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Des vampires, des druides, des démons et même un milliardaire mégalomane. Voici la vie d'Éric Wohlfe, membre d'une organisation gouvernementale secrète et loup-garou à ses heures perdues. Face à ces nouveaux défis ses pouvoirs ne seront pas de trop. La meute de l'Ombre est le premier roman de Thierry Arade. Il signe le retour d'Éric Wohlfe apparu dans le recueil de nouvelles 00h02 (Piège à con), ainsi que de plusieurs personnages apparus au fil de ses précédents livres et des nombreuses histoires qu'il a publié.
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Seitenzahl: 368
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Anciennes mines de charbon de Liévin – Samedi 6 Juin - 01h27
L’air frais du soir caressait doucement le visage d’Éric.
Cela lui rappelait les soirées passées en pleine forêt quand lui et son père allaient camper alors qu’il n’avait que cinq ans. Les promenades au clair de lune tandis qu’ils admiraient un ciel parsemé d’étoiles, tentant d’en deviner leur nombre, leurs noms ou encore l’emplacement exact des constellations. Les histoires contées autour d’un feu de bois, tandis que les marshmallows grillaient lentement et qu’une fine couche de sucre caramélisé se formait autour d’un cœur chaud et fondant de guimauve.
Des souvenirs de son père qu’il chérissait plus que tout.
Pourtant, suspendu par les pieds au dessus d’une des rares failles démoniaques non scellée qui existaient encore à travers le monde, l’air frais semblait être la dernière de ses préoccupations.
Des mains pourvues de griffes s’élevaient le long de la faille béante et tentaient par tous les moyens de l’agripper pour l’attirer dans un lieu de damnation éternelle dont il ne pourrait jamais s’enfuir.
Tentant de se dégager des chaines qui le retenaient, il se rendit compte qu’elles étaient impossibles à briser par sa simple volonté. Ses tentatives ratées n'eurent pour unique résultat que de le faire se balancer d’avant en arrière, créant ainsi un mouvement de balancier qui semblait ne pas vouloir s’arrêter. Tentatives vaines qui ne manquèrent pas d'amuser ses geôliers.
- C’est peine perdue, dit l’un d’entre eux. Ce sont des chaines magiques en argent ! Elles ont été créées spécialement pour ceux de ta race et malgré tous tes efforts, tu n’arriveras jamais à te libérer !
Dit l’homme. Il était couvert d’une robe pourpre et dissimulait sa tête sous une capuche brodée de fil d’or. De là où se trouvait Éric, il ne pouvait apercevoir que le bout de ses chaussures en peau de crocodile, surmontées d’un morceau de métal. L’obscurité et sa position inconfortable ne lui permirent pas d’en voir plus à son sujet. Il remarqua néanmoins que quatre sbires vêtus du même accoutrement se tenaient légèrement en retrait. Il en déduit que son interlocuteur devait être le chef de cette « joyeuse bande ».
- Vous ne vous en tirerez pas comme ça ! Hurla Éric furieux tout en continuant inutilement à se débattre.
Vos plans échoueront et nous vous arrêterons ! Rendez-moi la pierre philosophale avant qu’il ne soit trop tard. Vous ne vous rendez pas compte des conséquences si elle venait à être utilisée.
- Quelle naïveté. Rétorqua l’homme sur un ton dédaigneux empli de mépris. La pierre n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. Dit-il. Une simple fraction de cette pierre peut nous permettre de finir la formule secrète que nous mettons au point dans notre laboratoire en ce moment même. Une fois qu'il sera prêt nous marcherons sur le monde et nous vous soumettrons tous à notre volonté ! Mais assez discuté, je vais te laisser te débrouiller avec cette portion de faille démoniaque. D’ailleurs depuis l’incident survenu dans cette mine au début du siècle et la mort de ces 1099 mineurs, sa puissance s’est considérablement renforcée au fil des ans. Ces pauvres âmes ont nourri la faille, la rendant plus assoiffée de sang que jamais. Ha ha ha ha ha h…
Crac !
La vision des chaines se rompant et tombant au fond de la faille coupa net l’envie de rire de l’homme mystérieux. Éric se dégagea de ses liens sous les yeux médusés de l’homme et de ses complices.
- Merci ce sont toutes les informations dont j’avais besoin. Dit Éric en se relevant.
- Mais… mais comment ? Dit l’homme en reculant, sa capuche cachant toujours son visage, bien que son expression sur l’instant semblait facile à deviner.
- Comment ? Dit l’agent spécial en étirant ses muscles endoloris, tout en faisant craquer ses cervicales. Disons que je suis quelque peu… spécial comparé à ceux de ma race. Et je vais m’empresser de vous montrer de quoi je suis capable. Démonstration.
Dit-il sur un ton qui généralement n’annonçait rien de bon.
L’homme recula encore de quelques pas et se retrouvant au niveau de ses sbires, les poussa en avant.
- Occupez-vous de lui, pour la gloire de notre maître ! Dit-il tandis qu’il s’enfuyait dans la direction opposée à toutes jambes.
Tout en courant il retroussa sa manche gauche, laissant apparaître un bracelet orné de trois petites pierres précieuses noires qui se mirent à scintiller et firent apparaître un passage magique devant lui. L’homme s’engouffra à l’intérieur sans une seconde d’hésitation et fut téléporté à plusieurs centaines de kilomètres de là, loin de la fureur d’Éric.
Les quatre sbires restants se ruèrent sur lui tout en hurlant pour se donner du courage, mais ce fut peine perdue.
Éric prit une longue inspiration, ferma les yeux, puis expira rapidement à plusieurs reprises. Ses avant-bras tressaillirent et une seconde plus tard, des griffes incandescentes firent leur apparition au bout de ses doigts. Il rouvrit ses yeux qui prirent une teinte dorée et avec le sourire aux lèvres, fonça vers eux. Son héritage de lycan alpha couplé aux pouvoirs magiques reçus par sa mère lui donnait un avantage décisif lors des nombreux affrontements auxquels il avait été confronté par le passé, ainsi que depuis son récent recrutement par l’Agence.
