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Comment Mélina échappera-t-elle au mariage forcé ordonné par son père ?
L'empire des Todélane est au bord de l'effondrement. Pour sauver leur royaume, le roi et la reine n'ont qu'une solution : marier leurs filles à des alliés puissants. Entre complots, alliances dangereuses et accords secrets, les souverains réussiront-ils à préserver leur territoire ? Mélina et Mirana, les princesses du royaume, seront-elles assez fortes pour affronter le destin qui les attend ?
Promise contre son gré au redoutable roi de Taunage, Mélina devra trouver le courage de se battre pour ses droits et son avenir, même en terre dragon. Entre territoire, pouvoir, guerre et amour, les deux sœurs devront choisir entre leur devoir et leur liberté.
Plongez dans ce récit captivant d'alliances, trahisons, et héroïsme où chaque décision peut sceller le sort d'un royaume. Les mariages des princesses empêcheront-ils la guerre, ou seront-ils le début d'un conflit encore plus grand ?
À PROPOS DE L'AUTEURE :
Amélie Marion est une lectrice passionnée depuis son plus jeune âge. Infirmière et mère de famille, elle vit entre deux mondes : la réalité de son quotidien et l'univers de la romance fantastique.
La Promise de Taunage est son premier roman publié, mais de nombreuses autres aventures attendent dans ses tiroirs. Amélie aime partager sa passion pour l’écriture et ses univers imaginaires avec d’autres amateurs de lecture.
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Seitenzahl: 224
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Amélie Marion
LA PROMISE DE TAUNAGE
Fantasy
Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Graph’L
« L'imagination est l'œil de l'âme »
Joseph Joubert
Très contrarié, mon époux et roi, Danriel, s'adresse à moi d'une voix teintée de colère
— Ma reine, votre frère Dantus empiète dangereusement sur notre territoire. Avec sa malice et son goût pour un règne consacré aux nobles et à l'esclavagisme, nous devons agir ! Imaginer des plans si perfides est à son image, votre fraternel est réellement un fardeau entachant l'histoire de votre famille. Je ne le laisserai pas envahir nos terres et détruire celles de votre défunt père.
Danriel semble bel et bien irrité. Il faut dire que depuis l’aube, il s’affaire avec ses chevaliers et conseillers, en salle du trône. Ils ont passé des heures à édifier une méthode de défense contre le danger venant des territoires extérieurs. Ma présence requise immédiate, dans son bureau jouxtant la salle du trône, m’inquiète. Quelles propositions ont été évoquées ? Bien que lui seul soit décisionnaire, sa mine renfrognée ne présage rien de bon. Mon mari est un homme droit, apprécié de notre peuple et très expressif, ce qui me permet de connaître son état d'esprit profond. Le climat tendu me laisse sur mes gardes, ma sensibilité accrue me place sur la défensive.
— Que préconisent nos conseillers, cher époux ? Je suppose que vous me convoquez pour me donner votre stratégie d'action, vous n'aurez cure de mon avis, émets-je d'un ton ferme et soutenu d'une pointe d'agacement.
Je le vois agiter sa plume au-dessus de son encrier. Le regard dans le vide ainsi que son attitude rigide derrière son bureau central, assorti aux tapisseries rouges, m'indiquent clairement que sa décision va me déplaire. Parfois, j'aimerais le connaître moins, cela m'éviterait d'angoisser par avance. Mais cela m'ôte le désagrément d'une surprise qui pourrait me déstabiliser et déclencher des émotions non maîtrisées. Cela serait préjudiciable à mon rang et au bébé que je porte : je dois préserver ce petit à naître !
— Effectivement, votre présence est requise, afin que vous puissiez préparer nos filles pour leurs futurs mariages. Pour votre gouverne, les dots sont prêtes, enrichies de lopins de terre ainsi qu'un avantage conséquent en diamants provenant de nos mines du sud. Grâce à cela, mon choix pour des maris puissants et égaux à notre prestige, est assuré. Ces unions vont sceller notre supériorité politique, puis contraindre votre frère à mesurer ses ambitions dévastatrices. Nous ne pouvons laisser proliférer l'esclavagisme et des alliances terribles avec des dictateurs prônant la violence. Nous devons affirmer notre position et démontrer que la bientraitance des ouvriers et des peuples est cruciale. Nous ne pouvons pas accepter qu'il négocie des territoires sinistres et étende son monde sans humanité.
