La meute opale - Fanny Cameron - E-Book

La meute opale E-Book

Fanny Cameron

0,0

Beschreibung

Après une longue fuite effrénée, Luna décide de prendre un nouveau départ en s'installant sur le territoire de la puissante Meute Opale. Alors qu'elle espère pouvoir s'y cacher et rester discrète pour enfin vivre une vie tranquille, l'Alpha de la Meute Opale, Asher Morgan, en décide autrement. Sans le vouloir, elle a éveillé sa curiosité et tous ses instincts, alors qu'elle doit en permanence cacher sa véritable nature aux yeux des autres. Malheureusement pour Luna, Asher a immédiatement senti qu'elle était différente de ses congénères, et il est bien décidé à percer tous ses secrets. Ces deux êtres solitaires vont tour à tour s'éviter, s'attirer et se déchirer. Mais pourront-ils vraiment échapper au destin et à cette profonde attirance qui les pousse sans arrêt l'un vers l'autre ? Surtout quand le danger menace de les séparer à jamais ...

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 256

Veröffentlichungsjahr: 2021

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Épilogue

Prologue

Luna

Après une longue route, j’arrivai enfin à destination. Je soufflai de soulagement en passant devant le panneau indiquant que j’entrais sur le territoire de la Meute Opale. Je roulai encore quelques minutes, sur cette route bordée par une forêt dense, pour enfin atteindre la ville d’Opaline.

À ma plus grande surprise, je constatai qu’elle était beaucoup plus grande que ce que j’avais imaginée. D’après mes recherches, j’avais appris qu’il y avait de cela plusieurs décennies, cette petite ville humaine était quasiment en ruine avant que la Meute Opale ne s’installe ici. L’Alpha et ses camarades avaient tout reconstruit, tout en reboostant et en développant peu à peu l’économie locale. En devenant propriétaires de ces terres, ils avaient rebaptisé leur nouvelle ville « Opaline », en référence au nom de leur Meute. Depuis, elle s’était considérablement agrandie. De même, l’entente entre les humains et les métamorphes prospérait sur ce territoire.

Après trois ans de fuite effrénée, j’avais longtemps cherché un endroit où me poser. J’étais épuisée et j’avais besoin d’un endroit sûr pour commencer une nouvelle vie. Et quoi de mieux que le territoire d’une puissante Meute où me cacher ? En tout cas, j’avais la certitude que personne ne m’atteindrait ici. Cependant, il me restait une formalité à effectuer. Comme pour tous les grands territoires métamorphes, et même si chacun avait leurs propres lois, il était obligatoire de se faire recenser auprès de leurs services pour pouvoir s’y installer à long terme. Alors, en premier lieu, je me rendis au bâtiment officiel de la Meute, dans le centre-ville, afin de me libérer de ce poids qui me tordait l’estomac. Je me garai juste devant et ne pus m’empêcher de l’observer un moment avec appréhension. Je savais que je devais en passer par là, que c’était incontournable. Déterminée, je pris une profonde inspiration et décidai de me lancer avant de faire marche arrière. Tout en me dirigeant vers les grandes portes de la bâtisse, je me répétai plusieurs fois tous les détails de ma fausse identité, afin de ne pas m’emmêler et d’être la plus crédible possible. J’espérais simplement que ça allait suffire pour pouvoir m’installer et prendre ce nouveau départ dont j’avais tant besoin.

Chapitre 1

Luna

Je me rendis « À l’Opale », le bar métamorphe de la ville. J’entrai avec les boîtes que Mme Thomas m’avait demandé de livrer. Depuis six mois maintenant, c’était devenu mon rituel trois fois par semaine.

