La marque des Bannis - Luca Rheenhe - E-Book

La marque des Bannis E-Book

Luca Rheenhe

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Beschreibung

Déterminée à accepter son destin en tant qu'Aïdja, l'espoir du peuple, Clélia dévoile son identité à la coalition rebelle. Forte de cet aveu, il lui faut à présent découvrir la nature de son don avant de pouvoir songer à livrer bataille au Suprême. C'est sous escorte rebelle qu'elle part sur l'île d'Erèbe pour y chercher la réponse à sa question. Mais lorsque le passé et le présent se rejoignent, les réponses peuvent s'avérer bien différentes de ce que l'on avait imaginé...

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Seitenzahl: 820

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Déjà parus du même auteur, « Luca RHEENHE »

La marque des Bannis

(série en cours – 4 tomes)

La marque des Bannis – Tome I

La marque des Bannis – Tome II

La marque des Bannis – Tome III

La marque des Bannis – Tome IV (septembre 2024)

Déjà parus sous le nom de plume « Jānu HAKUBA »

Souvenirs

(série terminée)

Souvenirs – Tome 1

Souvenirs – Tome 2

Souvenirs – Tome 3

Souvenirs – Tome 4

Déjà parus sous le nom « Hélène MAS »

Les boucles de mon ange

(série terminée)

Les boucles de mon ange – Livre I

Les boucles de mon ange – Livre II

Table des matières

Rappel des personnages

Précédemment dans « La marque des Bannis »

Première partie

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Deuxième partie

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Rappel des personnages

Aleksey : Chasseur de Démons, il parcourt le Monde du Dehors en quête de ces créatures en compagnie de son fils Eras et de son ami Joan sur lequel il peut compter en toutes circonstances. Son arme de prédilection est l’épée double lame.

Alexandra Zewasky d’Opale () : Mère de Stanislas et mère adoptive de Jade, elle les a élevés comme de véritables jumeaux. Ce n’est qu’à la suite de l’enlèvement de son fils qu’elle révèle à sa fille qu’ils n’ont aucun lien de sang et qu’elle leur a été confiée à la naissance. Alexandra trouvera la mort dans l’incendie de sa maison provoqué par la troupe Alpha avant qu’elle n’ait pu rejoindre son mari et sa fille.

Billy Kenyani : Propriétaire de la taverne « Aux quatre vents » dans la ville-bulle de Milandre, Billy engage Clélia comme serveuse en parallèle de sa formation à l’Internat. Chaleureux de comportement, bon vivant et déjà père et grand-père, il s’attache vite à sa nouvelle recrue.

Capitaine Alpha : Homme de main du Suprême, il est son plus dévoué soldat et ne recule devant rien pour plaire à son Maître. Il est celui qui a réussi à capturer le Masque Noir et l’Aïdja.

« Celle-Qui-Voit » : Ermite vivant dans la forêt d’Ombre, sa cécité ne l’empêche nullement de voir au plus profond des êtres qu’elle rencontre, qu’ils s’avèrent humains ou non. Bien qu’elle puisse visualiser les multiples avenirs qui s’offrent à chacun, elle ne peut déterminer quel sera celui qui se réalisera.

Clélia Stormylia de Trydia (Jade Zewasky d’Opale — Eméra) : Jeune femme indépendante et méfiante envers tous, elle détient la lourde tâche en tant qu’Aïdja de faire renaître l’ancien royaume en détrônant le Suprême.

Elias de Sélys (Stanislas Zewasky d’Opale) : Frère jumeau adoptif de Clélia, il possède le don de maîtrise de la langue de l’ancien royaume et apparait comme étant « Celui-Qui-Sait ». De nature douce et serviable, il n’aime cependant pas que l’on se joue de lui.

Eras : Fils d’Aleksey, il suit les traces de son père pour devenir comme lui un chasseur de Démons réputé et ne lésine pas dans ses entrainements. Sa personnalité se révèle pourtant des plus délicate malgré sa profession, prêtant une attention toute particulière à sa personne et se voulant toujours au plus au fait de la mode à la cour du Suprême. Et gare au Démon qui lui trancherait l’un de ses longs et fins cheveux par inadvertance.

Evan Denqy du Rondor () : Également connu sous le nom de « Masque Noir », il était accessoirement étudiant à l’Internat de Milandre où il avait rencontré Clélia. En raison de ses activités rebelles, il a été arrêté par la troupe Alpha, puis exécuté dans l’une des prisons du Suprême.

France ESBRAINO de Milandre : Directrice de l’Internat de Milandre qui accueille des étudiants de divers horizons, elle se montre protectrice envers eux, mais n’hésite pas non plus à sévir lorsque les règles qu’elle a fixées ne sont pas respectées. Bien qu’elle ne l’avouera jamais de façon claire et nette, elle a un faible pour son professeur des Sciences du Dehors, Jayson Hendricks.

Inya : Petite femelle Banni à la fourrure orangée, elle appartient à l’espèce des Ornaks. Totalement inoffensive et pacifique, elle tente pourtant de secourir l’Aïdja et Tobias dans le Monde du Dehors par deux fois en la compagnie de sa tante.

Isarius () : Prenant le pouvoir par la force en s’alliant notamment aux Démons, Isarius trahit sans scrupule celui qui est à la fois son roi et son frère d’adoption, Thadéas. Défiant l’ordre de leur monde, il prouve qu’un Normaux peut rejoindre la caste des Parfaits en s’octroyant lui-même un don de manière effroyable.

Jayson Hendricks d’Orny : Jeune professeur de Sciences du Dehors, il enseigne à l’Internat de Milandre. Sa quiétude de vie est mise à rude épreuve dès lors qu’il croise la route de Clélia, l’une de ses étudiantes, dont il s’éprend peu à peu sans en avoir conscience immédiatement.

Joan : Ami dévoué et sincère d’Aleksey, il a eu la vie sauve grâce à ce dernier alors qu’un Démon attaquait son village dans le désert Oudilien. Il décide d’apprendre à ses côtés à se battre et choisit de consacrer sa vie à défendre les habitants du royaume contre les Démons qui errent.

Julien : Serveur depuis plusieurs années à la taverne « Aux quatre vents », il est rapidement devenu le bras droit de Billy. Il aime la proximité avec les clients que sa profession lui confère et se donne à fond dans son travail malgré un accident qui lui a fait perdre en partie l’usage de l’une de ses jambes.

Le Colonel : Officier du Commandeur au caractère très militaire, il ne supporte pas les soldats effrontés qui osent discuter ses ordres ou lui tenir tête. Il estime que ces derniers, par leur tempérament, sont dangereux pour leurs compagnons d’armes lors des missions en équipe, car ils prennent parfois des décisions unilatérales sur un simple coup de tête.

Le Commandeur : Chef de tous les rebelles, nommé par ces derniers alors qu’il avait à peine vingt-cinq ans, il coordonne et dirige les opérations destinées à renverser le Suprême. Au fait de La Prophétie, il met également tout en œuvre pour en retrouver les acteurs afin de faire renaître l’ancien royaume.

Le Premier Lieutenant : Officier de premier ordre du Commandeur, il reste juste et loyal en toutes circonstances, plaçant tout le monde sur un même pied d’égalité. La cohésion d’équipe est pour lui primordiale.

Les Démons : Créatures du Suprême, ces êtres pourpres se révèlent barbares et avides de sang, peu importe sa provenance. Ils sont d’excellents limiers dès lors qu’ils ont une odeur ou une onde à suivre.

Les Gardiens : Soldats du Suprême, ils ont la délicate mission d’élever et d’entrainer par la force les Démons qu’ils utilisent comme monture. Plus d’un a péri dévoré par son propre Démon pour quelques secondes d’inattention malheureuses.

Les Rebelles : Il s’agit d’hommes et de femmes qui ont choisi de se révolter contre le Suprême et sa dictature qu’il impose notamment par l’instauration d’une séparation nette des castes afin d’asservir peu à peu celle des Normaux. La coalition rebelle possède des ramifications dans tout le royaume ce qui leur permet d’intervenir en n’importe quel endroit dès qu’un ordre de leur Commandeur tombe. Mais les dénonciations, les arrestations et les traques massives lancées contre eux leur donnent de plus en plus de fil à retordre pour s’organiser.

