La princesse de Babylone - Mr Voltaire - E-Book

La princesse de Babylone E-Book

Mr Voltaire

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La Princesse de Babylone est un conte philosophique de Voltaire, publié en 1768. Formosante, princesse de Babylone, doit, après avoir vu défiler devant elle, les prétendants les plus nobles, épouser le berger Amazan qui a conquis sa main et son coeur. Il doit malheureusement retourner dans son pays, la contrée utopique des Gangarides, modèle de justice, d'égalité et de paix. La princesse part alors à sa recherche dans un tour du monde qui les fera voyager, ainsi que le lecteur, d'Asie en Europe, et sera l'occasion pour Voltaire d'une analyse critique des différents régimes politiques de son temps, ainsi que des religions et des moeurs. Ce nouveau combat contre l'obscurantisme, plaidoyer facétieux pour les différences culturelles est accompagnée, au gré de l'épreuve de la séparation que doivent subir les deux amants, d'une réflexion sur l'amour et la fidélité.

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2020

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La princesse de Babylone

Page de titreCHAPITRE I - Description du Palais du Roi de Babylone, Père de la Belle Babylonienne. Portrait de cette Incomparable Beauté. Oracle qui Ordonne son Mariage, et à Quelles Conditions. Trois Rois se Présentent pour l’Obtenir. Arrivée d’un Quatrième PrétendantCHAPITRE II - Tous les concurrents tentent d’accomplir l’oracle ; un seul réussit, et ne cesse pas d’être modeste. Oiseau merveilleux qu’il députe à Formosante avec un superbe présent. Quel était ce vainqueur. Son départ ; ce qui l’occasionneCHAPITRE III - Beaux raisonnements de la cour de Babylone et de la princesse Aldée sur le départ du vainqueur et sur sa condition. L’oracle est consulté de nouveau sur le mariage de Formosante ; réponse ambiguë qu’il faitCHAPITRE IV - Magnifique salon où le roi de Babylone donne une magnifique fête. Gentillesse de l’Oiseau Merveilleux dont il a été parlé. Galanteries du roi de Scythie à la princesse Aldée. Honnête proposition qu’il lui fait ; comment elle est reçue. Promesses qu’ils se font en se séparantCHAPITRE V - L’Oiseau Merveilleux parle à Formosante ; il lui fait son histoire. Description du pays des Gangarides, d’où est son ami appelé Amazan. Entreprise infructueuse d’un roi des Indes sur cette contrée. Leurs richesses, leurs guerres, leur religion. Conseils de l’Oiseau à la PrincesseCHAPITRE VI - Suite de la conversation de l’Oiseau Merveilleux et de Formosante. Mort de cet Oiseau. L’oracle est consulté ; sa réponse est si concise que personne ne l’entendCHAPITRE VII - Formosante rend les honneurs funèbres à son cher Oiseau. Le roi de Scythie enlève Aldée. La belle Princesse de Babylone part pour l’Arabie. Douze cent mille hommes se préparent à désoler l’AsieCHAPITRE VIII - Rencontre malencontreuse de Formosante dans une hôtellerie. Danger qu’elle court. Artifice dont elle use pour s’en garantir. Elle retourne à Bassora avec sa femme de chambreCHAPITRE IX - Formosante ressuscite l’Oiseau Merveilleux, et Reconnait le Phénix. Elle part pour le pays des Gangarides dans un canapé. Manière aussi commode que rapide dont elle voyageCHAPITRE X - Formosante arrive chez les Gangarides, et descend à l’hôtel d’Amazan. Belle collation qu’on lui sert. Elle visite la mère de son amant. Conversation qu’elles ont ensemble. Un merle s’en mêle aussi, et conte l’histoire de ses voyagesCHAPITRE XI - Suite du précédent. Formosante est convaincue que son amant est son cousin. Tous les merles sont exilés des bords du Gange. Elle prend aussitôt la poste pour le rejoindre à la ChineCHAPITRE XII - Formosante et sa femme de chambre arrivent à la Chine ; ce qu’elle y voit de remarquable ; beau trait de fidélité d’Amazan. Elle part pour la Scythie, ou elle rencontre sa cousine Aldée. Amitiés réciproques qu’elles se font sans s’aimerCHAPITRE XIII - Arrivée de la belle Babylonienne dans l’empire des Cimmériens. Réception qu’on lui fait. Éloge de l’impératrice des Cimmériens. Nouvelle fidélité d’AmazanCHAPITRE XIV - Amazan passe en Scandinavie, en Sarmatie. Ce qu’il voit dans ces contrées, ainsi qu’en Germanie. Il donne partout l’exemple de la fidélitéCHAPITRE XV - Formosante, suivant toujours son amant, manque de l’atteindre chez les Bataves. Elle veut passer, après lui, dans l’île d’Albion; mais Malheureusement des vents contraires la retiennent au portCHAPITRE XVI - Amazan rencontre sur la route d’Albion un milord auquel il rend service. Singulière conversation qu’ils ont ensemble. La femme du Milord Albionien devient amoureuse d’AmazanCHAPITRE XVII - Un sénateur Albionien raconte à Amazan l’histoire de son pays. La femme du Milord donne un rendez-vous à Amazan, qui n’y répond que par du respect. Le milord s’en moque, et Amazan s’en retourne en BatavieCHAPITRE XVIII - Amazan traverse la Germanie, passe à Venise. Ce qu’il y remarque. Il arrive à la ville des sept montagnes. Ce qu’il y remarque de singulierCHAPITRE XIX - Amazan arrive à la capitale des Gaules. Tableau de ce qu’il y remarque. Sa fidélité fait naufrage devant une fille d’affaire, dans les bras de laquelle il est surpris par FormosanteCHAPITRE XX - Formosante, désespérée de ce qu’elle a vu, quitte les Gaules, et voudrait y être encore. Amazan, inconsolable de son infidélité, court après FormosanteCHAPITRE XXI - Amazan vole au-delà des Pyrénées. Il rencontre le Phénix, qui lui raconte le malheur de Formosante. Amazan la délivre du danger d’être brûlée, et anéantit les bruleurs. Il se réconcilie avec FormosanteCHAPITRE XXII - Les deux amants prennent le parti de retourner à Babylone. Le roi de la Bétique leur donne des troupes pour les accompagner. Ils arrivent à Tyr, et passent en Égypte. Le roi d’Éthiopie leur donne des fêtes, et devient amoureux de Formosante. Amazan punit ce souverain, et épouse Formosante à BabylonePage de copyright