Ces annonces successives, sans me laisser dire un mot ni interrompre sa tirade, me font un effet terrible et me mettent en émoi. Le fait qu'il évoque ces unions en me regardant droit dans les yeux avec conviction et autorité, laisse présager que je vais devoir me soumettre sans contester. Mais cette allocution abrupte et déchirante ne peut me laisser de marbre.
— Pardon ! Je ne dérogerai jamais à votre jugement ni ne le remettrai en question, mais... si je comprends bien, nos filles vont servir de garde-fous ! Elles sont, et vont devenir, garantes de la prospérité des territoires ?
Son regard percute le mien avec encore plus d'intensité, traduisant son mécontentement face à ma remarque ; cela me pousse à reculer d'un pas. Du tapis doucereux bordant son bureau en bois massif, je retrouve l'inconfort des tomettes qui font claquer mes talons. À cet instant, je sais que rien ne le fera revenir sur sa décision. Notre époque est au règne des souverains et nous, femmes, devons plier face à leur autorité.
Danriel reprend avec un ton plus ferme et sans équivoque, me laissant pantoise, sans espoir d'atténuer le sort de mes enfants :
— Nos filles vont accepter ces alliances qui nous permettront d'étendre notre royaume et notre peuple, afin de modérer votre frère ! Il n'aura pas d'autre choix que de se soumettre à la gouvernance générale et aux idéaux bienveillants. Mon rôle est d'empêcher ce despote de devenir un tyran irréfléchi, allié avec des dictateurs destructeurs et terrorisant les autres royaumes. Aucune protestation ne me fera changer mes aspirations !
Son ton et sa ferveur à mon encontre, qui se veulent clairs n'arrivent pas à me faire garder le silence. Je me sens attaquée et offensée. Ma condition de femme et de reine devraient me faire taire et approuver ses dires. Pourtant, je ne peux contenir mes mots.
— Surtout d'agrandir votre puissance et supériorité pour anéantir mon fraternel, Dantus ! Vous me demandez d'acquiescer, de subir des révélations si difficiles à admettre pour la mère que je suis !
Je vocifère ces paroles tandis que je m’avance près de mon époux, avant de poser les mains sur son luxueux plateau de table.
Agacée par cette tragédie qui se profile, ma colère et mon incompréhension sont grandissantes. Je ne mesure plus mes actes ni la distance à respecter en tant que reine. Mon monde et celui de mes filles se bouleversent à cause d'un seul homme machiavélique, qui se trouve être du même sang que moi. Tout pourrait être différent, simple et serein. Pour autant, quelle autre option se présente à nous ?
— Sauver le peuple de votre défunt père est ma priorité, Sorella, ainsi que toutes les terres frontalières. Je vous demande de mieux vous tenir ! Je vous rappelle qu'il était mon ami et je ne peux laisser éradiquer ce qu'il a construit de manière prospère. Vous savez très bien que j'ai essayé de signer des arrangements avec votre frère. Ce satané Dantus est aussi cruel et oppresseur que votre père était bon et généreux. Il est son parfait opposé, en incluant même ses ambitions louables. Il refuse tout compromis et pacte, il voit en moi… Sa jalousie à mon égard le rend fou, aigri et écervelé dans ses ambitions de régner et sans doute de me destituer. Votre père aurait dû être plus prudent et me laisser une part de contrôle dans son testament. Il lui a fait confiance, mais de surcroît, votre frère est un manipulateur ayant joué avec la bonté de votre géniteur. Même pire ! Il a usé de menaces terribles pour avoir gain de cause et un règne sans encombre.
Sa tirade empreinte de véracité me laisse bouche bée, un coup de poignard aurait sans doute été moins violent. Mes filles, ma chair, vont payer pour une personne qui prône la souffrance des pauvres et détruit le travail de mon paternel. Si seulement j'avais été un homme, jamais il ne se serait produit pareil désastre ! Mon époux est quelqu'un de bien, je ne devrais pas protester. Tous les arguments qu'il m'avance, je les connais. Il voue une adoration sans borne à mon défunt père. Ma chance est qu'il reste bon envers moi. Même si mon avis n'est pas pris en compte, je sais qu'il se soucie de mon état émotionnel. Ces mariages seront notre salut et cela me met du baume au cœur, malgré ces évènements sinistres nous séparant de nos enfants. Quel autre dénouement peut-il y avoir ?