Le Suprême : Maître du Locandraï, il appartient à la dynastie des Suprêmes qui ont pris le contrôle du royaume par la traitrise plusieurs siècles auparavant. Plus assoiffé de pouvoir que ces prédécesseurs, le Suprême ne s’intéresse qu’à deux choses : augmenter son pouvoir et réduire en esclavage les Normaux. Mais pour parvenir à ses fins, il doit anéantir les rebelles qui se dressent contre lui.

L’Immatériel : Appartenant au Monde des Ancêtres, il est présent à la naissance d’Eméra et la désigne comme étant l’Aïdja en apposant sur ses poignets les écrits prophétiques. Il effectue régulièrement des allers-retours entre leurs deux mondes accompagné des Âmes. Bien qu’il soit un être à part et puissant, il ne peut rien faire pour empêcher l’enlèvement de sa protégée par la troupe Alpha.

Loz : Domestycs de l’espèce des Musculeux, il se montre plus imposant, aventureux et fier que ses congénères. Croisant la route de l’Aïdja, il décide de rester avec elle.

Lydia L’k.O () : Mère biologique d’Eméra, elle n’a d’autre choix que de confier sa fille dès sa naissance. Elle décédera quelques années après en emportant avec elle le secret des origines de sa fille.

Nisra () : Appartenant à l’espèce des Ornaks, elle est la tante d’Inya. Secourant l’Aïdja lorsqu’elle fut attaquée par un Démon Volant dans le Monde du Dehors, elle la suit à distance pour la veiller de loin. Elle perdra la vie en tentant d’apporter son aide à Tobias qui cherchait à délivrer Clélia après son enlèvement par la troupe Alpha.

Nolan : Petit frère de Tobias, il ne jure que par ce dernier et lui voue une admiration sans bornes. Il est choyé et aimé par ce grand frère très protecteur.

Phil : Soigneur Parfait, il est le meilleur ami de Jayson. Rejoignant ce dernier au sein du village rebelle principal, il est mis dans la confidence de la véritable identité de Clélia.

Réna : Espionne d’élite du Commandeur, elle excelle dans les missions de renseignements en raison de son don de camouflage.

Samuel Zewasky d’Opale () : Mari d’Alexandra, c’est lui qui à l’arrivée imprévue de la petite Jade dans son foyer propose à son épouse de la garder. Bon père de famille pour ses deux enfants, il les élève dans la connaissance du conflit qui oppose les rebelles au Suprême. Lui-même appartenant au parti rebelle avec sa femme, ils avaient pour mission d’acheminer des courriers à travers Opale. Il mourra le même soir que son épouse qu’il a souhaité rejoindre dans le Monde des Ancêtres.

Tannty () : Gouvernante attentive et douce, elle s’est occupée des jumeaux de Samuel et Alexandra dès leur naissance, et ce jusqu’au soir de l’incendie de la demeure de ses employeurs. Elle y décédera également, n’ayant pas eu le temps de s’enfuir.

Thadéas () : Dernier roi du royaume de Miladrya, il est trahi par son frère de cœur Isarius en qui il avait placé toute sa confiance. Avant de mourir, il lance une malédiction envers son ennemi et sa descendance afin qu’un jour son peuple retrouve la paix que lui et ses prédécesseurs préservaient avec bienveillance.

Tobias : Jeune homme asocial et à l’humeur changeante, sa première rencontre avec Clélia à l’Internat du Parc de Milandre aurait pu difficilement se passer plus mal. « La nouvelle » comme il préfère la nommer, l’irrite au plus haut point bien qu’il se surprenne lui-même à la surveiller de loin. En dépit de leur différence notable de caractère et des singularités de la jeune femme qu’il découvre peu à peu, ils quittent Milandre ensemble pour le Monde du Dehors. Il assiste à la capture de Clélia par les soldats du Suprême et se porte à son secours avant de la conduire jusqu’à un campement rebelle.

Précédemment dans « La marque des Bannis »

La marque des Bannis – Tome I

À sa naissance, Jade est désignée par les Ancêtres comme étant l’Aïdja, « l’Espoir du peuple ». Sa destinée est d’ores et déjà tracée à travers une prophétie : elle sera amenée à détrôner le Suprême, Maître du royaume du Locandraï.

En raison du symbole qu’elle incarne, elle est cachée et élevée dans l’ignorance de son identité.

À l’approche de ses dix ans, son frère adoptif, Stanislas, reçoit la Révélation qui lui octroie un don des plus particuliers : il maîtrise parfaitement le langage de l’ancien royaume datant de l’époque précédant le règne des Suprêmes. Malgré toute leur précaution, il est repéré par les Recruteurs de leur ville-bulle d’Opale qui l’enlèvent à sa famille sans aucun scrupule.

Intégrant la prestigieuse caste des Parfaits, il reçoit un nouveau nom, Elias de Sélys, ainsi qu’un enseignement strict destiné à développer son don. Cet unique et singulier pouvoir lui vaut d’obtenir une place au palais même du Suprême où il est jalousement gardé.

Devenu adolescent, Elias découvre que sa sœur et lui sont voués à détrôner le Maître du royaume. S’enfuyant de sa prison dorée, il parvient à revoir Jade et lui révèle leur véritable identité.

Peu de temps après la visite de son frère, Jade doit fuir en pleine nuit, car les soldats du Suprême ont retrouvé sa trace, celle de l’Aïdja. Elle vit son plus grand traumatisme d’enfance : la mort de ses parents adoptifs. Se réfugiant dans le Monde du Dehors, décrié comme effrayant et hostile, elle se retrouve isolée et livrée à elle-même. Elle y rencontre l’Immatériel, cet être venant tout droit du Monde des Ancêtres et qui s’avère être celui qui l’a désignée à la naissance pour incarner l’Aïdja.

Plusieurs années après, sous le faux nom de Clélia de Stormylia, l’adolescente devenue à présent jeune femme intègre l’Internat de Milandre, une modeste ville-bulle, loin de Sélys où réside le Suprême.

Pensant pouvoir y suivre une formation sereinement, elle déchante vite en croisant le chemin de Tobias, étudiant solitaire et impulsif qui lui cause bon nombre de tracas. Elle rencontre également Evan, qui mène une double vie puisqu’il opère pour les rebelles sous l’identité du « Masque Noir ». Mais il se fait arrêter par la troupe Alpha, unité d’élite du Suprême, au sein même de l’Internat. Clélia tente de lui porter secours, mais ses efforts demeurent vains du fait de Tobias qui l’en empêche pour la protéger.

Mais parmi toutes ces rencontres, c’est de loin celle de Jayson Hendricks qui la trouble le plus. Jeune professeur de Sciences du Dehors, il lui apporte son aide à de multiples reprises malgré ses fréquentes protestations. Leur relation prend un tournant inattendu le soir de la Fête de la Suprématie puisque la jeune femme se laisse aller à l’embrasser, bien qu’elle ne s’en souvienne pas le lendemain matin. Regrettant qu’elle ne se rappelle pas leur soirée, Jayson se met en tête de lui en faire part. Mais avant qu’il ne puisse le lui révéler, Clélia quitte soudainement Milandre, le laissant seul avec ses interrogations qui ne cessent de croître à son sujet quand il découvre qu’elle n’est pas celle qu’elle prétend être.

Accompagnée malgré elle de Tobias, la jeune femme tente de rallier Sélys pour y rejoindre son frère qui l’a appelée à l’aide. Cependant, les choses ne se déroulent pas comme elle l’avait prévu puisque leur sortie dans le Monde du Dehors leur vaut de se faire attaquer par des Bannis prédateurs, des Niflygs, puis par un Démon mis finalement en déroute par deux courageux Ornaks, ces petites créatures volantes à la fourrure orangée : Nisra et Inya.

