveau une main dans sa veste et en sortit un collier. Il le donna à Dan en prononçant ces mots :
– Tu mets ce collier, ne l’enlève jamais, tu m’entends ? Jamais ! Ensuite tu attends, et ne pose pas de questions ! Fais-moi confiance.
Faire confiance à un inconnu qui vous fait avaler une pilule en pleine nuit ? Dan en était arrivé à se dire qu’il devait essayer. Sans dire un mot, il mit le collier autour de son cou, et tomba instantanément à genoux, comme frappé par la foudre, une douleur à la poitrine. Après avoir repris ses esprits, il regarda attentivement le médaillon.
Il était argenté, assez lourd, cinq centimètres de longueur environ. Triangulaire avec à chaque extrémité un petit cercle. Il y avait également un cercle en son centre qui lui était couleur ivoire. Il semblait neuf, sans aucune rayure ni aucune trace de doigt. Dan ne pouvait pas enlever son regard de ce bijou, il était comme attiré. En le retournant il vit une inscription au dos en son centre. Mais il ne pouvait pas déchiffrer ce qu’il y avait d’écrit. Cet alphabet ne lui disait rien, c’était une langue étrangère.
– Qu’est-ce que ça signifie ? questionna Dan tout en levant les yeux.
Mais il n’y avait personne, l’homme étrange avait profité de sa distraction pour fuir. Après avoir regardé autour de lui, Dan, épuisé, partit se coucher sur son banc légèrement protégé de la pluie. Mais malgré la fatigue, ce qui venait de se passer le perturbait, il n’arrivait pas à s’endormir.« Qui était cet homme ? », « Qu’est-ce que j’ai avalé ? », « Tout cela était-il bien réel ? ». C’était le genre de question qu’il se posait.
Il regarda de nouveau le collier qu’il venait d’obtenir en se demandant si cela avait de la valeur marchande. La pluie s’était arrêtée et le silence se faisait entendre, pas un souffle de vent pour remuer les feuilles des arbres. Plongé dans ses pensées, il ne remarqua pas le bruit inexistant qui l’entourait. Après plus d’une heure de gesticulation mentale, il s’endormit finalement d’épuisement.
Derrière le banc, quelques mètres plus loin. L’homme en blanc regarda une dernière fois le jeune homme endormi et prononça les mots : « Bonne chance. »
Chapitre 2
Île perdue et stupéfaction
Le vent qui soufflait réveilla Dan quelques heures plus tard, le soleil était à peine levé et il était un peu vaseux suite à sa courte nuit, il s’empressa de jeter un coup d’œil à son collier pour s’assurer qu’il était encore présent. En voyant l’objet brillant et métallique autour de son cou, il lâcha un soupir. Dan était soulagé mais sa joie ne fut que de courte durée.
En relevant la tête, il entendit une voix féminine proche de lui :
– Enfin réveillé, ce n’est pas trop tôt.
C’était une femme brune d’une trentaine d’années, les cheveux mi-longs qui se posaient sur ses épaules. Une belle femme assurément, mais qui avait un regard dur malgré son petit sourire en coin.
– Qu’est-ce que c’est encore ? soupira Dan de nouveau. Qui êtes-vous ?
Dan remarqua qu’elle portait une veste ressemblante à celle de l’homme qu’il avait vu la veille.
– Je suis venu te chercher, on m’a dit que tu étais le nouveau gardien. Dépêche-toi de me suivre.
– Le nouveau quoi ? Gardien ? De quoi parlez-vous ?
– Le collier que tu as autour de ton cou, tu l’avais déjà hier ou est-il apparu comme par magie ? Ou alors quelqu’un t’en a fait don ?
– Euh… Un homme me l’a donné cette nuit, vous savez ce que c’est ? Qui êtes-vous ? répéta-t-il.
La femme ignora la question de Dan, elle reprit :
– Je vois… Maintenant que tu possèdes cet objet, tu es un gardien, la personne qui te l’a donné ne t’a pas expliqué ? dit la jeune femme surprise.
– Quoi ? Non pas du tout, je ne comprends rien à ce que vous me dites !
Dan commençait à regretter l’obtention de cet objet qui lui attirait déjà des ennuis.
– D’accord, d’accord, calme-toi ! Je me présente, je m’appelle Karine et je suis comme toi, une gardienne. Mais je ne peux pas tout t’expliquer ici, tu dois me suivre.