— Puis-je connaître les heureux élus, mon époux ? murmuré-je, oscillant entre peur et interrogation curieuse.
Mon regard est moins inquisiteur, plus tendre, accompagné d'un ton calme : je me suis remise à la distance préconisée et inculquée.
Danriel s'affaisse sur son siège. Mon intonation, désormais plus douce, lui procure un apaisement visible.
— Votre sagesse et votre adaptabilité vous rendent digne des plus grandes reines, ma chère, sourit-il. Mirana, notre cadette, sera l'épouse de l'héritier du clan Notington, et notre aînée, Mélina – il marque un arrêt qui me coupe la respiration - , sera la promise du roi de Taunage.
Mon cœur va louper un battement, ou pire, s'arrêter. Je ne suis même pas sûre d'avoir repris mon air. Autant Mirana sera choyée, tandis que notre fille aînée va être conduite en territoire sombre où règne le désarroi. La rage et la tristesse s'emparent de moi, je serre mes poings sur ma longue robe de soie, pour décharger ma colère. Je ne peux proférer des paroles acides envers mon époux.
— Vous n'avez... Danriel, je ne peux… dis-je, ébranlée, à la fois perplexe et résignée.
— Ma reine, nous devons sacrifier la plus forte à cette destinée rude, mais essentielle au bien commun. Elle aura la ressource nécessaire, vous le savez au plus profond de vous, puis notre accord n'est encore que tacite. Imaginez la force que nous aurons ! Notre fils à naître prendra notre place, nous devons l'aider à gagner des territoires et de bons alliés pour l'avenir. Votre frère, quant à lui, devra se plier à notre gouvernance et changer sa façon de voir le monde. Nous devons empêcher son absurdité de s'unir avec les pires tribus.
— Au détriment de nos filles... J'ai tant de mal à m'y résoudre ! Danriel, ce sacrifice… Ne peut-on pas faire autrement ?
Je retiens difficilement mes larmes et détourne le visage afin de reprendre ma posture de souveraine. Il ne servirait à rien que je perde ma crédibilité et ma place de choix dans son cœur ; j'ai déjà, semble-t-il, dépassé certaines limites. Par chance, son bon cœur m'épargne.
— Nos filles sont précieuses et gages de paix. Grâce à elles, notre avenir sera plus glorieux, achève-t-il en posant sur moi un regard plein de compassion.
Il cherche mon approbation en douceur.
J'ai eu la chance d'épouser un roi clément et attentionné. Il a toujours le souci de mon confort, de mes envies : ses égards sont distillés avec tant de délicatesse et de dévouement. Il a toujours été un amant et un époux délicieux, me couvrant de cadeaux, de baisers et de bienveillance. Mais au-delà des intentions matérielles, il est à mon chevet quand je suis malade ou chamboulée par des événements durs. Je me remémore instantanément la perte en couche de deux de nos enfants. Tous les souverains ne sont pas aussi proches de leur femme, la plupart attendent un héritier et le reste leur est complètement futile.
Je me retire sans daigner ajouter quelques mots. À l'annonce, nos filles vont être désolées. Mélina nous détestera, et notre cadette de seize ans partira trop tôt. Pour l'heure, je me dois d'organiser des départs pour de sombres noces. Je me doutais que ce jour arriverait, mais devant le fait accompli, je suis désarçonnée et dans le tumulte d'émotions contradictoires. Un royaume harmonieux par le sacrifice de mes filles. Mon rôle de mère est en duel avec celui de reine.
J'ai bien remarqué que ma reine et épouse est détruite par mes récentes déclarations, mais cette solution est la plus convenable.
Je dois recevoir ce jour le roi de Taunage, pour finaliser notre accord. Cette rencontre est vraiment importante et je vais imposer mes conditions en espérant protéger ma fille, tout en ayant les avantages du soutien du roi et de ses dragons puissants.
