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Aliud, Monde des Mortels. An 521 après la Grande Guerre des Dieux. Les Terres d'Ar'Diens sont témoins d'un fait anormal : la réincarnation d'âmes, élues par le Tribunal des Enfers, pour rééquilibrer la balance des mondes. Mais derrière cette volonté se cache un jeu bien plus machiavélique que les Trois Juges ont patiemment mis en place. Entrez dans un univers riche en personnages. Ils vous conduiront d'Aliud à Enaïd, Monde des Morts où règne le Dieu Arawn et ses cinq Éternels.
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Seitenzahl: 179
Veröffentlichungsjahr: 2016
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P
REFACE :
Aux Sources de la Légende
E
PISODE 01
: Le Fleuve des Lamentés
E
PISODE 02
: Le Sceau de la Folie
E
PISODE 03
: Les Âmes Forgées
E
PISODE 04
: Qwerdam, La Cité des Femmes Guerrières
E
PISODE 05
: La Légende de l'Illusion
E
PISODE 06
: Ankaresch, l'île des Seigneurs Dragons
E
PISODE 07
: La Guilde des Bergers-Sorciers
E
PISODE 08
: Leucaliel la Blanche
P
OSTFACE
: Aux Sources de la Légende
La neige virevoltait follement sur les Terres Nord d’Ar’Diens. L’hiver s’annonçait précoce, et les anciens l’auguraient froid.
Shéliak marchait d’un pas calme. Elle revenait d'un long voyage à travers les pays de ce Monde, et la cité d'Akério, vers laquelle elle se dirigeait, épousait la fin de son périple. Emmitouflée dans sa cape épaisse, elle écoutait le fin manteau blanc craquer sous ses pas. La neige avait tout recouvert. Les chemins pavés, comme ceux de fortunes, étaient dominés par ce revêtement immaculé qui n'avait de cesse de faire disparaître les pas des aventuriers hivernaux.
La voyageuse devina enfin la silhouette massive de la grande cité des Partages. Aussi riche en histoires qu'en cultures, elle dominait fièrement toutes les contrées avoisinantes. Jonchée sur une butte naturelle, sa première ligne de remparts restait floue dans le brouillard matinal. A peine discernait-on les Géants de Granite qui gardaient chaque entrée d'Akério. Imposantes statues, elles étaient visibles par tous les temps grâce aux feux qui brûlaient jour et nuit entre leurs mains. L'absence de ces lueurs à travers la brume épaisse confirma à Shéliak que, cette fois encore, la saison du Pâle Soleil serait différente des précédentes.
La Terre des Mortels était toujours perturbée par la grande guerre qui avait éclaté deux ans auparavant. Les souvenirs de cette bataille acharnée prirent d'assaut les pensées de la jeune femme. La violence des images contrastait avec le paysage endormi qui se tenait devant elle. Comme pour mettre un terme à ces souvenirs déplaisants, le vent du nord souffla dans sa direction, apportant un silence vêtu de blanc. Shéliak apprécia la brise salvatrice. Le froid ne la dérangeait plus, et la neige qui dansait autour d'elle apaisait son âme. Elle savourait chaque instant de cette solitude bienvenue car bientôt les bruits citadins lui parviendraient aux oreilles, signifiant la fin de son voyage dans le monde d’Aliud.
Il lui aura fallu deux années pour s'acquitter de sa promesse.
Elle sourit en y repensant. C’est vrai, elle avait pris le temps mais, à bien y réfléchir, elle en possédait suffisamment pour se faire plaisir de la sorte. Redécouvrir ces autres contrées qu’elle avait autrefois foulées d’un pied avide de connaissances. Les voir avec une approche différente, certes, et dans un but bien précis, mais les revoir quand même, avec tout le lot de souvenirs que cela avait pu faire ressurgir.
Elle s’arrêta devant l’entrée Est des portes de la cité fortifiée.