Après une nuit bien méritée dans une auberge, Tobias et Clélia s’aventurent dans la forêt d’Ombre où ils rencontrent « Celle-Qui-Voit » qui semble tout connaitre d’eux, autant de leur passé que de leur avenir. Elle prédit à la jeune femme que bien des épreuves l’attendent et au jeune homme qu’il ne trouvera pas la paix là où il se rend contrairement à ce qu’il pense.

Après cette étrange rencontre et à la suite de tensions qui ne cessaient de croître entre les deux jeunes gens, leur route se sépare, les livrant à eux-mêmes pour poursuivre leur voyage.

Isolée, Clélia est retrouvée et capturée par la troupe Alpha, alors qu’elle est en compagnie de l’Immatériel. Témoin de son enlèvement, Tobias les suit à distance, hésitant sur le comportement à adopter. Malheureusement, en cherchant finalement à la délivrer, et malgré l’aide des deux Ornaks, Tobias échoue et est laissé pour mort sur le bas-côté.

La marque des Bannis – Tome II

Clélia est désormais captive des hommes du Suprême qui la questionne sans relâche tout en usant de la violence à son égard. Pour échapper à ces sévices, la jeune femme trouve refuge dans un monde spirituel sous la protection d’un Dieu des Montagnes. Pour montrer qu’il se veut plus habile que les rebelles, le Maître du royaume exhibe l’Aïdja aux yeux de tous sur la place principale de Sélys.

Après avoir accordé un délai à sa sœur pour le rejoindre, Elias se résout à considérer qu’elle ne viendra pas. Il informe Jarod, son garde personnel en qui il a toute confiance, qu’il accepte de fuir le palais. Il souhaite repartir de zéro en oubliant ce passé qui lui est si douloureux.

Tobias se remet de ses blessures après avoir été secouru par Aleksey, Joan et Eras, les trois chasseurs de Démons que Clélia et lui avaient rencontrés après s’être fait attaquer par un Démon Volant. Il décide de partir à la recherche de Clélia puisqu’il est le seul à connaitre sa véritable identité.

Jayson ne supportant plus les soldats du Suprême qui ont investi l’Internat du Parc de Milandre quitte ses fonctions et part sur les routes dans l’intention de retrouver cette mystérieuse étudiante dont il est tombé amoureux bien malgré lui. Il rejoint un groupe rebelle pour cheminer un temps avec eux avant de gagner le quartier général de la coalition rebelle.

Après quelques déboires, Tobias en compagnie d’Inya, le petit Ornaks orangé, parvint à retrouver la trace de Clélia et réussit à la délivrer en dépit de son inconscience sans se douter que cette évasion était suivie de près par l’un des hommes du Suprême. L’emmenant à l’abri d’un lieu connu de lui seul, il se rend compte de son état physique lamentable en raison des violences qu’elle a subies et se charge de prendre soin d’elle jusqu’à la fin de la saison des Temps Froids.

À la suite de leur fuite du palais, Jarod et Elias intègrent un campement rebelle avant d’être transférés au quartier général du parti rebelle. Ils y rencontrent le Commandeur ainsi que « Celui-Qui-Sait », un homme qui met Elias mal à l’aise sans qu’il ne puisse en saisir la raison. L’homme en se rendant compte qu’Elias maitrise l’ancien langage le menace pour qu’il traduise tout ce qu’il lui donnera. Ceci afin de parfaire sa position en tant que « Celui-Qui-Sait ».

Un groupement rebelle ayant pour mission la libération de l’Aïdja de sa prison est mis en échec en s’apercevant qu’elle ne s’y trouve plus. Pensant à un espion caché parmi leurs partisans, le Premier Lieutenant, responsable de cette mission, songe à Jayson qui avait voyagé un temps avec eux. Informant le Commandeur de sa possible implication en le découvrant au sein du campement principal, celui-ci est innocenté et est présenté comme étant le petit frère du chef des rebelles. Jayson explique alors à son frère qu’il est à la recherche d’une jeune femme et accepte d’attendre la fin de la saison des Temps Froids pour repartir sur ses traces.

La saison des Temps Froids étant révolue, Tobias avec l’accord de Clélia dont il a appris le véritable prénom, Eméra, l’a conduite jusqu’à un village rebelle pour qu’elle y soit à l’abri tout en conservant le secret de son statut d’Aïdja.

Peu après qu’elle eut rejoint ce village, celui-ci est attaqué par les hommes du Suprême accompagné d’un Démon et de son Gardien. Fuyant avec d’autres, Clélia gagne un deuxième village, mais celui-ci est également pris d’assaut. Une mise en garde lui parvenant, elle se rend auprès d’officiers rebelles pour être placée sous surveillance sous suspicion qu’elle est à son insu à l’origine de ces attaques. Le Premier Lieutenant, présent, la déclare sous leur protection jusqu’à ce qu’un jugement soit rendu sur sa potentielle culpabilité.

Alors que son procès doit se tenir le lendemain, elle recroise la route de Jayson qui lui permet de comprendre comment les soldats du Suprême localisent les villages rebelles. Au terme de son procès, Clélia se voit innocenter.

Durant ce temps, Elias qui subit toujours les menaces de « Celui-Qui-Sait » décide de ne pas se laisser faire et finit par découvrir et révéler son imposture. Il reprend la place qui lui revient en tant que véritable « Celui-Qui-Sait » même s’il sait son temps compté.

Ne pouvant se résigner à l’inaction, Clélia s’enrôle dans l’armée rebelle au grand dam de Jayson et part rejoindre le village rebelle principal pour y suivre la formation des nouvelles recrues. À son arrivée, elle retrouve enfin son frère, mais celui-ci ne la reconnait pas et l’éconduit. Elle en est fortement affectée.

Au retour d’une mission, Clélia souffre plus sérieusement encore de ses anciennes blessures, mais en ignore la cause réelle. Elle décide d’accorder sa confiance à Jayson et lui montre ce qu’elle cache à la vue de tous. Ne pouvant se résoudre à la voir souffrir ainsi, Jayson met son meilleur ami, Phil, Soigneur Parfait, dans la confidence. Usant de son don, Phil, épaulé par Jayson et par l’appui inattendu de l’Immatériel, procède à la purification de son sang contaminé par celui des Démons.

Progressivement, Clélia et Jayson finissent par engager une relation ensemble dans le plus grand secret.

Une mission devant permettre à Elias de retrouver l’entièreté de ses souvenirs est organisée. Ce dernier demande à choisir lui-même l’un des soldats qui l’accompagneront et désigne Clélia. La mission au sein du palais est un succès malgré une brève confrontation entre la jeune femme et l’un des Soigneurs Parfaits qui avait à charge de garder en vie l’Aïdja lorsque celle-ci était captive des prisons du Suprême.

Après avoir subi une attaque de Gardiens et de leurs Démons mis en déroute par l’intervention miraculeuse d’un Ouréaz, Elias, Clélia et le Premier Lieutenant rentrent enfin au campement principal. Dans sa hâte de revoir Jayson, Clélia se rend jusqu’à sa demeure. À sa mauvaise surprise, ce n’est pas ce dernier qui lui ouvre, mais une femme lui annonçant par la même occasion ses fiançailles avec Jayson et leur mariage prochain.

Après ces quelques rappels, je vous laisse maintenant découvrir l’avant dernier tome de cette série

Très bonne lecture à vous !

Première partie

Chapitre 1

Clélia pensait rentrer tranquillement au dortoir pour se reposer, mais ce fut tout autre chose qui l’attendait. Elle eut droit à une véritable ovation de la part de ses sœurs d’armes. Toutes la pressèrent de questions pour connaître les détails de cette délicate mission à laquelle elle avait pris part. La jeune femme répondit volontiers à leurs interrogations, se limitant à simplement révéler ce que le Commandeur l’avait autorisée à divulguer. En effet, ce dernier les avait déjà informés, ses compagnons de mission et elle, sur ce qu’ils pouvaient dévoiler ou non. Cependant, comme la mission était achevée, et réussie qui plus est, il n’y avait plus beaucoup de choses à dissimuler contrairement à ce qu’il en était durant leurs préparatifs. Malgré les questionnements, qui à ce moment-là également s’étaient avérés nombreux, elle avait gardé secrètes leur destination ainsi que la méthodologie d’opération qu’ils devaient appliquer. Ses compagnons d’armes n’en connaissaient alors que leur objectif : aider Elias à recouvrer la mémoire.

