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Dans un monde qui change à grande vitesse, je me glisse entre les mailles du filet pour apprendre et évoluer. Les petits bonheurs, les rencontres et les épreuves sont autant de leçons que peut donner le grand livre de la vie. Je laisse derrière moi la violence, les conflits pour ne garder que les bons sentiments. Alors commence le changement.
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Seitenzahl: 270
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Traverser le pays Comme on traverse ses rêves Frémir aux moindres souvenirs Comme aux traces du passé La mémoire est pesante Pour l’esprit surpris On se souvient du meilleur Et on oublie le pire Mais la vie est pensée Qu’il faut concrétiser
A mes filles, à Paty, Pauline, Sophie, Séverine et Gaëlle.
A mes parents, à toutes les personnes que j'ai rencontré et qui m'ont aidé sur le chemin. A toutes celles qu'il me reste à croiser.
Introduction
L'école n'apprend plus rien
Barabas
Le soldat
Le prêtre
Le paysan
Interlude musical
La troisième vie
Le jugement
L'ouverture du cœur
Marie galante
Les montagnes russes
Conclusion
Les voyages se vendent aller-retour Il faut toujours revenir
L’homme s’étend sur la planète comme une lèpre maudite, plaie purulente qui la ronge, la détruit, la défigure à jamais. Seul le temps, l’érosion pourront lui rendre le visage serein qu’elle avait au tout début du règne végétal.
Jusqu’où ira t-on ? Quels sont les indices qui peuvent nous mettre sur la piste du devenir de l’humanité ? Dans le système solaire, à notre porte, déjà une planète a connu quelque chose qui a entraîné un changement radical. Elle a explosé, créant la ceinture d'astéroïdes qui flotte entre Jupiter et Mars.
Et qu’est-il arrivé à cette dernière, la privant de son atmosphère, de ses rivières ? Pourquoi ? On ne le saura jamais. Jamais car l’homme est peut-être parti pour refaire les même erreurs, ou plutôt devrions-nous dire bêtises. Il sait ce qu’il fait mais n’en a cure. Jamais nous ne connaîtrons les répercussions puisque, tout simplement, nous serons morts. La terre nous aura chassé de sa surface comme une vache balaye les mouches de son cul avec un simple mouvement de queue.
Notre mère nourricière montre des signes inquiétants de maladie. Souffreteuse, en fièvre, elle nous préviens par ces symptômes que le plus grave reste à venir. Sourd, aveugle, l'hominien continue comme si de rien n’était. Polluant, détruisant les éléments clefs d’un équilibre vital mais précaire, précieux.
L’histoire que je vais vous conter est celle de la charnière des temps. Un temps où l’homme naît, évolue, progresse petit à petit dans l’obscurité. Puis, une sécurité acquise, il prend de la vitesse. Il se permet de croire qu’il peut tout réaliser. Sa progression, sa population augmente en parallèle avec toutes les conneries qu’il devrait ne pas faire. Vient alors le temps de faire marche arrière.
Il prend conscience qu’il s’est trompé de route. Mais c'est trop tard. Il a mis le pied dans l’engrenage, il a déréglé la machine. Il s’enfonce dans le gouffre sans fond de l’ignorance, de l’involution qui le ramène au pied de l’échelle de Darwin. Est-ce que certains survivront pour transmettre le flambeau ? Pas si sûr.
Le progrès matériel, seul, n’est rien. Il n'est qu'une étape dans l 'évolution. Sans le coté spirituel, qui est nécessaire, complémentaire, il ne permet pas le bon fonctionnement de la vie humaine sur terre car celle-ci vivait mieux sans l’homme. L'équilibre des règnes animal et végétal maintenait une cohésion mais un jour, un singe a cueilli le fruit de l'arbre des sciences. Malgré les avertissements du jardinier, il a croqué dedans. Il s'est mis dans la tête qu'il pourrait maîtriser mère nature et en tirer le meilleur profit. S'installant, cultivant, il a petit-à-petit peuplé la terre comme nous raconte l'histoire. Les civilisations se sont succédées, gardant le matériel, reléguant le spirituel dans un tiroir. On voit aujourd'hui ce qu'elles ont laissé en héritage à leur descendance. Les océans sont des grandes flaques d'eau souillées de déchets plastiques, les forêts sauvages sont remplacées par des productions de soja et d'huile de palme.