Devant elle, à sa gauche, la statue du Céleste de la Miséricorde se dressait couverte des cicatrices d’une guerre encore récente. Ses bras de pierre avaient été amputés de ses deux mains, son visage n’avait plus d’expression. Plus aucune flamme ne brûlait pour guider les voyageurs. Tout ce qui avait pu apparenter le Céleste à un humain n’avait pas su passer outre les violences de ce qu’on nommait déjà dans les contes : Le Jour sans Astre.
Shéliak porta le regard sur la deuxième statue qui protégeait l’entrée Est : L’Éternel de la Vengeance. A peine éraflé, l’Opposé du Céleste semblait braver avec mépris ce dernier, protégeant des vents un petit feu rouge aux creux de ses paumes gigantesques. La jeune femme n’y accorda guère plus d’importance. Elle finit par lever les yeux au ciel accueillant la fraîcheur des flocons avec bonheur. Elle inspira une bonne bouffée d’air de ce Monde et franchit le seuil de la cité en silence.
Comme chaque fois, elle observa les gens s’affairer à leurs occupations personnelles et professionnelles avec entrain. Puis elle se dirigea vers la place mais tourna avant d’y être dans une ruelle où l’acier et le feu accompagnaient le Maître Forgeron depuis les hautes heures du matin. Elle prit un autre embranchement, moins spacieux celui-ci, situé à l’arrière de l’atelier et fut bientôt assaillie par les odeurs d’encens et d’huiles en provenance des Mers Intérieures.
La mémoire de Shéliak se réveilla une nouvelle fois lorsqu'elle huma ces mille et un parfums qui courraient d’échoppe en échoppe. De l’envoûtante cannelle, à la mystérieuse muscade venant de l'Est lointain, en passant par la fraîcheur de la lavande et les infusions de menthe des pays du Sud, l'étrangère avait un souvenir précis pour chaque senteur.
Les parfums et le temps passé s'évaporèrent au fur et à mesure que ses pas l’éloignaient des étales d’épices et d'herboristerie. Sans crainte, la jeune femme s’enfonça dans les ruelles étroites, descendit des marches pavées encore bien éclairées et emprunta des chemins creusés sous le sol d’Akério. Ici et là, quelques vendeurs à la sauvette proposaient des babioles plus ou moins intéressantes. Les chemins s’évasèrent un peu et les échoppes parallèles montrèrent enfin leurs portes. Ils étaient peu nombreux ceux qui pouvaient venir en ses lieux. Les Enseignes Miroirs, comme on les nommait dans le langage des initiés, étaient réservées à des êtres particuliers, qui bien souvent tiraient les ficelles dans l’ombre. Ici, on trouvait les Reliques dites perdues des Anciens Royaumes de tout Aliud et une bibliothèque à faire pâlir enlumineurs, conteurs, historiens et autres chercheurs. Rien à voir avec la vie de tous les jours qui affluait sans cesse à Akério. Elle posa la main sur une porte en bois ornée de fer forgé.
Un tintement résonna dans la boutique où s’entassaient quelques parchemins sur des étagères. L’odeur du papier et de l’encre régnait comme dans une salle d’étude. Shéliak ferma la porte derrière elle et se dirigea vers l’unique bureau des lieux.
« Il y a bien longtemps que vous ne m’aviez rendu visite, l’accueillit un vieillard. A l’époque, j’étais encore jeune et robuste, je maniais la plume aussi bien que la lame, et je faisais chavirer le cœur des pucelles comme celui des femmes.
-Que d’éloges à ton égard Sahor, répondit sur un ton neutre la voyageuse, alors que je suis venue ici il y a deux hivers.
-Vraiment ? s'amusa-t-il. Votre absence m'a semblé bien plus longue. Comme le Temps est cruel de jouer avec moi de la sorte. »
L'homme se courba en guise de bienvenue devant son invitée, puis s'excusa de devoir disparaître à nouveau dans son atelier. Il revint peu de temps après, les bras chargés d'un imposant ouvrage littéraire.