Le jour de mon arrivée ici, et après acceptation de mon dossier de recensement auprès des bureaux de la Meute Opale, j’avais répondu à une petite annonce. Mme Thomas, une Dame âgée, recherchait quelqu’un pour l’aider dans certaines tâches quotidiennes, en échange d’un logement individuel sur sa propriété. Je m’étais immédiatement présentée pour un entretien. J’étais tombée sous le charme de cette gentille femme, mais aussi de ce cadre de vie qui me correspondait. Du coup, je m’étais installée le jour même, sans avoir besoin de chercher un logement. La maison se trouvait isolée à environ une demi-heure de la ville. Elle était entourée par des kilomètres de forêts, de collines, avec une végétation luxuriante et n’avait que pour seul voisin, la propriété privée de la Meute Opale. À ce que j’avais compris, les membres de la Meute avaient le choix de vivre en ville ou en communauté sur ce domaine, qui se trouvait en retrait. Je supposais donc, que même si Mme Thomas était humaine, que son annonce était justement restée sans réponses à cause de cette proximité. Malgré l’entente entre les humains et les métamorphes, il était évident que certains restaient méfiants ou bien bourrés de préjugés face à des personnes différentes d’eux. Pourtant, ce n’était pas cela qui m’avait fait hésiter. Je n’avais rien contre les métamorphes, puisque moi-même je partageais mon corps avec une âme animale. Cependant, j’étais différente de mes congénères. C’était exactement pour cette raison que j’étais réticente au début. Je devais me faire discrète et ne pas attirer l’attention sur moi pour ne pas me retrouver de nouveau en danger. Mais après avoir pesé le pour et le contre, j’avais tout de même décidé de m’installer ici et je ne regrettais pas mon choix. Sans le savoir, Mme Thomas m’avait offert un véritable havre de paix. Je me plaisais dans mon petit chalet dans les bois. Et j’aimais beaucoup aider cette femme dans sa vie de tous les jours. Cependant, je devais bien m’avouer que je m’étais vite ennuyée. Habituée à être toujours en mouvement et sur le qui-vive, au départ j’avais beaucoup apprécié de pouvoir enfin me reposer un peu. Mais par la suite, c’était devenu très long, voir même angoissant de rester à ne rien faire après avoir rempli mes obligations envers Mme Thomas. Du coup, depuis un mois maintenant, je travaillais également comme barmaid plusieurs soirs par semaine « À l’Opale ».

J’entrai donc dans ce bar qui se trouvait être mon deuxième lieu de travail, pour livrer les délicieuses tartes de ma patronne. Brendon et son compagnon Emery me virent et m’adressèrent des sourires chaleureux. Ce couple de loup gérait le bar de la Meute et m’avait tout de suite mise à l’aise. Même s’ils avaient senti que j’étais différente, ils ne m’en avaient jamais rien dit. C’était d’ailleurs une des raisons pour laquelle j’avais immédiatement répondu favorablement à leur offre d’emploi, sans me poser plus de questions.

⎯ Ah, voilà notre petit rayon de soleil, s’exclama Brendon en venant à ma rencontre.

Je lui souris et lui tendis les boîtes qu’il s’empressa de récupérer.

⎯ Alors comment va Mme Thomas aujourd’hui ? me demanda Emery en s’approchant lui aussi.

⎯ Elle va bien comme à son habitude, répondis-je.

⎯ Veux-tu boire quelque chose ? me proposa Brendon après avoir déposé son chargement sur le comptoir.

⎯ Je ne veux pas vous déranger, hésitai-je.

⎯ Mais non voyons. Allez, viens t’asseoir avec nous un moment, m’ordonna Emery.

⎯ D’accord, mais pas longtemps alors, je dois encore aller faire les courses pour Mme Thomas avant de rentrer, annonçai-je en prenant place sur un tabouret.

Brendon acquiesça et passa derrière le comptoir pour me servir ma boisson, alors qu’Emery s’installa à côté de moi pour papoter.

⎯ Qu’est-ce que tu vas faire ce soir pendant ta soirée de repos ? me demanda-t-il faussement innocent.

Je me raidis, restant instinctivement sur mes gardes.

⎯ Je ne sais pas encore mais je suis un peu fatiguée. Je crois que je vais profiter de ma soirée pour me reposer, répondis-je avec hésitation.

⎯ Ou sinon, tu pourrais venir à la villa. Notre Alpha y organise un grand barbecue pour notre soirée Meute. Ça a lieu une fois par mois et c’est ouvert à tous les métamorphes de notre territoire.

⎯ Oui, comme ça on pourrait faire officiellement les présentations. Depuis le temps qu’il entend parler de toi, vous pourriez enfin faire connaissance, me dit Brendon avec un peu trop d’enthousiasme à mon goût.