Mon nom est Jérémy Mac Cesne. Je suis né en France. Un petit pays au passé glorieux qui est maintenant au bord de la crise sociale. Si vous ne l’aviez pas deviné, je suis d’origine écossaise. Mon grand-père était arrivé sur le continent quand tout le monde voulait le fuir, lors du dernier grand conflit qui ravagea la terre. Une guerre mondiale comme ils disaient. Une légende raconte qu’à Djibouti, le jour où le monstre se réveillera, la face du monde changera. Le commandant Cousteau avait cherché ce monstre, en Éthiopie, sans le trouver. Peut-être qu'il ne cherché pas au bon endroit. En tout cas, le monstre avait dut se lever pour foutre un tel bordel ? Rappelez-vous l’histoire officielle de cette guerre dont aujourd’hui, tout le monde se fout. Elle avait au moins le mérite d’être franchement affichée.
Mon grand-père avait-il décidé de son propre chef de venir se faire hacher menu sous les yeux de ses supérieurs ? Ceux qui jouaient aux petits soldats, bien à l'abri dans leurs quartiers généraux. Mac Donald avait commencé le steak haché bien avant l'heure. Pour quelle raison faisait-il partie de ces régiments envoyés à l’abattoir comme on sacrifie des pions aux échecs ? Le savait-il ? Avait-il son mot à dire ? Je ne sais pas. Cela lui permit au moins de rencontrer la femme de sa vie sur les champs Élysées alors qu’il venait de libérer Paris. Il survécu juste assez longtemps pour connaître une idylle biologiquement productive. Il eut sept enfants. Sept, un chiffre porte bonheur paraît-il. Toute la marmaille se retrouva logée dans les baraquettes en pleine campagne. Des maisons provisoires en bois toujours debout, soixante ans après la fin de la guerre qui avait tout détruit à l'époque. Il fallait tout reconstruire. C'était le début des trentes glorieuses. Mon grand-père ne les connu que brièvement. La chimie militaire, couleur moutarde, avalée sur le champ de bataille mis hélas un terme à sa vie après la naissance de mon père, dernier né de la fratrie. La grande famille se retrouva sans source de revenu. Très tôt il travailla, laissant de coté l'école et tout l'apprentissage qui va avec. Il rencontra à son tour la femme de sa vie. A ce stade, ce n’est pas la chimie militaire qui intervint. Non, la chimie avait maintenant un usage plus domestique mais toujours pas domestiqué. Elle puait toujours autant, tuant de manière plus sournoise et cancérigène les gens. Les directeurs des usines de fabrications des armes, des gaz, avaient été jugés à Nuremberg et emprisonnés. Ce qui leur avait donné le temps de réfléchir. Après leur libération pour bonne conduite, amnistiés, ils s'étaient reconvertis dans l'alimentaire, l'agriculture, le pharmaceutique. C'était moins dangereux, plus lucratif. Ça permettait de reconvertir le matériel des usines pour les générations à venir. Le monstre djiboutien continuait de grandir, bien à l’abri, loin de la chaleur africaine. Il œuvrait maintenant sous les traits du capitalisme, impitoyable. Entretenant la misère là où il pouvait faire du bénéfice. Déclenchant des conflits ethniques meurtriers là où ses sbires n'avaient pas obtenu de concession. Apposant son chiffre kabbaliste sur tout ce qu'il produisait. Les gazeux avaient connu la prison, on ne les y prendrait pas deux fois. L'aspect civil de leur production leur permettait de mettre en place, petit à petit, une législation d'ampleur planétaire, un codex alimentarius et les présidents des pays touchés n'avaient aucun moyens d'intervenir.
C’est là, dans les odeurs de soufre et d’oxyde de carbone que je vins au monde. Dans un jour gris pollué de la société dite en évolution. En fait, celle-ci était tombée bien bas. Mon père, ma mère s’échinèrent toute leur vie pour le profit de quelques hommes qui vivaient en haut de leur building. Ceux qui évitaient de marcher dans la merde dont vivaient les gens d’en bas. Une espèce de nouveaux généraux qui jouaient cette fois-ci au monopoli.