– Pourquoi je devrais vous croire sur parole et vous faire confiance ?
Karine ouvrit son manteau, laissant apparaître un collier, ainsi qu’un petit décolleté.
– Tu vois ? Suis-moi maintenant… Même si je ne comprends pas comment un gardien a pu te remettre son médaillon sans plus d’explications, marmonna-t-elle.
– C’est presque le même collier…, dit le jeune homme en posant les yeux sur celui de la jeune femme.
Il ressemblait quasiment au sien, seule la couleur centrale violette pouvait différencier les deux.
Dan s’approcha et tenta d’attraper le collier pour le regarder de plus près. Mais Karine frappa violemment la main du curieux.
– On ne touche pas ! cria la jeune femme.
– D’accord, désolé. Où allons-nous dans ce cas ?
– En Amérique, affirma-t-elle sèchement.
– Quoi ? Aussi loin ? Pourquoi ?
Karine leva les yeux au ciel avant de répondre d’un ton exaspéré :
– Pourrais-tu, s’il te plaît, arrêter de me poser des questions, je t’ai dit de me suivre, ensuite quand on sera arrivé, je te répondrais.
Dan se tut et suivit la jeune femme un peu contre son gré.
Le jeune homme n’avait jamais pris l’avion. Il n’était jamais parti en vacances non plus. Sa mère avait du mal à joindre les deux bouts quand il était jeune. En marchant dans les pas de Karine, il se demandait si sa vie allait vraiment changer. Et si c’était le cas, serait-elle mieux que la précédente ?
Ses pensées se dissipèrent lorsqu’il aperçut la sortie du parc, une voiture noire avec les vitres teintées était stationnée. Un homme au costume aussi noir que le véhicule se tenait devant. Il les attendit et ouvrit la porte à l’arrière pour laisser monter tout d’abord Karine. Puis en voyant Dan, il le salua avec un petit : « Enchanté, Monsieur. »
C’était la première fois de la vie de Dan qu’on l’appelait Monsieur, il n’avait pas l’habitude d’être pris au sérieux. Surpris, il ne le remercia même pas et monta dans le véhicule. Ses pensées étaient de plus en plus confuses mais Karine reprit la parole en le voyant perturbé :
– Tu ne m’as pas dit, comment tu t’appelles ?
– Vous venez me chercher, et vous ne savez même pas qui je suis ? interrogea Dan.
– La seule personne qui te connaît est la personne qui t’a fait don de ce médaillon, c’est quasiment une certitude.
– Vraiment ? Mais je n’ai pas de famille, ni d’amis… Mon nom est Dan, Dan Colz.
– Colz ? C’est un nom étrange.
– C’était le nom de mon père, du moins c’est ce que ma mère m’avait dit. Je ne l’ai pas connu, et d’après ma mère il a disparu lorsque j’avais quatre ans, je ne me souviens pas l’avoir déjà vu.
– Désolée. Dis-moi, l’homme qui t’a donné ce collier, à quoi ressemblait-il ?
En prononçant ces mots, Karine avait pris un air sérieux, elle donnait l’impression d’attendre la réponse avec impatience.
Dan la regarda puis baissa les yeux en répondant :
– Je ne sais pas, je n’ai pas vraiment vu son visage, il faisait tout pour le cacher. Je pense qu’il avait entre trente et quarante ans, et je n’en suis même pas sûr. Je ne sais même pas pourquoi il m’a donné ça, il me l’a donné, juste comme ça.
– Juste comme ça, sans raison ?
Il pouvait voir sur le visage de la jeune femme qu’elle ne s’attendait pas à ce genre de réponse, elle semblait déçue.
– Il m’a juste dit que ça allait changer ma vie, il m’a aussi fait avaler un petit truc blanc, une sorte de capsule. Mais il ne m’a pas dit ce que c’était.
– Une capsule ? Je ne comprends pas… Je n’ai jamais entendu parler d’une telle chose. J’en parlerai à Erwin.
– Erwin ? Qui est-ce ?
– Ton nouveau supérieur hiérarchique, mais ne parlons pas de ça, je t’ai déjà dit que je t’expliquerai tout une fois arrivés. Maintenant, tais-toi, je ne veux plus t’entendre avant que l’on soit arrivés à l’aéroport.
– Mais je n’ai pas de papiers, ni de passeport !