⎯ Quoi ? Vous lui avez parlé de moi ? criai-je presque en les regardant avec des yeux écarquillés.

⎯ Oui. Mais bon, c’est Tessa, Cassy et Ivy qui ont commencé, me dit-il pour se dédouaner. Pour Emery et moi, c’est logique qu’on lui parle de toi puisque tu travailles ici, donc pour la Meute. Alors Asher est en quelque sorte ton patron. Puis, il se peut aussi que ceux que tu as déjà rencontrés au bar, lui aient également dit deux ou trois choses, ajouta-t-il dans un souffle.

⎯ Quoi ? Mais … pourquoi ? redemandai-je stupéfaite et de plus en plus mal à l’aise.

⎯ Eh bien, tout comme nous, les filles t’apprécient beaucoup. Elles te sont reconnaissantes de tout ce que tu fais pour Mme Thomas. Elles passent régulièrement la voir et elles ont bien vu que tu es gentille et attentionnée, et que tu t’occupes bien d’elle. Et même nos camarades de Meute qui viennent régulièrement ici, ont eu une très bonne impression te concernant, me dit gentiment Emery.

⎯ Mais ils ne me connaissent même pas, affirmai-je contrariée.

⎯ Tes actes et ta façon d’être parlent pour toi ma puce, me dit Brendon avec affection.

⎯ D’accord. Euh … je suis désolée mais … je dois y aller, annonçai-je la gorge nouée, en me levant. À plus tard, lançai-je avec un petit geste de la main en m’éloignant rapidement, sans me retourner.

En sortant du bar, je sentis encore leurs regards stupéfaits sur moi. J’inspirai profondément pour reprendre contenance et traversai la rue pour rejoindre l’épicerie d’en face. Je récupérai la liste et fis mes achats en mode automatique, perdue dans mes pensées. Cette discussion m’avait réellement perturbée. Je devais faire profil bas et au lieu de ça, plusieurs personnes parlaient de moi, de plus, à un puissant Alpha. Depuis mon emménagement, j’avais entendu beaucoup de choses sur lui et la Meute Opale. Asher Morgan avait la réputation d’être dangereux et sanguinaire lorsque cela était nécessaire. Il défendait les siens et son territoire d’une main de maître. Sa Meute était forte et soudée. Personne n’osait la défier. J’avais rencontré plusieurs de ses membres au bar, mais rarement Asher. Les seules fois où nous nous étions vus, il restait dans le salon privé du bar qu’il leur était réservé. Cependant, à chaque occasion je sentais son regard posé sur moi. Bien sûr, je faisais toujours mon possible pour l’ignorer. Face à un Alpha, ma différence serait un mystère à résoudre, mais surtout un véritable défi pour lui. Il était hors de question de m’approcher de lui, même si je savais que sa dominance, aussi puissante soit-elle, n’aurait aucun impact sur moi. Néanmoins, je devais bien avouer que ma curiosité me titillait. Une fois, j’avais entendu les filles en parler avec Mme Thomas. Elles le décrivaient comme un homme intense et très sexy, avec des yeux noirs insondables. Elles affirmaient que c’était un « aimant à femelle » mais que personne n’arrivait à susciter véritablement son intérêt. Je n’avais aucun mal à les croire. Du peu que j’avais vu, c’était évident qu’il était vraiment très attirant. Je ressentais aisément son côté sombre et dangereux. Pourtant, cela ne m’empêchait pas de sentir une redoutable tension entre nous à chaque fois qu’on se retrouvait à proximité. Mes sens s’éveillaient inexplicablement, tout comme l’animal en moi s’agitait comme pour aller le défier et l’asticoter.

Je sortis de mes pensées en arrivant à la caisse. Une fois mes achats payés, je rejoignis ma voiture avec mes sacs. Je les plaçai dans le coffre et fis le tour pour ouvrir ma portière. Toutefois, je suspendis mon geste et frissonnai en sentant une décharge électrique me parcourir le corps. Je balayai automatiquement les alentours mais rien ne m’interpela. Après une brève hésitation, je décidai de ne pas y prêter attention. La seule chose que je souhaitais à cet instant, était de retrouver mon havre de paix. Alors je m’installai derrière le volant et pris la direction de ma maison provisoire qui, je l’espérais, resterait mon refuge le plus longtemps possible.