* * * * * *

Elias la trouvait d’humeur massacrante depuis quelques jours et il ne pouvait se résoudre à la laisser ainsi plus longtemps. Prenant son courage à deux mains, il se décida à aller à sa rencontre.

Comme chaque soir depuis qu’ils étaient revenus de Sélys, il la retrouva assise au bout du ponton qui donnait sur la rivière serpentant au fond du campement principal. Sa jumelle semblait des plus pensive, quasi immobile dans cette nuit tombante, bien que par moment un léger « plouf » s’entendait lorsqu’elle jetait un caillou dans l’eau calme devant elle.

— Ce caillou est comme toi, s’approcha d’elle Elias les mains dans les poches.

En sondant furtivement son esprit, il ressentit encore ce mélange de déception, de tristesse et de colère qui l’habitait depuis leur retour. Ce même état d’esprit qu’il avait intercepté alors qu’il se trouvait à sa fenêtre après être rentré chez lui pour se changer et qu’il avait aperçu sa sœur passer près de là. Il la connaissait assez pour avoir discerné dans son attitude et sa façon de marcher ce soir-là que quelque chose n’allait pas. Inquiet, il l’avait sondée et ce mélange d’émotions qu’il avait saisi à cet instant ne l’avait guère rassuré. Mais elle avait senti son intrusion mentale et l’avait repoussé au-dehors sans ménagement. Bien qu’il aurait voulu en savoir plus afin de l’aider au mieux à se sortir de cette amertume grandissante qui l’envahissait, il s’était abstenu. Non pas, parce qu’elle l’avait rejeté, mais simplement parce qu’il avait perçu deux mots à son attention en même temps qu’elle le chassait : « Pas maintenant ».

Mais les jours s’écoulant, elle continuait de se tenir loin de tous, du moins mentalement puisqu’elle avait repris l’entrainement avec ses compagnons d’armes, et son air restait aussi abattu. Aux Démons son envie de ne vouloir voir personne, Elias n’aimait pas la savoir ainsi, elle était sa sœur après tout. C’est ce qui l’avait convaincu de la rejoindre sans plus attendre.

— L’eau devant toi pourrait s’apparenter au royaume, s’assit-il près d’elle.

Il s’empara ensuite de trois cailloux près de lui, de tailles équivalentes.

— Imaginons à présent que ce premier caillou te représente et que ces deux-là nous représentent, les lui montra-t-il. En agissant, lança-til alors le premier caillou dans la rivière, tu pourrais secouer les fondements du royaume.

Une légère onde se propagea.

Clélia demeurait muette, mais peu importe, il voyait bien qu’elle prêtait attention à ses propos et à ce qu’il fabriquait. Sa curiosité se montrait plus grande que son amertume, il le savait parfaitement.

Elias patienta quelques instants afin que l’eau de la rivière redevienne plane. Il jeta alors ensemble les deux derniers cailloux au même endroit. L’onde dégagée apparaissait plus conséquente que la précédente et se propagea de ce fait plus loin tout en restant visible plus longtemps.

— Mais en agissant conjointement, nous pourrons secouer plus fortement le royaume. Dans ces conditions, si demain nous sommes aidés par tous, nous pourrons véritablement changer jusqu’à l’ordre même du royaume. Et pour un exemple encore plus concret, de la même façon que seule tu t’empêtres dans tes pensées, je peux aujourd’hui t’écouter pour qu’à deux tu ailles mieux, finit-il.

Clélia ne put s’empêcher d’esquisser un sourire.

— Tu as toujours des comparaisons aussi étranges ? se moqua-t-elle gentiment.

— Pour toi, oui, s’en amusa-t-il. Allez, dis-moi ce qui te tracasse depuis notre retour. Et inutile de me jeter à l’eau, je sais nager !

Elle pouffa légèrement avant de hausser les épaules.

— Ce n’est pas important, simplement un… bête petit malentendu qui s’est produit. Mais c’est juste passager, ça va passer, expliqua-t-elle.

— Si c’est seulement passager, alors ça me va.

La jeune femme hésita quelques instants, puis changea de sujet.

— Est-ce qu’au palais il y a beaucoup de monde ?

— Au palais ? s’étonna Elias. Ça dépend des jours, mais pas tant que ça en général. Ce sont souvent les mêmes personnes qui y circulent. Enfin, de ce que j’ai pu voir, préféra-t-il tout de même préciser.

Puisque le Suprême ne l’avait jamais vraiment autorisé à sortir hors de ses appartements, il n’avait pu observer tout à loisir les allées et venues des résidents et visiteurs du palais. Et ce d’autant plus qu’il parcourait les couloirs en journée et sous la supervision constante de Jarod, son garde particulier. Ils ne prenaient alors pas les corridors les plus animés.

— Ah.

— Pourquoi, qu’est-ce que tu as derrière la tête ? s’enquit-il intrigué à son tour.

Elle parut hésiter de nouveau.

— Eh bien, te rappelles-tu le second Soigneur que tu as tué ?

— Oui, celui avec lequel tu as parlé juste avant que je ne m’en occupe, grimaça-t-il à ce fâcheux souvenir.

— En réalité, je l’avais déjà rencontré auparavant.

— Je le sais.

— Tu le sais ? s’étonna-t-elle.

— Oui, quand nous t’avons rejointe dans la pièce où tu te trouvais avec lui, tu semblais être restée comme… bloquée sur quelque chose. En essayant de te contacter mentalement pour comprendre, j’ai vu des images et j’ai ressenti des sensations d’effrois et de violentes douleurs que tu associais à ce type. Ça m’a fait mal de savoir ce que tu avais sans doute dû traverser durant notre séparation pendant que moi je vivais agréablement au palais, gronda-t-il soudainement en serrant les poings.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé après ? bredouilla-t-elle gênée. J’aurais pu t’expliquer ou…

— Parce que je préfère attendre que ce soit toi qui abordes le sujet. Et si tu n’as pas forcément envie de m’en faire part pour le moment, je me contenterai de l’histoire qui te lie à ce Soigneur.

Lâchant enfin l’eau des yeux, Clélia porta son regard sur son frère et le remercia d’un timide sourire. Elle appréciait toujours autant sa délicatesse bien qu’elle aurait préféré lui éviter d’assister à « ça ».

— Tu n’es pas sans savoir le passif de captive des hommes du Suprême qui me suit, j’imagine ?

Il hocha la tête. Effectivement, il n’en ignorait rien puisque le Commandeur lui en avait parlé après qu’il lui eut annoncé vouloir de ce soldat dans son escorte pour cette mission spéciale au palais de Sélys. Et par la suite, quand ils s’étaient réellement retrouvés en tant que frère et sœur, il avait bien compris qu’elle occultait sciemment cette partie-là de sa mémoire afin qu’il n’en capte aucun souvenir. Et comme il y avait eu accès par « erreur » de sa part, il se doutait de ce que cette partie renfermait.

Elle poursuivit.