-Dois-je en conclure qu’il est terminé ? demanda Shéliak sans plus de joie dans la voix.
-Vous m’avez laissé deux belles années pour cela. »
Il lui tendit le livre relié par du cuir finement ciselé.
« Un travail unique, pour une œuvre qui l’est tout autant, confia-t-il en voyant Shéliak effleurer des doigts la surface de la couverture. »
La jeune femme approuva en silence et alla s’asseoir sur un fauteuil au coin d’un feu. Le vieillard lui fit face, attendant dans le silence qu'elle daigne découvrir les pages écrites.
Elle ouvrit le recueil et commença sa lecture sous le regard attentif de l'artiste.
Un lieu où toute la détresse se concentre à travers l’errance des âmes en peine.
Depuis la création des Mondes, cet endroit demeure sans flamme. La brume y est perpétuelle happant les silhouettes pour mieux leur dissimuler toute échappatoire. Ici finissent ceux qui se refusent au repos. Ceux dont l’âme rongée par les remords se laissent conduire docilement aux abords de ces eaux troubles qui ceinturent les Enfers. Les premiers Lamentés ont fini par se fondre parmi les éléments des lieux. Des âmes qui se sont précipitées dans le fleuve remontent parfois à la surface pour se faire l’écho des plaintes les plus douloureuses. On aperçoit alors, transperçant la brume, des silhouettes humides, implorantes et pleureuses qui déchirent le silence de leurs voix stridentes.
Ainsi se déroule le cercle de désespoir engendré en ces lieux.
Les eaux des Lamentations s’écoulent imperturbables dans le Monde des Ombres, entraînant dans leurs sillages d’innombrables âmes perdues.
OSHIR DE KAZONE,
Recueil des Légendes des Terres d'Ar'Diens et d'Ailleurs
Enaïd, Monde des Morts, Royaume du Dieu Arawn.
Un endroit aussi vaste que le Monde des Vivants où les Terres de Feu s'opposent à ceux de Glace. Où des lieux déserts précédent des jardins fleurissants. Le séjour des âmes offre une diversité d'enfers et de paradis au dessus desquels les cinq Éternels d'Arawn possèdent leurs quartiers.
C'est en ces lieux interdits à tous que L’Ankou se déplaçait, ombre furtive et menaçante, dans un dédale de couloirs. Des murs, mélange de terres et de roches, ressortaient des sculptures d’un réalisme saisissant. Enveloppé dans une ample cape noire, la capuche rabattue sur un visage humain qui pourrait le trahir, l’Ange de la Mort prit son arme à deux mains et la fit s’abattre devant lui. Déchirant l’illusion d’un paysage de montagnes endormies sous une voûte étoilée, l’arme courbée dévoila à son maître l’entrée des quartiers de Vengeance. Après avoir fait disparaître sa faux, l’être noir progressa dans un décor figé où resplendissait de tristesse un arbre nu penché sur un lac. Contrairement à l’illusion, le ciel, en ces lieux, était tiraillé entre les couleurs rougeoyantes d’un magnifique crépuscule et le bleu d’une nuit froidement calme.
Le silence régnait sur ces terres pleurant de solitude.
L’Ankou ne put s’empêcher de sourire intérieurement tant la retraite de la dernière élue du Seigneur des Ombres avait des similitudes avec la sienne.
« Que viens-tu faire ici, l’agressa l’ange sanguinaire ?
-Ma belle Vengeance, répondit la Mort faisant résonner sa voix d’outre-tombe sur chaque élément du paysage. Je suis ici pour profiter de ta présence, elle se fait si rare. Et accessoirement pour te signaler que le réveil des pantins a commencé. Je pense que, du coup, nous n’allons faire que nous croiser.
-Comme au bon vieux temps, cracha la voix féminine.
-Que de sens caché pour si peu de mots sortit d’entre tes lèvres. »
Les deux Éternels se jugèrent derrière l’ombre et l’abîme qui naissaient sous leur capuche.