Chapitre 2

Asher

En entrant « À l’Opale », je me dirigeai immédiatement vers le comptoir où Brendon et Emery semblaient en pleine conversation. En me sentant arriver, ils se tournèrent vers moi avec un air songeur, voir inquiet.

Je m’installai près d’eux au bar lorsqu’une délicieuse odeur me parvint. Je humai profondément pour m’imprégner de cette saveur aux notes de miel, de fleurs sauvages et d’épices. Je connaissais parfaitement ses effluves mais surtout, à qui elles appartenaient. Cela faisait un mois maintenant que j’essayais vainement de repousser les sensations qu’elles provoquaient à chaque fois en moi. Je me raidis un instant, sur le qui-vive, mais notai rapidement que l’odeur était faible. J’en déduisis donc, en me détendant doucement, que Luna, notre nouvelle barmaid, ne se trouvait plus ici.

⎯ Que se passe-t-il ? demandai-je à Brendon et Emery, en les regardant tour à tour.

⎯ On s’inquiète pour notre petit rayon de soleil, soupira Brendon, l’air inquiet.

⎯ Votre petit rayon de soleil ? répétai-je perdu.

⎯ Oui, Luna. Elle vient de passer pour déposer les tartes de Mme Thomas, m’expliqua Emery.

⎯ Et qu’est-ce qui vous inquiète au juste ? demandai-je en me raidissant malgré moi.

⎯ On a essayé de l’inviter à la soirée Meute de ce soir, mais encore une fois, elle a gentiment refusé, m’annonça Brendon, l’air triste.

⎯ Elle avait sans doute d’autres choses à faire, supposai-je.

⎯ C’est bien plus compliqué que cela à mon avis, reprit-il. Elle habite ici depuis six mois maintenant et elle ne sort jamais avec personne. On dirait même qu’elle évite toutes relations amicales. Et il y a autre chose, tout à l’heure, on lui a dit que plusieurs d’entre nous t’avait parlé d’elle. Elle semblait perturbée par cette information, puis elle a juste pris la fuite.

⎯ Vous êtes sûrs qu’elle fuyait ? leur demandai-je septique.

⎯ Oui, me confirmèrent-ils avec aplomb.

Je ne savais pas trop quoi penser de ces informations. Je m’acharnais tellement pour l’éviter à chaque fois que je la croisais, que je n’avais rien suspecté. Par curiosité, j’avais bien lu son dossier à notre bureau des recensements, mais il ne révélait pas grand-chose d’intéressant. Un sentiment d’urgence m’assaillit d’un coup.

⎯ Ça fait longtemps qu’elle est partie ? m’informai-je.

⎯ Je dirais une vingtaine de minutes, me répondit Emery en jetant un coup d’œil à l’horloge murale. Elle a dit qu’elle devait faire des courses pour Mme Thomas.

Sans un mot, je me levai pour aller me poster derrière la vitrine de notre bar. J’inspectai minutieusement la rue et arrêtai mon regard sur la devanture de l’épicerie d’en face. Je savais que Mme Thomas se fournissait uniquement dans celle-ci, alors j’attendis. J’entendis vaguement Brendon et Emery me rejoindre mais ne bougeai pas de mon poste d’observation.

⎯ Sa voiture est encore garée devant, m’informa Brendon.

Il ne fallut que quelques minutes pour la voir sortir du magasin.

⎯ Elle a l’air perdue dans ses pensées, souffla Emery à mes côtés.

⎯ Oui en effet, confirmai-je un peu déstabilisé.