Karine ne répondit pas et lui jeta un regard froid, qui signifiait à coup sûr qu’il devait se taire. La gare était en vue et la voiture s’arrêta, le conducteur resta dans le véhicule et laissa le couple se diriger tout seul vers la gare. Le peu de passants regardait avec insistance la tenue inhabituelle de Karine. La voiture repartit ensuite. À l’intérieur de la gare, Dan marqua une pause.
– Quelque chose ne va pas ? demanda Karine.
Il fixait le piano qui l’avait aidé à survivre depuis des années, après tout, c’était sa seule attache. Il se demandait si tout prenait fin maintenant. Ou si tout commençait au contraire.
– Non rien, continuons.
– Bonjour Monsieur, dit un autre homme habillé en noir qui venait d’arriver. Veuillez me suivre.
Il les conduisait vers un petit train, juste trois wagons. Et il monta à la place du conducteur tandis que Dan suivait Karine à l’arrière du train qui démarra quelques minutes plus tard. Pendant le trajet, Karine prit son médaillon dans les mains et ferma les yeux. On aurait dit qu’elle était ailleurs, que rien ne pouvait l’atteindre comme si elle était entrée dans un état profond de méditation. Cela avait duré environ trente minutes, ensuite elle relâcha son collier et fit un sourire à Dan.
– Qu’est-ce que vous venez de faire ? demanda Dan.
– Rien qui ne puisse t’intéresser. Du moins pour le moment. Dis-moi, quand tu as reçu ce médaillon, l’homme qui te l’a donné ne t’a rien dit le concernant ?
– Non, mais il a utilisé un pouvoir bizarre, il m’a fait léviter dans les airs.
– Léviter ? Tu es sûr de toi ?
– Je ne comprends toujours rien à ce qui se passe et ça commence à sérieusement me gonfler, râla Dan.
– Pour le moment, tout ce que tu dois savoir, c’est que tu ne dois pas retirer ton médaillon, garde-le toujours autour de ton cou. Si jamais tu le perdais, les conséquences seraient dramatiques pour tout le monde. Maintenant repose-toi, une longue journée t’attend et nous arriverons à l’aéroport dans une heure.
– Je ne suis pas fatigué, affirma-t-il.
Pour donner suite à cette phrase, Karine posa une main sur l’épaule de Dan qui se mit à fermer les yeux doucement. Pendant qu’il s’endormait sans s’en rendre compte, il vit que le centre du médaillon de la femme était en train de briller légèrement. Puis il sombra dans un profond sommeil jusqu’à l’arrêt du train.
Karine fit entendre sa voix pour réveiller le dormeur, il ouvrit les yeux et se leva brusquement en criant :
– Que m’avez-vous fait ? ! Vous m’avez hypnotisé ? !
– Pour la trentième fois, pas de questions, dit-elle en levant les yeux vers le ciel. On est arrivé, l’avion nous attend donc ne reste pas là !
Dan ne bougeait pas, il fixait Karine l’air mécontent.
– Hors de question que j’aille plus loin tant que je n’ai pas des réponses. Je veux au moins savoir ce que sont ces colliers et comment vous m’avez endormi à mon insu.
En voyant la détermination du jeune homme borné, elle se décida à lui répondre en soupirant :
– Très bien.
Elle regarda discrètement autour d’elle avant de commencer ses explications. Elle ne voulait pas être écoutée, puis reprit la parole :
– Le collier que j’ai autour de mon cou est le médaillon de la sagesse. Le tien est le médaillon du temps. Ce sont deux reliques créées dans des temps anciens, il y en a dix au total. Et ils ont chacun des pouvoirs différents, je t’ai endormi en agissant directement sur tes sentiments et ton cerveau. Maintenant suis-moi si tu veux en savoir plus.
– Quoi ? Haha, vous délirez complètement, vous vous croyez dans un conte de fées ?
Bien qu’il rigolât, Dan était nerveux. Disait-elle la vérité ? Il suffisait de la suivre pour le savoir.
– Au point où j’en suis… Je vous suis.
Une fois éloignés du train, ils arrivèrent à l’aéroport et ce fut le même scénario, un homme en costume les attendait, il les salua et marcha vers un jet privé. Dan était fasciné par l’engin qu’il avait devant lui, c’était un avion de dernière génération, le genre qui coûte plusieurs dizaines de millions. Il ne disait pas un mot et se contentait de suivre son hôte à l’intérieur.
