la rivière sans pardon - Gisèle Tual van Gerdinge - E-Book

la rivière sans pardon E-Book

Gisèle Tual van Gerdinge

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Beschreibung

Seul un Ginkgo Biloba, au milieu d’une pelouse en Provence, gardera la mémoire d’une famille qui aurait pu être extraordinaire. Ce livre en romance certains moments incontournables. L’auteur veut sceller à tout jamais dans ces pages, l’amour infini d’un homme, d’un humaniste. Énigme traversant des générations ? Saurons-nous qui était Georgy ? Ami lecteur, si tu n’es pas en accord avec ces écrits, ne les rejette pas, car chaque ligne tente d’exprimer une trame nouvelle. Ne retiens alors que les derniers mots de l’ouvrage : « Je sais aimer et j’aime ».

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Seitenzahl: 120

Veröffentlichungsjahr: 2016

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NDA : Ne pas chercher une forme de correspondance ou reconnaissance de personnages existant ou ayant existé.

« La peinture ne reproduit pas le visible, elle rend visible. »

Paul Klee

Sommaire

Préface

Se définir à travers son propre regard

Ginkgo biloba

Mariage

Vingt-six ans auparavant

Le Domaine

Georgy Visa Prio

Roberta

Après-guerre

Rencontre de Mathias et de Juliette

La rencontre

Juliette

Pauline

Mathias

Le mariage

Léa

Le cœur de la Mission

Édouard

Accusation

L’héritage

La comtoise

Le châle

Les gens de la maison

Mariette

Rositta

Marie

Jacques

Henriette

Bernadette

Jean

Les autres

La bataille de Mathias

L’imprimerie

Mickaël, Mathias

Réussite

Les conséquences

Stella et Arielle

Stella

Arielle

J’adore ma sœur

Les journées de pêche

L’Ami 8

Les moustiques

Aux embouchures

Dépannage

Quatorze ans, âge capital

La Communion

Fête du 1er novembre

Communion du 1er novembre

Le rêve

Préparation à la Confirmation

L’action

La Confirmation

Le livre d’or

Le sacrement de la Confirmation

La cérémonie

Mes émotions

La prière

Passage

Regard personnel

Qui suis-je ?

Complice de moi-même

Qui étais-je ?

Aujourd’hui

Bien différente ?

Ma sœur

Mes oncles et ma tante

Mes grands-parents

Mes parents

Ma vie

Seconde Partie

Noël

Magdalena

Lorenzo

Sabine, l’intrigue

La gitane

L’enquête

La lettre

Rencontre

La poétesse

Retour

Crémation

Investigations

Recherches

Dossiers

L’enfant non reconnu

De quoi vivaient ces gens ?

Autre dossier : Le testament

Détresse de Mathias

Autre dossier : Qui était le chef de famille avant et après Georgy ?

Mariages des enfants de Georgy

Conclusion

PRÉFACE

Vais-je écrire mes mémoires telles que je crois m’en souvenir avec toutes les brumes voilant les années ?

Vais-je romancer la vie de ma famille ?

Je veux écrire sans retenue, je veux écrire pour dire ce que personne ne sait plus. Je veux écrire avec l’encre de mes yeux. Je veux écrire avec le blues qui est en moi.

Aujourd’hui, je suis une femme épanouie, heureuse. Je peux exprimer en toute conscience ce que mes soixante-trois années ont élaboré dans mon cadre de vie.

Comme dans une valse, le tourbillon des pensées, des actes posés en accords majeurs ou mineurs, parfois diminués mais toujours dans mon cœur, pour moi, les accords de mes souvenirs sont augmentés par l’amour que je porte aux miens.

J’aime prendre l’exemple d’une partition de musique. Sur cinq lignes parfaites que sont mes enfants, j’ai écrit la mélodie de ma vie avec la clé magique qui est mon mari.

L’armure de ma mélodie est toutes les joies ou les peines rencontrées. Tantôt dièse, tantôt bémol, mais l’accompa-gnement restera cette basse profonde et perpétuelle de mon grand-père.