« Sors de ces lieux ! » reprit Vengeance irritée.
L’atmosphère commença à se charger d’obscurité, réagissant à l’humeur de l’ange rouge.
« Nul besoin de me menacer, ricana L’Ankou. Je venais simplement te remettre ceci, en gage de ma gratitude pour le service rendu autrefois.
-Service qui dure encore.
-Tu ne seras pas déçue. »
La Mort lança un parchemin à son égal.
« Shéliak Hémodin est la douzième élue, comme convenu.
Voici la liste des onze autres. »
Alors qu’il repartait, tournant sans crainte le dos à Vengeance, il perçut un nouveau changement dans l’atmosphère. La colère qui émanait de l’Ange Sanguinaire rendait les lieux dangereusement instables.
« Ankavos ! hurla-t-elle ! Comment as-tu osé laisser faire ça ?
-Je suis désolé, belle amie, mais le choix ne m’appartenait pas. Oh ! Tant que j’y suis, as-tu réfléchi à ma proposition ?
-C’est hors de question que j’accepte ! Je ne contracterais aucun pacte avec toi ! Ni avec aucun être de ce Monde ou d’ailleurs !
-Bien, répondit l’Être tout de noir vêtu.
-Hors de ma vue, Ankavos ! s’énerva Vengeance.
-A bientôt, ma belle Terrifiante. »
Sur ces mots, l’Ankou s’éclipsa du domaine privé de l’Ange Rouge tandis que le Monde des Ombres tremblait en réponse à la colère de Vengeance.
*****
A l’opposé des quartiers interdits de Vengeance, La Folie et Le Cauchemar partageaient un instant de repos autour d’une tasse de thé.
« Il a encore été la déranger, soupira le Cauchemar en retenant la table qui vibrait elle aussi sous l’effet du séisme que produisaient les sentiments de Vengeance.
-Elle ne se rend pas compte de la chance qu’elle a de le voir si souvent, se lamenta la Folie.
-Mania, ma chère, Ankavos est un être difficilement supportable. Ne soyez pas jalouse de ce que vous nommez « une chance ».
-Je contrôle la Jalousie, en aucun cas je lui cède. Pouvez-vous en dire autant ?
-Vous contrôlez la Jalousie et, en tant qu’Éternel, je ne subis pas vos artifices plein de maléfices. »
Mania porta la tasse à ses lèvres et se délecta du breuvage qu’elle contenait.
« Anarazel, sourit-elle, je n’ai besoin d’aucun sortilège pour vous mettre à genoux devant moi.
-Bien évidemment, répondit l’interpellé avec un large sourire, mon consentement seul suffit à cela. »
Il leva sa tasse jusqu’à son front dans un geste de salut à l’Être assis face à lui, puis à son tour savoura le thé des Ombres.
Le vert est sa couleur, les Cens lui sont tous promis.
On rapporte que c’est lorsque les êtres vivants commencèrent à oublier leurs origines divines que fut perpétré le premier crime de sang. Le temps a emporté la raison d’un désaccord qui fit verser l’élixir de toute vie, mais la punition des dieux demeure encore parmi les hommes. Arawn, dieu des Ombres et Seigneur des Ténèbres, envoya sur la Terre des Mortels son Éternel de la Folie. Libre de choisir le châtiment, l’Ange Vert marqua de son empreinte indélébile tous les acteurs de ce crime. C’est ainsi que les premiers assassins jetèrent sur leur descendance la menace de l’Être d’Arawn. Les Cens devinrent alors réputés au-delà des mers qui bordent les Terres d’Ar’Diens comme étant de redoutables mercenaires. Pour chaque goutte de sang versée, le tatouage de la Folie rongeait l’âme et le corps du malheureux, grandissant avec les crimes avant de faire plonger l’être entre les mains de l’Ange Vert.
Cependant, pour une raison que seule la Folie connaît, celui qui versait le sang d’un Cen se voyait à son tour maudit et promis à une mort peu envieuse.