— Durant ma détention, des Soigneurs me visitaient régulièrement pour jauger de mon état et me « réparer » un peu au besoin. Quelques jours après mon arrivée, le Suprême est venu lui-même pour me rencontrer, sachant qui j’étais réellement. Deux hommes l’accompagnaient ce jour-là et l’un d’eux était ce Soigneur que tu as tué. J’avais encore assez de lucidité à ce moment-là pour comprendre ce qu’il se passait autour de moi. Lorsque leur Maître est sorti quelque temps pendant qu’ils m’examinaient et m’apportaient en même temps quelques soins, je les ai surpris à discuter entre eux et c’est là qu’il a dit quelque chose d’étrange. Quelque chose de si étrange que ça m’a marqué sur l’instant. Il a prononcé exactement les mots « c’est troublant comme elle lui ressemble ». C’est la seule chose que j’ai pu entendre, car le Suprême est revenu à ce moment-là et ils se sont tus aussitôt. Cet événement, qui n’en est pas vraiment un en soi, m’était complètement sorti de la tête. C’était tout au début de mon emprisonnement et j’ai fini par occulter beaucoup de choses là-bas. Parfois, j’ai des flashs de ce que j’ai vécu ou des images qui surgissent d’un coup sans que je ne sache pourquoi. C’est en revoyant cet homme au palais que cet épisode m’est revenu.

— Je comprends mieux maintenant pourquoi tu as souhaité lui parler.

La jeune femme acquiesça.

— Comme il m’avait reconnue une fois mon masque ôté, j’ai songé que cette occasion ne se représenterait pas. Cette phrase qu’il avait prononcée m’intriguait, alors je lui ai demandé ce qu’il avait voulu dire ce jour-là.

— Que t’a-t-il répondu ? s’enquit impatient Elias totalement absorbé par son récit.

— Pas grand-chose, grimaça-t-elle. Il m’a juste avoué que si elle avait eu une fille ça aurait pu être moi, car curieusement elle me ressemblait au même âge.

Son jumeau en resta bouche bée avant d’afficher un immense sourire.

— « Pas grand-chose », dis-tu ? Mais c’est génial au contraire ! C’est peut-être une piste pour retrouver tes parents !

— Non, Elias, détrompe-toi, ce n’est pas aussi génial que ce que tu sembles croire, soupira-t-elle abattue.

— Pourquoi donc ?

— Parce que la seule personne qui aurait pu m’en dire plus à ce sujet est morte. J’ai eu beau l’interroger plusieurs fois pour qu’il me donne un nom, rien n’y a fait malgré la mort qui l’attendait. C’est comme si cela l’avait finalement amusé de ne me dévoiler qu’une moitié de sa pensée afin que je ressasse cette énigme qu’il m’imposait pour le restant de mes jours !

— Tu aurais dû nous le dire, nous l’aurions fait parler, nous l’aurions…

— Non, Elias, l’interrompit-elle en posant une main sur son bras pour l’apaiser. C’était toi notre priorité, je te rappelle. Nous ne pouvions pas nous permettre de traîner plus dans les parages au risque d’être remarqués. Et c’est pour ça que je t’ai demandé s’il y avait beaucoup de monde qui circulait au palais. J’ai pensé que comme cet homme incarnait là-bas un Soigneur Parfait, peut-être que cela signifiait que ma mère y travaillait ou même qu’elle s’y trouvait en tant que dame de la cour. Je songeai que peut-être tu aurais pu croiser une femme qui me ressemblait un peu…

En disant à voix haute ce qu’elle ruminait tout bas depuis leur départ de Sélys, elle se rendit compte en grimaçant que ce qu’elle lui demandait là semblait totalement absurde.

Et pourtant, son frère prit le temps d’y réfléchir. Il tenta de se souvenir de toutes les personnes qu’il avait rencontrées, de toutes ces femmes de différents statuts qu’il avait observées de loin, mais cela fut peine perdue. Il lui était impossible de se rappeler leurs traits. Ennuyé de ne pas parvenir à se montrer utile pour une chose aussi cruciale pour sa sœur, il ne put que secouer tristement la tête.

— Je suis désolé, mais je n’en sais rien. En plus, j’avais perdu la mémoire de mon passé entre temps. Ça signifie que j’aurais pu croiser à ce moment-là quelqu’un qui t’aurait ressemblé même trait pour trait que je n’y aurais pas prêté attention un seul instant, soupira-t-il.

Clélia se retint de ne pas soupirer à son tour, mais elle s’était doutée que ça aurait été trop beau qu’il se souvienne de quoi que ce soit.

— J’aurai au moins essayé. Maman m’avait révélé que ma vraie mère était morte quelques années après ma naissance, mais même en sachant ça, j’ai imaginé qu’elle aurait pu se tromper. J’ai songé qu’elle aurait pu avoir mal compris ou bien qu’on lui avait menti délibérément pour que je ne me lance pas à sa recherche en raison de ce symbole que je représente. Mais la façon dont le Soigneur en a parlé me laisse à penser qu’elle n’est effectivement déjà plus de ce monde. La seule chose que je puisse à présent espérer serait qu’un jour je retombe sur quelqu’un qui me fera la même remarque. Et ce jour-là, crois-moi, je t’empêcherai de le tuer tant que je n’en aurais pas appris davantage ! plaisanta-t-elle pour lui signifier qu’il ne fallait pas qu’il s’inquiète à ce sujet plus que nécessaire.

— Tu n’es pas trop déçue ? s’enquit-il doucement.

— Si un peu quand même, je ne peux pas le nier. Mais jusqu’à présent, je n’avais jamais rien entendu de tel, donc je m’étais faite à l’idée de vivre avec cette interrogation permanente quant à mes véritables origines, haussa-t-elle les épaules. Si je parviens à accomplir ce pour quoi je suis née, peut-être qu’ensuite je me déciderai à entamer des recherches et que je parcourrai le royaume pour retrouver la trace de mes vrais parents. Mais comme ma mère n’est plus parmi nous et que mon père ignore tout de ma naissance, je finis par penser que cela ne rime à rien. Donc tu vois, je ne m’en fais pas trop à ce sujet. Ça ne me gêne pas de ne pas connaître cette part-là de mon passé, car j’ai aimé les parents que j’ai eus à la place.

Elias lui prit la main. Oui, ça, il le savait. Ils s’entendaient tellement bien tous les quatre, enfin tous les cinq si l’on comptait Tannty leur nourrice. Il éprouva un pincement au cœur en repensant à ses parents et à leur vie avant que le destin ne vienne les bouleverser à jamais.

Mais pour l’heure, il souhaitait que sa jumelle retrouve le sourire pour de bon. Il sortit alors de sa poche un modeste paquet.

— Tiens, le lui posa-t-il sur les genoux. Je sais que le Solstice de la saison des Temps Chauds est déjà passé depuis plusieurs jours, mais joyeux vingt ans quand même, petite sœur !

Clélia regarda surprise le présent avant de grimacer.

— Je n’ai pas de…

— Et tu ferais mieux de le déballer avant de t’inquiéter du fait de n’avoir rien à m’offrir, car ce n’est vraiment pas grand-chose, croismoi !

Sans plus rien ajouter, la jeune femme s’empressa d’ouvrir son cadeau avec le plus grand des plaisirs. Elle découvrit un ruban de cuir tressé où se trouvait entremêlé un ruban doré et un ruban vert.

— Je voulais t’offrir quelque chose de pratique et d’utile. Et comme j’ai remarqué que tu attachais tout le temps tes cheveux, je me suis dit qu’un lien pour les nouer serait parfait, se justifia-t-il. En plus, tu as vu, j’y ai même ajouté une petite touche plus personnelle encore pour rappeler les vraies couleurs de ta chevelure !

Elle reporta son regard sur lui, incrédule.

— Tu veux dire que c’est toi qui l’as fabriqué ?

Il hocha la tête d’un air fier.

Sans crier gare, elle pouffa.

— Où est donc passé mon frère maladroit qui s’emmêlait ses dix doigts durant les cours de travaux manuels à l’école ?

Elias rougit un peu en comprenant que cela avait dû beaucoup la marquer pour qu’elle s’en souvienne encore aujourd’hui.

— J’ai eu le temps de m’améliorer depuis, grommela-t-il un tantinet vexé. Et puis, à force de lire jour et nuit, j’apprends beaucoup de choses et il faut bien que ça me serve à un moment donné ou à un autre et…

Il ne put en ajouter plus, car elle l’enserra dans ses bras.

— Merci infiniment, Stan, lui murmura-t-elle en songeant que beaucoup d’événements s’étaient produits en une unique année.

Il l’enlaça à son tour, heureux.