Ils ne se préoccupaient pas des gens qui bossaient pour les usines figurants sur les cartes. Ils se les refilaient sans vergogne. Elles étaient distribuées sur toutes la planète. Une usine d’aspirateurs demandait un pays de l’est! Contre une carte chance demandait alors la Chine. La partie continuait plongeant les gens dans des situations économiques catastrophique. Les trentes glorieuses passèrent bien vite, emportant les rêves qu'elles nourrissaient. Toute une vie passait derrière la chaîne de montage ne permet pas à l’homme de trouver sa vraie place sur cette terre. En vieillissant, mon père avait perdu toute envie de combattre, de trouver un pourquoi à la vie.
J’avais du mal à trouver ma place dans ce paysage chaotique. Mon histoire peut paraître étrange, saugrenue. Si l’évolution humaine avait été différente voir meilleure, je n’aurais peut-être pas était obligé d’en arriver là. Étais-je forcé de faire tout ça, de vous raconter tout cela ? Je serais resté au chaud dans mes pantoufles en me laissant pousser le ventre devant la télé, bercé par les douces illusions de la société de consommation. D’autres que moi auraient pût le faire mieux, plus délicatement. Le résultat aurait été identique. Le poids du savoir devient énorme avec le temps. Au moment de mourir, on veut partir libre, le cœur léger et les langues se délient. La mort n'a qu'a attendre au bout du chemin. On juge un arbre aux fruits qu'il produit. Il n'y a que deux types d’hommes dis le proverbe. Les héros et les hors la loi. Mais la réalité nous apprend qu'il y a aussi ceux qui prennent consciente de leur mauvaise orientation. Ils décident alors de se tourner vers d’autres valeurs, moins connues, moins reconnues. Les moines, les docteurs du tiers monde font partie de ceux-la. Ils sacrifient leur confort personnel pour aider autrui. D’autres agissent dans l’ombre, sans étiquette, pour que le pleupleu de base continue sa vie de consommateur ignorant quelque soit son continent d’origine. Ils restent dans une vie classique, conjuguant du mieux possibles leurs nouvelles convictions et les impératifs qu’oblige la vie courante dans les grandes métropoles. Ils observent, comprennent. Ils apprennent les sciences oubliées dans quelques rares livres qui en contiennent des lambeaux, écrits par des hommes dont la mémoire en garde les traces sans vraiment les comprendre.
Je faisais partie de ceux-ci. Ma vie est un enchevêtrement de situations toutes plus farfelues les unes que les autres. C'est dans la dernière ligne droite que l'on peut comprendre les différents chemins que le hasard de la vie nous a proposé. Voir les répercussions des choix fait avec plus ou moins de réflexion.
La culture orientale donne trois grandes périodes avec chacune leurs intérêts :
La première est l'enfance. On arrive sur terre et on découvre la vie tout humain de son ignorance. La deuxième est le début de la vie d'adulte toujours ignorant. On maîtrise le matériel, on assure la continuité de l'espèce humaine bref on est con mais heureux.
L'homme ou la femme à fait son bout de chemin. Beaucoup ne cherchent pas plus loin, la mort viendra les chercher. Ils n'auront pas tout compris et recommenceront un nouveau cycle. Mais il existe la troisième voie. Elle commence quand l'homme est autonome. Il maîtrise le matériel mais pressent qu'il y a autre chose. L'électron de l'atome est-il matériel, visible ou bien arrivons-nous à la charnière de deux dimensions. Celle matérielle que l'on peut toucher, qui est visible et l'autre éthérique venant de ce que l'on pense, faite d'une énergie non quantifiée ? Un passage inversement proportionnel au trou noir dont on ne sais pas où finit la matière.
Pour une compréhension globale, je commencerais le récit au tout début. Là où un petit détail, aussi minuscule soit-il, peut s'averer d’une importance capitale à un autre moment. Là où des événements divers, anodins, sont en réalité des pièces de puzzle pris dans une grande toile d’araignée. On en saisi le sens dans les dernières pages du roman, à la fin du film de sa vie. Il y a là une espèce d’interaction mélangeant tous les éléments matériels, spirituels pour en tirer le meilleurs profit, mais pour qui, pour quoi ? Autant le jeu des prétendus grands de ce monde est clair. Il se résume en un mot qui vaut son pesant d’or. Mais au-delà de ça, quel est le but ultime de la vie ? qui pourrait nous le dire ?