Il était une fois un équilibre, un équilibre de foi, un équilibre d’amour, un équilibre d’après-guerre qui par l’euphorie et l’avidité pouvait être dévoyé…

Rien ne pouvait laisser paraître qu’ils seraient envieux les uns des autres. Le pouvoir est une chose terrible. Le pouvoir de l’argent est un fléau, le pouvoir surnaturel est une monstruosité.

Se définir à travers son propre regard

Comme un bloc de glace qui devient miroir,

Comme une lumière diffuse qui dessine les contours,

Comme une aube qui refuse le crépuscule,

Comme un soleil qui repousse l’horizon,

Mon regard ne pourra jamais voir mes yeux,

Mes yeux ne pourront jamais décrire mon âme.

Je me veux spectatrice afin de me préserver de tout jugement.

J’observe.

J’observe comme un peintre.

Sur la palette de mes souvenirs,

Je brosse le tableau de mon paysage vécu,

Avec ses couleurs, avec mes couleurs, avec leurs couleurs !

Je choisis,

Je définis,

Je sculpte chaque fait, chaque personnage.

Je modèle mes modèles.

Je les laisse s’animer sous ma plume.

Jeu des lettres et de la ponctuation.

Insolence de l’écriture, de la page blanche qui se voit enlever sa virginité. Violence des mots. Comme un dard qui s’acharne en toutes positions érotiques.

Écrire est un acte d’amour reliant l’extérieur à l’intérieur du « moi ». Épousant la forme et la pensée pour en coucher un texte, à tout jamais livré à lui même.

Ginkgo biloba

Mariage

Mon chêne à moi est un majestueux et noble ginkgo biloba ! Trois cents personnes autour d’une robe de dentelle blanche.

Lui, porte un costume bleu marine rehaussé d’un nœud papillon gris perle, mon futur mari, garçon de grande envergure, cheveux mi-longs, bruns, son regard clair. En face, un autre regard, un regard à la pupille vert tendre et des mots de bénédiction par sa bouche empreints d’émotion. Dans cette assemblée sur la pelouse, ah ! quel homme !… mon papa !

Cet homme avait fait le choix de marier sa fille, de présider, d’être l’officiant du jour, de déclarer sa fille unie devant Dieu à Mickaël au regard d’azur ! Il savait que Stella ne lui appartenait plus. Le père et la fille décidaient ensemble d’être séparés, là, sous le ginkgo biloba.

Mathias et Stella vont, dans quelques instants, se dire « À Dieu » devant Dieu et devant les hommes. Ils vont se dire « adieu » devant Mickaël, le jeune homme qui va lui enlever à tout jamais la chair de sa chair.

Sur sa gauche, assis langoureusement, les mains accueillant le ciel, le col de la chemise ouvert, il est là aussi, sur la droite de la mariée. Silencieux, sur son fauteuil doré, il domine de sa prestance et de son calme. Que pense-t-il ? Qui est-il ? Le maître de maison ? Le capitaine du bateau ? Le commandant d’une armée humaine ?…

Ils sont là tous les trois, autour de la mariée. Ils sont là, ses trois hommes, triangle magique sous la voûte du ginkgo biloba : son futur époux, son père, son grand-père.

Trois hectares et demi dans lesquels la petite Stella s’est ébattue vingt-neuf ans de sa vie, jusqu’à son mariage, jusqu’à ce jour merveilleux où son corps s’est enveloppé d’ivresse immaculée. Ses cheveux ornés de fleurs, et son cœur battant, au bras de l’homme de sa vie, Stella était heureuse. Stella allait se fondre à tout jamais dans cette union de deux corps pour ne former qu’un seul être.

Vingt-six ans auparavant

« Comme elle vous ressemble ! Et ses belles boucles blondes ! C’est une enfant magnifique ! »

Voilà ce que j’entendais du haut de mes trois ans. Les gens venaient. Je les voyais regarder, marcher, entrer, sortir.