— Non, merci à toi, Jade. Mon plus beau cadeau tu me l’as déjà offert puisque nous sommes de nouveau réunis !

* * * * * *

— Je vais aller trouver le Commandeur et lui révéler qui je suis !

C’est ce qu’elle annonça, quelques jours plus tard à Elias qui venait de lui ouvrir sa porte. Elle avait pris sa décision cette nuit même.

Son frère la regarda gravement à cette déclaration. Il la fit entrer et l’emmena dans sa chambre, non sans qu’elle salue au passage Jarod à peine réveillé. Ce dernier répondit par un grognement et secoua la tête, dépité par leur énergie matinale.

— Es-tu vraiment sûre de toi ? l’interrogea son jumeau en refermant la porte derrière lui.

— Non, mais si j’ai bien compris une chose, c’est que si je ne tente rien, les habitants du royaume continueront de subir la tyrannie du Suprême. Je doute fort que les injustices diminuent avec le temps qui passe, bien au contraire. Nous avons le privilège de résider au sein du campement principal des rebelles, alors même que beaucoup d’entre eux et leurs familles continuent et continueront de mourir dès lors qu’ils sont découverts. Les rebelles se battent depuis que le premier Suprême a pris le pouvoir, il y a des siècles de cela. Ils se battent pour eux et pour le peuple de ce royaume, car ils savent qu’un jour l’Aïdja arrivera et les aidera. Leur combat perdure depuis tout ce temps et pourtant aucun n’a abandonné cet espoir d’être un jour libéré du dictat d’un unique homme ! Et tout ça pour quoi ? Parce qu’ils souhaitent simplement une vie meilleure ! Ce n’est pas mon inaction et mon identité actuelle qui pourra les secourir. En tant que soldat rebelle, je ne possède pas une grande amplitude de mouvements ou même de décisions et je réalise que cela ne peut plus continuer ainsi si nous désirons que les choses évoluent véritablement ! Je voudrais…, je voudrais ne plus me consacrer qu’à ma seule destinée à présent !

Elias vit bien que sa jumelle se montrait déterminée et il savait que rien ne la ferait changer d’avis. Pas même le fait qu’elle paraissait conserver en elle une once de rancœur lorsqu’elle prononça cette dernière phrase.

— Souhaites-tu que je vienne ? lui proposa-t-il prudemment.

— Non, je préfère le rencontrer seule dans un premier temps. En revanche, si tu pouvais rester dans les parages cela m’arrangerait, je pourrais peut-être avoir besoin de toi à un moment donné.

* * * * * *

— Qui t’a envoyé ici ?

L’homme resta silencieux.

— Pour qui travailles-tu ?

Là également, l’homme ne réagit pas.

Jarod, excédé, l’attrapa par le col pour le coller brutalement contre l’un des murs de la cellule.

— Comment souhaites-tu que je procède pour que tu puisses daigner répondre gentiment aux questions que ton officier te pose ? fulmina-til doucement.

L’homme serra les dents sous la poigne de l’ancien garde du Suprême. Celui-ci pourrait lui causer de gros ennuis s’il mettait à profit son expérience de guerrier sanguinaire acquis aux côtés du Maître du royaume, il le savait. Mais le gradé qui se trouvait dans la geôle également, lui, restait un pur rebelle et comme tous ses semblables, il ne répliquait à la violence par la violence qu’en cas de grande nécessité uniquement.

— Je vous l’ai déjà dit, avoua l’homme en peinant à parler. J’ai su que « Celui-Qui-Sait » était recherché par les rebelles. Je ne voulais plus de cette existence de miséreux que j’avais, poursuivit-il d’une voix sifflante. Je pensais que prendre la place de « Celui-Qui-Sait » me permettrait de réchapper à cette vie malheureuse qui m’attendait !

— Je ne te crois pas ! vociféra Jarod en le tenant toujours. Tu as osé menacer le véritable « Celui-Qui-Sait » et tu as osé le faire chanter ! Ce n’est pas ainsi qu’aurait agi un opportuniste !

— J’ai été surpris de le découvrir déjà là dans vos rangs, juste sous votre nez sans que vous ne le sachiez ! Il n’avait plus la mémoire de qui il était, il me l’a dit ! J’ai cru pouvoir continuer de jouer ce rôle puisque le vrai « Celui-Qui-Sait » ne pouvait plus rien faire pour qui que ce soit ! Il ignorait même qu’il pouvait traduire l’ancien langage, alors je lui ai demandé de l’aide !

— Menteur ! Tu t’es servi de lui !

Le décollant du mur, Jarod l’envoya valser à travers la cellule. Il allait pour s’avancer et le relever violemment quand l’officier rebelle intervint. Il posa sa main sur son avant-bras, le stoppant dans son élan.

— Non, laissez-le.

— Mais…

— Nous reviendrons !

Jarod pesta, mais obéit non sans faire semblant d’asséner un coup à l’imposteur devant lui qui se protégea à toute hâte le visage, persuadé de recevoir ce poing en pleine figure. Mais le choc ne vint pas contrairement aux paroles de l’ancien garde du Suprême.

— Tu ne pourras pas nous ressortir la même chanson chaque fois ! Je ne te crois pas et je t’arracherai la vérité quitte à redevenir celui que j’étais autrefois ! Il ne fallait pas t’attaquer à Elias !

Jarod quitta les lieux à la suite de l’officier. Il regarda en arrière cette trappe par laquelle ils avaient émergé. La cellule du prisonnier était construite sous terre ce qui rendait des plus difficile toute évasion.

— Ne vous inquiétez pas, il parlera. Il ne possède plus aucune notion du temps là-dessous et nous faisons exprès de le rationner à des horaires différents chaque jour afin de le perturber toujours plus. Il finira par craquer et se contredire et alors là, nous l’aurons.

— Oui, mais c’est long votre méthode ! râla le père protecteur d’Elias. Si c’était moi, il aurait déjà tout avoué !

— Peut-être, mais n’oubliez pas, vous êtes un rebelle dorénavant, le rabroua légèrement le capitaine Louvois. Ne retombez pas dans cette violence qui caractérise les hommes de notre ennemi. Vous valez mieux qu’eux, Jarod !

* * * * * *

L’une des deux sentinelles en faction dans le hall de la demeure du Commandeur l’informa que le chef des rebelles se trouvait actuellement en réunion avec ses officiers. Il lui fallait revenir cet aprèsmidi ou bien le lendemain matin pour éventuellement pouvoir être reçue.

Malgré cette indication, Clélia passa outre, craignant que sa détermination ne flanche. Elle réclama au garde d’aller à la rencontre du Commandeur pour l’avertir qu’elle voulait le voir dès à présent en raison d’une annonce des plus urgentes qu’elle se devait de lui transmettre. La seconde sentinelle, constatant son binôme ennuyé par cette jeune femme, prit le relai pour lui répondre. Même une annonce urgente de sa part devra attendre que leur chef soit libéré de toutes autres contraintes, déjà urgentes à traiter elles aussi.

Regardant à droite et à gauche pour s’assurer qu’ils se trouvaient bien en petit comité, elle se pencha vers eux.

— Tout aussi urgente que de le prévenir que ses hommes empêchent une personne de lui faire connaître l’identité de l’Aïdja ainsi que son lieu de résidence actuel ? les questionna-t-elle à mi-voix l’air de rien.

Les sentinelles eurent un instant de surprise à cette annonce avant de blêmir.

— …vous connaissez… l’identité… de… son identité ? bredouilla l’une d’elles.

Clélia acquiesça, affirmative.

— Mais je ne peux en dire plus ici. Je pense que vous comprenez que le Commandeur doit en être le premier averti, n’est-ce pas ?

Les deux sentinelles hochèrent la tête vivement.

— Je…, cela ne peut attendre ! approuva la première.

— Aucunement, oui ! confirma la seconde. Tu…, se regardèrent-elles un instant avant que l’une se mette au garde à vous devant l’autre.

— Je vais de ce pas le prévenir ! déclara-t-elle avant de tourner les talons au plus vite.

