La liberté nous écoute - Pierre-Yves Gomez - E-Book

La liberté nous écoute E-Book

Pierre-Yves Gomez

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Beschreibung

Le mouvement social autour de la loi Taubira en France a révélé une nouvelle exigence de liberté susceptible de renouveler la société. L’auteur dessine ici les contours de l’« écologie humaine » au service de tout l’homme et de tous les hommes. Une analyse lumineuse pour comprendre les transformations sociétales en cours.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Économiste, Pierre-Yves Gomez est professeur à l’emlyon business school, où il dirige depuis 2003 l’Institut français de gouvernement des entreprises. Il a participé aux débats et aux réformes de la gouvernance d’entreprise en France, et tient depuis 2008 une chronique sur ce sujet dans le journal Le Monde.

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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Pierre-Yves Gomez

La liberté nous écoute

Pour une écologie humaine

Entretien avec Claire Villemain

Conception couverture :

© Christophe Roger

Photo couverture :

© François-Régis Salefran

Composition : Soft Office (38)

ISBN : 978-2-36969-009-2

© Éditions Quasar, 2013

89, bd Auguste Blanqui – 75013 Paris

www.editionsquasar.com

Présentation

À partir de l’automne 2012, la France a connu une vague de contestation d’une durée, d’une ampleur et d’une puissance inédites dans ce pays depuis des décennies. Elle s’opposait à la loi proposée par le ministre de la justice Christiane Taubira, dite du « mariage pour tous », ouvrant le mariage et l’adoption plénière aux couples de même sexe.

Parti de province en octobre 2012, ce mouvement social pacifique s’amplifie sur les réseaux sociaux, lors de réunions locales et enfin dans la rue : le 13 janvier, puis le 24 mars 2013, des centaines de milliers de manifestants, dont beaucoup de jeunes, se retrouvent à Paris et dans de nombreuses villes françaises. Très mal décryptée par les médias, méprisée par les partisans de la loi, réprimée parfois durement, la contestation ne faiblit pas. Une pétition de plus de 700 000 signatures est déposée le 15 février 2013 au Conseil économique social et environnemental, mais elle est considérée comme irrecevable par les autorités. Dans un climat tendu, la loi est votée le 23 avril et promulguée le 18 mai 2013, donnant lieu à une nouvelle manifestation géante à Paris, le 26 mai.

Dans un contexte économique et social durement affecté par la crise, ce mouvement social constitue un phénomène politique totalement nouveau dans le paysage français. Il a débouché sur une floraison d’engagements, de débats et d’initiatives citoyennes, dont le Courant pour une Écologie Humaine. Dans l’entretien qui suit, réalisé en juin 2013, la journaliste Claire Villemain interroge Pierre-Yves Gomez, universitaire, l’un des initiateurs de ce courant.

L’éditeur

Une société en mouvement

La France vient de vivre un mouvement social d’une ampleur et d’une durée historiques. Mais pour quel résultat, si ce n’est une nouvelle fracture sociale dans le pays ?

Non, ce n’est pas une fracture. Dire cela supposerait qu’une partie de la France s’est battue contre l’autre, ce qui n’a jamais été le cas. Il est plus exact de dire qu’une partie de la France s’est mise à bouger, tandis que l’autre est restée assez indifférente. Mais on n’a pas vu d’opposition frontale et la France n’a pas été coupée en deux. La société française commence à s’éveiller et tout le monde ne le fait pas au même rythme. Ceux qui ont manifesté ont initié un mouvement social non pas contre les autres mais en avance sur les autres.

On a comparé ce mouvement social à celui de Mai 68, en disant qu’il s’agissait d’un « contre-Mai 68 » ou d’un « Mai 68 à l’envers ». C’est aussi votre opinion ?

Je ne suis pas sûr que la comparaison avec Mai 68 soit la plus pertinente. Le rapprochement avec un autre grand mouvement social de l’Histoire récente me paraît plus approprié : Solidarnosc et la contestation en Pologne dans les années 1980. Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la situation politique est la même, mais la Pologne a connu à ce moment-là une grande vague de protestation qu’il serait intéressant de comparer à celle que nous avons nous-mêmes vécue en France : un mouvement qui démarre à partir d’un sujet apparemment secondaire, qui s’amplifie mois après mois parce qu’il cristallise des revendications de plus en plus larges sur la société, des formes de contestation multiples, pas de chefs véritables mais quelques leaders, pas de projet mais un désir d’affirmer une parole différente de celle qui était imposée par les gouvernants. Dans les deux cas d’ailleurs, les autorités n’ont pas compris que ce qui se jouait dépassait amplement le sujet initial, que ce soit une grève à Gdansk en Pologne pour la création d’un syndicat libre, ou la question du mariage gay en France.

