La théorie du chaos - Sandra Vergoby - E-Book

La théorie du chaos E-Book

Sandra Vergoby

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Beschreibung

Evie se réveille chaque matin avec une lourdeur accablante, incapable de trouver la motivation pour affronter sa journée. Son quotidien est marqué par des insomnies, des sautes d’humeur et une perte de goût pour tout ce qui l’entoure. Sa vie prend un tournant tragique lorsqu’elle rencontre un psychiatre dont les méthodes peu orthodoxes la déstabilisent encore plus, sans savoir qu’elle est victime d’une manipulation machiavélique. Les séances deviennent un champ de bataille émotionnel, où Evie est confrontée à ses propres démons et à la dure réalité de sa condition. Les révélations sur son passé et les traumatismes qu’elle a subis ajoutent une profondeur poignante à son parcours où chaque petit événement peut déclencher une série de réactions en chaîne, illustrant la théorie du chaos.

 À PROPOS DE L'AUTRICE 

Pour son troisième roman, Sandra Vergoby signe un drame psychologique traitant de l’impact destructeur des relations toxiques sur la santé mentale, mais aussi un thriller captivant qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Les rebondissements inattendus, meurtres, enquêtes, secrets et les révélations choquantes ajoutent une dimension de suspense qui rend cet ouvrage encore plus addictif.

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Seitenzahl: 190

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Manon Sourdon

Les masques de l’amour

Un roman sur les illusions de l’amour

et la force de renaître

© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025

www.lysbleueditions.com

[email protected]

ISBN : 979-10-422-9729-9

Prologue

Le jour où j’ai dit oui

Dans une belle robe blanche devant tous nos proches, ce jour-là, sans le savoir, je me suis condamnée.

Un simple mot. Trois lettres. « Oui. »

Comment aurais-je pu imaginer que ce oui, prononcé avec tant d’espoir et d’amour, serait le début de ma descente aux enfers ?

Comment aurais-je pu deviner que l’homme qui se tenait face à moi, souriant et prometteur, cachait derrière ses yeux sombres un abîme qui allait m’engloutir ?

Aujourd’hui, trois ans plus tard, alors que je pose enfin ces mots sur le papier, je comprends que cette histoire devait être racontée. Pas pour me venger, pas pour accabler, mais pour témoigner. Pour toutes celles qui, comme moi, ont cru aux contes de fées et se sont retrouvées prisonnières de leurs propres rêves.

Mon histoire commence trois ans plus tôt, sous le soleil brûlant d’Avignon, pendant le festival de théâtre. Le soleil dessinait des sourires sur nos visages, nos yeux brillaient à l’odeur des vacances qui s’annonçaient. Tout semblait possible, tout semblait magique.

Si seulement j’avais su…

Première partie

Les illusions

Chapitre 1

Sous le soleil d’Avignon

Le vacarme des caisses de scène s’agitait autour de nous. Les préparatifs du festival de théâtre mondialement connu revêtaient leurs plus beaux atours, tandis que les responsables donnaient leurs directives et affichaient leur programmation. L’effervescence était palpable dans chaque rue, sur chaque place de la cité des Papes.

Moi, Clara Dubois, 25 ans, les yeux gris-vert et les cheveux blond doré par le soleil du Midi, j’étais une vraie fille du Sud. Née et ayant grandi dans les environs d’Avignon, j’avais cette décontraction provençale chevillée au corps, cette façon particulière de prendre la vie comme elle vient, avec le sourire et l’accent qui chante.

J’étais indépendante depuis plusieurs années, vivant seule dans un duplex niché entre les collines, non loin de la ville. Un logement peut-être trop grand pour une fille seule, mais j’aimais cette sensation d’espace, cette décoration épurée dans les tons gris, où mon chat Picasso régnait en maître des lieux. Il avait ce regard malicieux des félins qui savent qu’ils sont les vrais propriétaires de la maison.

Mes journées s’organisaient autour de mon travail dans une école primaire, où l’administratif et l’animation rythmaient mes heures.

J’aimais ce contact avec les enfants, leur spontanéité, leur capacité à voir la beauté là où les adultes ne la voient plus. Mais le soir venu, je plongeais dans mon vrai monde, celui de mes rêves, de l’art, des couleurs. Je dessinais à en perdre haleine, laissant ma main courir sur le papier, libérant tout ce que mon cœur contenait de beauté et d’espoir.