Tel un prédateur, j’observai attentivement cette petite femelle qui bousculait tous mes sens depuis un mois. Elle traversa la rue pour rejoindre sa voiture garée juste devant le bar. Elle ne devait pas mesurer plus d’un mètre soixante-cinq et possédait une silhouette fine avec des courbes généreuses là où il le fallait. Des magnifiques cheveux bruns lui tombaient en boucles sur les épaules et dans son dos. Je sentis la frustration m’envahir quand je ne pus croiser son regard. Tous ceux qui l’avaient déjà rencontré, n’arrêtaient pas de s’extasier sur ses beaux yeux uniques à la couleur de l’or. Chose que je ne pouvais pas affirmer puisque j’esquivais soyeusement son regard depuis le début. À ce moment précis, ce fait m’ennuyait terriblement. En la regardant de plus près, elle semblait plus pâle que d’habitude et je constatai qu’un air triste s’affichait sur son visage d’ange. À l’intérieur de moi, mon Loup grogna et fit les cent pas, nerveux à l’idée que cette petite femelle souffrait. Je ne comprenais pas sa réaction, d’autant plus qu’il ne s’intéressait jamais à personne. Tout comme le fait que nos instincts protecteurs s’éveillèrent brusquement en nous, comme un raz-de-marée. Je la vis s’immobiliser et regarder autour d’elle comme si elle sentait mon regard l’inspecter. Cependant, elle ne s’attarda pas plus longtemps. Je suivis des yeux la voiture s’éloigner, avant de me détourner lorsqu’elle disparut de ma vue.

⎯ Que savez-vous sur elle exactement ? demandai-je aux garçons en me tournant vers eux.

⎯ Pas grand-chose, soupira Brendon en se frottant la nuque d’une main.

⎯ On ne peut pas dire qu’elle laisse vraiment les gens l’approcher ou essayer de la connaître, ajouta Emery en grimaçant.

⎯ Oui, même les filles n’ont pas eu plus de succès, surenchérit Brendon en haussant les épaules, impuissant.

⎯ Je vois, grognai-je, irrité de ne pas en savoir plus.

⎯ Mais bon, on peut quand même affirmer que malgré qu’elle soit très discrète, elle s’est beaucoup attachée à Mme Thomas. Elle est attentionnée et très protectrice avec elle. Elle s’occupe de tout et elle est toujours aux petits soins pour elle. On a aussi tous pu constater qu’elle a l’air de se plaire sur notre territoire, expliqua Emery d’un air attendri.

⎯ Oui, c’est vrai, confirma Brendon. Mme Thomas a également dit aux filles que Luna allait tous les jours se promener seule en forêt et qu’elle semblait en revenir plus sereine à chaque fois, m’informa Brendon, pensif.

⎯ Vous semble-t-elle … dangereuse ? osai-je demander pour écarter cette éventualité.

⎯ Non, me répondirent-ils d’un air offusqué à l’idée que j’aie pu ne serait-ce que l’envisager.

⎯ Ok, les rassurai-je en levant les mains devant moi pour les calmer. Je voulais simplement connaître votre ressenti.

⎯ Ouais, lâcha Brendon en regardant son compagnon. Nous pensons surtout que cette jeune femme a certainement vécu des choses difficiles dans sa vie, et qu’elle se protège sûrement, en ne laissant personne s’approcher assez près d’elle pour l’atteindre.

⎯ C’est ce que tu penses aussi ? demandai-je à Emery en me tournant vers lui.

⎯ C’est l’impression qu’on a eue, oui. Luna n’a que vingt-deux ans, mais on a souvent la sensation qu’elle porte le poids du monde sur ses épaules. Et j’avoue que ça ne me plait pas de savoir qu’elle est seule pour affronter ça, ou même une quelconque menace, ajouta Emery, l’air grave.

⎯ D’accord, je vais m’en occuper, décrétai-je sans y réfléchir davantage.

⎯ Quoi ? s’étonnèrent-ils en me dévisageant estomaqués.

Je ne répondis pas et les abandonnai avec leur expression ébahie. Je pouvais comprendre leur surprise, ce n’était clairement pas dans mes habitudes de réagir de cette façon, surtout concernant une femme. Je ne savais pas pourquoi, mais je devais absolument en savoir plus sur Luna. Elle m’intriguait et cette conversation avait encore plus attisé ma curiosité la concernant. Même mon Loup se tenait aux aguets comme s’il s’apprêtait à intervenir à tout moment. Nos instincts de chasseur s’éveillèrent, tandis que cette petite femelle était clairement devenue notre proie. Cette situation était vraiment incompréhensible et inédite pour nous, mais je me promis de tout faire pour connaître le fin mot de l’histoire.