Passer de franc-tireur solo à agent spécial d’une organisation gouvernementale internationale lui avait donné les moyens et les fonds nécessaires pour mener à bien la mission qu’il s’était fixée. Et tout se passait bien mieux maintenant si l'on faisait abstraction de la tonne de paperasse à remplir au débriefing de chaque mission.
Il traversa le terrain vague en un instant et, arrivant au niveau des deux premiers assaillants, transperça sans aucune difficulté les épaisseurs des robes pourpres, des gilets pare-balles et des cottes de maille en argent glissées dessous. Il resserra ses griffes autour de leurs colonnes vertébrales et, les regardant tout en souriant, prononça un seul mot.
- Feu
Ses mains s’enflammèrent et atteignirent en moins de trois secondes une température capable de faire fondre le métal mystique le plus solide. Les hommes eurent à peine le temps d’hurler. Ils brûlèrent de l’intérieur vers l’extérieur à une vitesse spectaculaire comme des torches sans avoir le temps de réaliser ce qui leur arrivait.
Il ne resta bientôt plus que deux tas de cendres et d’os aux pieds de l’agent spécial Wohlfe qui, après avoir nettoyé ses manches couvertes de cendres, tourna la tête vers les deux derniers adversaires lui faisant face et leur adressa son plus beau sourire.
Voyant ce qui venait d’arriver à leurs infortunés collègues, ils s’enfuirent sans aucun scrupule, pensant échapper au courroux d’Éric. Malheureusement pour eux, ils se trompaient lourdement. Il se lança à leur poursuite, couvrant la distance qui les séparait en quelques secondes. Sur leurs talons, il fouilla dans sa poche et en sortit deux pièces de 5cents qu’il lança dans les capuches de ses futurs ex-assaillants qui flottaient derrière eux tandis qu’ils tentaient de lui échapper. Puis s’arrêta, et tout en les observant, attendit le moment propice.
Tout en continuant de courir, l’un d’entre eux leva sa main gauche et le même bracelet orné de trois petites pierres noires se mit à scintiller. Au même moment, Éric resserra ses lèvres et émit un léger sifflement connu uniquement des initiés aux arts magiques. Les deux pièces entrèrent en résonnance avec la fréquence qu’il émettait. Les molécules se mirent à vibrer entre elles de plus en plus vite, et les deux pièces explosèrent en même temps. Il ne resta rien des deux hommes hormis la main tendue vers l’avant qui avait échappé au souffle de l’explosion.
Éric marcha tranquillement jusqu’au cratère laissé par l’explosion et ramassa ce qui l’intéressait. Le bracelet n’avait subi que peu de dommages et les pierres étaient encore en place. En regardant de plus près il remarqua qu’il s’agissait d’obsidiennes. Les diamants les plus sombres existants et pouvant occasionnellement absorber une petite portion de magie. Il tenta de répéter le geste qu’il avait vu auparavant. Il mit le bracelet, tendit son poignet gauche devant lui, mais rien ne se produisit.
- Ah saleté de truc ! À tous les coups il est pété !
Il l’enleva et le rangea dans sa poche, puis sortit son téléphone et appuya sur le dernier contact de sa liste.
Une voix préenregistrée retentit dans son oreille.
- Bienvenue au 118 218. Si vous êtes un consommateur et que vous souhaitez consulter nos tarifs, tapez 1. Sinon restez en ligne pour joindre l’un de nos conseillers.
Il appuya sur la touche dièse puis successivement sur 7, 4, 1, 5, 8, 3, 1 et raccrocha. Il traça avec son pied un cercle autour de lui dans les gravats et attendit.
Son téléphone sonna et une voix de femme se fit entendre.
- Bonsoir agent Wohlfe, préparez-vous pour le transport et veuillez ne pas sortir du cercle pendant la durée de l’opération. Merci.
- Bonsoir Edna, c’est toujours un plaisir de discuter avec vous. Répondit Éric. Comment vont les enfants ?
- Bien merci. Dit-elle. Ne bougez-plus, on vous récupère.
Le cercle autour de lui s’illumina d’une lumière bleutée et il fut aussitôt enveloppé d’un halo lumineux. Puis un rapide souffle d’air chaud remonta du sol vers le ciel, le téléportant instantanément dans la « zone d’atterrissage » de l’Agence.
Éric descendit les marches de la plateforme de récupération, regardant et s’émerveillant des colonnes d’énergie qui se matérialisaient un peu partout. Tandis que d’autres agents en mission à travers le monde arrivaient ou partaient autour de lui.
La « zone d’atterrissage » comptait plus d’une centaine de plateformes de récupération, permettant d’accueillir mais aussi d’envoyer bon nombre d’agents partout autour du globe en un instant grâce à de puissants sorts magiques alliés à de la technologie de pointe. Au total vingt-cinq mages travaillaient non-stop au bon fonctionnement de l’incantation du voyageur, se relayant jour et nuit et stabilisant les sorts magiques mais traitant aussi les flux de données informatique servant à géolocaliser chacun des agents en mission.
Et bien qu’il soit maintenant un agent confirmé avec au compteur trente-huit missions réussies en moins d’un an (chose encore jamais vue au sein de l’Agence), ce genre de choses le fascinait comme au premier jour.
Il fut coupé dans sa contemplation par Edna qui le sortit de ses rêveries.
- Alors Liévin ? Je vois que vous en êtes revenu en un seul morceau c’est déjà ça. Dit Edna tout en l’auscultant rapidement d’une main, et tenant un bloc-notes avec des dizaines de fiches de diagnostic post-téléportation dans l’autre. Ouvrez grand et faites HAAAAA !