Mon plus grand rêve ? Vivre la vie d’artiste. Je voulais vivre de mon art, exposer mes toiles, voir mes créations toucher d’autres âmes.

Mais pour l’instant, ce rêve restait enfermé dans mon atelier improvisé, entre les murs de mon duplex.

Nous sortions tout juste de la période COVID et de ses multiples restrictions. L’isolement avait été de mise pendant de longs mois, et maintenant que la vie reprenait ses droits, j’étais bien décidée à profiter de mon été. C’est pour cette raison que je m’étais inscrite sur une application de rencontres. Il était temps de sortir, de faire des rencontres, de laisser l’amour frapper à ma porte.

Car si j’avais une faille, une blessure béante qui ne se refermait jamais totalement, c’était ce besoin viscéral d’être aimée. J’avais grandi dans un environnement familial toxique, avec des parents déchirés qui se disputaient constamment. Mon père était souvent absent, parti à l’étranger pour son travail, et ma mère avait trouvé quelqu’un qui me maltraitait dès que les choses n’allaient pas dans son sens. Il avait une vraie dent contre moi, comme si ma simple existence le dérangeait.

J’avais appris, très jeune, à rester dans mon coin, à me faire invisible pour éviter les conflits. Je me sentais souvent de trop, avec un réel manque affectif qui creusait un vide en moi. Mais je me consolais en me disant que plus grande, je trouverais quelqu’un qui me verrait vraiment pour qui j’étais au fond.

Cette quête de l’amour, ce besoin d’être reconnue et chérie, allait être mon talon d’Achille. Mais à cette époque, sous le soleil d’Avignon, je n’en avais pas encore conscience. Je ne savais pas encore que certaines personnes sachent repérer ces blessures à des kilomètres et s’en servir comme d’un appât.

Chapitre 2

Premier regard,

premiers mensonges

Un soir, après une journée de travail particulièrement longue, je m’effondrais dans mon canapé, Picasso ronronnant à mes côtés.

Mon téléphone vibra pour me notifier que j’avais un match sur l’application. Mon cœur fit un petit bond – cette excitation mêlée d’appréhension qu’on ressent quand quelque chose de nouveau se profile à l’horizon.

Il s’appelait Julien. Grand, brun, les yeux noirs et la peau méditerranéenne. D’une corpulence moyenne, il avait un style vestimentaire plutôt sombre : tee-shirts et pantalons noirs, bonnet gris, lunettes rectangulaires qui donnaient une certaine intensité à son regard. Sa barbe brune assez longue lui conférait un petit côté artistique, bohème.

Ce n’était pas spécialement mon type d’homme, physiquement parlant. Moi qui avais plutôt tendance à craquer pour les types sportifs au look décontracté, je fus surprise d’être attirée par son profil. Mais il avait une biographie très drôle qui laissait entrevoir une personnalité pleine d’humour. Il y stipulait être belge, et quelques minutes après notre match, il m’envoya son premier message.

JULIEN : Salut, comment vas-tu ? Tu es très belle.

CLARA : Salut, je vais bien, merci, et toi ? Je te remercie du compliment.

JULIEN : Mais de rien, c’est sincère. Tu es à Avignon, je vois, tu es originaire d’ici ?

CLARA : Oui, j’ai vu que tu étais belge, que fais-tu ici ?

JULIEN : Je suis ingénieur son et lumière, je suis ici pour travailler sur le festival. Ce n’est pas la première année que je viens le faire.

La conversation continua sur ce ton léger de la découverte de l’autre. C’était drôle, fluide et léger. Il avait effectivement beaucoup d’humour, un sens de la répartie qui me plaisait. Nous échangions sur nos passions respectives. Lui, la technique du spectacle, moi l’art et l’enseignement. Il semblait s’intéresser sincèrement à ce que je faisais, posait des questions pertinentes sur mes dessins, mes projets.

Puis vint cette fameuse question qui change tout :

JULIEN : Tu recherches quoi ?

CLARA : Quelque chose de sérieux, je suis une romantique. Et toi ?