Les guerres civiles, les conflits territoriaux et toutes les autres plaies de ce monde n’ont pas joué en l’avantage des Cens qui n’ont jamais plus espéré se défaire d’un si lourd fardeau : le premier crime. Si certains semblaient s’en satisfaire, jouant sur la peur que leur nom faisait naître chez les vivants, il en est d’autres qui cherchèrent à contrer le sceau maléfique qui parcourait leur corps. Car le tatouage, qui marquait dès sa naissance un membre du clan des Cens, semblait cacher un autre secret. Dans tous les récits contés ou écrits, un seul nom revient. Un seul être a, jusqu’ici, réussi à contrôler le Sceau de la Folie, donnant une autre dimension à toute cette légende, révélant le cadeau de l’Ange Sombre.
Te souviendras-tu, mon amie, de cet homme d’exception rencontré dans le Sanctuaire d’Orié ?
Te souviendras-tu de ce compagnon qui, comme toi, vivait avec l’ombre d’un Éternel ?
OSHIR DE KAZONE
Recueil des Légendes des Terres d'Ar'Diens et d'Ailleurs
Mélarka, terre des bannis, était aussi nommée la cité d'Or, en référence à la roche jaune dont elle était issue.
Son émergence était due aux besoins que les exclus et marqués de la vie avaient eu de se protéger des forces de la nature, des animaux sauvages et des autres mortels. Ainsi, de petits appartements, en plus grands espaces, l'intérieur des roches fut creusé, de plus en plus profondément jusqu'à donner naissance à une ville hors norme.
Réputée dangereuse et malsaine, Mélarka avait dans ses auberges, tavernes ou échoppes, des criminels, voleurs, joueurs et autres assoiffés d'argent et de pouvoir. Les habitations qui s'étaient développées à l'extérieur des collines rocheuses offraient une illusion de paix au plus naïf des voyageurs. Beaucoup de contrats se liaient et se déliaient au cœur de cette cité peu fréquentable.
A l’époque où il avait quitté cette ville pour partir vers l’inconnu, Toliman se souvenait qu’Hasago Cen était le seigneur des réfugiés et qu’il ne faisait pas bon le mettre en colère.
Les grandes portes de la cité troglodytique devant lui, Toliman se demandait ce qu’il pouvait bien rester de cet esprit, près d’un siècle plus tard.
« On ne se débarrasse pas de la meilleure des vermines aussi facilement », pensa-t-il en recouvrant au mieux son corps de sa cape de lin.
Après une hésitation plus persistante qu’il ne l’aurait souhaité, Toliman pénétra dans le bruit et l’agitation de la cité des vices, redoutant l’agression de ses sens fraîchement revenus à lui.
*****
Ses yeux s’ouvrirent sur un ciel bleu, dont une partie de la grandeur était dissimulée par les branches torturées de l’arbre au pied duquel il gisait.
Véga laissa ses pupilles s’habituer à la lumière aveuglante de ces lieux. Ses yeux n’avaient plus vu de couleurs depuis si longtemps qu’il ressentait de l’impatience à découvrir un monde vivant. Les sons, qui au début n’étaient que de désagréables bourdonnements, commençaient à se révéler comme des chants de la nature, tandis que le feu dans ses poumons s’étouffait un peu plus à chacune de ses inspirations. Son corps ne lui obéissait pas encore et il dut attendre que le soleil soit haut dans le ciel avant de réussir à fermer le poing.
Sa persévérance à reprendre le contrôle de son être paya enfin. Il réussit à s’adosser au tronc de l’arbre.
L’air était doux. L’herbe autour de lui paraissait jeune et Véga en déduisit que le printemps venait seulement de s’annoncer sur ces terres. Il laissa ses yeux découvrir son environnement, avant de s'intéresser à une fleur bleue. Elle attirait son attention, comme un appel aux souvenirs prétendument oubliés. Seule sur un monticule de terre, ses pétales délicatement refermés, elle s’était approprié une croix de pierre dégradée par le temps.