L’homme en noir s’installa aux commandes de l’appareil tandis que Karine incita son invité à s’installer et à profiter du voyage. Tandis qu’elle était partie chercher de quoi manger, Dan observait son pays, anxieux de voyager pour la première fois de sa vie.
L’avion décolla et Karine se posa en face de Dan en lui lançant une pomme ainsi qu’une bouteille d’eau.
– Mange, tu dois avoir faim. Et nous en avons pour plusieurs heures de vol.
– Tant que vous ne m’endormez pas de nouveau, je n’y vois aucun inconvénient, dit-il en attrapant la bouteille ainsi que la pomme. Où allons-nous exactement en Amérique ? J’ai le droit de savoir ça au moins ?
Karine regardait par le hublot pendant que Dan croquait la pomme juteuse à pleines dents, n’ayant rien mangé depuis la veille.
– Nous allons dans les Bermudes, sur une petite île. Tu as sûrement déjà entendu parler du triangle des Bermudes ?
– Oui bien sûr, il paraît qu’il faut éviter cette zone au maximum si on est en bateau, car beaucoup de navires disparaissent à cet endroit.
– Tu es bien renseigné, les avions aussi sont touchés par ces disparitions. Où est-ce que tu as appris ça ?
– C’est assez connu comme endroit, on raconte même qu’un bateau fantôme se balade sur les eaux à la recherche d’âmes à prendre, affirma Dan. Mais on ne va pas vraiment là-bas, rassurez-moi ?
La femme au collier pouffa de rire :
– Sans rire, tu crois vraiment à ces histoires à dormir debout ? C’est vraiment n’importe quoi.
– Ne vous moquez pas de moi, je sais que c’est des rumeurs, mais vous êtes sérieuse ? Qu’est-ce qu’on irait faire là-bas ?
– Je ne peux pas t’en dire plus. Mais ne t’en fais pas, tu sauras bientôt tout ce que tu dois savoir.
Le temps passait, et les deux gardiens ne se parlaient plus. L’ambiance n’était ni tendue, ni détendue. Dan regardait avec admiration son médaillon tandis que Karine le fixait lui. Comme si elle essayait de lire dans ses pensées. Soudain un téléphone sonna, c’était celui de Karine, évidemment car Dan n’en avait pas. Elle n’était pas très loquace, les seuls mots qui étaient sortis de sa bouche étaient : « Oui, il est avec moi », « nous sommes en route », « aucune idée ».
Puis elle raccrocha, le jeune homme hésitait à poser encore des questions, mais il avait compris qu’il devait prendre son mal en patience. Après une longue attente, l’avion allait enfin atterrir, ils pouvaient apercevoir une petite île en dessous d’eux, et sur cette île une base militaire bien défendue.
– Une base militaire ? Au milieu de nulle part ? s’exclama Dan peu rassuré. Qu’est-ce qu’une base militaire fait ici ?
– Tais-toi, ordonna Karine.
Puis l’avion se posa, le pilote ne bougeait pas et Karine se leva. Elle fit signe avec sa tête à Dan pour qu’il la suive, ils sortirent en silence. Il y avait de la tension dans l’air, plusieurs soldats étaient autour de l’avion, et un homme en uniforme avançait vers eux.
Il avait environ une cinquantaine d’années. Il souriait, et entama la discussion :
– Bonjour, ravi de vous revoir Mademoiselle, enchanté de vous rencontrer Monsieur. Puisse votre tâche être menée à bien. Veuillez me suivre je vous prie.
Dan était trop intimidé pour répondre. Une tâche ? De quoi parlait-il ?
Ils suivirent le soldat qui les emmenait dans la base. Le bâtiment était très large mais pas très haut, probablement pour ne pas attirer l’attention sur l’île. C’était impressionnant, il y avait des dizaines de gardes pour surveiller l’entrée. Une fois à l’intérieur, les trois personnes marchèrent en silence durant cinq bonnes minutes avant d’arriver à un ascenseur. Dan entra le premier et regarda les boutons sur sa gauche. C’était étonnant, les étages allaient de 2 à -50. Était-ce seulement possible d’aller aussi bas ?
Dan pensa à voix haute :
– Heureusement que je ne suis pas claustrophobe.
– Hahaha, on dirait que tu sais parler finalement gamin ! dit le soldat en appuyant sur le dernier bouton.
– Restez à votre place sergent Cortez ! s’énerva Karine. Vous n’avez pas à parler sur ce ton à un gardien.