- Hein ? Dit-il en sursautant. Ha oui, les mines. Disons que chai réuchi à obtenir une pichte. Dit-il en gardant la bouche ouverte tandis qu’elle enfournait un abaisse-langue à l’intérieur. Mais il va falloir que je fasse quelques recherches. Ce truc a un goût horrible ! Dit Éric en grimaçant de dégoût.
- Arrêtez de faire l’enfant, vous en avez déjà vu d’autres. Dit-elle. Et puis pas le temps de bailler aux corneilles, la patronne vous attend là-haut. Elle veut un rapport complet sur cette mission et n’est pas de bonne humeur. Un lien avec une convocation de niveau 6… Ça vous parle ?
- Qui moi ? Dit-il en feignant l’ignorance avec un sourire aux lèvres. Je ne vois vraiment pas de quoi il s’agit.
- Mouais c’est ça. Rétorqua Edna en souriant à son tour. Filez la patronne vous attend.
- Merci vous êtes un amour ! Dit Éric en se dirigeant vers les ascenseurs nonchalamment.
Il remonta la longue allée menant à la batterie d’ascenseurs. Une vingtaine au total, puis monta dans le premier qui s’ouvrit et appuya sur le bouton numéro 55. Le poste de commandement de l’Agence, situé dans l’un des derniers étages de la tour Montparnasse. Le trajet dura 30 secondes durant lesquelles il eut le plaisir d’admirer une des plus belles vues de Paris. Il avait beau jouer les blasés quand il était accompagné de ses collègues, lorsqu’il se retrouvait seul, il ne pouvait que contempler béatement cette vue à couper le souffle. Il fut tiré de sa rêverie par le « ding » si spécifique lui signalant qu’il était arrivé à destination tandis que les portes s’ouvraient devant lui.
Il s’avança d’un pas sûr et déterminé vers le centre de la pièce, point stratégique de commandement, alors qu’il traversait une jungle d’une centaine d’opérateurs tous plus affairés les uns que les autres sur leurs postes de contrôle.
Devant lui se tenait sur une estrade Madame K. patronne de l’Agence depuis plus de dix ans et visiblement préoccupée par la carte du monde en 3D disposée sur son bureau et brillant de centaines de petits points rouges, ce qui ne semblait pas la réjouir tant que ça. De là où elle se tenait elle avait ainsi une vision à 360 degrés grâce aux larges écrans disposés sur les murs autour d’elle. Cependant, elle ne semblait pas avoir remarqué son arrivée, son regard était vissé sur les alertes qui ne cessaient d’apparaître sous ses yeux.
Tandis qu'il se rapprochait du bureau, il croisa une personne qu'il avait appris à détester en un temps record.
L'homme était habillé d'un costume gris chiné taillé sur mesure, épousant harmonieusement les formes de son corps et mettant discrètement en valeur sa musculature.
Éric était persuadé que c'était intentionnel et il avait raison. Ce qui le fit sourire intérieurement.
L'homme face à lui se déplaçait avec aisance et une assurance teintée de dédain, le tout caché derrière un sourire ravageur digne d'une pub pour le dernier dentifrice à la mode. Il s'arrêtera à la hauteur d’Éric, le dépassant d'une bonne tête et le considéra quelques secondes avant de finalement baisser la tête et détourner le regard tandis qu’il se dirigeait vers l’ascenseur.
Cela faisait maintenant trois ans qu’Alexandre avait été retrouvé grâce à une ancienne prophétie sumérienne datant de plus de trois mille deux cents ans et le catapultant de simple roturier à "élu" officiel et sauveur de l'humanité. Les tests et les shamans furent unanimes. C'était bien lui et personne d'autre. Aucune erreur n'était possible. Il était censé participer à une grande bataille dans laquelle le bien et le mal s’affronteraient et devait être l’élément décisif faisant pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. La course pour l’approcher en premier et l’influencer avait coûté la vie à plusieurs dizaines d’agents, mais leur sacrifice ne fut pas en vain. L’Agence finit par être la première organisation à lui mettre le grappin dessus et sa formation commença sans tarder. La cérémonie l'intronisant "élu" eut lieu et ses pouvoirs se réveillèrent, confirmant sa légitimité.
Il fut dès lors entraîné et initié à tous les arts de combats ainsi qu'aux arcanes de la magie, de façon à renforcer ses dons et à le préparer en vue de la future apocalypse. C'est sans surprise aucune qu'il effectua avec succès en trois ans plus de cinquante missions critiques et devint par la même occasion la coqueluche de l'Agence, ce qui ne fit qu'accroître son égo et son arrogance.
Mais depuis l'arrivée d’Éric, les choses avaient changé. Lui qui gérait déjà son opération en solo bien avant d’intégrer l’Agence, avait une grande expérience du terrain qui n’était plus à prouver, et un mode d’action bien plus efficace que toutes les leçons théoriques du monde. Une fois les ressources illimitées de l’Agence à sa disposition, il éclipsa totalement les résultats d’Alexandre en moins de deux mois, sans pour autant s’en vanter. Bien qu’il travaille maintenant avec et non pour une organisation internationale (il tenait absolument à souligner ce point important de leur collaboration), il gardait ses distances et sa liberté le plus possible. Cela lui garantissait de garder son libre arbitre lors de missions délicates et lui permettait de dépasser les attentes de Madame K. lors de l’acquisition de renseignements sensibles.
Et c’est en toute logique qu’Alexandre se retrouva relégué à seconde place derrière Éric qui non content de n’avoir rien demandé, ne se souciait pas de son existence. Il tenta dès lors de lui mettre des bâtons dans les roues. Lui volant une mission de temps à autre ou lui fournissant de fausses informations sur la localisation de cibles prioritaires.