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CHAPITRE I - Description du Palais du Roi de Babylone, Père de la Belle Babylonienne. Portrait de cette Incomparable Beauté. Oracle qui Ordonne son Mariage, et à Quelles Conditions. Trois Rois se Présentent pour l’Obtenir. Arrivée d’un Quatrième Prétendant

CHAPITRE I Description du palais du roi de Babylone, père de la belle Babylonienne. Portrait de cette incomparable beauté. Oracle qui ordonne son mariage, et à quelles conditions. Trois rois se présentent pour l’obtenir. Arrivée d’un quatrième prétendant

Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre : car tous ses courtisans le lui disaient, et ses historiographes le lui prouvaient. Ce qui pouvait excuser en lui ce ridicule, c’est qu’en effet ses prédécesseurs avaient bâti Babylone plus de trente mille ans avant lui, et qu’il l’avait embellie. On sait que son palais et son parc, situés à quelques parasanges de Babylone, s’étendaient entre l’Euphrate et le Tigre, qui baignaient ces rivages enchantés. Sa vaste maison, de trois mille pas de façade, s’élevait jusqu’aux nues. La plate-forme était entourée d’une balustrade de marbre blanc de cinquante pieds de hauteur, qui portait les statues colossales de tous les rois et de tous les grands hommes de l’empire. Cette plate-forme, composée de deux rangs de briques couvertes d’une épaisse surface de plomb d’une extrémité à l’autre, était chargée de douze pieds de terre, et sur cette terre on avait élevé des forêts d’oliviers, d’orangers, de citronniers, de palmiers, de girofliers, de cocotiers, de cannelliers, qui formaient des allées impénétrables aux rayons du soleil.

Les eaux de l’Euphrate, élevées par des pompes dans cent colonnes creusées, venaient dans ces jardins remplir de vastes bassins de marbre, et, retombant ensuite par d’autres canaux, allaient former dans le parc des cascades de six mille pieds de longueur, et cent mille jets d’eau dont la hauteur pouvait à peine être aperçue : elles retournaient ensuite dans l’Euphrate, dont elles étaient parties. Les jardins de Sémiramis, qui étonnèrent l’Asie plusieurs siècles après, n’étaient qu’une faible imitation de ces antiques merveilles : car, du temps de Sémiramis, tout commençait à dégénérer chez les hommes et chez les femmes.