Le cœur vaillant, convaincu de mon choix, je sors de mon bureau pour rejoindre ma femme dans notre gigantesque hall d'entrée. Le château est largement plus imposant que ceux des autres royaumes, il a été construit sur une haute montagne et compte de nombreuses tourelles, dont deux plus importantes, ornées de tuiles d'or. Je parcours un dédale de couloirs pour accueillir le roi de Taunage. Les tapis de velours aux couleurs or et bordeaux habillent le sol et feutrent mes pas. Ces teintes sont celles des armes de ma famille, et notre écusson est un diamant brut. Chaque pièce ou couloir a des tableaux disposés de façon ordonnée et évoquent ma famille et l'histoire des Todélane. En haut des escaliers, surplombant notre hall d'entrée, je vois Sorella, de dos, dans sa grande robe d'apparat or et bordeaux, qui m'attend pour accueillir le futur époux de notre fille. Ma reine est au centre de cette pièce ronde. Cette salle expose notre richesse et nos diamants qui ornent peintures et lustres. Une fois près d'elle, je lui fais signe d'avancer, afin de nous rendre à l'extérieur de notre demeure.
Ce trajet, pourtant évocateur d'un avenir luxuriant, se fait en silence, dans une ambiance endeuillée. Notre château en pierre de sable rose du désert d'Akaba est perché sur la plus haute montagne surplombant notre village. Cette construction a dû être astreignante, avec un labeur tuant bon nombre d'ouvriers. Le chemin de terre rosâtre menant à notre humble demeure est sinueux et chaotique. Il ne nous faut pas moins de douze chevaux tirant notre carrosse, pour gravir cette route plutôt pentue. L'air vivifiant permet de nous revigorer. Nous patientons sur le perron, en bas de l'escalier en marbre, nous sommes côte à côte et pourtant si seuls. Je jette un rapide coup d'œil à ma femme : ses longs cheveux blonds virevoltent sur son épais châle en fourrure blanche. Ses yeux sont rivés sur l'horizon… Elle est inquiète. Sa tenue est impeccable, ornée de nombreux bijoux, dont sa couronne en diamant qui lui donne une prestance divine. Sa grossesse est visible et la rend encore plus délicieuse.
Mon impatience est à son comble. Je ne crains pas grand monde, mais ce roi de Taunage est décrit de manière impressionnante par la plupart des souverains l'ayant rencontré. Son père mort durant la guerre était tout aussi illustre et notoire. Malgré mes certitudes et mes convictions, je reste inquiet de cette entrevue et à l'idée de me retrouver face à cet homme glorieux qui semble faire trembler bon nombre de guerriers.
C'est un belligérant aguerri, qui, grâce à ses stratégies, est arrivé à conquérir de nombreuses terres. Selon les rumeurs il est intelligent ainsi que fin diplomate. Une fois son plan établi, il est capable par sa force de faire plier une armée entière. Sa vigueur et son goût pour les corps-à-corps sanguinaires le rendent impitoyable. Il est maître de ses dragons, et n'hésite pas à s'en servir contre ses opposants, sans leur laisser la moindre chance de survie ou de se repentir. Je n'ai jamais eu l'occasion de mener une guerre à ses côtés, mais les échos sont glaçants et scellent sa notoriété. S'il est dans notre camp, Dantus, mon beau-frère, sera moins entreprenant et craindra mes représailles.
Je suis navré que Mélina en fasse les frais, mais son destin va nous sauver. Je l'avais promis au père de ma bien-aimée reine, Sorella : j'avais juré de toujours veiller sur le royaume à son décès et de tranquilliser son fils. Il avait la crainte que ce dernier soit destructeur et n'écoute que son besoin de puissance. Il m'avait avoué ne pas comprendre pourquoi son héritier était si hautain, stratège et machiavélique. Enfant, il voulait déjà dominer les autres, et pour ce faire, il utilisait les menaces et la peur de chacun, pour imposer le respect, afin d'arriver à ses fins. Pourtant, il a été élevé dans un foyer loin de la pauvreté, avec l’amour d’une mère, certes disparue trop tôt. Je me demande souvent pourquoi il avait besoin d'être tant adulé et d'être le centre du monde. Puis, quand je repense aux craintes de mon ami et beau-père, je suis persuadé que Dantus a menacé son propre paternel pour avoir la souveraineté. Je n'ai jamais parlé de mes soupçons à ma femme pour ne pas l'attrister outre mesure, cela ne servirait à rien et surtout ne changerait pas les décisions de ce jour.