Dans un premier temps Éric ne prêta pas attention à ces réactions infantiles, jusqu’au jour où bloqué dans un bunker et se faisant tirer dessus par vingt hommes de main tandis que basé sur les fausses informations d’Alexandre il s’attendait à n’en trouver qu’une petite poignée. Il débarqua au bureau couvert de sang de la tête aux pieds (pas le sien bien entendu), attrapa Alexandre à la gorge d’une seule main et se téléporta avec lui en le tenant au-dessus d’un volcan prêt à entrer en éruption. Il se préparait à le jeter au fond du volcan quand Madame K. apparu à son tour, lui demandant (suppliant en fait) d’arrêter son geste et de l’épargner. Son statut d’élu venait de lui sauver la vie pour la dernière fois.
Il le lança aux pieds de Madame K. tout en la prévenant.
- À la seconde où votre “apocalypse” est terminée, ce connard est à moi.
- Entendu. Dit-elle, sans même un regard pour Alexandre qui allongé par terre pleurant et geignant, ne paraissait plus si spécial que ça. Mais pour l’instant laissez-le en un seul morceau, nous en avons encore besoin.
Depuis ce jour, Alexandre se tint à l’écart des affaires d’Éric et ne tenta plus rien contre lui.
Éric passa à côté de lui, un sourire carnassier sur les lèvres et arriva aux pieds de l’estrade.
- Mr Wohlfe. Approchez donc, je vous attendais. Alors cette balade nocturne dans le Nord ?
- L’accueil y était fort chaleureux. Je vous ai d’ailleurs ramené un petit souvenir. Dit-il en jetant sur son bureau le bracelet récupéré sur le cadavre de l’homme de main.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Madame K. tout en regardant la relique d'un oeil incrédule.
- Une espèce de bracelet de téléportation. Répondit Éric. J'en ai vu un le tendre devant lui et s'échapper par un portail en quelques secondes. Si on arrive à le réparer on pourra certainement accéder à leur repaire.
- Je vois. Dit-elle en l'examinant de plus près. Ça semble ancien... très ancien même. Et ces inscriptions... je dirais que ça date de la Grèce antique à vue d'oeil. Finit-elle par conclure. Par contre ces pierres rajoutées sur le dessus, c'est un travail grossier réalisé récemment et par un druide qui plus est. Il n'y a qu'eux pour créer ce genre d'aberration mystique.
- Un druide ? Dit Éric surpris. Pfff ! Une bande de hippies tout juste bons à danser nus au clair de lune en bouffant du gui. Je croyais qu'ils étaient de notre côté ceux-là.
- C'est le cas Mr Wohlfe. Mais il semblerait que l'un d'entre eux ait décidé de changer de camp. Et ça confirme malheureusement mes soupçons. Je le ferai analyser par notre laboratoire dès aujourd'hui. Avec un peu de chance, ils seront peut-être capables de le réparer. Dit Madame K. pensivement. Ce qui m'amène au sujet dont je tenais à vous parler depuis quelque temps et que vous réussissez invariablement à éviter avec brio je dois dire depuis bien trop longtemps.
- Qui moi ? Dit-il l'air surpris en feignant une candide innocence. Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler.
- Si vous le dites...
Dit-elle légèrement amusée par cette poignante performance.
- Mr Wohlfe. Dit Madame K. En le regardant droit dans les yeux. Vous êtes de loin l'un de nos meilleurs agents et vos résultats dépassent de loin toutes nos attentes.
- Merci.
- Bien qu'au départ bon nombre de personnes en haut lieu aient formulé quelques réserves quant à l'intégration d'un... franc-tireur au sein d'une organisation telle que la nôtre. Mais ils ont eu l'intelligence de se fier à mon jugement et je dois dire que vous ne nous avez pas déçus. Certes vos méthodes peuvent sembler expéditives de prime abord, mais vous arrivez toujours à vos fins et c'est ce qui compte. Et ce sont justement grâce à vos exploits répétés que certains responsables d'organisations parallèles à la nôtre souhaiteraient que la sécurité de notre pays ne dépende pas uniquement que de notre agence, mais d'un vaste réseau d'agents qui s'étendrait au-delà de nos frontières.
- J'ai du mal à vous suivre là.
- Je vous assigne une équipe dont vous aurez la charge. Ne vous en faites pas, ce sont des agents qui ont fait leurs preuves.
- Hors de question ! Objecta Éric. Je travaille seul et je ne tiens pas à ce que ça change. C’était d’ailleurs la condition pour je fasse partie de ce cirque ambulant !
- Comprenez-moi bien Mr Wohlfe, Je suis pieds et poings liés sur cette affaire et cela remonte bien plus haut que ce que vous pourriez pensez. Si l’on ne met pas une équipe sur pieds dans les prochaines semaines, nous nous exposons à des retombées internationales et beaucoup de gens ne tiennent pas à ce que cela se produise.
- Ok dans ce cas, prenez quelqu’un d’autre pour les chaperonner. Vous avez un “élu” non ? L’espèce d’abruti congénital qui traîne dans les bureaux à longueur de journée. C’est le parfait pigeon pour ça.
- Qu’est-ce que vous croyez ? Répondit Madame K. agacée. C’est lui que j’ai présenté en premier mais ils n’en veulent pas. Ils ne veulent que vous et personne d’autre. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’accepter.
- Mais vous pensez que moi je vais accepter ? Hors de question. Répondit Éric. Je préfère reprendre mon activité solo. Ça me convient mieux. Considérez que c’est ma lettre de démission. Dit-il en tournant les talons.
Il se dirigeait vers la sortie quand Madame K. l’interpella.
- Cent pour cent d’augmentation et vous avez votre mot à dire sur deux des quatre membres de l’équipe.
Sans se retourner, Éric lui répondit le sourire aux lèvres.
- Cent cinquante pour cent et tous les membres.
- Cent vingt et je vous laisse en choisir trois. Il y a en un qui est imposé et je ne peux pas refuser.