Chapitre 3

Luna

Après une nuit agitée et une journée assez monotone, je me dirigeai vers la porte du bar pour prendre mon service. Cependant, ce soir je n’étais pas du tout dans mon assiette et j’y allais plutôt à reculons.

Cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas fait de cauchemars, mais cette nuit, une vieille angoisse était réapparue. Du coup, j’avais passé une bonne partie de la nuit à me retourner dans mon lit. En dehors de la discussion que j’avais eue avec Brendon et Emery hier, une autre mauvaise surprise m’attendait en rentrant. Mme Thomas m’avait averti qu’un homme s’était présenté chez elle, pendant mon absence, pour lui faire une offre d’achat pour sa propriété. Cela ne m’aurait pas inquiété outre mesure si elle ne m’avait pas aussi précisé, qu’il venait de la part de « riches associés anonymes ». De plus, il ne s’était même pas présenté et avait apparemment été très insistant. Elle avait réussi à lui fermer la porte au nez mais l’homme lui avait certifié qu’il repasserait bientôt la voir. Pour le coup, j’étais rassurée de savoir que cette histoire ne me concernait en rien et que je n’étais pas en cause. Mais d’un autre côté, je n’aimais pas du tout cette intrusion chez ma petite Dame. Mes instincts me dictaient que la visite de cet homme n’augurait rien de bon pour la suite. Il me semblait trop suspect pour être honnête et j’étais persuadée qu’il ne s’arrêterait pas à ce simple refus. Même si je devais rester discrète, je ne voulais pas non plus laisser cette femme se débattre seule avec d’éventuels problèmes. Elle était gentille avec un cœur immense, elle m’avait accueilli chez elle à bras ouverts sans me connaître. Je savais que je n’y pouvais rien mais malgré tout, je m’en voulais d’avoir baissé ma garde et d’avoir été moins vigilante. J’aurais dû protéger les lieux plus tôt grâce à mes dons. Je m’en étais d’ailleurs occupée hier soir, avant d’aller me coucher. Cette protection consistait à m’avertir de toutes intrusions malveillantes dans le cercle magique que j’avais créé, autour de la propriété. Donc, même en cas d’absence, je le ressentirais immédiatement puisque j’étais reliée psychiquement à celui-ci. Ce n’était pas grand-chose, mais je pouvais au moins faire ça, tout en sachant que personne n’avait la capacité de le détecter.

Me dirigeant derrière le comptoir pour prendre mon service, Brendon qui s’y trouvait déjà, m’accueillit avec son éternel sourire.

⎯ Bonjour mon petit rayon de soleil … commença-t-il.

Quelque chose dut l’interpeler chez moi puisque je vis son sourire s’estomper et ses sourcils se froncer.

⎯ Luna, est-ce que tout va bien ? Tu es toute pâle, me demanda-t-il visiblement inquiet.

⎯ Oui, oui. Ne t’en fais pas, ce n’est rien, répondis-je rapidement en me détournant pour me mettre au travail.

Je pris bien soin de ne pas prêter attention à lui et enchaînai les commandes des clients. Malgré ces coups d’œil appuyés, je fis mon possible pour rester concentrée et ne pas lui donner plus d’occasions de me questionner.

Plus tard dans la soirée, je préparais la commande pour une des tables lorsque je ressentis des picotements me remonter le long de la colonne vertébrale. Je relevai la tête pour me retrouver face à une montagne de muscles, accoudée au comptoir. Je déglutis difficilement lorsque mon regard plongea dans celui de l’Alpha.

⎯ Bonsoir Luna. Nous n’avons pas encore été officiellement présenté. Je m’appelle Asher Morgan. Je suis l’Alpha de la Meute Opale, se présenta-t-il d’une voix grave qui déclencha des frissons dans tout mon corps.

Je le fixai bouche-bée, sans arriver à lui répondre.

« Bon sang, les filles avaient vraiment raison », me dis-je pour moi-même.