Dans tous les bouleversements que subissait la société en pleine mutation économique, j’étais un petit enfant énergique mais gentil à ce que je me souviens. Je commençais très tôt la vie professionnelle. Mon père achetait le bois sur pied. Il fallait le marquer afin de découper des stères, empiler les branches pour les brûler.
Au printemps, arrivaient les fêtes foraines avec leurs attractions surlignées de néons et de musique. Pour gagner un peu d’argent de poche, qui finirait dans une partie d’auto tamponneuse, un manège, je ramassais des rasières de pommes toute la journée. Je cueillais des mures pour les vendre aux culterreux du coin. Une vente truquée car avec mon frère, nous les vendions au kilo. Quelques centilitres d'eau au fond du saut faisaient bien quelques centimes en plus. Mon enfance se déroulait comme celle de n’importe qui. J’allais à l’école. Une de ces écoles ordinaires qui existent encore dans une campagnes qui a survécu à l’urbanisation galopante. Mais construit-on des usines en plein milieu des jolies villes ? Non, c’est dans les prés que poussent les champignons et mycoses en tous genres. Les ouvriers qui engraissent ma mère l’oie n’ont pas le temps ni les moyens d’emmener leur marmaille dans les écoles privées du centre ville. Celles-ci sont réservées à l’élite sociale. Les trentes glorieuses étaient finies depuis longtemps. Mai soixante huit avait crié contre la guerre du Vietnam, contre le monde consumériste. Mais aujourd'hui, tous les anciens manifestants achetaient leurs fringues made in China dans les supermarchés. Maintenant, deux salaires étaient nécessaires pour faire tourner la boutique. Mes deux parents bossant et je me débrouillais tout seul pour le trajet. Je traversais la campagne à pied. Un petit kilomètre me séparait de l’école. Les matins d’hiver, les mains dans les poches, je pouvais regarder les étoiles dans un ciel d’une clarté éblouissante. Seul l’air pur des campagnes le permettait encore. Il n’y avait pas de lampadaires dans les champs, pas de monuments à éclairer pour mettre en valeur l’histoire dite bénéfique des hommes. Le ciel ne devenait pas orange la nuit mais restait transparent et pur.
La grande ourse était devant moi chaque matin comme pour me dire que malgré le temps qui passe, les choses sont immuables. L’école primaire était simple. Un vieux bâtiment en aggloméré que la pluie avait gondolé. Je passais mes journées à ingurgiter une fade mixture censée nous apporter la substantifique moelle de la vie que l’on aurait bien du mal à sucer. Le mercredi, toutes les filles de l'école se retrouvaient dans la classe de la directrice pour apprendre la couture pendant que nous, fiers garçons, dessinions dans la classe du directeur.
Dès le primaire, elles devaient savoir qu'elle était leur place. A la sortie les mères attendaient leurs progénitures chéries en racontant les potins du village. C’était une vie heureuse pour un petit garçon qui n’avait pas à se soucier des problèmes financiers de fin de mois. Contrairement à mon père. Il faisait les quarts à l'usine. Une semaine le matin, l'autre l’après midi histoire de bien dérégler le rythme biologique. Ancienne gloire de l'industrie automobile, l'usine se trouvait dans la zone industrielle. Celle dont le nez nous indique la direction bien avant les panneaux. Aujourd'hui elle vivotait grâce aux aides de l'état, employant des intérimaires plus flexibles et moins grévistes qu'avant. Mon père avait un vieux vélo pour se rendre à l’arrêt du car qui emmenait tout ce petit monde vers l’abattoir. Ce fut mon premier moyen de locomotion. Le week-end, quand mon père bossait pas, je lui piquais son vélo. Ça me permettait d'aller plus loin, de pas croupir devant la télé qui n'avait encore que trois chaînes. Les émissions enfant arrivaient mais elles ne m’intéressaient pas encore. Très vite je sillonnais les routes autour de la maison, agrandissant le périmètre de reconnaissance au fur et a mesure que je prenais confiance en moi. Du hameau, je passais aux villages voisins. Très vite, je découvrais l'entrée d'une forêt. Au début, une crainte superstitieuse me bloquait. Je m’arrêtais