JULIEN : Pareil !

CLARA : Pour ne rien te cacher, tu vis en Belgique tout le reste de l’année et je ne pense pas être faite pour une relation éphémère.

JULIEN : Oh, je comprends, mais justement, je pense m’installer dans le sud de la France pour le travail. On m’a fait une proposition et il se pourrait bien que je l’accepte, d’autant plus si j’ai une motivation à côté pour rester !

CLARA : AHAH, je vois, je vois. Dans ce cas-là, ça change tout !

Le piège se refermait déjà, mais je n’en avais pas conscience. Cette « proposition de travail » qui tombait si bien, si opportunément, aurait dû m’alerter. Mais j’étais dans cette phase de l’attraction où l’on veut croire, où l’on arrange les faits pour qu’ils correspondent à nos désirs.

JULIEN : Ça te dit qu’on se boive un verre ensemble ?

CLARA : Oui, pourquoi pas !

JULIEN : Super ! Vendredi après-midi, tu serais dispo ?

CLARA : Je bosse, mais j’ai un trou de 14 h à 16 h. Si tu veux, on peut se rejoindre au bar d’à côté ?

JULIEN : Allez, go ! On fait comme ça !

Mon cœur battait un peu plus vite. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas ressenti cette excitation-là, cette impatience de rencontrer quelqu’un. J’avais l’impression que quelque chose d’important était en train de commencer.

Les jours suivants, nos échanges se multiplièrent. Il était drôle, intelligent, semblait s’intéresser à moi de façon sincère. Il me racontait son travail, les coulisses du festival, les artistes qu’il côtoyait. Moi qui rêvais de ce milieu artistique, j’étais fascinée par ses récits. Il me parlait aussi de sa Belgique natale, de Bruxelles qu’il aimait tant, de ses amis du milieu du spectacle.

Parfois, il y avait des petites incohérences dans ses histoires, des détails qui ne collaient pas tout à fait. Mais j’étais si heureuse d’avoir trouvé quelqu’un d’intéressant que je balayais ces doutes d’un revers de main. L’amour rend aveugle, dit-on. Je commençais à en faire l’expérience.

Chapitre 3

La magie des premiers baisers

Le jour de la rencontre arriva plus vite que prévu. Je choisis mes vêtements avec soin – une robe d’été légère, bleue comme mes yeux quand la lumière s’y reflète, des sandales confortables, car je ne savais pas si nous allions marcher. J’étais impatiente et nerveuse à la fois. Voilà quelques jours que nous faisions connaissance de manière virtuelle et cela me plaisait énormément. Il était temps de se voir en vrai, de voir si le ressenti serait le même.

À 14 h précises, je me trouvais sur la terrasse d’un petit bar de village, commandant un Coca-Cola en attendant. Puis je le vis arriver au loin. Tout en noir effectivement, les cheveux un peu dégarnis – plus que sur ses photos –, la démarche assurée et ce regard intense que j’avais déjà remarqué sur ses clichés.

En le voyant s’approcher, je me dis que ce n’était clairement pas mon genre de mec. Trop sombre, trop mystérieux peut-être. Mais quand il me fit la bise, quand je sentis son parfum boisé et cette façon qu’il avait de me regarder comme si j’étais la plus belle femme du monde, mes réticences s’envolèrent.

Il commanda une bière et me rejoignit à la table. Nous commençâmes à parler de tout et de rien – la météo, comment s’était passée notre matinée, ses impressions sur le festival qui commençait à battre son plein.

— C’est dingue cette effervescence, me dit-il en désignant la rue où passaient des comédiens costumés. Chaque année, c’est la même magie qui opère. Avignon se transforme complètement.

— Tu as de la chance de pouvoir vivre ça de l’intérieur, lui dis-je.

Moi, je ne suis qu’une spectatrice, mais j’adore cette ambiance.

— Tu veux que je te fasse visiter les coulisses un jour ? J’ai accès à tous les lieux, ça pourrait t’intéresser, vu ta passion pour l’art.

Ses yeux pétillaient quand il parlait de son travail. Il me raconta des anecdotes sur les artistes, les petits drames et les grandes joies des préparations. J’étais captivée. Et puis nous rigolâmes beaucoup. Il avait vraiment le sens de l’humour, une façon de voir les choses décalées qui me plaisait énormément.