— Êtes-vous prête, ma reine ?
Mon regard se veut tendre et réconfortant, malgré cela je ressens sa tristesse et son inquiétude. Sorella se tourne légèrement vers moi, puis de sa voix douce et posée, m'informe :
— J'ai prévenu nos filles que nous leur parlerons plus tard d'un événement particulier les concernant. Je pense qu'elles ont compris qu'un changement radical allait arriver.
— Quelle a été leur réaction face à ces révélations cruciales pour leur avenir ?
Mon cœur de père résonne au travers de cette question. Même si nos intérêts prévalent, je me soucie du bien-être de mes filles.
— Mirana est insouciante et sage comme à son habitude, et Mélina demeure suspicieuse. Elles vont sans doute être grandement bousculées par un changement de vie si soudain.
Mon épouse reste digne, malgré une intonation d’une voix voilée de légers trémolos.
— Elles s'en remettront… Vous savez qu'elles seront honorées de ce devenir qui les place avec prestige dans les hautes sphères sociales. Nous devons croire en elles et en l'éducation que nous leur avons conférée.
J'essaie au travers de ces mots de prouver à Sorella que ma décision est vraiment, pour ma part, sans source d'appréhension.
— Elles ont toute une vie à faire ! Je suis inquiète de ce destin imposé… et de ce choix si rapide pour contrer les actes irréfléchis et malsains de mon frère. Mélina ne mérite pas cela ! Danriel, je suis tellement éprouvée.
— Cette alliance est plus que précieuse, et vous le savez. Nous avons besoin de royaumes puissants et d'alliés forts en cas de guerre. Vous êtes une bonne mère et leur avez donné ce dont elles ont besoin pour devenir de bonnes épouses et des reines respectables.
— Au nom de mon père ? Vous allez envoyer notre fille au fer dans un monde peuplé de bêtes sauvages et sanguinaires ? Mais quand ce cauchemar prendra-t-il fin ? Ne pouviez-vous pas en choisir un autre ? Taunage, Danriel !
Je remarque le visage fermé de ma femme, je me doute qu'elle rumine intérieurement. Elle semble perturbée et excédée, son irritation est visible. Son attitude est injuste, mais elle cède sous le poids de la colère. Pourtant, au vu de la situation, je suis persuadé qu'elle sait que c'est la meilleure des décisions à prendre. Mais perdre nos filles et les faire partir dans des mondes si différents lui fait sans doute cruellement peur. Elle reste leur mère !
Le silence nous étreint quand nous voyons apparaître dans le ciel, deux dragons noirs comme l'ébène. Des bêtes énormes et effrayantes. Je saisis la main de mon épouse pour lui donner un réconfort et lui indiquer que je suis avec elle. Alors qu'ils approchent, je remarque leurs armures solides et incroyables, tant par le cuir épais finement travaillé, que par les ornements en or. Le harnachement est recouvert de pics, sans doute pour dissuader les ennemis de toute attaque.
Une fois au sol, les bêtes sont d'autant plus impressionnantes. Elles bougent bruyamment et leurs grognements inquiétants ne nous incitent pas à les approcher. Chacun de leurs mouvements crée des vibrations dans le sol et je vois les graviers tressauter sous cette impulsion invisible. Un homme fluet descend en premier de sa monture. Il se présente avant le roi de Taunage. Il est le héraut du roi, sa tenue est simple, affublée des couleurs de leur royaume.
— Roi et reine de Todélane, nous vous remercions de votre accueil, le roi de Taunage se présente à vous.
Accaparé par cette présentation, je n'ai pas vu le souverain, et célèbre dragonnier de Taunage, approcher. Il est charismatique et mesure pas loin de deux mètres. Une carrure incomparable. Des veines saillantes sont visibles sur ses biceps. Ses cheveux ébène soulignent des yeux aussi sombres que la couleur de son dragon. Ce regard noir percutant est impénétrable et insondable, il me jauge, me laissant la sensation d'être inférieur et vulnérable. Depuis ma prise de fonction en tant que roi, ma confiance n'a jamais été égratignée ou mise à mal, mais son autorité a raison de moi. Je regarde furtivement ma femme qui semble scruter cet homme avec crainte, sa posture m'indique clairement son malaise.