– En effet, excusez-moi, reprit-il en supprimant son sourire.
L’ascenseur descendait encore et encore, on aurait dit qu’il se dirigeait droit vers l’Enfer. Dan tremblait, il ne savait pas à quoi s’attendre. Qu’allait-il trouver tout en bas ? La voix de l’homme en blanc qui lui avait donné le médaillon résonnait dans sa tête.
« Tu n’as rien à perdre. »
L’ex-pianiste de gare, qui en moins de 24 heures se retrouvait dans l’une des bases militaires les plus défendues au monde, tout en étant d’après ce qu’il avait compris, plus haut gradé qu’un sergent dans l’armée. Ses pensées se bousculaient tandis que la descente infernale lui paraissait éternelle. L’arrêt brusque de la machine le tira hors de ses pensées. Il y eut un petit bruit pour annoncer l’arrivée de la cage de fer.
« Ting. »
Chapitre 3
Sanctuaire et isolation
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent lentement, laissant apparaître un petit couloir d’une dizaine de mètres, les murs métallisés et gris rendaient l’endroit très froid. On pouvait juste percevoir une petite lampe au plafond qui éclairait légèrement ce couloir étrange. Tout au fond se trouvait une porte.
Les deux gardiens avançaient, précédés par le sergent qui ouvrit la porte non verrouillée. Le militaire s’arrêta là et laissa entrer les deux jeunes gens. Puis il referma la porte dans un léger grincement, sans passer de l’autre côté.
– Il ne vient pas ? questionna le jeune homme.
– Cet endroit est strictement interdit à ceux qui ne sont pas gardiens. Mais au lieu de poser des questions, regarde plutôt ça.
Ils étaient dans une sorte de petit passage, un sas isolé d’un mètre sur un mètre, où il y avait juste la porte d’où ils venaient, ainsi qu’une porte juste en face avec une inscription dessus. On pouvait lire « Entrée interdite » au-dessus de celle-ci.
Dan se demandait ce qu’il pouvait bien y avoir derrière, cela devait être incroyable vu la protection qui était faite pour ne laisser entrer personne. Il regarda Karine, impatient de découvrir ce qui ne doit pas être découvert.
– Après toi, dit-elle en souriant.
Il fit juste un pas pour accéder à la poignée et l’actionner, la porte était si lourde qu’il eut du mal à l’ouvrir. Une fois ouverte, il ferma les paupières instinctivement suite à la luminosité ambiante et il laissa le temps à ses yeux de s’habituer avant de regarder autour de lui.
La salle où il se trouvait était gigantesque, environ 20 mètres de hauteur, 25 mètres de largeur pour 40 mètres de long. Les murs étaient légèrement brillants mais il n’y avait pas de lampes apparentes, l’endroit paraissait irréel. Les murs étaient d’un blanc immaculé et Dan ne savait pas s’il devait être effrayé ou admiratif devant une telle chose. Il ne pouvait pas dire en quelle matière étaient composés le sol, le plafond ainsi que les murs. La pièce paraissait vide à cause de son immensité, mais en regardant de plus près, il pouvait voir sur sa gauche plusieurs portes. Ainsi que deux sur sa droite également.
Tout au fond de la pièce se situait une sorte de voûte comme dans les églises, et un écran de fumée noir flottait à l’intérieur de cette voûte. Devant cet édifice il y avait un homme. Dan n’en voyait pas plus à cette distance. Après avoir retrouvé ses esprits, il fut rappelé à l’ordre par Karine :
– Hey, ça va ?
– Où suis-je… Où sommes-nous plutôt ?
– Te voici dans le sanctuaire des gardiens, c’est ici que tu auras les réponses à toutes les questions que tu te poses, affirma-t-elle en commençant à avancer.
Dan reprit son chemin en suivant la jeune femme de près, tout en écoutant ses paroles :
– À notre droite, la première porte, c’est la cuisine, on reçoit de la nourriture tous les mois. Ce sont les frères Jones qui s’occupent de cuisiner pour nous.
– Les frères Jones ? répéta Dan.
– Tony et Walter Jones, ce sont des gardiens eux aussi, seuls les gardiens peuvent venir ici, donc ils se sont improvisé cuisiniers. Tu feras sûrement la connaissance de ces deux énergumènes dans la journée. La deuxième porte à droite est la salle à manger. Puis tu as aussi…
– Tu veux dire que je vais vivre ici, avec vous ? interrompit Dan.