- Deal ! Dit Éric en revenant sur ses pas.
Il arriva devant son bureau et elle lui sortit une pile de dossiers plus épais les uns que les autres.
- Bon, c’est qui le boulet que je vais devoir traîner ?
Comme tous les dimanches (parfois certains jours de la semaine également), Quentin se détendait à La Petite Chanceuse. Un bar qu'il avait l'habitude de fréquenter depuis plus de dix ans et où il avait ses habitudes. Boire une bière tout en jouant aux fléchettes était pour lui une sorte de rituel lui permettant d'exorciser ses nombreux démons tout en se vidant la tête.
Certaines personnes privilégiaient le confort d'un divan molletonné associé au ton monocorde d'un psychiatre leur ponctionnant régulièrement une somme significative afin de pouvoir déballer leurs souffrances, puis aborder des sujets sensibles tels que "pourquoi j'ai mis le feu au bureau de mon patron avec un bidon d'essence". Lui préférait l'ambiance animée de ce bar de quartier, la bière infecte qu'ils y servaient et son jeu de fléchettes qu'il ne manquait jamais d'user un peu plus chaque jour. Il ne manquait d'ailleurs jamais sa cible au grand dam des habitués qui de temps à autre organisaient des paris sur la possibilité qu'il rate. Ce qui malheureusement pour eux, n’arrivait jamais. Quel que soit son état d'ébriété il avait la main sûre et ne tremblait pas.
Les quelques téméraires à vouloir tenter de le défier repartaient toujours bredouille, bien qu’ils aient été prévenus par les habitués de ne pas se laisser tenter par le billet de cent euros que Quentin laissait intentionnellement accroché à la cible dans le but d’attirer d’avides parieurs en quête d’argent facile. Ils repartaient la plupart du temps déçus et plus léger de cent euros. Quant aux autres, les quelques vindicatifs assez courageux pour tenter de s’en tirer en déclarant qu’il avait triché, ceux-là repartaient invariablement aidés de deux amis les tenant sous chaque bras et avec la mâchoire, le nez fracturé ou la trace des doigts de Quentin sur le visage. Chacun de ses doigts était orné d’une bague en argent, c’était là son seul signe distinctif. D’allure et d’aspect commun, il gardait des cheveux courts taillés en brosse et une barbe de trois jours. Il était de taille et de corpulence moyenne. Ses traits fins et anguleux mettaient en avant le bleu de ses yeux, lui donnant un air sévère dont il savait jouer à la perfection. Ses habits pouvaient laisser à penser qu’il se négligeait quelque peu, mais il n’en était rien. Il aimait à cultiver ce look “passe-partout” qui lui permettait de se promener sans attirer l’attention.
Très utile quand il devait suivre à la trace un suspect et se fondre dans la masse. Il avait beau être l’un des druides les plus puissants de l’Ordre, il n’en devait pas moins être prudent et savoir se faire discret quand cela s’avérait nécessaire.
- Bon alors, tu vas la finir un jour ta bière ? Lui demanda Jacques tout en lavant ses verres vides derrière son comptoir. Ça fait plus de deux heures que je te vois avec cette pinte pratiquement vide à marmonner dans ton coin en lançant les fléchettes et tu me fous le cafard. Problèmes de cœur ?
Quentin continua de fixer le verre de bière aux trois quarts vides, puis soupira et regarda Jacques avec une tête d’enterrement.
- Non… Si seulement c’était aussi simple... C’est le boulot.
- Ha ? Des ennuis avec ton boss ? Demanda le barman. Tu t’es fait virer ou quoi ?
- Pire. Répondit le jeune druide. J’ai reçu une promotion.
- Comment ça pire ? Tu devrais plutôt fêter ça justement. Une sortie avec des amis, un bon resto ou une bouteille de champagne, je ne sais pas moi.
- Y’a vraiment pas de quoi se réjouir je t’assure. Le stoppa Quentin. Pour faire simple, je fais tellement bien mon boulot qu’on va m’affecter à une nouvelle équipe. Et ça me plaît moyen.
- Bah tu peux toujours refuser non ? Même si je pense que ton boss va moyennement apprécier.
- Malheureusement c’est le genre d’offres que je ne peux pas refuser. Trop de choses en jeu. D’ailleurs j’attends justement que mon boss m’app…
Ils furent interrompus par le solo de basse de John Deacon débutant le morceau Another One Bites The Dust de Queen émergeant de son téléphone dernier cri. En le sortant de sa poche, il vit le nom du correspondant apparaître. “Grincheux”. Ils se regardèrent, puis s’excusant il se mit à l’écart et décrocha.
- Je me demandais quand vous finiriez par appeler.
- Bonjour Quentin. Répondit le Druide Suprême. Ravi de t’entendre également. Comment vas-tu ? Demanda-t-il d’une voix calme et imposante transpirant l’autorité.
Il était immense, vieux de plus de trois siècles et dirigeait l’organisation dont il avait la charge avec fermeté, bien qu’il veille sur chacun de ses agents comme s’il s’agissait de sa propre famille. Il lui arrivait de temps à autre de retourner sur le terrain prêter main-forte si le besoin s’en faisait sentir. Et lorsqu’il le faisait, il valait mieux être dans son camp. Ce qui lui valait le respect de chacun des druides ainsi que des agences parallèles.
Pris en charge par l’Organisation depuis son enfance, Quentin le considérait comme la figure paternelle qui lui faisait défaut, ce qui expliquait son constant besoin de défier cette autorité qu’il néanmoins respectait profondément. Son père, druide chevronné était mort en mission à Athènes et sa mère rongée par le chagrin le suivit deux ans plus tard, laissant du jour au lendemain Quentin seul et sans personne pour prendre soin de lui. Le Druide Suprême l’avait dès lors pris sous son aile et formé afin qu’il devienne l’un des meilleurs de sa génération.