au premiers cents mètres, dans la lisière. J'avais peur de la pénombre des sous bois. J'imaginais tout un peuple de petites créatures malignes prêtent à attaquer par surprise. Je restais en bordure à jouer dans les arbres, à fouiller sous les feuilles. Mais très vite cette crainte s’effaça, vaincue par la curiosité. Je montais alors sur le vélo pour m'enfoncer de plus en plus dans les bois. Un petit chemin traversait la foret menant à une rivière. De là, d'autres chemins qui commençaient, créant un réseau de sentiers desservant de nombreux villages que j'appris un par un, agrandissant mon périmètre d'action. Je passais des après-midi entiers à traîner dans les bois, à fabriquer des cabanes, à rouler de plus en plus loin, tout seul sur le vélo. Avec le recul je vois que je n'avais pas d'ami pour partager mes aventures imaginaires. De cette période, pas de complicité avec mes frères, pas de communication avec mes parents. C'est la forêt dont je me souviens le plus. C'est avec elle que j'ai grandi. Les années passèrent vite. L'émission les routiers sont sympas rythmait la radio, la télé passait à la couleur. Les premières sécheresses arrivaient en même temps que les marées noires. Malgré tout, c'était une période heureuse pour moi. Toutes les classes dans l'école primaire se ressemblaient. D'une année sur l'autre, nous retrouvions les mêmes copains avec qui nous faisions les mêmes bêtises. Mais les copains ne venaient jamais chez moi. J'avais tenté un coup un goûter d'anniversaire et j'avais manger du gâteau pendant trois jours, personne n'était venu.
Toute bonne chose a une fin. Je terminais le premier cycle. L’été arrivait. Nous préparions le spectacle de fin d'année. J'avais fait pas mal de bêtises cette année là. Le directeur avait une fille handicapée physique dont je me moquais souvent. La directrice, sa femme, avait attendu ma mère à la sortie de l'école pour exiger une punition. Mes parents très laxistes m'avaient juste sermonné. Pour bien comprendre son handicap, j'étais mis en binôme avec elle pour la petite chorégraphie du spectacle. Pendant la danse, je me tenais aussi éloigné que possible.
C'est pas le handicap qui me gênait. C'est simplement qu'elle était aussi moche que sa mère à qui elle ressemblait beaucoup trop. Chaque classe présentait un numéro. Ça se terminait par la remise des prix. Malgré un début difficile à l'école maternelle, on avait descellé un problème auditif qui une fois résolu m'avait permis de rattraper le retard. Un A de moyenne générale m’avait valu un petit dictionnaire français-anglais prétendu utile pour le collège. L'école était finie, les vacances commençaient. La première partie se déroula dans un camping vendéen avec mes parents, en bord de mer. Les sorties du soir nous emmenaient immanquablement devant le stand du marchand de glaces. Le matin je déchirais la brioche présente sur la table pliante avant de me jeter à la mer la bouche encore pleine.
Déjà, sur la plage, je regardais les filles autrement. Il m'arrivait souvent d'être bloqué sur la serviette. Je restais allongé sur le ventre le temps que le relief naissant dans le bas ventre s'estompe. Les kilomètres effectués sur le vélo autour de la forêt, m'avaient permis de découvrir sur le bas coté des routes des revues éroticopornographiques. Les routiers étaient vraiment très sympas. Ils les jetaient après s’être rincé l’œil. Du coup, moi aussi je reluquais les new looks caché dans les bois. Mes parents avaient acheté un bouquin pédagogique sur la sexualité. Sur la couverture, un garçon était nu. Il était assis dans le même fauteuil en osier qu'Emmanuelle, dans la même position pour cacher son sexe. Rappelez-vous le film de cul qui avait fait fureur à l'époque. Ce livre expliquait la reproduction, les organes mâle et femelle, les risques de maladie. Tout cela avec des schémas très explicites. La pédagogie de mes vieux s’arrêtait là. Un bouquin disponible dans la bibliothèque sans plus de commentaire. Je le lisais souvent pour comprendre les perturbations qui changeaient mon corps d'enfant. Heureusement, la puberté ne m'apporta pas son lot de boutons sur la tronche.