J’avais toujours mis un point d’honneur pour ne pas le regarder. Mais là, devant moi, je devais me rendre à l’évidence : il était canon. Je savais qu’il était grand, cependant c’était vraiment un géant comparé à moi. Il mesurait au moins un mètre quatre-vingt-quinze, avec une carrure imposante et très musclée. Il avait des cheveux brun foncé, une mâchoire carrée parfaitement rasée, et des yeux noirs intenses qui me firent frémir. Son odeur musquée et virile avec une petite note de je ne sais quoi me parvint comme un coup de fouet, me faisant tressaillir involontairement. Je fixai un instant sa bouche qui s’étira en un petit sourire en coin, tout en m’étudiant de son regard profond. Oui, je devais bien avouer qu’il était bien trop sexy pour mes hormones et qu’il ne me laissait pas indifférente, loin de là. Je sentis mon âme animale se redresser et observer ce mâle Alpha très dominant avec beaucoup d’intérêt. Je clignai des yeux de surprise en la sentant quasiment parader devant lui. Je perçus également la puissante aura d’Asher qui nous entourait, mais aussi le danger et la menace qu’il pouvait représenter. Puis, j’aperçus son Loup qui était remonté sous la surface pour m’observer, comme si j’étais une énigme à résoudre. Je sursautai et me retournai d’un bond vers Brendon lorsque celui-ci prit la parole près de moi.

⎯ Salut Asher. Tu es venu te présenter à notre petite Luna ?

⎯ Je me suis effectivement présenté, mais pour l’instant, je n’ai pas encore eu le plaisir d’entendre sa voix, répondit Asher d’un air amusé en plissant les yeux.

J’inspirai profondément et me raclai la gorge pour me donner le temps de reprendre contenance.

⎯ Brendon puisque tu es là, je te laisse servir Monsieur l’Alpha, décrétai-je d’une voix que j’espérais assurée en me tournant vers mon collègue. Je vais aller servir les autres clients qui attendent. Ravie de vous avoir rencontré mais j’ai du travail, dis-je à Asher en me détournant volontairement.

J’ignorai avec application leurs regards estomaqués qui devaient, à cet instant, me dévisager avec insistance. Bon d’accord, ce n’était pas très classe de ma part. J’avais clairement pris la fuite. Mais bon, je n’avais rien trouvé de mieux sur le coup. Je ne m’étais pas du tout attendue à une réaction aussi extrême venant de moi, ou même de mon animal intérieur. Je ne comprenais toujours pas ce qui venait de se passer. C’était bien la première fois qu’une chose pareille m’arrivait. Pour le moment, je mis de côté mes questionnements, mais surtout les sensations qui m’assaillaient de toutes parts. Je fis mon possible pour me concentrer de nouveau sur mon travail, en évitant soigneusement de jeter des coups d’œil dans la direction d’Asher, à chaque fois que je ressentais ses yeux posés sur moi.

« Je crois que je suis dans la merde », me soufflai-je.

Chapitre 4

Asher

Je n’en revenais pas. Cette petite femelle diabolique allait me rendre fou. Cela faisait plusieurs jours que je m’étais présenté à elle au bar et qu’elle m’avait congédié comme si je n’étais personne.

Après la conversation que j’avais eue avec Brendon et Emery, j’avais décidé de me présenter à Luna pendant son service au bar pour établir un premier vrai contact. Alors lorsque Brendon m’avait envoyé un message pour m’informer qu’elle n’avait pas l’air bien, je m’étais persuadé que c’était le moment idéal. Mais surtout, j’avais imaginé, qu’en tant qu’Alpha de la Meute, qu’elle m’aurait fait part de ses préoccupations afin de lui apporter mon aide. Après tout, c’était mon rôle premier au sein des miens. Je devais toujours m’assurer du bien-être de mes camarades de Meute. Même si j’étais conscient qu’elle ne faisait pas entièrement partie de celle-ci, elle habitait tout de même sur mon territoire, donc dans un certain sens j’étais responsable de Luna. Mais bon, je ne m’étais pas du tout attendu à me faire rembarrer de cette manière. J’en étais resté bouche-bée, ne sachant pas quoi faire à part la regarder avec des yeux exorbités, tandis que mon Loup s’était immobilisé, à la fois abasourdi et quelque peu scandalisé.