Le temps passa à toute allure. À contrecœur, je lui dis que je devais le quitter pour retourner au travail.

— Déjà ? fit-il avec une moue déçue. Le temps file quand on passe un bon moment.

Il me raccompagna jusqu’à l’entrée de l’établissement scolaire.

Devant les grilles, il se tourna vers moi.

— Écoute, j’ai passé un moment formidable. Ça te dirait de passer la soirée avec moi ? Je connais quelques endroits sympas.

Comme j’avais vraiment apprécié ce moment avec lui, j’acceptai sans hésiter.

— Avec plaisir ! À quelle heure ?

— Je peux passer te chercher à la sortie si tu veux ? Vers 17 h 30 ?

— Parfait !

Il me fit un sourire éblouissant et partit d’un pas léger. Je le regardai s’éloigner, le cœur battant un peu plus fort. Quelque chose me disait que cette rencontre allait changer ma vie.

Quelques heures plus tard, je le retrouvai au portail de l’école, fidèle au rendez-vous.

— Tu m’as dit que tu étais OK pour qu’on se fasse un truc ce soir, commença-t-il. Je me suis dit qu’on pourrait aller dans un bar, puis ensuite manger un bout ensemble ?

— Pas de souci ! répondis-je, un peu surprise de le voir si organisé pour une soirée improvisée.

Nous prîmes ma voiture pour aller en centre-ville. Il me mena dans un petit pub à l’ambiance très rock et écossaise. L’endroit était typique, avec ses boiseries sombres, ses fanions et sa musique qui donnait envie de bouger. Nous prîmes un verre et refîmes le monde ensemble.

Une vraie complicité se formait entre nous. C’était presque magique, comme si on s’était toujours connus. Il me parlait de ses voyages, de tous ces festivals où il avait travaillé en Europe. Moi, je lui racontais mes rêves d’artiste, mes projets d’exposition, cette envie qui me tenaillait de créer quelque chose d’important.

— Tu sais, me dit-il en sirotant sa bière, j’adore ta façon de voir les choses. Il y a une pureté dans tes ambitions qui me touche.

— Une pureté ?

— Oui, tu crois encore aux beaux projets, aux rêves qui se réalisent. C’est rare de nos jours.

Ces mots me réchauffèrent le cœur. Personne ne m’avait jamais parlé de mes rêves avec autant de respect et d’admiration.

Puis nous allâmes dans un restaurant italien non loin de là. Le repas était délicieux – des pâtes aux fruits de mer que nous partageâmes en riant, un tiramisu qui fondait sur la langue. Pour finir la soirée, nous nous promenâmes dans la ville.

C’est là, dans les ruelles de la vieille ville d’Avignon, sous les étoiles naissantes, que nous nous embrassâmes pour la première fois. Ce fut doux, plaisant et passionné à la fois. Ses lèvres avaient un goût d’été et de promesses. J’ai su à ce moment-là qu’avec lui, ça ne serait pas comme les autres.

Quand nous nous séparâmes, il posa son front contre le mien.

— Clara, murmura-t-il, je crois que je vais avoir du mal à repartir en Belgique.

— Qui te dit que tu dois repartir ? répondis-je en souriant.

— Personne, justement. Personne.

Ce soir-là, en rentrant chez moi, j’avais l’impression de flotter sur un nuage. Picasso vint me faire des câlins, comme s’il sentait mon bonheur. Je passai une partie de la nuit éveillée, repensant à cette soirée magique, à ce baiser qui avait le goût du début de quelque chose de grand.

Si j’avais su à quel point je me trompais…

Chapitre 4

Quand la réalité rattrape le rêve

Depuis ce jour, nous ne nous lâchâmes plus. Julien et moi nous voyions quotidiennement. Le festival battait son plein et il me faisait découvrir son univers professionnel. Nous nous écrivions constamment des messages le matin au réveil, pendant les pauses, le soir avant de dormir. Le courant entre nous passait merveilleusement bien.