L’attente s’avéra extrêmement courte. Sans doute le temps pour la sentinelle d’atteindre la salle où se réunissaient les gradés, de les interrompre en indiquant que quelqu’un souhaitait le voir de toute urgence pour une information des plus capitales qui ne pouvait souffrir d’être repoussée à plus tard.

Le Commandeur apparut un tantinet ennuyé, semble-t-il, d’avoir été contraint de suspendre la tenue de son Conseil. Cela se remarquait aisément à son attitude pressée que l’information qu’il allait recevoir devait se révéler à la hauteur de ce qu’elle laissait entendre, c’est-à-dire urgente et primordiale. Regardant rapidement dans le hall et ne constatant que la présence de cette jeune femme qu’il savait pertinemment être l’un de ses soldats, il comprit qu’elle incarnait cet informateur impatient. Bien qu’effectivement elle se montrait bonne combattante et se dévoilait habile dans ses missions, cela ne l’empêchera pas de récolter une sanction s’il décrétait que la teneur de son urgence ne valait pas la peine de les couper en pleine réunion. Autant d’ailleurs la mettre au pas dès à présent, songea-t-il en même temps qu’il prit la parole.

— J’espère que ce que vous avez à me dire est réellement des plus impérieux, soldat ! Il me reste des tas de choses à régler avant ce midi et c’est loin d’être une partie de plaisir, soupira-t-il finalement plus qu’il ne râla.

La sentinelle toujours postée au côté de la jeune femme se pencha vers le Commandeur pour lui faire part en toute discrétion de ce que cette dernière venait de leur apprendre. Le Chef des rebelles, à l’instar de ses gardes plusieurs minutes auparavant, devint livide.

— Suivez-moi immédiatement ! ordonna-t-il aussitôt en se détournant sans attendre.

Clélia lui emboita le pas jusqu’à une petite pièce qu’elle comprit attenante à la salle de réunion d’après les voix qu’elle entendit et parmi lesquelles elle reconnut, entre autres, celle du Premier Lieutenant.

En revanche, à l’instant même où le Commandeur referma la porte derrière elle, un silence des plus étranges s’abattit. La jeune femme devina aisément que cet endroit se montrait bien plus particulier qu’il n’y paraissait au premier abord.

— Nous nous trouvons dans ce que nous appelons la salle des secrets. C’est une salle hermétiquement isolée grâce à un sortilège posé par des Parfaits rebelles, lui expliqua-t-il en comprenant son regard interrogatif. Cela empêche tout espionnage extérieur. En résumé, vous pouvez à présent parler en toute tranquillité puisque tout ce qui sera révélé ici restera entre vous et moi tant que ni vous ni moi n’en divulguons le contenu hors de ces murs. Alors, je vous écoute, l’invitat-il à prendre la parole d’un geste de la main. Vous savez donc qui est l’Aïdja et où elle se trouve ? Dites-le-moi au plus vite que je puisse monter sans tarder une équipe d’élite qui la ramènera à nos côtés en toute sécurité.

— Tout d’abord, je voudrais vous poser une question, Commandeur, commença Clélia. Que ferez-vous de l’Aïdja une fois que je vous aurais révélé ces informations ?

L’homme prit un instant pour réfléchir.

— Eh bien, je la remercierai d’abord d’être ce qu’elle est, c’est-à-dire notre espoir de faire renaître l’ancien royaume. Ensuite, tous les rebelles et moi-même, nous nous mettrons à sa disposition pour l’aider au mieux que nous le puissions à accomplir son destin ! assura-t-il gravement.

La jeune femme comprit que cela se montrait mûrement réfléchi par leur chef ce qui la contraria. Cela la contraria pour la simple et bonne raison que quand bien même elle posséderait tout le soutien du royaume, elle ignorait toujours comment elle pouvait accomplir ce destin des plus complexes que les Ancêtres lui avaient imposé.

— Et si elle ignorait comment s’y prendre que ce soit pour renverser le Suprême ou pour mener jusqu’à son terme La Prophétie ?

— Alors nous la protégerons le temps qu’elle le découvre ! assura-til cette fois-ci sans avoir eu besoin de réfléchir.

Clélia hocha la tête. Les réponses qu’il lui fournissait lui convenaient. Elle se résolut à se lancer en espérant qu’elle ne regretterait pas plus tard cette décision.

— Bien. Commandeur, je n’ai pas été très honnête avec vous à mon arrivée au camp, avoua-t-elle alors gravement. Permettez-moi de me présenter de nouveau auprès de vous. Je m’appelle Jade Zewasky d’Opale, plus connue sous le nom de Clélia de Stormylia, jumelle de Stanislas Zewasky d’Opale, que vous connaissez mieux sous le nom d’Elias de Sélys ou encore sous le nom de « Celui-Qui-Sait ». Le peuple entier me connaît sous le titre qui m’a été attribué à ma naissance, celui d’Aïdja, s’inclina-t-elle respectueusement devant le chef des rebelles.

Ce dernier resta surpris par cet aveu. L’un de ses soldats serait l’Aïdja ? Cela lui simplifierait bien des choses, mais avant de crier victoire, il devait s’en assurer.

— Prouvez-le-moi !

Clélia s’y était attendue et cela lui aurait paru étrange de toute manière si elle n’avait eu qu’à révéler son titre pour être reconnue en tant qu’Aïdja.

Défaisant ses deux bracelets de cuir qu’elle posa sur la seule petite table présente dans la pièce, elle présenta ses deux poignets au Commandeur. Celui-ci put distinguer nettement sur sa peau les tracés fins d’écrits en ancien langage : « I agñé ë oNoïlã ».

— L’espoir ne saurait disparaitre, murmura-t-il en ne pouvant ignorer le sens de cette phrase de ralliement que les rebelles se transmettaient de génération en génération.

Contre toute attente, et à la surprise même de Clélia, les inscriptions luirent un instant d’un or vif et d’un vert émeraude scintillant avant de redevenir inerte.

— Apprenez également, Commandeur, se reprit-elle en récupérant par la même occasion l’attention de l’homme face à elle, que mon apparence n’est pas non plus celle que vous croyez. Je me vois contrainte de la masquer en permanence au risque sinon que tous me remarquent et découvrent mon identité en raison de mes particularités. En réalité, mes yeux sont naturellement verts comme cette émeraude qui vient de briller sur mes poignets, mes cheveux sont ceux d’un Parfait, mais il m’est impossible de les cacher autrement que par des teintures. Maintenant que vous êtes au fait de mon statut d’Aïdja, je n’aurais plus besoin de me dissimuler au sein de votre village et je circulerai à nouveau sous ma réelle apparence. En revanche, s’il vous plaît, n’en voulez pas à vos « informateurs », souligna-t-elle alors. Je les avais priés de ne rien vous dévoiler à mon sujet, le temps que je puisse définir par moi-même où se trouvait véritablement ma place.

— Mes informateurs ? répéta troublé le chef des rebelles.

— Oui, Commandeur. Vous n’êtes pas le seul à pouvoir communiquer avec les Ornaks, expliqua-t-elle plus clairement. Et je sais que mon petit compagnon, Inya, est déjà venu à vous sur ma demande.

Elle ne lui divulgua que sa compréhension du langage des Ornaks. Elle préféra taire pour le moment le fait qu’aucun langage parmi les Bannis et même les Démons ne lui étaient étrangers. Chaque chose en son temps.

— Cela venait donc de vous l’idée de détecter par leur biais les éventuels traceurs qu’auraient pu porter les prisonniers que nous avons délivrés ?

— C’est exact. C’est Inya qui la première a découvert l’écaille qui m’avait été implantée et qui a malheureusement causé les attaques de deux de vos camps en raison de mon ignorance.

Le Commandeur la regardait sans rien dire, plongé dans ses réflexions.

— Puis-je demander à Elias de nous rejoindre ? l’interrogea-t-elle alors. Je souhaite que vous compreniez bien que tout ce que je vous raconte là est véridique.