Il n’avait connu que cette institution depuis ses huit ans mais bien qu’il ait cruellement manqué de repères sociaux, il s’en était admirablement bien sorti.
- Disons que j’ai connu des jours meilleurs.
Répondit Quentin légèrement agacé. Cette histoire de transfert temporaire vers une autre agence gouvernementale ne lui plaisait pas du tout. Mais bien qu’il ait tout tenté pour y couper, le Druide Suprême lui ne l’avait pas lâché jusqu’à ce qu’il accepte.
- Je m’en doute un peu. Dit son mentor. D’ailleurs je t’attends au bureau pour un dernier briefing. Dépêche-toi tu as déjà dix minutes de retard.
La mort dans l’âme, Quentin répondit qu’il arrivait et raccrocha. Puis il revint au bar, commanda une nouvelle pinte de bière et reprit sa partie de fléchettes comme si de rien n’était.
Perplexe, Jacques le regarda descendre la moitié de son verre avant de lui poser une question.
- Mais… tu ne devais pas y aller ? Je croyais que c’était ton boss au téléphone.
- Quoi là ? Dit Quentin d’un ton amusé. Si c’était lui mais bon, il attendra que je finisse ma bière, y’a pas le feu au lac ! Dit-il en rigolant, tandis qu’il visait la cible avec sa dernière fléchette.
Les six premières étaient toutes plantées au centre et avec celle-ci, il comptait bien terminer en beauté en la plaçant au milieu des autres. Il ferma les yeux et lança son projectile, mais celui-ci n’arriva jamais à destination. N’entendant pas le bruit caractéristique du métal s’enfonçant dans le liège, il rouvrit les yeux et vit sa fléchette immobile dans les airs à mi-distance de sa cible, tandis que le bar entier était figé. Debout à côté du projectile se tenait un homme immense mesurant plus de deux mètres dont l’imposante carrure laissait supposer qu’il ne faisait pas bon de l’irriter plus que de mesure. Sa barbe taillée avec précision retombait pardessus un costume trois-pièces gris qui semblait hors de prix, et ses chaussures en cuir noir provenaient à n’en pas douter du même endroit.
Il examina avec amusement la fléchette de Quentin, puis la prit avec deux doigts, l’arrachant ainsi à la trajectoire qui lui était destinée, pour la poser sur une table.
Quentin soupira longuement et sortant son paquet de sa poche, s’alluma tranquillement une cigarette. Il inspira la première bouffée, laissant la nicotine faire son œuvre, puis inclinant la tête vers l’arrière, recracha la fumée vers le plafond.
- C’est bon j’allais venir, ce n’était pas la peine de débarquer et de foirer mon dernier coup. Je finissais ma bière !
- Je t’ai pourtant dit que tu étais en retard. Répondit le Druide Suprême. Mais ça ne t’a pas empêché de commander une nouvelle bière à ce que je vois.
- “La bière du condamné”. Répondit ironiquement Quentin tout en tirant sur sa cigarette. Ça va j’ai bien le droit à un dernier coup vu ce qui m’attend. Qui sait quand je pourrais à nouveau en boire une ? Dit-il pensivement.
- Heu… rassure-moi. Dit le Druide Suprême. Tu n’attends pas à ce que je verse une larme tout de même ? Non parce que là je suis un peu à sec niveau yeux humides, je viens de regarder Titanic.
- Ha ha ha très drôle. Dit Quentin ironiquement.
- Bon, vu que tu sembles dépressif et en proie à un irrépressible besoin de t’alcooliser, nous ferons le briefing ici. Dès demain tu pars dans le 14e arrondissement direction la Tour Montparnasse. Une fois sur place tu montreras ce badge aux agents de sécurité et tu accéderas à un ascenseur sécurisé. Tu te rappelles comment ça fonctionne ?
- Oui merci je ne suis pas encore sénile. Dit-il légèrement agacé.
- Bien, l’espace d’un instant j’ai eu quelques doutes. Une fois arrivé tu feras la connaissance d’un autre membre de l’équipe. C’est lui qui a la charge de vous encadrer. Fais-en sorte de lui rendre la vie simple, je compte sur toi. C’est une mission qui risque de durer un certain moment et nous avons fait jouer pas mal de relations pour que cette association entre agences gouvernementales voie le jour. Beaucoup de monde risque de s’intéresser aux résultats que nous obtiendrons, quant aux autres ils profiteront du moindre faux pas pour tous nous mettre sur le carreau. Fais de ton mieux c’est très important.
- Compris. Bon si c’est tout, j’aimerai reprendre le cours de mes activités si ça ne vous dérange pas trop. Dit-il en écrasant le filtre de sa cigarette dans le cendrier en métal. J’ai une partie à terminer et quelques pintes à vider.
- Bien, je te laisse vaquer à tes… occupations. Répondit le Druide Suprême tandis qu’il laissait glisser un doigt sur l’une des tables pour en constater la saleté et la poussière dont elle était recouverte. N’oublie pas, demain 10h.
- Oui, oui. Dit le jeune druide agacé de s’entendre répéter les mêmes choses. Au fait avant que vous ne disparaissiez pour Dieu sait où, dit-il en reprenant son verre de bière tiède. C’est qui l’abruti qui va jouer au petit chef ?
Adossé à la chaise en cuir de son bureau dont le prix et la qualité ne permettaient aucun doute, Charles de Mortaix jouait distraitement sur son smartphone au dernier jeu à la mode consistant à aligner des friandises de même couleur pour les faire disparaître.
Directeur d'une entreprise familiale ayant son siège social basé dans le réputé quartier de La Défense et milliardaire depuis ses quinze ans, Charles n'attendait plus rien de la vie. Il se laissait porter par les évènements et se laissait vivre sans trop se préoccuper de ce qui pouvait bien se passer autour de lui. Y compris à ce moment précis, tandis que trois responsables des différents services lui faisaient leur rapport quotidien du lundi debout devant son bureau alors qu'il continuait à jouer comme s'ils n'étaient pas là.