Un soir, après le travail, je le rejoignis près du théâtre où il travaillait. Quand j’arrivai, il était contre un mur, fumant une cigarette, entouré par ses collègues. L’image était parfaite : ce groupe de techniciens et d’artistes, dans cette ambiance de fin de journée, la fatigue du travail bien fait se mêlant à l’excitation des spectacles à venir.

— Salut tout le monde ! lançai-je en m’approchant.

Ils me proposèrent une soirée à faire tous ensemble. Au début, j’hésitai – je ne connaissais personne et j’avais cette timidité naturelle qui me faisait parfois fuir les groupes. Mais Julien me prit la main.

— Allez, tu ne vas pas le regretter, me dit-il. Et puis, j’aimerais bien te présenter mes collègues.

Il avait raison. Cette soirée fut mémorable.

Nous étions tous allés boire un verre d’abord. Il y avait des techniciens du spectacle, des acteurs, des artistes, des directeurs artistiques, des metteurs en scène… Je me fis rapidement bonne amie avec une actrice allemande qui parlait un anglais et un français parfaits. Elle était grande, blonde, avec des cheveux coupés au carré et des yeux bleus perçants. Plutôt discrète, mais d’une intelligence remarquable.

— Tu sais, me dit-elle dans un anglais teinté d’accent germanique, Julien n’arrête pas de parler de toi depuis qu’il t’a rencontrée.

— Vraiment ?

— Oh oui, il dit que tu es différente des autres filles qu’il a connues. Plus authentique.

Ces mots me firent plaisir, mais quelque chose dans sa façon de les dire me laissa perplexe. Comme si elle en savait plus qu’elle ne le disait.

L’alcool coulait à flots, c’était peu dire. Nous partîmes ensuite manger des nems dans un petit restaurant vietnamien, puis nous rejoignîmes tous une soirée réservée aux artistes et travailleurs du festival.

Une fois là-bas, je découvris un spectacle extraordinaire : une grande cour d’école primaire prise d’assaut par tout un tas d’artistes.

Des DJ mixaient de la musique électro, une régie au milieu s’occupait du son et des lumières, une buvette d’appoint avait été installée et au milieu, plein de gens dansaient dans une ambiance électrique.

Moi qui rêvais de la vie d’artiste, je me sentais à ma place, dans mon élément. Cette ambiance bohème, cette créativité qui flottait dans l’air, ces gens passionnés qui ne parlaient que d’art et de projets fous… J’avais l’impression d’avoir trouvé ma tribu.

Mais à force de boire, et la fatigue aidant, je m’évanouis au milieu de la foule. Une fille vint m’aider et me mit à l’écart, me donna un verre d’eau. Julien me rejoignit vite, inquiet.

— Ça va ? Tu m’as fait peur !

— Oui, excusez-moi, je ne suis pas habituée à autant d’alcool.

— Allez, je te raccompagne à ta voiture.

Sur le chemin du retour, nous étions tous les deux un peu éméchés, mais heureux.

— Alors, verdict ? me demanda-t-il. Tu as aimé découvrir mon univers ?

— J’ai adoré ! C’est exactement la vie dont je rêve.

— Eh bien, peut-être qu’un jour tu en feras partie pour de bon.

Cette phrase résonna en moi comme une promesse. Je nous imaginai déjà, dans quelques mois, dans quelques années, travaillant ensemble dans ce milieu, moi exposant mes œuvres, lui s’occupant de la technique. Un couple d’artistes, libres et passionnés.

Mais la discussion autour de la distance revenait régulièrement sur la table. Je ne voulais pas continuer une relation si je savais que dans quelques semaines c’était fini. Je souhaitais me préserver de toutes les douleurs que je pouvais éviter.

Un matin, alors que nous prenions le petit-déjeuner sur ma terrasse, il aborda le sujet.

— Clara, j’ai quelque chose d’important à te dire.

Mon cœur se serra. Les « quelque chose d’important », ça commence rarement bien.

— J’ai accepté l’offre d’emploi. Je vais venir m’installer à Avignon prochainement.

Je crus que j’allais exploser de joie.

— Vraiment ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

— Non, c’est la vérité. Cette proposition tombait bien, et je dois avouer qu’avoir une raison de plus de venir dans le Sud n’a pas nui à ma décision.

— Je suis ravie ! Je me dis que le destin fait bien les choses.