Le mois d’août se passait dans un camp scout. Les guides, les filles, étaient à l'écart, va savoir pourquoi à notre age. Nous lavions nos chaussettes au savon de Marseille en apprenant l'orientation, les espèces d'arbres. Nous chantions le soir devant un feu de bois en nous grattant les jambes ravagées par les voraces moustiques et les tiques. L’été passa vite. Septembre arriva avec le début de la pluie. Je préparais mon cartable la veille. Je m’endormis nerveusement en pensant à la rentrée.
Cette fois, c’est en car que j'allais au collège. Une heure de route, le temps de ramasser toute la marmaille des villages alentours. Un avant goût du trajet de l'usine ou nous mèneraient immanquablement nos études ? Pour l'instant, c'était une autre façon d’agrandir le périmètre de découverte autour de la maison. Qu’elle ne fut pas ma surprise le premier jour de voir le directeur m’avertir sans la moindre pédagogie quelconque, criant devant tout le monde, que si je me conduisais comme mon frère, cela se passerait très mal. Le regard des autres changeaient direct sans que j’en sache pourquoi. Je n'avais rien fait pour ça. En fait, mon frère était passé avant moi ce qui était un gros problème.
Les écossais ont une réputation de bagarreur. C’est vrai que la vie familiale était assez turbulente mais l’infantile cohue s’arrêtait aux portes de la maison. Très vite j'avais laissé mon frère pour partir sur les routes. Ce que j’appris par la suite sur le comportement de mon frère était loin d’être une référence pour les professeurs et les habitants de l’école. Excusez-moi, je parle d’habitants car ces mauvais élèves avaient pris un bail longue durée en redoublant et redoublant les classes les unes après les autres pour retarder de façon assez originale la confrontation avec le monde du travail. Ils étaient tous joyeux de retrouver un membre de l’honorable famille Mac Cesne. Les règlements de compte laissés en sursis pouvaient reprendre et se conclure. Je dois reconnaître qu’ils n’oubliaient pas de me rendre la monnaie. La cour de récréation devenait un piège fatidique où chaque recoin pouvait cacher un gentil larron prêt à discuter mitraille. Très vite, mes camarades m'appelèrent Barabas. Crucifié pour l’exemple mais libéré au dernier moment. Dans l’école, le simple passage de mon frère m’avait donné une réputation non justifiée. Les punitions qui en découlaient servaient plus d’exemple que de pédagogie adaptée. Dès mon plus jeune âge, j’étais pris dans un engrenage diabolique. Action, réaction qu’avait dit quelqu'un et il n’avait pas tort. Mon comportement changea. J'étais trop jeune pour prendre le recul nécessaire. La joie de l'apprentissage du primaire, malgré l'apparition des premiers ordinateurs, des cours de langue en stéréo, fut relayée au second plan. Je rejoignais les derniers bancs de la classe.
Les professeurs me mettaient la même étiquette. Ils appliquaient la même sentence, sous une forme légèrement différente. Croyaient-ils que je pourrais réparer le tort que mon frérot avait causé à leur image de marque ? Leurs positions les mettaient hors d’atteinte de quelconques représailles. Cela insinuait en moi une aigreur lancinante, une frustration inassouvie. Un jour, un adversaire de catégorie supérieure avait poussé le bouchon un peu loin. J’étais acculé au mur. Les larmes me montaient aux yeux. Il était content le garçon. C’était très drôle de voir le petit Mac Cesne pleurnicher. Mais soudain une poussée de rage me submergea. Une force inouïe qui venait de je ne sais où envahit mon corps. La bête surgit en moi. Je sautais à la gorge du pauvre gars qui, surpris, ne parvenait pas à se soustraire à mon étreinte. Je serrais de plus en plus fort les bras autour de son cou. Il tomba par terre, étouffant. Il suffoquait, devenait tout rouge mais je ne lâchais pas prise, pris dans un état de transe animale. Je serrais sa gorge comme si mes bras étaient une puissante mâchoire. Le loup garou s'était réveillé.