C'est une première, pour ma part, d'être déstabilisé en tant que souverain, son aplomb et sa présence me rendent réellement fébrile. Cependant, je dirigerai cette négociation d’une de main de maître : je suis aussi important que lui. Mon adaptabilité me fait me ressaisir rapidement.
— Roi du royaume de Todélane, pouvons-nous commencer ? exige-t-il d'un ton impatient, comme si cette visite lui était désagréable ou que c'était moi l'invité.
Sa voix est grave et puissante. Je n'aime pas du tout ses manières.
— Roi de Taunage, merci de votre venue. Je vous présente ma reine, Sorella. Veuillez nous suivre, dis-je expressément, sans aucune chaleur, pour répondre à son attitude inconvenante.
Il ne daigne même pas regarder mon épouse, je suis inquiet de cet affront. Il semble mépriser la gent féminine. Les rumeurs se confirment.
— Je viens converser avec vous, roi Danriel, les femmes dans mon royaume ne sont là que pour perpétuer les gènes. N'y voyez pas une attaque personnelle, Madame, mais je préfère m'entretenir sans dames. Ces dernières peuvent avoir les nerfs fragiles.
— Nous procéderons selon votre coutume et votre souhait, acquiescé-je, en appuyant ma phrase d'un signe de tête.
Cela me déplaît, mais je ne peux perdre un tel arrangement.
— Ma reine, veuillez rejoindre votre boudoir. Je vous ferai prévenir une fois l'entrevue terminée.
Je vois les yeux de Sorella pleins d'amertume, mais en cet instant, sa colère me paraît futile et irrecevable. Sans un mot, et après une brève salutation, elle se retire. Je précède mon invité et le conduis dans le lieu où tout va se jouer : mon cabinet privé.
Mélina, pourras-tu me pardonner ? Et surtout, pardonner à ton oncle qui nous conduit vers des accords terribles mais salutaires ?
— Je vous en prie, asseyez-vous, roi de Taunage, insisté-je sans cérémonie, en accompagnant ma parole d'un geste qui se veut amical et accueillant.
Il prend tranquillement place et adopte une posture nonchalante qui, pour autant, dégage une présence dangereuse et charismatique. Cet homme est plein de contradictions, et sa personnalité est déstabilisante. Pour apaiser le climat tendu et me placer en tant qu'égal, je m'installe derrière mon bureau.
— Votre château est vraiment agréable, dit-il en portant une main à son visage, j'espère que votre fille est tout aussi délicate que votre femme, annonce-t-il d'un ton légèrement inquisiteur et désagréable.
— Mélina est une bonne enfant et fera une épouse dévouée, ainsi qu'une reine digne, dis-je fermement en fixant son regard pour lui ôter tout doute.
— Elle sera reine, mais surtout en charge de porter mes enfants, me coupe-t-il avec fermeté. Elle devra être une maîtresse de maison exigeante, raffinée, et savoir programmer nos festivités. Voici quelles sont mes attentes : une femme docile et discrète, pour le reste, je n'en ai cure. La terre des dragons est dangereuse, elle devra demeurer entre nos murs, annonce-t-il avec froideur et détachement.
— Ma fille remplira à merveille son rôle, notre éducation a été ferme et de qualité, je peux vous affirmer qu'elle sera dévouée et respectera les conditions du mariage.
La vision avec laquelle il aborde la femme est celle d'un homme prônant la supériorité. Mélina va être soumise et devenir une simple servante. Mais mon choix est fait. Malgré ce pressentiment désagréable, une lueur d'espoir pointe dans mon inconscient. Sans m'en rendre compte, je froisse une feuille avec force. Je ne peux lui en vouloir, j'ai longtemps pensé comme lui, avant d'avoir mes enfants. L'éducation est faite ainsi : l'homme est le maître et la femme lui est soumise. Cependant, j'appréhende cette situation pour ma fille. Une tension nerveuse naît en moi, à mesure qu'il annonce le futur de Mélina.