Mais Solidarnosc protestait contre un régime politique !

Pas au début. Le mouvement polonais a protesté d’abord contre l’idéologie de ce régime, contre la pensée politiquement conforme qu’on obligeait les gens à adopter. Il s’est passé quelque chose de similaire chez nous. Quand il a été question de changer les règles du mariage et de la filiation, des gens ont réalisé que le temps était venu de dire non à l’idéologie officielle. Ils ont refusé d’adhérer sans mot dire à l’idée que tout changement est nécessairement un progrès, comme on l’a asséné durant des décennies. Petit à petit, ils en sont venus à se demander si la nouvelle société qu’on veut nous imposer est vraiment celle que nous voulons pour nous et pour les générations futures. Ils ont répondu non.

La question du mariage homosexuel n’était donc qu’un prétexte ?

Disons un détonateur, car le feu couvait depuis longtemps, indépendamment d’ailleurs des partis politiques au pouvoir. Plus ou moins consciemment, tout est parti de cette petite phrase de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, au sujet de l’extension du mariage aux couples homosexuels : « C’est une réforme de société, on peut même dire une réformede civilisation. » Le bon sens de beaucoup de gens – ce que Georges Orwell appelle la décence commune – s’est réveillé. Ils se sont demandé si les gouvernants, quel que soit leur bord politique, étaient compétents, et surtout légitimes, pour se mêler de réformer notre civilisation. Ce n’est pas une mince affaire de réformer la civilisation ! Puisque cela engage les générations futures, réfléchissons-y sérieusement…

Ce mouvement de contestation est né hors des partis politiques. D’où a-t-il jailli ?

Il s’est clairement auto-organisé, autoporté en quelque sorte. Cela aussi le rend comparable au mouvement Solidarnosc. En manifestant, la société civile s’est donnée à voir à elle-même. Ces gens ne se revendiquaient d’aucun parti, ils se sont mobilisés de leur propre chef, non à partir d’idées générales, mais en prenant en considération ce qu’ils étaient : des parents, des enfants, des citoyens. L’organisation matérielle des grandes manifestations était très caractéristique : des porte-paroles remarquables, de belles personnalités, mais pas de chef, pas de structures figées, pas de programme. Elle reflétait la souplesse de la société civile.

Et qui compose cette société civile ?

Les gens. Les gens dans leur vie quotidienne, dans leurs relations et leurs expériences de tous les jours. Vous et moi, dès lors que nous portons le souci de la société. Ce sont ces gens-là qui se sont sentis humiliés par la « réforme de civilisation » qu’on leur proposait.

Humiliés ? Vous y allez fort ! En quoi la loi Taubira pouvait-elle bien les humilier ?

Parce que cette réforme heurtait leur expérience personnelle : celle d’avoir des enfants, d’être mariés ou de constater la différence sexuelle. Chaque jour et partout, dans la rue, dans le métro, dans les entreprises et dans les magasins, ils voient qu’il a une différence entre les deux sexes. Il y a des hommes et des femmes : c’est une évidence. Ce n’est pas une revendication, c’est un fait. Soudain, des idéologues assurent que la différence des sexes n’est pas inscrite dans la nature mais qu’elle est artificiellement construite par la société. Ils décrètent donc que le mariage n’a plus à la prendre en compte. Le décalage entre ce discours abstrait et l’évidence quotidienne vécue par les gens a été ressenti comme une violence faite à la raison. Des idéologies décident que ce que les gens constatent comme une évidence est faux, et qu’ils doivent désormais voir les choses comme on exige qu’ils le fassent. C’est cela qui est humiliant. Ils ont eu besoin de dire non. Et quand la force de la vie concrète s’affirme, elle devient un courant irrésistible.

Cela n’a pas empêché la contestation d’être taxée de néoconservatrice, de réactionnaire, de tradi…