Véga porta son regard au-delà des feuilles vertes et rouges incrustées dans la roche et déchiffra ces mots gravés :
« Véga Lyrae
Chevalier d’Orié
Que ton âme trouve enfin le repos »
Le jeune homme força ses souvenirs à lui révéler ce que ce monument de fortune gardait secret. Mais tandis que sa mémoire semblait s’éloigner vers l’insondable, il remarqua derrière sa sépulture une croix plus petite et plus récente. Poussé par la curiosité, il passa outre l’inertie quasi totale de son corps pour se traîner jusqu’à la seconde tombe qui semblait épouser la sienne. Il retira les mauvaises herbes et découvrit le nom de la défunte.
Un seul prénom et une phrase pour le moins étrange qui ne lui rendirent pas ses souvenirs mais emprisonnèrent son cœur dans un écrin de douleur incompréhensible.
*****
Toliman était entré dans la cité.
Depuis cinq jours qu’il était venu refouler la terre des Vivants, il se sentait sûr de lui, de ses mouvements.
Il afficha son arrogance retrouvée dans sa démarche et se dirigea vers le cœur de la cité où il espérait pouvoir faire taire la soif et la faim qui le tiraillaient. Malgré son assurance, le Réincarné dut se rendre à l’évidence : il était plus affaibli qu’il ne l’aurait voulu. Il continua d’avancer dans les rues bruyantes et poussiéreuses de Mélarka, cherchant un point de repère. Sa vue commençait à se brouiller, ses jambes tremblaient défiant l’allure qu’il voulait. Il franchit le seuil d’une taverne et alla s’asseoir au comptoir.
Toliman sentait son état empirer à une vitesse hallucinante. Il héla le tavernier et marqua son impatience en frappant le bar du poing. L’Homme ne lui prêta pas plus d’attention. Dans un élan de colère et de panique, Toliman se redressa. A cet instant, son corps cessa de lui obéir, ses jambes ne le supportèrent plus et sa vue s’embruma. Pris de vertige, il tenta de se rasseoir, mais vacilla sur le côté alors que le brouhaha des clients disparaissait dans le lointain.
Tout son être avait choisi de l’abandonner au pire endroit qu’il fut.
A peine avait-il touché le sol que Toliman sentit un attroupement autour de lui. Les bonnes âmes n’en faisaient pas partie. On s’acharna sur sa ceinture et sur ses bracelets d’or tandis que des voleurs s’emparaient de ses bottes et que d’autres se disputaient les biens de sa besace.
Traversant le gris de sa vue, le reflet d’une lame lui fit avoir un réflexe violent. L’homme qui souhaitait lui ôter ses boucles d’oreilles d’un métal plus précieux que l’or fit un bond en arrière.
Plus personne ne bougea.
Toliman esquissa un sourire mauvais. Il savait son bras et son épaule gauches découverts par ce geste à demi contrôlé. Une nudité qui n’offrait pas seulement la vision d’un corps puissant et musclé, mais révélait aussi un immense tatouage tribal qui commençait à émettre une lueur verte.
Il entendit tomber autour de lui tous les biens précédemment volés. L’homme à la dague regarda la lame de son arme. Des gouttes de sang perlaient, fraîches et maudites. Le Sceau de la Folie avait brillé pour lui, et l’idée seule commençait à lui faire perdre la raison. Il posa son regard sur le bras de l’inconnu à terre : il saignait. Le voleur, conscient de ce que cela signifiait, traversa la taverne en hurlant et continua sa course dans les rues de la cité.
« Un Cen, entendit-il prononcer tandis qu’il luttait pour ne pas sombrer dans l’inconscience. »
« Finalement, cette malédiction a toujours du bon », pensa Toliman en fermant les yeux.
*****
Elle était venue à Mélarka juste pour le voir, lui qui lui avait échappé. Lui, que les Juges avaient décidé de placer à la tête de ce qui devait être une solution pour sauver l'équilibre des Mondes.