— Je vous fais confiance, m'affirme-t-il, satisfait. Vous désirez une alliance pour contrer le roi Dantus, du royaume de Senvillis, n'est-ce pas ? Il est fort dommage que votre beau-père n'ait pas mieux préparé son départ, et ait laissé le royaume à un si piètre successeur qui, par son besoin de puissance, serait prêt à s'allier avec les Sandafronts et les Santifères.
— Effectivement, sa façon de gouverner fait du tort, et je crains le soulèvement d'un peuple, surtout l'affront des territoires sandafront – nains des déserts –, et santifère, – terre des Orques Lycans –. Je pense que vous connaissez leur origine autant que moi !
Je suppose qu'il sait que les Orques Lycans sont des êtres ayant une capacité de mutation à la lune montante. Aucune de leurs deux apparences ne leur donne un aspect respectable, leur vision du monde est étriquée et inhumaine. Ils sont dirigés par le gouverneur Gandarok issu d’une lignée ancestrale. C'est un de ses arrière-arrière-grands-pères, Gamère Gandarok, qui a découvert la terre des Santifères, ainsi que ses occupants atypiques : les Orques Lycans. Après les avoir capturés et manipulés grâce à ses dons d'hypnotisme, les Orques Lycans sont devenus des êtres asservis et fidèles. Gamère Gandarok leur a tout pris : nom et terre, mais le pire est qu'il se sert des Santifères comme des serviteurs exécutant le moindre de ses vœux. Ils sont hommes de main, préposé à la sécurité, mais aussi d'utiles travailleurs, faisant les plus durs labeurs. Les Orques Lycans sont sous le joug des Gandarok devenus Santifères par despotisme et dictature. Je ne souhaite pas que ces derniers nous envahissent ; je pense que personne ne le désire. S'ils s'attaquent à un royaume, rien ne stoppera leur progression. Le défunt roi de Senvillis avait mis des années à modérer une guerre destructrice, et voilà que son fils réduit à néant ses arrangements d'antan.
Je regarde attentivement mon interlocuteur, il est si impassible. Quel homme puissant et déstabilisant !
— Je connais très bien l'histoire, roi Danriel, mes craintes ne sont pas aussi ancrées que les vôtres. Vous souhaitez donc mon appui… Lier nos images, ainsi qu'avoir la protection de mes dragons, si redoutés. Je constate que vos défenses sont faibles, et votre femme n'est d'aucune utilité pour contrer le roi Dantus. Ma puissance et notre alliance peuvent enrayer ce fléau. Que proposez-vous ? dit-il en prenant son menton entre son index et son pouce.
— Vous devez avoir bon nombre d'offres de mariage ainsi que des accommodements intéressants, mais vous n'êtes pas sans douter que l'union de nos empires vous offrirait de nombreux avantages pécuniaires, des terres et une puissance accrue.
Il a bien cerné le roi Dantus et semble porter un réel intérêt à sauver ce peuple. Malgré son image invincible, il est aussi très bon souverain et juste avec ses gens.
Nos yeux s'examinent avec intensité et autorité, reflétant nos personnalités fortes. Aucun ne veut plier sous le regard de l'autre. Il se redresse, et après ce silence oppressant, parle de sa voix puissante et ferme :
— C'est pour cela que j'accepte votre fille.
— M'en voilà enchanté et nous publierons cette nouvelle rapidement. La date sera celle de votre choix et la dot est prête.
— Votre fille part avec moi ce jour, le mariage aura lieu après-demain. Je n'ai que peu de temps pour ce genre de festivités, et donc l'union doit être arrangée selon mes disponibilités.
— Je ne peux vous le refuser, mais nous ne lui avons pas encore annoncé cet événement. Votre acceptation est un immense privilège.
— Si elle est aussi docile que ce qui est prétendu, elle se pliera. Je vous préviens : j'ai assez de dragons à dresser, je ne veux pas d'une sauvage aux nerfs fragiles. Donc soit elle part sur l'instant avec moi, soit je trouverai une autre femme à faire mienne.
— Elle sera enchantée de vous suivre, n'ayez aucune crainte, elle est serviable. Votre promise sera prête sur l'instant.