Plusieurs personnes furent nécessaires pour arriver à me faire lâcher prise et le tirer de ce mauvais pas. Après cet incident, personne ne revint jamais me parler de compte en attente. Je me mettais au karaté, je commençais la muscu. Une petite réputation naissait dans la cour de récréation. Elle n’effrayait pas du tout les professeurs dont les punitions continuaient à tomber.
Petit à petit je glissais sur la mauvaise pente. Mon envie d’apprendre était tombée à l’eau. L’anglais, les mathématiques me laissaient indifférent. Mes notes dégringolaient aussi vite que le pouvoir d’achat des français. Ils votèrent pour un président socialiste tentant de changer les choses mais en vain. L'ANPE apparaissait dans les villes à coté des supérettes hard discount. Mes talents d'artistes me permettaient de contre signer toutes les heures de colle qui tombaient sans que mes parents s'en rendent compte. Ils m'avaient acheté un vélo qui me servait à aller au collège pour les faire. Là où j’aurai dût me délecter de cette moelle osseuse, apprendre les bases intellectuelles, abstraites de la vie, la philosophie inutile de ces grands hommes morts depuis longtemps, j’en arrivais au cours de survie dans une société que je ne connaissait même pas. Je n’avais rien demandé. Le monde me posait déjà des problèmes. Ce complément de formation appris dans la cour de récré deviendrait peut-être, un jour, utile dans un monde qui tombait en régression constante. Mon caractère qui n’était pas si mauvais que ça au début, bien vite changea. Il se tourna vers le côté obscur, la désobéissance scolaire, rebelle avant l’heure. J'avais montré des capacités en travail manuel, bricolage, couture et dessin en classe. J'aurais pu être orienté sur une filière spécifique. Mais mon comportement, mes résultats scolaires faisaient tache et les parents n'avaient pas les moyens de m'offrir des études supérieures. Je faisais partie d’une génération sacrifiée au piteux théorème que les diplômes pouvaient favoriser les nouveaux arrivant sur le marché du travail. Quelque part, c'était vrai. Tout le monde était mis sur le même pied d’égalité, on était tous pauvres. Il fallait à l'époque rester le plus longtemps possible dans la filière générale.
Seul mon intellect sur développé me permis de passer les classes les unes après les autres pour arriver à l’étape suivante appelée lycée.
La chanson française avait laissé place au rock anglais. Les fan de The Cure se battaient contre ceux de U2. Les uns avec du noir autour des yeux contre les autres à la queue de cheval. Les jeunes s'étaient pas trop foulés. Ils avaient simplement traduit la nouvelle vague de Cloclo en New Wave. Ils traînaient tous avec des fringues fluos, sympas mais trop chers pour le pouvoir d'achat de mes parents. Je me rasais maintenant tout les deux jours avant de prendre le car qui roulait lui aussi une heure pour passer de village en village, élargissant encore mon horizon, remettant une couche sur l’entraînement du trajet usine qui clôturerait peut-être mon parcours scolaire. Mes parents n'avaient pas les moyens de m'offrir la cent trois Peugeot, la dernière mob à la mode que tous les poteaux garaient à l'entrée du lycée.
Là, dès le début la mise était différente. Mon frère ne m’avait pas précédé, refourgué en établissement CAP. J'avais pratiqué un travail grammatical tout au long du cycle collège. Ça me donnait bonne figure dans la cours de récréation.
Les résultats de la muscu, accomplie chaque jour avec sérieux pour résister aux assauts toujours plus nombreux des habitants du collège étaient maintenant visibles. Ils m’avaient doté d’une carapace qui dissuadait quiconque de venir me chercher des noises. Sur cette carapace était marqué le nom de Barabas. Mais cette fois, c'est moi qui l'avait gravé. J'aurais pu descendre de la croix une bonne fois pour toute. Remettre à zéro la pendule du parcours scolaire sur ce terrain vierge où j'étais inconnu. Mais ce genre d'idée traverse rarement la tête d'un ado devenu branleur. J'aurais pu profiter de mon corps musclé pour faire tomber les filles mais le courage acquis dans la forêt s'effritait dès que j'entrais dans la cours du lycée. Une grande cours a traverser tous les jours me faisais peur car je me sentais vulnérable aux regard de tout le monde. Je me fis connaître directement avec un mauvais caractère.