– Oui, en effet, tu n’as pas le choix, au moins tu ne dormiras plus dehors.
L’homme au fond de la salle les fixait pendant qu’ils approchaient lentement. Il regardait plus exactement Dan, de haut en bas.
– Je disais donc, à ta gauche, tu as les quartiers des dix gardiens : Chambre, salle de bains, etc. Tu auras bientôt l’occasion d’aller te reposer, j’aimerais que tu rencontres Erwin d’abord, le chef de ce sanctuaire.
– C’est un gardien lui aussi ?
– Je viens de te dire qu’il n’y a que les gardiens, et uniquement eux, qui peuvent venir ici. Tu as intérêt à bien écouter par la suite, Erwin déteste se répéter.
Une fois arrivé devant l’arche en pierre au bout de la pièce, Dan remarqua qu’il y avait une phrase gravée dans la roche, c’était la même écriture que sur son médaillon. Il demanda à Karine de traduire, ce qu’elle fit :
« Seul le détenteur du pouvoir peut passer de l’autre côté. »
Puis il se focalisa plutôt sur l’homme devant lui : Un homme à la peau noire, belle carrure sportive, la tête rasée ou chauve, environ trente ans. Il était très grand et avait un air antipathique. Dan pouvait apercevoir les chaînes de son médaillon autour de son cou, qui était caché sous ses vêtements. Il était décontracté et avait sa main droite dans la poche.
– Je te présente Jack, gardien du médaillon de la gravité, et accessoirement, protecteur du sanctuaire, il est chargé de surveiller les arrivées et les sorties ici, c’est un peu son passe-temps favori.
– Enchanté, salua Jack d’une voix grave. Ravi de te connaître, nouveau gardien du temps, j’espère que tu seras à la hauteur. J’imagine que tu as un prénom comme tout le monde ?
– Je m’appelle Dan, enchanté également. Même si j’ai du mal à comprendre tout ce qui se passe ici…
Dan tendit sa main droite pour saluer l’homme en face de lui, mais ce dernier laissa sa main dans sa poche.
– Ne t’en fais pas petit, ça va bien se passer ! dit-il en mettant sa main gauche sur l’épaule du jeune homme, méfiant.
Suite à ce geste, Dan s’écroula sur ses genoux, il avait l’impression qu’un éléphant lui était tombé dessus. Il regarda Jack, apeuré.
Karine aida son nouvel ami à se relever en prenant la parole :
– Sois gentil avec lui, mets-toi à sa place.
– Hahaha, qu’il est faible ! ricana le gardien de la gravité.
– Bon, où est Erwin ? Je veux lui présenter notre nouvelle recrue.
– Il sera déçu en te voyant débarquer avec ce nabot. Il est dans la bibliothèque depuis hier soir, on ne l’a pas vu depuis.
– Encore dans ses bouquins… C’est parti alors.
Jack se déplaça sur le côté pour laisser passer les deux jeunes gens. Karine traversa l’écran de fumée noire, confiante. Tandis que Dan n’osait pas avancer. Jack le rassura :
– Tu ne crains rien, tant que tu n’as pas volé le médaillon que tu as autour du cou en tout cas. Ce portail sert à détecter les intrus.
– Et si je suis perçu comme un intrus, que va-t-il se passer ? marmonna Dan.
– D’après ce qu’on raconte, les gens qui ne sont pas des gardiens meurent en passant dans cette fumée. Mais tu n’as rien à craindre, n’est-ce pas ?
– O-oui…
Il avança prudemment et finalement rien ne se passa. Ils étaient passés tous les deux, Dan lâcha un soupir de soulagement et observa de nouveau les alentours. Cette fois, il se trouvait dans un couloir long de 200 mètres, il y avait plusieurs portes de nouveau, cinq sur la gauche et cinq sur la droite. Sur chaque porte pouvait être aperçue une inscription.
Dan remarqua que la deuxième porte sur la gauche portait la même inscription que sur son médaillon, il demanda sans hésiter :
– Qu’est-il écrit sur cette porte ?
– « Temps », répondit Karine. Chaque médaillon a une salle attitrée.
– Donc je suis le seul à pouvoir entrer dans cette salle ?