Plus les jours passaient, plus je sentais la frustration me gagner. Depuis cette fameuse soirée au bar, j’avais récidivé tous les soirs où elle travaillait. Cependant je n’avais pas tenté d’autres approches, je me contentais seulement de l’observer minutieusement, tout comme ce soir. J’étais installé à notre table privée avec plusieurs de mes camarades. Malheureusement pour moi, mon petit manège n’avait pas échappé à tout le monde. Ce qui se confirma lorsqu’Ethan, mon Bêta et meilleur ami depuis l’enfance, prit la parole à ma droite.

⎯ Alors, encore à étudier ta proie Monsieur l’Alpha ? me demanda-t-il d’un air très amusé.

⎯ La ferme, ce n’est pas drôle, grognai-je.

⎯ Oh si, je t’assure que c’est même hilarant, pouffa-t-il joyeusement.

Je lui mis un coup de coude dans les côtes qui ne fit qu’accroître son amusement. Je soufflai d’exaspération en secouant la tête. Evidemment Brendon s’était empressé de lui raconter ma conversation avec notre barmaid, ou je dirais plutôt mon absence de conversation. Il n’avait pas fallu longtemps pour que cette histoire fasse le tour de la Meute. C’était tellement surprenant et improbable que j’en entendrais parler pendant longtemps.

⎯ Kris n’a toujours rien trouvé sur elle ? me demanda plus sérieusement Denis, mon premier Lieutenant qui se tenait à ma gauche.

⎯ Non, rien du tout, répondis-je gravement, irrité de ne pas en savoir plus.

En rentrant à la villa le soir où j’avais parlé à Luna, j’avais missionné Kris, notre informaticien, de faire des recherches sur elle. Si quelqu’un pouvait trouver des informations sur tout et n’importe quoi ou qui, c’était bien lui. Malheureusement, fait exceptionnel, il n’avait absolument rien trouvé jusqu’à présent. Donc, ça me confortait dans l’idée qu’il y avait déjà un problème avec l’identité de cette petite femelle. Au plus profond de moi, je pressentais que ça n’annonçait rien de bon, mais je me refusais d’abandonner.

Ethan me connaissait tellement bien qu’il en venait apparemment à la même conclusion que moi, comme s’il lisait dans mes pensées.

⎯ Tu penses que c’est une fausse identité, affirma-t-il plus que comme une question.

⎯ Oui, ça me paraît évident, acquiesçai-je. Mais maintenant, ce que j’aimerais savoir c’est pourquoi ? repris-je sombrement.

Jada, une des femelles de la Meute qui vivait en ville, nous interrompit en se plaçant devant notre table. Mon Loup se mit à grogner en sourdine, alors que je me raidis instantanément à son approche.

⎯ Bonjour Asher, cela fait un moment que nous ne nous sommes pas croisés, me lança-t-elle avec une moue boudeuse.

⎯ J’ai beaucoup de travail en ce moment, répondis-je agacé.

⎯ Pourtant, j’ai entendu dire que tu étais venu au bar quasiment tous les soirs cette semaine, me reprocha-t-elle d’une voix hautaine.

Je la transperçai immédiatement de mon regard glacial, la mettant en garde.

⎯ Mais bon, il est vrai que tu devrais te détendre plus souvent, reprit-elle plus doucement en sentant la menace. Si tu veux, je peux venir te rejoindre chez toi ce soir, on pourrait s’amuser un peu tous les deux, me proposa-telle aguicheuse.

« Oh, je vois très bien où elle veut en venir, et non merci », me dis-je pour moi-même en réprimant un grand frisson de dégoût.

⎯ Désolé, j’ai des choses plus importantes à faire, déclarai-je en me détournant d’elle pour reprendre ma conversation avec Ethan, la congédiant ainsi par la même occasion.

J’entendis ses talons claquer un peu trop fortement sur le sol quand elle s’éloigna enfin.

⎯ Bien joué, Asher. Tu as bien manœuvré, me félicita Ethan avec un grand sourire.

⎯ Se rend-elle compte que ça en devient pathétique d’essayer de te séduire ? demanda Denis l’air exaspéré.

⎯ Si seulement, soupirai-je en haussant les épaules.

⎯ Bon du coup, on fait quoi en ce qui concerne … commença Ethan avant d’être interrompu par un bruit de vaisselle brisée.