Seules les autorités administratives intervenaient de temps en temps pour remettre un clou ou deux dans la croix que j'avais moi même décidé de porter. Elles se réfugiaient derrière un statut qui leur sauvait la mise. La seconde commençait mal.
Un planning inapproprié, avec des matières non désirées. Le proviseur voulait clairement un conflit ouvert. Il faisait durer le plaisir. Les heures de colle tombaient. C'était encore en vélo que je venais les faire. Double avantage, mes parents ne le savaient toujours pas et ma musculature progressait. Petite moyenne, mauvaises remarques, je redoublais la seconde. Mais vaille que vaille la nomenclature disait qu'il fallait un diplôme alors je devais continuer. Une seconde seconde, péniblement une première. J'avais décroché dans beaucoup de matière. Je ne faisais aucun effort pour rattraper le coup. Il n'y a qu'en sport que j'avais une bonne moyenne. Je m'étais même lancé par hasard dans la course à pied et ça marchait bien. Les classes se suivaient. Pour parer ma timidité, je faisais l'abruti plus qu'autre chose. Mes dons artistiques me permettaient de faire des caricatures des profs qui faisaient bien rire les autres mais c'est tout. Les filles, je continuais de les regarder de loin avec un courage tout en contraste. Un jour, après manger, je cherchais une classe vide pour glander au chaud en attendant la reprise des cours. Il y avait pour chaque pièce des vitres qui permettaient de voir s'il y avait du monde dedans. Une classe abritait des élèves qui révisaient. Je pouvais rentrer pour rejoindre le radiateur. A mon entrée, une fille était au tableau pour expliquer un exercice à ses copines. Elle était brune, portait un col roulé violet et de ses yeux se dégageait une lueur hypnotique. Je crois que je venais de prendre un coup de foudre, le seul de ma toute ma vie. Elle s’appelait Emmanuelle. Je tentais le baratin vu la télé, mais dans ce domaine, j'étais largement novice. Les filles me sortirent poliment pour continuer de bosser tranquille. J'en parlais à un camarade de classe. Il me raconta qu'elle avait des yeux de vache. Bien jeune et bien con c'était juste le prétexte qu'il me fallait pour, une fois de plus, me débiner. Je laissais tomber l'affaire. La vie reprenait son cour. Il n'y eu pas d'autre accident de ce type jusqu'à la terminale. Je passais le bac de français avec une note catastrophique. Notre prof était un littéraire dans tous ses états.
Homosexuel à l'heure où apparaissait le sida, ça se cachait encore. Il adorait la littérature. Il voulait partager sa passion avec notre classe de scientifique terre-à-terre. Il nous balançait des auteurs inconnus. Le nombre de textes à étudier était deux fois plus important que ce que prévoyait le programme. Bref, c'était pas dans cette matière que j'aurais des points d'avances pour le bac.
L'année finissait. On n'avait plus cours car les profs étaient réquisitionnés pour surveiller les bacheliers. On glandait dans le jardin public. Certain fumaient des cigarettes de différentes natures. J'avais essayé une fois en colo mais les trois jours de migraine qui avaient suivi m'avaient définitivement dissuadé. Je voyais vraiment pas ce qu'on lui trouvait à part l'effet chimique provoqué par les additifs ça avait un goût de chiotte. Les grandes vacances étaient enfin là. La famille partait en voiture dans la Manche. Je faisais le trajet en vélo. Trois jours sur les routes à dormir à la belle étoile, à me laver dans les cimetières ou les rivières. Le camping passa vite. Tellement branleur que je m'étais même fait virer des scouts. Alors le deuxième mois des vacances, je le passais en colonie, en Corse. C'était l'age du premier rapport sexuel. Les animateurs nous faisaient la leçon avec préso à la clé mais, ceux qu'ils me donnaient resté dans ma poche. Johnny Clegg chantait contre l’apartheid. Ses chansons donnaient plus d'énergie au soleil. Les chanteurs français s'étaient regroupés pour chanter pour l'Ethiopie. Je faisais le malin avec mes connaissances sur l'anatomie féminine mais quand il fallait passer à l'action, y'avait plus personne. L'été passa vite.
La dernière ligne droite du lycée arrivait. J'entrais en terminale D parce que j'aimais bien la nature, j'avais grandi dedans.