Mais ce qu’il y avait de plus admirable à Babylone, ce qui éclipsait tout le reste, était la fille unique du roi, nommée Formosante. Ce fut d’après ses portraits et ses statues que dans la suite des siècles Praxitèle sculpta son Aphrodite, et celle qu’on nomma la Vénus aux belles fesses. Quelle différence, ô ciel ! de l’original aux copies ! Aussi Bélus était plus fier de sa fille que de son royaume. Elle avait dix-huit ans : il lui fallait un époux digne d’elle ; mais où le trouver ? Un ancien oracle avait ordonné que Formosante ne pourrait appartenir qu’à celui qui tendrait l’arc de Nembrod. Ce Nembrod, le fort chasseur devant le Seigneur, avait laissé un arc de sept pieds babyloniques de haut, d’un bois d’ébène plus dur que le fer du mont Caucase, qu’on travaille dans les forges de Derbent ; et nul mortel, depuis Nembrod, n’avait pu bander cet arc merveilleux.

Il était dit encore que le bras qui aurait tendu cet arc tuerait le lion le plus terrible et le plus dangereux qui serait lâché dans le cirque de Babylone. Ce n’était pas tout : le bandeur de l’arc, le vainqueur du lion devait terrasser tous ses rivaux ; mais il devait surtout avoir beaucoup d’esprit, être le plus magnifique des hommes, le plus vertueux, et posséder la chose la plus rare qui fût dans l’univers entier.

Il se présenta trois rois qui osèrent disputer Formosante : le pharaon d’Égypte, le sha des Indes, et le grand kan des Scythes. Bélus assigna le jour, et le lieu du combat à l’extrémité de son parc, dans le vaste espace bordé par les eaux de l’Euphrate et du Tigre réunies. On dressa autour de la lice un amphithéâtre de marbre qui pouvait contenir cinq cent mille spectateurs. Vis-à-vis l’amphithéâtre était le trône du roi, qui devait paraître avec Formosante, accompagnée de toute la cour ; et à droite et à gauche entre le trône et l’amphithéâtre, étaient d’autres trônes et d’autres sièges pour les trois rois et pour tous les autres souverains qui seraient curieux de venir voir cette auguste cérémonie.

Le roi d’Égypte arriva le premier, monté sur le bœuf Apis, et tenant en main le sistre d’Isis. Il était suivi de deux mille prêtres vêtus de robes de lin plus blanches que la neige, de deux mille eunuques, de deux mille magiciens, et de deux mille guerriers.

Le roi des Indes arriva bientôt après dans un char traîné par douze éléphants. Il avait une suite encore plus nombreuse et plus brillante que le pharaon d’Égypte.

Le dernier qui parut était le roi des Scythes. Il n’avait auprès de lui que des guerriers choisis, armés d’arcs et de flèches. Sa monture était un tigre superbe qu’il avait dompté, et qui était aussi haut que les plus beaux chevaux de Perse. La taille de ce monarque, imposante et majestueuse, effaçait celle de ses rivaux ; ses bras nus, aussi nerveux que blancs, semblaient déjà tendre l’arc de Nembrod.

Les trois princes se prosternèrent d’abord devant Bélus et Formosante. Le roi d’Égypte offrit à la princesse les deux plus beaux crocodiles du Nil, deux hippopotames, deux zèbres, deux rats d’Égypte, et deux momies, avec les livres du grand Hermès, qu’il croyait être ce qu’il y avait de plus rare sur la terre.

Le roi des Indes lui offrit cent éléphants qui portaient chacun une tour de bois doré, et mit à ses pieds le Veidam, écrit de la main de Xaca lui-même.

Le roi des Scythes, qui ne savait ni lire ni écrire, présenta cent chevaux de bataille couverts de housses de peaux de renards noirs.

La princesse baissa les yeux devant ses amants, et s’inclina avec des grâces aussi modestes que nobles.

Bélus fit conduire ces monarques sur les trônes qui leur étaient préparés. « Que n’ai-je trois filles ! leur dit-il, je rendrais aujourd’hui six personnes heureuses. » Ensuite il fit tirer au sort à qui essayerait le premier l’arc de Nembrod. On mit dans un casque d’or les noms des trois prétendants. Celui du roi d’Égypte sortit le premier ; ensuite parut le nom du roi des Indes. Le roi scythe, en regardant l’arc et ses rivaux, ne se plaignit point d’être le troisième.

Tandis qu’on préparait ces brillantes épreuves, vingt mille pages et vingt mille jeunes filles distribuaient sans confusion des rafraîchissements aux spectateurs entre les rangs des sièges. Tout le monde avouait que les dieux n’avaient établi les rois que pour donner tous les jours des fêtes, pourvu qu’elles fussent diversifiées ; que la vie est trop courte pour en user autrement ; que les procès, les intrigues, la guerre, les disputes des prêtres, qui consument la vie humaine, sont des choses absurdes et horribles ; que l’homme n’est né que pour la joie ; qu’il n’aimerait pas les plaisirs passionnément et continuellement s’il n’était pas formé pour eux ; que l’essence de la nature humaine est de se réjouir, et que tout le reste est folie. Cette excellente morale n’a jamais été démentie que par les faits.