Nous habitions une grande maison de maître, dans le Vaucluse. Autour de nous, des champs, des prés, la campagne. J’ai un très joli souvenir du clocher de mon église et des heures s’égrenant au son de ses carillons : dix heures, quatre heures. Je n’entendais pas les cloches sonner à midi. Midi c’était l’heure du repas, l’heure de la préparation, « du coup de feu » comme disait mamie. Le soir, en cas de veillées sur la pelouse, toujours près de mon ginkgo biloba, le son du clocher m’appelait vers la nuit, vers l’au-delà, vers l’inconnu.

L’inconnu est pour moi un mot très fort. Je n’ai pas vraiment envie de le connaître (il en perdrait sa vérité) tout en ayant une envie folle d’y plonger sans retenue. Je crois que ce mot guide mes actes, ma vie, mes pensées.

L’école extérieure, je ne l’ai pas fréquentée. J’étais inscrite par correspondance à l’École universelle à Paris, puis à l’école Chateaubriand.

Nous avions des cuisinières, des femmes de chambre, des précepteurs et des jardiniers, mais jamais, jamais, ces gens n’étaient exclus de notre vie privée. Ils étaient avec nous, sous notre toit, presque comme nous.

« Nous, la famille », enfants, adultes, nous tous autour de Georgy Visa Prio. C’était notre force. Solidaires, ensemble dans l’enceinte du Domaine. Nous représentions un nouvel embryon de l’humanité naissante. Un nouveau concept de comportement, de nouvelles pensées d’éducation, une nouvelle façon de se nourrir, de marcher, de vivre, de respirer ! Nous, en dehors du temps, au-delà des siècles, nous ne vivions que pour bien mourir. Nous ne vivions que pour fabriquer notre éternité et ne rien perdre de demain. Notre présent n’existait que pour le futur !

Le Domaine

Le Domaine est une maison en pierre de taille. Un perron de colonnade orné de deux magnifiques lauriers-roses ouvre sur une porte en chêne de trois mètres de haut. Trois hectares et demi de terrains boisés finissent de parer la demeure.

Le Domaine est une propriété en Provence, qui fut vendue aux enchères. Georgy Visa Prio en fit alors l’acquisition. Accompagné de son épouse Roberta et de ses deux jeunes enfants, Juliette et Pauline, il quitta Palaiseau, en région parisienne et s’installa à Montmas, petit village à sept kilomètres d’Orange, dans le Vaucluse. Ainsi se rapprocha-t-il de sa mère Magdalena.

Au rez-de-chaussée, le hall d’entrée avec, au sol, son damier noir et blanc donnant sur un escalier de cinquante-et-une marches desservant le premier étage. Puis le second. Deux immenses pièces aux plafonds hauts de quatre mètres. À gauche, une salle à manger séparée par une grande voûte, à droite, le salon, pièce identique à la salle à manger pour son architecture. Au premier étage, quatre chambres et deux salles de bain. Au deuxième niveau, un immense grenier et deux ou trois chambres de bonnes.

Georgy Visa Prio

Il était un artiste complet : violoniste, compositeur, peintre, écrivain, auteur de livres, de pièces de théâtre. Deux de ses belles peintures murales ornent encore les murs du salon du Domaine. Il écrivit également des textes de chants lyriques, emportant plus tard dans ses créations, sa fille Carmen. Avant la Seconde Guerre mondiale, il fonda à Paris un orchestre avec des premiers prix de conservatoire mais ne put donner de concert. L’orchestre fut dissout à la déclaration de guerre.

Georgy Visa Prio, poète et écrivain, avait en plus un métier qui faisait vivre sa famille : il était directeur de division d’un centre de tri.

C’était homme aux yeux de lynx, portant une moustache épaisse au-dessus de belles lèvres charnues. Son crâne nu était auréolé de cheveux blancs faisant tout le tour de son intelligence. Un pantalon gris en tissu infroissable, sauf aux plis du haut des cuisses, car il était plus souvent assis que debout, l’accompagnait chaque jour. La taille en était étranglée par une ceinture élastique de même couleur. Chemise blanche au col ouvert en toute saison. Quand il faisait froid, un gilet en mohair au col châle calfeutrait les courants d’air sur son dos.