- Heu... et donc nous avons réussi à dégager une marge nette de trente millions d'euros sur le dernier trimestre. Ce qui nous laisse à penser que d'ici quelques mois en supprimant deux cents postes ici qui seront par la suite relocalisés en Asie, nous serons en mesure de d'obtenir un bénéfice net record de cent quatre-vingts millions. Qu'en dites-vous Monsieur..? Monsieur..?
La question resta sans réponse, Charles étant trop absorbé par le record qu'il tentait de battre sur son téléphone dernier cri.
L'homme visiblement agacé baissa la tête et marmonna.
- C'est ridicule.
Ses collègues, interloqués par sa réaction tournèrent la tête vers lui.
- Oui, c'est ridicule. Dit-il en le regardant. On est debout comme de vulgaires sous-fifres en attendant qu'un gamin daigne lever les yeux vers nous.
- Mais calme-toi Hervé.
- Oui s'il te plaît calme-toi.
Implorèrent vainement ses collègues.
- Non j'en ai ma claque des caprices de ce fils à papa insolent et qui se fout de nous alors qu'on se saigne aux quatre veines pour lui. Je lui apprends qu'on va se faire un bénéfice record de presque deux cents millions d'euros et cet abruti reste le nez collé à son téléphone de...
Hervé n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase.
En moins que deux secondes, Charles sortit le pistolet rangé dans le holster collé sous son bureau, et tira une balle entre les deux yeux du pauvre Hervé qui s'écroula de tout son long, laissant une mare de sang là où il se tenait initialement et éclaboussant de morceaux de cervelle ses collègues au passage. L'un s'évanouit, souillant son pantalon, tandis que l'autre rendit son déjeuner sur le parquet ciré du bureau.
Puis remettant le pistolet en place, Charles reprit tranquillement sa partie.
- Merci pour ce compte rendu messieurs. Dit-il tout en continuant à jouer. Mais on ne supprime aucun poste. Je réduirais la part des bénéfices des actionnaires et chargez-vous d'attribuer une prime à tout le monde. HEADS est une société humaine et proche de ses employés. Je ne tiens pas à ce qu'ils perdent leurs emplois.
Puis il s'adressa au seul des trois encore valide.
- La réunion est ajournée. Prenez votre collègue et déguerpissez de ma vue. Pour l'autre, laissez-le ici, on s'en chargera.
- B-Bien Monsieur. Réussit à articuler l'homme tremblant comme une feuille, tandis qu'il relevait son collègue tout chancelant.
Charles appuya sur une touche du téléphone posé sur son bureau et une porte fit son apparition sur le mur en pierre à côté de lui.
La porte s'ouvrit et un homme à la stature imposante la franchit.
- Oui Monsieur ? Demanda l'inconnu.
- Disposez du corps. Certains de nos locataires du sous-sol sauront certainement quoi en faire. Dit-il en reprenant sa partie. Concernant la paperasse administrative, demandez aux ressources humaines de gérer ça, ils ont l'habitude.
- Bien Monsieur. Répondit placidement l'homme tandis qu'il tirait le corps inanimé à travers la porte par la jambe gauche, laissant une traînée ensanglantée sur le parquet ciré.
- Ha, et Matthieu ? Dit-il alors qu'il venait de battre son précédent score.
- Oui Monsieur ? Répondit l'homme tandis qu'il continuait de tirer le cadavre vers sa funeste destination.
- Demandez à l'équipe de nettoyage de passer. C'est un sacré bordel ici.
- Bien Monsieur. Répondit Matthieu tandis qu'il refermait la porte derrière lui.
Matthieu était un vétéran de la guerre du golfe, devenu homme de main et âme damnée au service de la famille de Mortaix. Les cheveux coupés à la brosse, yeux verts, il était l’exécuteur des basses besognes. Propre sur lui et toujours bien habillé, il aurait pu passer pour le parfait gendre, la personne de confiance que tout le monde recommanderait chaudement, si seulement il n'avait pas la fâcheuse tendance de transporter un pistolet équipé d'un silencieux dans un holster sous sa veste, ainsi qu'une dague maudite en bas du dos. Froid et calculateur, il n’avait jamais fait preuve de remord ou de pitié. Pour lui seul le résultat comptait et il était toujours prêt à tout pour l’obtenir.
Il chargea le corps inanimé sur un chariot et prit un ascenseur de service dont lui seul avait l'usage. Puis il appuya sur la dernière touche tout en bas du panneau représentant le symbole Ω "Omega", et la machine commença sa longue descente vers les enfers. Vingt minutes plus tard, il arriva enfin à destination et poussa sa lourde cargaison à travers le Tartare, tandis que retentissait tout autour de lui les gémissements et les plaintes des âmes torturées prisonnières des cellules depuis des siècles.
Matthieu poussa en sifflant le chariot à travers les longues allées obscures de la prison pour arriver jusqu'à une grande plaque métallique scellée sur le sol pavé.
Laissant le chariot et sa sanglante cargaison de côté, il se dirigea vers le mur et actionna non sans effort un des deux leviers. Des rouages millénaires dissimulés dans les murs de l'enceinte se mirent en route et hurlèrent à l'agonie tandis que la plaque disparaissait progressivement. Une fois la trappe ouverte, il se tint au bord et à l'aide d'une puissante lampe torche, scruta attentivement les ténèbres.
Déçu de ne pas apercevoir l'occupant, il éteignit sa lampe et retourna à son chariot. Puis l'emmenant au bord du précipice, il appuya sur un bouton et la plateforme sur roues se pencha, laissant lentement glisser le corps inanimé de l'ancien employé à travers la trappe. Le bruit mat que fit le corps quelques secondes plus tard lui indiqua qu'il avait terminé sa tâche. Il reprit sa lampe et aperçut le corps au fond de la cellule, une mare de sang se formant petit à petit tout autour.