— Je…, oui, vous pouvez, faites, je vous en prie !

Malgré son accord, la jeune femme demeura plantée devant lui immobile. Dans le doute, il réitéra sa permission, mais là encore, elle continua de rester tranquillement face à lui tout en esquissant cette fois-ci un petit sourire.

— Je vous ai bien entendu, Commandeur. Sachez qu’Elias est déjà prévenu, il va nous rejoindre dans quelques instants.

Le chef des rebelles la regarda sans comprendre et patienta tout en se demandant ce que cela signifiait.

De ce fait, il sursauta lorsque quelqu’un toqua à la porte quelques instants plus tard. Il s’agissait d’Elias à sa grande surprise. Le jeune homme s’inclina poliment devant le Commandeur qui lui avait ouvert.

— Ma sœur vous a donc tout raconté ? l’interrogea-t-il sans détour une fois entré.

— Oui, effectivement, votre… sœur m’a tout… raconté.

Le chef des rebelles semblait rester bloqué sur quelque chose, car il dévisageait tour à tour les deux jeunes gens devant lui.

— Petite sœur, tu ne lui as pas fait le coup quand même ? sourit alors amusé Elias en se tournant vers elle.

Au regard rieur qu’elle lui décerna, il comprit aisément que si. Il reporta son attention sur le Commandeur qui paraissait perdu à présent.

— Je devine que Clélia a omis de vous expliquer un point assez important nous concernant. Il s’agit du lien qui nous unit. Voyez-vous, la Prophétie affirme qu’une particularité lie l’Aïdja à « Celui-Qui-Sait ». Cette particularité réside dans le fait que nous pouvons communiquer tous les deux à l’insu de tous sans avoir la nécessité de nous exprimer à haute voix. Nous pouvons également nous transmettre des images ou des sensations résultant de souvenirs que nous avons vécus. C’est pour ça que ma sœur n’a pas eu besoin de venir me chercher. Elle m’a simplement informé mentalement que je pouvais vous rejoindre en m’indiquant par la même occasion votre localisation, acheva-t-il d’expliquer cette étrangeté.

Clélia s’inclina devant le chef des rebelles.

— Pardonnez-moi, Commandeur, de vous avoir joué ce tour-là, mais je voulais m’assurer que vous ne pensiez pas que je tentais de vous manipuler comme a osé le faire le faux « Celui-Qui-Sait ». Votre méfiance se montre honnête et de rigueur en ces temps troubles. Sachez que c’est également du fait que nous sommes liés qu’Elias m’avait choisie pour la mission vers Sélys. Nous ne nous sommes vraiment retrouvés qu’il y a peu, car mon frère ne se souvenait plus de mon existence encore quelques semaines avant notre expédition au palais du Suprême à cause de sa perte de mémoire.

Le Commandeur acquiesça.

— Je vous crois, soldat, enfin… Aïdja ! se rectifia-t-il.

— Peu importe comment vous m’appellerez, Commandeur, « Aïdja » ne reste qu’un titre, je suis toujours la même à l’intérieur.

Cependant, quelque chose tracassait encore le chef des rebelles.

— En revanche, j’aimerais savoir pourquoi vous n’êtes pas venue m’en parler dès votre arrivée au camp ?

La jeune femme s’était attendue à cette question.

— Pour plusieurs raisons, commença-t-elle. J’ai été capturée par la troupe Alpha du Suprême. Ils m’ont torturée nuit et jour durant de nombreuses semaines pour me faire oublier jusqu’à mon identité. Ils cherchaient à me rendre inapte physiquement et moralement à assurer mon rôle dans La Prophétie pour que celle-ci échoue. Bien que vous en ignoriez les raisons avant aujourd’hui, vous savez également que j’ai servi à mon insu de cible pour guider l’ennemi jusqu’à vos camps.

— Oui, je suis au fait de tout cela, confirma-t-il.

— En raison de ces deux événements que j’ai dû traverser, j’ai perdu confiance dans ma capacité à incarner cette Aïdja que tous attendent avec tant d’impatience. Sachez aussi que je continuai de mourir à petit feu des blessures qui m’avaient été infligées, car mon sang avait été empoisonné par du sang de Démon.

Le Commandeur fronça les sourcils à cette annonce inquiétante.

— Êtes-vous toujours en danger ? la scruta-t-il du regard comme s’il pouvait apercevoir ce sang pourpre tirant vers le noir qui circulait encore dans ses veines.

— Non, rassurez-vous, secoua-t-elle la tête. La quantité de ce poison que je détiens en moi se montre à présent trop faible pour que cela m’affecte. Ce sont le Soigneur Phil et votre frère Jayson Hendricks qui m’ont aidée à guér…

— Connaissent-ils votre identité réelle ? l’interrompit brusquement le Commandeur en crispant la mâchoire ce qui aurait presque fait sursauter la jeune femme face à lui.

— Oui, ils l’ont apprise ce jour-là justement, mais ne leur en veuillez pas de ne vous en avoir rien dit. Je leur avais demandé de garder tout cela secret pour l’instant. Comprenez-moi, après mon emprisonnement dans le camp ennemi, je ne souhaitais pas devenir captive d’un camp ami. Après tout, je ne connaissais pas encore vos intentions à mon égard. Je cherchais d’abord à me sentir utile et à trouver par moimême ma place avant de rejoindre véritablement vos rangs en tant qu’Aïdja.

Le chef des rebelles ne commenta pas ses décisions, entendant sa position, et préféra de ce fait aborder un autre point qui lui paraissait essentiel.

— Pourrais-je vous présenter à l’ensemble de notre village ce midi lors de la réception organisée en l’honneur de la mémoire retrouvée de « Celui-Qui-Sait » ?

— Avec joie, Commandeur, accepta la jeune femme. Je reprendrai à cette occasion-là ma véritable apparence.

— Bien, dans ce cas revenez tous les deux me voir peu avant le début. Les deux jeunes gens acquiescèrent d’un même mouvement.

— Je vous remercie d’être venue à ma rencontre de vous-même, Aïdja, s’inclina alors à son intention le chef des rebelles.

En prenant congé, Clélia repartit d’un pas plus assuré qu’elle ne l’avait été jusqu’à présent.

Le Commandeur réfléchissait, seul au milieu de la pièce. Il ne s’était pas attendu à une si grande annonce en ce début de matinée. Cette révélation allait changer beaucoup de choses dans un avenir proche, il s’en trouvait persuadé.

L’un des gradés, qui participait à la réunion dans la salle voisine, toqua à la porte restée ouverte.

— Commandeur ? Vous allez bien ? s’enquit-il soucieux en le voyant aussi immobile.

Son chef parut reprendre soudainement ses esprits. Il s’avança d’un pas rapide vers lui.

— Reportons notre Conseil et faites savoir à toutes nos équipes de recherche présentes dans le royaume qu’elles stoppent immédiatement leur quête de l’Aïdja ! annonça-t-il avec un grand sourire qui inquiéta encore plus son officier.

Clélia se rendit sans tarder auprès de son Maître d’armes qui avait déjà donné ses instructions à ses soldats pour qu’ils s’exercent au maniement de leurs armes de prédilection. S’excusant platement, elle l’informa qu’elle ne pourrait suivre l’entrainement ce matin-là en raison de deux ou trois choses à régler en prévision d’une « réunion importante » avec le Commandeur. Elle ne pourra revenir que pour la session de l’après-midi. Comme à son habitude, le Maître d’armes rouspéta et grogna contre sa manie d’esquiver son enseignement, mais il lui accorda néanmoins sa permission.

La jeune femme effectua un détour par le dortoir pour y récupérer sa tenue de soldat qu’elle n’avait pas encore revêtue pour le moment et l’astiqua énergiquement afin d’en faire reluire le cuir. Puis, elle entreprit d’affûter et de faire briller la lame de son épée ainsi que le coutelas qui lui avait été offert par Aleksey, le chasseur de Démons, et dont elle ne se séparait plus. Elle s’estimait des plus chanceuse d’avoir pu le retrouver après sa captivité.