– Ce n’est pas ce que j’ai dit. Si tu entres dans la salle de ton médaillon sans en contrôler les pouvoirs, tu te diriges vers une mort certaine. Je te conseille de ne pas y mettre les pieds, du moins pour l’instant.
Dan serra son collier dans les mains, se demandant quand il pourrait utiliser les fameux pouvoirs dont elle parlait. Vers le fond du couloir, il y avait l’unique porte en bois du sanctuaire, devant laquelle se tenait encore un autre homme. Plus petit cette fois, il avait des traits asiatiques et était assis sur une chaise en train de lire un gros livre. Le nouveau gardien du temps décida de s’imposer un peu, moins intimidé par l’homme qu’il avait face à lui, il prit l’initiative de se présenter, tout en tendant sa main droite.
– Bonjour, Dan, gardien du temps. Enchanté ! dit-il en fixant l’homme dans les yeux.
Le lecteur leva les yeux, surpris :
– Tu m’as fait peur… Dan, c’est ça ? Moi c’est Akio, gardien de la lévitation, affirma-t-il en lui serrant la main. Je suis aussi le gardien de la bibliothèque. Personne ne peut y mettre les pieds sans mon autorisation. C’est Erwin qui m’a nommé à ce poste, de toute façon, il n’y a pas beaucoup de choses à faire ici, il faut bien s’occuper !
Il avait un accent léger et parlait d’une voix calme et très lente.
– Erwin est là-dedans ? abrégea Karine. On peut entrer ? Ou sinon dis-lui de sortir.
– Je n’aime pas laisser entrer ceux qui ne viennent pas pour lire, mais exceptionnellement, j’accepte, histoire que tu puisses montrer à Dan le lieu où l’on range nos archives.
Akio se déplaça sur le côté laissant Karine entrer la première, suivie de Dan qui en profita pour observer le collier du gardien qu’il venait de rencontrer.
Il était semblable à ceux qu’il avait déjà vus, il y avait uniquement la couleur qui changeait ainsi que son emplacement, la couleur apparente était le rose et se situait en haut à gauche du médaillon. Au fond de lui, le jeune homme pensa : « Du rose ? Heureusement que je n’ai pas eu celui-là. »
Il s’apprêtait à passer la porte, quand soudain, un cri se fit entendre derrière eux. Ce n’était pas un cri compréhensible, c’était un bruit sourd, un cri d’effroi, de douleur et de folie. Dan s’arrêta net tandis que Karine continua sa route sans y prêter attention. Voyant la détresse de Dan, le gardien de la lévitation le rassura :
– Ce n’est rien, affirma Akio. Fais-moi confiance, dépêche-toi d’entrer.
Les deux hommes se fixèrent, Dan avait compris qu’il ne devait pas poser de question, il termina sa traversée vers la bibliothèque tandis que la porte se referma dans un claquement.
La pièce était, contrairement aux autres, tout à fait normale, les murs étaient en pierre, et le plafond ne dépassait pas les trois mètres de hauteur. Une odeur de bois et de vieux livres survolait la pièce, une centaine de vieux bouquins poussiéreux étaient posés sur des étagères, sûrement là depuis des centaines d’années. Dan suivait Karine qui commençait à emprunter un escalier. Au premier étage, il y avait le même rangement avec tout autant de livres. Karine continuait son ascension à la recherche d’Erwin. Ils montaient, un étage, puis deux, puis trois…
– Combien est-ce qu’il y a d’étages ? demanda Dan qui commençait à fatiguer.
– Six, affirma la jeune femme. Mais le dernier est interdit d’accès, sauf pour Erwin.
– Je ne comprends pas, c’est un gardien aussi non ? Pourquoi est-il votre chef si vous avez le même rang ?
– Il est le plus expérimenté et il faut bien un chef pour faire régner l’ordre, on t’expliquera un peu plus tard.
Encore des explications qui devaient attendre, les informations qu’il attendait d’obtenir commençaient à se multiplier. Une fois arrivés au cinquième, Karine cria pour se faire entendre du haut de la bibliothèque. Puis après quelques secondes d’attente, ils entendirent une porte se déverrouillant. Et les pas d’une personne qui descendait les rejoindre.
C’était un vieil homme, Dan lui donnait au moins soixante-dix ans. Il avait des cheveux blancs, courts, une moustache, ainsi qu’une légère barbe tout aussi blanche que sa chevelure. Il laissait apparaître son médaillon ainsi qu’une clef accrochée à la chaîne de celui-ci. Probablement la clef du sixième étage. Dan fixa le collier du vieil homme : Il était blanc, un blanc pur, il n’y avait que la forme qui était similaire à son propre médaillon.