Il allait éteindre sa lampe quand il aperçut finalement une énorme main griffue recouverte de poils surgir de l'obscurité, saisir le malheureux Gérard par le bras et le traîner lentement dans les ténèbres, ses yeux toujours ouverts, fixant l'homme de main jusqu'à disparaître complètement du rayon de lumière de la lampe.
Matthieu esquissa un sourire de satisfaction, puis retourna près du mur et actionna le levier de gauche dans l'autre sens. La trappe se referma accompagnée du même vacarme assourdissant que la première fois. Puis tout en poussant son chariot maintenant vidé de sa cargaison, il reprit tranquillement la longue allée le menant à l'ascenseur en sifflant. Tandis que dans l'obscurité du fond de sa cellule, un monstre remontant aux temps mythologiques au corps d'homme et au puissant buste de taureau, se repaissait de chair humaine en attendant patiemment son heure.
À l'autre bout de Paris, devant les grandes portes de la Tour Montparnasse, se tenait un jeune druide se demandant ce qu'il pouvait bien faire là. Rien ne lui aurait fait plus plaisir que de se retrouver dans une mission suicide risquant sa vie contre une horde de vampires ou de monstres divers plutôt que de devoir faire équipe avec de parfaits étrangers à qui il n'accorderait certainement aucune confiance. Les seules personnes sur qui il comptait se comptaient sur les doigts d'une main et il entendait bien à ce que ça ne change pas de sitôt.
Il regarda sa montre qui affichait l'heure fatidique.
- 10h00... dit-il pensivement.
Il écrasa sa cigarette sur le trottoir et se décida finalement à franchir les portes, se retrouvant dans l'impressionnant hall de réception. Il slaloma tant bien que mal parmi les touristes et se fraya un passage jusqu'au bureau de l'agent de sécurité, visiblement occupé à battre son propre record sur son smartphone.
- Bonjour...
- C'est pour quoi ? Demanda brusquement l'agent sans pour autant lever les yeux de son smartphone.
- J'ai rendez-vous et...
- Pour les rendez-vous faut voir avec l'hôtesse à côté. Dit l'homme en le coupant, tout en pointant la charmante jeune femme du pouce. Moi je ne m’occupe pas de ça.
Le sang de Quentin commença à bouillonner tandis qu'il tentait de garder son calme.
- Espèce de connard sous-payé j'ai rendez-vous et comme par hasard il fallait que ce soit à toi que je doive montrer ce foutu badge. Dit-il en le lançant sur son bureau. Donc de deux choses l'une : soit tu bouges ton cul graisseux et tu me montres où je dois aller, soit je prends ton téléphone et je te le fais bouffer morceau par morceau. Tu choisis quoi ? Je t'en prie prends la deuxième option. Dit-il tout en commençant à serrer ses poings.
L'homme aperçut le badge et son regard apathique changea du tout au tout. Il se tourna vers l'hôtesse d'accueil et lui fit un signe de la tête. Elle se pencha légèrement et appuya sur un bouton situé sous son bureau. Un déclic retentit et une porte se déverrouilla à quelques mètres de l'agent de sécurité.
Il se leva et engagea la conversation avec Quentin alors qu'il l'accompagnait jusqu'à la porte.
- Désolé pour tout à l'heure. Dit-il calmement. Mais cette petite mise en scène fait partie des consignes de sécurité. Ça permet de refouler pas mal de curieux.
- Je vois... Répondit Quentin. Et ceux qui sont plus insistants ?
- Dans ces rares cas, nous sommes autorisés à nous débarrasser des contrevenants par tous les moyens. Dit-il tout en dévoilant un pistolet automatique dissimulé sous sa large veste.
- Balles magiques ? Demanda Quentin.
- Certaines oui, les autres sont maudites.
- Pas mal... Approuva le jeune druide en esquissant un sourire de satisfaction.
Ils arrivèrent devant la porte que l'agent poussa, permettant à Quentin d'apercevoir un ascenseur dissimulé juste derrière.
L'agent souhaita cette fois-ci formellement la bienvenue à la nouvelle recrue et repartit à son bureau.
Quentin entra dans la cabine et passa son badge devant le lecteur pour déverrouiller le système de sécurité. Les boutons de sélection d'étage s'allumèrent, attendant qu'il choisisse une destination du 1er au 50e étage, tandis que la porte se referma doucement.
Il se rapprocha du panneau de commande et chuchota deux mots.
- Revelare abscondita (révéler ce qui est caché)
Une nouvelle rangée de boutons apparut sur le panneau, lui permettant cette fois-ci d'aller du 51e au 59e étage. Il appuya sur le 57e bouton et attendit patiemment de rencontrer ses nouveaux collègues.
L'ascenseur s'ouvrit sur un grand hall, des gens allants et venants de leurs pas pressés. Un classique hall de réception d'une classique société lambda. Il se dirigea vers le bureau de l'hôtesse d'accueil se trouvant à quelques mètres devant lui.
Grande, brune, de longs cheveux ondulants sur ses épaules et descendants jusqu'au bas du dos, elle tapait à toute vitesse sur le clavier de son ordinateur et n'accordait aucune importance au nouvel arrivant bien qu'il tenta d'esquisser son plus beau sourire.
- Heu... bonjour ?
- Bonjour monsieur, puis-je vous aider ?
- Je pense oui, j'avais rendez-vous ici à dix heures...
- Ha... c'est vous le druide ? Dit-elle en relevant la tête.
- Je plaide coupable. Répondit Quentin en souriant davantage. D'ailleurs si vous êtes libre ce soir je pourrais vous montrer un tour ou deux...