Comme on allait commencer ces essais, qui devaient décider de la destinée de Formosante, un jeune inconnu monté sur une licorne, accompagné de son valet monté de même, et portant sur le poing un gros oiseau, se présente à la barrière. Les gardes furent surpris de voir en cet équipage une figure qui avait l’air de la divinité. C’était, comme on a dit depuis, le visage d’Adonis sur le corps d’Hercule ; c’était la majesté avec les grâces. Ses sourcils noirs et ses longs cheveux blonds, mélange de beautés inconnu à Babylone, charmèrent l’assemblée : tout l’amphithéâtre se leva pour le mieux regarder ; toutes les femmes de la cour fixèrent sur lui des regards étonnés ; Formosante elle-même, qui baissait les yeux, les releva et rougit ; les trois rois pâlirent. Tous les spectateurs, en comparant Formosante avec l’inconnu, s’écriaient : « Il n’y a dans le monde que ce jeune homme qui soit aussi beau que la princesse. »

Les huissiers, saisis d’étonnement, lui demandèrent s’il était roi. L’étranger répondit qu’il n’avait pas cet honneur, mais qu’il était venu de fort loin par curiosité pour voir s’il y avait des rois qui fussent dignes de Formosante. On l’introduisit dans le premier rang de l’amphithéâtre, lui, son valet, ses deux licornes, et son oiseau. Il salua profondément Bélus, sa fille, les trois rois, et toute l’assemblée ; puis il prit place en rougissant. Ses deux licornes se couchèrent à ses pieds, son oiseau se percha sur son épaule, et son valet, qui portait un petit sac, se mit à côté de lui.

CHAPITRE II - Tous les concurrents tentent d’accomplir l’oracle ; un seul réussit, et ne cesse pas d’être modeste. Oiseau merveilleux qu’il députe à Formosante avec un superbe présent. Quel était ce vainqueur. Son départ ; ce qui l’occasionne

CHAPITRE II Tous les concurrents tentent d’accomplir l’oracle ; un seul réussit, et ne cesse pas d’être modeste. Oiseau merveilleux qu’il députe à Formosante avec un superbe présent. Quel était ce vainqueur. Son départ ; ce qui l’occasionne

Les épreuves commencèrent. On tira de son étui d’or l’arc de Nembrod. Le grand maître des cérémonies, suivi de cinquante pages et précédé de vingt trompettes, le présenta au roi d’Égypte, qui le fit bénir par ses prêtres ; et, l’ayant posé sur la tête du bœuf Apis, il ne douta pas de remporter cette première victoire.

Il descend au milieu de l’arène, il essaye, il épuise ses forces, il fait des contorsions qui excitent le rire de l’amphithéâtre, qui font même sourire Formosante. Son grand aumônier s’approcha de lui : « Que Votre Majesté, lui dit-il, renonce à ce vain honneur, qui n’est que celui des muscles et des nerfs ; vous triompherez dans tout le reste : vous vaincrez le lion, puisque vous avez le sabre d’Osiris. La princesse de Babylone doit appartenir au prince qui a le plus d’esprit, et vous avez deviné des énigmes ; elle doit épouser le plus vertueux, vous l’êtes, puisque vous avez été élevé par les prêtres d’Égypte ; le plus généreux doit l’emporter, et vous avez donné les deux plus beaux crocodiles et les deux plus beaux rats qui soient dans le Delta ; vous possédez le bœuf Apis et les livres d’Hermès, qui sont la chose la plus rare de l’univers : personne ne peut vous disputer Formosante.

– Vous avez raison, dit le roi d’Égypte » ; et il se remit sur son trône.

On alla mettre l’arc entre les mains du roi des Indes. Il en eut des ampoules pour quinze jours, et se consola en présumant que le roi des Scythes ne serait pas plus heureux que lui.

Le Scythe mania l’arc à son tour. Il joignait l’adresse à la force : l’arc parut prendre quelque élasticité entre ses mains ; il le fit un peu plier, mais jamais il ne put venir à bout de le tendre. L’amphithéâtre, à qui la bonne mine de ce prince inspirait des inclinations favorables, gémit de son peu de succès, et jugea que la belle princesse ne serait jamais mariée.