L’homme fit un sourire à Dan et lui tendit sa main droite pour le saluer.
– Quel honneur de rencontrer un gardien du temps, ça fait un bail qu’on n’en a pas vu par ici ! Enchanté de te connaître jeune homme, mon nom est Erwin Dust. Quel accoutrement également, il va falloir te changer, tu ne peux pas rester dans cette tenue.
En effet, Dan n’avait pas changé de vêtements depuis la veille et n’avait pas beaucoup d’habits, il était sale mais n’y pouvait rien. Erwin était un homme charismatique, Dan se sentait intimidé par sa seule présence. C’était le genre d’homme qui pouvait faire taire une assemblée en un claquement de doigts avant de prononcer un discours. En baissant la tête pour voir la main du vieil homme et tendre la sienne à son tour, Dan remarqua qu’il lui manquait l’annulaire et l’auriculaire. Sur le majeur de la même main se trouvait un anneau argenté avec des inscriptions minuscules et illisibles.
– En-enchanté Monsieur Dust, je suis Dan, Dan Colz !
Il attrapa la main de l’homme en retour, et le sourire s’effaça du visage d’Erwin.
– Dan… Colz ? Tu dis ? C’est bien ce que tu as dit n’est-ce pas ? Colz ?
Sa voix était d’un ton calme, mais il serrait la main du jeune homme frénétiquement, comme agacé par ce qu’il venait d’entendre.
– Oui Monsieur ! Mais vous me faites mal, lâchez-moi s’il vous plaît, se plaignit Dan.
Karine était sur le point d’intervenir, quand Erwin ouvrit ses trois doigts et laissa Dan dégager sa main. Il reprit gaiement, en affichant de nouveau un sourire en coin.
– Désolé petit, c’est un nom peu courant que tu as là. Tu le tiens de ton père j’imagine ?
– Vous réagissez bizarrement, comme si vous le connaissez, vous savez où il est ? ! répondit Dan, enthousiaste.
– Non, non, ne te méprends pas, j’ai en effet connu un « Colz » autrefois, mais il n’était sûrement pas de ta famille, sois en sûr.
Dan était perplexe, sa réaction n’avait rien de normal.
– Très bien, si vous le dites.
– Au fait, reprit le vieil homme. Ne m’appelle plus jamais Monsieur, c’est Erwin pour tout le monde ici, je ne suis pas si vieux que ça ! Maintenant, va chercher de quoi manger dans la cuisine et va te reposer. Demain est un grand jour pour toi. Tu connais le chemin ?
Il affirma que oui d’un signe de la tête et s’en alla.
Tandis qu’Erwin reprit la parole en s’adressant à la jeune femme :
– Bon, tu lui as tout expliqué ? Les médaillons, les pouvoirs ainsi que notre devenir en tant que gardiens ?
– Pas vraiment, répondit la fille. Je me suis dit qu’on lui apprendrait tout ça demain, quand nous serons tous réunis autour d’un bon petit plat.
– Comme tu veux, et son médaillon du temps, tu as réussi à lui extorquer des informations ? Qui le lui a donné ?
– Il ne sait pas, l’homme qui lui a fait don de son médaillon cachait son visage, donc Dan n’a pas réussi à le voir. Cela reste un mystère pour le moment. Mais il m’a précisé aussi que ce même homme a utilisé un pouvoir de lévitation sur lui.
Erwin fronça les sourcils, septique :
– Vraiment ? Tu penses que Akio est derrière tout ça ?
– Je ne pense pas. Il n’a pas bougé du sanctuaire ces derniers jours, affirma Karine.
– Je ne comprends pas ce qu’il se passe, il va falloir tirer cette affaire au clair, laissons Dan en dehors de ça, les prochains jours vont être épuisants pour lui.
Karine opina et le salua avant de lui tourner le dos, lorsqu’une chose lui vint à l’esprit :
– Au fait ! J’allais oublier, mais il m’a dit que l’homme qui lui a donné son médaillon lui a également fait avaler une sorte de capsule transparente, sans explications. Tu sais de quoi il parlait ?
Erwin s’apprêtait à répondre lorsque finalement, il s’abstint et répondit simplement par :
– Non, aucune idée.