Auprès de lui, je me sentais bien, heureuse. Il avait cette façon de me regarder qui me donnait l’impression d’être la plus belle et la plus intéressante des femmes.

Puis vint la première nuit passée ensemble. Ce fut doux, passionné, intense. Un vrai lien se créa entre nous cette nuit-là. Nous étions tout simplement amoureux, ou du moins c’est ce que je croyais.

Je vivais un vrai conte de fées, persuadée d’avoir rencontré l’homme de ma vie. Mais j’allais vite déchanter…

Chapitre 5

La vérité éclate à Marseille

Nos soirées dans les bars et restaurants continuèrent. Ces moments magiques où nous mangions sur le pouce une pizza et partagions une bouteille à pas d’heure au milieu d’un théâtre vide après les représentations. Cette vie de bohème dont j’avais toujours rêvé semblait enfin à ma portée.

Un jour, Julien me proposa d’aller passer une journée à la plage, à Marseille.

— Ça te dit qu’on s’évade un peu ? J’ai envie de te voir en maillot de bain, ajouta-t-il avec un sourire coquin.

— Avec plaisir ! J’adore Marseille.

Nous partîmes tôt le matin, ma vieille Clio chargée de tout le nécessaire de plage. Le trajet fut délicieux – nous chantions sur la musique, parlions de tout et de rien, nous nous arrêtions pour admirer le paysage provençal qui défilait sous nos yeux.

À Marseille, nous déjeunâmes de bouillabaisse dans un petit restaurant au bord du port. Le soleil tapait fort, l’air sentait l’iode et les vacances. Nous nous promenâmes ensuite sur les rochers calanques blanches, nous baignâmes dans une eau cristalline.

— Tu es magnifique, me dit-il en me regardant sortir de l’eau.

Le soleil brûlait nos peaux déjà dorées et nos baisers avaient le goût de la mer. Nos corps s’effleuraient dans l’eau agitée par le mistral qui s’était levé dans l’après-midi. Nous nous projetions avec des enfants, nous imaginions le futur ensemble.

— J’aimerais qu’on ait une petite fille qui te ressemble, me chuchota-t-il à l’oreille.

— Et moi, un petit garçon avec tes yeux noirs.

— On les emmènerait ici tous les étés, on leur apprendrait à nager, à aimer la mer.

Ces projections d’avenir me rendaient folle de bonheur. Enfin, quelqu’un qui voulait construire avec moi, qui se projetait dans une vraie vie de famille.

En fin d’après-midi, alors que nous nous apprêtions à repartir, il me dit quelque chose qui me surprit :

— J’aimerais qu’on passe voir quelqu’un ici, à Marseille. C’est une amie de la famille qui m’a élevé quand ma mère n’était plus là. Ça te dérange ?

— Bien sûr que non, je serais ravie de la rencontrer !

Nous voilà partis pour lui rendre visite. C’était une dame d’une cinquantaine d’années, les cheveux blond-gris coupés très courts, de taille assez grande, avec des yeux noisette pétillants de bonté. Elle était très gentille et m’accueillit très bien.

— Alors c’est toi, Clara ! Julien m’a tellement parlé de toi !

Elle nous invita à manger et je proposai mon aide pour préparer le dîner. Dans la cuisine, elle me regarda avec un sourire bienveillant.

— Tu sais qui je suis pour lui ?

— Oui, une amie de la famille qui l’a élevé.

— Donc, tu sais que je suis la maman de son ex-petite amie ? Nous sommes restées en bon contact malgré leur rupture.

Je manquai de lâcher le saladier que je tenais entre les mains.

— Ah ! Euh… non, il ne m’a pas dit ça !

J’étais complètement décontenancée. Pourquoi ne m’avait-il pas prévenue ?

— Mais ne te fais pas de souci, continua-t-elle en voyant ma gêne.

Je n’ai plus de contact avec ma fille depuis longtemps, et puis je considère Julien comme mon fils. Il a le droit d’être heureux.

Je ne dis rien et continuai à préparer le dîner, mais un malaise s’était installé en moi. Pourquoi ne m’avait-il pas dit la vérité ? Nous passâmes à table et je mis toute mon énergie à paraître normale et à ne pas gâcher ce moment qui était néanmoins sympathique.