Sa journée était réglée comme du papier à musique. Il la commençait dans son bureau, occupé par l’écriture. Puis il jouait du violon à onze heures, debout à son pupitre de musique en fer forgé, confectionné par son fils aîné. Repas à douze heures, puis lecture du journal dans son fauteuil de cuir en mâchonnant des chewing-gums de Los Angeles.

Roberta

Petite femme aux yeux marron, Roberta était toujours bien mise. Chaque vendredi elle allait chez le coiffeur et en ressortait les cheveux frisés par une permanente et légèrement bleutés d’une teinture qui couvrait ses cheveux blancs. Sa jolie poitrine qui avait nourri six enfants, était toujours mise en valeur par des robes à l’encolure en V et au décolleté généreux. Un collier chaque jour différent, en accord avec la couleur de ses vêtements, finalisait sa coquetterie journalière.

Levée la première, et pour cause ! Qui aurait pu rivaliser ? Cinq heures du matin, avant le chant du coq, grand soin dans sa salle de bain, pour ne descendre qu’une heure après. À six heures, la maîtresse de maison était d’attaque pour encadrer vingt personnes au quotidien.

Roberta, je n’en parle pas beaucoup. Roberta est une femme discrète et besogneuse. Besogne énorme d’élever six enfants ! En accord total avec son époux mais dépassée par les événements. Elle assume d’une façon parfaite l’intendance.

Je ne suis pas ici pour discuter,

Je suis ici pour raconter.

Après-guerre

Comment ? Pourquoi ? Alors que Georgy était à Paris, son troisième enfant, son premier fils, eut une crise d’appen-dicite. Il fallut l’hospitaliser d’urgence et l’enfant fut opéré sans délai. Son père revint en catastrophe à Montmas pour apprendre l’erreur de diagnostic. L’appendice allait très bien. L’opération pratiquée était inutile. Son fils avait été charcuté à tort. Le ventre ouvert par erreur !

Georgy se révolta… Il eut le feu sacré, la descente du Ciel en lui. Il fallait qu’il écrive un message pour la Terre. Un message qui n’avait plus rien à voir avec ses écrits précédents. J’imagine qu’une grande solitude l’enveloppa… puis la Lumière vint l’éclairer.

Son épouse Roberta nous raconta qu’une nuit elle avait aperçu son mari sur le rebord de la fenêtre, debout, figé, en transe, inondé de pensées créatrices, d’émotions violentes…

« La nuit rouge », poème qui dépeignait son tourment prémonitoire. En voici un quatrain :

J’aimais la nuit naguère. Aujourd’hui je redoute

Et couvre de sommeil les heures où jadis

S’exaltait mon esprit aux voix des Paradis.

J’erre au fond de moi-même et perds l’humaine route.

Le fruit de ses inspirations fut rassemblé dans trois livres, « La Trilogie de son Message ».

Pendant l’écriture du premier de ses trois ouvrages, Georgy s’affirma guérisseur. Il commença à soulager avec ses mains. Il magnétisa des bouteilles d’eau en verre non transparent. Il reçut du monde. Des personnes du village vinrent au Domaine. Le bouche à oreille fonctionna et la renommée de Georgy s’affirma. La tache d’huile grandit. Un grand guérisseur venait de naître. Il forma sa femme et sa fille aînée à la guérison. Juliette, alors âgée de dix-sept ans, seconda son père dans une complicité merveilleuse.

Ces trois livres sont un chemin de vie, une ligne directive existentielle.

Dans les années 50, le vent tourna. La maison du Bon Dieu devint “la maison du diable”. Georgy n’était plus le “bon guérisseur”. On se rapprochait du ciel avec danger. Et si pour un temps cette position semblait honorable, rapidement les questions furent posées, et encore plus vite les réponses coururent vers la calomnie. Des termites, des insectes, des rongeurs malsains vinrent détruire l’harmonie de nos journées.